‹ La PerseChapitre 29 sur 51 · LU PERSH ESSUYE WT U1CB DOUBLE DEFAITE SUR TERRE ET SUE MER · texte numérisé non relu

LU PERSH ESSUYE WT U1CB DOUBLE DEFAITE SUR TERRE ET SUE MER

Cimon, fils de Miltiade, étant parti tT Athènes (an du monde 8534; avant J. C. 470) avec deux cents trirèmes, se rendit sur lea côtes de l'Asie Mineure, où il augmenta sa flotte de cent vaisseaux, qui appartenaient aux Ioniens et aux autres Grecs d'Asie, et s'empara des villes maritimes de la Carie et delà Lycie, chassant les Perses de tous les points qu'ils possédaient dans ees provinces. Ceux-ci, de leur côté, avaient réuni des forces imposantes de terre et de mer, commandées par Ti-

(*) Thucydide, I, ch. i38; tom. I, p. 309 de la traduction française de M. Àmbrobe Firmin Didot.

(**) Plutarque, Tiède Thémistocle, ch.29.

(***) Environ deux cent soixante et quinze aille mines

(****) Thucydide, I, chap. i38; tom. I, pag. an de la traduction de M. Didot.

Ihraustès, fils naturel de Xerxes. Les deux flottes se rencontrèrent non loin de l'île de Cypre : celle des Perses avait trois cent quarante trirèmes, et celle des Grecs n'en comptait que deux cent cinquante. Après un rude combat les Athéniens demeurèrent vainqueurs.

Ils coulèrent à fond un grand nombre de navires perses, et en prirent cent avec les hommes oui les montaient.

Le reste de la flotte se retira en désordre à Pîle de Cypre, où les Perses se sauvèrent à la 'hâte, abandonnant leurs vaisseaux , qui tombèrent au pouvoir des Athéniens. Cimon, profitant de sa victoire, alla chercher l'armée de terre de Tithraustès , qui était campée en Pamphylie, sur les bords du fleuve Eurymédon. Voulant, comme nous le savons par Diodore (*), surprendre les Perses, il fit monter sur les vaisseaux dont il venait de s'emparer, des Grecs auxquels il donna des tiares et des vêtements semblables à ceux que portaient les Asiatiques.

Les Perses, trompés par ce stratagème, reçurent les Athéniens comme des amis. Mais bientôt ils furent attaqués par les soldats de Cimon, qui parvinrent jusqu'à la tente de Phérédate, neveu de Xerxès et second commandant de l'armée, qu'ils égorgèrent.

Tous ceux des Perses qui ne furent pas tués ou blessés prirent fa fuite.

Cimon ayant élevé un trophée sur les bords du fleuve Eurymédon, retourna à l'île de Cypre , après avoir remporté en une même journée deux victoires , l'une sur mer et l'autre sur terre. Les Perses perdirent toute leur flotte, vingt mille hommes faits prisonniers, et une grande quantité d'objets précieux.

L'année suivante (an du monde 3535; avant J. C. 469) , les Perses furent encore chassés de la Chersonèse de Thrace, par le même Cimon.

RÉVOLTE DBS RGTPTIEXS CONTRE LES rERSES.

Les Égyptiens, qui supportaient impatiemment le joug étranger , réuni-

(*) Livre xi, ch. 6t.

PERSE

rent toutes leurs forces (an du monde 3544; avant J. C. 460), et chassant ceux qui levaient les tributs au nom du roi de Perse, ils se choisirent pour, roi un prince libyen , appelé Inarus.

Celui-ci forma d'abord un corps de troupes égyptiennes , et rassemblant outre cela des soldats étrangers , il se trouva bientôt à la tête d'une armée considérable. Il envoya aussi une ambassade aux Athéniens, leur offrant de grands avantages s'ils voulaient contribuer à la délivrance de l'Egypte.

Les Athéniens , convaincus qu'il leur importait d'affaiblir la puissance des Perses , convinrent d envoyer aux Egyptiens deux cents trirèmes (*).

Cependant Artaxerxès apprenant la révoltede l'Egypte (an du monde 3545 ; avant J. C. 459), et sachant qu'il au-, rait à combattre une armée nombreuse, fit lever des troupes dans toutes les satrapies; il équipa aussi une lotte, et ne négligea aucun des moyens lui pouvaient lui assurer la victoire.

' avait d'abord résolu de marcher en personne contre les rebelles, à la tête d'une armée de trois cent mille hommes; mais ses courtisans l'ayant engagé à ne pas se hasarder lui-même aux chances de la guerre, il donna le commandement de l'expédition à Achaeménès , un de ses frères (**).

Achaeménès, arrivé sur les bords du Ni), fit d'abord reposer ses soldats des fatigues d'une longue marche , puis il prit les dispositions nécessaires pour combattre Inarus. Les Égyptiens avaient déjà réuni toutes leurs troupes

(*) Diodore de Sicile dit (liv. xi, ch. 71) trois cents trirèmes; mais plus loin (chap'. 74) on Ht deux cents trirèmes ; et c'est ce nombre, conforme au texie de Thucydide (livre 1 , ch. 104, tom. I, page i5? de la traduction française de M. Firmin Didol), qu'il faut adopter.

(**) Hérodote, liv. ▼n,ch. 7, et Diodore, liv. xi , chap. 74, font de ce prince un frère de Xerxès. Ctésias (chap. 3a) lui donne le nom patronymique d'Achannénide : ce qui doit être uue faute, comme le remarque Larcher dans sa traduction d'Hérodote tom. VI, page 291 de la seconde édition.

et celles qu'ils pouvaient tirer de la Lihye : maïs ils attendaient encore les secours qui leur avaient été promis par les Athéniens. Ceux-ci étant enfin arrivés, après avoir détruit ou pris dans un combat naval cinquante vaisseaux de la flotte perse, les Égyptiens livrèrent à Achaeménès une bataille dans laquelle ce général eut d'abord l'avantage , grâce au nombre de ses troupes. Mais les Athéniens avant ensuite redoublé d'effprts , culbutèrent les Perses, qui prirent la fuite en désordre. Achaeménès mourut des suites d'une blessure, et les restes de son armée se réfugièrent dans un quartier de Memphis qu'on appelait te Château blanc , et où ils furent bientôt assiégés.

Artaxerxès, instruit de ce désastre (an du monde 3546 ; avant J. C. 458), envoya à Lacédémone des ambassa-r deurs chargés de riches présents, pour engager les Lacédémoniens à déclarer

propre

pays. Les Lacédémoniens n'ayant point voulu prêter l'oreille à ces propositions, Artaxerxès chargea Artabaze, gouverneur de Cilicie, et Mégnbyze, Sis de Zopyre, gouverneur de la Syrie, de lever promptement une armée pour marcher au secours des troupes d'Achaeménès, assiégées dans le Château blanc , et pousser la guerre contre les Égyptiens. Ces deux chefs réunirent une armée qui montait à trois cent mille hommes (an du monde 3547; avant J. C. 457). Mais n'ayant point de vaisseaux pour agir sur mer, ils furent obligés de passer une année entière dans l'inaction , tandis qu'on leur préparait en Cilicie , en Cypre et en Phénicie une flotte de trois cents trirèmes (*). En attendant que la flotte fût prête, les deux généraux s'occupèrent a exercer leurs troupes , à les endurcir à la fatigue et au danger par toute sorte d'exercices militaires. Cependant Inarus, avec les Égyptiens et les troupes auxiliaires d'Athènes, pressait vi-

(*) Diodore de Sicile, liv. xi, chap. i$4

LTNIVERS.

vement le siège du Château blanc.

Les Perses s'y défendirent avec la plus grande bravoure , et conservèrent la place. .

L'année suivante (an du monde 3548 ; avant J. C. 456), la flotte étant enfln prête , Artabaze en prit le commandement, et fit voile vers le Nil, pendant que Mégabyze, avec l'armée de terre, s'avançait vers Memphis. A leur arrivée, les Égyptiens et les Athéniens levèrent immédiatement le siège du Château blanc. Les généraux perses livrèrent ensuite une bataille à Inarus, dont les troupes furent taillées en pièces. A près cette défaite, Inarus fit sa retraite avec les Athéniens et ceux des Égyptiens qui voulurent le suivre, et gagna la ville de Byblos, dans l'île de Ërosopitis, formée par deux bras navigables du Nil. Les Athéniens retirèrent leur flotte dans un de ces bras, pour la mettre à l'abri des atteintes des Perses, et ils soutinrent dans l'île un siéee d'un an et demi. Cependant toute I Egypte s'était soumise aux Perses. Un seul homme résistait encore -:

c'était Amyrtée, qui se maintint dans la partie septentrionale du Delta , appelée les Marais y où il fut impossible de l'atteindre.

Le siège de l'île de'Prosopitis continuait toujours. Les Perses voyant qu'ils ne pouvaient pas se rendre maîtres de la place par les moyens ordinaires, prirent le parti de saigner, par divers canaux , le bras du Nil dans lequel était la flotte athénienne, de le mettre à sec, et de faire de File un continent, de sorte que toute leur armée pût y entrer sans peine. Inarus voyant qu'il était impossible de résister plus longtemps aux Perses, traita avec Mégabyze pour lui , pour ses Égyptiens , et pour environ cinquante Athéniens, et se rendit à condition qu'on leur laisserait à tous la vie sauve. Les auxiliaires athéniens , au nombre de six mille hommes, ne voulurent pas se rendre. Ils commencèrent par incendier leurs vaisseaux , qui leur étaient devenus inutiles, afin d'en ôter l'usage aux Perses. Artabaze et Mégabyze , voyant que ces gens étaient résolus do

se défendre jusqu'à la dernière extrémité , leur proposèrent la paix , s'en* gageant à leur laisser tous les moyens de retourner dans leur pays. Les Athéniens acceptèrent ces conditions, et après avoir quitté la ville de Byblos et l'île de Prosopitis, ils prirent parterre le chemin de Cyrène, dans la Libye, où ils s'embarquèrent pour la Grèce (*).

Les Athéniens perdirent dans cette guerre une flotte de cinquante voiles qu'ils envoyaient au secours de leurs compatriotes et des Égyptiens assiégés dans la ville de Byblos. Cette flotte entra dans le Nil, très -peu de temps après la reddition de la place. A peine y était-elle entrée, que la uotte perse (**) qui tenait la mer vint l'y attaquer , tandis que des soldats de l'armée de terre, placés sur les bords du fleuve, faisaient de continuelles décharges de traits sur les vaisseaux athéniens.

Ainsi finit cette guerre qui avait duré six ans ( an du monde 3550 ; avant J.C.454).

L'Egypte resta sous le joug des Perses tout le temps du règne a" Artaxerxès.

LES PERSES SORT BATTU* PJLH CIMOW SUA TER R E ET SUR MER.' ARTAXERXES EST OBLIGÉ DE PAIRE LA PAIX AVEC LES GREC».

Quelques années plus tard. (an du inonde 3554; avant J. C. 450), les Athéniens équipèrent une flotte de deux cents voiles qu'ils envoyèrent enCypre pour agir contre les Perses. Cimon ,

3ui en avait le commandement, se renit bientôt maître de Citium, Malum, et de plusieurs autres villes. Puis il détacha de sa flotte soixante vaisseaux qu'il envoya en Egypte au secours d'Amyrtée. Artabaze tenait alors la mer avec une flotte de trois cents voiles, et Mégabyze avait sur les côtes de la Cilicie une armée considérable. Toutefois,

(*) Diodore de Sicile, liv. xi, ebap. 77.

(••) On lit dans Thucydide (liv. 1, chap. 110) *oiv£xwvva\mxdv, ta flotte des Plientciens; mais il s'agit de la flotte des Pertes, sur laquelle servaient un grand nombre de marins phéniciens.

PERSE

ces généraux n'eurent point , dans eette guerre, les succès qu'ils avaient obtenus précédemment. Dès queles soixa nte vaisseaux que Cimon avait envoyés en Egypte eurent rallié la flotte, ce générai attaqua Artabaze , lui prit cent vaisseaux , en coula à fond plusieurs , et poursuivit le reste de la flotte jusque sur les côtes de Phénicie. Après cette victoire , il fit une descente en Cilicie, attaqua Mégabyze, le défit, et lui tua beaucoup de monde. Il retourna ensuite en Cypre.

Artaxerxès, fatigué d'une guerredans laquelle il avait éprouvé de si grandes pertes, résolut, de l'avis de son conseil, défaire la paix avec les Grecs. Il écrivit dans ce sens aux généraux et aux satrapes qu'il avait en Cypre. Aussitôt Artabaze et Mégabyze envoyèrent à Athènes des ambassadeurs chargés de faire des

{>ropositions de paix. On conclut entre es Aihéniens et leurs alliés d'une part, et les Perses de l'autre, un traité dont les principaux articles furent :

I. Que toutes les villes grecques de l'Asie seraient déclarées libres , et se gouverneraient par leurs propres lois.

II. Que les satrapes du roi de Perse ne s'avanceraient point dans la mer à

f>lus de trois journées de distance de a côte de la province où ils commandaient.

III. Qu'on ne verrait jamais aucun de leurs vaisseaux de haut bord entre Phasélis et les îles Cyanées.

IV. Que , ces conditions étant observées par le roi de Perse et par ses satrapes, les Athéniens s'engageaient à ne pas entrer en armes sur les terres de la domination d'Artaxerxès.

ISA RUS LIVRK A AMISTRIS , COSTRE LA FOI fi t>ES TRAITÉS. RÉVOI.TR DR MEGABYZE. SA MORT.

*- Artaxerxès, après avoir résisté pendant cinq ans aux sollicitations et aux importunités continuelles de sa mère A me st ri s , qui lui demandait Inarus et les Athéniens qui avaient été pris avec lui en Egypte , pour venger sur eux la mort de son fils Achaeménès tué pendant la guerre , lui accorda enfin sa demande ( an du monde 3556;

avant J. C. 448). Amestris, sans aucun égard pour la parole donnée par Mégabyze , lit crucifier Inarus, et trancher la tête à tous les autres prisonniers. Mégabyze, désespéré de l'affront que lui faisait cette princesse, quitta la cour, et se retira dans son gouvernement de Syrie, où il leva une armée et se révolta contre le roi. Ousiris, un des plus grands seigneurs de la cour d'Artaxerxès, fut envoyé contre lui à la tête de deux cent mille hommes. Mégabyze livra bataille à ce général , le blessa , le fit prisonnier, et mit son armée en fuite. Artaxerxès l'avant fait redemander, Mégabyze le luf renvoya généreusement, dès qu'il fut guéri "de ses blessures.

I/année suivante (an du monde 3558; avant J. C. 446), Artaxerxès envoya contre Mégabyze une armée dont il confia ie commandement à Ménostane, fils d'Artarius son frère, et gouverneur de Babylone. Ce général , aussi malheureux qu'Ousiris, fut battu et mis en fuite. Artaxerxès, voyant qu'il ne pouvait rien par la force, chargea son frère Artanus et sa sœur Amytis, qui était femme de Mégabyze, d'aller trouver celui-ci pour l'engager à rentrer dans le devoir. Cette négociation réussit, et Artaxerxès pardonna à Mégabyze, qui retourna à la cour.

Un jour qu'ils étaient tous les deux à la chasse , un lion , s'étant levé sur ses jambes de derrière, allait se jeter sur le roi ; Mégabyze , effrayé du danger que courait son souverain, lança un dard qui tua le lion. Artaxerxès 'montra dans cette circonstance le profond ressentiment qu'il avait conservé contre Mégabyze. En effet , sous prétexte que celui-ci lui avait manqué de respect en frappant le lion le premier, il ordonna qu'on lui tranchât la tête; et sa sœur Amytis, avec sa mère Amestris, eurent bien de la peine à obtenir que cette sentence fût adoucie et changée en un exil perpétuel. Mégabyze fut •envoyé à Cyrta (*), sur la mer Rouge, et

(*) Voyez Clésias, Persiques, chap. 40.

Les anciens géographes ne parlent oas de cette ville.

tfû

L'UNIVERS

condamné à y finir ses jours. Au bout de cinq ans, il se sauva déguisé en lépreux , et retourna chez lui à Suse , ou , par le moyen de sa femme et de sa belle -mère, il rentra encore en grâce, et conserva jusqu'à sa mort, qui arriva quelques années après, dans la soixante et seizième année de son âge , la faveur dont il jouissait auprès d'Artaxerxès. Il fut extrêmement regretté du roi et de la cour; car il était tout à la fois habile négociateur et bon général. Artaxerxès lui devait la couronne et la vie, comme nous allons l'expliquer en peu de mots. Mégabyze, fils de Zopyre, avait été un des généraux de xerxès, Qui lui avait donné en mariage sa fille Amytis. Cette princesse ayant tenu une conduite reprehensible , Mégabyze s'éloigna d'elle et de toute la Emilie royale, qui excusait ses désordres. Artaban ,* meurtrier de Xerxès» voyant le mécontentement de Mégabyze, crut pouvoir lui confier sans crainte le plan du complot qu'il avait formé contre Artaxerxès. Mégabyze , tout irrité qu'il était , eut horreur de cette trahtson , qu'il découvrit à Artaxerxès, en lui. indiquant les moyens d'échapper au danger qui le menaçait. Apres la mort d Artaban, • il commanda les troupes du roi contre les partisans de ce traître , qui furent exterminés par sa prudence et par son courage. Il reçut même alors une blessure dangereuse , dont il eut beaucoup de peine à guérir.

IRTAJLERXÙ KHTOII A, JERUSALEM EfttHUS, PUIS HBHÉMIJLS.

U est nécessaire d'interrompre notre narration , et de retourner en arrière pour suivre les rapports des Juifs avec les Perses , pendant les premières années d'Artaxerxès.

La septième année du règne de ce prince (an du inonde 3537 ; avant J. G. 467) , Esdras obtint de lui et de ses sept conseillers la permission de retourner à Jérusalem, avec tous les Israélites qui voudraient le suivre, pour rétablir l'État et la religion des Juifs suivant les préceptes de Moïse. Esdras ,

très -versé dans la connaissance des saintes Écritures, était qualifié de scribe de la lot du Dieu des deux dans la commission que lui donna Artaxerxès. Il partit de Babylone, et s'arrêta sur les bords du fleuve d'Ahava (*} , pour attendre les Israélites qui devaient retourner avec lui à Jérusalem. Il célébra dans ce lieu un jeûne solennel, pour attirer sur lui et sur ses compagnons la bénédiction du Dieu d'Israël. Il se remit en route le 12 du mois de nisan , et arriva heureusement à la ville sainte. Aussitôt Esdras remit aux sacrificateurs les présents et les offrandes qu' Artaxerxès , ceux de sa cour, et les enfants d'Israël qui étaient restés à Babylone, lui avaient remis pour le temple de Jérusalem.

Ces présents consistaient en cent talents d'or, avec vingt bassins d'or, de la valeur de mille dariques , et en six cent cinquante talents d'argent, outre cent talents en vases d'argent. Après cela, ayant notifié sa commission à tous les officiers qui gouvernaient au nom d'Artaxerxès dans la Syrie et dans la Palestine , il s'occupa d'en exécuter le contenu. Cette commission l'autorisait à établir des magistrats et des juges pour punir les criminels, par l'emprisonnement , par la confiscation des biens, par l'exil, et même par la mort , suivant qu'ils seraient plus ou moins coupables. Esdras exerça Te pouvoir pendant treize ans.

Nénémias fut envoyé par la cour de Perse avec une nouvelle commission pour le remplacer. Il arriva à Jérusalem la 20e année du règne d'Artaxerxès (an du monde 3550; avant J. C. 454).

Il était Juif, et ses ancêtres avaient été citoyens de Jérusalem : car il a soin de nous indiquer (**) que dans cette ville se trouvaient les sépulcres de ses pères. Néhémiàs exerçait auprès

(*) Dom Calmet pense que le fleuve d'Ahava coulait dans l'Adiabèneoù Ton connaît le fleuve Diava ou Ad'tava aur lequel Ptolémée place la ville d'Abane ou Aavane. Voyez Dictionnaire de la Bible au mot J/tava.

(**) U Esdras, chapitre iz, v. 3,

PKESE.

lit

du roi Artaxerxès remploi d'échaason toujours fort recherché à la cour de Perse , parce qu'il donnait le moyen d'approcher souvent de la personne du prince , et de lui parler dans les moments où le vin le mettait de bonne humeur. Il paraît même que ce fut dans une de ces occasions que Néhémias demanda et obtint le gouvernement de la Judée. Quelques Juifs, arrivés de Jérusalem , lui avaient appris le triste état de la ville sainte. Les murailles étaient délabrées; les portes avaient encore les marques que le feu des Babyloniens y avait laissées; les habitants qui s'y étaient retirés se voyaient exposés à toutes les insultes de leurs ennemis. Néhémias résolut déporter remède à de si grands maux. Un jour où il s'acquittait des fonctions de sa charge auprès d'Artaxerxès, ce prince ayant remarqué [u'il était triste , lui demanda la cause le son chagrin. Néhémias avoua que l'affliction du peuple juif et l'état de désolation où se trouvait la ville sainte étaient la cause de sa douleur. U supplia en même temps Artaxerxès de l'envoyer à Jérusalem pour essayer de remédier au mal. Aussitôt on publia un édit du roi , portant ordre de rebâtir les murailles et les portes de Jérusalem , et chargeant Néhémias , gouverneur de la Judée , de l'exécution de cette mesure. Pour honorer son écbanson et empêcher qu'il ne fût inquiété sur la route , le roi lui donna une escorte de cavalerie qui le conduisit depuis Suse jusqu'à Jérusalem. Ce prince écrivît aussi au gouverneur des provinces en décade FEuphrate, et donna ordre à Asaph , garde des forêts royales , de fournir à Néhémias tout le bois nécessaire pour les constructions qu'il allait entreprendre. Malgré des ordres si précis , les Ammonites , les Samaritains, les Arabes, ceux d'Azot, et quelques autres nations voisines , firent tous leurs efforts pour traverser les projets de Néhémias. Ces peuples, qui baissaient naturellement les Juifs, à cause de la différence de religion et de coutumes qui existait entre les uns et les autres , les détestaient surtout parce

u'Ufl allaient être eètttés de lent retire les terres dont ils s'étaient emparés depuis la captivité de Babvloae. Néhémias, sans se laisser abattre par aucune difficulté, partagea le peuple en différentes classes, assignant a chacun* le quartier où elle devait travailler à la construction des murailles. Il dirigea cet ouvrage avec tant de soin et de diligence que tout se trouva achevé en cinquante-deux jours, quoiqu'il fût obligé de tenir continuellement soijs les armes une partie du peuple pour défendre les travailleurs contre les attaques du dehors. Les murailles et les portes de la ville ayant été achevées , on en célébra la dédicace avec beaucoup de solennité. Après avoir exécuté plusieurs réformes importantes, Néhémias retourna à la cour de Perse. Au bout de douze ans, il fit encore un voyage à Jérusalem , et porta cette ville à un assez haut degré de splendeur.

LES ATHfiHIEHS IT LES UkCEDBMOiriIR* «H* YOIEHT H%S AMBASSADEURS A ARTAX.E&XES.

La trente-quatrième année du règne d' Artaxerxès (an du monde 8573 ; avant J. C. 431) commença la guerre appelée du Péloponnèse , entre Tes Athéniens et les Lacédémoniens. Chacun des deux partis envoya des ambassadeurs à Artaxerxès pour lui demander du secours.

