AETAJUZE REPASSE EW ASIE
Cependant Artabaze, fils de Pharnace, s'éloignait toujours de Platée.
Quand il fut en Thessalie, les habitants du pays lui rendirent tous les devoirs de l'hospitalité; et comme ils ignoraient ce qui s'était passé, ils lui demandèrent des nouvelles du reste de l'armée. Artabaze craignant de périr avec toutes ses troupes s'il disait la vérité, leur répondit : « Je me hâte, « comme vous voyez , d'arriver au plus «tôt en Thrace, où l'on m'a envoyé « du camp avec ces troupes pour une «affaire importante. Mardonius lui- « même nous suit de près avec son « armée , et ne se fera pas longtemps « attendre. Ayez soin de le bien rece- « voir, et de lui rendre de bons offices. « Vous n'aurez pas sujet dans la suite « de vous en repentir (*). » Il traversa ensuite à marches forcées la Thessalie et la Macédoine, alla droit en Thrace, et coupant par le milieu des terres, arriva à Byzance, après avoir perdu un grand nombre de soldats, taillés en pièces par les Thraces, ou morts de faim et de fatigue. De Byzance, il traversa l'Hellespont, et repassa en Asie.
{*) Hérodote , liv. ix , chap. 88*
PERSE
BATAILLE DE HYCAL1.
Le -même jour où les Perses éprouvaient à Platée un si grand revers, ils en essuyèrent un autre à Mycale (*).
Les Grecs s'étant rendus à Égïne, avec leur flotte commandée par Leotychide , roi de Lacédémone , et par l'Athénien Xantippe, reçurent une ambassade des Ioniens qui les engageaient à passer en Asie, et à délivrer les villes grecques de la servitude des Perses.
D'après cette proposition , la flotte se rendit à l'île de Délos. Là , d'autres ambassadeurs annoncèrent que les vaisseaux des Perses qui avaient passé l'hiver à Çyme se trouvaient alors à Samos , où il était facile de les détruire. Ces ambassadeurs priaient les Grecs de ne pas laisser échapper une occasion que leur ménageait la fortune. Aussitôt la flotte partit de Délos , et cingla vers Samos. Arrivés à la partie de l'Ile qu'on appelle les CcUamesi**), les Grecs jetèrent l'ancre près de YHer&um, ou temple de Junon , et se disposèrent à un combat naval. Les Perses, ayant eu connaissance de l'arrivée de la flotte des Grecs , mirent 4 la voile pour se rapprocher de la côte d'Ionie, et permirent aux Phéniciens de se retirer avec leurs vaisseaux : car, ayant reconnu la supériorité des Grecs dans la marine , ils avaient décidé de ne pas les combattre sur mer. Ils naviguèrent donc vers le continent, afin de se mettre sous la protection des troupes de terre qui avaient été laissées à Mycale par ordre de Xerxès, pour garder l'Ionie. Ces troupes montaient à soixante mille hommes; Tigrane , homme également remarquable par la beauté de ses traits et par la hau-
(*) Montagne et promontoire de Carie, vis-à-vis de l'île de Samos, entre l'embouchure do Caystre et celle du Méandre ; au nord des viUes de Priène et de Myunte et an sud du Panionium. La montagne de Mycale, la plus élevée de toute la cote, était très-boisée et pleine de bêtes fauves.
(**) C'est-à-dire les Roseaux, parce que dans cet endroit il y avait des marais couverts de roseaux. . ,
teur de sa stature, en avait le commandement. Les généraux de la flotte perse avaient résolu de tirer leurs vaisseaux sur le rivage, et de les enfermer dans une enceinte fortifiée, qui rit mettre les navires et les hommes l'abri des attaques des Grecs. Étant donc arrivés près du territoire de Mycale et de l'embouchure du Gaeson et du Scolopols (*), ils tirèrent leurs vaisseaux à terre , les environnèrent d'un mur de pierre et de bois , enfoncèrent des pieux autour de ce rempart, et firent tous les préparatifs nécessaires pour soutenir un siège.
Les Grecs, informés que les Perses s'étaient retirés sur le continent, se préparèrent à les combattre; et, avant disposé les échelles (**)et autres choses nécessaires pour une descente , ils naviguèrent vers Mycale. Lorsqu'ils furent près du camp des Perses , Leotychide , faisant avancer son vaisseau fe plus près qu'il put du rivage , dit aux Ioniens : « Que ceux «d'entre vous qui m'entendent, prê- « tent une oreille attentive à mes pa- « rôles : car les Perses assurément n'y « comprendront rien. Que chacun de « vous se ressouvienne dans l'action , « premièrement, de la liberté; secon- « dément, du mot de ralliement Hébé.
« Que celui oui m'entend fiasse part de « ce que je dis à ceux qui ne peuvent « m'entendre (***). » Le but de Leotychide était de déterminer les Ioniens à se déclarer pour les Grecs, ou, du moins, de les rendre suspects aux Perses. Les Grecs, ayant ensuite fait approcher leurs vaisseaux du rivage, descendirent à terre, et se rangèrent en bataille. Les Perses, instruits de la proclamation de Leotychide, désar-
(*) Le Gsson , rivière voisine de Mycale,
se jetait dans un étang appelé Gœsonis ,
qui se déchargeait dans la mer. Le Gœson
# coulait entre Mîlet et Priène. On ne sait
' rien touchant le fleuve Scolopoîs.
