‹ La PerseChapitre 26 sur 51 · RÉCAPITULATION · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION

Le nombre d'hommes que Xerxès conduisit jusqu'à Sépias et aux Thermopyles était, d'après Hérodote, de cinq millions doua cent qualre-vingt-trois mille deux cent vingt; savoir : KOMaaa D'aottisas.

Douce cent sept trirèmes, à deux cents hommes d'équipage «4 i ,400

Garnison de ces trirèmes, à trente hommes par trirème. * 36, a 10

Trois mille navires , à quatre-vingts hommes 240,000

Total de l'armée navale 5i?,6to

I Infanterie 1,700,000 Cavalerie * • . 80,000 Chars de guerre et chameaux é . . ao,ooo

Total des fortes venues d'Asie » 2,317,610

Forces navales tirées de la f hrace et des provinces adjacentes. ..... 24,000

Troupes de terre tirées également de la Thrace et du continent de

l'Europe 300,000 ^

Total de toutes les troupes tirées de l'Asie et de l'Europe. 4,641,610

Valets suivant l'armée, et hommes employés sur les bâtiments destinés au transport des subsistances, estimes à 2,641,610

TOTAL OÉHERÀL 5,203,220

PERSE

itatt* *As» kn fctvtm l'à^mbe b* t* H.OTTE» ox Faut ce costwub sa m&bcBe bt AHaiVB iw onèci»

Le dénombrement achevé, et l'armée rangée en bataille, Xerxès passa dans les rangs. Monté sur son char, il parcourut toutes les lignes de troupes, depuis les premiers rangs de la cavalerie et de l'infanterie jusqu'aux derniers.

La revue des troupes de terre finie, et les vaisseaux remis à flot , il passa de son char sur un vaisseau sidonien , où il s'assit sous un pavillon d'étoffe d'or. Il vogua devant les proues des navires. Les capitaines avaient mis leurs vaisseaux a l'ancre, environ à quatre plèthres(* ) du rivage, les proues tournées vers la terre » sur une même ligne , et les soldats étaient sous les armes. Le roi examinait tout, passant entre les proues et le rivage.

La revue étant finie , il descendit de son vaisseau , et envoya chercher Démarate. « Maintenant,' lui dit-il , penses-vous due les Grecs oseront me résister?—Les Grecs, répondit Démarate , ortt toujours été élevés à l'école de la vertu , fruit de la tempérance et de la sévérité des lois. Les Lacédémoniens surtout n'écouteront jamais vos propositions, parce qu'elles tendent à l'asservissement de la Grèce. Us front ft votre rencontre , -et vous pré* tenteront le combat, lors même que tous les autres Grecs se soumettraient à vous. If e me demande* pas quel est leur nombre pour entreprendre de si grandes choses; ne fussent-ils que mille hommes, ou moins encore, ils tous combattraient. » Xerxès * au lieu de se fâcher, se mit à rire , et congédia Démarate amicalement.

En partant de Dorisque pour la Grèce , Xerxès força tous les peuples qu'il rencontra sur sa route à l'accompagner dans son expédition. Car toute Cette étendue de pays jusqu'à la TheS<salie avait été soumise au roi di Perse et lui payait tribut , depuis l'ex-

I T(*) Le plèihre valait f oo pledl grecs ou i5 toises a pieds 4 pouces a ligues.

pédition de Méçabaze et celle de Mardonius. Au sortir de Dorisque, Xerxès passa près des places des Samothraces, dont la dernière, du côté de l'occident, s'appelait Mésambria. Elle était forttyrès de Stryina, qui appartenait aux Thasiens. Le Lissus, qui coulait entre ces deux villes, ne put alors suffire aux besoins de l'armée, et ses eaux furent épuisées. Après avoir traversé le Lissus, Xerxès passa auprès des villes grecques de Marooéa , de Dicée et d'Abdère ; puis il traversa le fleuve Nestus , et continua sa route jusqu'aux bords du Strymon ; les mages sacrifièrent des chevaux blancs sur les rives de ce fleuve. L'armée partit des bords du Strymon , et passa près d'Argile 4 ville grecque sur le bord de la mer, et près de Stagire, autre ville grecque ♦ puis arriva a Acanthe. Voici l'ordre que l'armée avait suivi depuis Dorisque jusqu'à cette dernière ville :

toutes les troupes de terre étaient partagées en trois corps ; l'un , commandé par Mardonius et Masistèe, marchait le long des côtes de la mer, et accompagnait l'armée navale; un autre corps « conduit par Tritantœcnmès et Gergis, allait par le milieu des terres; le troisième, où était Xerxès en personne , marchait entre les deux autres , sous les ordres de SmerdomèV nès et de Mégabyse. La flotte se sépara alors de l'année de terre pour entrer dans le canal creusé au milieu du mont Athos.

L'expédition de Xerxès 4 en appa> rence dirigée contre Athènes seulement, menaçait en réalité la Grèce tout entière. Ceux d'entre les Grecs qui avaient fait leur soumission à Xerxès se flattaient de n'avoir rien à craindre de la part de ce prince; ceux, au contraire, qui avaient refusé de rendre aux Perses l'hommage de la terre et de l'eau, éprouvaient de vives inquiétudes, parce que la Grèce ne paraissait pas en état de résister aux forces du roi ♦ et que la plus grande partie du peuple 4 loin de vouloir prendre part à la guerre, montrait eeédoeup d'io* clination pour les Perses.

Tandis que la flotte partait de la ville

L'UNIVERS

deTherme, dix>aisseaux fins voiliers -cinglèrent vers l'île deSciathos, où les Grecs de leur côté avaient trois navires en observation, un de Trézène, un d'Égine et un d'Athènes.

Les Grecs apercevant de loin les Perses, prirent aussitôt la fuite.

Ceux-ci s'ètant mis à leur poursuite , enlevèrent d'abord le navire trégénien. Ils égorgèrent ensuite à la proue le plus bel homme de tout l'équipage, regardant comme un présage heureux, de ce que le premier' Grec qu'ils avaient pris était un très-bel homme.

La trirème d'Égine donna plus de

g Bine aux Perses par la valeur de ythéas, un de ceux qui la défendaient.

Quoique la trirème fût prise, Pythéas ne cessa pas de combattre, jusqu'à ce qu'il eût été couvert de blessures.

Enfin il tomba à demi mort; mais comme il respirait encore , les Perses, admirant son courage, pansèrent ses blessures avec delà myrrhe, et les enveloppèrent avec des bandes de toile et de coton. De retour au camp, ils le montrèrent à toute l'armée avec admiration, et eurent pour lui toutes sortes d'égards, tandis qu'ils traitèrent comme de vils esclaves tous les autres Grecs qu'ils prirent sur lé même vaisseau.

La troisième trirème alla échouer à l'embouchure du Pénée. Les Perses s'emparèrent de ce navire sans pouvoir se rendre maîtres de ceux qui le montaient. Les vaisseau* des Grecs qui étaient dans l'Artémisium (*) apprirent cette nouvelle par les signaux qu'on leur fit de l'île de Sciathos, et en furent tellement épouvantés, qu'ils abandonnèrent l'Artémisium et se retirèrent à Chalets.

Des dix vaisseaux perses , trois abor-

(*) Le nom d'Artémisium , qui veut dire temple de Diane, appartenait à un temple de cette déesse situé dans Pile d'Eubée, entre les villes d'Histiée et de Cérinthe. Ce temple avait fait donner le nom d'Artémisium à toute la côle nord-nord-est de l'Eubée. On appelait aussi Artémisiumlamer qui s'étend depuis l'Eubée jusqu'au delà de l'île de Sciathos.

dèrent à un écnetl nommé Myrmex (*), entre l'île dé Sciathos et la Magnésie, et les marins élevèrent sur ce rocher une colonne de pierre qu'ils avaient apportée avec eux.