Nous ne savons pas si ce prince répondit d'abord aux messages des Grecs; mais, la septième année de la guerre , il envoya aux Lacédémoniens un ambassadeur, appelé Artapherne, chargé d'une lettre écrite en assyrien , dans laquelle il disait avoir reçu de leur part plusieurs ambassadeurs qui lui avaient raconté les mêmes faits d'une manière si différente qu'il ne pouvait pas savoir ce qu'on voulait de lui. Il ajoutait que, d'après cela , il leur envoyait un Perse pour leur dire que, s'ils avaient des propositions à lui faire, il les engageait à envoyer vers lui un homme de confiance, qui pût l'informer de ce qu'ils demandaient. Cet ambassadeur arrivait à Eïone sur le Strymon , dans la Thrace , lorsqu'il fut fait prisonnier par un commandant de

L'UNIVERS

la flotte athénienne, qui l'envoya à Athènes. Il fut traité dans cette ville avec tous les égards possibles ; et les Athéniens équipèrent une trirème pour le conduire a Éphèse, avec quelquesuns de leurs concitoyens qu'ils envoyaient à Suse en qualité d ambassadeurs. Mais, à leur arrivée à Éphèse, ayant appris la mort d'Artaxerxès , ils jugèrent à propos de ne pas aller plus loin. Ayant donc pris congé d'Artapherne, ils retournèrent à Athènes (*).

Nous ne terminerons pas l'histoire du règne d'Artaxerxès sans rapporter on trait qui fait le plus grand honneur à ce prince. Une peste, qui s'étendit successif ement sur une grande partie de la terre, faisait des ravages en Perse (an du monde 3574 ; avant J. C. 430). Dès le commencement de l'épidémie , Artaxerxès, qui avait entendu parler de la grande réputation d'Hippocrate, pousse par un sentiment d'amour pour ses sujets, lui flt écrire pour l'engager à passer en Perse et à traiter les personnes attaquées de cette maladie. Il lui faisait les offres les plus avantageuses , ne mettant pas de bornes aux récompenses dont il prétendait le combler, et promettant de le rendre l'égal des personnages les plus considérables de sa cour. Mais l'éclat de Por et des dignités ne fut point capable de tenter Hippocrate, ni d'étouffer dans son cœur le sentiment d'aversion et de haine que tous les Grecs, et principalement ceux d'Asie , éprouvaient pour les Perses.

La réponse d'Hippocrate fut qu'il n'avait ni besoins, m désirs; qu'il devait tous ses soins à ses concitoyens et à ses compatriotes , et rien aux Perses , ennemis déclarés des Grecs. Cette réponse était blessante; Artaxerxès, outré de dépit , envoya sommer la ville de Cos, patrie d'Hippocrate, de lui livrer ce médecin pour le punir comme il l'avait mérité; menaçant , en cas de désobéissance , ae détruire la ville de Cos, de manière à n'en pas laisser même de vestiges. Ceux de Cos ne

(*) Thucydide, livre iy, chapitre 5o; tome II, pages *5ç et 960 de la traduction de M. Uidot

furent point intimidés. Ils répondirent que les menaces de Darius etdeXerxès n'avaient pu les porter autrefois à donner à ces princes la terre et l'eau, ni à suivre leurs ordres ; que , quoi qu'il pût leur arriver, ils ne livreraient point leur concitoyen , et qu'ils comptaient sur la protection des dieux.

Artaxerxès mourut après avoir régné quarante ans (*).

HSGRK DE XK^XES U.

Artaxerxès laissa le trône (an du monde 3579 ; avant .T. C. 425) à Xerxès, second du nom , le seul 01s qu'il eût eu de la reine Damaspie, sa femme.

Il avait eu dix-sept enfants de ses concubines ; entre autres , Sogdien, que Ctésias appelle Sécydien et -5ecy«- «&>»(**), et que lui avait donné Alogune de Babylone (***) ; Ochus et Arsitès. Ce dernier avait pour mère Cosmartidène , qui était aussi de Babylone. Outre ces trois fils , il eut encore Bagapaeus et Parysatis, d'une Babylonienne nommée Andrxa. Sogdien, <îe concert avec Pharnacyas, un des eunuques de XerxèsII, s'introduisit un jour chez ce prince , qui , après s'être enivré dans une fête, s'était retiré dans son appartement pour dormir. Sogdien le surprit et le tua pendant son sommeil, quarante-cinq jours seulement après la mort d'Artaxerxès.

RÈGKK Dl SOGDIEN.

Sogdien monta sur le trône aussitôt après avoir commis ce meurtre (an du monde 3580; avant J. C. 424).

Son premier acte d'autorité fut de

(*) Diodore de Sicile, liv. ut t chap. 6g, et livre xir, chap. 64. Le canon de Ptolémée, Eusèbe et le Synrelle portent quarante et un ans; sans (Joule, dit Larclier (Histoire d'Hérodote, t. VI, p. 296), parce que ce prince régna quarante ans et quelques mois. On lit quarante-deux ans dans Ctésias (Pcrsiques, cli. 43).

(**) Voyez Photii BibCiotheca ex recens. Bekkeri, p. 4», col. r.

(*•*) Ctésias, Persiqttes, ch. 44.

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PERSE

mettre à mort Bagoraze , le plus fidèle des eunuques d'Artaxerxès, contre lequel il nourrissait depuis longtemps une haine profonde. Bagoraze, ayant été chargé de faire transporter dans la

firovince de Perse, et d'y déposer dans e tombeau des rois le corps d'Artaxerxès et celui de la reine son épouse, morte le même jour que lui , était revenu à la cour sans sa permission.

Sogdien lui reprocha d'avoir quitté le corps de son père, et, sous ce prétexte, il le fit lapider. Les troupes furent très-af fligées de la mort de Bagoraze ; et , quoique Sogdien leur eût fait distribuer des sommes considérables , ce crime et l'assassinat de son frère Xerxès le leur rendirent odieux. Sogdien, qui voyait la haine qu'on lui portait , était loin de se croire bien assuré sur le trône; il soupçonnait ses frères de vouloir attenter a ses jours. 11 redoutait surtout Ochus, qu'Àrtaxerxès avait nommé satrape d'Hyrcanie. Sogdien manda ce prince, qui promit de se rendre incessamment à fa cour : mais ayant pénétré le dessein de son frère, il ne se pressa pas d'obéir. Enfin il arriva, mais ce fut à la tête d'une armée nombreuse, avec laquelle il avait l'intention de se frayer un chemin au trône. Bientôt Arbarius, général de la cavalerie, Arxànès, satrape d'Egypte, et un grand seigneur appelé Artoxarès, irrités de la cruauté de Sogdien , passèrent dans le parti d'Ochus. Ils ne furent pas plutôt arrivés auprès de ce prince qu'ils lui mirent la tiare royale sur la tête (*). Ochus tâcha d'attirer Sogdien auprès de lui , et il employa pour atteindre ce but toute sorte d'artifices, et même les serments. Les meilleurs amis de Sogdien faisaient tous leurs efforts pour l'empêcher d'ajouter foi aux ser-

■• (*) Celte tiare droite et haute, qu'on appelait cidarc, on ci tare était particulièrement affectée aux rois de Perse. La partie supérieure avait la forme d'uue tour; sur le derrière de la cidare pendaient deux bandelettes. Vers le milieu était une bande blanche ornée de petites étoiles. Voyez Rrisson, De reg-h Persarum principatu, liv. i , cliap. 5o-53;liv. h, ch. 184.

ments d'Ochus, et de traiter avec des gens qui ne cherchaient qu'à le tromper. Malgré de si sages a ris , Sogdien , qui paraît avoir été aussi pusillanime que cruel , se laissa persuader.

Dès qu'il fut entre les mains d'Ochus , celui-ci le fit arrêter et jeter dans la cendre, où il périt (*), après un règne de six mois et quinze jours (**).

REGira DE DARIUS ICOTH17S.

Ochus, dès qu'il fut devenu roi (an du monde 3581; avant J. C. 423), se fit appeler Darivs. Les historiens grecç, pour le distinguer des antres

(>rinces du même nom, lut donnent 'épithète de Nothvs, qui veut dire 6<ttard. Son règne dura dix-neuf ans.

Àrsitès, frère d'Ochus de père et de mère, se révolta contre lui avec Artyphius , fils de Mégabyze. Ochus , que nous ne nommerons plus désormais que Darius 9 envoya contre les rebelles un de ses généraus , nommé Artasyras.

Artyphius fut d'abord vainqueur dans deux batailles, grâce aux troupes grecques qu'il avait à sa solde ; mais Artasyras ayant débauché ces mercenaires , défit Artyphius dans une troisième affaire. Artyphius, abandonné par tout son mondé, et voyant qu'Arsitès n'arrivait pas à son secours, se rendit à Artasyras, après toutefois que celui-ci lui eut promis avec serment qu'on ne le punirait pas pour s'être révolté. Darius voulait le faire

Sérir. Mais Parysatts, sœur et femme e ce prince, lui conseilla de patience Voici en quoi consistait cet horrihle supplice. On emplissait de cendres une chambre ou une tour dans laquelle on jetait le condamné, qui enfonçait toujours dans cette cendre jusqu'à re qu'il fût étouffé. Yoycs Valère Maxime, liv. ix, ch. 9.

(**) Diodore de Sicile, liv. xii, ch. 71 , lui donne sept mois de règne , ainsi qu'Èusèbe (liv. i*r des Chroniques) : le Canon astronomique des rois de ftabylone ne présente ni le nom de Xerxès II ni celui de Sogdien; probablement , dit Larçher (Histoire d'Hérodote, t. TT, p. 3or), parce que ces deux princes ne régnèrent en tout que huit mois.

L'UNIVERS

ter. Ella lui représenta que l'indue gence dont il userait à l'égard d'Artyphius serait une amorce pour Arsitès, qui , trompé par cet appât , ne tarderait pas à se rendre lui-même.; et que, lorsqu'il les aurait tous les deux en sa puissance, il faudrait alors les faire mourir. Tout arriva comme Parysatis l'avait prévu. A peine fut-on maître d'Arsites , qu'on le jeta dans la cendre avec Artypkius : le roi désirait lui faire grâce, et ce ne fut pas sans beaucoup de peine qu'il consentit à sa mort.

Parysatis l y détermina par ses prières et ses vives importunités.

On fit encore d'autres exécutions; Pharnacyas, oui avait tué Xerxès de concert avec Sogdien, fut lapidé. Ménostane , qui avait aussi pris part à ce meurtre, et qui plus tard engagea Sogdien dont il était le favori à ne point se rendre à Darius, fut également arrêté.

Mais il se tua lui-même, et prévint par sa* mort le supplice qu'on lui destinait.

Plusieurs années après (an du monde 3590; avant J. C, 414), Pisouthnès, satrape de Lydie, voulut se déclarer souverain de sa province." Il espérait réussir au moyen d'un corps de troupes grecques commandées par Lycon d'Athènes , et qu'il avait prises à sa solde. Darius envoya contre ce rebelle Tissapberne, qui avait pour lieutenants Spithradate et Parmisès , et lui promit de le faire satrape de Lydie, s'il parvenait à chasser Pisouthnès de cette province. Tissapherne, qui était un nomme plein de ruse et qui ne reculait devant aucun moyçn, gagna Lycon et les Grecs qui étaient sous ses ordres , et parvint , avec de crosses sommes, à les détacher entièrement du parti de Pisouthnès. Celui-ci, abandonné par les troupes sur lesquelles il fondait toutes ses espérances de succès, traita avec Tissapherne, qui , après lui avoir engagé sa foi , l'envoya à Darius qui le fit étouffer dans les cendres. Lycon eut , pour prix de sa trahison , quelques villes avec leur territoire.

La mort de Pisouthnès n'apaisa pas tous les troubles que sa révolte avait excités. Amorgès, son fils, se souleva

dans la Carie, et se maintint encore contre Tissapherne, jusqu'à ce qu'enfin il fut pris par des Péloponncsiens à Iasos, ville d'Ionie, et livré par eux à Tissapherne qui l'envoya /m supplice.

Peu de temps après, il y eut dans le palais une conspiration contre Darius. Trois eunuques, Artoxarès, Artibarzanès et Atnoûs, s'étaient emparés de presque toute l'autorité à lai cour de ce prince. Après la reine Parysatis , c'étaient eux qui avaient le plus de crédit sur l'esprit du roi , et leur volonté réglait la marche de toutes les affaires. Artoxarès, enivré de la faveur du roi , se mit en tête de monter sur le trône , et forma le dessein d'assassiner son maître. La conspiration ayant été découverte, il fut remis entre les mains de Parysatis qui le fit mourir (*).

L'année du soulèvement de Pisouthnès ( an du monde 3590 ; avant Jésus- Christ 414), les Égyptiens se révoltèrent.Lasdeladominâtion des Perses, ils accoururent de toutes parts vers Amyrtée , qui s'était maintenu dans les Marais depuis que la révolte d'Inarus avait été étouffée (**). Les Perses furent chassés, et Amyrtée déclaré roi d'Egypte. Après s'être bien affermi sur le trône, Amyrtée se disposait à envoyer une expédition en Phénicie. Darius , ayant été informé de ce projet, rappela une flotte qu'il devait mettre à la disposition des Lacédémoniens, pour l'employer à garder ses propres États.

Pendant que Darius faisait la guerre en Egypte et en Arabie , les M èdes se soulevèrent, mais ils furent bientôt défaits et remis sous le joug. Jusque-là ils avaient été traités en alliés, leur révolte changea beaucoup cette position.

On pourrait croire que Darius obtint aussi quelques succès contre les Égyptiens, ear Hérodote remarque (***) que ce ait par la faveur de» Perses quePausiris, fils d'Amyrtée,put

(*) Ctésias, chap. 49 <* 53.

(**) Voyez ci-devant page 146 et suivantes.

(***) Livre m, chap* i5.

PERSE

succéder a son père. Il fallait donc que les Perses eussent recouvré une partie de leur autorité sur r Egypte.

Quand Tissapherne eut réduit Pisouthnès , Darius le nom tu a , conformément à sa promesse, satrape de Lydie et d'Ionie, et donna à Pharnabaze le gouvernement des pays de l'Asie Mineure situés sur l'Hellespont.

Ces deux satrapes , très-habiles politi-

Sues, mirent à proflt les divisions des rrecs, dans l'intérêt de leur maître commun. Il y avait déjà vingt ans que la guerre du Péloponnèse épuisait Athènes et Lacédémone. La politique de Tissapherne et de Pharnabaze consistait à secourir tantôt Tune et tantôt l'autre de ces viHes, afin de balancer si bien les forces des partis, que la victoire ne restât à aucun , et que les deux républiques rivales ne se trouvassent ni Tune ni l'autre en état de rien entreprendre contre la Perse. Comme les Athéniens paraissaient alors les plus puissants, et qu'ils venaient tout récemment de donner à Darius un grave sujet de mécontentement, en prêtant à Pisouthnès un général et des soldats, Tissapherne et Pharnabaze traitèrent avec les Lacédémoniens et entrèrent dans une liçue contre Athènes. Les bases du traité avaient été posées dès Tannée précédente; mais ce ne fut qu'alors (an du monde 3592; avant Jésus-Christ 412 ) que les deux satrapes les arrêtèrent définitivement. Le traité était ainsi conçu : « Les Lacé- « démoniens et leurs alliés ont couclu « une alliance avec le roi et avec Tis- « sapherne, aux conditions suivantes :

« Tout le pays et les villes qui appar- » tiennent au roi et qui appartenaient « à ses ancêtres, seront à lui. Le roi, « les Lacédémoniens et leurs alliés em- « pécheront en commun les Athéniens « de recevoir désormais rien de ce qui « leur revenait de ces villes , soit en «argent, soit en toute autre chose. « Le roi , les Lacédémoniens et leurs « alliés feront en commun la guerre « aux Athéniens ; il ne sera permis ni « au roi , ni aux Lacédémoniens , ni « aux alliés de faire la paix avec les « Athéniens sans l'aveu des deux par-

« ties contractantes, du roi d'un côté, « et des Lacédémoniens et île leurs « ajliés de f autre. Si des sujets du roi « se révoltent contre lui , ils seront « ennemis des Lacédémoniens et deé * alliés. Si des sujets 4e Lacédémone « et de ses alliés se révoltent contre « eux , ils seront également ennemis « du roi (*). » Plus tard ce traité fut modifié; les Lacédémoniens trouvaient surtout que ces expressions vagues, tout le pays et les villes qui appar* tiennent au roi et qui appartenaient à ses ancêtres, pouvaient désigner les tles de la mer Egée et le pays que Xerxès avait conquis en deçà de TrJellespont. Ils les remplacèrent par celles-ci : Tout le pays du roi qui fait parité de VAsle restera sous sa domination ; relativement à ce pays , le roi avisera comme il le jugera bon{**). »

Cependant, malgré ce traité, Tissapherne et Pharnabaze assistèrent les Athéniens d'une manière détournée et dans certaines limites. C'est ainsi que ces deux satrapes usaient systématiquement les unes contre les autres les forces d'Athènes et de Sparte, lorsque Darius donna à Cyrus , le plus jeune de ses (ils ( an du monde 3597 ; avant Jésus-Christ 407 ) , le gouvernement général de toutes les provinces de l'Asie Mineure. Ce prince était encore fort jeune , car il était né depuis l'avénement de son père à la couronne, et ne pouvait par conséquent avoir plus de seize ans. Mais Parysatis, sa mère, avait pour lui une vive affection., et elle était toute-puissante sur l'esprit du roi son époux. Ce fut elle qui fit donner à Cyrus ce beau gouver- , nement, dans la vue, sans doute, de le mettre en état de disputer la couronne à son frère aîné Artaxerxès , si elle ne pouvait pas réussir à le faire succéder à Darius. Une des principales instructions que donna ce prince à

(*) Thucydide, livre vin, chapitre 18 \ tome IV, page 189 de la traduction de M. Arabroise Firmin Diciot que je cite textuellement.

(•*) Thucydide, livre vcn, chapitre 58 ; tome IV, page »53 de la traduction de M. Didot

L'UNIVERS

Cyrus , en renvoyant dans l'Asie Mineure, fut d'accorder des secours effectifs aux Lacédémoniens contre les Athéniens : ordre bien opposé à la conduite prudente qu'avaient tenue jusquelà Tissapherne et les autres satrapes des provinces maritimes de l'Asie Mineure. Leurs règles de conduite avaient été, comme nous l'avons déjà dit, d'aider tantôt un parti, tantôt l'autre, pour les affaiblir et leur ôter les moyens de nuire au roi de Perse. Avec les secours

Îue Cyrus leur avait accordés, les «acédemoniens accablèrent les Athéniens, et dans la suite ils tournèrent leurs armes contre les Perses et Grent des invasions dans les provinces de l'empire. La vingt-sixième année de la guerre du Péloponnèse ( an du monde 3599 ; avant Jésus-Christ 405 ) . le jeune Cyrus fit exécuter à Sardes deux seigneurs perses, ses cousins germains, et dont la mère était sœur de Darius, uniquement parce qu'ils avaient manqué au cérémonial en usage pour les rois de Perse, en ne se couvrant pas les mains de leurs manches pendant qu'ils se tenaient devant lui. Les parents de ces deux seigneurs allèrent se jeter aux pieds de Darius pour lui demander justice. Ce prince, touché de la mort de ses deux neveux , et regardant d'ailleurs l'action cruelle de son fils comme un attentat à la majesté royale , dont il avait voulu sans raison s'arroger les prérogatives, prit la résolution de lui ôter son gouvernement, et le lit appeler à sa cour : Cyrus y arriva peu de temps avant la mort de ce prince. Parysatis sa mère, qui avait une grande prédilection pour lui, avant réussi à le taire rentrer dans les bonnes grâces de Darius, pressait encore le vieux roi de le déclarer successeur de la couronne, à l'exemple de Darius, fils d'Hystaspe , qui avait préféré Xerxès à Artabazane, parce que, comme Cyrus , il était né depuis l'avénement de son père à la couronne :

mais Darius ne voulut jamais consentir à cette demande : il désigna pour régner après lui Arsace (*), son (ils aîné,

(*) Cté<ias, Persiques, chap. 49, l'appelle

qu'il avait eu aussi de Parysatis, et ne laissa à Cyrus que le gouvernement qu'il avait déjà. Telle fut la dernière action importante de la vie de Darius.

Ce prince mourut à Babylone (*) (an du monde 3600; avant J. G. 404), après un règne de dix-neuf ans.

BItTOIRK d'aRTAXERXKS MVCMOIT.

Arsace, en montant sur le trône,

Suitta son nom pour prendre celui 'Artaxerxès. Les historiens grecs lui ont donné le surnom de Mnémon à cause de sa prodigieuse mémoire.

ftACfcE d'aRTAXMXÈ»; COSSKRàTIO* Dt "~ CTEUS CONTRE CE PRUTCE.

f Peu de jours après la mort de Darius, Artaxerxès se rendit à Pasargade pour se faire sacrer roi par les prêtres de Perse. Il y avait dans cette ville un temple ou le prince qui devait être sacré , était obligé de quitter sa robe et de prendre celle que Cyrus portait avant d'être roi. Il mangeait ensuite des figues sèches, mâchait des feuilles de térébinthe et buvait d'un breuvage composé de vinaigre et de lait.

Artaxerxès était sur le point de faire cette cérémonie, lorsque Tissapherne v lui amena un des prêtres qui avaient présidé à l'éducation de Cyrus, et qui vint accuser ce prince d'avoir conspiré contre Artaxerxès et de vouloir le tuer dans le temple. Sur cette accusation , Cyrus fut arrêté, et on allait le mettre à mort, lorsque sa mère le prenant entre ses bras, l'entoura avec les tresses de ses cheveux , et couvrant son cou du sien, obtint par ses prières et par ses larmes qu' Artaxerxès lui fît grâce , et le renvoyât dans son gouvernement^*).

Arsacas, et cli. 53 Arsace, Plutarqtie, Vie d'Àrlaxerxès Mnémon, ch. 1, lui donne le nom d'Arsicas.

(*) Ctcsias, Persiques, cli. 56.

(**) Xénophon, Expédition dit Cyrus dans l'Asie Supérieure y liv. i, ch. s; PI ul arque, Vie d'Àrtaxerxè», chapitres a et 3,

PERSE

DESORDRES mîlimS DAffl IA FAMILLE KOYALE ; MIORTRI DE TERITOUCHMES ET DE EOXAKE.

A peine Statira, épouse d* Artaxerxès, vit-elle ce prince sur le trône, qu'elle employa tout l'empire qu'elle avait sur lui pour venger la mort de son frère Téritouchmès. Mais il est nécessaire de prendre le$ choses de plus haut pour faire bien comprendre ce drame horrible.

Le père de Statira était Idernès, Perse d'une grande naissance , et gouverneur d'une des provinces de rempire. Artaxerxès, par Tordre de son père et de sa mère, épousa la tille d'Idernès, qui était aussi sage que belle (*). Téritouchmès, frère de Statira, épousa en même temps Amestris, fille de Darius et sœur d' Artaxerxès. Cette alliance valut à Téritouchmès le gouvernement d'Idernès , lorsque celui-ci fut mort. Téritouchmès avait du côté de son père une autre sœur appelée Roxane, non moins belle que Statira, et qui excellait dans l'art de tirer de l'arc et de lancer le javelot. Son frère conçut une passion pour elle, et pour la posséder en toute liberté , il résolut de se défaire d'Amestris. Da« rius avant eu vent de ce qui se tramait contré sa fille, engagea Oudiastès, ami et confident de Téritouchmès , à tuer celui-ci. Oudiastès ayant assassiné Téritouchmès, hérita de son gouvernement.

Parmi les éeuyers de Téritouchmès, il y avait un fils d Oudiastès , appelé Mitradate Ce jeune homme, très-dévoué à son maître, eut horreur de l'action d'Oudiastès, et quoique celui-ci fût son père, il vomit contre lui toutes les imprécations que lui suggéra sa rage, et finit par se révolter ouvertement en s'emparant de la ville de Zaris (**), et la garda pour la remettre au fils de Téritouchmès. Mitradate ne put

{>as tenir longtemps contre Darius, et a révolte qu'il avait excitée fut bientôt

(*) Plutarque, Vie d' Artaxerxès, chap. r. (**) Aucun ancien géographe ne fait mentiou de cette villa.

comprimée. Parysatis, pour se venger, fit enterrer tout vifs la mère de Téritouchmès, ses deux frères Méirostès et Hélicos , et deux sœurs qu'il avait outre Statira. Quant à Roxane , elle la fit couper par morceaux. Darius, de son côté , insistait pour qu'on mît à mort Statira ; mais Artaxerxès s'étant jeté aux pieds de sa mère, dont la soif de vengeance était apaisée , obtint avec peine, à force de prières et de larmes, que Darius n'ôtat pas la vie à Statira. Darius accorda à Parysatis sa demande , mais il la prévint en même temps qu'elle se repentirait un jour d'avoir intercédé pour cette princesse.