(**) *Àito6à0pa. Les Grecs appelaient ainsi des espèces de ponts ou d'échelles qui, abattus sur le rivage, servaient à monter dans les vaisseaux et à en sortir.
(***) Hérodote, liv. u, chap. 9$.
L'UNIVERS
mèrent les Sauriens, qu'ils soupçonnaient d'intelligence avec les ennemis.
Ils ordonnèrent en même temps aux Milésiens de garder les chemins qui conduisaient au sommet du mont Mycale, sous prétexte qu'ils connaissaient parfaitement le pays, mais en réalité pour les éloigner du camp. Ces mesures prises, les Perses réunirent leurs boucliers, et s'en firent un rempart.
Les Athéniens» qui formaient, avec les troupes dont ils étaient accompagnés, environ la moitié de l'armée, prirent, pour aller au combat, le long du rivage, par un terrain uni; les Lacédémoniens et les troupes qui les suivaient eurent à franchir des ravins et des montagnes. Mais, pendant qu'ils marchaient encore « les Perses étaient déjà aux mains avec l'autre aile de l'armée grecque. Tant que les Perses purent conserver leurs boucliers debout, ils se défendirent et ne montrèrent pas moins de courage que les Grecs; mois lorsque les Athéniens, s'excitant à ne point laisser aux Lacédémoniens la gloire de cette journée, eurent redoublé d'efforts, le combat changea de foce. Le rempart de boucliers une fois renversé , ils se précipitèrent sur les Perses; ceux-ci soutinrent le choc et se défendirent longtemps; enfin, forcés de céder, ils se retirèrent dans leurs retranchements. Les Athéniens les y suivirent, et entrèrent avec eux. La muraille emportée, les Asiatiques ne pensèrent plus à se défendre , et prirent tous la fuite, excepté les Perses proprement dits. Quoiqu'on petit nombre , ceux-ci ne cessèrent point de combattre les Grecs, qui les passèrent tous au fil de 1 epee.
Les deux commandants de la flotte, Artayntès et Ithamitrès, prirent la fuite*; maisMardontèsetTigrane, qui commandaient l'armée de terre, périrent glorieusement , les armes à la main.
Les Samiens , qu'on avait désarmés , s'étant aperçus que la victoire penchait du côté des Grecs , les secondèrent de toutes leurs forces. Les autres Ioniens se révoltàrentà l'exemple des Samiens,
et attaquèrent les troupes de Xerxès.
Les Milésiens , chargés de la garde des chemins qui conduisaient aux sommets du mont Mycale, livrèrent les fuyards aux Grecs, et en massacrèrent euxmêmes un grand nombre.
Masistès, frère de Xerxès, qui se rendait à Sardes après avoir assisté à la bataille , trouva en route Artayntès, à qui il adressa de vifs reproches; et, entre autres injures, il lui dit qu'en s'acquittant comme il l'avait fait des fonctions de général , il s'était montré plus lâche qu'une femme. Ces dernières paroles, regardées par les Perses comme le plus grand de tous les outrages, irritèrent Artayntès, qui tira son cimeterre pour tuer . Masistès.
Mais il en fut empêché par un certainXénagorasd'Halicarnasse, à qui Xerxès accorda le gouvernement de toute la Cilicie, pour le récompenser d'avoir sauvé la vie à son frère.
La flotte grecque , après la bataille de Mycale , fit voile vers l'Hellespont pour se saisir des ponts construits par l'ordre de Xerxès. Les ayant trouvés détruits par la tempête, Léotychide retourna dans le Péloponnèse , tandis que Xantippe, avec les Athéniens et les Ioniens , se rendit maître de Sestos et de la Chersonèse de Thraoe, qui étaient sous la domination des Perses (an du monde 3525 ; avant J. C. 479),
A cette même époque, les Ioniens se mirent en état de révolte contre les Perses; et, ayant formé une confédération avec les Grecs, ils conservèrent presque toujours leur liberté jusqu'au temps où Alexandre renversa la monarchie fondée par Cyrus.
XERXÈS QUITTE 1A1DEI ^POUE tt EEEDEE A
suse; il pille les temples de l'as»
MIXEURS ET DE B&BYLOSE,
Xerxès , informé de la perte des deux batailles de Platée et de Mycale, quitta la ville de Sardes, et se rendit à Sus* avec la même précipitation qu'il avait mise à fuir d'Athènes après le combat de Salamine. Avant son départ, il fit détruire tous les temples des ville»
grecques de l'Asie Mineure, et, entre
PERSE
autres, celui d'Apollon Didyrtéen, près de Milet, dans lequel il trouva des richesses immenses (*).
En passant par Babylone, il dépouilla et détruisit encore tous les temples (**), comme il avait fait en Grèce et dans l'Asie Mineure. Le zèle pour la religion des Mages entrait sans doute pour beaucoup dans la conduite de ce prince ; mais ce fut surtout la nécessité de couvrir les frais énormes de la folle et ruineuse expédition contre la Grèce , qui l'engagea à commettre ces spoliations. En effet , on ne concevrait pas comment Xerxès, après avoir épuisé toute l'Asie d'hommes et d'argent, aurait pu se maintenir sur le trône sans avoir recours à des moyens extraordinaires pour remplir son trésor.
