‹ La PerseChapitre 25 sur 51 · HISTOIRE DE XERXES · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE XERXES

Xerxès, lorsqu'il monta sur le trône (an du monde 3519; avant J. C. 4&>), ne pensait d'abord qu'à comprimer la révolte des Égyptiens. Voulant intimidor par un châtiment prompt et terrible ceux des peuples conquis qui pourraient être tentés de se soustraire au ioug, il avait renoncé à la conquête de la Grèce. Cependant Mardonius , qui tenait à faire oublier la honte de sa première expédition, changea par ses insinuations et ses conseils les dispositions du jeune roi. Xerxès, sollicité par ce chef, arrêta de punir d'abord les Égyptiens , puis de marcher avec toutes ses forces contre Athènes, dont les insultes, disait Mardonius, ne pouvaient rester impunies. D'ailleurs, ajoutait ce général, l'Europe étant un pays trèsbeau et très-fertile, le roi seul méritait de l'avoir en sa possession. D'autres causes encore influèrent sur la détermination de Xerxès. Les Aleuades, rois de Thessalie, lui envoyèrent des ambassadeurs pour l'engager à marcher contre la Grèce, et ceux d'entre

(*) Liv. va, chap. 3.

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lti

les Pisistratides qui s'étaient retirés à Suse, après avoir été chassés d'Athènes, le pressaient sans cesse de réduire leur patrie en servitude. Avant de passer en Europe, Xerxès soumit les Égyptiens. Il les attaqua la seconde année après la mort de Darius. Lorsqu'il les eut soumis, il rendit leur joug beaucoup plus lourd que n'avait fait Darius, et confia le gouvernement de leur pays à son frère Achaeménès.

L'Egypte une fois soumise , et Xerxès étant sur le point de marcher contre Athènes, convoqua les principaux d'entre les Perses, tant pour avoir leurs avis, que pour les instruire de ses volontés. Lorsqu'ils furent assemblés, il leur parla en ces termes : « Perses, je ne prétends pas. «introduire parmi vous un nouvel «usage, mais suivre l'exemple que « nous ont transmis nos ancêtres, a Selon ce que j'ai appris des anciens, « nous ne sommes jamais restés dans « l'inaction depuis Cyrus.Un dieu nous « conduit, et sous 'ses auspices nous « marcherons de succès en succès. IL» • est inutile de vous parler des exploits « de Cyrus, de Cambyse et de Darius, « mon père : vous en êtes assez ins- « truits. Quant Jl moi , du moment où « je suis montésur le trône, jaloux de « ne point dégénérer de mes ancêtres, « j'ai songé aux moyens d'accroître la « puissance des Perses. Après y avoir «mûrement réfléchi, je trouve que « nous pouvons illustrer de plus en « plus notre nom , acquérir un pays « qui n'est pas inférieur au nôtre , « qui même est plus fertile, et pu- « nir en même temps les auteurs des « injures que nous avons reçues. Je « vous ai donc convoqués ptfur vous « faire connaître mes projets. Après «avoir passé l'Hellespont, je traver- « serai l'Europe pour me rendre en « Grèce , aûn de venger et les Perses « et mon père des insultes des Athé- « niens. Vous n'ignorez point que Da- « rius avait résolu de marcher contre « ce peuple. Mais puisque la mort ne « lui a pas permis de se venger lui- « même, c'est à moi de le venger et de

« venger les Perses; je ne renoncerai « point à mon entreprise que je ne me « sois rendu maître d'Athènes, et que « je n'aie réduit cette ville en cendres. «Les Athéniens, vous le savez, ont « commencé les hostilités contre mon « père et contre moi. Ils ont été à Sar- « des avec Aristagoras de Milet, notre «esclave, et ils ont mis le feu aux « temples et aux bois sacrés. Que ne « vous ont-ils pas fait ensuite à vous- « mêmes, quand vous êtes allés dans « leur pays sous la conduite de Datis «et d'Artapherne? Personne d'entre « vous ne 1 ignore. Voilà ce qui m'a- « nime à marcher contre les Athéniens.

