‹ La PerseChapitre 27 sur 51 · IIS · texte numérisé non relu

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avons déjà parié. Celui-ci fat d'avis qu'il fallait lever au plus tôt le camp, et se rapprocher de Thèbes , où Ton avait fait porter des vivres pour les troupes et des fourrages pour les chevaux; que dans cette position, on terminerait la guerre , en s'y prenant de la manière suivante : Nous avons, disait-il , beaucoup d'or monnayé et non monnayé, avec une grande quantité d'argent et des vases précieux ; nous enverrons , sans rien épargner, toutes oes richesses aux Grecs, et surtout à ceux qui ont le plus d'autorité sur l'esprit de leurs concitoyens. On les amènera ainsi à trahir la 'cause de la patrie sans courir les risques d'une bataille.

Les Thébains se rangèrent à cet avis, qui leur semblait plus prudent. Cependant Mardonius, aimant mieux recourir à la force qu'à la corruption, fut d'une opinion contraire. L armée perse, disait-il , était de beaucoup supérieure à celle des Grecs : il fallait livrer bataille immédiatement, et sans attendre que les ennemis, dont le nombre augmentait tous les jours, eussent reçu de nouveaux renforts : on devait mépriser les prédictions des devins, et sans hésiter conduire les Perses au combat , suivant l'antique usage de leur nation.

Mardonius fit aisément prévaloir son avis, car Xerxès lui avait donné le commandement général de toute l'armée. Il convoqua donc les principaux officiers perses et grecs auxiliaires, et leur demanda s'ils avaient connaissance de quelque oracle qui prédît aux Perses qu'ils devaient périr dans la Gsèce. Les chefs qu'il avait mandés ne répondant point à cette question, les uns parce qu'ils n'avaient aucune connaissance oes oracles, les autres par crainte, Mardonius prit la parole, et leur dit : « Puisque vous ne savez rien , « ou que vous n osez rien dire, je vais « parler en homme qui est bien ins- « truit. Un oracle dû que les Perses « pilleront, à leur arrivée en Grèce, le « temple de Delphes , et qu'après l'avoir « pillé, ils périront tous. Mais puisque «nous avons connaissance de cette « prédiction, nous n'attaquerons pas « ce temple, nous n'essayerons pas de

« le piller, et nous ne périrons pas. Que « tous ceux d'entre vous qui sont dé- . « voués aux Perses se réjouissent donc, « bien assurés que nous aurons l'avan»

« tage sur les Grecs. » Lorsqu'il eut cessé de parler, il ordonna qu'on fit les préparatifs nécessaires pour livrer la bataille.

Le lendemain, dès la pointe du jour, Mardonius envoya contre les Grecs ses cavaliers, qui, étant très-habiles à lancer le iavelot et à tirer de l'arc, les incommodèrent d'autant plus, que, ne se laissant point approcher, il était impossible de les forcer à combattre corps à corps. Cette cavalerie s'avança jusqu'à la fontaine de Gargaphie, qui fournissait de l'eau à toute l'armée grecque, la troubla et la combla. Les Lacédémoniens seuls campaient près de la fontaine; les (autres Grecs en étaient plus ou moins éloignés, suivant la disposition de leurs quartiers. L'Asope se trouvait dans le voisinage; mais la cavalerie perse repoussant à coups de traits tous ceux qui voulaient y puiser de Peau, ils allaient en chercher à la fontaine. Cette dernière res-' source leur étant enlevée, les généraux grecs se rendirent auprès de Pausanias , roi de Sparte, pour convenir de ce qu'ils devaient faire, car l'armée manquait aussi de vivres, et des valets envoyés dans le Péloponnèse pour en chercher, ne pouvaient plus rentrer au camp, parce que la cavalerie leur en fermait le passage. On décida, si les Perses n'offraient pas encore la bataille ce jour-là, de passer dans l'île d'OEroë, située yis-à-vis de Platée, à dix stades de l'Asope et de la fontaine de Gargaphie. Cette île est formée par une rivière qui descend du mont Cithéron dans la plaine, se partage en deux bras, éloignés l'un de l'autre d'environ trois stades, et réunit ensuite ses eaux dans un même lit. Les Grecs résolurent de s'y établir, tant pour avoir de l'eau en abondance, que pour ne plus être incommodés par la cavalerie de Mardonius. Ils prirent la résolution de décamper la nuit, à la seconde veille, de crainte que les Perses ne les inquiétassent dans leur marche.