La description suivante du temple de Bel, que nous empruntons textuellement à Diodore de Sicile, pourra donner une idée des richesses que Xerxès trouva dans la seule ville de Babylone.
«Sémiramis, dit cet auteur, éleva « au milieu de la ville de Babylone le «temple de Jupiter, nomme Bélus « par les Babyloniens. Ce temple étant « absolument ruiné , nous n'en pou- « vons rien dire de bien exact ; mais « on convient qu'il était d'une hauteur «excessive, et que les Chaldéens y « ont fait leurs principales découvertes « en astronomie , par l'avantage qu'ils « avaient d'observer de cet endroit le « lever et le coucher des astres. Tout « l'édifice, construit d'ailleurs avec un « soin extrême, était de brique et de « bitume. Sémiramis plaça sur le haut « trois statues d'or massif : celle de « Jupiter, celle de Junon , et celle de « Rhéa. Jupiter était debout, dans la « position a'un homme qui marche. Il « avait quarante pieds (***) de haut, et « était du poids de mille talents baby- « Ioniens. Rhéa, représentée assise « dans un chariot d'or, était du même
(*) Strabon , Kv. xnr, p. 634.
(**) Arrien, Expédition d'Alexandre, lir, vu , ch. 17.
. (***) Il s'agit ici du pied grec qui ne valait que 1 1 pouces 1 1 points de notre pied de roi.
« poids : eHe avait à ses genoux deux « lions , et à côté d'elle deux énormes '« serpents d'argent , qui pesaient trente % «talents. Junon, du poids de huit « cents talents , était debout, et avait « à la main droite un serpent qu'elle « tenait par la tête ; et , à la main gou- « che, un sceptre chargé de pierreries. « Il y avait devant ces divinités une « table d'or, longue de quarante pieds, « large de quinze, et du poids de cinq « cents talents. Sur cette table étaient « posées deux urnes chacune du poids «de trente talents, et deux casso- « lettes , chacune de trois cents. Il y « avait aussi trois grands bassins :
« celui qui était devant Jupiter pesait « douze cents talents , et les deux au- « très chacun six cents (*). »
Toutes ces valeurs réunies formaient, suivant l'estimation de Prideaux (**) , plus de dix millions cinq cent mille marcs d'argent.
PASSION DB JUBXBS SWB LS FBMXI M BUSlSTBS BT FOC» AETATWT*; GBUBUB ▼UrOtASCOI DB Ut BBIsm AUBStEtS.
Xerxès, pendant le séjour qu'il avait fait à Sardes après l'expédition de Grèce, était devenu éperdument amoureux de la femme de Masistès, son frère (***). N'ayant pu l'engager h répondra à sa passion , il essaya de la gagner par des bienfaits , et donna en mariage à Darius, son fils atné et son héritier présomptif, Artaynte , fille de Masistès et de cette princesse. Tout ayant été inutile auprès de la mère, Xerxès tourna ses vues du côté d' Artaynte, chez laquelle il ne trouva pas la même résistance.Cependant Amestris, épouse de Xerxès , avait donné à ce prince une robe magnifique, dont il se para pour rendre visite à Artaynte. Avant de quitter cette princesse, il la pria de lui demander la chose qui lui plairait le plus, lui promettant avec serment de
(*) Diodore de Sicile, livre 11 , ch. 9.
(**) Histoire des Juifs et des peuples voisins, traduite en français , t I , page aaO de l'édition de Carelier. Paris, 1732, in-S°.
(***) Hérodote > liv, 1* , ch. 108 et suit.
L'UNIVERS
la lai accorder. Artaynte répondit à Xerxès qu'elle désirait avoir la robe qu'il portait. Ce prince, redoutant les malheurs qu'un présent de cette nature pouvait entraîner, fit tous ses efforts pour engager Artaynte à se désister de sa demande; mais lié par un serment, et ne pouvant obtenir qu'elle renonçât à ses prétentions, il lui donna la robe. Amestris, instruite de ce qui s'était passé, forma la résolution de se venger sur la mère d' Artaynte, qu'elle regardait à tort comme la cause de l'infidélité de Xerxès. Elle attendit l'époque du festin qu'on célébrait tous les ans le jour de la naissance du roi , et dans lequel, suivant une coutume établie, la reine demandait à son époux tout ce qu'elle souhaitait, sans que celui-ci fût libre de lui opposer un refus. Ce jour étant donc arrivé, Amestris demanda à Xerxès de lui livrer la femme de Masistès. Xerxès, à qui l'innocence de cette dame était bien connue , essaya de la sauver; mais vaincu par les pressantes sollicitations d' Amestris et forcé par la loi, il céda. L'épouse de Masistès tut saisie par les gardes du roi et remise à Amestris, qui lui fit couper les mamelles, la langue, le nez, les oreilles et les lèvres, qu'on jeta aux chiens en sa présence; puis elle la renvoya ainsi mutilée. Masistès, qui aimait tendrement son épouse, fut outré de rage en apprenant 1 état horrible auquel on l'avait réduite. Il réunit aussitôt sa famille, ses domestiques et les gens attachés à sa maison , et fit toute la diligence possible pour gagner la Bactriane, dont il était gouverneur, décidé à lever l'étendard de la révolte dès qu'il serait arrivé dans cette province.