Les choses en étaient à ce point, lorsque Darius vint à mourir. Artaxerxès étant devenu roi, fit, à l'instigation de Statira, arracher la langue à Oudiastès, qui périt ensuite dans les tourments les plus cruels. Son gouvernement fut donné à Mitradate , son fils , pour le récompenser du dévouement qu'il avait montré à la famille et à la cause de Téritouchmès.

CTRUS SE RÉVOLTE CONTRE ART AXER lÙ.

Parysatis ayant empêché Artaxerxès de sévir contre Cyrus , comme nous l'avons dit plus haut, ce prince se retira à Sardes, capitale de son gouvernement. Moips reconnaissant au pardon qu'il avait obtenu que blessé de l'affront qu'il venait de recevoir , et d'ailleurs plein d'audnee et d'ambition , il prit toutes, les mesures nécessaires pour assurer sa vengeance, et aspira plus que jamais à monter sur le trône.

Les esprits inquiets et remuants pensaient que l'état des affaires réclamait un prince comme Cyrus, magni figue , généreux et propre à la guerre. I/em- pire, disaient ces hommes, avait besoin d'un prince qui eût du courage et de l'ambition. Cyrus, plein de confiance dans ses nombreux partisans , résolut de 'déclarer la guerre à son frère. 11 écrivit aux Lacédémoniens pour leur demander un secours de troupes, promettant des chevaux à ceux qui allaient à pied , des chars aux cavaliers , des villages à ceux qui pos-

158 I/TJNÏVEKS.

Cédaient des terres, et des villes à ceux qui avaient des villages. Il ajouta que lés soldats qui serviraient dans son armée recevraient leur solde, non par compte, mais par mesure. Il se varitait d'avoir le cœur plus grand que son frère, d'être plus sage et plus savant que lui , de boire plus de vin et de le porter mieux. Artaxerxès, disait-il, est si délicat et si mou , qu'à la chasse il ne peut se tenir à cheval, ni à la guerre sur un char (*).

Cyrus recherchait l'amitié de toutes les personnes qui allaient le trouver de (a part d' Artaxerxès, et les renvoyait mieux disposées envers lui qu'envers son frère. Il prenait aussi grand soin de s'attacher les peuples qui dépendaient de lui et d'en faire de bons soldats. Il levait en même temps des troupes grecques , le plus secrètement qu'il lui était possible, afin que son frère ne fût nullement préparé à le recevoir. Lorsqu'on recrutait ces troupes, il ordonnait aux officiers d'enrôler surtout desPéloponnésiens, et parmi ceux-ci les hommes les plus braves, sous prétexte que Tissapherne voulait l'attaquer. Les villes ioniennes appartenaient d'abord au gouvernement de ce satrape , et lui avaient été données par le roi ; elles s'étaient alors révoltées, et toutes , excepté Milet, s'étaient remises entre les mains de Cyrus. Les habitants de cette ville avaient eu le même dessein; mais Tissapherne en ayant été informé avant l'exécution , fit mourir quelques-uns de ceux qui y avaient trempé , et bannit les autres.

Cyrus les accueillit; et après avoir assemblé un* armée, il forma le siège de cette ville par terre et par mer, et tâcha d'y faire rentrer les bannis. Ce fut un autre prétexte pour lever des troupes.

DKXVOlItftEftEïfT DES TROUPES DE CYRUS.

TISSAFBKAIffi INSTRUIT ARTAXERXÈS DES GRAWDS PRÉPARATIFS DE SON PRERE ; CYRUS PART DE SARDES.

Quand Cyrus se mit en marche pour Ô Pluiarque , Vie d'Artaxerxès, châp. 6. .

l'Asie Supérieure, il annonça que son intention était de chasser entièrement les Pisidiens de leur pays , et réunit toutes ses troupes , tant grecques que perses. Xénias d'Arcadie arriva à Sardes avec un corps de quatre mille hoplites (*); Proxène avec quinze cents, et cinq cents armés à la légère. Sophénète de Stymphalelui amena mille hoplites; Socrate d'Achaïe et Pasion de AI égare , chacun environ cinq cents hommes. Lorsque tous les officiers furent arrivés à Sardes , Tissapherne , qui observait les mouvements de Cyrus, jugea ces préparatifs trop considérables pour une expédition contre les Pisidiens; il alla trouver Artaxerxès en toute hâte, et l'instruisit des dispositions que faisait Cyrus. Cette nouvelle mit le trouble dans toute la cour. On rejetait, en partie la cause du mal sur Parysatis et ses amis , qui furent accusés d'intelligence avec Cyrus. Mais rien n'irrita autant eette princesse que les reproches de Statira, qui, inquiète des suites de la guerre , ne cessait de lui dire : « Où sont ces paroles que « vous avez tant de fois données pour « votre tils? Qu'ont produit ces prières « qui l'ont arraché a la mort quand il « conspirait contre son frère ? C'est « vous qui avez allumé cette guerre et « attiré sur nous de si grands maux. » Ces plaintes rendirent Statira si odieuse à Parysatis, naturellement vindicative et implacable dans son ressentiment , qu'elle résolut de la perdre. Nous ver-

(*) L'infanterie des Grecs était composée d'hoplites, de peltastes et de psiles. Les hoplites , qui , comme de nos jours 1 infanterie de ligne , formaient la principale force des armées, portaient des cuirasses, des boucliers qui couvraient les hommes entièrement , des casques , et pour armes offensives des épées et de longues piques. Les peltastes tiraient leur nom de la pelle, sorte de boticKer d'osier échancré, plus petit et moins lourd que celui des hoplites. Ils portaient aussi des javelots beaucoup moins longs que les piques de ces derniers. Les psiles avaient un arc et des flèches, des javelots ou des pierres qu'ils lançaient avec la fronde, et quelquefois aussi avec la main.

frÈÀSfc

fons plus tard comment rifle exécuta son dessein (*).

Cyrus partit de Sardes avec les troupes dont nous venons de parler. I! traversa la Lydie, fit en trois jours vingtdeux parasanges (**), et arriva sur les bords du Méandre. Cette rivière avait deux plèthres (***) de largeur, avec an pont de sept bateaux , sur lequel il la passa. II s'avança ensuite dans la Phrygie , fit huit parasanges en une journée , et arriva à Colosses, où il demeura sept jours. Ménon de Thessalie le joignit dans cet endroit avec mille hoplites et cinq cents peltastes, Dolopes, Knianes et Olynthiens. Cyrus fit ensuite vingt parasanges en trois jours de marche, et arriva à Célènes. Il y séjourna trente jours: et Cléarque, banni de Lacédémone, lui amena dans cette ville mille hoplites, huit cents peltastes th races , et deux cents archers crétois. Sosias de Syracuse et Sophénète d'Arcadie arrivèrent en même temps, chacun avec mille hoplites. Cyrus fit dans le parc la revue et le dénombrement des Grecs, qui montaient à onze mille hoplites . et environ deux mille soldats armés a la légère. Il avait, en outre, cent mille hommes de troupes composées des différentes nations soumises à la Perse.

De là, Cyrus fit en deux journées dix parasanges, et arriva à Peltes, où il séjourna trois jours. Il fit ensuite douze parasanges en deux jours, et arriva à une ville appelée le Marché des Céramiens. et la dernière de la Mysie. De là, il fit en trois marches trente parasanges, et arriva à Caystropédium, où il resta cinq jours. Il était alors dû aux soldats plus de trois mois de

ye, et, quand ils demandaient de argent , Cyrus tâchait de tirer le temps en longueur, en leur donnant des espérances. Épyaxa, femme de Syennésis, roi de Cihcie , alla trouver Cyrus dans

(*) Pîularque, Vie d'Artaxerxès, ch. 7.

(*■} La parasange , mesure itinéraire des Perses, valait environ trois milles ou une lieue et demie.

(***) Voyez, surla valeur du plèthre, ci* devant page 119, note.

"cette tiHe, et toî M présent de sommes considérables. Ce prince donna alors à l'année quatre mois de paye.

Il fit ensuite dix parasanges , et arriva en deux jours à Thymbrium , où

il y avait une fontaine, que l'on appelait la fontaine de Mjdas, roi de Phrygie. De là il fit dix parasanges", et at-

teignit en deox jours Tyriaeum. Il v séjourna trois jours, pendant lesquels la reine de Cilicie le pria de lui montrer son armée en bataille. Par complaisance pour cette princesse, il fit dans la plaine la revue des Grecs et des Perses. Il ordonna aux Grecs de se mettre en bataille selon leur coutume. Ces troupes étaient sur quatre de hauteur. Cyrus considéra d'abord les Perses, et les fit passer en revue 'devant lui par bataillons et par escadrons. Il alla ensuite le long des bataillons grecs, monté sur son char, et accompagné de la reine de Cilicie , dans une witure fermée. Les Grecs avaient des casques d'airain, des tuniques rouges, des grèves (*) et des boucliers brillants. Lorsque Cyrus eut tout examiné, il arrêta son char devant le centre de la phalange , et dit aux généraux grecs qu'ils fissent baisser les piques, comme pour charger. Aussitôt que la trompette eut donné le signal , ils s'avancèrent les piques baissées, doublèrent le pas en jetant de grands cris, et coururent droit aux tentes des Perses. Grand nombre de ceux-ci furent effrayés. La reine de Cilicie quitta sa voiture pour s'enfuir, et les vivandières laissèrent leurs marebandises'pour se sauver. Les Grecs retournèrent à leurs tentes en riant.

Cyrus fit ensuite vingt parasanges en trois jours, et arriva à Iconium, dernière ville de Phrygie. Après y avoir séjourné trois jours, il en partit, et fit trente parasanges en cinq marches, à travers la Lycaonie.Cette province n'appartenant pas à son gouvernement, il

(*) Les grèves étaient des espèces de bottines ou d'armure destinées à garantir le devant des jambes. Je ne sais pour quel motif ce mot a été omis dans nos dictionnaires récents.

LftJNIVERS.

permit aux Grecs de la piller. Il renvoya ensuite Epyaxa en cilicie, la faisant escorter par Ménon de Thessalie, avec la troupe qu'il commandait. L'armée traversa la Cappadoce, ût vingtcinq parasanges en quatre marches , et arriva à Dana(*>, ville grande, riche et bien peuplée. Il y séjourna trois jours. Les troupes de Cyrus tâchèrent ensuite de pénétrer en Cilicie par un défilé qui n avait que la largeur nécessaire pour donner passage à un chariot.

On disait que Syennésis se tenait sur les hauteurs pour le défendre, et Cyrus resta par cette raison un jour dans la plaine. Mais le lendemain , on ^ut que Syennésis s'était retiré, en apprenant que Ménon avait pénétré en Cilicie avec ses troupes. C était aussi pour le faire entrer dans ce pays par des chemins détournés que Cyrus Pavait envoyé avec Êpyaxa, sous prétexte d'escorter cette reine jusque dans sa capitale. Le détachement de Ménon arriva sans obstacle à Tar.se, et ouvrit* ainsi à Cyrus l'entrée des États de Syennésis.

Quand Cyrus eut quitté les montagnes, il s'avança dans la plaine et alla a Tarse, après avoir fait vingt-cinq parasanges en quatre jours. Syennésis avait un palais dans cette ville, que traverse le fleuve Cydnus. Les habitants s'enfuirent avec le prince dans un lieu fort, sur les montagnes, excepté ceux qui tenaient des hôtelleries. Épiaxa s'était rendue à Tarse cinq jours avant Cyrus. Deux compagnies du corps de Ménon , faisant en tout cent hoplites, périrent au passage des montagnes, taillées en pièces par les Ciliciens , suivant toute apparence. Les soldats de Ménon , irrités de la perte de leurs camarades, pillèrent la ville de Tarse et le palais du roi.

Aussitôt que Cyrus fut dans la ville, il manda Syennésis. Celui-ci répondit qu'il ne s'était jamais mis entre les mains d'un homme plus puissant

(*) Ce nom est corrompu; d'An ville croit qu'il s'agit ici de la ville de Tyane. Voyez ORwret de cfAnvilU publiées par feu M. de Manne v tome xi, page aS6.

gue lui, et refusa de l'aller trouver, jusqu'à ce que sa femme l'eût engagé a y aller, et que Cyrus lui eût donné sa foi. Ils eurent après cela une entrevue. Syennésis donna à Cyrus de grosses sommes d'argent pour payer son armée, et Cyrus lui fit les présents que les rois de Perse ont coutume de faire à ceux qu'ils veulent honorer : un cheval dont le mors était d'or, un collier, des bracelets, et un cimeterre d'or, avec un habillement à la façon des Perses. Il lui promit en outre de ne plus piller son pays, et lui accorda la permission de reprendre les esclaves qu on lui avait enlevés , partout où il les trouverait,

Cyrus séjourna vingt jours à Tarse, parce que les Grecs refusaient d'aller

f)lus loin.. Ils le soupçonnaient déjà de es mener contre le'roi, et disaient qu'on ne les avait pas enrôlés à cette condition. Clcarque fut le premier qui voulut obliger ses soldats à suivre Cyrus. Mais il n'eut pas plutôt commencé à se mettre enmarche,que ceux-ci Pattaquèrentà coups de pierres. Il cessa alors de s'opposer ouvertement au dessein des Grecs, et, paraissant même entrer dans leurs vues, il leur conseilla d'envoyer des députés à Cyrus pour savoir de lui-même contre qui il prétendait les mener. Cyrus , que Cléârque avait fait avertir de ce qui se passait, répondit qu'il allait attaquer A bro comas, qui était à douze journées de là, sur l'Euphrate. Les Grecs virent bien qu'il cachait son véritable dessein ; cependant ils consentirent à le suivre, pourvu qu'il augmentât leur paye.

Cyrus leur accorda volontiers cette demande, et se concilia leur affection en les traitant avec bonté.

De Tarse, Cyrus fit dix parasanges en deux jours, et arriva sur les bords du Sarus, qui avait trois plèthres de largeur. Le lendemain l'armée avança de cinq parasanges, et atteignit les bords du Pyrame, dont la largeur était d'un stade. De cette rivière on arriva en deux marches à Issus , qui en était éloignée de quinze parasanges. On y séjourna trois jours, pendant iesquela arrivèrent trente -cinq vaisseaux du

PERSE

Ml

Péloponnèse, commandés par Pythagoras de Lacédémone, auquel s'était réuni Tamos, avec vingt-cinq autres vaisseaux qui appartenaient à Cyrus. Sur ces bâtiments était aussi Ghirisophe de Lacédémone, qui avait sous ses ordres sept cents hoplites. Les vaisseaux se tinrent à l'ancre près du rivage où était dressée la tente Je Cyrus. Ce prince fut joint aussi en ce lieu par quatre cents Grecs pesamment armés , qui quittèrent le service d'Abrocomas pour marcher contre Artaxerxès.

D'Issus, Cyrus alla en un jour aux Portes de la Cil ici e et de la Syrie (*). Ce passade était occupé parSyennésis,qui y avait mis une garnison de Ciliciens, et par les troupes du roi. Il n'y avait

Ï>as moyen de pénétrer par la force ; il allait attaquer le dénie du côté de la mer , et Cyrus donnait des ordres à cet effet, lorsque Abrocomas, soit trahison, soit lâcheté , abandonna la position qu'il occupait et se retira vers le roi avec un corps de troupes trèsconsidérable.

Cyrus, au sortir de ces défilés , s'avança dans la Syrie , et arriva en un jour de marche à Myriandrus , ville maritime , habitée par des Phéniciens.

Il y resta sept jours, pendant lesquels Xénias d'Arcadie et Pasion de Mégare s'embarquèrent avec ce qu'ils avaient de plus précieux. Cyrus ne voulut jamais permettre qu'on les poursuivit. Mais, ayant convoqué les généraux des Grecs, il leur dit : « Xenias « et Pasion nous ont abandonnés; mais « qu'ils sachent qu'ils ne se sont pas « sauvés à mon insu , car je sais où ils « vont , et ils ne m'ont point échappé, « puisqu'il m'est facile d'enlever leur « vaisseau avec mes trirèmes. Mais je «prends les dieux à témoin que je « n'ai point l'intention de les pour- « suivre; et personne ne pourra dire « que je me sers de quelqu'un tandis « qu'il est avec moi ; et que, s'il désire

{*) Il y a deux défilés qui séparent* la Cilicie de la Syrie; le premier, plus éloigné de la mer, avait le non» de Portes Jmaniqnes; le second s'appelait Les Portes ou Portes de la Cilicie. C'est de ce dernier que parle ici Xénophon.

W livraison. (Pkbsk.)

«me quitter, je le maltraite et Me « dépouille de sa fortune. Qu'ils s'en « aillent donc , et qu'ils sachent qu'ils « ont plus mal agi envers moi que moi « envers eux. Leurs femmes et leur* « enfants son t en mon pouvoir à Tralles ; « ils n'en seront pas privés, et les re- « ce vront comme prix de la valeur qu'ils « ont précédemment montrée à mon « service. » Ceux des Grecs gui n'étaient pas zélés pour cette expédition, ayant appris la belle conduite du prince, le suivirent avec plus de plaisir et d'affection (*).

Cyrus fit ensuite vingt parasanges en quatre iours , et se trouva sur les bords du Chalus , dont la largeur était d'un plèthre. Les villages où campa l'armée appartenaient à Parysatis, et lui avaient été donnés pour son entretien. Cyrus parcourut ensuite trente parasanges en cinq jours de marche , et arriva à la source de la rivière Daradax. Bélésis, gouverneur de la Syrie, avait dans ce lieu un palais , avec un très-beau et très-grand parc. On en coupa les arbres par ordre de Cyrus, et on mit le feu au palais. Les troupes s'étant remises en marche firent quinze parasanges en trois jours, et entrèrent à Thapsaque , ville grande et riche , sur rEuphrate , dont la largeur, dans cet endroit, était de quatre stades. L'armée y resta cinq jours, pendant lesquels Cyrus, ayant mandé les généraux des Grecs, 'leur dit qu'il se proposait de marcher contre le roi , et leur recommanda d'en instruire les soldats , et de les engager à le suivre. Les soldats accusèrent les généraux d'avoir tenu cette résolution secrète , et refusèrent de rester dans le parti de Cyrus , à moins qu'on ne leur donnât la même paye qu avaient eue les Grecs oui l'avaient accompagné dans un précédent voyaee , où il n'était pas question de se battre,, mais seulement d'escorter le prince qui se rendait auprès de Darius. Les grandes promesses de Cyrus gagnèrent presque tous les Grecs.*

(*) Xénophoo, Expédition de Cyrus y liv. i, chap. 4, S8î 1. 1» p. 43 delà traduction de Larcher.

L'UHIVERS.

"Les troupes traversèrent ensuite l'Euphrate à gué, n'ayant de Peau que jusque sous les bras. Les habitants de Thapsaque assuraient que le fleuve n'avait jamais été guéable qu'alors; et oette circonstance fut regardée comme d'un heureux augure, d'autant plus

Su'Abrocomas, en se retirant, avait râlé tous les bateaux , afin d'arrêter le prince dans sa marche. On disait que l'Euphrate se soumettait visiblement à Cyrus, comme à son roi futur, Cyrus continua de marcher dans la Syrie, et arriva sur les bords de P Araxe, après avoir fait cinquante parasanges en neuf jours* Il y avait en cet endroit un grand nombre de villages , où l'on trouva beaucoup de blé et de vin. L'armée y séjourna trois jours , et fit ses provisions. « Cyrus, ditXénophon (*), « entra ensuite en Arabie, ayant l'Eu* « phrate à sa droite, et fit trente-cinq ** parasanges eh cinq jours par un pays « désert. Ce pays est une plaine par»

« tout aussi unie que la mer , remplie «d'absinthe, ou, s'il y eroît quelque « autre sorte d'arbrisseaux ou de ro- «- seaux, ils ont tous une odeur aro- « matique : mais il n'y a point d'ar- «bres. On y trouve des zèbres en « très-grand nombre, beaucoup d'au* «truches, quelques outardes et du « chevreuil ; nos cavaliers leur don- « noient quelquefois la chasse. Quand « les zèbres étaient poursuivis, ils de- « vançaient les chevaux , car ils cou- «raient très-vite, et s'arrêtaient, et «lorsque le cheval approchait, ils se « remettaient à courir, en sorte qu'on « ne pouvait les prendre qu'en se « partageant en plusieurs troupes , « qui se relevaient mutuellement. La «chair de ces animaux était plus « tendre que celle du cerf, et lui nê- « semblait pour le goût. On ne put « prendre d autruches : nos cavaliers « cessèrent bientôt de les poursuivre, «car elles se sauvaient avec vitesse, «sans voler, faisant usage de leurs « pieds pour courir, et de leurs ailes « étendues comme de voiles. A l'égard « des outardes, il est facile de les pren-

(*) Expédition de Qjrutf liv.i, ch. 5,

• dre si on les fait lever promptement, « car elles ont , comme les perdrix , « le vol court, et se lassent fort vite, « Leur chair était délicieuse. »

Après avoir traversé oette plaine, l'armée arriva à Corso te, ville grande et déserte , sur le Mascas , qui a uu plètbre de large, et qui l'environne de tous cotés. On y séjourna trois jours, et l'armée s'y étant pourvue de vivres traversa en treize jours un vaste désert de quatre-vingt-dix parasanges, ayant toujours l'Euphrate à droite, et arriva à Pyles. On perdit dans cette marche beaucoup de bêtes de somme ?

faute de fourrage , car il n'y avait ni herbe , ni arbre , et tout le pays était nu. Les habitants tiraient de carrières situées près du fleuve, de grosses pierres , dont ils faisaient des meules de moulin , qu'ils transportaient à Babylone où ils les vendaient, et du produit de cette vente ils achetaient des provisions de bouche. Le froment et l'orge manquèrent dans cet endroit, et les soldats furent obligés de se nourrir de viande. On faisait quelquefois des marches très-longues pour se procurer de l'eau ou du fourrage.

Xénophon rapporte ici une anecdote qui peut donner une idée de l'obéissance que Cyrus obtenait de ses courtisans, et du respect qu'ils avaient pour les ordres de ce prince. L'armée, dit cet auteur (*), ayant atteint un défilé que la boue rendait impraticable pour les voitures, le prince s'arrêta et ordonna qu'on prît un détachement de troupes perses pour dégager les chariots embourbés. Mais comme les soldats paraissaient agir avec lenteur et mollesse, Cyrus dit aux seigneurs perses qui l'entouraient, de tirer euxmêmes les voitures enfoncées dans la boue. On put voir alors, dit Xénophon, une preuve de leur prompte obéissance : car, jetaut aussitôt leurs habits de pourpre, ils coururent, comme s'il se lût agi d'un prix, quoiqu'ils descendissent une montagne assez rapide, sautèrent à l'instant dans la boue avec

(*) Expédition de Cyrus dans l'Asie Supérieure, liv. i , ch. 5 , § 7.