La flotte perse , qui était partie de Therme, aborda au rivage de là Magnésie, entre la ville de Casthanée et la côte de Sépias ; les premiers navires s'amarrèrent à terre, et les autres se tinrent à l'ancre, placés derrière ceux-ci, la proue tournée vers la mer, sur huit rangs de hauteur, le rivage n'étant pas assez long pour une flotte si nombreuse. Le lendemain, il s'éleva une furieuse tempête. Quelques capitaines sauvèrent leurs bâtiments, en les tirant à terre. Quant à ceux que le vent surprit en pleine mer, les uns furent poussés contre des rochers du mont Pélion qu'on appelait Ipnes (**), les autres contre le rivage ; quelquesuns se brisèrent au promontoire Sépias; d'autres furent portés à la ville de Mélibée ; d'autres enfin à Casthanée, tant la tempête fut violente.

Environ quatre cents vaisseaux périrent dans cette tempête. Les Perses perdirent aussi beaucoup d'hommes et de grandes richesses. Un grand nombre de navires chargés de vivres et d'autres bâtiments de transport furent détruits. Les commandants de la flotte, craignant que les Thessaliens ne profitassent de ce désastre pour les attaquer, firent'élever une haute palissade avec les débris des vaisseaux naufragés.

Le vent étant tombé, les Perses remirent leur flotte en mer, et côtoyèrent le continent. Lorsqu'ils eurent doublé le promontoire de Magnésie , ils allèrent droit au golfe qui mène à Pagases. Dans ce trajet , quinze vaisseaux qui étaient restés bien loin derrière les autres aperçurent les Grecs à Artémisium , et les prenant pour leur armée navale, ils allèrent donner au milieu d'eux. Les Grecs n'eurent pas plutôt vu ces vaisseaux et reconnu leur méprise, qu'ils les attaquèrent et s'en rendirent maîtres aisément.

(*) Fourmi.

(**) C'est-à-dire four*.

PERSE

Le reste de la flotte des Perses arriva aux Aphètes (*). De son côté, Xerxès , avec l armée de terre, ayant traversé la Thessalie et l'Achaîe, était entré le troisième jour sur les terres des Méliens. En passant par la Thessalie, il essaya sa cavalerie contre celle des Thessaliens, qu'on lui avait vantée comme excellente; mais la sienne l'emporta de beaucoup sur celle-ci.

COMBAT DBS THERMOPYLES.

Xerxès établit ensuite son camp dans la Trachinie en Méiide, et les Grecs dans le passage des Thermopyles.

L'armée des Perses occupait tout le terrain oui s'étendait au nord jusqu'à la ville Je Trachis, et celle des Grecs la partie de ce continent qui est au midi.

Nous joindrons ici la description que donne Hérodote (**) du défilé des Thermopyles. « Le défilé qui , au sortir de la « Trachinie, donne entrée dans la a Grèce, n'a dans sa partie étroite qu'un « demi - plèthre de largeur. Mais le

• passage le plus étroit du reste du pays •« est devant et derrière les Thermo-

« pyles ; car derrière , près d'Alpènes, « il ne peut passer qu une voiture de « front ; et devant , près de la rivière « de Phénix , et proche de la ville d'An- « thela , il n'y a pareillement de pas- « sage aue pour une voiture. A l'ouest « des Thermopyles est une montagne « inaccessible, escarpée, qui s'étend « jusqu'au mont OEta. Le côté du che- « min à l'est est borné par la mer, par

• des marais et des ravins. Dans ce « passage, il y a des bains chauds, que « tes habitants appellent chytres, et « près de ces bains est un autel cou- « sacré à Hercule. Ce même passage

• était fermé d'une muraille , dans la- « quelle on avait anciennement prati- « que des portes. Les habitants de la « Phocide l'avaient bâtie, parce qu'ils « redoutaient les Thessaliens , qui « étaient venus de la Thesprotie s'éta- « blir dans l'Éolide , qu'ils possèdent « encore aujourd'hui. Ils avaient pris

(*) Les Aphètes étaient un port siUié dans le golfe de Pagases.

(*•) Iib. vu, chap,i76.

« ces précautions, parce que les Thés- « saliens tâchaient de les subjuguer, « et de ce passage ils avaient fait alors « une fondrière , en y lâchant les eaux « chaudes, mettant tout en usagé pour « fermer .l'entrée de leur pays aux « Thessaliens. La muraille , qui était « très -ancienne, était en grande par- « tie tombée de vétusté. Mais les Grecs, « l'ayant relevée , jugèrent à propos « de repousser de ce ;côté-là les bar- « bares. Près du chemin est un bourg a nommé A) pênes. «

Les Grecs qui attendaient les Perses dans cette position étaient , suivant Hérodote , au nombre de cinq mille deux cents, parmi lesquels se trouvaient trois cents Spartiates (*). Léonidas, roi de Sparte, commandait en chef toute l'armée.

Cependant les Grecs, saisis de frayeur à l'approche des Perses, délibérèrent s'ils ne se retireraient pas.

Les Péloponnésiens étaient d'avis de retourner dans le Péloponnèse pour garder le passage de l'isthme. Mais Léonidas voyant que les Phocidiens et les Looriens étaient indignés de cette proposition, soutint qu'il fallait garder la position qu'on occupait, et faire demander du secours à toutes les villes alliées.

Pendant que les Grecs délibéraient ainsi , Xerxès envoya un cavalier pour reconnaître leurs forces. Le cavalier s'étant approché de l'armée, l'examina avec soin; mais il ne put voir les troupes qui étaient derrière une muraille qu'on avait relevée; il aperçut seulement celles qui campaient devant. Les Lacédémoniens gardaient alors ce poste : les uns étaient occupés aux exercices gymniques, les autres arrangeaient leur chevelure. Ce spectacle étonna le cavalier, qui prit connaissance de leur nombre, et s'en retourna tran-

(*) L'abbé Barthélémy, après avoir comparé les récite d'Hérodote, de Pausanias et de Diodore peuse au'il faut élever à sept mille le nombre des nommes commandés par Léonidas. Y oyez Voyage du jeune Anacharsis en Grèce, t. I, p. 38 1. Paris » de Bure, 1790, in-8°.

L'UNIVERS

quillement, après avoir tout «aminé avec soin* car personne ne le poursuivit.

Xerxès laissa passer quatre jours, espérant que les Grecs prendraient la fuite. Le cinquième enfin, comme ils ne se retiraient pas, Xerxès envova contre eux un détachement de Mèrfes et de Ctssiens* avec ordre de les faire

Srisonniers et de les lui amener. Les lèdes fondirent avec impétuosité sur les Grecs, mais il en périt un grand nombre. De nouvelles troupes vinrent è la charge, et quoique fort maltraitées, elles ne reculaient pas. Cette attaque, dit Hérodote (*), fit connaître à tout le monde, et au roi lui-même, tJU'il y avait dans l'armée perse beaucoup d'hommes, mais peu de soldats.

Le combat cependant dura tout le jour.

Les Mèdes se voyant si maltraités , se retirèrent. Les Perses appelés les immortels prirent leur place. Ils allèrent à l'ennemi comme à une victoire certaine et facile ; mais lorsqu'ils en furent Venus aux mains, ils n'eurent pas plus d'avantageque les Mèdes. Enfin , voyant qu'après des attaques réitérées ils faisaient de vains efforts pour se rendre maîtres du passage, ils se retirèrent.

