‹ La Perse en automobile, à travers la Russie et le CaucaseChapitre 15 sur 35 · L, IG · texte numérisé non relu

L, IG

DE RESHÏ A TÉHÉRAN

n étincelle le pic conique du Demavend, la montagne sacrée, le atere endormi dans les neiges éternelles. Àu pied du De ma vend, c cs t 1 éhéran. Devant nous, la route redescend sur Kaswyn.

A droite c'est le liant plateau persan d'une altitude qui varie de ° n?e a douze cents mètres; des chaînes de montagnes peu élevées ^ traversent de l'est a l’ouest. Il s'étend, désert monotone, dans la lumière grise et bleue qui le baigne. Le voilà cet antique empire des Perses! Il est à nous, enfin!

Le même crépuscule affaibli descend sur nous et sur lui.

Nous nous redressons dans la voilure, nous ne sommes pins

fatigués.

La nuit, qui vient vite en Orient, nous surprend sur la route, A dix heures seulement, nous faisons notre entrée dans la grande ^dle de Kaswyn, centre ancien de culture, où naquit cette « Gour- ^PouPAyn » La consolation des yeux), dont Gobineau nous a la conté la vie ardente et la lin tragique dans les troubles hâbystes (i).

Nous suivons une allée d’arbres épais el arrivons au relais, chapar khané , où nous passerons la nuit.

Le chapar khané de Kaswyn est une hôtellerie.

P est unique de son espèce en Perse. On y trouve des cham- ° res i des lits, et à toute heure de la nourriture à des prix vraiment Modiques. On nous y sert une poule au riz pour quatre-vingts ce ntimes. C est une chose qu'on n'oubl ie pas quand on vient de qmtter les hôtels du Caucase où nous avons connu d'autres prix.

Extérieurement, il se donne des allures de palais avec le Péristyle à colonnes qui l'entoure et le jardin qui l’enclôt. Du ,es * e les plus simples constructions prennent volontiers, en Perse, u ne allure monumentale ; les murs sont le plus souvent en pisé, ^ais de beaux portiques sont dessinés évoquant le souvenir loinlain des palais du Grand Roi.

A Kaswyn, il règne ce soir une vive agitation, car demain matin Sa Majesté le Chah, qui a quitté Téhéran voilà une quinzaine de J°urs pour se rendre en Europe, fera ici une entrée solennelle. e Chah voyage avec toute sa cour.

j. (Ù l'histoire du Bâb et de la réforme religieuse qu*il tenta au milieu du xix e siècle,

! rL * es belles pages Jl- Gobineau dans Les Religions el les Philosophies dam l'A&îe centrale.

Un grand spectacle se prépare pour nous.

On nous a retenu une chambre. Ce soir, nous déployons nos lits de camp et prenons de sévères précautions contre les attaques nocturnes et sournoises qui sont plus redoutables en Perse que celles des voleurs de grand chemin *

Nous dormons fort bien. Merci*

L’entrée du Chah a Kàswyn. — Vendredi i ; mai. — Dès six heures du matin, le bruit nous réveille.

Nous sortons dans le jardin du cîiapar khané. Il fait une lumière claire et heureuse; Pair du matin est d'une fraîcheur sèche exquise. Sur un ciel bleu d’outre-mer, la brise agite lentement les feuillages des peupliers et des grands et séculaires platanes qui bordent l’avenue. Âh ! le clair matin de fête!

Devant notre jardin c’est l’avenue ancienne et vraiment royale qui mène au palais du gouverneur,

A gauche, près de nous, un coin d'ombre épaisse sous DS ormeaux qui abritent l’entrée principale d’une grande mosquée. On aperçoit sous Larché de la porte aux carreaux de faïence émaillée, un peu de la cour principale, le bassin des ablutions, des troncs d’arbres énormes. Au-dessus des murs, parmi les feuillages Irais, fusent les minarets qui flanquent la coupole centrale.

Le cortège impérial passera dans la cour même du chapar khané. en longera le jardin, puis prendra la grande avenue pour se rendre chez le gouverneur*

Je m'installe sur le toit d’un pavillon bas qui borde la grille. J© serai là à merveille pour voir et pour photographier.

Il règne déjà dans F avenue une grande animation.

Des groupes d'hommes circulent vêtus d’une robe, brune le plus souvent, parfois bleue* Une ceinture de couleur serre la tunique de dessous à la taille ; ils sont coiffés pour la plupart de .la calotte de feutre ras*

Les mollahs oxi prêtres, seuls, portent un turban blanc. Ils sont nombreux. Kaswyn est une ville de prêtres; ils ont de belles ligures régulières et fines, le front bombé, le nez allongé et mince.