L'UNIYEAS.

Ils étaient aussi convenus d'envoyer la moitié de l'armée au Cithéron, pour ouvrir les passages aux valets, qui avaient été chercher des vivres, et que l'ennemi tenait enfermés dans les gorges de la montagne (*).

Les cavaliers perses harcelèrent l'ennemi pendant toute la journée, et se retirèrent vers le soir. Dès qu'il fut nuit, les Grecs, profitant de leur absence, levèrent le camp, et se mirent en marche. Us se dirigèrent vers un temple de Junon qui était devant Platée, à vingt stades de la fontaine de Gargaphie , et y posèrent leur camp.

Quand Mardônius eut appris que les Grecs s'étaient retirés pendant la nuit, il fit passer l'Asope à son armée, et se mit à leur poursuite. U n'était occupé que des Lacédémoniens et des Tegéates, parce que les hauteurs l'empêchaient d'apercevoir les Athéniens oui avaient pris par la plaine. Dès que les autres généraux de l'armée perse virent Mardônius s'ébranler pour courir après les Grecs, ils arrachèrent aussitôt les étendards, et suivirent leur chef à toutes jambes, confusément et sans garder leurs rangs , poussant de grands cris, et faisant un bruit épouvantable y comme s'ils avaient été sûrs de remporter la victoire.

Pausanias , roi de Sparte t se voyant pressé par la cavalerie perse, envoya un exprès aux Athéniens pour les engager à le secourir. Les Athéniens se mirent en mouvement. Us étaient déjà en marche, lorsqu'ils furent attaqués par les Grecs alliés des Perses. Cette attaque les empêcha de secourir les Lacédémoniens. Ceux-ci formaient, avec les Tégéates, leurs alliés, un total de cinquante-trois mille hommes. Ils sacrifiaient, pour savoir s'ils devaient livrer bataille à Mardônius. Mais les entrailles des victimes n'étaient pas favorables; et pendant qu'on s'occupait de les examiner, les Lacédémoniens eurent un grand nombre des leurs tués et blessés ; car les Perses, «'étant fait un rempart de leurs boucliers d'osier (**)

QHfrodote , Uv. ix , ch. 5t et suivants.

qu'ils avaient fichés en terre , lançaient une quantité si prodigieuse de flèches, que les Spartiates en étaient accablés* Les sacrifices continuant à n'être point favorables, Pausanias tourna ses regards vers le temple de Junon, près de Platée, implora la déesse, et la sup-

Ëia de ne pas permettre que les Grecs tssent trompes dans leurs espérances.

Les Tégéates marchèrent aussitôt contre les Perses, et les sacrifices annonçant enfin un heureux succès, les Lacédémoniens se mirent aussi en mouvement. Les Perses , quittant alors leurs arcs, soutinrent le choc. On se battit d'abord près du rempart de boucliers. Lorsqu'il eut été renversé, l'action devint vive, et dura longtemps. Les soldats de Mardônius saisissaient les lances des Grecs, et les brisaient entre leurs mains. Dans cette journée, ils ne le cédèrent aux Grecs ni en force ni en audace; mais étant armés d'une manière peu convenable, et n'ayant d'ailleurs ni la prudence ni les connaissances militaires de leurs ennemis, ils se jetaient sans ordre un à un ou plusieurs ensemble sur les Spartiates, qui les taillaient en pièces.

Les Grecs étaient vivement pressés du côté où Mardônius, monté sur un cheval blanc , combattait en personne à la tête des mille Perses d'élite. Tant que ce général vécut, ses soldats soutinrent vaillamment l'attaque des Lacédémoniens, et leur tuèrent même beaucoup de monde; mais dès qu'il fut mort, la troupe choisie, au milieu de laquelle il combattait, succomba, et toute l'armée prit la fuite, abandonnant la victoire aux Lacédémoniens.