PEESE.

leurs tuniques magnifiques, leurs longs caleçons brodés, et quelques-uns même avec des colliers et des bracelets , et s'acquittèrent de leur tâche beaucoup plus vite et plus adroitement qu'on n'aurait pu l'attendre de grands seigneurs peu habitués à un pareil genre de travail. Au reste, continue le même auteur, on voyait bien que Cyrus se pressait beaucoup , et au il ne s'arrêtait que pour prendre des vivres, ou pour d'autres causes aussi indispensables ; persuadé que plus il hâterait sa marche, et moins Artaxerxès serait en mesure de lui résister. En effet, l'étendue et la grande population de la Perse, qui faisaient la force de cet empire, ne pouvaient lui être d'aucune utilité dans une irruption subite»

Il y avait au delà de l'Euphrate et vis-à-vis du lieu désert où campaient les troupes , une ville grande et riche nommée Carmande. Les soldats y allaient acheter leurs provisions, sur des espèces de radeaux faits avec les peaux qui leur servaient de tentes. Lorsqu'ils les avaient remplies de foin , ils les joignaient et les cousaient d'une manière si serrée que l'eau ne pouvait pénétrer jusqu'au foin. Ils passaient fa rivière sur ces radeaux, et revenaient avec du vin de dattes et du millet, qui se trouvaient en abondance dans le pays.

Les troupes s'étant remises en marche , on vit sur la route des marques de pieds de cheval et du crottin. C'étaient les traces d'un corps d'environ deux mille cavaliers qui précédait l'armée d'Artaxerxès , mettant le feu au fourrage et à tout ce qui pouvait être de quelque utilité aux troupes de Cyrus.

TRAHISON ET 8UTPLICE D*OEONTAS.

Orontas, membre de la famille royale, et un des plus habiles généraux qu'eût la Perse, forma à cette occasion le dessein de trahir Cyrus. Il dit à ce prince de lui fournir mille cavaliers pour surprendre ce corps qui faisait partout le dégât,et donnait connaissance au roi des moindres mouve-

ments de l'armée. Cette proposition parut avantageuse à Cyrus, qui l'accepta.

Aussitôt Orontas écrivit au roi qu'il irait le trouver avec le plus grand nombre de chevaux qu'il pourrait, et le 1>ria de donner ordre à sa cavalerie de e recevoir comme ami. Il rappelait en même temps les preuves de son ancien attachement et de sa fidélité. Il donna cette lettre à une personne, qui la remit à Cyrus. Ce prince l'ayant lues, fit arrêter Orontas, manda sept des principaux seigneurs de la cour, qui se formèrent en conseil pour le juger, et ordonna aux généraux grecs de faire prendre les armes à leurs hoplites.* Orontas ayant été condamné, tout les assistants et ses parents même se levèrent et le prirent par la ceinture, ce qui indiquait, d'après les usages des Perses, qu'il était condamné a mort et qu'on allait l'exécuter. Ceux qui avaient coutume de se prosterner devant lui le firent encore dans cette occasion, quoiqu'ils n'ignorassent noint qu'on le conduisait au supplice. Orontas fut introduit dans la tente d'Artapate, le plus fidèle des gardes de Cyrus, et , depuis ce moment , jamais on ne le revit ; personne n'a pu dire avec certitude de quelle manière il avait été mis à mort (*).

BATAILLE DE CUKAXA , MORT DE CTRU3,

L'armée s'avança dans la Babylonie et fit douze parasanges en trois jours. Le troisième jour, Cyrus passa en revue les Grecs et les Perses, car il {>ensait gif Artaxerxès l'attaquerait l* endemam au lever du soleil. II donna à Cléarque le commandement de l'aile droite des Grecs , à Ménon de Thessalie celui de la gauche, et range* lui-même les Perses. Dès que ie jour parut, plusieurs transfuges apport*»

rent des nouvelles de l'armée au roi* Cyrus ayant convoqué les généraux et les capitaines des Grecs, délibéra aveô eux sur la manière dont il livrerait bataille, et les encouragea en leur fat

(*) Expédition de tyrus, liv. i,chap. 0j

L'UNIVERS

sant de grandes promesses. Ciéarque, à qui la bravoure du prince était connue, l'engagea à ne pas exposer sa personne. « Quel conseil me donnestu, Ciéarque? lui répondit Cyr us. Tu veux, lorsque j'aspire au trône, que je me montre indigne de F occuper (*) ? » Pendant que les soldats prenaient leurs armes, on fit un dénombrement général de toute l'armée. Les Grecs avaient dix mille quatre cents hoplites et deux mille quatre cents hommes armés à la légère. Les Perses formaient en tout cent mille hommes, et avaient vingt chariots armés de faux. On porte, d'après Xénophon (**), l'armée d'Artaxerxès à douze cent mille hommes avec ûVux cents chariots armés de faux, et six mille cavaliers d'élite, placés devant le roi et commandés par un Perse de distinction appelé Artagerse (***}. Cette nombreuse armée avait pour chefs Abrocomas , Tissapherne , Gobryas et Arbace , qui commandaient chacun trois cent mille hommes. 11 n'y eut de présents à la bataille que neuf cent mille hommes et cent cinquante chariots armés de faux, Abrocomas n'étant arrivé que cinq jours après l'action.

Cyrus marchait en bataille avec toutes ses troupes, s'attendant toujours à être attaqué. 11 ne fit ce jour-là que trois parasanges , à cause d'un fossé qui l'arrêta. Ce fossé, qui avait cinq orgyes (****) de large sur trois deprofondeur, traversait la plaine et allait aboutir à la muraille Médique. Artaxerxès l'avait fait creuser lorsqu'il apprit la marche de Cyrus. II y avait dans la

(•) Plutarque, Vie d'Artaxerxès, chap. 8.

(**) Expédition de Cyrus dans C Asie Supérieure, livre i, chap. 7, § u.

(***) Cette estimation, que Xénophon rapporte saus la garantir, est évidemment beaucoup trop forie : Ctésias, témoin oculaire, ne donne à Tannée d'Artaxerxès que quatre cent mille hommes ( Plularquc , vie d'Artaxerxès, chap. i3), et Diodore de Sicile (jiv. xiv, eh. aa) indique le même nombre d'après l'autorité d'Éphore.

. (•***) l/orgye valait six pieds grecs ou cinq pieds, six pouces, cinq lignes, 0112e points de notre mesure.

même plaine quatre eanaux très-profonds et larges d'un plèthre , sur lesquels on avait jeté des ponts. Ces canaux joignaient le Tigre et l'Ëuphrate, et étaient éloignés l'un de l'autre d'une parasange. Sur les bords de l'Ëuphrate se trouvait un passage d'environ vingt pieds grecs, situé entre le fleuve et Te fossé. L'armée suivit ce passage, et se trouva ainsi au delà du fossé. Ce fut une faute très-grave de laisser franchir à Cyrus cette ligne de fortification, sans essayer seulement de la défendre. Plutarque (*) nous apprend la cause de la conduite extraordinaire d'Artaxerxès. Ce prince voulait se retirer dans la province de Perse , et y attendre que toutes ses forces fussent réunies pour combattre Cyrus. Sur les représentations d'un de ses officiers , il changea de résolution. Cependant, comme les généraux du roi ne s'étaient point opposés au passage du fossé, Cyrus crut, avec toute son armée, qu'Artaxerxès ne pensait plus à combattre, et le lendemain on marcha avec beaucoup de négligence. Le troisième jour , Cyrus était sur son char, la plus grande partie des troupes s'avançait en désordre, et les soldats faisaient presque tous porter leurs armes sur des chariots ou sur des bétes de somme. Il était environ neuf heures du matin, et l'armée approchait du lieu où l'on devait camper, lorsque Patagyas , confident de Cyrus, arriva au galop, criant à tous ceux qu'il rencontrait, que le roi arrivait avec son armée en bataille. Cyrus sauta aussitôt en bas de son char, et, s'étant revêtu de son corselet, il monta à cheval, et ordonna aux soldats de s'armer et de prendre leurs rangs. Les Grecs se formèrent aussitôt , Ciéarque à l'aile droite auprès de l'Ëuphrate , Proxène ensuite , et Ménon avec ses troupes à l'aile gauche.

Mille cavaliers paphlagoniens étaient n la droite près de Ciéarque, avec les troupes légères des Grecs : à la gauche se trouvait Ariée, général perse, avec le reste des troupes. Cyrus se mit au centre avec six cents cavaliers, qui

(*) Vie d'Artaxerxès, chap. 7,

PERSE

portaient tous des casques , de grands corselets et des cuissards, avec une épée à la grecque, et leurs chevaux étaient armés de chanfrein et de poitrail. Le prince seul n'avait pas la tête «ouverte d'un casque.

Il était déjà midi , et les ennemis ne paraissaient point encore ; mais , sur les trois heures , on 'aperçut un nuage de poussière qui se répandit bientôt sur toute la plaine et la couvrit d'obscurité. Quand les troupes d'Artaxerxès se trouvèrent plus près, les yeux, dit Xénophon (*) , furent frappés de l'éclat de leurs armes d'airain, et l'on distingua les rangs et les javelots. A leur gauche était un corps de cavalerie armée de corselets blancs, et suivie de soldats qui portaient des boucliers d'osier. Venaient ensuite des Égyptiens pesamment armés avec des boucliers de bois qui descendaient jusqu'aux Îrieds. On voyait après eux de la cavaerie et des archers. Tous ces différents corps de troupes marchaient séparés par nations, et formaient de longs carrés. Devant eux étaient les chariots armés de faux , à une grande distance les uns des autres. Les faux tenaient à l'essieu : les unes étaient placées en travers, les autres en bas, sous le char. On avait dessein de pousser ces chariots contre les bataillons desGrecs, pour les rompre. Cyrus avait prévenu les Grecs que les ennemis iraient à eux en jetant de grands cris , et les avait exhortés à ne s'en point laisser effrayer : il se trompa; les troupes d'Artaxerxès s'avancèrent dans un profond silence et d'un pas égal et lent.

Le lieu où les deux armées allaient combattre s'appelait Cunaxa (**), et était situé à trois cent soixante stades de Babylone (***).

Cyrus, qui passait le long des bataillons avec Pigrès, son interprètent trois ou quatre autres personnes , dit à Gléarque d'amener ses troupes vis-à-

(*) Expédition de Cjrrus, liv. i, ch. 8,

(**) Plutarque, Vie d'Artaxerxc*, ch. 8. (***) Expédition de C/r«/,liv. ", ch. 2,

vis du centre de l'armée ennemie , où le roi se trouvait. Mais Cléarque* voyant que l'armée du roi était si nombreuse qu'une seule de ses aiies couvrait la moitié du front de bataille de Cyrus, ne voulut pas retirer son aile droite des bords du fleuve, de crainte d'être enveloppé , et répondit à Cyrus qu'il aurait soin de faire tout ce qu'il faudrait.

Cependant l'armée d'Artaxerxès s'avançait d'un pas égal. Cyrus passait à une petite distance devant le front des bataillons , considérant ses ennemis et ses propres troupes. Xénophon lui demanda s'il avait quelque ordre à donner. Cyrus arrêta son cheval , et lui commanda de faire savoir à toutes les troupes que les entrailles des victimes promettaient d'heureux succès. Les deux armées n'étaient plus éloignées que de trois ou quatre stades , lorsque les Grecs entonnèrent l'hymne du combat , et s'ébranlèrent pour aller à l'ennemi. Ceux qui étaient restés derrière doublaient le pas , et tous à la fois, jetant un cri , se mirent à courir. Mais, avant d'être à la portée du trait, les Perses tournèrent bride , et s'enfuirent. Les Grecs les poursuivirent de toutes leurs forces , en gardant leurs rangs. Les chars de l'armée du roi, abandonnés par les conducteurs, étaient emportés , les uns à travers leurs propres troupes , les autres à travers celles des Grecs.

Cyrus , voyant que ceux - ci avaient remporté la victoire de leur côté, et poursuivaient l'ennemi , se réjouissait; et les personnes qui étaient auprès de lui l'adoraient , comme s'il eût déjà été roi. Au lieu de s'emporter à la poursuite des fuyards , il conserva autour de lui ses six cents cavaliers , observant les mouvements d'Artaxerxès, qu'il savait être au centre de l'armée. Les généraux perses, dit Xénophon (*) , se tenaient au milieu des corps sous leur commandement , et donnaient de là leurs ordres, parce qu'ils étaient plus à portée de les faire parvenir à

(*) Expédition de Cyrus, liv. z , ch. 6 ,

L'UIUTBRS.

tous fle§ points* et f>artae qu'ils se re* gardaient comnie moins exposés, étant environnés de troupes de tous les cô« tés. Artaxerxès, voyant qu'on n'attaquait pas de front fe corps au centre auquel il se trouvait, tourna comme pour envelopper les Grecs. Ge mouve»

ment inspira des craintes à Cyrus, qui tnarcba en avant avec ses six cents chevaux, mit en fuite le corps de six mille cavaliers commandé par Artagerse , et tua de sa main ce général (*)«

Si , au lieu de se placer du côté de fEvphrate, ain de n être pas tourné, Gléarque eêt suivi l'ordre de Gyrus, il aurait enfoncé le centre de l'armée du roi. Le succès facile qu'il obtint sur l'aile gauche d' Artaxerxès ne permet pas d'en douter. Dès lors la bataille était gagnée pour Cyrus. C'est donc à la prudence exagérée de Gléarque qu'il fout attribuer la victoire d' Artaxerxès» Toutefois, Suivant quelques hommes de guerre, la faute de Gléarque n'aurait pas été un malheur irréparable pour un général plus expérimenté que Cyrus. Ce prince devait refuser sa gauche à l'armée du roi , et ne faire avancer que sa droite où étaient les Grecs. Par oe mouvement, la gauche d* Artaxerxès ayant été mise en déroute, et se trouvant poursuivie par la cavalerie paphlagonienne , les Grecs auraient attaqué et culbuté le centre de l'armée royale*

Aussitôt que le corps d'Artagerae eut été mis en déroute , les six cents cavaliers qui accompagnaient Cyrus se dispersèrent de côté et d'autre pour le poursuivre * et il ne resta que trèspeu de monde auprès du prince , qui , apercevant alors le roi , et ne pouvant plus se contenir, cria : Je vois l'homme ; et, le frappant à la poitrine , le blessa à travers son corselet. Dans l'instant même où il portait ce coup, il fut atteint au-dessous de l'œil d'un javelot tancé avec force. Le roi et Gyrus en vinrent ensuite aux mains; et leurs «mis, de part et d'autre, s'empressè-

(*) Expédition de Cyrus, liv. i, chap. 8, % H\ manque^ Vie tTArtawrxè» , ch. 9 etit

rent à les défendre» Cyrus fut tué, et huit de ses principaux amis se firent massacrer sur son corps (*). Tel est le récit de Xénophon. Suivant une relation conservée par Plutarque (**), Cyrus périt de la main d'un soldat carien 1 auquel Artaxerxès , pour le récompenser, permit de porter toujours a la tête de l'armée un coq d'or au bout d'une pique» Ctésias, cité par Plutarque (***), rapporte que la tiare de Cyrus étant tombée, et ce prince n'ayant plus aucun signe extérieur qui le distinguât des chefs de son armée , un jeune Perse, nommé Mithridate, le frappa à la tempe, au-dessous de l'œil, d'un coup dont il mourut.

Artaxerxès, après avoir fait couper par l'eunuque Mésabate la tête et la main droite de Cyrus (****) , se mit à poursuivre les troupes de ce prince, dans le camp duquel il entra. Ariée n'opposa aucune résistance à l'armée victorieuse^ etse retira, avec les troupes sous son commandement, dans le lieu où il avait campé la veille , et qui était éloigné d'environ quatre parasanges (*****).

Le oamp de Cyrus fut mis au pillage, et Artaxerxès s'empara d'une concubine de ce prince , appelée Myrto; Artaxerxès était alors éloigné des Grecs d'environ trente stades. Ceux-ci poursuivaient les Perses de l'année royale comme s'ils avaient remporté une victoire complète ; et les troupes du roi pillaient le oamp comme si elles avaient été victorieuses sur tous les points.

Mais , lorsque les Grecs eurent été informés que Je roi était dans leur camp avec son armée, et qu' Artaxerxès eut appris de Tissapherne la victoire des Grecs, oe prince rallia ses troupes et leur fit reprendre leurs rangs, tandis que Cléarque délibérait pour savoir s'il

(*) Expédition de tyriu, liv. i,ch. 8,$ 27.

(**) "Vie d'AKaxerxès, ch. 10.

(*••) Ibid., ch. ir.

(****) Xénophon, Expédition de Cyrus , liv. x, ch. 10, S 1 ; Plutarque, Tic d'An» taxerxès, ch, i3 et 17.

(*****) Expéditionde Cyrus, liv. x,dk 10,

PfcftSE.

Allait envoyer seulement ua détachement au secours du camp, ou y marcher avec toutes les troupes grecques.

Cependant le roi s'avança comme s'il eût voulu tomber sur l'arrièregarde de Cléarque. Les Grecs firent volte-face , et se disposèrent à le recevoir , s'il tentait de les attaquer de ce côté-là. Mais au lieu de prendre cette route il retourna sur ses pas, emmenant avec lui les troupes de Tissapherne; car ce général ne s'était point enfui à la première attaque des Grecs, mais il avait pénétré avec sa cavalerie le long de l'Euphrate, à travers les rangs de leurs peltastes , qui , s'étant ouverts pour lui donner passage, firent pleuvoir sur lui une grêle de traits , sans perdre un seul tiQrame.Tissapherne se sentant trop faible ne retourna pas à la charge , et il alla au camp des Grecs, où il réunit ses forces à celles du roi , et tous deux s'avancèrent ensemble. Quand ils furent près de l'aile gauche des Grecs , ceux-ci craignirent qu'on ne les prit en flanc. Pour éviter ce danger, ils jugèrent à propos d étendre leur aile et de l'adosser au fleuve ; mais le roi changeant la forme de ses bataillons se plaça vis-à-vis de leur phalange , comme il avait fait au commencement de l'action. Quand les Grecs le virent approcher en ordre de bataille, ils fondirent sur lui avec plus d'ardeur qu'auparavant. Les Perses n'attendirent pas le choc, et se sauvèrent encore de plus loin que la première fois. Les Grecs les poursuivirent jusqu'à un villagedominépar une colline, sur laquelle les troupes royales firent volte-face. Artaxerxès n'avait point alors d'infanterie, et la colline était tellement couverte de cavalerie qu'il n'était pas possible aux Grecs de voir ce qui s'y passait. Ceux-ci crurent cependant remarquer l'étendard du roi, qui était un aigle d'or au haut d'une pique, les ailes éployées (*).

Les Grecs s'étant avancés de leur côté, la cavalerie abandonna la colline, non en corps, mais par pelotons, les

(*) Expédition de Cyrus, liv, i, ch. xo,

uns d'un côté, les autres d'un autre ; enfin ils disparurent tous, et la colline se trouva entièrement dégarnie. Cléarque y envoya un de ses officiers, avec ordre de reconnaître les lieux et de lui en faire un rapport. Cet officier an* nonça que les Perses de l'armée royale fuyaient de toutes leurs forces. Le soleil était alors sur le point de se coucher. Les Grecs firent halte au pied de la colline et se reposèrent tout armés, bien étonnés de ne point voir paraître Cyrus, ni personne de sa part, car ils ignoraient sa mort, et ils conjecturaient qu'il poursuivait l'ennemi. Ils délibérèrent pour savoir s'il fallait faire venir le bagage, ou retourner au canin. Ce dernier avis prévalut, et ils arrivèrent à leurs tentes où la plus grande partie de leurs effets avait été pillée, ainsi que toutes les provisions et les voitures de farine et de vin, que Cyrus tenait en réserve , au nombre de quatre cents , pour les distribuer aux troupes grecques dans le cas d'une nécessité urgente.

La bataille de Cunaxa fut livrée l'an du monde 3603; avant Jésus- Christ 401.

SL06K PS CVAUI Ut JKUHS d'&PW

xûroraos.

De tous les Perses qui sont venus après l'ancien Cyrus , ditXénophon (*), Cyrus le jeune est celui qui a eu l'âme la plus grande et a le mieux mérité de régner. Dès son enfance , il l'emporta en tout sur son frère et sur les enfants des grands de Perse avec lesquels il fut élevé. On remarqua en lui plus de disposition à s'instruire et plus de soumission que dans les autres enfants de sou âge. Il aimait beaucoup les chevaux , et les maniait avec adresse. II se plaisait aux exercices qui ont du rapport à la guerre , tels que l'art de tirer de l'arc et de lancer le javelot; on l'y trouvait infatigable. Devenu homme, il fut passionné pour la chasse, et avide des dangers qu'on peut y courir. Un ours s'étant un Jour jeté

(*) Ktpédawn de Cjmt, liv, i, ch. 9*$ x.

tés

L'UNIVERS

sur lui, il n'en fut peint effrayé, et le tua. Il reçut dans cette lutte des blessures dont il porta toujours depuis les cicatrices.

Lorsque Darius, son père, l'envoya

§ouverner l'Asie Mineure, en qualité e satrape, il commença par faire voir au'H n'avait rien plus à coeur que la fidélité dans les traités, les contrats et les simples promesses : aussi les villes de son gouvernement et les particuliers avaient-ils en lui la plus grande confiance. Lorsque Cyrus faisait la paix avec ses ennemis, ceux-ci étaient assurés qu'il en observerait les conditions, et ne craignaient de sa part aucun mauvais traitement : ce fut pour cette raison qu'à l'époque où il déclara la guerre à Tissapnerne, toutes les villes se prononcèrent pour lui, exceptéMilet.

Soit qu'on lui fît du bien ou au mal , il tâchait de le rendre au double , et l'on rapporte qu'il ne désirait vivre que jusqu'à ce qu'il eût surpassé en bienfaits et en vengeance ses amis et ses ennemis.

Il était inexorable pour les criminels.

On rencontrait souvent sur les crandés routes des hommes acquêts on avait coupé les pieds*, les mains, ou arraché les yeux, pour les punir de leurs crimes: aussi, dans son gouvernement, pouvait-on voyager partout et porter avec soi ce qu'on voulait , sans craindre d'être inquiété , pourvu qu'on ne fit tort à personne.

Cyrus honorait d'une manière particulière les hommes qui se distinguaient dans la profession des armes. Il commanda en personne dans une guerre qu'il soutint contre les Pisidiens et les Mysiens : ceux qu'il voyait s'exposer volontiers, il leur faisait des présents honorables : en sorte que beaucoup de gens se présentaient d'eux-mêmes au danger, partout où ils s'attendaient à avoir cyrus pour témoin.

Si quelqu'un se faisait remarquer par un grand attachement à la justice, Cyrus prenait un soin tout particulier de sa fortune. Parmi un grand nombre de preuves de l'équité de son administration , on peut citer son armée , car, dit Xénophon, ce n'était pas l'intérêt qui

faisait traverser la mer à des officiers, pour aller lui offrir leurs services; mais la certitude que leur talent et leur zèle ne seraient pas méconnus : aussi jamais prince ne fut mieux servi que lui. S'il voyait un gouverneur de province améliorer ses terres, il lui en donnait encore d'autres à cultiver; de sorte que les habitants des pays placés sous sa dépendance prenaient plaisir à travailler, faisaient des acquisitions avec confiance, et étaient fort éloignés de lui cacher la connaissance de leurs richesses.

Tous les vêtements qu'on donnait en présent à Cyrus, il les distribuait à ses amis , suivant leurs goûts et leurs besoins. Ne pouvant, disait-il, porter plusieurs robes à la fois , il regardait ses amis bien parés comme son plus bel ornement. S'il recevait d'excellent vin, il en envoyait à ses amis des vases à moitié pleins. Il leur envoyait aussi très-souvent des moitiés d'oie ou des pains entamés , et le porteur disait de sa part : « Cyrus a trouvé ces mets agréables, et souhaite que vous en goûtiez, v Quand il paraissait en public , dans les occasions où il savait que beaucoup de gens auraient les yeux fixés sur sa personne, il appelait ses amis et affectait de s'entretenir avec eux de choses sérieuses, afin de montrer le cas qu'il faisait de leur intelligence et de leur droiture. Aussi , dit Xénophon (*), je pense que jamais personne n'a eu autant d'amis que Cyrus.

