L'ARRIVÉE EK PERSE
Nous avons du reste le loisir de l’entendre plus d une fois dans Car c’est la première fois que nous couchons sur nos lits de carn P* Dure affaire ! Nous nous y habituerons.
Mercredi 10 mai, — Nous sommes sans nouvelles de Keller qui a dû s embarquer, à Bakou avec la grande Mercédës.
Emmanuel Bibesco et moi décidons de prendre les devants et de Partir pour Téhéran en voiture persane. Nos compagnons nous rejoindront peut-être sur route, en tous cas, dans la capitale.
Pour aller de Resht à Téhéran, nous suivrons la fameuse route Construite il, y a peu d'années, non par le gouvernement, mais par j nnc compagnie russe qui en a obtenu la concession. Elle a trois cent icnte-sept verstes de Piré-Razar à Téhéran et monte jusqu'à plus de 9^inze cents mètres. Elle a coûté près de vingt millions de francs,
est une route à péage ; les voitures et les caravanes paient Urt droit qui est, pour une voiture à quatre chevaux, de huit tomans,
Le toman vaut nominalement dix krans ou francs, mais un change e ^astieux pour les Persans a fait tomber cette année-ci le kran à/ Htiaiante centimes et le toman, par conséquent, à quatre francs- Les cl entretien de la route sont considérables, car le climat est mau- Xais * On passe brusquement de pluies diluviennes à une sécheresse de six mois ; au printemps, les neiges fondent en quelques heures s ° us l’action d’un soleil brûlant, et les torrents qui descendent des
Montagnes dénudées grossissent et deviennent d’impétueuses nviëres.
Aussi la compagnie russe perd-elle de l’argent. Mais elle espère Se rattraper avec le port d’Enzeli dont elle a obtenu la concession.
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J e construit une longue jetée h l’abri de laquelle les bateaux \ pourront se mettre à quai. Dans quelques années, les voyageurs
ne connaîtront plus les incertitudes du débarquement en pleine mer à Enzeli.
Financièrement la route est donc pour T instant une mauvaise chaire, mais elle en est une excellente au point de vue politique et seT 'l merveilleusement les vues de la Russie-
Grâce à cette route qui lui appartient, la Russie pourrait en cas de besoin amener en quelques jours un corps d’armée de Bakou Jtisqu aux portes I ragiles et émaillées de Téhéran.
LA VERSE EN AUTOMOBILE
En état de paix, la Russie a une route sûre pour ses marchai 1 '
dises. Aucun transit européen n’est permis à travers le Caucase a destination de la Perse. La Russie a évincé, à l'aller, toute conçu r-
renceet, au retour, elle bénéficie du transit de la plus grande partie
du commerce persan.
Les voyageurs passent maintenant tous par Resht. C’est donc sut une route russe qu’on arrive dans la capitale de la Perse. A chaque relais, on trouve un maître de poste qui parle russe, À chaque cinquante kilomètres s'élève une maison de péage, zastava, dirigée par des Russes. Le téléphone va de zastava en zastava jusqu'au cabinet de notre très puissant hôte, le consul général de Russie,
Ou a ainsi l’impression, entre îa Caspienne et Téhéran, de n’avoir pas quitté, politiquement au moins, l’empire immense des Tsars.
Nous avons commandé notre voiture pour huit heures du matin* ie mercredi. C'est un Russe qui est concessionnaire des chevaux de poste et des voitures. Il fournit de dangereux véhicules et des chevaux fatigués. Une voiture pour deux personnes avec peu de bagages coûte près de sept cents krans de Resht à Téhéran, plus quatrevingts krans de droit de péage, plus deux à trois krans de pourboire au cocher nouveau à chaque relais.
La poste met à peu près cinquante heures entre Resht et Téhéran, en ne s'arrêtant que pour changer de chevaux. Mais nous 11 e sommes pas des colis postaux et décidons de voyager confortablement, c'est-àdire dé coucher deux fois en route, à Mendjil le premier soir, à Kàsvyn le second. Nous arriverons le troisième jour à Téhéran, in chAllah si Dieu veut.
À dix heures enfin, la voiture est là. C'est une antique berline dont les ressorts sont entourés de cordes ; la capote ne peut se fermer qu'au quart; quant aux portières, il doit y avoir cinquante ans qu’elles n’ont été ouvertes. Nous en sommes quittes pour passer par dessus.
Nos valises sont amarrées à côté du cocher et sur le siège de devant. Nos amis nous entourent et nous regardent avec envie. Nous voyagerons en Perse avant eux l