« Mais en y réfléchissant, je trouve un « grand avantage à cette expédition. Si « nous venons à les subjuguer eux et « leurs voisins, je parcourrai toute « l'Europe, et, avec votre secours, je « ne ferai de toute la terre qu'un seul «empire; car on m'assure que les « Grecs une fois réduits , il n y aura « plus de ville ni de nation qui puissent «nous résister. Ainsi, coupables ou « non , tous subiront également notre «joug. Secondez-moi donc si 'vous « voulez me plaire. Que chacun de vous « se hâte de venir au rendez-vous que « j'indiquerai. Celui qui s'y trouvera « avec les plus belles troupes, je lui « ferai présent des choses que l'on es- « time le plus en Perse. Telle est ma « résolution. Mais comme je ne veux « pas qu'une décision aussi importante soit prise d'après mon avis « seulement, je vous permets de déli- « bérer sur cette affaire, et j'ordonne « à chacun de vous de m'en dire son « avis (*). »

Xerxès avait exprimé sa volonté d'une manière beaucoup trop formelle pour que ses conseillers osassent le contredire. Toutefois , Artabane , oncle paternel de Xerxès, le même qui sous Darius s'était opposé avec tant de raison à la guerre contre les Scythes, représenta tous les inconvénients de l'expédition qu'on allait entreprendre, et dévoila les motifs de la conduite de Mardonius. Malgré les avis de ce

(*) Hérodote, liv. vu, chap. 8.

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prince si sage, Xerxès persista dans son sentiment. Après la réduction de PÉf?ypte , il employa quatre années entières à faire des levées et à amasser des provisions; enûn il se mit en marche dans le courant de la cinquième année, à la tête de forces immenses.

Parmi les peuples de l'Asie, les uns fournirent de l'infanterie, les autres de la cavalerie; ceux-ci des vaisseaux de charge; ceux-là des vaisseaux longs pour la construction des ponts; d'autres enfin donnèrent des vivres et des nawres pour les transporter. On était occupé depuis environ trois ans 5 percer I isthme qui réunit le mont Athos à la terre ferme, et à creuser un canal qui pût donner passage à de grands vaisseaux. Cette entreprise avait pour but d'éviter une navigation reconnue dangereuse. En effet, déjà lors de la

}>remière expédition de Mardonius , la lotte des Perses, comme nous l'avons dit plus haut, avait essuyé une perte considérable en doublant" l' Athos.

Hérodote (*) nous fait connaître les moyens que les Perses employèrent pour couper l'isthme de l'Athos. On tira une ligne au cordeau, dit-il, près de la ville de Sané, et les barbares se partagèrent le terrain par nations. Lorsque le fossé eut atteint une certaine profondeur, les hommes qui étaient en bas continuèrent à creuser, tandis que d'autres placés sur des échelles faisaient passer la terre de main en main jusqu'à ceux qui étaient en haut et qui la jetaient dehors. Les parois du canal s'éboulèrent partout, excepté dans la partie confiée aux Phéniciens. Cela devait arriver, parce que le fossé était sans talus, et aussi large dans le haut que dans le bas. En creusant la partie qui leur était échue , les Phéniciens donnèrent à l'ouverture une fois plus de largeur que le canal ne devait en avoir au fond, et à mesure que l'ouvrage avançait , ils allaient toujours en étrécissant (**). Des trirèmes en station à ia rade d'Eléonte dans la Chersonèse porta ent à l'isthme des dé-

(•) Liv. vu t chap. a 3.

(•*) Livre vu, chap. a4.

tachements de tous les corps de l'armée. Les soldats se relayaient les uns les autres et on les frappait à coups de fouet pour les contraindre à travailler. Les habitants de l'Athos aidaient aussi à creuser le canal. Bubarès, fils deMégabaze, et Artacbéès, fils d'Artée , tous deux Perses de nation, présidaient à ces travaux.

Xerxès , suivant Hérodote (*), fit percer le mont Athos par orgueil, et pour laisser un monument de sa puissance.

On aurait pu, sans aucune peine, continue le même auteur, transporter les vaisseaux d'une mer à l'autre par-dessus l'isthme. Ces remarques sont justes; mais Xerxès, comme il est facile de s'en convaincre , voulait surtout imposer aux Grecs, et leur donner une haute idée de la richesse et de la puissance de l'empire contre lequel ils allaient lutter.

Les troupes chargées de creuser le canal avaient aussi reçu l'ordre de jeter des ponts sur le Strymon.