Xerxès , informé du départ précipité de son frère et pénétrant ses intentions, le fit poursuivre par un corps de trou-
Es qui l'arrêtèrent et le mirent à mort , i , ses enfants et tous ceux qui le suivaient Xerxès donna ensuite le gouvernement de la Bactriane à Hystaspe, son second fils*
us feeses sobt chasses de l'Ile de ctpre
ET DE BYZAVCE.
La neuvième année du règne de
Xerxès (an du monde 3538; avant J. G. 476) , les Grecs firent la guerre aux Perses dans l'intention de les chasser de toutes les villes d'origine grecque (*). Ils équipèrent une flotte considérable, dont ils donnèrent le commandement à Pausanias , roi de Lacédémone, et à Aristide l'Athénien. Ces deux chefs ayant fait voile vers l'Ile de Cypre , en chassèrent les troupes perses qui tenaient garnison dans un grand nombre de villes grecques. De l'île de Cypre, cette flotte fit voile vers l'Hellespont et s'empara de Byzance. Plusieurs Perses de distinction, parmi lesquels se trouvaient même quelques parents de Xerxès , ayant été faits prisonniers dans cette ville, Pausanias leur fournit les moyens de s'évader, et s'engagea même avec quelques-uns d'entre eux à livrer la Grèce à Xerxès , à condition que ce prince lui donnerait une de ses filles en mariage. Le complot ayant été découvert, Pausanias fut mis à mort par ses concitoyens (an du monde 8529; avant J. G. 475.)
XEEXES MEURT ASSASSINÉ.
Tant de revers abattirent entièrement le courage de Xerxès. Ge prince, renonçant à toute idée de conquête, ne pensa plus qu'à ses plaisirs. Une pareille conduite lui ayant attiré la haine et le mépris de ses sujets, Artaban , capitaine des gardes , forma contre lui une conspiration dans laquelle il fit entrer un eunuque du palais appelé Mithridate. Artaban, introduit par Mithridate dans une chambre où Xerxès était endormi , tua ce prince pendant son sommeil. Il se rendit ensuite auprès d'Artaxerxès, troisième fils de Xerxès, et lui apprit la mort du roi. Il accusait de ce crime Darius, fils aîné de Xerxès, tâchant de persuader à Artaxerxès que ce jeune prince s'était rendu coupable de parricide pour se frayer un chemin au trône. Il engageait aussi Artaxerxès à pourvoir a sa sûreté personnelle en se défaisant de Darius. Les paroles d'Ar-
(*) Diodore de Sicile, liv. xi, chap. 44 ; Thucydide, liv. z, chap. 94; p. 145, de la traduction de M. Àmbroise-Firmin Didot.
PERSE
taban firent une grande impression sur l'esprit d'Artaxerxès. Ce prince , voulant tout à la fois venger son père et se sauver lui-même, alla sur-le-champ à l'appartement qu'occupait Darius , et le tua avec l'aide d'Artaban et de quelques gardes qu'on avait amenés.
C'était à Hystaspe, second fils dé Xerxès , que revenait la couronne après la mort de Darius. Mais comme ce prince était alors dans son gouvernement de la Bactriane, Artaban mit sur le trône Artaxerxès, bien décidé à ne lui laisser l'autorité royale que jusqu'au moment où il pourrait s en emparer lui-même. Le grand crédit dont il avait joui sous Xerxès, et les dignités importantes dont ses fils étaient revêtus, lui faisaient espérer qu'il pourrait réussir dans cette entreprise. Cependant Artaxerxès ayant découvert le complot, prévint Artaban, et le tua avant qu'il pût exécuter ses projets ambitieux.
HI5TOXHK X>'ARTAX*&xis SURHOKXi LOHODI- MAIV.
Artaxerxès fut surnommé Languemain, suivant Plutarque, parce qu'il avait la main droite plus longue
Sue la gauche (*). Il fut célèbre par la onté et la générosité dont il ne cessa de donner des marques pendant tout son règne.
Artaxerxès , délivré d'Artaban (an du monde 3531; avant J. C. 473), avait encore deux partis à détruire pour se trouver paisible possesseur de la couronne : celui de son frère Hystaspe et celui d'Artaban, qui avait laissé pour le venger sept fils tous robustes et revêtus des plus grandes dignités de l'empire, et un grand nombre de par-
(*) Vie d'Artaxerxès, chap. i. Strabon, livre xv, p. 735, donne le même surnom k Darius, fils d'Hystaspe, qui éublit les impôts en Perse , parce que ses bras démesurément longs tombaient, sur ses genoux quand il se tenait debout. C'est à tort que quelques historiens, et entre autres Rollin et les auteurs de Y Histoire universelle depuis le commencement du monde, par une société de gens de lettres , attribuent à Artaxerxès ce que Strabon dit de Darius.
tisans et de créatures. Il y eut une
sanglante bataille entre les partisans d'Artaban et Artaxerxès. Ce roi ayant remporté la victoire, rechercha avec soin les personnes qui avaient soutenu la cause d'Artaban pour les exterminer.