Telle fut l'issue de cette action. Les Perses ne réussirent pas mieux le len demain. Ils se flattaient que les Grecs, réduits à un petit nombre et couverts de blessures, ne pourraient plus leur résister. Mais ceux-ci s'étant rangés en bataille, firent preuve d'autant de force et de courage que le jour précédent. Les Perses ayant perdu l'espoir de triompher d'une résistance si opiniâtre, se retirèrent.

Xerxès balançait sur le parti qu'il devait prendre, lorsque Éphialte, Mélien de nation, l'alia trouver, dans l'espoir d'obtenir quelque grande récompense. Ce traître lui indiqua un •entier qui conduisait par la montagne aux Thermopyles.

Les parolesd'Éphialte causèrent une grande joie à Xerxès , qui envova aussitôt Hydarne, avec les troupes qu'il commandait, pour s'emparer du sen»

(*) Livre vu , chapitre aïo.

tien Ce général partit du camp à la chute du jour, et ayant passé l'Àsope, marcha toute la nuit. II était déjà sur le sommet de la montagne > lorsque l'aurore commença à paraître. Les Perses montaient sans être aperçus, les chênes dont cette montagne était couverte empêchant de les voir; mais comme le temps était calme, un corps de mille Phocidiens, posté dans cet endroit, les découvrit au bruit qu'ils faisaient en marchant sur des feuilles d'arbres. Aussitôt ils se revêtirent de leurs armes. Les Perses , qui ne s'attendaient point à rencontrer d'ennemis, furent surpris à la vue de troupes qui s'armaient. Alors Hydarne, craignant d'avoir affaire aux Lacémoniens, demanda à Éphialte de quel pays étaient ces troupes. Instruit de la vérité, il rangea les Perses en bataille. Les Phocidiens , accablés d'une nuée de flèches , s'enfuirent sur la cime de la montagne. Hydarne et les Perses, guidés par Éphialte, descendirent à la hâte sans les inauiéter.

Au lever du soleil, Xerxès flt des libations, et, après avoir attendu quelque temps , il se mit en marche vers l'heure crue lui avait indiquée Éphialte. Léonidas et les Grecs, marchant comme à une mort certaine , s'avancèrent jusqu'à l'endroit ie plus large du déûlé. Les jours précédents, ils n'avaient point dépassé la partie étroite du défilé. Ce jour-là, le combat s'engagea dans un espace plus étendu. Un grand nombre de Perses périrent dans l'action. Leurs officiers, placés derrière les rangs, le fouet à la main, frappaient les soldats, et les animaient continuellement à marcher. Il en tombait beaucoup dans la mer; d'autres étaient écrasés sous les pieds des leurs; mais on n'y faisait aucune attention. Les Grecs, s'attendant à une mort certaine, se battaient en désespérés contre les Perses. Déjà la plupart d'entre eux avaient leurs niques brisées, et ne se servaient plus que de leurs épées.

Léonidas fut tué dans l'action , après avoir fait des prodiges de Valeur. Les Perses perdirent beaucoup de getiâ de distinction , et entre autres Abrôcomès

et Hypéranthès, tous deux 61s de Darius. Ce prince les avait eus de Phratagune, fille d'Artanès, lequel était frère de Darius , fils d'Hystaspe et petitfils d'Arsame. Comme Artanès n avait pas d'autres enfants, tous ses biens

Ï tassèrent avec elle à Darius. Ces deux rères de Xerxès périrent les armes à la main.

Il v eut un furieux combat autour du corps de Léonidas. Les Perses et les Lacédémoniens se repoussaient alternativement; enfin les Grecs mirent quatre fois en fuite les ennemis, et retirèrent de la mêlée le corps de leur général. Cet avantage dura jusqu'à l'arrivée des troupes conduites par Éphialte. Alors les Grecs regagnèrent l'endroit le plus étroit du défile; puis, leurs rangs toujours serrés, ils se tinrent tous, excepté les Thébains, sur une colline située à l'entrée du défilé. Ceux qui avaient encore des épées s'en servirent; les autres combattirent, dit Hérodote (*), avec les mains et les dents. Enfin , attaqués de toutes parts , ils moururent sous un monceau de traits. Du côté des Perdes, il y eut vingt mille hommes tués.

COMBAT «AVAL b'aRTÉMISIUM*

Nous avons laissé la flotte perse aux Aphètei , où elle s'était réfugiée, après la tempête du mont Pélion. La flotte grecque , composée de deux cent quatre-vingts voiles, y compris neuf vaisseaux de cinquante rames , était toujours à l'Artémisium. Les Perses, voyant que les Grecs n'avaient que si peu de forces à leur opposer, étaient impatients de commencer l'attaque.

Ils n'osèrent cependant pas sortir du port, de crainte que les Grecs ne prissent la fuite à la faveur de la nuit.

Us détachèrent donc de leur flotte deux cents vaisseaux choisis, et les firent passer derrière l'île de Sciathos, afin de dérober leur mouvement à l'ennemi.

Les commandants de ces vaisseaux avaient ordre de tourner l'île d'Eubée tn doublant le cap Capharée et celui

(*) livre tu , chapitre 225.

de Géreste, et d'entrer ensuite dans PEu ripe pour couper la retraite aux Grecs, tandis que le reste de la flotte perse les aurait attaqués de front.

Après le départ des deux cents navires , et pendant que les Perses s'occupaient des dispositions nécessaires pour assurer la réussite de leur projet, Scyllias de Scioné, très-habile plongeur qui servait sur la flotte perse, mais qui cherchait depuis longtemps une occasion favorable pour se joindre à ses compatriotes et combattre avec eux , plongea , sans être vu des Perses, jusqu'à un bateau sur lequel il se 'rendit à Artémisium. Aussitôt il instruisit les Grecs du naufrage des Perses au mont Pélion , et leur apprit le départ de la flotte qui devait tourner l'Kubée.

Les Grecs décidèrent de rester oe jour-là à l'endroit où ils se trouvaient, et d'en partir au milieu de la nuit pour aller au-devant des vaisseaux qui tournaient l'Eubée. Ne découvrant aucun de ces bâtiments , ils se disposèrent à attaquer la flotte de Xerxès affaiblie par 1 absence de deux cents voiles. Les Perses, voyant les manœuvres des Grecs , levèrent l'ancre aussitôt , et te préparèrent à les envelopper. Mais à un premier signal , les Grecs formèrent leurs vaisseaux en cercle, les poupes au milieu. A un second, ils attaquèrent les Perses, et leur prirent trente vaisseaux , dont l'un était monté par Philaon , fils de Chersis , et frère de Gorgus, roi des Salaminiens de l'île de Cypre, un des chefs les plus estimés de la flotte perse. La victoire ne se déclara cependant pour aucun des deux partis , et la nuit sépara les combattants. Les Grecs retournèrent à la rade d' Artémisium , et les Perses aux Aphètes.

On était alors au milieu de l'été (an du monde 3554; avant J. C. 480); une

1>luie très-forte tomba pendant toute a nuit, et d'affreux coups de tonnerre se firent entendre du côté du mont Pélion. Les flots et les vents poussèrent jusqu'aux Aphètes des corps morts et des débris de bâtimente naufragés. Les Perses, en station dans le

L'UNITERS.

port, craignaient à tout instant d'être submergés; mais cette nuit fut bien plus terrible encore pour les vaisseaux qui faisaient le tour de l'Eubée. Surpris en mer par la tempête , ils furent brisés , et tous ceux qui les montaient périrent misérablement.