Xerxès fit préparer, pour construire ces ponts, des cordages de lin et d'écorce de hyblos, et l'on commanda de sa part, aux Phéniciens et aux Égyptiens, d'apporter des vivres pour! armée. Il avait fait transporter par mer, de toutes les parties de l'Asie, des farines qu'on avait déposées dans les lieux les plus propres a servir d'entrepôt. La plupart de ces farines furent portées sur la côte de Thrace, appelée Leucé Acte (**) ; on en envoya à Tyrodize sur les terres des Périnthiens, à Dorisque, à Éion sur le Strymon, et enfin en Macédoine.

Tandis qu'on était occupé de ces travaux , Xerxès partit avec son armée de terre de Critalles en Cappadoce, où.s'étaient rendues, suivant ses ordres , toutes les troupes qui devaient l'accompagner, et il se mit en marche pour Sardes. Les Perses , ayant passé

(*) M. Didron a reconnu le canal creusé par Xerxès. Plusieurs parties de ce canal sont encore au-dessous du niveau de la mer, et quelques centaines de journées d'ouuiers suffiraient pour le rendre navigable.

(**) C'est-à-dire Côte blanche.

l'Halys, entrèrent en Phrycie. Ils traversèrent ce pays, et arrivèrent à Célènes; de là, ifs passèrent près d'Ànaua, ville de Phrygie, et se rendirent ensuite à Colosses , puis à Cydrara , sur les frontières de la Phrygie et de la Lydie. Une inscription gravée sur une colonne érigée dans ce lieu, par ordre de Crésus, indiquait la limite des deux Ptiyg. Au sortir de la Phrygie, Xerxès entra en Lydie. Dans cet endroit, la route se partageait en deux; Tune à

8 anche menant en Carie, l'autre à roite conduisant à Sardes. En suivant celle-ci, Xerxès trouva un platane qui lui parut si beau, qu'il le fit orner de colliers et de bracelets d'or, et qu'il en confia la garde à un immortel. Le deuxième jour, il fit son entrée dans la capitale des Lydiens. A peine arrivé à Sardes, il envoya des hérauts dans la Grèce, excepté a Athènes et à Lacédémone, pour demander la terre et l'eau , et pour ordonner que dans toutes les villes on eût soin de préparer des repas pour le roi de Perse. Ce fut pour être instruit exactement des dispositions des Grecs à son égard qu'il prit cette mesure. Pendant qu'il se disposait à partir pour Abydos, on travaillait à construire deux ponts sur l'Hellespont pour passer d'Asie en Europe. Entre les villes de Sestos et de Madytos, est une côte fort rude, qui s'avance dans la mer vis-à-vis d'Abydos. Ceux que le roi avait chargés de construire les ponts commencèrent du côté d' Abydos, et continuèrent jusqu'à cette cote. Les Phéniciens joignirent les vaisseaux avec des cordages de lin, et les Égyptiens avec des cordages d'écorce de Dvblos. Les ponts avaient une longueur de sept stades (*). Lorsqu'on les eut achevés, il s'éleva une affreuse tempête qui rompit les cordages et brisa les vaisseaux.

A cette nouvelle , Xerxès , transporté

(*) Les stades dont il s'agit ici n'étaient, suivant l'opinion de d'Amille (Mém. de l'Acad. des belles- lettres, tom. XX' Î1I, pag. 334), que de 5i toises. En effet,, l'endroit le plus resserré du détroit n'a guère que 375 toises et demie de largeur.

8* Livraison (Pibsb.)

de colère, fit donner trois cents coups de fouet à l'Hellespont , et ordonna qu'on jetât dans ses eaux une paire d'entraves, en lui adressant ce discours :

« £au amère et salée, ton maître te pu- «nit ainsi parce que tu l'as offensé, « sans qu'il t'en ait donné sujet. Le « roi Xerxès passera sur tes flots de « force ou de gré. C'est avec raison « que personne ne t'offre de sacrifices, « puisque tu es un fleuve trompeur et « salé(*). » Il fit ensuite couper la tête à ses architectes, et en prit d'autres pour construire de nouveaux ponts.