Il punît surtout avec la plus grande rigueur tous ceux qui avaient pris part au meurtre de son père, et condamna Mithridate à subir le cruel supplice des auges, dont Plutarque nous a laissé la description suivante : « On creuse, dit cet auteur (*) , deux auges de la grandeur de l'homme depuis le cou jusqu'à la cheville des pieds , de manière que ces auges joignent bien et s'emboîtent ensemble. On couche le criminel sur le dos dans une de ces auges, puis on met la seconde par-dessus, de façon -i que tout le corps soit bien couvert, bien enfermé, et que la tête sorte par un bout et les pieds par l'autre. En cet état, on donne de la nourriture au criminel, et s'il refuse d'en prendre, on l'y force en lui enfonçant des aiguilles dans les yeux. Quand il a mangé, on lui fait avaler du miel délayé dans du lait, qu'on lui entonne dans la bouche. On lui verse aussi de cette boisson sur le visage, et on le tourne du côté du soleil, afin qu'il l'ait incessamment dans les yeux, et son visage est toujours couvert de mouches qu'attirent le miel et le lait. Comme il est obligé de satisfaire dans son auge tous ses besoins naturels, la corruption et la pourriture des excréments engendrent quantité de vers qui lui rongent les chairs et pénètrent jusqu'aux parties nobles. Quand on voit que le criminel est mort, on ôte l'auge qui recouvrait son corps, et on trouve toute la chair mangée par les vers , et sur les entrailles des essaims de vers qui les rongent encore. Ce supplice dure quelquefois dix-sept jours. »
Artaxerxès envoya une armée dans •" la Bactriane contre' son frère Hystaspe (an du monde 3531; avant J. C. 478).
On en vint aux mains, et, après une bataille longue et sanglante, les deux partis se retirèrent sans avoir pu dé-
(*) "Vie d'Artaxerxès , cb. 16.
L'UNIVERS
dder la victoire. Artaxerxès réunit ■ ensuite une armée très-considérable, et défît complètement Hystaspe dans une seconde bataille. Cette victoire l'ayant rendu maître de tout l'empire, il prit les mesures nécessaires pour s'en assurer la possession tranquille. 11 renvoya les satrapes qui lui étaient opposés, et les fît remplacer par ceux de ses amis qu'il supposait les plus ca-
Îables de remplir les mêmes fonctions.
1 rétablit l'ordre dans les finances, dans l'armée, et, portant son attention sur tous les besoins du royaume, il s'occupa de réformer les abus et de mettre un terme aux désordres qui s'étaient introduits dans le gouvernement.
Cette conduite lui mérita l'estime et l'amour de tous ses sujets.
HISTOIRE D'jttTBEft.
C'est ici que nous placerons l'histoire d'Esther. Nous n'avons pas la prétention de résoudre les «difficultés chronologiques qui existent pour cette histoire, en la rattachant au règne d'Artaxerxès Longuemain. Nous avouerons , au contraire , qu'il est impossible de décider si ce fut de Darius, fils dHystaspe , de Xerxès ou d'Artaxerxès Longuemain, qu'Esther fut l'épouse.
Cependant, et malgré cette difficulté, il raut admettre comme incontestable l'histoire d'Esther, qui repose sur les documents les plus authentiques que l'histoire puisse offrir, le texte hébreu de la Bible et la version grecque des Septante. En plaçant l'histoire d'Esther sous Artaxerxès, nous nous sommes conformé à cette version ; car le roi de Perse, que l'hébreu appelle Akhaschverosch, et notre Vulgate latine Assttérus, est toujours nommé Artaxerxès dans les Septante. Or, comme
{>lusieurs circonstances indiquées dans 'hébreu du livre d'Esther et dans les additions grecques de ce même livre ne sauraient convenir à Artaxerxès Mnémon , on peut supposer qu'il s'a-
E't dans ces passages d'Artaxerxès onguemain. Nous nous garderons toutefois de pousser trop loin les conséquences de cette donnée, car le nom d'Artaxerxès pourrait fort bien n'avoir
été pour les saints interprètes qu'un terme général, servant à désigner un roi de Perse quelconque. Nous rapporterons donc l'histoire d'Esther comme un fait d'une vérité incontestable, mais entièrement isolé, indépendant de tous les autres, et nous ne lui accorderons aucune influence sur les événements du règne d'Artaxerxès.
Cette histoire , d'ailleurs si attachante , fera connaître à nos lecteurs quelques usages de la cour de Perse à une époque reculée.
