SECONDE EXPÉDITION DE DARIUS CONTRE LA GRÈCE
Darius avait l'intention d'envoyer
(*) J'apprends de M. Didron que les Grecs appellent aujourd'hui ce promontoire "A6o>v, et plus souvent "Opoç, par antonomase. La partie de l'Athos on se trouvent des monastères porte le nom de "Aytov 6poc, que les lia liens ont traduit littéralement par Monte s an ta. Malgré les progrès de l'art de la navigation, les cotes de i'Alhos, battues par une mer orageuse et semée de rochers et de bas- fonds, sont toujours redoutables, même pour les bateaux à vapeur.
une seconde expédition en Grèce ; mais pour ne rien donner au hasard, il prit différentes mesures qui lui paraissaient propres à assurer le succès de l'entre-
frise. C'est ainsi que les habitants de Ile de ïhasos, dont les richesses et la puissance lui causaient de l'ombrage, reçurent l'ordre de démolir les murailles* de leur ville et d'envoyer tous leurs vaisseaux à Abdère. Voulant ensuite connaître les dispositions des Grecs à son égard , et savoir si ces peuples oseraient lui résister, il envoya des hérauts dans toutes les villes de la Grèce pour demander en son nom la terre et l'eau. Il en dépêcha d'autres dans les villes maritimes tributaires, pour ordonner qu'on lui construisit des vaisseaux de guerre et des navires de charge.
Les hérauts étant arrivés en Grèce pendant ces préparatifs, plusieurs peuples du continent et toutes les fies accordèrent au roi la terre et l'eau. Quant aux Athéniens, ils précipitèrent dans le Barathre{*)\es envoyés de Darius, et les Lacédémoniens les firent jeter dans un puits, leur disant qu'ils pourraient V prendre à leur gré de la terre et de l'eau pour porter à leur roi. Cette conduite barbare ne fit qu'irriter Darius déjà aigri contre les Grecs. Ce Iuince donna le commandement de 'armée à Datis . Mède d'origine , et à son neveu Artapherne fils d'Artapherne , et les envoya contre Athènes et Érétrie, avec ordre d'en réduire tous les habitants en esclavage, et de les lui amener.
Les deux généraux n'eurent pas plutôt été nommés , qu'ils prirent congé du roi (an du monde 3514; avant Jésus-Christ 490) et allèrent avec une nombreuse armée en Cilicie, où ils furent joints par toute la flotte. Les vaisseaux de charge se rendirent aussi au même endroit," et prirent à bord des chevaux. Les troupes furent partagées sur six cents trirèmes,qui les transportèrent en Ionie. De là les Perses ,
(*) Fosse profonde dans laquelle ou jetait à Athènes les criminels couc)aninés à mort.
PERSE
au lieu de faire voile vers l'IIellespont et la Thrace, en côtoyant le continent , partirent de Samos, et prirent par la mer Icarienne à travers les îles, afin d'éviter, suivant toute apparence, le mont Athos , que la perte des vaisseaux de Mardonius leur faisait beaucoup redouter. D'ailleurs, ils étaient obligés de suivre cette route pour se rendre maîtres de iSaxos , qu'ils soumirent en effet, ainsi que plusieurs autres îles. Cela fait , Datis s'avança d'abord avec l'armée navale vers l'î!e d'Eubée pour attaquer Érétrie.
Les ftrétriens ayant eu avis qu'ils allaient être attaques par les Perses , demandèrent du secours aux Athéniens, et prirent les mesures qu'ils jugèrent plus conrenables pour résister à une invasion. Ils avaient résolu de ne point livrer de combat , et de ne faire aucune sortie, mais de s'occuper seulement de la défense des murailles que les Perses battirent très-vivement pendant six jours. Le septième , deux citoyens livrèrent la ville aux assiégeants. Ceux-ci n'y furent pas plutôt entrés , qu'ils pillèrent les temples , et y mirent le feu pour se venger de l'incendie de ceux de Sardes , et réduisirent les habitants en esclavage, selon les ordres de Darius. Ce prince était fort irrité contre ceux d'Érétrie , qui , sans aucun motif, s'étaient joints aux Ioniens révoltés. Mais , dès qu'il fut maître de disposer de leur sort , il ne leur fit aucun mal , et les envoya habiter un canton peu éloigné de Suse.
Les Perses restèrent quelques jours à Érétrie; puis ils remirent à la voile, et se dirigèrent vers l'Attique. Hippias , fils de Pisistrate , les fit débarquer dans la plaine de Marathon , le lieu de l'Attique le plus commode pour les évolutions de la cavalerie, et le plus proche d'Érétrie. Sur cette nouvelle, les Athéniens se rendirent aussi à Marathon. Its étaient commandés par dix généraux , parmi lesquels était Miltiade , fils de Cimon , le même qui avait voulu faire rompre le pont de Pister, pour empêcher Darius de repasser ce fleuve. Les Perses, commandés par Datis, étaient au nombre de
cent mille hommes d'infanterie et de dix mille chevaux. Les Athéniens n'avaient en tout que dix mille hommes, y compris les Platéens qui s'étaient joints a eux.
Un intervalle de huit stades séparait les deux armées; dès que le signal du combat eut été donné, les Athéniens franchirent cet^espace en courant ; les Perses , de leur côté, se disposèrent a les recevoir ; mais , remarquant que , malgré leur petit nombre et le manque de cavalerie et de gens de trait , les Athéniens pressaient le pas, ils s'imaginèrent que ces gens couraient h une mort certaine. Cependant les Athéniens avant joint les Perses en conservant leurs rangs très -serrés, firent des prodiges de valeur.
Après un combat long et opiniâtre , les Perses et les Saces, qui composaient le centre de l'armée perse , enfoncèrent le centre des Athéniens , et , profitant de cet avantage , les poursuivirent dans les terres. Mais les Athéniens et les Platéens avaient été victorieux aux deux ailes ; et , laissant fuir les ennemis , ils réunirent toutes leurs forces en un seul corps , puis ils attaquèrent et battirent les Perses et les Saces qui conservaient toujours leur avantage. Les Athéniens poursuivirent les troupes de Datis jusque sur le bord de la mer, et s'emparèrent de sept do leurs vaisseaux. Cette journée mémorable coûta aux Perses , suivant Hérodote , environ six mille quatre cents hommes tués. Les Athéniens ne perdirent que cent quatre-vingt douze des leurs (*).
Après la bataille, les Perses se rembarquèrent; mais, au lieu de cingler vers l'Asie , ils doublèrent le cap Sunium pour surprendre la ville d'Athènes , privée de tous sçs défenseurs. Les Athéniens ayant pénétré leurs intentions, quittèrent en toute hâte le champ de bataille, et entrèrent dans Athènes avant que la flotte ennemie se fût présentée devant cette ville.
Les Perses , se voyant prévenus , furent contraints de renoncer à leur en-
(*) Hérodote, 1. vi, chap. 117.
L'UNIVERS
treprise, et retournèrent honteusement en Asie.