Ceux-ci rassemblèrent des navires à cinquante rames et des trirèmes. Ils en employèrent trois cent soixante pour le pont situé du côté de l'Euxin et trois cent quatorze pour l'autre. Les bâtiments qui formaient le premier pont présentaient le flanc à l'Euxin et étaient placés obliquement d'un côté à l'autre du détroit et dans la direction du courant de l'Hellespont, de manière à tenir toujours bien tendus les câbles qui unissaient les navires les uns aux autres. Les vaisseaux ainsi dispo-»

ses, on jeta de grosses ancres, du côté du Pont-Euxin , pour résister aux vents qui soufflent de cette mer, et du côté de l'ouest et de la mer Egée, à causé des vents qui viennent du sud et du sud-est. On laissa aussi en trois endroits différents un passage libre entre les vaisseaux à cinquante rames, pour les petits bâtiments qui voudraient entrer dans le Pont-Euxin ou en sortir.

Ce travail fini , on tendit des câbles avec des machines de bois qui étaient à terre. On ne se servit pas de cordages simples , comme on avait fait la pre«* mière fois , mais on mit en double ceux de lin blanc, et ceux d'écorce de byblos en quatre. Le pont achevé, on scia de grosses pièces de bois, suivant la lar»

(*) Quelques auteurs modernes présentent cette conduite comme celle d'un insensé et d'un furieux ; cependant si on se met au point de vue des Perses qui regardaient l'eau comme une divinité à laquelle ils reudaient un culte, l'action de Xerxès semblera plutôt impie qu'insensée.

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gecr du pont, et on les plaça l'une à côté de l'autre, dessus les câbles qui étaient bien tendus. On les unit ensuite ensemble, et on posa dessus des planches bien jointes les unes avec les autres, et puis on les couvrit de terre

S'oa aplanit. Tout étant fini, on praua de chaque côté une barrière, de crainte que les chevaux tt les bétes de somme ne lussent effrayés à la vue de la mer.

Les ponts achevés , ainsi que le oanal du mont Athos et les digues qu'on avait faites à ses deux embouchures, afin d'empêcher le flux d'en combler l'entrée, on porta cette nouvelle à Sardes , et Xerxès se mit en marche.

Ce roi partit au commencement du printemps, et prit la route d'Abydos avec son armée.

Le Lydien Pythius se présenta alors devant Xerxès. Les présents qu'il avait faits à ce prince et ceux qu'if eo avait reçus l'ayant enhardi , il lui adressa ces paroles : « Seigneur, je souhaiterais « une grâce : daignerez-vous me l'ac- «corda1? La faveur que je sollicite «est peu de chose pour vous, mais « pour moi elle est d'une grande im- « portance. » Xerxès, s'atte ndant à des demandes bien différentes de celtes que fit Pythius, promit de tout accorder. Alors Pythius, plein de confiance, dit ces paroles : «Grand roi , j'ai « cinq fils; ils sont obligés à vous ac- • compagner tous dans votre expédition « contre la Grèce. Mais, seigneur, ayez «pitié de mon grand âge; exemptez « seulement l'aîné de mes fils de servir « dans cette guerre, afin qu'il ait soin « de moi , et qu'il prenne radministra- « tion de mon bien. Quant aux quatre « autres , menez-les avec vous , et puis- «siez-vous revenir bientôt, après « avoir réussi dans cette entreprise.

« — Misérable que tu es , lui répondit « Xerxès indigné, je marche moi-même « contre la Grèce, et je mène à cette « expédition mes enfants, mes frères, « mes proches, mes amis, et tu oses « me parler de ton fils, toi qui es mon « esclave, et qui aurais dû me suivre « avec ta femme et toute ta maison !

« Apprends aujourd'hui que l'esprit de

«l'homme réside dans ses oreilles, a Quand il entend des choses agréables, « il s'en réjouit, et sa joie se répand « dans tout le corps; mais lorsqu'il en « entend de pénibles, il s'irrite. Si tu a en as d'abord bien usé avec moi , si « tes promesses n'ont pas été moins « belles que ta conduite , tu ne pour» « ras pas cependant te vanter d'avoir « surpassé un roi en libéralité. Ainsi, « quoique aujourd'hui tu portes l'inv « pudence à son comble, tu ne re- «cevras pas le salaire qui t'est du, « et je te traiterai moins rigonreu- « sèment que tu ne le mérites. Ta « générosité à mon égard te sauve la « vie, à toi et h quatre de tes fils; mais « je te punirai par la perte de celui « que tu aimes uniquement. » Après avoir fait cette réponse , il commanda aussitôt à ceux qui l'entouraient d'aller chercher l'aîné des fils de Pythius, dç le couper en deux par le milieu du corps, et de placer une moitié du cadavre à droite et l'autre moitié à gauche du chemin par lequel les troupes devaient passer (*).