Le lendemain , la flotte perse se tint à l'ancre au port des Apnètes; et le même jour les Grecs reçurent un renfort de cinquante-trois navires athéniens. Encouragés par ce secours et par la nouvelle du naufrage des Perses qui faisaient le tour de l'Eubée, ils partirent comme ils avaient fait la veille , attaquèrent les vaisseaux ciliciens , les détruisirent et retournèrent à la rade d'Artémisium , à rentrée de la nuit.

Le troisième jour, les généraux de Xerxès, indignés de se voir maltraités par une flotte si peu nombreuse, et craignant d'ailleurs la colère du roi , n'attendirent point que les Grecs allassent les attaquer. Ils Grent avancer leurs vaisseaux formés en croissant , pour envelopper les Grecs ; mais ceux-ci engagèrent le combat sans leur donner le temps d'exécuter la manœuvre qu'ils méditaient. Les généraux de Xerxès , gênés par le nombre de leurs navires qui se heurtaient les uns les autres , résistèrent cependant et ne voulurent point céder, retenus par la honte. La perte des Grecs, quoique très-considérable en hommes et en vaisseaux , le fut cependant moins que celle des Perses.

Après le combat , les deux flottes se retirèrent et reprirent les stations qu'elles occupaient auparavant. Du coté de Xerxès , les Égyptiens furent le peuple qui montra le plus de courage. Ils prirent aux Grecs cinq navires avec les troupes qui les montaient. Les Grecs, ayant beaucoup souffert, prirent la résolution de se retirer dans les mers de l'intérieur de la Grèce.

Par un hasard singulier, dit Hérodote (*) , les combats livrés sur mer, près d'Artémisium, eurent lieu les mêmes jours où , sur terre , on se battait aux Thermopyles.

(*) Liv. vin , châp. i5.

Aussitôt après le départ de la flotte, un homme d'Histiée alla annoncer aux Perses <jue les Grecs avaient quitté l'Artémisium. N'osant pas ajouter foi à cette nouvelle, les généraux deXerxès firent garder étroitement cet homme , et envoyèrent à la découverte quelques bâtiments légers. Le rapport de I habitant d'Histiée s'étant trouvé exact, la flotte perse mit à la voile aux premiers rayons du soleil , pour aller a Artémisium , où elle demeura jusqu'au milieu du jour. Les Perses se rendirent ensuite à la ville d'Histiée dont ils s'emparèrent, et ils firent des courses dans l'Hellopie et dans toute la partie maritime de l'Histiœotide.

Après le combat des Thermopyles , Xerxès s'était occupé de faire enterrer ses morts. Les cadavres des Perses furent, à l'exception de mille environ, jetés dans de grandes fosses que l'on acheva de remplir avec des feuilles et de la terre. Des que cette mesure eut été prise, Xerxès envoya à Histiée un héraut qui fit réunir l'armée navale, et parla en ces termes : «Alliés, le roi «Xerxès permet à tous ceux qui le «voudront de quitter leur poste, et « d'aller voir comment il a combattu « les insensés qui se flattaient de l'em- « porter sur sa puissance. »

Aussitôt après cette publication, les bateaux devinrent extrêmement rares à Histiée, tant il y eut de personnes empressées de traverser le détroit pour visiter le champ de bataille des Tfcermopvles. Cependant l'artifice de Xerxès fut découvert , et devint même pour les Perses un sujet de plaisanteries. Le lendemain , les gens de la flotte retournèrent à Histiée, où étaient leurs vaisseaux.

l/ARMEE DE XERXÈS SB PARTAGE EH DRUE CORPS, DORT l'UK VA ATTAQUEE LE TEM- PLE DR DRLPRRS , TARD» QUE L* AUTRE MARCHE SUR ATHEES ET EHTRE DA1TS CETTE VILLE.

Xerxès, conduit par les Thessaliens qui lui servaient de guides depuis les Thermopyles, quitta la Trachinie pour entrer dans la Doride. Les Perses ne

commirent aucun dégât dans le pays, qui s'était déclaré pour eux. Dans la Phocide, ils ne trouvèrent point d'habitants; les uns s'étaient retirés avec leurs richesses sur le mont Parnasse, les autres, en plus grand nombre, s'étaient réfugiés à Amphissa , ville située au-dessus de la plaine de Crisa.

Les Perses, conduits par les Thessaliens , parcoururent la Phocide entière , coupant les arbres et mettant le feu partout , sans épargner ni les villes ni les temples.

Après avoir passé le pays des Parapotamiens, ils arrivèrent à la ville de Panopée, où leur armée se partagea en deux corps; le plus considérable

| marcha vers Athènes , sous la conduite de Xerxès, et entra par la Béotie sur le territoire d'Orchomène. Les Béotiens s'étaient tous soumis, à l'exception des Platéens et des Thespiens, dont les villes furent prises et ruinées de fond en comble. Les autres troupes, ayant à leur droite le mont Parnasse,

, marchèrent vers le temple de Delphes , ravageant le territoire de la Phocide , où elles mirent le feu aux villes des Panopéens, des Dauliens et des Éolides.

Cette colonne avait pris le chemin dont nous parlons dans le dessein de piller le temple de Delphes, et d'en offrir les trésors à Xerxès. Si nous en croyons Hérodote (*), lorsque les Perses approchaient du temple de Minerve Pronaea, la foudre tomba sur eux, des quartiers de roche se détachèrent du sommet du Parnasse, et, roulant avec un bruit épouvantable, écrasèrent un grand nombre de leurs soldats. Eu même temps, on entendit des cris et comme des sons de voix confuses qui semblaient sortir du temple. Ces prodiges répandirent l'effroi parmi les Perses, qui renoncèrent à leur entreprise, et se retirèrent précipitamment.

Les Delphiens, quittant alors leurs retraites , en tuèrent un grand nombre.

Ceux qui échappèrent au carnage se retirèrent en Beotie. Le corps d'armée qui avait suivi Xerxès était arrivé devant Athènes, et s'était emparé de

(*) livre vm, chap. 37,

PERSE. 125

oette ville, où on ne trouva qu'un petit nombre d'habitants qui s'étaient réfu-

§iés dans le temple de Minerve, situé ans la citadelle, dont ils avaient barricadé les portes et les avenues. Les Perses établirent leur camp sur la colline de l'Aréopage. Les assiégés, quoique trahis par la faiblesse de leurs remparts, continuèrent cependant à se défendre et ne voulurent accepter aucune capitulation. Lorsque les Perses approchaient, ils roulaient sur eux des pierres d'une grosseur prodigieuse, tellement que Xerxès commençait à craindre d'être obligé de lever le siège. Enfin les Perses découvrirent derrière, les portes de la citadelle un lieu escarpé où les Athéniens n'avaient pas mis de gardes. Ils montèrent par cet endroit, entrèrent dans la citadelle, et y mirent le feu après avoir massacré les Athéniens et pillé le temple de Minerve. Lorsque Xerxès fut entièrement maître d'Athènes , il envoya un courrier pour instruire de cet heureux succès Artaban, qui se trouvait à Suse.

COMBAT If AVAL DE SALAMIN*. ]

Les troupes de la flotte perse, après avoir quitté le champ de Datai Ile des Thermopyles, s'étaient rendues à Histiée, où elles s'arrêtèrent trois jours. Elles traversèrent ensuite l'Euripe, et se trouvèrent en trois autres jours au port de Phalère. Hérodote remarquée*) que les armées de Xerxès n'étaient pas moins nombreuses lorsqu'elles entrèrent dans l'Attique, qu'a leur arrivée aux Thermopyles et au promontoire de Sépias. En effet, les hommes qui avaient péri dans la tempête près du mont Pélion , au passage des Thermopyles et au combat naval d'Artémisium, avaient été remplacés par différents peuples, tels (jue les Meliens, les Doriens, les Locriens, presque tous les Béotiens, et les habitants de quel-

Î|ues Iles qui n'étaient pas d'abord sous es étendards de Xerxès. Toutes les troupes perses étant arrivées à Athènes

(*j Livre vin , chap. 66.

