‹ La Perse en automobile, à travers la Russie et le CaucaseChapitre 11 sur 35 · L’ARRIVÉE EN PERSE · texte numérisé non relu

L’ARRIVÉE EN PERSE

Militaire persan, longeons une petite mosquée basse et arrivons Sllr une place où un grand concours de peuple est assemblé.

Nos voitures s'arrêtent; des rangées de femmes voilées sont Assises le long d'un bâtiment à colonnades de bois ; des hommes et des e niants forment les trois autres cotés d'un carré dont le centre laissé libre ; une petite estrade y est élevée. Des personnages s'y tiennent debout ou assis. N ous tressaillons de joie, car il n’y a aucun doute, nous assistons à la représentation d'un de ces ta^iehs, ou mys- ^ res persans, sur lesquels Gobineau a écrit des pages émouvantes. Nous nous approchons un peu. Sur l'estrade, ie sakou, voici " les gens de la Tente », les infortunés Alydes ; l'iman Hussein, les Donnes, leurs enfants ; ils sont dans la morne plaine de la Kerbela, SOus 11 n soleil accablant, dévorés par la soif. Autour d'eux les b'oupes du Khalife Yezyd, prêtes â les massacrer. Je vois le tas de paille haché qui représente le sable du désert. Avant de parler,

acteur va en prendre une poignée qu'il se répand sur la tête. Ainsi est créé, par la plus absolue et la plus simple à la fois des conventions, le décor nécessaire. J entends le nasillement des acteurs, il Semble que je vais deviner les paroles tragiques de ce draine où D religion et la patrie sont également intéressées.

Les Persans devant nous se sont courtoisement écartés ; nous en Profitons pour prendre quelques photographies qui nous seront

précieuses.

Bientôt tous les spectateurs nous ont vus. Faut-il l'avouer? Ils s °ni plus attentifs à notre présence qu'au drame sacré. Leur regard ne v a pas à la scène, mais s'attache à nous. Leur distraction sacrilège 11 ^stpas du goût du grand mollah de Resht qui assiste à la représentation, Indigné, i! se lève et adresse un véhément discours à la J °ule, lui reproche sa curiosité profane pour des gens « impurs», des biiropéens maudits, qui doivent être en abomination aux fidèles ïïiusuimans.

L interprète du consulat nous fait signe qu’il faut nous retirer que les choses pourraient se gâter.

Alors nous remontons en voiture, très désolés, tandis que toutes les figures des femmes — un carreau blanc entouré d’un voile noir-— s e tournent du même mouvement vers nous pour nous voir partir. Nous allons dans la campagne autour de Resht en suivant des

allées tl ormeaux centenaires le long de rivières à Peau glauque, L e soleil a mangé les brumes. Nous voyons au sud les montagnes élevées que demain, Emmanuel Bibesco et moi commencerons à gravir pour gagner Téhéran, Elles sont couvertes de forêts épaisses ; d'ici, la haute barrière qui nous sépare du plateau central de la Perse semble infranchissable.

On nous arrête devant le jardin d'un riche Persan ; c’est sa propriété de campagne. Nous sommes déjà au courant des habitudes persanes si hospitalières. Où que vous le vouliez, vous pouvez entrer. Le maître de la maison se retirera pour vous laisser jouir de sa maison ou de son jardin. S’il apparaît, ce iTest que plus tard pour offrir du café ou des glaces.

Nous nous promenons dans les allées, sous les lilas fleuris ombrageant des parterres de lis. Puis nous visitons la maison, meublée, hélas! comme toutes les demeures des riches Persans, à V européenne. Seu ls les tapis sont du pays ; un petit hammam est construit à côté de l'habitation.

Le maître de la maison arrive ; i 1 parle français et nous fait servir des rafraîchissements, puisse promène avec nous et nous donne des fleurs* La vue delà terrasse est belle sur le pays boisé, qui s’en va jusqu’aux montagnes bleuies par le lointain. Nous demandons à notre hôte s’il habite cette propriété,

— J'ai celte maison à la campagne pour venir entendre chanter le rossignol le soir, au printemps, répond-il.

Nous rentrons au consulat, le soleil est couché. L'humidité

monte de terre et des rizières qui nous entourent. Des vapeurs légères comme des voiles diaphanes de fées planent sous les arbres

immobiles de ce parc endormi. On entend !e cri 11 Cité, net et fort, d'un

crapaud. La lune est haut dans le ciel.

Et le soir, des clochettes lentes et cadencées sur un rythme nouveau, sonnent sur la route qui borde le jardin. Elles sont au cou des chameaux qui arrivent en longues files de Kaswyn ou dTTamadann Les caravanes ne voyagent qu'une fois le soleil couché, car déjà la chaleur est de jour trop forte. Et nous entrevoyons, entre les arbres, de grandes formes mystérieuses qui passent, comme balancées par une houle marine. Cette fois-ci c'est bien l’Orient, ce bruit émouvant des clochettes graves.

Barque a voile sur le Mowrdsb*

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