L'armée continua sa marche; le ba-

§age et les bétes de charge passèrent 'abord, suivis de troupes de toutes sortes de nations, qui allaient sans ordre. A une distance considérable, venait le corps d'armée du roi. Ce corps était composé de mille cavaliers choisis entre tous les Perses , suivis de mille hommes de pied armés de piques.

Venaient ensuite dix chevaux sacrés niséens avec des harnais superbes. On leur donnait le nom de Niséens f parce qu'ils venaient de la vaste plaine ni* séenne en Médie. Derrière ces dix chevaux , paraissait le char sacré de Jupiter, traîné par huit chevaux blancs , et après ceux-ci marchait à pied un conducteur qui tenait les rênes ; car il n'était permis à personne de monter sur le siège. On voyait ensuite Xerxès sur un char attelé de chevaux niséens.

Ce prince partit ainsi de Sardes ; mais

(*) Cette anecdote rapportée par Hérodote, livre VII, chapitres 38 et 3o, parait n'être qu'une variante de l'histoire d'OEoba*us que noua avons lue plus haut page 100.

perse.

us

quelquefois il descendait de son char pour monter dans ua simple chariot couvert. II était suivi de mille hommes armés de piques : c'étaient les Ïiius nobles et les plus braves d'entre es Perses. Après eux, marchaient mille cavaliers d'élite, suivis de dix mille hommes de pied, choisis parmi le reste des Perses. De ces dix mille hommes, il y en avait mille qui avaient des grenades d'or au lieu de pointes de fer a l'extrémité inférieure de leurs

Siques. Ils renfermaient au milieu 'eux les neuf mille autres : ceux-ci portaient à l'extrémité de leurs piques des grenades d'argent. Ces dix mille hommes étaient suivis de dix mille Perses à cheval. Après ce corps de cavalerie, et à une distance de deux stades, venait le reste de l'armée marchant péle-méle et sans observer aucun ordre.

Au sortir de la Lydie, l'armée fit route vers le Calque, entra en Mysie, et laissant ensuite sur la gauche le mont Cane, alla du Caïque à la ville de Carène. De cette ville, elle prit sa marche par la plaine de Thèbes, passa près d'Adramyttium et d'Antandros, pénétra dans la Troade. Les troupes campèrent la nuit au pied du mont Ida. Là il survint un grand orage qui fit périr beaucoup de monde. L'armée s'établit ensuite sur les bords du Scaroandre dont l'eau , si nous en croyons Hérodote (*) , ne put suffire aux hommes et aux bétes de charge.

Dès que Xerxès fut arrivé sur les bords 4e cette rivière, curieux de voir l'ancienne demeure au roi Priam, il monta à Pergame. Lorsqu'il eut tout examiné dans un grand détail, il immola mille bœufs a Minerve-Iliade, et les mages firent des libations à l'honneur des héros du pays. Il partit à la pointe du jour.

Arrivé a Abydos, H voulut passer en revue ses troupes. On lui avait élevé sur un tertre un trône de marbre blanc. De là, portant ses regards sur le rivage, il contempla ses armées de terre et de mer. Il demanda ensuite à voir

(*) Livre vu, «tapiire 43.

la représentation d'un combat naval.

Les Phéniciens de Sidon remportèrent la victoire. Les Perses se disposèrent ensuite à traverser l'Hellespont. Ils choisirent pour cela le temps qui suit le lever du soleil. Ils brûlèrent sur les ponts, pour les purifier, toutes sortes de parfums, et le chemin fut jonché de branches de myrte. Dès que le soleil parut, Xerxès fit avec une coupa d'or des libations dans la mer, et pria l'astre du jour de détourner les mal* heurs qui pourraient l'empêcher de sut* iuguer l'Europe. Sa prière finie, il jeta la coupe dans l'Hellespont, avec un cra* tère d or et un sabre perse. Après cette cérémonie, on fit passer sur le pont oui était du côté du Pont- Eux in tout* l'infanterie et toute la cavalerie, et sur l'autre qui regardait la mer Egée lea bétes de somme et les valets. En mâme temps, les vaisseaux se dirigèrent sur la cote opposée.