L'UNIVERS

et au port de Phalère, Xerxès fit convoquer les tyrans des différentes nations qui se trouvaient dans son armée et les capitaines des vaisseaux. Ils prirent rang, chacun suivant la dignité dont il était revêtu.

Le roi de Sidon eut la première place, et celui de Tyr la seconde; les autres chefs venaient après ceux-ci.

Quand ils se furent assis, Xerxès leur lit demander par Mardonius s'il devait attaquer tes Grecs sur mer. Mardonius les interrogea, et tous furent d'avis qu'il fallait combattre, excepté cependant Artémise.

Cette princesse représenta qu'il serait imprudent de livrer un combat naval aux Grecs, bien supérieurs sur mer aux hommes que Xerxès pouvait leur opposer; que les Perses étant maîtres d'Athènes, Tétaient pour ainsi dire de toute la Grèce; d'ailleurs les Grecs, n'ayant point de vivres, seraient ç-bligés'de se retirer dans leurs villes,

«Mardonius, dit- elle, rapportez « fidèlement au roi les paroles que vous « allez entendre : Seigneur, après les « preuves de cou race que j'ai données « aux combats livres près de J'Eubée, « il est juste que je puisse vous dire « mou sentiment. Ne risquez pas vos « vaisseaux dans un combat naval, car « les Grecs sont aussi supérieurs sur « mer à vos troupes que tes hommes « le sont aux femmes. D'ailleurs, pour- « quoi courir des chances? ft'étes-vous «pas maître d'Athènes? Le reste de « la Grèce n'est-il pas en votre pou- « voir ? Je vais vous dire maintenant «ce que feront vos ennemis. Si, au « lieu de vous presser de combattre, « vous retenez ici vos vaisseaux , ou « si vous avancez vers le Péloponnèse, « vous viendrez facilement à bout de «' vos projets; car les Grecs ne peuvent « pas l'aire une longue résistance : ils se « retireront dans leurs villes; car, je le « sais , ils n'ont point de vivres à Sala- « mine, et il n'est pas vraisemblable que, « si vous faites marcher vos troupes de « terre vers le Péloponnèse, les Pélo- « ponnésiens qui sont ici y restent « tranquillement; ils voudront courir

« au secours de leur patrie. Mais si « vous vous pressez de combattre , en « cas de malheur, la défaite de votre « armée de mer entraînera la perle de « vos troupes de terre. Enfin , sei- « eneur, vous êtes le meilleur de tous « les maîtres, mais vous avez de « mauvais esclaves , tels que les Êgyp- « tiens, les Cyp riens, les Ciliciens et « les Pamphyliens, sur le secours des- « quels on ne peut pas compter. »

Xerxès, tout en approuvant l'avis d' Artémise, crut qu'il fallait déférer à l'opinion du plus grand nombre , et persuadé d'ailleurs que l'armée navale ferait mieux son devoir si elle agissait sous ses yeux, il voulut être témoin du combat.

L'ordre du départ ayant été donné, la flotte des Perses s'avança vers Salamine, et se rangea en bataille. La nuit étant survenue, les Perses remirent l'attaque au lendemain. Cependant la frayeur s'empara des Grecs , et surtout des Peloponnésiens. Ceux-ci craignaient que, si les Perses étaient vainqueurs, on ne les bloquât dans l'île de Saturnine, tandis que leur pays se trouverait sans défense. Et en effet, cette même nuit* là, l'armée des Perses se mit en route pour le Péloponnèse. Thémistocle, comprenant toute l'influence que les appréhensions des Péioponnésiens pouvaient exercer sur les Grecs, envoya aux généraux de Xerxès un exprès qui leur dit : « Le général des Athéuiens, qui « est bien intentionné pour le roi, m'a « dépéché vers vous, avec ordre de vous « dire que les Grecs, frappés de terreur, • déliherent s'ils ne prendront point « la fuite. Vous pouvez donc vous il- « lustrer par un beau fait d'armes, à « moi us que vous ne laissiez échapper « vos ennemis. » Après avoir d.t ces paroles, le messager se retira.

Les généraux perses, croyant que le conseil de Thémistocle était sincère, firent passer un grand nombre de troupes dans la petite Ile de Psyttalie , située entre Salamine et le continent; puis au milieu de la nuit, ils envoyèrent une partie de la flotte vers Salamine, afin d'envelopper les Grecs, et les vaisseaux perra qui étaient i l'Ile

PERSE

de Céos et au promontoire de Cynosure levèrent rancre, et couvrirent tout le détroit jusqu'à Munvchie.

La flotte des Perses était forte de plus de deux mille voiles; celle des Grecs n'en comptait que trois cent quatre-vingts. Le général athénien attendit pour commencer le combat qu'un vent qui se levait régulièrement tous les jours à la même heure commençât de souffler. Les Perses s'avancèrent d'abord avec courage , animés par la présence de Xerxès qui avait Fait placer son trêne sur une hauteur d'où il pouvait voirie combat sans courir le moindre danger ; mais le vent contraire, et le grand nombre de vaisseaux resserrés dans un espace très-étroit, gênaient la manœuvre. Tous ces obstacles ralentirent bientôt l'ardeur des Perses. Les Grecs, voyant que leurs ennemis faiblissaient, redoublèrent d'efforts et pénétrèrent jusqu'au centre de la flotte de Xerxès, qui fut en grande partie détruite par les Athéniens et les Égtnètes. Les choses, dit Hérodote (*), devaient se passer ainsi , car les Perses se battaient sans ordre et sans règle contre des hommes accoutumés aux lois de la tactique et de la discipline militaire. Ils se comportèrent cependant beaucoup mieux qu'ils n'avaient fait à Artémisium, et se surpassèrent eux-mêmes, chacun faisant tous ses efforts par la crainte que lui inspirait Xerxès, dont il croyait être vu.

Artémise montra un grand courage dans le combat. Xerxès dit, à cette occasion, que les hommes s'étaient conduits en femmes, et les femmes en hommes.

Ariabisnès, frère de Xerxès, général de l'armée navale, périt dans la bataille, ainsi qu'un grand nombre de personnes de distinction , tant Perses que Mèdes et autres alliés. La perte des Grecs ne fut pas considérable.

Comme ils savaient nager, ceux qui ne tonibaient pas sous les coups des ennemis, quand leur vaisseau coulait bas, gagnaient Salamine à la nage; mais la t- < \

(*) livre vin , ebap. «6.

plupart des Perses se noyaient dans hr mer, faute de savoir nager.

Quelques Phéniciens, dont les vaisseaux s'étaient perdus, accusèrent de trahison, auprès du roi, les Ioniens, qui toutefois ne furent point punis, et les Phéniciens portèrent seuls la peine de cette accusation. Pendant qu'ils se plaignaient encore, un vaisseau de Samothrace fondit sur un vaisseau athénien et le coula. En même temps, un vaisseau éginète attaqua le vaisn seau de Samothrace et le coula aussi; mais les Samothraces, excellents hommes de trait, chassèrent à coups de javelots les soldats du vaisseau égtnèts, dont ils se rendirent maîtres. Cette action sauva les Ioniens. Xerxès qui eft fut témoin, furieux de la perte de la bataille, fit couper la tâte aux Phéniciens, afin, disaiMl, que des lâches ne pussent plus calomnier des gens plus braves qu'eux. Ce prince avait suivi des yeux le combat, et ses secrétaires tenaient une note exacte du nom et de la patrie des guerriers gui s'étaient le plus distingués.