La troisième année de son règne, Artaxerxès fit célébrer à S use, pendant cent quatre-vingts jours, une fête, qu'il termina par un grand festin offert aux seigneurs de sa cour et au peuple de la capitale, et qui dura sept jours. La reine Vasthi(*) offrit aussi aux femmes un festin dans le palais. Le septième jour, le foi étant plus gai qu'à l'ordinaire, â cause du vin qu'il avait bu en grande abondance, commanda à ses eunuques d'amener Yasthi, le diadème sur la tête, pour faire voir sa grande beauté aux personnes de la cour et au peuple. Mais elle refusa d'obéir. Le roi irrité consulta les sept conseillers qui se tenaient toujours auprès de sa personne, et leur demanda quelle peine méritait la reine. Un d'entre eux répondit : « La reine Vasthi n'a pas seulement offensé le roi, mais tous les peuples qui vivent dans son empire , car cette conduite apprendra aux femmes à mépriser leurs maris. Si donc le roi le trouve bon, qu'il fasse un édit qui sera écrit dans les lois des Perses et des Mèdes , et deviendra ainsi irrévocable , par lequel la reine Vasthi ne pourra plus se présenter devant le roi, et une autre prendra sa couronne. » Ce conseil fut agréé. Après cela, on envoya dans toutes les provinces de l'empire des
Sens qui choisissaient les plus belles 'entre les jeunes filles vierges , qui les amenaient à Suse dans le palais des femmes, et les mettaient entre les mains d'un eunuque du roi, appelé Egée.
Il y avait alors dans la ville de Suse (•) Vaschti veut dire en persan moderne beauté, bonté.
PERSE
un juif du nom de Mardochée, de la race de Benjamin. Il avait élevé auprès de lai la fille de son frère, nommée Édisse, et qui est la même qu'Eslher(*)» Elle était parfaitement belle.
Son père et sa mère étant morts , Mardochée l'avait adoptée pour sa fille. On amena Esther à l'eunuque Egée , à qui elle plut beaucoup. Il lui donna sept filles pour la servir, et eut grand soin qu'elle ne manquât d'aucune des choses
ri pouvaient contribuer à la parer et Fembellir. Esther ne voulut point dire de quel pays ni de miellé nation elle était, car Mardochée lui avait ordonné de carder le secret sur ce point. Après avoir fait usage pendant un an des parfums et des huiles odoriférantes, elle fut présentée au roi, qui l'aima plus que toutes ses autres femmes, et lui mit sur la tête le diadème royal, la faisant reine à la place de Vasthi. Ce fut, suivant toute apparence, à cette époque qu'elle renonça au nom hébreu (VÉciïssa pour le nom perse d' Esther. Vers ce même temps , Mardochée découvrit une conspiration de deux eunuques, Bagathan et Tharès, contre la vie du roi. Il en instruisit Esther, qui le dit à Artaxerxès , et les deux eunuques furent pendus.
Or Aman, favori du roi, ayant reconnu que Mardochée, qui se tenait habituellement a la porte du palais, ne fléchissait point le genou devant lui et ne l'adorait pas , entra dans une grande
(*) Edissa, comme on lit dans notre vulgate latine , et Hadassa, suivant la prononciation hébraïque actuelle, veut dire myrte en hébreu. Esther est le mot rend stara (en sanscrit tara, en persan moderne sitareh ou istareh). Oe mot signifie étoile, bonheur , félicité , et se trouve , comme on sait , dans plusieurs langues d'Europe, àonta, aster, sternet sfar. Cette étymoiogie esibten connue ; cependant un éditeur des Voyages du chevalier Chardin en Perse9 observe dans une note relative' au chapitre des animaux domestiques et sauvages qu'il ne font pas confondre le mot persan aster, qui ve«K dire un mulet, avec le nom d'Eslher qui signifie étoile. Au moyen de cette judicieuse remar-
3ue le lecteur saura que la belle et sainte fille e Benjamin n'avait rien de commun avec un mulet
colère, et ayant su que Mardochée était juif , il voulut le perdre lui et tout son peuple. Ayant donc jeté le sort dans l'urne, cour savoir en quel mois et en quel jour on devait massacrer le peuple juif, le sort tomba sur le douzième mois; et Aman dit au roi : « Il y a un peuple dispersé par toutes les provinces de ton royaume, qui se tient à part, qui a des lois et des cérémonies toutes nouvelles, et qui méprise les édits du roi. Ordonne donc qu'il périsse, et je payerai à tes trésoriers dix mille talents, » Le roi lui répondit : « Garde cette somme, et fais , en tout , ce qu'il te plaira. » Or on écrivit à tous les gouverneurs des provinces pour qu'ils eussent à tuer en un même jour tous les juifs, sans avoir égard au sexe ni à rage.