Ce qui nuisit beaucoup aux Perses, dans cette circonstance , comme le remarque Hérodote (*), c'est qu'ils ne portaient que leur vêtement sans au-

• tressé et qui avait la forme d'un carré long. « Ce bouclier, en iwage chez les Perses, était « de différentes grandeurs et servait égale- « ment à la cavalerie et à l'infanterie. Quel- « quefois il était recouvert de peaux de

• bœuf. » Voyez les Synonymes grecs de M. PiUoa, page 38.

(*) livre m, chapitre» %% et 63.

PERSE

cuoe flimice d'armure,, et qu'ainsi ils combattaient sans armes défensives contre des hommes pesamment armés.

Battus et mis en fuite par les Grecs, les Perses se sauvèrent en désordre dans leur camp , et en dedans du mur de bois qu'ils avaient construit sur le ter* ritoire de Thèbes.

Artabaze , fils de Pharnace , oui corn-, mandait un corps de quarante mille hommes, prévoyant bien, pendant qu'on se battait encore, quelle serait r issue du combat, ordonna à ses troupes de le suivre partout où il les con* duirait* Ces ordres donnés, il fit mine de vouloir aller à l'ennemi ; mais ayant avaucé quelque peu , et voyant que les Perses étaient en déroute, il se retira du côté de la Phocide, dans l'intention d'arriver le plus tôt possible sur les bords de l'Hellespont

Les Béotiens combattirent long»

temps contre les Athéniens; mais tous les autres Grées du parti de Xerxès se conduisirent à dessein avec beaucoup de mollesse* Les troupes auxiliaires asiatiques prirent la fuite avant même d'avoir combattu. « Cela prouve, dit « Hérodote {*) , l'Influence des Perses « sur les barbares; et en effet, si ceux- «ci se sauvèrent, même avant d'en « être venus aux mains avec l'ennemi , « ce fut parce que les Perses leur en «donnèrent l'exemple. Ainsi toute « l'armée prit la fuite, excepté la ca- « valerie perse et béotienne, qui pro- « tégea la retraite. »

Tandis que les Perses fuyaient de toutes parts, on alla dire a ceux des* Grecs qui ne s'étaient point trouvés à l'affaire , que Pausanias , roi de Sparte , venait de remporter la victoire sur les troupes de Mardonius. Aussitôt les Corinthiens , les Mégariens et les Phliasiens, coururent vers le champ de bataille, péle-jnêle, et sans observer aucun ordre. Lorsque les Mégariens et les Phliasiens furent près des ennemis, la cavalerie des Tnébains, commandée par Asopodore, fils de Timandre, les ayant vus marchant à la hâte sans garder leurs rangs, les chargea,

(•) Lin* ix, chapitre «7.

en tua six cents , et poursuivit jusque Cithéron le reste ae cette multitude imprudente.

Les Perses ne se furent pas plutôt réfugiés dans leurs retranchements, qu'ils se hâtèrent d'en occuper les tours , et de mettre toutes les fortifies* tions en état de défense, avant l'arrivée des Lacédemoniens. Les retranche* ments furent d'abord défendus par les Perses avec courage et succès; mais les Athéniens s'étant joints aux Lacé-»

démoniens, parvinrent à escalader le mur, et en ayant abattu une partie»

les Grecs se tétèrent en foule clans le camp. Les Tegéates y étant entrés les premiers, pillèrent la tente de Mardonius, et prirent, entre autres choses x la mangeoire de ses chevaux, ouvrage de bronze et d'une beauté remarquable.

Ils la consacrèrent dans le temple da Minerve Aléa.