ARTAXERXis ORDONNE AUX GRECS DR LUI LIVRER LEURS ARMES; SUR LEUR REFUS, CE PRINCE EST OBLIGÉ DE PAIRE UN TRAITE AVEC EUX.

Les généraux grecs s'assemblèrent au point du jour. Étonnés de ce que Cyrus ne paraissait point , ni personne de sa part, pour leur porter des ordres, ils résolurent de plier bagage et d'aller en avant, après avoir pris leurs armos.

Ils allaient se mettre en marche, et le

(*) Expédition de Cyrus, liv. i, chap. 9, S*8.

soleil se levait, lorsque Proclès, gouverneur de Teuthranie, descendant de Démaratede Lacédémone, étant arrivé avec Glus , fils de Tamos , leur apprit la mort de Cyrus, et dit qu'A née s'était retiré, avec le reste des troupes, au lieu où l'armée avait campé la veille. Ariée leur faisait dire qu'il les attendrait tout le jour; mais que le lendemain il partirait pour retourner en Ionie. Les généraux des Grecs furent très-afflieés de cette nouvelle. Cléarque renvoya Tes députés , et les fit accompagner par Chirisophe de Lacédémone et Ménon de Thessalie. Ménon désirait lui-même d'y aller, étant l'ami et l'hôte d'Ariée. Cléarque attendit leur retour.

Cependant les soldats se procurèrent des vivres comme ils purent, égorgeant les bœufs et les ânes qui appartenaient aux bagages ; et comme on manquait de bois, ils les firent cuire ce jour-là avec des flèches qu'on trouva en grande quantité sur le champ de bataille. On employa aussi à cet usage les boucliers d'osier des-Perses, ceux de bois des Égyptiens , un grand nombre de peltes et des voitures vides.

Vers les neuf heures du matin , arrivèrent des hérauts envoyés par le roi et par Tissapherne. Ces hérauts s'approchèrent , et appelant les chefs à haute voix , leur ordonnèrent , de la part du roi , de lui rendre leurs armes comme à leur vainqueur, et d'aller à sa Porte, pour tâcher d'obtenir des conditions favorables. Les Grecs furent indignés d'une telle proposition, et répondirent que ce n'était point aux vainqueurs à faire leur soumission, et qu'ils mourraient tous plutôt que de livrer leurs armes.

La nuit venue, Miltocythe de Thrace alla se rendre à Artaxerxès avec quarante chevaux et trois cents hommes d'infanterie de sa nation. Vers le milieu de la nuit , les Grecs arrivèrent au premier campement où se trouvait Ariée.

Les troupes s'étant rangées et mises sous les armes , les généraux et les capitaines allèrent en corps trouver ce chef perse. Les Grecs firent serment avec lui et les principaux de son armée, de ne le point trahir, et d'être

de fidèles alliés. Les Perses jurèrent en outre qu'ils serviraient de euides aux Grecs. Ce traité fut précédé du sacrifice d'un sanglier, d'un taureau, d'un loup et d'un bélier. Les Grecs trempèrent une épée dans le sang de ces victimes qu'on avait mêlé dans un bouclier, et les Perses une pique.

Dès que le jour parut, les troupes se mirent en marche. Sur les trois heures après midi , on crut apercevoir la cavalerie du roi. Ceux d'entre les Grecs qui avaient quitté leurs rangs , coururent les reprendre; et Ariée, que ses blessures obligeaient à se tenir sur un char, mit pied à terre, et se revêtit d'un corselet, ainsi que les personnes qui étaient avec lui. Les éclaireurs rapportèrent alors que ce qu'on avait pris pour de la cavalerie étaient des bêtes de somme qui paissaient. Tout le monde conclut aussitôt que le camp du roi n'était pas éloigne ; car on apercevait aussi de la fumée dans les villages voisins. Cléarque , dit Xénophon (*), ne marcha point à l'ennemi, parce que ses troupes étaient fatiguées, n'avaient rien mangé de tout le Jour, et que d'ailleurs il était tard. Il ne s'écarta pas cependant de la route , afin d'éviter jusqu'aux apparences de la fuite.

Au coucher du soleil , il se logea avec son avant-garde dans des villages, dont les troupes royales avaient emporté jusqu'au bois des maisons. Les soldats grecs firent tant de bruit en s'appelant les uns les autres , que les Perses les entendirent, et ceux qui étaient les plus rapprochés abandonnèrent leurs tentes pour s'enfuir.

Au point du jour , Artaxerxès envoya des hérauts pour traiter avec eux.

Ces hérauts étant arrivés aux gardes avancées, demandèrent à parler aux généraux, et leur dirent qu'ils étaient venus pour convenir d'une trêve, et qu'ils étaient autorisés à porter aux Grecs les ordrosdu roi et à lui rapporter leur réponse. « Dites-lui donc, repartit Cléar- «que, qu'il doit commencer par se « battre; car nous n'avons pas à manger,

(*) Expédition de Cyrus 9 liv. xx, èbap. a, S*.

LWIVERS.

« et il faut que bous puissions apaiser « notre faim.» Les hérauts se retirèrent avec cette réponse, et reparurent peu après : ils dirent que le roi trouvait leur demande raisonnable, et qu'ils avaient amené avec eux des guides pour les conduire, si la trêve avait lieu, dans des endroits où ils auraient des vivres. La trêve ayant été. conclue, les Grecs se mirent en marche et arrivèrent dans des villages, où les suides dirent qu'on pourrait prendre (Tes vivres. « On y trouva, dit Xénonlion (*), « du bléen abondance, du vin de dattes, « et du vinaigre qu'on tire du même « fruit en le taisant bouillir. A l'égard «des dattes mêmes, celles qu'on voit « en Grèce ne servent ici qu'aux do- « mestiques. Celles qu'on réserve pour « les maîtres sont choisies, et d'une « beauté et d'une grosseur admirables.

« A la vue v elles ne différaient en rien « de l'ambre jaune. Ou en faisait sé- « cher aussi qu'on mettait à part pour « le dessert» Le vin , qu'on tirait de « oes dattes , était doux , mais il por- « tait à la tête. Ge fut aussi en cet en- « droit que nos soldats mangèrent « pour la première fois de la moelle de « palmier. Plusieurs admirèrent la fi- « gureetla douceur qui lui est propre; « mais cette substance causa aussi de « violents maux de tête à ceux qui en « avaient mangé. Le palmier à qui on « enlève cette moelle se dessèche entièrement* »

Tfmraftiiffx m chaeoe du servi* »■ guide

AUX GRECS Et DE LES REC02UKJIRB Xi AXS LEUR PATRIE. CE SATRAPE PAIT ARRETER PAR TRAHISON CLE ARQUE ET LES PRINCI- PAUX CHEFS DE LARMÉE GRECQUE.

L'armée séjourna dans ce pays trois jours, pendant lesquels Tissapherne nlla trouver les Grecs de la part d'Artaxerxès , ayec le frère de la reine et trois autres Perses , suivis d'un grand nombre d'esclaves. Ce satrape dit qu'il avait obtenu du roi la permission de ramener les Grecs sains et saufs dans leur patrie, malgré les oppositions

(*) Expédition de Cjrrut, tiv. u, chap. 3, S '4.

d'un grand nombre de Perses qui prétendaient qu'il n'était pas de la dignité du roi de laisser échapper des hommes qui lui avaient fait la guerre.

Après être tombés d'accord sur les conditions de la trêve, Tissapherne et le frère de la femme du roi jurèrent de les observer, et offrirent la main aux chefs des Grecs, qui prêtèrent aussi le même serment. La cérémonie achevée, Tissapherne s? rendit auprès d'Artaxerxès.

Cléaraue et Ariée, qui campaient à peu de distance l'un de l'autre, attendirent ensuite Tissapherne plus de vingt jours. Pendant ce temps-là, Ariée reçut les visites de ses frères et de plusieurs de ses parents, qui relevèrent son courage et celui des Perses qui étaient avec lui, en leur donnant 1 assurance que le roi oublierait entièrement le passé: depuis ce moment Ariée témoigna beaucoup moins d'égards aux Grecs. Cependant Tissapherne arriva avec son année, comme s'il avait eu le dessein de retourner dans son gouvernement. U était accompagné <f un Perse appelé Orontas, qui venait d'épouser la fille du roi.

Toute l'armée se mit en marche, guidée par Tissapherne , qui faisait fournir des vivres; Ariée, Tissapherne et Orontas marchaient et campaient ensemble avec les troupes qu'ils commandaient. Les Grecs, qui se méûaient de ces trois généraux, marchaient séparément sous la conduite de leurs suides, et posaient toujours leur camp a environ une parasange de celui des Perses. Les chefs des' deux nations s'observaient mutuellement , comme s'ils eussent été ennemis; quelquefois aussi les soldats en venaient aux coups pour le bois et le fourrage : de là naquit une haine réciproque.

Après trois jours de marche, l'armée arriva à la muraille Médique et la traversa. • Cette muraille, dit Xénophon (*), était bâtie de briques cuites jointes avec du bitume; sa largeur

(*) Expédition de Cfrtut\vr. u , chap. 4 , $ xa. Nous avons parlé de cette muraille, ci-devant page 7 v colonne i".

FftftSE.

in

était 4e vingt peds, et sa hauteur de

cent. »

L'armée Ht comité huit parasanges en deux marches, et traversa deux canaux sur des ponts. On arriva aux bords du. Tigre. Le lendemain matin, à la pointe du jour, les Grecs passé* rent ce fleuve sur un pont de trentesept bateaux; ils firent vingt parasanges en quatre [ours, et se trouvèrent sur les bords du Physcus (*). En cet endroit était une ville considérable nommée Opls (**), où les Grecs rencontrèrent un frère naturel de Cyrus et d'Artaxerxès , qui allait au secours de ce dernier avec une armée nombreuse qu'il lui amenait de Suse et d'Ecbatane. Après avoir fait trente parasanges en six jours, les Grecs arrivèrent à des villages qui appartenaient à Parysatis. Tissapherne voulant insulter a la mémoire de Cyrus, v que cette princesse aimait tendrement, permit aux Grecs de les piller, mais il défendit de faire des esclaves . On trouva dans ces villages beaucoup de blé, de bétail et d'effets. Les Grecs se retrou* vèrent alors de nouveau sur les bords du Tigre ; de l'autre côté de ce fleuve était ia ville de Cœnœ(***), dout les habitants apportaient à l'armée, sur des radeaux faits avec des peaux, du pain, du vin et du fromage. Les troupes atteignirent ensuite le fleuve du Zab et séjournèrent trois jours sur se$ bords.

La défiance qui existait entre les Perses et les Grecs augmentant toujours , Ciéarque eut avec Tissapherne

(*) Cette rivière est nommée Torna dans tme marche d'Hèracltus ; aujourd'hui on l'appelle Odcrneh. Voyez Hutoria miscella, attribuée à Paul Diacre, pag. 558 de l'édition 4e On ishi s, et d'Anville, Géographie ancienne , pag. 47a de l'édition de M. de Manne.

(**) Celte ville portait sous les Seleucides te nom tf Antiocfùa. Voyez l'ouvrage ijtic je viens de cher, pag. 47a et 473.

• (***) Un lieu nommé Senn et El-Senn parait occuper l'emplacement de l'ancienne Caease. Voyez d'Anville, Géogreplue ancientu, p. 417 de l'édition de M. de Manne.

une explication, à la suite de laquelle il 6e rendit auprès de ce satrape accompagné des principaux chefs des Grecs et d'environ deux cents soldats.

Arrivés au camp de Tissapherne, les Perses les massacrèrent tous, à l'exception des généraux, qui furent conduits à Artaxerxès, par Tordre duquel on leur trancha la tête. Un Grec échappa au massacre, blessé au ventre et tenant ses entrailles dans ses mainsi il apprit à ses compatriotes tout ce qui s'était passé. Les Grecs coururent aussitôt aux armes, s'attendant toujours à être attaqués ; mais ils ne virent paraître qu'Ariée, Artoèze et Mi* thridate, qui avaient témoigné une grande fidélité à Cyrus. Ces chefs étaient suivis de trois cents Perses armés de corselets ; quand ils furent à la portée de la voix, Ariée dit : « Grecs, Ciéarque ayant été convaincu « d'avoir violé &es serments et les ar* « ticles de la paix , a été justement « puni de mort, tandis que Proxène «et Ménou, qui ont découvert ses « desseins, sont en grand honneur.

« Quant à vous, le roi exige vos ar- « mes, car il ditqu'elles sont à lui, puis* « qu'elles appartenaient à Cyrus son « esclave. » Après quelques pourparlers, Ariée se retira avec son escorte.

L84 ORBCS SXISMfT d'aUTRES GKHRRAUJE, IL) SONT HARCRLRS DAKS LEUR MARCHE PAR MITBLR1DATR RT FAR TIS&AFBRRVS.

Les Grecs, privés de leurs généraux et de leurs principaux officiers, se trouvèrent dans une grande perplexité.

Ils étaient sans guides, environnés d'un grand nombre de nations en ne* mies, et trahis même par les Perses qui avaient servi sous Cyrus; ils comprirent la nécessité de choisir d'abord de nouveaux chefs. L'élection achevée , ils brûlèrent les voitures, les tentes et tout le bagage qui n'était pas absolument indispensable et qui aurait pu les gêner. Pendant qu ils prenaient leur repas, Mitlwridate arriva avec environ trente cavaliers, et leur représenta l'impossibilité où ils étaient de retourner dans leur

L'UNIVERS

patrie sans le consentement d'Artaxerxès. Ces paroles le rendirent suspect; d'ailleurs, on remaraua en sa compagnie un homme attaché à Tissapherne, pour veiller à sa conduite. Les Grecs décidèrent alors de n'admettre aucun envoyé de la part des Perses, parce que dans leurs entrevues ils corrompaient toujours quelques hommes.

Les troupes grecques ayant passé le fleuve du Zab, marchèrent en ordre de bataille, les bétes de somme au milieu , avec ceux qui les conduisaient.

On n'avait pas encore fait beaucoup de chemin , que parut de nouveau Mithridate , avec deux cents chevaux et quatre cents archers et frondeurs. Ce chef allait au-devant des Grecs comme leur ami ; mais , quand il fut près d'eux , soudain la cavalerie et les gens de pied tirèrent leurs flèches, les frondeurs lancèrent des pierres; quelques-uns des Grecs furent blessés , et rarrièregarde souffrit sans pouvoir se venger, car les archers de Crète ne tiraient pas si loin que les Perses. Xénophon , nouvellement élu général par les Grecs, se mit à poursuivre les troupes de Mithridate , mais il ne put les atteindre. Les cavaliers perses lançaient des traits en arrière , et blessaient leurs ennemis, même en fuyant.

Sur l'avis de Xénophon , les Grecs formèrent un corps de deux cents frondeurs et un petit escadron de cinquante chevaux , pour les opposer à la cavalerie et aux gens de trait des Perses.

Quelques jours après, Mithridate parut avec mille chevaux et quatre mille archers et frondeurs, que Tissapherne lui avait accordés sur la promesse qu'il avait faite de lui livrer les Grecs. Ceuxci venaient de passer un ravin, et n'en étaient éloignés que de huit stades, lorsque Mithridate le traversa avec les troupes qu'il commandait. On avait donné ordre à un certain nombre de

Sel tastes et d'hoplites et à la cavalerie e marcher droit aux Perses , de les poursuivre hardiment , en les assurant qu'on enverrait après eux, pour les soutenir, un nombre de troupes suffisant. Les Perses ne soutinrent point

le choc des Grées, et s'enfuirent vers le ravin.

Mithridate se retira après cet échec , et les Grecs ayant marché le reste du jour sans être inquiétés , arrivèrent sur les bords du Tigre, à Larisse, puis à Mespila (*).

A quatre parasanges au delà de cette dernière ville, Tissapherne se montra avec sa cavalerie, à laquelle il avait joint les troupes que lui avait données le roi; celles d'Orontas, les Perses qui avaient suivi Cyrus à son expédition , et les corps que le frère du roi avait amenés de Suse et d'Ecbatane. Toutes ces forces réunies faisaient une armée très - considérable.

Tissapherne envoya quelques-uns de ses bataillons contre les Grecs, mais il n'osa point engager l'attaque. Cependant il ordonna à ses gens de trait de se servir de l'arc et de la fronde. Les frondeurs et les archers grecs ayant fait leur décharge , Tissapherne se retira promptement hors de la portée du trait. Le reste du jour, les Grecs continuèrent leur route, et furent suivis par les Perses , oui n'osèrent point les inquiéter, car les frondes des Rhodiens portaient plus loin que celles des Perses, et même que les flèches de la plupart de leurs archers. Les Grecs trouvèrent dans les villages beaucoup de cordes d'arcs, et du plomb, dont ils firent usage pour les frondes.

Lorsque les Grecs eurent établi leur camp, les Perses se retirèrent; et, quand ils se remirent en route, Tissa-

{>herne les suivit en les harcelant de oin. Au bout de quelques jours de marche, les Grecs aperçurent un palais entouré de plusieurs villages. Il fallait, pour s'y rendre, passer des collines élevées. Les Grecs virent ces collines avec plaisir, parce que les forces des Perses consistaient en cavalerie, et ne pouvaient être à craindre que dans les

K laines. Lorsqu'au sortir du plat pays, ïs Grecs eurent monté sur la première colline, et qu'ils en furent descendus pour gravir la suivante , les habitants

O "Voyez ce que Xénophon dit de ces deux villes, ci-devant pag. 85, note.

PERSE

dn pays parurent, et on les força, à coups de fouet , de faire pleuvoir sur les Grecs, d'un lieu élevé, une grêle de dards , de pierres et de flèches. Ils blessèrent beaucoup de monde , et eurent l'avantage sur les troupes légères, qui furent obligées de se mettre à couvert au milieu des hoplites. Ceux-ci , se voyant pressés de la sorte , tâchèrent de poursuivre l'ennemi ; mais, comme ils étaient pesamment armés, ils eurent bien de la peine à parvenir au sommet de la colline ; et les habitants du pays firent, en les voyant approcher, une prompte retraite. Les Grecs trouvèrent la même difficulté à passer la seconde colline. Ils résolurent, par cette raison , de ne point faire descendre de la troisième colline les troupes pesamment armées avant d'avoir envoyé des troupes légères sur la montagne qui commandait la position des Perses.

Quand ces troupes l'eurent gagnée, les habitants se retirèrent, de crainte d'être eux - mêmes coupés. Les Grecs continuèrent à marcher de cette manière le reste du jour, et arrivèrent aux villages groupés autour du palais dont nous avons parlé.

Ils séjournèrent trois jours en ce lieu, à cause des blessés, et parce qu'ils y trouvèrent quantité de provisions destinées au satrape de la province; de la farine de froment, du vin , et beaucoup d'orge pour les chevaux. Le quatrième jour, ils descendirent dans la plaine. Tissapherne les ayant atteints avec ses troupes, les força d'interrompre leur marche, et de camper au premier village qu'ils rencontrèrent , car ils avaient beaucoup d'hommes qui ne pouvaient pas prendre part au combat; les uns, parce qu'ils portaient des blessés; et d'autres, parce qu'ils étaient chargés des armesde ceuxci. Mais lorsqu'ils furent cantonnés , les Perses s'étant avancés vers le village pour tenter une escarmouche, les Grecs eurent sur eux un grand avantage. Quand la nuit approcha , dit Xénophon (*), les Perses crurent qu'il

(*) Expédition de Crrus, Uv. m, ch. 4, $34.

était temps de se retirer, car ils cam> paient toujours à soixante stades an moins des Grecs, de peur d'être attaqués. Les armées des Perses redoutaient beaucoup les surprises nocturnes, parce que , pendant la nuit , les chevaux étaient liés , et avaient la plupart du temps les pieds retenus dans des entraves. S'il survenait une alerte, il fallait placer la housse sur le cheval , le brider, et que le cavalier mît son corselet , avant <jue de monter : toutes choses difficiles a exécuter la nuit, surtout dans un moment de tumulte et de confusion.

Quand les chefs des Grecs s'aperçurent que les Perses avaient l'intention tle se retirer, ils firent crier par un héraut , de manière à être entendu de l'ennemi, qu'on se tint prêta marcher. Là-dessus, les Perses attendirent quelque temps. Mais, au déclin du jour, ils partirent, croyant qu'il était dangereux de marcher et de se rendre au camp dans les ténèbres.

Lorsque les Grecs furent assurés de leur retraite , ils décampèrent aussi, et firent environ soixante stades. Les deux armées se trouvèrent alors à une si grande distance l'une de l'autre, que les Perses ne parurent ni le lendemain ni le surlendemain. Mais le quatrième jour, étant parvenus à gagner de l'avance, ils s'emparèrent d'une hauteur qui dominait le chemin par où les Grecs devaient passer. Chinsophe de Lacédémone, voyant ce sommet occupé par les Perses qui l'avaient prévenu , chargea Xénophon de les en déloger.

Celui-ci s'étant aperçu que, du sommet de la montagne gui dominait l'armée grecque, il y avait un chemin qui conduisait à la hauteur, occupée par les Perses , marcha avec toute la dihgence

{>ossible vers ce chemin. Aussitôt que es Perses virent Xénophon aller du côté de la hauteur qui dominait leur position, ils y coururent aussi. Les Grecs jetaient de grands cris pour encourager les leurs, et les soldats de Tissapherne en faisaient autant. Les Grecs ayant atteint les premiers le sommet de la montagne , les Perses tournèrent le dos, et s enfuirent. Tissapherne et

L'UNIVERS

Ariée s'éloignèrent avec leurs troupes, et prirent un autre chemin. Cbiriso* phe descendit alors dans la plaine, et campa dans un village , où Ton trouva des provisions en abondance. Il y avait aussi dans cette plaine beaucoup d'au* très viHages fort riches, le long du Tigre.

LU GRECS PASSEÎTT Lift MONTAOHtS Ulft CAR DU QtJ ES.

f Vers le soir, les Perses parurent tout à coup, et taillèrent en pièces quelques Grecs qui s'étaient écartés pour piller. Les Grecs prirent plusieurs troupeaux de bétail, que des gens de la campagne étaient occupés affaire passer de l'autre côté du fleuve. Ce»

pendant ils se trouvaient dans une position très-difficile. «D'un côté, dit Xénophon, ils étaient arrêtés par des montagnes excessivement élevées, et de l'autre, par un fleuve si profond, qu'on n'apercevait pas seulement au-dessus de l'eau le bout des piques avec lesquelles on le sondait. » t/armée, contrainte de retourner sur ses pas , et de suivre le chemin qui menait à Babylone, arriva à des villages qui n'avaient point été brûlés. Les généraux grecs se firent amener alors les prisonniers, et les questionnèrent sur les pays environnants. Les prisonniers dirent qu'il y avait au midi un chemin qui conduisait à Babvlone et en Médie, et qui était celui que l'armée avait suivi en venant; que, vers l'orient, il y en avait un autre qui menait à Suse et à Ecbatane; qu'a l'occident, de l'autre côté du fleuve, il y en avait un troisième qui menait en Lydie et en Ionie, ei que celui qui était au nord conduisait à travers les montagnes occupées par les Carduques (*) , peuple belliqueux qui n'était point encore soumis au roi de Perse. Ils ajoutèrent, pour effrayer Jes Grecs, que le roi étant entré dans leur pays avec une armée de cent vingt mille hommes, il n'en était pas revenu un seul , à cause de la difficulté des lieux ; mais que, lorsque »

(*) Aujottriftiû étt ks appelle Curdu.

ces peuples étaient en paix avec la sa» trape qui commandait dans la plaine , il y avait un commerce réciproque entre les deux nations. Alors les généraux grecs firent mettre à part les prisonniers qui avaient connaissance de chaque pays, sans découvrir quelle route ils avaient dessein de prendre.