Mardochée apprenant cette nouvelle, déchira ses vêtements, se revêtit d'un sac, et couvrit sa tête de cendres. Esther ayant envoyé vers lui un eunuque pour savoir les motifs qui le faisaient agir ainsi , il répondit qu'Aman voulait
Perdre tous les juifs, et il donna à eunuque une copie de l'édit qui avait été publié à Suse pour le faire voir à la reine, afin qu'elle intercédât pour son peuple. Esther répondit à Mardochée :
« Quiconque entre dans la salle intérieure de l'appartement du roi sans y avoir été appelé est mis à mort sur-lechamp, à moins que le roi ne lui sauve la vie en étendant vers lui son sceptre d'or. » Cependant Esther ayant fait dire aux juifs qui se trouvaient à Suse de jeûner et de prier pour elle pendant trois jours et trois nuits, se vêtit de ses habits royaux, et, le troisième jour, elle entra dans la salle intérieure Artaxerxès étendit aussitôt vers elle son sceptre d'or, et lui dit : « Qu'as-tu , reine Esther? » Esther lui répondit :
« Je supplie le roi de venir aujourd'hui avec Aman au festin que j'ai préparé. » Le roi y alla, et, après avoir bu beaucoup de vin, il lui dit : « Quelle est ta demande? et elle te sera accordée; quelle est ta prière? et jusqu'à la moitié de mon royaume, je te raccorderai. »
Esther remit au lendemain à déclarer au roi oe qu'elle souhaitait, dan* un
L'UNIVERS
autre festin avec Aman. Cependant celui-ci , toujours irrité contre Mardo* chée, avait commandé qu'on dressât une potence haute de cinquante coudées pour l'y faire pendre. Le roi ayant passé cette nuit-la sans dormir, ordonna qu'on lui lot les annales de son règne. On arriva à l'endroit où il était écrit de quelle manière Mardochée avait découvert la conspiration de Bagathan et de Tharès. Le roi dit alors : « Quelle récompense Mardochée a-t-il reçue pour la fidélité qu'il m'a témoignée? » Ses serviteurs répondirent: «Aucune. »
Aman étant entré au même instant, le roi lui dit : a Que doit-on faire pour un homme que le roi veut honorer? »
Aman , pensant que le roi n'en voulait point honorer d'autre que lui , répondit : « Il faut que l'homme que le roi ▼eut honorer soit vêtu des habits royaux , qu'il monte sur le même cheval que le roi, qu'il ait le diadème royal sur sa tête, et que le premier des grands de la cour, marchant devant lui
Ear la ville, crie : « C'est ainsi que sera onoré celui qu'il plaira au roi d'honorer. » Le roi dit : « Hâte-toi de faire tout ce que tu as dit à Mardochée, qui est devant la porte du palais. » Aman , après avoir promené Mardochée dans la ville, en criant devant lui : « C'est ainsi que mérite d'être honoré celui qu'il plaira au roi d'honorer, » s'en retourna chez lui extrêmement affligé.
Peu d'instants après , les eunuques du roi survinrent, et l'emmenèrent au festin auquel la reine l'avait engagé la veille.
Le roi alla avec Aman pour boire et manger chez la reine; et ce second jour encore , il lui dit les mêmes paroles que la veille. Esther lui répondit : « O roi , si j'ai trouvé grâce devant toi , je te conjure de m'accorder ma propre vie et celle de mon peuple pour lequel j'implore ta clémence , car nous avons un ennemi implacable. » Le roi lui répondit : « Qui est-il? — C'est Aman, dit la reine. » A ces paroles Aman , demeura interdit , sans pouvoir supporter les regards du roi ni de la reine. Alors le roi se leva en colère, et ayant quitté le lieu du festin , il entra dans
un jardin. Aman se leva aussi pour supplier Esther de lui sauver la vie , car il avait bien vu que le roi était résolu de le perdre. Artaxerxès étant, rentré dans la salle du festin , trouva qu'Aman s'était jeté sur le lit où Esther s'était placée pour manger, et il dit : « Comment, il veut faire violence à la reine , même en ma présence et dans ma maison? » A peine cette parole était sortie de la bouche du roi , qu'on couvrit le visage à Aman, ce qui était un signe qu'on allait le conduire au supplice. Et un des eunuques qui servaient le roi, lui dit : «11 v a une potence qu'Aman avait fait préparer pour Mardochée. Le roi répondit : « Qu'il y soit pendu à l'instant. » Ce même jour Mardochée se présenta devant le roi ; car Esther avait avoué à celui-ci qu'il était son oncle. [Or Esther alla se jeter aux pieds du roi, et le conjura avec larmes d'arrêter les effets de la malice d'Aman. Artaxerxès répondit à Esther et à Mardochée : « Écrivez aux Juifs au nom du roi, comme vous le jugerez à propos , et scellez la lettre de mon anneau. Car c'était la coutume que nul n'osait s'opposer aux lettres qui étaient envoyées au nom du roi et cachetées de son anneau. On fit donc venir aussitôt les secrétaires et les écrivains du roi, et les lettres furent écrites et adressées aux Juifs, aux grands seigneurs , aux gouverneurs et aux juges qui commandaient aux cent vingt-sept provinces du royaume, depuis les Indes jusqu'en Ethiopie. Et elles furent écrites en diverses langues et en divers caractères, suivant les provinces, afin qu'elles pussent être lues et entendues de tout le monde. Ces lettres , que l'on envoyait au nom du roi, furent portées par des courriers montés sur d'excellents chevaux et sur des mulets nés de juments.
Les Juifs se vengèrent ensuite de leurs ennemis et en tuèrent un grand nombre , même dans la ville de Suse.
THKMISTOCLE SE REFUGIE YERS ARTAXEEX&S.
