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LA PERSE EX AUTOMOBILE
Le chameau rit en découvrant ses dents jaunes et longues. On croit à première vue qu’il est dolent, qu’il souffre. Il est ironique, su moque de tout et refuse de travailler pendant le jour. Avec un ad infini et une longue patience, il a perfectionné le balancement de sa démarche jusqu’à la rendre insupportable à l'homme ; ce n'est qu au Jardin d'acclimatation que l'on grimpe pour son plaisir sur des chameaux* En Orient les chameliers se gardent de pareille imprudence. Ils craignent le mal de mer; ils vont à âne. Et derrière eux, le chameau qui les suit relève sa lèvre supérieure et cligne de l'œil, plaisamment* En Europe, il se fait passer pour un animal des paj s chauds ; en réalité il ne supporte pas la chaleur. Seuls en Orient le* Européens, comme nous l ’avons démontré par nos œuvres, peuvent voyager impunément de jour en été* Le chameau est un passionne noctambule, il a tous les vices de la civilisation. Il ne marche que de nuit. Dès le soleil levé* il se couche* et il est si grand qu’il se met à son ombre.
Cet animal feint aussi d'être maladroit. Mais lorsqu’il en trouve l’occasion, il vous marche sur les pieds sans s’excuser. 11 est alors très habile et ne vous manque pas, ïl se couche avec des mouvements saccadés comme se coucherait un chameau mécanique* Mais une lois qu'il est chargé et qu'il s’agit de se relever, la mécanique est détraquée. Ah ! quel chameau !
1! sent le chat mouillé, et comme il est très grand, c'est gênant-
J'ai beaucoup cultivé la société des chameaux et j'ai appris à leur parler. Dans notre bande j’ai été nommé interprète délégué aux chameaux. Ce titre dont je ne suis pas médiocrement lier a excité ht jalousie de celui de nos compagnons qui a été notre interprète auprès des Russes. Mais il a dû reconnaître qu'il ne pouvait parler aux chameaux connue je le faisais. Quand, en auto ou en voiture, nous en rencontrions la nuit une caravane, je criais à tue-tête : « KabardaC Kabardar ! ✓✓ et mes chameaux prenaient leur droite, comme un homme.
Des Anes. — J’aime aussi beaucoup les ânes gris, petits, modestes, dont les yeux sont doux et pacifiques. Leurs maîtres leur fendent, tout jeunes, les narines, afin qu'ils respirent mieux. On ne leur met à l'ordinaire ni mors, ni brides, mais un fronts il de petites
HUIT JOURS A TEHERAN
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] ^ reî > de cuir tressées auxquelles sont mêlées avec un goût cHar- 1 ^Htquolques verroteries de couleur. Leur harnachement estornéde et qv° n ^ a P^ us a g ré able. Ils ont sur le dos un large bissac en grosse e de laine de couleurs variées. Les poches en sont gonflées j es P r °visions de route* Ou bien on entasse sur leur dos de ^üides charges de foin, de paille ou d’aromates, des sacs de blé ou ou encore des poutres dont une des extrémités traîne à terre, b due sous ces fardeaux marche gentiment, la tête un peu incli- ^ llc s arrête pas; ses jambes fines sont infatigables. L’âne est CS ca °dide ; il ne sait pas se diriger dans la vie. Il est inutile d ap- P ei Hpc sa langue; il ne comprend pas. Si vous arrivez sur lui en J ^tute, i] se laisserait écraser tant il est simple. Il faut le pousser de c ° mme on ierait dhin colis encombrant.