y Quand Xerxès fut en Europe, il regarda défiler ses troupes qu'on taisait avancer à coups de fouet. Pendant que l'armeede terre traversait l'Hellespont^ la flotte en sortait et côtoyait le rivage, tenant une route opposée; ear elle allait au promontoire de Sarpédon, pour y séjourner. L'armée de terre, .

au contraire, marchant vers l'orient par la Chersonèse, traversa la ville d'Agora. De là, tournant le golfe Mêlai, elle passa un fleuve de même nom , dont les eaux furent épuisées, et ne purent suffire à une si grande multitude. Apres avoir passé ee fleuve, l'armée marcha vers I occident, côtoya la ville d'JSnos, ville éolienne , et le lao Stentoris, et entra dans le Dorisque.

Le Doriscjue est un rivage et une grande plaine de la Thrace. Cette plaine est arrosée par l'Hèbre, fleuve considérable , et l'on y avait bâti un château royal appelé Dorisque, où les Perses entretenaient une garnison de* puis le temps de Darius. Ce lieu parut commode pour ranger les troupes et en faire le dénombrement. Les vaisseaux furent tirés sur le rivage pendant que Xerxès passait en revue son armée.

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DUrOMMUntXffT DEl'aEHIZ ET Ok LÀ FLOTTE DE XEEXÈS D'APRES HERODOTE.

Suivant Hérodote , l'armée de terre montait à dix-sept cent mille hommes sans compter la cavalerie et les chariots. Voici comment on en fit le dénombrement. On assembla un corps de dix mille hommes dans un même espace, et les ayant fait serrer autant qu'on le put, l'on traça un cercle alentour. On fit ensuite sortir ce corps de troupes , et l'on environna ce cercle d'un mur à hauteur d'appui. Cet ouvrage achevé, on fit entrer d'autres troupes dans l'enceinte, et puis d'autres , jusqu'à ce que par ce moyen on les eût toutes comptées (*).

Hérodote entre ici dans de curieux détails sur l'armement et l'équipement des différentes nations qui composaient l'armée perse. Nous allons extraire ce

Îfui nous a paru le plus intéressant dans e récit de cet historien.

Les Perses avaient des bonnets de feutre bien foulé, des tuniques à manches et de diverses couleurs, des cuirasses de fer, imitant des écailles de poisson, et de longs caleçons qui leur couvraient les jambes. Ils portaient des boucliers d'osier appelés gerrkes, un carquois, de courts javelots, de grands arcs, des flèches de canne et un poignard suspendu à la ceinture et portant sur la cuisse droite. Les Mèdes, les Cissiens et les Hyrcaniens étaient armés et équipés comme les Perses.

Les Assyriens portaient des casques d'airain. Leurs boucliers, leurs javelots et leurs poignards ressemblaient à ceux des Égyptiens. Ils étaient , en outre, armés de massues de bois, hérissées de nœuds de fer, et avaient le corps défendu par des cuirasses de lin. — La coiffure des Bactriens approchait beaucoup de celle des Mèdes. Leurs arcs étaient de canne , et leurs dards fort courts. Les Ariens , les Parthes , les Chorasmiens, les Sogdiens, les Gandariens et les Dadices ne différaient en rien des Bactriens. Les Saces avaient des bonnets foulés* et terminés en pointe; des caleçons, des

(*) livre vu , chapitre 60.

arcs, des poignards, et, outre cela, des sagaris (*). — Les Indiens portaient des vêtements de coton , des arcs et des flèches de canne. — Les Caspiens étaient vêtus d'une saie de peaux de chèvre. Ils avaient des arcs et des flèches de canne, et des cimeterres.

Les Sarangéens avaient des habits de couleur éclatante; leur chaussure montait jusqu'aux genoux. Leurs arcs et leurs javelots étaient semblables à ceux des Mèdes. Les Pactyices avaient aussi une saie de peaux de chèvre , et pour armes des arcs et des poignards.