Une partie de la flotte perse fut prise ou coulée bas par les Athéniens et les Éginètes. Les vaisseaux qui purent se sauver par la fuite se retirèrent au port de Phalère, sous la protection de rar* mée de terre.

A mi nias de Pallène donna la cassa* au vaisseau que montait Artémise* Si cette circonstance eût été coauus de lui, il se serait rendu maître du vaisseau ou aurait été pris lu> même. Tel était Tordre signifié au* capitaines athéniens; on avait même promis une récompense de dix mille drachmes à celui qui s'emparerait de la personne d'Artémise, tant les Athéniens regardaient comme humiliant pour eux de voir une femme qui osait leur résister. Cette princesse trouva cependant moyen d'échapper à ses eanemis. Quant aux Perses qui avaient été placés dans llle de P*yttalie, ils furent tous taillés en pièces par les Grecs.

Aussitôt que Xerxès connut sa étV faite, craignant que les Grecs us son** feassent à couper les pouts jetés entre

L'UNIVERS

Scstos et Abydos, il pensa à prendre la fuite. Mais voulant donner le change aux Grecs et à ses troupes, il fit travailler à une digue destinée à joindre Salamine au continent. On lia ensemble les vaisseaux de charge phéniciens, et on prit des mesures comme pour donner une autre bataille navale. En voyant Xerxès agir de la sorte, Perses et Grecs furent persuadés qu'il voulait rester, et qu'il se préparait à continuer la guerre. Mardomus seul pénétra ses intentions.

Quand on apprit à Suse, par un premier courrier, que Xerxès était maître d'Athènes, les Perses eurent tant de joie de cet événement, que toutes les rues furent jonchées de myrte ; on brûla des parfums, et personne ne s'occupait que de festins et de plaisirs. La nouvelle du désastre de Salamine jeta la consternation dans la ville; les habitants déchirèrent leurs habits , en poussant des cris lamentables, et imputant leur infortune à Mardonius. Ils étaient moins affligés de la perte de leurs vaisseaux qu'alarmés pour le roi.

Leurs inquiétudes continuèrent jusqu'au retour de Xerxès.

Mardonius, pensant bien qu'il encourrait la disgrâce de son maître pour l'avoir jeté dans cette malheureuse guerre, prit la résolution de s'exposer à de nouveaux dangers, et de soumettre la Grèce ou de mourir les armes à la main. Il pressa donc Xerxès de retourner en Perse avec la

Elus grande partie des troupes, en lui lissant trois cent mille hommes. Avec une semblable armée, il s'engageait à réduire la Grèce sous l'obéissance des Perses. Xerxès consentit à ce que lui demandait Mardonius, et cette nuit-là même la flotte partit de Phalère, pour regagner l'Hellespont avec toute la célérité possible , afin de garder les ponts sur lesquels le roi devait repasser en Asie. Lorsque les Perses furent près deZoster(*), ils prirent pour des vaisseaux de petits promontoires qui s'avancent dans la mer, et ils eurent une frayeur telle, qu'ils s'enfuirent en dér (•) Promontoire de 1'Auiqne entre le port du Pirèe et le cap Sunium. •!'

sordre; ayant enfin reconnu leur erreur, ils se réunirent de nouveau et continuèrent leur voyage.

L'armée de terre , commandée par Xerxès , demeura quelques jours dans l'A ttinue après le combat de Salamine ; puis elle se mit en route et suivit le même chemin qu'elle avait tenu en venant. Mardonius avait jugé à propos d'accompagner le roi , parce que la saison était trop avancée pour continuer les opérations militaires. D'ailleurs, il croyait pluscon venablede passer l'hiver en Thessalie , et d'attaquer ensuite le Péloponnèse. Arrivé en Thessalie, il s'occupa de choisir les troupes gui devaient rester en Grèce avec lui. De ce nombre furent tous les Perses qu'on appelait Immortels, excepté Hydarne, leur commandant , qui ne voulut point abandonner le roi. Mardonius prit encore , parmi les Perses, les cuirassiers et le corps de mille chevaux , auxquels il joignit les troupes mèdes, saces, bactriennes et indiennes , tant infanterie que cavalerie. Quant aux autres alliés , il fit choix des beaux hommes et de ceux dont la valeur lui était connue. Toutes ces troupes réunies s'élevaient à trois cent mille hommes.

Xerxès laissant Mardonius en Thessalie , se hâta de gagner l'Hellespont.

Il mit quarante-cinq jours nour arriver au détroit. Les troupes qui le suivaient, réduites à se nourrir la plupart du temps d'herbes, d'écorce et de feuilles d'arbres , furent bientôt attaquées de la peste et de la dyssenterie qui emportèrent un grand nombre d'hommes.

Les malades étaient déposés dans toutes les villes qu'on traversait , Xerxès ordonnant aux magistrats de prendre soin d'eux. Il y en eut quelques-uns qui restèrent en Thessalie , d'autres à Siris en Paeonie, et ailleurs. En allant en Grèce , Xerxès avait laissé en Macédoine le char sacré de Jupiter ; il ne l'y retrouva plus : les Pœoniens l'avaient donné aux T h races ; et quand il le redemanda , ils lui répondirent que les cavales de ce char avaient été enlevées dans les pâturages par les peuples de la Thrace supérieure, qui habitaient vers les sources du Strymon.

PERSE

Les Perses partirent de la Thrace ; et, dès qu'iTs furent arrivés au détroit, ils se pressèrent de traverser l'Hellespont sur leurs vaisseaux pour gagner Abydos, car les ponts de bateaux ne subsistaient plus ; une tempête les avait détruits. L'armée séjourna quelque temps aux environs d' Abydos; les soldats ayant trouvé dans le pays des vivres en plus grande abondance que dans leur marche se gorgèrent de nourriture. Cet excès , joint au changement d'eau , fit périr presque tout ce qui restait du corps crarmée dont Xerxès ramena les débris à Sardes.

Cependant Artabaze, fils de Pharnace, qui depuis longtemps s'était fait une grande réputation parmi les Perses, accompagna le roi jusqu'au passage de l'Hellespont, avec soixante mille "hommes de l'armée de Mardonius. Xerxès étant passé en Asie, et Artabaze se trouvant, à son retour, aux environs de la presqu'île de Pallène, crut devoir profiter du hasard qui l'avait conduit près des Potidéates, pour les remettre sous le joug de Aerxès , qu'ils avaient secoué.

Artabaze assiégea alors Potidée ; et, soupçonnant les Olvnthiens de vouloir se révolter contre le roi , il les assiégea aussi. Ayant pris leur ville , il en fit égorger les habitants dans un marais.

Ensuite, Artabaze s'occupa sérieusement du siège de Potidée. Tandis qu'il pressait la ville, Timoxène , stratège des Scionéens , s'engagea à lui en livrer les portes. Toutes les fois que Timoxène et Artabaze avaient à s'écrire une nouvelle importante, ils attachaient on billet à une flèche , et le roulaient autour de l'entaille , de façon qu'il tenait lieu de plumes ; ils tiraient ensuite cette flèche dans un endroit convenu.