Le mur ayant été renversé, les Perses se débandèrent, et pas un ne retrouva le courage qu'il venait do montrer à la défense des retranchements. Ils se laissèrent tuer sans faire de résistance , et si l'on excepte les trou* pes qui se retirèrent avec Artabaze, il nerestapas trois mille hommes de toute l'armée de Mardonius. Les Lacédémo* niens ne perdirent, suivant le rapport d'Hérodote (*), que quatre-vingt-onze des leurs, les Tegéates seize, et les Athéniens cinquante-deux. L'infanterie perse , la cavalerie sace et Mardonius , se distinguèrent le plus dans l'armée de Xerxès. La bataille da Platée fut donnée le 3 du mois de boédromion de la seconde année de la soixante et quin* zième olympiade, qui correspond au 22 septembre de l'année 479 avant Jésus-Christ.

Après la bataille, les Grecs virent arriver une femme qui se rendit à eux. C'était une concubine de Pharandate, fils de Téaspis, seigneur perse. Ayant appris la victoire des Grecs, elle arriva sur un char, couverte de bijoux d'or, vêtue d'habits magnifiques et suivie de ses servantes. S^tant approchée de Pausanias et tenant ses genoux

(*) livre a, chapitre 69;

L'UNIVERS

embrassés, elle lui dit : « Roi de Sparte, délivrez de la servitude une humble suppliante à qui vous avez déjà rendu service en exterminant ces barbares, qui ne respectaient ni les dieux ni les

Sénies. Je suis de l'Ile de Cos, et fille 'Hégétorîde, fils d'Àntagoras. Un Perse m'ayant enlevée de ma patrie, m'a gardée avec lui. — Femme , répondit Pau sa ni as, prenez confiance en moi, comme suppliante, et, si vous dites la vérité, comme fille d 'Hégétorîde de Cos, le principal hôte que J'aie dans cette lie. » Ayant ainsi parle, il la remit entre les mains de ceux d'entre les éphores qui étaient présents , et * dans la suite il l'envoya à l'île de Cos avec toutes ses richesses (*).

Pausanias fit publier une défense de toucher au butin, et ordonna aux Ilotes de porter dans un même endroit toutes les richesses abandonnées par les Perses. Les Ilotes se répandirent dans le camp de Mardonius, où ils trouvèrent des tentes ornées d'or et d'argent, des lits dorés et argentés, des cratères et des coupes d'or. Ils enlevèrent aux morts des bracelets, des colliers et des cimeterres d'or. Ils dérobèrent beaucoup d'objets précieux qu'ils vendirent aux Éginètes, et ne rapportèrent que ce qu'ils ne purent cacher. On trouva encore , longtemps après la bataille de Platée, des coffres pleins d'or et d'argent et d'effets d'un grand prix.

Suivant une tradition rapportée par Hérodote (**) , Xerxès , en fuyant de la Grèce, avait laissé à Mardonius tout son ameublement, de la vaisselle d'or et d'argent, et des tapisseries de diverses couleurs. Pausanias voyant toutes ces richesses, ordonna aux boulangers et aux cuisiniers de Mardonius de préparer un repas comme ils faisaient pour leur maître. Cet ordre exécuté, le général lacédémonien remarqua des lits et des tables d'or et d'argent couverts de tapis magnifiques , et une grande profusion de mets re-

** (*) Voyez Hérodote, livre ix, chapitre 76 ; et Pausanias , Laconie, chapitre 4.

(**) Livre ix , chapitre Sa.

cherchés. Surpris d'une si grande magnificence, il ordonna à ses serviteurs de lui apprêter à manger à la manière de Sparte. Comme la différence entre ces deux repas était prodigieuse, Pausanias, se mettant à rire, envoya chercher les généraux grecs, et leur dit : « Grecs, je vous ai mandés pour vous rendre témoins de la folie du général des Perses, qui, ayant une si bonne table, est venu pour nous enlever celle-ci , qui est si misérable. »

Le lendemain de la bataille, le corps de Mardonius disparut sans qu'il fut possible de savoir d'une manière positive par qui il avait été enlevé. Déjà, du temps d'Hérodote, on citait plusieurs personnes qui passaient pour l'avoir enseveli, et auxquelles Arton tes, fils de Mardonius, donna des sommes considérables pour les récompenser de cette action.

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