Cependant, ils avaient jugé nécessaire de traverser les montagnes des Garduques, parce que les prisonniers leur avaient appris qu'au sortir de ces montagnes, ils entreraient en Arménie, pays vaste et fertile, et que, de là, ils pourraient se rendre facilement partout où ils auraient l'intention d'aller. Comme ils voulaient empêcher les Carduques d'être instruits du dessein qu'ils avaient de pénétrer dans leur pays, et occuper les hauteurs avant que ceuxci s'en fussent emparés , ils s'y prirent de la manière suivante. Vers le temps de la dernière veille, et lorsqu'il restait encore assez de nuit pour traverser la plaine dans l'obscurité, les Grecs décampèrent et arrivèrent à la montagne à la pointe du jour. Chirisophe marchait à la tête de l'armée, et Xénophon le suivait à l'arrière-garde.

Chirisophe gagna le sommet avant que d'être aperçu des Garduques , et marchant ensuite en avant , toujours suivi de la partie de l'armée qui avait franchi les hauteurs, il parvint aux villages situes dans Jes vallons et les enfoncements des montagnes.

Les Carduques abandonnèrent alors leurs habitations , et se sauvèrent sur les montagnes avec leurs femmes et leurs enfants. Les Grecs trouvèrent dans les maisons des vivres en abondance, et toutes sortes d'ustensiles de cuivre qu'ils s'abstinrent de piller. Ils ne poursuivirent même pas les habitants. Ils se flattaient qu'étant ennemis du roi de Perse , ils les laisseraient passer à travers leur pays sans les inquiéter. Les Carduques ne répondirent pas aux avances que leur firent les Grecs; et comme l'arrière-garde descendait des montagnes dans les villages, et qu'il faisait déjà nuit, parce que le chemin étant étroit, l'armée avait employé toute la journée à mon»

PEKSE.

ter et à descendre , ils attaquèrent les traîneurs, en tuèrent quelques-uns, et en blessèrent d'au très à coups de pierres et de flèches. Ils n'étaient encore qu'en petit nombre, les Grecs étant entrés

) chez eux à l'improviste; autrement, une grande partie de l'armée aurait couru risque de périr. Les Grecs passèrent la nuit dans les villages; les Carduques allumèrent des feux tout alentour sur les montagnes, et des deux côtés on s'observa.

Les troupes grecques étant parties le matin , passèrent tout le jour a combattre et a faire halte. Le lendemain il v eut un grand orage ; cependant il fallut continuer la route, parce que les vivres manquaient. Chirisophe conduisait l'avant-garde, et Xénophon l'arrière-garde. Les ennemis profitèrent du peu de largeur des chemins pour attaquer les Grecs avec vigueur, et ils firent voler sur eux une grélede pierres et de traits. Quand les Grecs furent arrivés au lieu où ils avaient dessein

> de camper, leurs chefs se firent amener sur-le-champ les prisonniers, et on leur demanda , à chacun en particulier, s'ils connaissaient un autre chemin que celui qu'on voyait. L'un d'eux , quoique menacé de la torture , répondit qu'il n'en savait point d'autre» Comme on ne put rien tirer de lui, on l'égorgea à la vue de son compagnon.

Gelui-ci répondit que cet homme avait caché la vérité, parce qu'une de ses filles était mariéedu côté où se trouvait lechemin , et qu'il conduirait les Grecs par une route où les bêtes de somme pourraient aussi aller. Il ajouta que cette route serait impraticable, si l'on ne s'a»* surait d'avance d'une certaine hauteur.

Quelques volontaires «'étant offerts pour cette expédition, on leur ordonna de prendre de la nourriture , et de se mettre en chemin avec le guide lié.

Ils partirent environ deux mille hommes; et, malgré une pluie très-violente, Xénophon marcha à la tête de l'arrière-garde vers la route qui était devant lui, afin d'attirer de ce côté l'attention des Carduques, et de cacher, autant qu'il serait possible, la marche du détachement. Quand Xé-

nophon fut arrivé avec l'arrière-garde à un ravin qu'il fallait traverser pour gravir la montagne, les Carduques tirent rouler d'en haut des pierres rondes d'une grosseur prodigieuse, et beaucoup d'autres , les unes plus petites, les autres plus grandes , qui, venant à se briser contre les rochers, en faisaient voler les éclats avec la même violence que si on les eût lancés avec la fronde , de sorte qu'il était absolu* ment impossible d'approcher du chemin. Les Carduques ne cessèrent point de rouler des pierres toute la nuit.

Cependant les Grecs qui marchaient avec le guide, surprirent les Carduques qui gardaient la hauteur, en tuèrent plusieurs, et poussèrent les autres dans des précipices.

A la pointe du jour, ils se mirent en ordre, et marchèrent en silence aux ennemis qui occupaient une autre éminence voisine ; et, comme il faisait un brouillard épais, ils arrivèrent près d'eux avant que ceux-ci s'en fussent aperçus. Aussitôt la trompette sonna, et les Grecs commencèrent l'attaque en jetant de grands cris. Les Carduques ne soutinrent pas le choc; ils s'enfuirent et abandonnèrent la défense du chemin. Comme ils étaient fort agiles, il y en eut peu de tués. Chirisophe , entendant la trompette , monta sur-le-champ avec ses troupes par le chemin escarpé qui était devant lui.

Les autres généraux prirent des sentiers détournés, chacun a l'endroit où il se trouva. Comme le chemin qu'avait pris le guide était le plus commode pour les né les de somme, Xénophon le suivait avec l'arrière-garde partagée en deux corps , le bagage entre deux. Il rencontra dans sa marche une hauteur qui dominait la route et que les Carduques occupaient. Les Grecs s'étant mutuellement encouragés, marchèrent vers cette hauteur en colonnes, laissant toutefois aux Carduques une issue pour se retirer : ceux-ci voyant les Grecs qui approchaient, s'enfuirent sans tirer de flèches et sans lancer de pierres. Les Grecs ayant aperçu devant eux une autre colline occupée de même par les habitants du pays, s'en

L'UNIVERS

emparèrent. Il en restait encore une troisième , beaucoup plus escarpée :

c'était celle qui dominait le poste où la garde des Carduques avait été surprise la nuit précédente. Lorsque les Grecs s'en furent approchés, les Carduques l'abandonnèrent sans combattre, cequi ût supposer qu'ils craignaient de se voir investis. Mais la vérité était que ces gens ayant vu du haut de la colline ce qui se passait derrière, s'étaient retirés avec précipitation, pour tomber sur l'arrière-garde des Grecs.

Xénophon monta avec les plus jeunes soldats sur le sommet de cette colline, afln de donner aux officiers

3u'il avait laissés derrière lui le temps e le joindre ; il ordonna aux autres corps de le suivre lentement, et de se tenir ensuite en ordre de bataille dans un endroit uni, près du chemin, lorsqu'ils seraient tous rassemblés. Il n'eut pas plutôt donné ces ordres , qu'il apprit que les troupes placées sur la première colline en avaient été chassées avec perte. Après cet avantage, les Carduques se postèrent sur une colline opposée à celle où était Xénophon.

Celui-ci leur proposa une trêve, et redemanda les morts. Ils promirent de les rendre , à condition qu'on ne mettrait point le feu aux villages. Xénophon y consentit. Lorsque les Grecs commencèrent à descendre du haut de la colline pour rejoindre ceux des leurs qui étaient en ordre de bataille, les Carduques avancèrent en grand nombre et en tumulte. Après avoir gagné le haut de la colline que Xénophon venait de quitter, ils en firent rouler des pierres; un soldat eut la jambe cassée. Les troupes grecques se trouvant toutes réunies, se logèrent dans un grand nombre de belles maisons, où fi y avait des vivres en abondance , et une telle quantité de vin, qu'on le gardait dans des citernes enduites de chaux. Le jour suivant, Jes Grecs marchèrent sans guide; et les Carduques, en combattant, et en s'emparant d'avance des défilés, faisaient leurs efforts pour les empêcher d'avancer.

Quand les Carduques fermaient le passage à l'avant-garde, Xénophon mon-

tait par derrière les montagnes, et, tâchant de gagner une position qui dominât celles qu'ils occupaient, il ouvrait le passage. S'ils attaquaient l'arrière-garde, Chirisophe tâchait aussi de gagner les hauteurs, et levait l'obstacle. Quelquefois les Carduques incommodaient beaucoup les Grecs à la descente des montagnes , car ils étaient très-agiles; et, quoiqu'ils approchassent dé très-près, ils échappaient facilement, n'ayant d'autres armes qu'un arc et une fronde. Ils étaient excellents archers. Leurs arcs , dit Xénophon (*) , avaient près de trois coudées, et leurs flèches plus de deux. Quand ils voulaient en décocher, ils tiraient à eux la corde vers la partie inférieure de l'arc, avançant le pied gauche , aGn d'être plus fermes. Ces flèches perçaient les boucliers et les corselets. Les Grecs les arrachaient pour s'en servir comme de dards , en y attachant une courroie.

Ce jour-là, les Grecs logèrent dans des villages situés au-dessus de Ja plaine oui s'étend jusqu'aux bords du Centrites (**). Cette rivière, qui a deux plèthres de largeur, et qui sépare l'Arménie du pays des Carduques, est éloignée de six à sept stades des montagnes de cette contrée. L'armée grecque avait mis à traverser le pavs des Carduques sept jours, pendant lesquels iJ fallut combattre continuellement; toutes les attaques du roi et de Tissapherne , dit Xénophon (***), n'étaient rien , comparées aux fatigues et aux dangers de cette marche. Les Grecs , se voyant délivrés de tous ces maux , s'abandonnèrent aux douceurs du sommeil. Mais aussitôt que le jour parut, ils aperçurent de l'autre côté de la rivière de la cavalerie armée de pied

(*) Expédition de Cjrrvs, liv. iv, eh. a,

( n Suivant l'opinion de d'Anville (Gtographie ancienne, t. JI, p. 3*3 de l'édition de M. de Manne) , le Cenlritès est le Khabour, qu'il ne faul pas confondre avec l'ancien Chaboras, également appelé aujourd'hui Kliabour.

(**•) Expédition de Cyrus, liv. xv , eh. 3,

PERSE

en cap, et, derrière cette cavalerie, un corps d'infanterie rangée en bataille sur les hauteurs. Ces troupes étaient composées d'Arméniens, de Mygdoniens et de Chaldéens (*). La hauteur sur laquelle ils se tenaient en bataille, n'était éloignée du fleuve que de trois a quatre plethres. On ne voyait qu'un seul chemin qui conduisit à la hauteur. Les Grecs tentèrent le passage de la rivière vis-à-vis de ce chemin ; mais il se trouva qu'ils avaient de l'eau audessus des mamelles , et que l'inégalité du fond de la rivière , que de gros cailloux rendaient très-glissant, les mettait dans l'impossibilité de tenir leurs armes dans l'eau. Ceux qui ressayaient étaient emportés par la rapidité du courant; et ceux qui les mettaient sur leur tête étaient exposés nus aux flèches et aux traits. Les Grecs se retirèrent en conséquence, et campèrent sur Jes bords de la rivière.

Un grand nombre de Carduques en armes s'étaient rassemblés sur leurs montagnes. Les Grecs furent bien décourages en voyant, d'un côté, une rivière profonde et des troupes nombreuses qui en défendaient le passage , et, de l'autre, les Carduques prêts à fondre sur eux. Ils passèrent ce jour et la nuit suivante dans de grandes inquiétudes: Xénophon nous apprend qu il eut alors un songe (**). Il s'imagina être dans des entraves, et que ces entraves étant venues à se briser d'elles-mêmes , il s'était vu en liberté d'aller partout où il voulait. Il alla trouver Chirisophe au point du jour ; et, après lui avoir dit qu'il se flattait que tout irait bien , il lui fit part du songe qu'il avait eu. Chirisophe s'en réjouit; et lorsque l'aurore parut, tous les généraux offrirent un sacrifice qui fut favorable dès la première victime. Les généraux et les officiers se rendirent ensuite à leurs quartiers,

* (*) Ces Chaldéens étaient un peuple libre du Pont; on les appelait aussi Ckalybcs. Ils passaient pour braves ; leurs armes étaient la lance et un bouclier d'osier.

(**) Expédition de Cyrus, liv. iv, chap. 3,

12* Livraison (Perse.)

pour ordonner aux troupes de prendre leur repas. Tandis que xénophon prenait le sien , deux jeunes hommes accoururent à lui , car on savait que chacun avait la liberté de l'aller trouver pendant ses repas, et de le faire éveiller pour lui communiquer les choses qui intéressaient l'armée. Ces jeunes gens Jui apprirent que, pendant qu'ils étaient occupés à rassembler du menu bois pour faire du feu , ils avaient aperçu de l'autre côté de la rivière, au milieu des rochers qui s'étendaient jusque sur ses bords, tin vieillard avec une femme et des servantes qui cachaient dans le creux d'un rocher un sac qui paraissait plein de hardes; qu'ils avaient cru pouvoir passer d'autant plus sûrement la rivière que ce lieu était inaccessible à la cavalerie ennemie. S'étant donc déshabillés ,- et tenant à la main leurs poignards, ils se jetèrent à la nage; mais la rivière étant guéable, ils sa trouvèrent de l'autre côté sans avoir eu de l'eau jusqu'à la ceinture.

Aussitôt Xénophon fit lui-même des libations; et ayant ordonné qu'on versât du vin à ces jeunes gens , il leur dit d'adresser leurs actions de grâces aux dieux qui leur avaient découvert ce passage. Xénophon les mena ensuite à Chirisophe, auquel ils firent le même rapport. Les deux généraux ordonnèrent aux soldats de tenir leurs bagages prêts; et ayant fait assembler les officiers, ils délibérèrent avec eux sur Ja manière la plus avantageuse de passer la rivière.

Il fut résolu que Chirisophe conduirait l'avant-garde , et traverserait la rivière avec la moitié de l'armée , suivie du bagage et de ceux qui en prenaient soin; tandis que Xénophon resterait en deçà avec l'autre moitié.

Ces mesures prises, on se mit en marche sous la conduite des deux jeu nés gens, longeant la rivière à gauche, afin de gagner le gué qui était éloigné d'environ quatre stades.

Pendant que les Grecs marchaient le long de la rivière , la cavalerie arménienne s'avançait toujours à la même hauteur sur la rive opposée. Arrivées au gué , les troupes passèrent par on-

L'UNIVERS

tonnes* Cependant les prêtres offraient des sacrifiées sur le bord de la rivière, tandis que les soldats voyaient pieuvoir autour d'eux une grêle de flèches et de pierres, dont aucune ne porta.

Chirisophe entra donc dans la rivière avec ses troupes. Quant à Xéno- |>hon , il prit les plus alertes de l'arrière-garde, et courut de toutes ses forces vers le passage opposé au chemin qui conduisait aux montagnes d'Arménie , faisant semblant de vouloir passer la rivière en cet endroit. La cavalerie arménienne, qui marchait le long du fleuve, voyant Chirisophe passer avec beaucoup de facilité, et Xénophon courir en arrière avec ses troupes, lâcha pied dans la crainte d'être enveloppée , et s'enfuit avec précipitation vers le chemin qui conduisait, par les hauteurs» des bords dû fleuve dans l'intérieur du pays. Quand les cavaliers eurent gagné ce chemin , ils gravirent la montagne. Chirisophe ne poursuivit point la cavalerie, mais il alla aux troupes postées sur la hauteur, près du fleuve. Celles-ci voyant leur cavalerie en fuite , et les hoplites

2ui se disposaient à les attaquer, abaoonnèrent la colline qui dominait le fleuve.

Xénophon ayant remaroué que tout allait bien de lautre côté de la rivière, retourna au plus vite vers l'armée oui passait , car on voyait déjà les Carduques descendre dans la plaine pour tomber sur i'arrière-garde. Le bagage des Grecs passait encore avec les valets , lorsque Xénophon ordonna aux capitaines de partager leurs compagnies en deux corps de vingt - cinq hommes chacun , et de marcher ainsi contre les Carduques.

Ceux-ci voyant I'arrière-garde réduite à un petit nombre par le départ des hommes qui avaient soin du ba-

gge, accoururent en chantant. Mais lirisophe envoya à Xénophon les peltastes , les frondeurs et les archers, et leur enjoignit de lui obéir en tout.

Dès que celui-ci les vit descendre de la montagne, il leur fit dire de se tenir ■ur le bord de la rivière , sans la passer, et que, lorsqu'il commencerait

lui-même à la traverser avec ses trou* pes, ils s'avançassent vis-à-vis de lui, les uns à droite , les autres à gauche , la main sur la courroie de leurs javelots , et la flèche sur l'arc , comme s'ils avaient dessein de passer la rivière , sans toutefois s'y engager bien avant.

Les Carduques s'étant aperçus que presque tous les Grecs avaient passé la rivière, et qu'il n'en restait plus qu'un petit nombre, les attaquèrent avec la fronde et l'arc ; mais les Grecs courant à eux , ils ne purent soutenir le choc ; car bien que leur armure suffit pour une attaque et une retraite soudaines sur leurs montagnes, cependant elle n'était point propre à un combat d'homme à homme. (*) Après avoir mis les Carduques en fuite, les Grecs, qui se trouvaient encore de l'autre côté, passèrent la rivière à la hâte.

LES GRECS TRAVERSENT l'aRMEVIE.

L'armée marcha en ordre de bataille, et fit cinq parasanges dans la plaine d'Arménie. Il n'y avait pas de villages dans les environs du Centritès, à cause des guerres continuelles que se faisaient les Perses et les Carduques.

L'armée atteignit un gros bourg , où l'on remarquait un palais destiné au satrape de la province, et dont presque toutes les maisons avaient des tours.

On y trouva beaucoup de provisions.

Les Grecs passèrent ensuite au-dessus des sources du Tigre et arrivèrent au Téléboas (**), petite rivière agréable , sur les bords de laquelle se trouvaient de nombreux villages. On appelait ce pays, dit Xénophon , Y Arménie occidentale (***); Tiribaze en était gouverneur. Ce satrape était fort aimé d'Ar-

(*) Voyez Xénophon, Expédition de Cyrus, Hv. ir, chap. 3 , § 3i.

(*•) On croit que celte rivière est VArsanias de Plutarque, de Pline, de Tacite et de Dion Cassius. Voyez Rennel , Illustrations ofthc UUtory ofthe expédition of Cyrus, pag. ao;.

(***) Expédition de Cyrus, Hv. iv, ch, 4 , S 4.

tE&Sl,

taxènè». Quand fi te trouvait è la

cour, nul autre que lui n'aidait an roi à monter à cheval. Il alla au-devant de l'armée avec de la cavalerie , et fit dire par un interprète qu'il voulait parler aux chefs. Les généraux y consentirent, et s'étant avancés à portée de la voix , ils lui demandèrent ce qu'il souhaitait. Il répondit qu'il s'engagerait par un traite à ne faire aucun mal aux Grecs, pourvu qu'ils ne brûlassent point Jes maisons , et se contentassent de prendre les provisions dont il* auraient besoin. Les généraux acceptèrent ces conditions, et le traité fut conclu.

Les Grecs s'avancèrent ensuite à travers la plaine , Tiribaze Jes suivant avec ses forces. L'armée arriva à un palais entouré de villages où les vivres étaient en abondance. On y trouva du bétail, du blé, d'excellent vin vieux, des raisins secs, et toutes sortes de légumes. Cependant quelques soldats, qui s'étaient écartés de leur cantonnement , rapportèrent qu'ils avaient aperçu une armée, et que la nuit on voyait beaucoup de feux. Les généraux croyant qu'il était plus sûr de réunir les troupes, que de les tenir dispersées dans les villages , les rassemblèrent et les firent camper en plein air. Il tomba la nuit une si grande quantité de neige , que les soldats , qui étaient couchés par terre, en furent couverts , ainsi que leurs armes, et les bêtes de somme se trouvèrent tellement engourdies, qu'on eut de la peine à les faire lever. C'était, dit Xénophon (*),une situation bien triste que celle de ces hommes ainsi étendus et cachés sous la neige. Pour lui, ayant eu Je courage de se lever sans son habit de dessus et de fendre du bois , bientôt quelques hommes se levèrent aussi, et voulant se rendre agréables à leur général, ils prirent le bois et le fendirent. D'autres soldats se levèrent encore, allumèrent du feu, et 8e frottèrent avec du saindoux, de l'huile de sésame, d'amandes amèreset

(*) Expédition de Cyrns, liv. xv, ch. 4,

Jetérdblattie, qui étaient et grsssde quantité dans le pays* On trouva aussi un onguent agréable , où toutes ces •drogues entraient.

Les généraux résolurent ensuite 4e cantonner de nouveau l'armée dans les •villages. Les soldats retournèrent alors avec plaisir, et en poussant de grands cris , dans les maisons où ils devaient trouver des vivres. Mais ceux qui y >avaient mis le feu en les quittant, furent justement punis et campèrent en plein air, exposés à toute la rigueur -du froid. On envoya cette nuit-là un détachement vers les montagnes , à l'endroit où les soldats qui s'étaient écartés de l'armée disaient avoir aperçu des feux.

Le chef du détachement dit qu'il n'avait point vu de feux , mais qu'il amenait un prisonnier. Cet homme, dit Xénophon (*), avait un arc et un carquois à la façon des Perses , avec une sagaris semblable à celles que portent les Amazones. Interrogé sur son pays, il répondit qu'il était Perse et appartenait à l'armée de Tiribaze, dont il s'était éloigné pour chercher des vivres. Les généraux grecs s'enquirent ensuite des forces de cette armée, et du motif pour lequel on Pavait réunie. Le Perse répondit qu'indépendamment de ses propres troupes, Tiribaze avait à sa solde des Chalybes et des Taoques , et qu'il voulait attaquer les Grecs dans m défilés, où il n'y avait qu'un seul passage.

Les généraux grecs , pour empêcher Tiribaze d'exécuter le dessein qu'il avait formé, réunirent l'armée, et, avant laissé une garde dans le camp, ilV partirent avec le prisonnier qui leur servait de guide. Après avoir franchi le haut des montagnes, les peltastes,

3ui formaient Tavant-garde des Grecs, écouvrirent le camp des Perses et y coururent avec de grands cris . sans attendre l'infanterie pesamment armée. Les troupes de Tiribaze s'enfuirent en entendant les cris des peltastes. Les Grecs leur tuèrent cependant

(*) Expédition de Ojrrm, S «6.

Ut. tr.ch. 4,

L'UNIVERS

quelques hommes, et prirent environ ▼ingt chevaux, avec la tente de Tïribaze , où l'on trouva des lits à pieds d'argent et des vases à boire; on fit aussi

Quelques prisonniers qui étaient lesbouingers et les échansons de Tiribaze

"Le lendemain , les Grecs partirent , pour ne pas donner aux ennemis le loisir de rallier leurs forces et de s'emparer des défilés. Le bagage étant prêt, ils se mirent en marche au milieu d'une neige profonde, sous la conduite de plusieurs guides, et ayant passé le même jour la hauteur sur laquelle Tiribaze avait dessein de les attaquer, ils campèrent. L'armée marcha ensuite pendant trois jours le long de l'Euphrate sans rencontrer d'habitations, et passa ce fleuve. Les hommes n'avaient de l'eau que jusqu'à la ceinture. Les Grecs firent après cela quinze parasanges en trois jours à travers une plaine couverte de beaucoup de neige. « La troisième marche, dit Xé- « nophon (*) , fut très-pénible , parce « que nous avions en face le vent du « nord dont nous étions brûlés et gelés. « Un devin conseilla de sacrifier au « vent. On lui immola des victimes, et « la violence avec laquelle il soufflait, « parut à tout le monde avoir diminué « sensiblement. La neige avait six pieds « de profondeur, de sorte qu'il périt «un grand nombre d'esclaves, de « bétes de somme, et environ trente « soldats. On trouva beaucoup de bois « au lieu où l'on campa, et Ton alluma « du feu toute la nuit. Comme ceux «qui étaient venus tard, n'avaient « point de bois , ceux qui étaient arri- « vés auparavant ne voulurent pas les • laisser approcher du feu , au ils ne « leur eussent fait part du blé ou des « autres provisions qu'ils avaient ap- « portées avec eux. Les soldats se par- « tagèrent ce qu'ils avaient. La neige « avant été fondue dans les endroits « ou l'efo avait allumé des feux, il fut « possible d'en mesurer la hauteur. »

Le lendemain , on marcha toute la

(*) Expédition de Cyrus, liv. iv, ch. 5, 3; 1. 1, p. 393 et a$3 de la traduction Larchcr.

journée à travers la neige, et beaucoup de soldats furent attaqués de la boulimie (*). Xénophon , qui commandait l'arrière-garde, ayant aperçu des hommes étendus par terre s'informa de leur mal et des moyens d'y porter remède.