La trahison de Timoxène fut reconnue de la manière suivante ; la flèche tirée

rr Artabaze s'écarta du but , et frappa l'épaule un homme de Potidée. Les personnes qui étaient présentes prirent la flèche ; et, après avoir reconnu qu'on y avait attaché une lettre , elles la portèrent aux stratèges assemblés. La lecture de cette lettre fit connaître Fauteur de la trahison.

96 Livraison (Pbbsb.)

Il y avait déjà trois mois qu'Artabaze assiégeait inutilement Potidée lorsqu'il arriva un reflux considérable, et qui dura fort longtemps. Les Perses voyant que le lieu occupé auparavant par la mer n'était plus qu'une lagune', se mirent en route pour entrer dans la presqu'île de Pallène. Ils avaient déjà fait les deux cinquièmes du cbemrn , lorsqu'il survint une marée très-haute. Ceux qui ne savaient pas nager périrent dans les eaux, et ceux qui savaient nager furent massacrés par les Potidéates , qui les poursuivirent avec des bateaux. Artabaze , déçu de ses espérances, alla rejoindre* Mardonius en Thessalie, avec les débris de son corps d'armée.

La flotte de Xerxès ayant transporté le roi et ses troupes de la Chersonèse à Abydos, alla passer l'hiver à Cyme.

Cette flotte se rassembla ensuite dès le commencement du printemps à Samos. La plupart des troupes embarquées étaient perses et mèdes, et avaient pour généraux Mardontès, fils de Bagée, et Artayntès, fils d'Artachée, qui s'était associé son neveu Ithamitres, et partageait avec lui le commandement. Comme les Perses avaient reçu un échec considérable à la bataille de Salamine, ils n'osèrent pas avancer plus loin vers l'occident. Ils avaient encore trois cents vaisseaux, y compris ceux des Ioniens; avec ces forces ils se tinrent à Samos pour garder l'Ionie et l'empêcher de se révolter. Bien loin de s'attendre à voir les Grecs venir en Ionie, ils croyaient que ceux-ci se contenteraient de détendre leur propre pays , et cette conjecture leur paraissait d'autant mieux fondée, qu'au lieu de les poursuivre dans leur fuite après la bataille de Salamine, les Grecs s'étaient trouvés très-heureux de se retirer. Battus sur mer, ils espéraient que sur terre Mardonius remporterait de très-grands avantages. Ce général partit de la Thessalie, marchant à grandes journées vers Athènes, et emmenant avec lui tous les hommes en âge de porter les armes. Les princes de Thessalie, loin de se repentir de leur conduite précé-

LTJNÎVEAS.

dente, étaient encore plus animés qu'auparavant ; et Thorax de Larisse, gui avait accompagné Xerxès dans sa iuite, livrait alors ouvertement le passage à Mardonius pour entrer en Grèce.

Lorsque l'armée perse fut en Béotie, les Thébaîns tâchèrent dé réprimer l'ardeur de Mardonius, en le dissuadant d'aller plus avant. Ils lui représentèrent qu'il n'y avait pas de lieu plus commode pour camper, et que s'il voulait y rester, il se rendrait maître de la Grèce entière sans coup férir , car il était bien difficile d'en venir à bout par la force tant qu'elle resterait unie , comme ils l'avaient éprouvé par le passé. « Si vous suivez notre cona seil, ajoutaient-ils, vous déconcerterez « sans peine les meilleurs projets des «Crées. Envoyez de l'argent à ceux « d'entre eux qui ont le plus de crédit « dans chaque ville ; la division se met- « tra dans toute la Grèce, et , avec le « secours de ceux qui prendront votre «parti, vous subjuguerez facilement «les autres. »

Le désîr ardent qu'avait Mardonius de se rendre maître d'Athènes l'empé- Cha de suivre le conseil que lui donnèrent les Thébains. 11 en fut d'ailleurs encore détourné par sa folle présomption, espérant toujours faire connaître au roi l'heureuse nouvelle de la prise de la ville d'Athènes , par des torches allumées qu'on plaçait dans les îles et qui servaient de signaux.

En entrant dans l'Attique il trouva le pays abandonné par les Athéniens, réfugiés à Salamine et sur leurs vaisseaux. Il s'empara de la ville d'Athènes qui était déserte, dix mois après que xerxès l'eut prise pour la pre»

mière fois.

Les Argiens, qui avaient promis à Mardonius d'empêcher les Spartiates de se mettre en campagne, dépêchèrent à ce général un courrier qui lui dit : « Mardonius , les Argiens m'ont envoyé pour vous dire que des troupes sont sorties deLacédémone, sans qu ils 4 aient pu l'empêcher. »

Cet avis fit perdre à Mardonius l'envie de rester plus longtemps dans l'Attique. N'ayant pu engager les Athé-

niens à faire leur soumission; il se retira jivant que Pausanias fût arrivé à l'Isthme avec ses troupes. En sortant d'Athènes, il mit le feu à la ville, et fit abattre tout ce qui subsistait encore, murs et édifices. Il quitta l'Attique, parce que ce pays n'est pas commode

Sour la cavalerie , et que , dans le cas 'une défaite , il n'aurait pu se retirer que par des défilés où un petit nombre d'hommes auraient suffi pour l'arrêter.

Il résolut donc de retourner à Thèbes , afin de combattre près d'une ville alliée, et dans un pays où la cavalerie pût manœuvrer facilement.

Il était déjà en marche, lorsqu'un courrier lui annonça qu'un corps de mille Lacédémoniens allait du coté de Mégare. Aussitôt il délibéra sur les moyens de l'arrêter. Il rebroussa chemin, avec son armée, et la conduisit vers Mégare , faisant prendre les devants à la cavalerie. Un autre courrier étant ensuite venu lui apprendre que les Grecs étaient assemblés à l'Isthme, il retourna sur ses pas, prenant sa route par Décélée. Les béotarques avaient mandé les voisins des Asopiens pour lui servir de guides. Ceux-ci le conduisirent à Sphendalées, et de là à Tanagre , où il passa la nuit. Le lendemain ayant tourné vers Scolos, il arriva sur les terres des Hiébains, où il prit du bois et d'autres matériaux nécessaires pour fortifier son camp , car il voulait avoir un asile en cas de défaite. Le camp de Mardonius s'étendait à partir cFÉrythres, au delà d'Hysies, jusqu'au territoire de Platée « le long de l'Asope.

Pendant que Mardonius campait en Béotie, les Grecs de cette province se joignirent à lui pour faire une irruption dans l'Attique. Les Phocidiens, qui avaient été contraints par ta nécessité de suivre le parti des Perses, ne se trouvèrent point à cette expédition; mais ils arrivèrent quelques iours après le retour de Mardonius à Thèbes , avec mille hommes pesamment armés , commandés par Harmocyde, un de leurs plus illustres citoyens. Mardonius leur envoya dire, par des cavaliers, de camper seuls à l'endroit où ils se trou-

PERSE

fil

yaient, dans la plaine. Ils le firent, et aussitôt parut toute la cavalerie perse , qui les investit, et fondit sur eux comme pour les exterminer. Alors les Phocidiens serrèrent le plus possible leurs rangs, et firent face de tous côtés. A cette vue, les Perses tourné* rent bride et se retirèrent. Il est difficile de savoir si l'intention de Mardonius était d'agir contre ces Phocidiens ou simplement de les intimider. Il leur dépécha un héraut pour les engager à se montrer toujours gens de cœur, comme ils faisaient, et les assurer qu'ils pouvaient compter sur sa reconnaissance et sur celle du roi , s'ils se conduisaient avec courage.

Cependant toute l'armée grecque, qui s'était réunie, marcha contre les troupes de Mardonius. Les généraux ayant appris, à leur arrivée à Erythres, que les Perses campaient sur les bords de l'Asope, tinrent conseil , et allèrent se poster vis-à-vis d'eux, au pied du mont Cithéron.