I<es Outiens , les Myciens et les Paricaniens étaient armés comme les Pactyices. — Les Arabes avaient des habits amples et retroussés avec des ceintures. Ils portaient de longs arcs. Les Éthio-

Ï tiens, vêtus de peaux de léopard et de ion , avaient des arcs de palmier de 3uatre coudées de long au moins , et e courtes flèches de canne , 5 l'extrémité desquelles était adaptée une pierre pointue. Ils portaient , en outre , des javelots armés de cornes de chevreuil pointues et travaillées comme un fer de lance, et des massues pleines de nœuds. Quand ils allaient au combat, ils se frottaient la moitié du corps avec du plâtre , et l'autre moitié avec du vermillon. — Les Éthiopiens orientaux étaient armés à peu près comme les Indiens , et avaient pour coiffure des

f>eaux de tête de cheval enlevées avec a crinière et les oreilles. Les oreilles se tenaient droites, et la cri ni ère leur servait d'aigrette. Leurs boucliers étaient de peaux de grue. — Les Libyens avaient des habits de peaux , et des javelots durcis au feu. — Les casques des Paphlagoniens étaient de mailles ; leurs boucliers petits, ainsi que leurs piques. Ils avaient des dards et des poignards. Leur chaussure allait à mi-jambe. — Les Ligyens, les Matiéniens , les Mariandyniens et les Cappadociens étaient armés comme les Paphlagoniens.—- L'armure desPhrygiens approchait aussi beaucoup de celle des Paphlagoniens. — Les Arméniens étaient armés comme les Phrygiens.

(*) La sagaris était, i ce que l'on suppose, une hache à deux tiaochants.

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— L'armure des Lydiens ressemblait à celle des Grecs. Les Mysiens avaient des casques, avec de petits boucliers et des javelots durcis au feu. — LesThraces portaient sur la tête des peaux de renard, et pour vêtement des tuniques, et par-dessus , une robe de diverses couleurs , très-ample , avec des brode-

?uins de peaux de jeune chevreuil.

Is étaient armés de javelots , de boucliers légers et de petits poignards.

— Les Thraces asiatiques portaient de petits boucliers de peaux de bœuf crues , chacun deux épieux , des casques d'airain , ornés d'oreilles et de cornes de bœuf de même métal , avec des aigrettes. Des bandes d'étoffe rouge enveloppaient leurs jambes. — Les Cabeliens-Méoniens et les Lasoniens étaient armés et vêtus comme les Ciliciens.

Les Milyens avaient de courtes piques, des habits attachés avec des agrafes , des casques de peau , et quelques - uns des arcs. Les Mosques portaient des casques de bois, de petits boucliers, et des piques dont la hampe était courte et le fer long.— LesTibaréniens, les Macrons et les Mosynœques étaient armés à la façon des Mosques. — Les Mares portaient des casques de mailles et de petits boucliers de cuir, avec des javelots. Les habitants de la Colohide avaient des casques de bois , des boucliers de peaux de bœuf crues, de courtes piques , et des épées. Les Alarodiens et les Saspires étaient armés à la façon des Colchidiens. — Les insu* laires de la mer Erythrée étaient armés et vêtus comme les Mèdes.

Tels étaient les peuples qui composaient l'infanterie. Les chefs de cette arme étaient : Mardonius , Gis de Gobryas ; Tritantaechmès , fils d'Artaban ; Smerdoménès, fils d'Otane, tous deux neveux de Darius, et cousins germains de Xerxès; Masiste, fils de Darius et d'Atosse; Gergis, fils d'Arize; et Mégabvze, fils de Zopyre.

Toute l'infanterie les reconnaissait pour ses généraux, excepté les Dix mille, corps choisi parmi tous les Perses , et commandé par Hydarnès , fils d'Hydarnès. On les appelait Immortels, parce que, si quelqu'un d'entre

eux Tenait à manquer, on en élisait un autre à sa place. Les Immortels surpassaient toutes les autres troupes par ta magnificence de leur tenue et par leur courage. Ils menaient avec eux des chariots couverts pour leurs concubines , et un grand nombre de domestiques superbement vêtus. Des chameaux et d'autres bêtes de charge leur portaient des vivres.

La cavalerie perse était presque toute armée comme l'infanterie.