On lui dit qu'il fallait leur donner quelque chose à manger. Aussitôt qu'ils eurent pris un peu de nourriture, ces soldats se levèrent et continuèrent leur route.

Vers le soir, Chirisophe étant arrivé à un village, rencontra, devant le fort et près de la fontaine, des femmes et des filles qui portaient de l'eau. Elles demandèrent qui ils étaient. L'interprète leur répondit en perse qu'ils allaient trouver le satrape de la part du roi. Les Grecs entrèrent avec les femmes dans le fort , et allèrent trouver le chef du village. Chirisophe se logea dans le fort et dans le village avec tous les soldats qui arrivèrent ; mais ceux qui n'eurent pas la force de continuer leur route, passèrent la nuit sans feu et sans aliments; de sorte qu'il en mourut quelques-uns. Des Perses , qui suivaient l'armée grecque dans l'espoir de trouver des occasions de voler, enlevèrent quelques chevaux que la fatigue empêchait de marcher, et se battirent entre eux à qui les aurait. On laissa derrière des soldats qui avaient perdu la vue par l'effet de la blancheur éclatante de la neige, ou les doigts des pieds par la rigueur du froid. On évitait le premier de ces dangers, en portant devant les yeux un morceau d étoffe noire, et pour empêcher que les pieds ne vinssent à geler, on les agitait continuellement, et on ôtait la nuit sa chaussure. Sans cette précaution, les sandales, faites de peaux de bœufs récemment écor-

(*) La boulimie est une maladie qui occasionne une faim excessive. Celui qui en est attaqué doit prendre de la nourriture à de petits intervalles. Il est faible au point de ne pouvoir pas se servir de ses membres ; il tombe par terre, devient pâle , a lesoxtrémités froides , l'estomac oppressé et le pouls très-peu sensible. Voyez Larcher, Expé~ ditionde Cyrus dans P Asie Supérieure, tracL en français , 1. 1 , p. 294, note.

PERSE

chés, s'attachaient aux pieds. quelques hommes ayant refusé de marcher, Xénophon employa tous les moyens possibles , et même les prières , pour les engager à ne point rester derrière ; leur disant que les Perses les suivaient de près et en grand nombre. A la fin il se fâcha ; mais ces gens lui dirent de les tuer plutôt , parce qu'ils ne pouvaient continuer leur route. Alors il crut n'avoir rien de mieux à faire que d'épouvanter, si cela était possible, les Perses, de crainte qu ils ne tombassent sur ces hommes fatigués. La nuit était très-noire, et les Perses s'avançaient, avec grand bruit, se querellant l'un l'autre au sujet du butin , lorsque tout à coup les soldats valides de Parrière-garde fondirent sur eux , tandis que les soldats fatigués frappaient leurs boucliers avec leurs piques en poussant de grands cris. Les Perses effrayés se jetèrent dans le vallon à travers la neige , et ne se firent plus entendre.

Xénophon s'en alla avec le reste de ses troupes;assurant)es malades que le lendemain il leur enverraitdu secours;mais il n'eut pas fait quatre stades, qu'il rencontra d'autres soldats qui reposaient dans la neige dont ils étaient cou verts, et sans garde ni sentinelle. Xénophon les ayant forcés de se lever, ils lui apprirent que ceux qui étaient en avant ne leur permettaient pas d'avancer. Il continua sa route, et faisant prendre les devants aux plus vigoureux de ses peltastes, il leur ordonna de voir ce qui arrêtait la marche. Ils lui rapportèrent que toute l'année était couchée dans la neige. Il plaça des sentinelles le mieux qu'il put, et passa la nuit avec ses troupes, sans feu et sans prendre de nourriture. Au point du jour, il envoya les plus jeunes de ses soldats aux malades pour les forcer à se lever et à partir. Cependant Chirisophe dépécha quelquesuns des siens pour s'informer de la situation de l'arrière-garde, qui entra bientôt dans le village où ce chef était cantonné. Quand les troupes furent réunies, les généraux crurent pouvoir sans danger Tes disperser dans les villages. Chirisophe resta dans le sien ;

les autres se rendirent à ceux qui leur étaient échos par le sort.

Un officier de l'armée prenant avec lui quelques soldats des plus alertes, et courant au village échu à Xénophon, surprit tous les habitants avec leur chef. Il trouva dix-sept jeunes chevaux qu'on nourrissait pour le roi , et qui étaient un tribut des habitants. Il prit aussi la fille du chef du village , mariée depuis neuf jours. Les habita* tions de ces villageois étaient pratiquées sous terre et avaient une ouverture qui ressemblait à celle d'un puits. On y descendait avec des échelles; mais on avait creusé une entrée pour le bétail. On trouva dans le village des chèvres, des brebis, des vaches et des volatiles. On nourrissait le bétail dans les habitations avec du foin. On trouva aussi du blé , de l'orge , des légumes, et de la bière dans des cuves pleines jusqu'aux bords , où l'on voyait nager l'orge avec des chalumeaux sans nœuds, les uns plus grands , les autres plus petits , dont on se servait pour boire. Cette bière , dit Xénophon (*), était très-forte quand on n'y mettait point d'eau , et semblait très-agréable à ceux qui y étaient accoutumés.

Xénophon fit souper avec lui le chef du village, et le rassura en lui promettant qu'on ne le priverait pas de ses enfants, et que, lorsqu'on partirait, on emplirait sa maison de provisions, pour le dédommager de celles qu'on avait enlevées , pourvu qu'il rendît à l'armée quelque service signalé , en lui servant <ïe guide jusque chez un autre peuple. Il le promit, et, pour donner des preuves de sa bonne volonté, il indiqua les endroits où l'on avait caché du vin. Les soldats se reposèrent cette nuit-là «dans leurs différents quartiers, sans perdre de vue le chef du village et ses enfants. Le lendemain, Xénophon le prit avec lui pour aller trouver Chirisophe. Dans tous les villages où il passait, il visitait ceux qui y étaient cantonnés, et partout A les

(*) Expédition de Crras, Ut. nr, ch. 5, S »7 ; 1. 1 . p. 3ox de la traduction de Lètcher.

L'UNIVERS

tconvatt dans h joie et taisant benne

chère, tes tables étaient couvertes d'agneaux, 4e chevreaux, de porcs, de veaux et de volaille, avec dea pains es abondance, tes uns de froment, les autre» o'erjge. Quand aue^u'un voulait boire a la santé d'un ami, il le menait à la cuve, où il était obligé de ae baisser et de boire, en attirant la liqueur comme un bœuf. Les soldats permirent au chef de village de prendre dans le butin tout ee qu il désirerait. Mais il n'accepta aue ses parents, qu'il emmena avec lui.

Lorsque Xénopbon arriva au quartier de Chirisophe 9 il trouva ce générai à table , une couronne de foin sur la tête, et se faisant servir par déjeunes Arméniens , vêtus suivant l'usage du pays- On leur montrait par signes.

comme à des sourds, ce qu'on désiraii d'eux. Cbirisopbe et Xénopbon s'étant fait beaucoup d'amitiés , demandèrent au chef de village, par le moyen de leur interprète qui parlait la langue perse , en quel pays ils étaient. En Arménie.

leur dit-il. Puis il ajouta que le pays voisin était babité par les Chalybes, et indiqua le cbemin qui y conduisait. Après cela, Xénopbon s'en retourna avec cet homme qu'il ramena dans sa famille , et lui donna un cheval qu'il avait pris quelque temps auparavant, et qui était vieux , en lui recommandant de le rétablir pour le sacrifier au soleil, à qui il avait appris qu'il était consacré. Car il eut peur qu'il ne mourût de la fatigue qu'il avait essuyée dans la route. En même temps il prit pour lui un des jeunes chevaux destinés au roi , et en donna un à chacun des généraux et des capitaines. Les chevaux d'Arménie étaient plus petits que ceux de Perse, mais ils avaient plus de feu. Le chef de village apprit à Xénopbon la manière d'attacher des espèces de raquettes aux pieds des chevaux et des bétes de charge qui marchaient sur la neige; autrement ces animaux y enfonçaient jusqu'au ventre.

Après avoir séjourné huit jours en ces lieux, Xénopbon remit le chef de village à Chirisophe pour lui servir de

Cet homme les conduisait à travers la neige , sans être lié. Chirisophe s'étant flché contre lui , parce ou il ne le menait pas dans les villages, u répondit qu'il n'y en avait point en ces lieux. Chirisophe le frappa , et ne le fit point lier. La nuit suivante , l'Arménien se sauva.

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Après sept marches , de cinq parasangee chacune , les Grecs arrivèrent sur les bords du Phase; de là ils firent dix parasanges en deux jours, et trouvèrent les Chalybes , les Taoques et les Phasiens rangés sur des montagnes, et dans un défilé que l'armée devait nécessairement traverser. Aussitôt que Chirisophe eut reconnu que ces peuples étaient maîtres du passage, il fit halte , environ à trente stades d'eux, et convint avec les généraux et les capitaines de s'emparer des sommets des montagnes. Les habitants du pays s'étant aperçus que les Grecs étaient maîtres des hauteurs , veillèrent toute la nuit, et allumèrent beaucoup de feux. Le lendemain, les Grecs les attaquèrent, et en tuèrent un grand nombre. Étant descendus dans la plaine, ils trouvèrent des villages remplis de toutes sortes de provisions.

Ils firent ensuite trente parasanges en cinq marches, et arrivèrent dans le pays des Taoques , d'où ils passèrent sur le territoire des Chalybes. Ceux-ci, qui étaient fort belliqueux , portaient un corselet de lin très-long, et duquel pendaient un grand nombre de cordes qui servaient de tassettes. Ils avaient aussi des grèves, un bouclier, et à leur ceinture un coutelas avec lequel ils tuaient leurs prisonniers* Ils leur coupaient ensuite la tête qu'ils portaient en triomphe. C'était aussi leur coutume de chanter et de danser, quand ils pensaient être vus de leurs ennemis. Ils se servaient de piques qui avaient quinze coudées de longueur.

Les Grecs traversèrent ensuite le pays des Macrons , atteignirent les

PEsVSB.

montagnes de la Colchide , et campèrent dans des villages où ils trouvé* rent des vivres en abondance, et entre autres choses du miel qui fit perdre la raison et donna des nausées à ceux qui en mangèrent. Ceux qui n'en avaient pris que peu , dit Xénophon (*) , ressemblaient à des gens ivres , et ceux qui en avaient mangé davantage ne pouvaient se tenir sur leurs jambes et semblaient en délire ou moribonds. Personne néanmoins n'en mourut , et le délire cessa le lendemain, à peu près à la même heure où il avait commencé. Le troisième et le quatrième jour, les malades purent se lever, quoique très-faibles.

Les Grecs passèrent par Trébisonde et Cérasonte(**), et entrèrent dans le pays des Mosynœques. Ces peupleç.

étaient divisés en deux partis et se faisaient la guerre. Les Grecs s'allièrent à un des partis, et le lendemain, dit Xénophon (***), les magistrats de ees Mosynœques arrivèrent avec trois cents canots, chacun d'un seul trono d'arbre et monté par trois hommes. Un de ees hommes resta dans le canot pour le garder, tandis que les deux autres descendirent à terre et se parta-

(*) Expédition de Cyrus, liv. iv, chap. S*

Pline parle (JRistf /w/., lib. xxi, cap. i3, S 45) d'une sorte de miel qui de son temps se trouvait sur les côtes du Pont , et qu'il désigne sous le nom de Mauiomenon met ( (iaivou£vov u&i, nul qui i/uaniam gignit)t parce qu'il faisait perdre la raison à ceux qui en mangeaient; et Pitlon de TourneforJ rapporte {Relation d'un voyage au Levant, tom. II, pag. i3o), d'après le P. Lambert, missionnaire théatin , que les abeilles recueillent sur un arbrisseau de la Colchide ou Mingrélie, des sucs qui produisent un miel nauséabond et dangereux.

(**) Ce fut, dit-on, dans cette ville que L. Lucullus trouva le cerisier qu'il porta en Italie; de là les noms latins de cerasus et ccraswn pour désigner l'arbre et le fruit. Cerasonte est aujourd'hui appelée Keresount par les Turcs. Voyez d'Anville, Géogropfùe ancienne > p. a58 de Tédilion de M. de Manne.

(**•) Expédition de Qrnts, Uv. v , eh. 4 ,

gèrent en deux troupes de cent homme* chacune, qui chantaient et se répondaient comme des chœurs. Ces gens portaient tous des boucliers d'osier couverts de peaux de boeuf blanches, avec le poil, et de la main droite ils tenaient un javelot long de six cou»

dées, arrondi par un bout et garni d'une pointe à l'autre. Ils avaient en outre des sagaris de fer, et étaient têtu* de petites tuniques faites d'une toiltf très-grossière, et qui ne leur descendaient pas jusqu'aux genoux. Ils avaient la tête couverte d'un casque de cuir semblable à celui des Papnlagoniens, et du sommet duquel sortait unç touffe de cheveux tressés qui formaient la pointe. Les deux chœurs se mirent en marche, et mesurant leurs pas sur un air qu'ils chantaient, ils passèrent à travers les rangs des soldats grecs sous les armes , et s'avancèrent vers un fort des Mosynœques leurs en* nemis. Ceux-ci firent alors une sortie, et tuèrent quelques hommes auxquels ils coupèrent la tête , qu'ils montrèrent ensuite avec orgueil en dansant et eri chantant un air particulier. Le lendemain , les Grecs s'emparèrent du fort et d'une ville située à côté, où le roi faisait sa résidence dans une tour de bois. Tout fut livré au pillage , et les Grecs trouvèrent dans les maisons de grandes provisions de pain faites Tannée précédente, suivant l'usage du pays ; la nouvelle récolte était surtout composée d'épeautre et se gardait en paille. Les habitants conservaient aussi clans des amphores des dauphins salés et coupés par morceaux , et se servaient de la graisse de ces poissons, comme d'assaisonnement pour remplacer l'huile. Les greniers étaient pleins de grosses châtaignes qui leur tenaient quelquefois lieu de pain. Le vin , qui paraissait acide quand on le buvait pur, devenait agréable et doux mélangé avec de l'eau. Xénophon observe que les Mosynœques étaient extrêmement blancs, ainsi que leurs femmes, et que les enfants des gens liebes se faisaient peiudre le dos de diverses couleurs et avaient des stigmates qui représentaient des fleurs;

LTNIVERS.

Jamais Famée n'avait va un peuple plus éloigné des usages des Grecs ; car ils faisaient devant tout le monde ce que les autres hommes font en particulier, et n'oseraient faire en public; et lorsqu'ils étaient seuls, ils se conduisaient comme s'ils étaient, en compagnie. Ils riaient et dansaient, partout où il se trouvaient, comme s'ils voulaient donner à des spectateurs une preuve de leurs talents (*).

L'armée entra ensuite sur les terres des Chalybes, qui vivaient du produit de leurs ouvrages de fer, et s'arrêta à Cotyore, ville grecque et colonie de Sinope, située dans le pays des Tibaréniens. Les Grecs s embarquèrent dans ce port et se rendirent à Sinope, d'où ils allèrent par mer à Héraclée (**), colonie de Mégare-, puis ils continuèrent leur route jusqu au portrde Cal né, les uns par terre, les autres par mer (***). L'armée s'étant trouvée de nouveau réunie dans cette ville et souffrant du manque de vivres, il fut décidé qu'on irait en prendre dans les villages voisins. Près de deux mille hommes sortirent du camp. Tandis qu'ils étaient occupés à piller , la cavalerie de Pbaroabaze, qui était venue au secours des Bithyniens, habitants du pays, tomba sur eux et leur tua environ cinq cents hommes. Le lendemain , ces mêmes Bithyniens , soutenus par deux généraux perses, Spithridate et Rhathine, envoyés par Pharnabaze avec des troupes, furent battus par les Grecs, sous le commandement de Xé« nophon. Marchant ensuite à travers la Bithynie , l'armée arriva à Chrysopolis (****) en Chalcédoine. Pharnabaze craignant que les Grecs n'entrassent dans son gouvernement, fit prier Anaxibius, général de la flotte de Lacédémone, lequel se trouvait alors à Byzance , de les engager à passer d'Asie

(*) Expédition de Cyrut, liv. v, chap. 4, S 33.

(**) Aujourd'hui Erekli. Voyez d'An ville, Géograplùe ancienne, p. a 48.

(•**) Expédition de Cyrus, liv. vr, ch. a,

(••**) Aujourd'hui Scutark

en Europe, moyennant des conditions avantageuses. Les soldats grecs ayant accepté les offres qui leur étaient faites, se rendirent à Byzance, et s'engagèrent ensuite au service de Seuthes , roi de Thrace.

XÉNOPBOH S'EMBARQUE POUR LA M PS A QUE AVEC LU OR ECS QUI AVAIENT SERTI SOUS CTRUS. EXPÉDITIOZf PEU XVPORTAVTE CONTRE LES PERSES. XÉNOPHON REMET LE COMMANDE- MENT A THIMBRON.

Quelque temps après, ils reçurent une ambassade de la part de Thimbron , général lacédémonien , poar leur annoncer mie la république de Sparte, décidée à faire la guerre à Tissapnerne , l'avait choisi pour diriger l'expédition. Les ambassadeurs finissaient en engageant l'armée à suivre Thimbron. Les grands avantages qu'on leur promettait ayant décidé les soldats, l'armée s'embarqua pour Lampsaque, sous la conduite de Xénophon, traversa le territoire de Troie, passa le mont Ida, arriva à Antandros, atteignit la plaine de Thèbes (*), celle du Calque, en passant par Adramyttium (**) et Certonium (***), et arriva à Pergameen Mysie. Là , Xénophon apprit qu'un Perse fort riche appelé Asidate était dans la plaine, et que s'il allait de nuit avec trois cents hommes, il l'enlèverait, lui, sa femme , ses enfants et ses trésors (****). Xénophon se mit en marche avec six cents nommes, et arriva vers le milieu « de la nuit au château d' Asidate qu'il attaqua. Les Grecs ne pouvant s'en rendre maîtres, essayèrent de faire une brèche à la muraille, qui avait huit briques d'épaisseur. Les assiégés lancèrent contre les ennemis une grande

(*) Tille de Cilicie, petit pays de la Troade où avait régné Éétion, père d'Andromaque (Homère, Iliade, liv. vi, vers 3y6 et 97). Cette ville n'existait plus du temps de Sirabon. Voyez liv. xtu, p. 6ia D.

. (**) Adramyttium, ville de Mysie. Aujourd'hui Adramytù et Landremitrc.

(***) On igoore où était située celle ville.

(****) Expédition de Cyrus, liv. vu, ch. 8f 5 9.

Suantité de flèches. Aux cris des gens u château et aux signaux qu'ils firent par le moyen du feu , les secours arrivèrent, et entre autres des hoplites de la Comanie, environ quatre-vingts cavaliers hyrcaniens, et quelques autres tirés des places voisines, et huit cents peltastes. Les Grecs ayant également reçu des renforts, parvinrent à se retirer avec deux cents prisonniers et quelques têtes de bétail , sans ' avoir perdu un seul homme; mais la moitié de leurs soldats était blessée.

Asidate croyant n'avoir plus rien à* craindre après l'attaque qu'il avait repoussée, se tint moins sur ses gardes; puis il abandonna son château pour s'établir dans des villages qui touchaient aux murs de la ville de Parthénium. Xénophon l'y surprit , et l'enleva avec sa famille, ses chevaux et ses richesses.

Nous n'avons rapporté ce fait, qui ressemble plus à une attaque de brigands qu'à une expédition militaire, et sur lequel on regrette que Xéno-

Shon s'étende d'une manière si peu igné d'un homme de guerre tel que lui , que pour donner une idée de la facilité avec laquelle l'ennemi même le plus faible pouvait faire impunément une irruption dans l'empire perse.

Thimbron étant arrivé, joignit les troupes de Xénophon aux siennes, et se disposa à faire la guerre à Tissapherne et à Pharnabaze.

SUITES QU'EURENT A LA COUR DE PERSE LA RÉVOLTE DE. CTRUS ET LA BATAILLE DE CUNAXA. RECOMPENSES ACCORDEES PAR ARTAXERXES ; VENGEANCE DE CE PRINCE ; CRUAUTÉ ET JALOUSIE DE PARYSATIS ; EMPOISONNEMENT DE STATIRA.

Après la bataille de Gunaxa, Artaxerxès envoya de magnifiques présents au fils d'Artagerse, que Cyrus avait tué de sa main, et récompensa ses autres officiers. Il montra aussi de la modération dans la punition des coupables. UnMède, nommé Arbace, avait passé pendant le combat dans l'armée de Cyrus, et lorsqu'il avait tu

ce prince mort, il était retourné à celle du roi. Artaxerxès attribuant sa désertion à la crainte et à la lâcheté «

{rtutôt qu'à la perfidie et à la trahison , e condamna a se promener un jour entier sur la place publique, portant sur ses épaules une courtisane couverte seulement de son vêtement de dessous (*). Un autre qui, ayant aussi déserté, s'était de plus vanté d'avoir tué deux ennemis , eut la langue percée de trois alênes.

Persuadé qu'il avait tué Cyrus, et voulant que tout le monde le crût et le ' dît, Artaxerxès envoya des présents à Mithridate, qui avait blessé ce prince le premier, et commanda à ceux oui les % lui portèrent, de dire que le roi l'nonorait de ces présents pour avoir apporté la housse du cheval de Cyrus. Le Carien dont nous avons parlé plus haut adressa une demande à Artaxerxès, qui lui fit dire : « Le roi te donne ce « présent parce que tu lui as apporté le « second la bonne nouvelle; car c'est « Artasyras qui lui a le premier appris « la mort de Cyrus , et tu es venu enr « suite. » Le malheureux Carien fut victime de sa folie. Ébloui sans doute par sa nouvelle fortune, et se persuadant qu'il pouvait aspirer aux plus grandes choses , il ne voulut pas recevoir les présents du roi comme la simple récompense de l'annonce d'une bonne nouvelle, et, dans un mouvement de colère, il protesta hautement que nul autre que lui n'avait tué Cyrus. Le roi, irrité de ses plaintes, ordonna qu'on lui tranchât la tête. La reine Parysatis était présente lorsqu'il donna cet ordre. « Seigneur, lui dit-elle, ne « punissez pas d'un si doux supplice « ce misérable Carien , et laissez-moi lui « donner la digne récompense de l'ac- « tion dont il ose se vanter. » Le roi le lui ayant abandonné, elle le fit

S rendre par les bourreaux, et leur oronna de le tenir à la torture pendant dix jours, de lui arracher les yeux, et

(*) Plutarque, Vie d'Artaxerxès , ch. 14. Voyez sur le sens que je donne au mot *P(av6ç du texte, Larcher, Expédition de Cyrus, 1. 1 , p. 96 , oote.

L'UJflYEftS.

4e toi wser de l'airain feadu dans les oreilles Jusqu'à ce qu'il eût expiré dans eet horrible supplice.

Peu de temps après, Mithridate se perdit également par son imprudence.