ho l i\ eut ces petits ânes portent de gros hommes. C'est un spec- ' ^armant qu’un gras et digne Persan assis sur son âne. Le bât j ^ e Linenl large que notre Persan a les cuisses horizontales; seuls ^ eS pondent et, au bout des tibias, les pieds dans de belles babouches persiques qu’on appelle des gui vêts. Il se tient ou sur le cou e a béte, ou sur la croupe, mais jamais à la place où vous et moi ^oiis asseyons quand nous montons à âne. Il est grand, gros, sa robe e au vent; il semble qu’il va écraser le petit animal. Mais ^lui-ci galope de son mieux et secoue tant qu'il peut le Persan ^ 3 durban né qu’il a sur le dos,
ç, J ailc en Orient est un animal sympathique ; il ne l’ignore pas, e n est pas de son nom qu'on appelle dans les écoles les petits e liants qui font des fautes en lisant te Coran,
J ai l 4J 11 contré quelque part dans le désert un petit âne. Il portait Ulle Emilie bellement drapée et voilée. Cette femme avait sur les bras ülltan t qui dormait. A côté deux, marchait un homme, une ceinlq 1 . 0 autour des reins, le bâton à la main. L’âne allait à travers les sain liais et blonds à pas menus, attentif à éviter les pierres du emin et à ne pas secouer son précieux fardeau. Il ne tenait la tête ni basse, mais comme il fallait. C’était un âne très bien. savait qu’il représentait pour nous à ce moment l’âne de La Fuite
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Dhs Persans. — Je regarde aussi les Persans. Je ne connais rien
à l'ethnologie, science décevante, mais je vois qu'il y a en Perse des types, sinon des races, bien différents. Voici des gens plus noirs que les Hindous, d’autres sont Mongols, d’autres Turcs. Les vrais Persans (je n’en juge que d’après l’idée que je me fais des Persans, c'est mon seul critérium et il ne faut pas m’en demander davantage) sont grands et élancés ; ils ont les traits réguliers, le visage ovale, le iront un p eU bombé, les yeux beaux et en amande, un cou haut ; ils marchent bien- , Leur costume est resté ce qu’il était jadis, exception faite des Persans européanisés qui s'habillent de redingotes à plis. Les autres ont une espèce de justaucorps maintenu par une ceinture, par-dessus lequel ils mettent une robe flottante qui tombe jusqu’à terre. Comme je Lai dit, les seïdes ou descendante du Prophète sur Lui la paix ont seuls le droit de porter robes, ceintures et turbans verts. Si 1 on demande comment ces seïdes prouvent leur descendance de Mahomet, je dirai qu’ils r affirment sans la prouver, et c’est bien plus simple- Grâce à Dieu unique, la postérité du Prophète a été bénie, car elle est innombrable, et les robes vertes font dans ta foule persane un effet charmant. Les Persans non seïdes ont à l’ordinaire une robe de laine brune : quelques-uns sont vêtus de bleu clair, i lsont tous un des deux bonnets nationaux. Seuls, les mollahs se coiffent d'un turban blanc-
Je les regarde aller, venir, s’arrêter, causer, vendre ou acheter* Il paraît n’y avoir entre eux aucune morgue, aucun souci du paraître. Dans une foule européenne, plus de la moitié des gens veulent passer pour ce qu'ils ne sont pas; l'employé de commerce tient à être pris pour un clerc de notaire, et celui-ci pour un clubman. Ces
soucis sont étrangers aux Persans. Iis ne se donnent pas des ai rs. Je
crois qu’il y a entre eux une égalité plus réelle qu’entre nous. Rien ne distingue dans l’habit et dans la façon de vivre au dehors un homme à son aise d’un autre qui n’a rien.
Ils s’abordent dans la rue ou au bazar, causent ensemble, se
promènent ; ils s’amusent aux mêmes choses, tandis qu'en Europe un homme riche considère comme inférieur de paraître prendre du plaisir là ou se divertit le peuple. Dans le commerce des Persans entre eux, on voit de la simplicité et de la bonhomie. Je ne com¬
prends pas ce qu’ils disent, mais j'entends bien que ce marchand parlant à un riche client n’a pas le ton d’un Anglais snob lorsqu'il s’adresse à un duc et pair.
HUIT JOURS A TÉHÉRAN
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I iavailient-ïls? Le moins possible. Ils flânent et bavardent beau- COu fL an bazar, dans les rues, sur tes places à l'ombre des platanes. Vers cinq heures, ils aiment‘à se promener; souvent, ils vont ^ llx P^r deux en se tenant par le pouce, comme de grands enfants.
11 dehors, on ne les voit jamais avec des femmes qui sortent seules.
j t;rs ^ soir, iis s’acheminent vers les jardins qui entourent
x **- es ‘> ils circulent sous les arbres frais, s'asseyent au bord d'un aisseau et causent.
Us ne sont ni fiévreux, ni agités. Ils paraissent satisfaits de ce c l u ds ont. Nous disons que c’est peu, Mais pourquoi leur imposer itos gotits et nos besoins? Us sont indifférents à une foule de choses
c l l fi nous passionnent,
1^ comte de Gobineau, qui fut ici voilà cinquante ans, raconte
s ujet des anecdotes que je veux croire vraies parce qu'elles sont charmantes. Le patriotisme, assure-t-il, n’est pas une de leurs vertus* j s ai11 aient vu sans déplaisir et presque sans curiosité les Russes ou Anglais, maîtres de Téhéran ; c’est du moins ce que dit Gobi-