Les Sagartiens , peuple nomade , parlant la même langue que les Perses , fournirent huit mille hommes de cavalerie. Ces peuples ne portaient point d'armes d'airain ni de fer, excepté un poignard. Dans la mêlée , ils lançaient des cordes faites avec des lanières de cuir tressées , et h l'extrémité desquelles était un nœud coulant; après avoir saisi au moyen de ces cordes un cheval ou un homme, ils le tiraient à eux, et le tuaient.

La cavalerie des Mèdes était armée comme leur infanterie, ainsi que celte des Cissiens. Les cavaliers indiens portaient les mêmes armes que l'infanterie de leur nation; ils étaientTmontés sur des chevaux ou sur des chars armés en guerre , traînés par des chevaux et des zèbres. Les Caspiens et les Libyens avaient aussi des chars. Les Arabes étaient portés sur des chameaux dont la vitesse n'était pas moindrp que celle des chevaux.

La cavalerie de Xerxès se composait en tout de quatre-vingt mille chevaux, sans compter les chameaux et les chars. Harmamithrès et Tithée, tous deux fils de Datis, en avaient le commandement.

Le nombre des trirèmes était de douze cent sept. Les Phéniciens et les Syriens de la Palestine en avaient donné trois cents. Ces peuples portaient des casques assez semblables à ceux des Grecs ; des cuirasses de lin , des javelots et des boucliers dont le bord n'était pas garni de fer. — Les Égyptiens avaient fourni deux cents vaisseaux. Ils portaient des casques de jonc tissu , des boucliers convexes , dont les bords étaient gar-

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nis d'une large bande de fer, des Les Perses, les Mèdes et les Sace9 forpiques et de grandes haches. Le plus niaient la garnison detous les vaisseaux. §rand nombre avait des cuirasses et Les bâtiments meilleurs voiliers étaient e grandes épées. — Les Cypriens ceux des Phéniciens, et principalement avaient envoyé cent cinquante vais- des Sidoniens. Les vaisseaux étaient seaux. Us étaient vêtus et armés comme commandés par des chefs appartenant à les Grecs. — Les Ciliciens avaient cent la nation qui les avait fournis. La flotte vaisseaux. Ils portaient des casernes , avait pour généraux : Ariabignès , fils de petits bouchers de peaux de boeuf de Darius et de la 611e de Gobryas ; crues avec le poil, des tuniques de Prexaspe, (ils d'Àspathinès ; Mefgalaine, et chacun deux javelots, avec baze,GlsdeMégabate; et Achœménes, une épée semblable à celle des Égyp- fils de Darius et d'Atosse. Les Ioniens tiens. — Les Pamphyliens fournirent et les Cariens étaient commandés par trente vaisseaux, ils étaient armés et Ariabignès; les Égyptiens, par Acnœéquipés comme les Grecs. — Les Ly- menés. Les deux autres généraux ciens envoyèrent cinquante vaisseaux, commandaient le reste de la flotte et Ils avaient des cuirasses , des grèves, les vaisseaux de charge, des arcs de bois de cornouiller, des Parmi les chefs de la flotte se trouvait flèches de canne qui n'étaient point Artémise (*) Cette princesse voulut, empennées ; des javelots , des poi- malgré son sexe , faire partie de l'exgnards et des faux. Sur les épaules ils pédition. Son fils étant encore en bas portaient une peau de chèvre, et sur âge à la mort du roi son époux, elle fa tête , des bonnets garnis de plumes, prit les rênes du gouvernement , et son — Les Doriens fournirent trente vais- courage l'engagea à suivre les Perses, seaux; les Cariens soixante et dix; Elle avait sous ses ordres ceux d'Haliles Ioniens cent ; les habitants des carnasse , de Cos , de Kisyros , et de îles de l'Asie Mineure, soumises à Calydnes. Ses vaisseaux, au nombre Xerxès, dix-sept; les Éoliens, soixante; de cinq , étaient des mieux équipés de les Hellespontiens , à l'exception de toute la flotte, ceux d'Abydos, qui avaient ordre du

roi de rester dans le pays à la garde (*) il ne faut pas confondra cette Blindes ponts, et les autres peuples du cesse avec Artémise , reine de Carie , sœur Pont-Ëuxin , cent ; ces peuples étaient et épouse deMausole. Celle-ci vécut environ tous ormes comme les Grecs. trente ans plus tard.

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