Gomme les Grecs ne descendaient pas dans la plaine, Mardonius envoya contre eux toute sa cavalerie, commandée par Masistius, homme de grande distinction parmi les Perses, te général montait un cheval niséen, dont le mors était d'or, et qui portait un harnais magnifique. Cette cavalerie s'étant approchée des Grecs en bon ordre . fondit sur eux , et leur fit beaucoup de mal , leur reprochant en même temps de n'être que des femmes.

Les Mégariens se trouvaient placés dans l'endroit le plus exposé aux attaques des Perses. Pressés par la cavalerie, ils envoyèrent demander des troupes pour les relever. Tous les Grecs refusèrent, excepté trois cents Athéniens «Téifte , qui emmenèrent avec eux un détachement de gens de trait.

La cavalerie perse attaqua en ordre et par escadrons. Masistiqs, qui se trouvait en avant des troupes, eut son cheval atteint par une flèche dans les flancs : l'animai se cabra, et jeta Masistius par terre. Les Athéniens accoururent aussitôt, se saisirent du cheval, et tuèrent le cavalier malgré sa résistance. Us ne purent d'abord y

réussir, h cause de la cuirasse d*o¥, façonnée en écailles de poisson, qu'il avait sous son habit de pourpre; mais enfin un Grec lui porta dans l'œil un coup dont

- il mourut. La cavalerie ignora d abord le malheur arrivé à son général, car on n'avait pas vu Masistius tomber de cheval. Cependant les Perses «'étant arrêtés, et s'apercevant que personne ne leur donnait l'ordre de charger, apprirent que leur général avait été tué ; ils s'encouragèrent les uns les autres, et poussèrent leurs chevaux à toute bride ,

> pour enlever le corps de Masistius.

Les Athéniens les voyant accourir tous ensemble, pêle-mêle, et non par escadrons, appelèrent à eux le reste de l'armée. Pendant que l'infanterie venait à leur secours, il y eut un combat très-vif sur le corps de Masistius. Tant que les trois cents Athéniens furent seuls , ils eurent un très-grand désavantage, et abandonnèrent le corps, mais lorsque les autres Grecs forent arrivés, la cavalerie perse ne soutint pas le choc, et perdit beaucoup de monde sans pouvoir enlever le corps de son général. Ces cavaliers s'éloi-

fnèrent d'environ deux stades, et déliérèrent sur ce qu'ils devaient faire.

On décida de retourner vers Mardonius.

La cavalerie étant arrivée au camp, toute l'armée témoigna la douleur qu'elle ressentait de la perte de Masistius , et Mardonius encore plus que les autres. Les Perses se coupèrent la barbe et les cheveux; ils coupèrent aussi les crins à leurs chevaux et aux bétes de charge. Des cris lugubres se firent entendre dan» tout le camp, car Masistius était, après Mardonius, le général le plus estimé des Perses et du roi.

Les Grecs mirent sur un char le corps de Masistius , et le firent passer de rang en rang. Toute Farinée admira la haute stature et la beauté de ce général.

Les Perses ayant cessé de pleurer Masistius, se rendirent sur PAsope, oui traverse le territoire de Platée, où ils savaient que les Grecs étaient campés. Mardonius les rangea en face d*

LTJNIVERS.

ennemis. H plaça les Perses vis-à-vis des Lacédémomens; et comme ils étaient en beaucoup plus grand nombre que ceux-ci, il les disposa en plusieurs rangs, et les étendit jusqu'aux Tégéates. Il rangea les Mèdes immédiatement après les Perses, en face des Corinthiens, des Potidéates, des Orchoméniens et des Sicyoniens. Après les Mèdes, venaient les Bactriens, visà-vis des Épidauriens , des Trézéniens , des Lépréates, des Tirynthiens, des Mycéniens et des Phliasiens. Ensuite, se trouvaient les Indiens, opposés aux.

Hermionéens, aux Érétriens , aux Styréens et aux Ghalcidiens. Les Saces furent placés auprès des Indiens , visà-vis des Ambraciotes , des Anactoriens, des Leucadiens , des Paléens et des Éginètes. Immédiatement après les Saces , et en face des Athéniens, des Platéens et des Mégariens, les Béotiens, les Locriens, les Méliens, lesThessaliens', et les mille Phocidiens dont nous avons déjà parlé. Quelques-uns de leurs compatriotes, qui avaient embrassé la cause de la Grèce, s'étaient retirés sur Je Parnasse, et ils en descendaient pour piller et harceler l'armée perse.

Mardonius plaça aussi les Macédoniens et les Thessaliens vis-à-vis des Athéniens.

Les peuples que nous venons de nommer, et que Mardonius rangea en bataille, étaient les plus considérables et les plus célèbres. Des hommes de différentes nations étaient aussi mêlés et confondus avec ces troupes : il y avait des Phrygiens, des Tbraces, des Mysiens , des Paeoniens , des Éthiopiens et des Égyptiens. L'armée des Perses était, comme on l'a vu plus haut, de trois cent mille hommes , sans compter les Grecs alliés de Mardonius, dont il est difficile de fixer exactement Je nombre. Hérodote le porte, par conjecture, à cinquante mille. L'armée ennemie, commandée en chef par Pausanias, roi de Sparte, formait un total de cent dix mille hommes.

Les Perses et les Grecs s'étant rangés par nations et par bataillons , offrirent le lendemain les uns et les autres des sacrifices. Les victimes annonçaient

aux Grecs le succès, s'ils se tenaient sur la défensive; et une défaite, s'ils traversaient FAsope, et commençaient le combat. Mardonius désirait ardemment d'attaquer l'ennemi : mais les victimes n'étaient pas favorables , et ne lui promettaient également de succès que dans le cas où il attendrait l'ennemi.

TimégénidasdeThèbeSffilsd'Herpys, conseilla à Mardonius de faire garder les passages du Cithéron, pour arrêter dans leur marche et enlever s'il était possible les nombreux détachements de troupes grecques qui allaient rejoindre l'armée. Mardonius, approuvant cet avis, envoya, dès que la nuit fut venue, la cavalerie aux passages du Cithéron, qui conduisaient à Platée, et que les Béotiens appelaient Les trois têtes, et les Athéniens Les têtes de chêne. Ces cavaliers enlevèrent un convoi de cinq cents bêtes de charge qui portaient des vivres du Péloponnèse au camp des Grecs, et massacrèrent lçs hommes et les bêtes, sans rien épargner, puis ils rentrèrent dans leur camp.

Les Perses et les Grecs furent ensuite deux jours sans escarmoucher.

Les premiers s'avancèrent jusque sur les bords del'Asope, pour provoquer les ennemis : mais aucune des deux armées ne voulut passer la rivière. La cavalerie de Mardonius ne cessait pas cependant d'inquiéter et de harceler les Grecs. Au rapport d'Hérodote, les Perses et les Meaes se distinguèrent beaucoup dans ces affaires partielles (*).

Les deux armées demeurèrent ensuite pendant dix jours sans en venir aux mains, parce que les entrailles des victimes promettaient toujours la victoire au parti qui resterait sur la défensive. Cependant, Mardonius, homme d'un caractère vif et bouillant, voyait avec peine qu'on laissât s'écouler untemps'précieux, d'autant plus que les Grecs recevaient continuellement de nouveaux renforts. Le onzième jour, il eut une conférence avec Artabaze, fils de Pharnace, dont nous

. (*) Hérodote , livre ut, chap. xl.

Page 1