Thémistocle, banni d'Athènes , s'était retiré chez Admète, roi des Molosses. Poursuivi dans cette retraite par
ÊËRSË.
les Athéniens et les Lacédémoniens ( an du monde 3531 ; avant Jésus- Christ 473), il s'embarqua à Pydne, port de Macédoine , d'où il passa à Cyme, ville d'Éolie dans l'Asie Mineure. Artaxerxès, qui se rappelait sans doute Salamine, avait promis deux cents talents (*) a quiconque lui livrerait ce grand homme , et la côte était couverte de gens qui cherchaient à s'emparer de sa personne. Pour éviter le péril auquel il était exposé, Thémistocle se tint caché pendant quelque temps dans la petite ville d'JEges en Éolie , où il n'était connu que de son hôte Nicogène, un des plus riches habitants du pays. Celui-ci l'envoya à Suse , sur un de ces chariots couverts dans lesquels les Perses, excessivement jaloux, faisaient enfermer leurs femmes lorsqu'elles voyageaient, pour les dérober à tous les regards. Ceux qui étaient chargés de conduire le général athénien .disaient partout qu'ils menaient une jeune dame grecque à un grand seigneur de la cour.
Arrivé aSuse, Thémistocle s'adressa au capitaine des gardes chargé d'introduire à l'audience du roi Tes personnes qui avaient quelques affaires à lui communiquer. ■ Étranger, lui dit « le capitaine des gardes , les lois des « hommes ne sont pas les mêmes par- « tout : ce qui est beau pour les uns « ne l'est pas pour les autres ; mais il « est beau pour tous de respecter et «de maintenir les lois de leur pays.
«Vous autres Grecs, vous estimez, « dit-on, au-dessus de tout la liberté et « l'égalité ; pour nous, entre un grand « nombre de belles lois que nous avons, « la plus belle à nos yeux est celle qui « nous ordonne d'honorer le roi et « d'adorer en lui l'image du dieu qui « conserve toutes choses. Si donc tu « veux t'accommoder à nos usages et «l'adorer, tu pourras, comme nous, « le voir et l'entretenir. Si tu es dans « d'autres sentiments, tu ne lui parle- « ras que par des intermédiaires , car « la coutume de Perse est que personne « ne puisse recevoir audience du nio- « narque sans l'avoir adoré. »
(*) Environ onze cent mille franc*.
10' Livraison. (Psbss.)
Thémistocle répondit : « Je suis venu « ici pour augmenter la gloire et la « puissance du roi; j'obéirai a vos lois, « puisque telle est la volonté du dieu « qui a élevé si haut l'empire des Per- « ses ; je ferai même que votre maître « recevra les adorations d'un plus « grand nombre de peuples : n'appor- « téz aucun obstacle au désir que j'ai « de l'entretenir (*). »
Quand Thémistocle eut été admis en la présence d' Artaxerxès , il l'adora, et lui dit par un interprète : « Grand « roi , ie suis Thémistocle , Athénien , « qui , banni et persécuté par les Grecs, «viens chercher un asile auprès de « vous. J'ai fait, à la vérité, m'en du « mal aux Perses ; mais je leur ai fait « encore plus de bien par les salutaires « conseils que je leur ai fait donner, « et je suis en état de leur rendre en- « çore de plus grands services que ja- « mais. Mon sort est entre vos mains; « vous pouvez montrer ici votre vertu « ou votre colère. L'une sauvera votre «suppliant; l'autre perdrait le plus « grand ennemi des Grecs (**). »
Artaxerxès ne répondit rien à ce discours ; mais lorsque Thémistocle se fut retiré , il témoigna une grande joie de ce qu'un homme si illustre s'était réfugié vers lui , et il pria Arimane d'inspirer toujours à ses ennemis de se défaire ainsi de leurs plus grands hommes. Dès le lendemain matin , il fit appeler Thémistocle , et lui dit qu'il lui devait déjà les deux cents talents qu'il avait promis à quiconque le lui livrerait, puisqu'il avait apporté luimême sa tête à ceux qu'il devait croire animés contre lui. Il lui ordonna ensuite de dire ce qu'il savait des affaires de la Grèce. Thémistocle,, ne pouvant se faire comprendre que par le moyen d'un interprète , pria le roi de lui permettre d'apprendre la langue perse avant de lui répondre. Cette grâce lui ayant été accordée , Thémistocle s'instruisit aussi bien qu'il put dans la langue perse et dans les usages
(*) Plutarque, Vie de Thémiêlode, chapitre %-j.
(**) Idem , Ibidem , eh. aS.
l'ûtuvehs.
Un pa^s (*) , et il se trouva en état, par h suite, de s'entretenir avec le roi, sans le secours d'un interprète. Artaxerxès prodigua à Thémistocle les marques de sa bienveillance royale; il lui fit épouser une dame d'une naissance très-illustre , et lui assigna les revenus nécessaires pour vivre dans l'opulence; il lui donna, en outre, une marque de la faveur dont il l'honorait, en permettant qu'il fût admis à entendre les leçons et les discours des mages, et instruit par eux dans tons les secrets de leur philosophie (**).
Enfin, l'intérêt du roi paraissant exiger que Thémistocle choisit pour te lieu de sa résidence une des villes maritimes de l'Asie Mineure, il fut envoyé à Magnésie sur le Méandre; et on lui assigna pour son entretien les revenus de cette ville, qui étaient de cinquante talents (***) par an , ceux de Myunte et de Lampsaque (****).
Thémistocle passa plusieurs années à Magnésie, et ce fut dans cette ville qu'il mit fin à ses jours (an du monde 9538; avant J. C. 466). Il était alors âgé de soixante-cinq ans.