DE RESHT A TÉHÉRAN

autres montrent une ceinture et un turban verts; ceux-là sont des Se *des, Us descendent du Prophète, ou du moins l'affirment, ce qui en ces pays où Pétai civil est incertain, revient au même,

Des femmes, vêtues d’un grand voile noir qui les enveloppe,

passent par groupes. Elles ont, sous leur voile, la ligure couverte

^ 1111 mouchoir blanc à travers les à-jour duquel elles regardent sans être vues.

Tout ce monde se promène avec dignité, sans impatience, conversant ainsi qu'il sied à des gens de sens rassis. Aucun cri micune bousculade; des marchands circulent offrant de petits blocs de glace pour le prix de deux centimes; d'autres vendent des culots pipe, d autres des fruits secs. -

Au pied du pavillon, sur le toit duquel je me tiens, sont assis

llne demi-douzaine de gens assez misérables; ils font cercle et se

Montent des histoires ou des bons mots. Je suis frappé de la dignité

Sl mple de leur tenue. Deux ou trois fois des agents du gouverneur,

Q1 niés de grandes baguettes, viendront les disperser. Ils se séparent

sans résister et cinq minutes plus tard, ils sont là de nouveau, repre-

nant conversation interrompue. Autour d'eux jouent des enfants

t l ui lln dent les jeux équestres et les combats à la lance de l'héroïque K u stem.

Des arroseurs jettent de l’eau sur la poussière épaisse de Pavenue. U s i a puisent dans les fossés qui longent ce qui serait chez nous 1ls trottoirs. Comme la plupart des villes persanes, Kaswyn a des conduites d'eau qui viennent des montagnes. Les Persans se sont toujours entendus à merveille à capter les sources et à les mener sous terre à des distances considérables.

Sur les toits des maisons basses, des petits enfants ont grimpé, e t des femmes aussi.

Dès sept heures, de longues files de chameaux commencent: à arriver du camp impérial qui était à vingt kilomètres de la ville. Ils

attachés les uns derrière les autres par groupes de six. Les chameliers crient pour que la foule se range; la clochette que les chameaux ont au cou tinte, et ils avancent sans s'arrêter jamais, le cou tendu comme pour une supplication. Du premier jour, je nvintéresse passionnément à cette bête étrange, et je ne cesse de P observer.

Ceux qui passent là sont chargés de tentes, de ballots de tapis,

lin

de sacs d'orge ou d'avoine. Des mulets, par centaines, les suivent, puis des fourgons de bagage où sont entassées d'innombrables malles, les unes européennes, les autres persanes, bariolées de couleurs vives. Des domestiqués de la cour, en livrée écarlate aux brandebourgs d'or, des soldats débraillés, des agents des postés impériales avec le lion d’argent sur le haut bonnet d’agneau frisé escortent les bagages. Il en défile ainsi pendant trois heures et plus: d doit avoir passé quinze cents chameaux et autant de mulets. Les objets les plus bizarres s'entassent sur leur dos. Je vois une chaise roulante à siège d'osier, coiffant la bosse d'un dromadaire ; une boîte à musique colossale sur un mulet qu elle écrase, un gramophone. un globe terrestre.

Arrive aussi un petit être gris, barbu, pointu, portant bésicles, à caliiourchon sur un diminutif d’âne, chargé d'un bissac énorme dont les poches sont gonflées d’objets mystérieux, et d'où sort* menaçante et pointée vers le ciel, une immense lunette; c'est l'astrologue de Sa Majesté,

Pour ajouter au pittoresque et à Y animation de la scène, des chefs des tribus montagnardes, les gouverneurs des gros villages voisins entrent dans Kaswyn pour saluer le Chah à son passage. Ils sont montés sur de vifs petits chevaux bellement harnachés, ont D carabine en bandoulière et, par groupes de douze ou vingt, caracolent dans l'avenue.

Le Chain qui nous vaut ce spectacle, voyage aujourd'hui comme voyageaient jadis Xerxès ou Darius, Rien ou presque rien na changé depuis deux mille cinq cents ans, et quand il se met eu route, c’est toute une affaire.

Il ne lui suffit pas d'avoir avec lui une douzaine ou deux de courtisans. Il emmène une suite de près de cinq mille personnes. C'est la population d'une petite ville, qui se déplace, qu'il faut loger et nourrir. Les ministres et les hauts fonctionnaires ne se séparent pas du souverain, non plus que les courtisans qu il est habitué à voir chaque jour* Le harem reste à Téhéran ; les femmes persanes ne voyagent pas à 1 etranger*

Comme ceux qui partent avec le Chah sont des personnages d'importance, ils ont une suite digne de leur rang. Chacun de ces seigneurs est accompagné d'un nombreux domestique. En Perse, un homme

Un admirable pouilleux sur la rouKv entre Kaswyn et Téhéran.

Habitation? persane? dans la montagne entre Mendjil et Kaswyn.

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