Invité à un repas où se trouvaient les eunuques du roi et ceux de Ja rein* Parysatis , il s'y rendit paré d'une robe et de Joyaux dont Artaxerxès lui avait fait présent. Quand à la fin du repas on se fut mis à boire, celui des eunuques de Parysatis qui avait le plus de crédit auprès d'elle, adressant la parole à cet officier : « Mitbridate, lui dit-il, quelle robe le roi t'a donnée!

quels bracelets! quels colliers! quel riche cimeterre ! Il u'est personne qui ne t'admire et ne porte envie à ton bonheur. » Mithridate, déjà échauffé par les fumées du vin : « Eh ! mon cher Sparamixas, lui répondit- {1, qu'estce que cela , au prix des récompenses dont je me montrai digne le jour de la bataille? — Mithridate, reprit l'eunuque en souriant, je suis loin de te porter envie; mais puisque, selon le proverbe des Grecs, la vérité est dans le vin, quel est donc, mon ami , ce grand exploit d'avoir ramassé la housse d'un cheval et de l'avoir portée au roi ? — Vous autres , reprit Mithridate, vous parlerez tant qu'il vous plaira des housses de cheval et d'autres sottises pareilles : pour moi , je vous déclare sans détour que c'est de cette main que Cyrus a péri. Je ne lui portai pas, comme Artagerse, un coup inutile et sans effet; je le frappai dans la tempe, tout près de l'œil; et lui perçant la tête d'outre en outre, je le renversai par terre, « et il mourut de cette blessure. »

Tous les convives, prévoyant la fin malheureuse de Mithridate, baissèrent les yeux à terre, et celui qui donnait le repas , prenant la parole : « Mithridate , « lui dit-il, buvons et faisons bonne * chère, en adorant le génie du roi , et « laissons là ces propos, qui sont au- « dessus de nous (*). »

(*) Plutarqtie, Vie d'Artaxerxès, oh. i5. On lit dans le leste : lu wtv, lot), MtOûitâfa, irfvtojxev iv tû napovn xai 6atiifc>|Mv, ?àv

L'eunuque, au sortir de tahfe, alla

rapporter à Parysatis le propos de Mitbridate, et la reine en informa le roi, qui ne put voir sans indignation que cet officier démentit sa prétention, et lui enlevât ce qu'il y avait de plus glorieux et de plus flatteur, selon lui , dans la victoire. Il condamna donc Mithridate à mourir du supplice des auges.

Il restait encore à Parysatis, pour assouvir tout à fait sa vengeance , de faire périr Mésabate, cet eunuque d* Artaxerxès qui avait coupé la tête et la main droite de Cyrus. Comme Mésabate ne donnait aucune prise sur lui , Parysatis ourdit la trame suivante cour le perdre. Cette princesse jouait fort bien aux dés. Avant l'expédition de Cyrus, elle faisait souvent la partie du roi; et après la bataille de Cunaxa, lorsqu'elle fut rentrée en grâce auprès de lui, elle ne le quittait presque jamais, laissant à peine à Statira le , temps de le voir et de s'entretenir avec lui; car elle avait une haine implacable contre celle-ci , et voulait obtenir le plus grand crédit auprès df Artaxerxès. Elle proposa un jour à ce prince de jouer aux dés mille dariques, et perdant à dessein , elle paya. Mais feignant du chagrin et du dépit, elle demanda sa revanche et proposa de jouer un eunuque. Artaxerxès y consentit, et la reine mettant au jeu toute l'application dont elle était capable, gagna la partie, et demanda Mésabate, que le roi lui donna. Elle ne l'eut pas plutôt en sa puissance, qu'avant que le roi pût se douter de son dessein y elle le livra aux bourreaux et leur or-

PajTiX^toç Saijjiova rcpoçxvvoOvreç. Xoyovç & u,eiÇovç % xa6' ^jjlôc; &x<t<i){jl£v. J'ai donné la traduction de Ricard qui est exacte. la version latine , jointe à l'édition de Reiske, porte : Heus tu, inquit, Mithridate, bibamus nunc etepulemur, régis fortunam adorantes; verba sorte nostra majora valeant. An lieu de régis fortunam, il aurait fallu dire régis dœmonem ou genium, car dans ce passage il s'agit certainement du férotiher du roi , quoique les différents éditeurs et traducteurs de Plutacque n'en aient pas fait la remarque.

PERSE

ttr

donna de réeorcber vif, d'étendre en* mite son corps en travers sur trois croix , et sa peau sur trois pieux. Quand le roi apprit cette cruelle exécution , il en fut tres-offligé et en témoigna toute son indignation; mais Parysatis ne fit qu'en rire, et toi dit : « Vraiment, vous avez bonne grâce de vous mettre ainsi en colère pour un misérable eunuque décrépit; et moi qui ai perdu mille doriques, je prends patience et me tais. » Le roi, quoique irrité d'avoir été trompé, ne donna cependant pas de suite à son ressentiment. Il n'en fut pas de même de la reine Statira; indignée des cruautés de Parysatis, qui d'ailleurs lui était odieuse, elle se plaignit de ce que, pour venger ia mort de Cyrus, elle fît périr avec tant d'injustiee et de barbarie les plus fidèles serviteurs du roi. Ces plaintes réveillèrent la haine et la jalousie que Parysatis avait conçues depuis longtemps contre Statira. Elle s'apercevait d'ailleurs que le crédit dont elle jouissait elle-même auprès d'Àrtaxerxès ne venait que du respect filial qu'il avait encore pour elle, tandis que le pouvoir de Statira, fruit de la vive affection et de la confiance de son mari , reposait sur des bases inébranlables. Pour mieux parvenir a ses fins, elle fit semblant de se réconcilier avec Statira. Les deux reines se rendaient mutuellement visite et mangeaient Tune chez l'autre; mais elles se tenaient sur leurs gardes et ne prenaient que des mêmes mets. Il y a en Perse, dit Plutarque, un petrt oiseau qui n'a point d'excréments et dont les intestins sont remplis de graisse, ce qui fait croire qu'il se nourrit de vent et de rosée : on le nomme rhyntacès(*). Parysatis ayant

(*) Plutarque , Vie d'Artaxerxès , ch. 19. Suivant Ctésias {Persiqurs, ch. 61), cet oiseau porte le nom de rhyndacès et n'est pas plus gros qu'un œuf (ôpvi'Oiov (iixpov péyeOoç tcrov (00O). Schneider, dans son Dicliouuaire grec-allemand, dit que le rhyndacès est un oiseau de l'Inde de la grosseur d'un pigeon, et il ne cite que les deux passages de Pluiarqoe et de Gtesias , où l'on oe trouve rien de semblable. Il faut croire qu'en écrivant cet

pris un de ces oiseaux, le ceqpa par ta milieu avec on couteau, dont un des côtés de la lame était frotté de poison* Elle en mangea la moitié same, et donna l'autre à la jeune reine. Les douleurs aiguës et les convulsions violentes que cette princesse éprouva, ne lui laissèrent aucun doute sur la cause de son mal-, et donnèrent au roi des soupçons contre sa mère, dont il connaissait le caractère vindicatif et cruel. Pour s'en assurer, il fit mettre à la torture tous les gens attachés à la maison de Parysatis. Une femme nommée Gigis, qui avait toute la confiance. de la reine mère, fut arrêtée et condamnée au supplice dont les lois des Perses punissaient les empoisonneurs.

On leur plaçait la tête sur une pierre fort large, et on la leur frappait avec une autre pierre, jusqu'à ce que les os fussent entièrement écrasés et le visage tout aplati. Quant à Parysatis, le roi se contenta de la reléguer à Ba~ bylone, qu'elle avait choisie elle-même pour lieu de son exil. -

TrSSAPHMRTTE CHERCHE A THQUIETEft LIS VIL- LES GRECQUES DE L*ASIE MIKEUEfi QUI

avaieitt suivi le parti de chu us. ces

TILLES DR M A Un EUT DU SECOUES AU* LA- OâDBHOHtEIlS. EXPÉDITIOHS DE THIMBROX ET DE DftRCYLLIDAS. HISTOUIE DE MANIA.

Artaxerxès voulao) récompenser Tissapherne des services qu'il lui avait rendus, ajouta à son ancien gouvernement celui de Cyrus (*). Tissapherne, à peine investi de sa nouvelle dignité, enjoignit à toutes les villes ioniennes de reconnaître sa domination. Ces villes , jalouses de leur liberté , et craignant d'ailleurs le ressentiment de Tissapherne, à qui elles avaient pré* féré Cyrus , députèrent vers les Lacéarticle raulèur avait sous les veux dea autorités qu'il n'a )M>int indiquées. Le* éditeurs de l'édition de Londres du Tltesaurus lingum Grtrcœ, reconnaissent le rhyndacès dans un oiseau appelé en persan moderne round, et qui vit dans les rizières.

(*) Xénophon , Histoire grecque, liv. m, chap. 1,

v L'UNIVERS.

démontent pour leur demander du secours. Les Lacédémoniens leur en* voyèrent Thimbron, avec cinq mille hommes d'infanterie et trois cents cavaliers. Arrivé en Asie , ce chef rassembla toutes les troupes qui se trouvaient dans les villes grecques : cependant, comme son armée n'était pas assez considérable pour lui permettre de tenir tête aux forces des Perses , il se borna à empêcher leur cavalerie de ravager les terres , sans jamais descendre dans la plaine pour les combattre. Lorsque les troupes grecques commandées par XénOphon se furent jointes à lui , comme nous l'avons dit plus haut , il prit l'offensive ( an du monde 3605 ; avant J. C. , 399), et se rendit maître sans coup férir des villes de Pergame , Teuthranie et Halisarne. Il s'empara encore de quel nues places mal fortifiées, et mit le siège devant la ville de Larisse , surnommé l' Égyptienne (*), qui refusa de lui ouvrir ses portes ; mais au bout de peu de temps il fut obligé de renoncer à son entreprise.

Thimbron se retira alors à Éphèse ; il se disposait à partir pour une expédition dans la Carie , lorsqu'il fut remplacé dans son commandement par Dercyliidas , que son génie fertile en inventions avait fait surnommer Sisyphe^*). Celui-ci connaissant la mésintelligence qui existait entre Tissapherne et Pharnabaze , conclut une trêve avec le premier, entra dans le gouvernement de l'autre, et conduisit son armée jusque dans PËolie.

Cette province appartenait à la vérité à Pharnabaze; maisZénis, Dardanien, la gouvernait en qualité de vice-satrape. Après la mort de celui-ci, Pharnabaze se disposait à nommer

3uelqu'un a sa place, lorsque la veuve e Zénis , qui était aussi Dardanienne, et se nommait Mania, se mit en marche , accompagnée d'un corps de trou-

(*) Cette ville éuit située dans l'Éolie entre Cymc et Phocée. Y oyez l'origine de son surnom, ci -devant page 74» col. 1.

(*•) Xcnophon, Histoire grecque, liv. m , ebap. 1.

pes assez considérable. Cette princes?* portait des présents pour Pharnabaze, pour ses concubines et pour ses amis , et priait le satrape de lui conserver l'emploi de son mari , promettant de lui payer les tributs avec exactitude et de lui être fidèle. Pharnabaze consentit à sa demande , et trouva toujours en elle une grande fidélité. Elle conserva les places confiées à sa garde, et s'empara des villes maritimes de Larisse , Hamaxite et Colone. Cette princesse soldait des troupes grecques, qui à sa voix escaladaient les murs , tandis que , montée sur un char , elle contemplait le combat , et remarquait ceux qui se distinguaient le plus par leur bravoure , pour les récompenser.

Mania accompagnait Pharnabaze , même dans ses expéditions contre les Mysiens et les Pisidiens , qui infestaient le territoire de l'empire (*).

Mania avait quarante ans accomplis , lorsque Midïas son cendre , pour lequel elle avait la plus vive affection, l'étouffa , et tua en même temps son fils , âgé d'environ dix-sept ans. Après ce double crime , Midias s'empara de Scepsis et de Gergithe , où Mania avait ses trésors. Les autres villes ne voulurent point le reconnaître , et se déclarèrent pour Pharnabaze. Dercyliidas arriva alors ; en un seul jour , Larisse , Hamaxite et Colone se rendirent a lui , ainsi que plusieurs places de l'Éolie. Dercyliidas s'étant ensuite rendu maître de la personne de Midias , se contenta de le réduire à la condition de simple particulier , et lui permit de vivre à Scepsis.

Pharnabaze , craignant que Dercyliidas , maître de l'Éolie , ne songeât à se jeter sur la Phrygie , lieu de sa résidence, demanda une trêve au chef lacédémonien , qui lui proposait la paix ou la guerre. Dès que cette trêve fut conclue , Dercyliidas alla prendre ses quartiers d'hiver dans la Thrace bithynienne.

Tissapberne et Dercyliidas avaient été jusque-là en bonne intelligence;

(*) Xénophon, Histoire grecque, liv. m, ebap. 1.

PERSE

mais lés ambassadeurs des Ioniens envoyés à Sparte , ayant représenté que Tissapherne pouvait, s'il le jugeait convenable , rendre libres les villes grecques de son gouvernement , et qu'en ravageant la Carie on obtiendrait de lui toute espèce de concessions, Dercyllidas reçut Tordre d'entrer par terre dans cette province , et Pharax d'infester les cêtesavecsa flotte. Tissapherne venait d'être nommé gouverneur en chef de l'Asie Mineure , et Pharnabaze, qui se trouvait alors à la cour de ce satrape pour lui rendre hommage, déclara qu il était prêt à combattre pour la cause commune, et à chasser les Grecs des provinces du roi. Les deux chefs convinrent d'aller d'abord en Carie, où ils mirent de bonnes garnisons dans les places fortes , puis ils retournèrent en Ionie '*).

Dès qu'ils eurent repassé le Méandre, Dercyllidas le traversa lui-même.

Un jour, ses troupes, qui marchaient en désordre, découvrirent tout à coup des sentinelles placées sur les hauteurs. Dercyllidas envoya en reconnaissance des 'hommes qui lui annoncèrent qu'ils avaient vu une armée rangée en bataille sur le chemin par lequel les troupes grecques devaient passer. Cette armée était composée de Cariens, qui portaient des boucliers blancs , de toute l'infanterie perse que Tissapherne et Pharnabaze avaient à leur disposition , de quelques corps grecs et d'une nombreuse cavalerie.

Tissapherne était à l'aile droite , et Pharnabaze commandait la gauche.

• Dercyllidas fit aussitôt ranger son armée en bataille. Les troupes des villes grecques de l'Ionie montrèrent une grande hésitation, et quelquesunes même jetèrent leurs armes et s'enfuirent. Les soldats du Péloponnèse tinrent seuls ferme à leur poste.

Pharnabaze voulait livrer le combat; mais Tissapherne, qui se rappelait le courage des troupes grecques a la solde de Cfrus, redoutait une action. Il fit demander une entrevue

(*) Xénophon, Histoire grecque, liv.iu, chap. a.

à Dercyllidas ; on donna des otages de part et d'autre, et les deux armées se retirèrent , celle des Perses à Tralles, et celle des Grecs à Leucophrys.

Le lendemain , il y eut une réunion dans un lieu convenu. On se demanda de part et d'autre à quelles conditions on conclurait la paix : Dercyllidas exigeait qu'on laissât les villes grecques se gouverner par leurs propres lois ; Pharnabaze et Tissapherne voulaient . avant tout , que les troupes grecques s'éloignassent du territoire du roi , et que les harmostes renonçassent à leur gouvernement. Après une longue conférence, il fut décidé que l'on conclurait une trêve jusqu'à ce que Tissapherne et Dercyllidas eussent informe , l'un le grand roi , l'autre sa république. Ainsi , la pusillanimité de Tissapherne sauva Dercyllidas et son armée (*).

artaxerxrs paît équiper mri flotte b*

PHBHICIR. EXPEDITION d' AGÉSILAS DANS

l'asie mineure, disgrâce et supplice de tjssapbbrbe.

Peu de temps après (an du monde 3608 ; avant J. C, 396) , un certain Hérodasde Syracuse (**),quise trouvait en Phénicie î vit une quantité de galères tout équipées , et d'autres que l'on construisait. Ayant appris que la flotte qu'on préparait aurait trois cents voiles, il partit pour la Grèce , et informa les Lacédéinoniens de ce qui se passait. Aussitôt Agésilas, roi de Sparte, fit voile pour Ephèse avec toutes les troupes qu'il put réunir. Dès qu'il fut entré dans le port, Tissapherne lui fit demander le sujet de son voyage. Je viens, répondit Agésilas, donner aux Grecs d'Asie la liberté dont jouissent les Grecs d'Europe. Je vous réponds , lui dit Tissapherne , du succès de votre demande, si vous consentez à une trêve jusqu'au retour des courriers que j'enverrai au roi. Ijï trêve conclue , Agésilas resta à Ephèse. Tissa-

(*) Xcuophon , Histoire grecque, liv. m, chap. a.

(**) Ibidem, liv. ni, chap. 4.

l/UMVIM.

plierne ayant reçu d w renforts envoyés par Artaxerxès , fit dire à Agésilas de Quitter l'Asie, déclarant qu'en cas de relus il lui ferait la guerre. Agésilas , sans perdre de temps , entra dans la Phrygie , où les habitants n'étaient point préparés à le recevoir. Il prit les villes qui étaient sur son passage , et fit dans cette irruption soudaine, un immense butin.

Il marcha plusieurs jours sans rencontrer les Perses ; mais non loin de Dascylium, ses cavaliers montèrent sur une colline pour découvrir au loin le pays : le hasard voulut qu'un corps de cavalerie de Pharnabaze, égal en force à celui des Grecs et commandé par Rhathine et Bagée, monta en même temps, mais par un autre côté, sur cette colline; les deux troupes, qui n'étaient

2u'à une distance de quatre cents pas, rent halte. La cavalerie grecque était rangée en forme de phalange sur quatre de hauteur, et présentait un grand front; les Perses, au contraire, avaient douze hommes seulement de front, et un plus grand nombre de hauteur; ils chargèrent les premiers, et bientôt on combattit de près. Dans le choc, tous les Grecs brisèrent leurs javelines; mais les Perses, qui avaient des javelots de cornouiller, tuèrent, dès le commencement de l'action , douze cavaliers et deux chevaux (*).

La cavalerie grecque était en pleine déroute, lorsqu'elle fut secourue par un corps d'hoplites qui firent reculer les Perses , sans toutefois leur tuer un seul homme.

Au retour du printemps, Agésilas, jui avait réuni toutes ses forces à Ephèse, déclara qu'il mènerait bientôt son armée vers la Lydie. Tissapherne pensait qu'Açésilas répandait ce bruit dans l'intention de le surprendre, et

(*) Xénophon , Histoire grecque , liv. in, chap. 4. A la bataille du Granique, au contraire, les cavaliers d'Alexandre avaieut des javelots de bois de cornouiller, et Arrien (liv. j, chap. i5, § 7) attribue en partie h victoire des Macédoniens à la bonté de ces armes et à l'infériorité de celles des

m» ton dessein 4UK dé fendre tarie

Carié. Il conduisit donc son infanterie dans cette province, et sa cavalerie fit halte dans la plaine du Méandre.

Quant à Agésilas, il se ieta sur la Lydie, et s'avança dans le pays, où il trouvait des vivres en abondance.

Cependant les Perses tuèrent quelques fourrageurs grecs oui s'étaient écartés pour faire du butin. Agésilas ayant appris cette nouvelle, ordonna il sa cavalerie de courir au secours des siens. A la vue du renfort qui arrivait aux ennemis, les Perses se rassemblent et rangent tous leurs escadrons en bataille. Agésilas s'apercevant que les Perses n'avaient point encore leur infanterie, profita de cette circonstance pour les attaquer avec toutes ses forces. Les cavaliers perses soutinrent courageusement le premier choc ; mais bientôt, attaqués par toutes les troupes d'Agésilas, ils plièrent-, quelques-uns tombèrent dans le Pactole, les autres prirent la fuite. Les Grecs se rendirent maîtres du camp des Perses, et firent un butin considérable.

Tissapherne se trouvait à Sardes le jour où cette affaire eut lieu, en sorte que les Perses l'accusèrent de trahison. Artaxerxès irrité ordonna à Tithraustès de couper la tête à ce satrape, et lui donna son gouvernement.

Parysatis, qui ne pardonnait à aucun des ennemis de son fils Cyrus, contribua beaucoup à la condamnation de Tissapherne V)i car cette reine avait recouvré tout son crédit. Artaxerxès n'était pas resté longtemps irrité contre elle et l'avait rappelée à la cour, parce qu'il lui reconnaissait un grand sens et un esprit fait pour gouverner.

Après avoir exécuté les ordres d'Artaxerxès,Tithraustèsfit dire à Agésilas que Tissapherne, auteur de la guerre, avait subi la juste punition de ses crimes, et que le roi jugeait convenable que les Lacédémoniens retournassent dans leur patrie, et que les villes grecques d'AAe devenues libres payassent le tribut ordinaire. Il engagea ensuite Agésilas à se retirer sur

(*) Plutarque, Vie d'ÀrUxerxès, cU. «S,

itf ferres de Pharnabaze, et lui donna trente talents, moyennant lesquels le roi de Sparte consentit à marcher vers la Phrygie.

Cependant, Tithraustès pensant qu'Agésilas voulait conquérir la Perse, se décida à envoyer en Grèce (an du monde 3610; av. J. C., 394) un Rhodien appelé Timocrate (*), avec cinquante talents pour corrompre les principaux citoyens de chaque ville, et les engager à susciter la guerre aux Lacédémoniens.

Vers le commencement derautomne, Agésilas entra dans la Phrygie, où il mit tout à feu et à sang , emporta de vive force plusieurs villes, et prit les autres par composition. Spitnridate lui ayant dit que s'il passait dans la Paphlagonieil pourrait contracter une alliance avec le dynaste des Paphlagoniens, Agésilas entreprit le voyage d'autant plus volontiers, que, depuis longtemps, il cherchait les moyens de détacher tout à fait les Paphlagoniens du parti du rot de Perse.

A son arrivée en Paphlaeonie, le dynaste Cotys alla au-devant de lui, et devint son allié: ce prince, appelé à la cour d'Artaxerxès, avait refusé de s'y rendre. Sur Y invitation de Spitnridate, Cotys fournit à Agésilas deux mille chetaux et deux mille peltastes.

Agésilas marcha ensuite vers Dascylium, où était situé le palais de Pharnabaze, entouré de villages considérables et remplis de vivres. Des parcs fermés de murs, dit Xénophon (**), et des jplaines très-vastes, invitaient au plaisir de la chasse ; autour de Dascylium coulait une rivière abondante en poissons de toute espèce, et les oiseaux ne manquaient pas à ceux qui pouvaient les prendre dans des filets.

Agésilas établit dans ce lieu-là ses quartiers d'hiver. Les Grecs, qui jusqu'alors n'avaient éprouvé aucun échec, méprisaient les Perses, et fourrageaient dispersés dans la plaine, sans

(#) Xénophon , Histoire grecque, \\s. nr, ch. 5. Plutarque (Vie. d'Artaxerxès, ch. ao) lui donne le nom <Y Hcrmocrale.

(**) histoire grecque, liv. xv, chap. i.

PERSE, 191

aucune déflanee, quand PharoataM survint avee deux chariots armés de faux et quatre cents cavalier». Les Grecs le voyant avancer, réunirent promptement un bataillon de* sept cents hommes. Pharnabaze, sans perdre de temps, plaça ses chariots devant sa cavalerie et ordonna de charger. Les deux chariots se firent jour et rompirent le bataillon; les cavaliers écrasèrent cent soldats; le reste se sauva vers Agésilas.

Trois ou quatre jours après, Spitnridate ayant appris que Pharnabaze était campé à Cave, grand village distant de cent soixante stades environ , en informa Jes Grecs, qui envoyèrent contre ce satrape deux mille hoplites, autant de peltastes, la cavalerie de Spithridate, celle des Paphlagoniens et tous les cavaliers grecs qu'ils purent réunir. La nuit venue, et lorsque l'expédition devait partir, la moitié des troupes environ manqua au rendezvous. Les Grecs n'en persistèrent pas moins dans leur résolution, et au point du jour ils assaillirent le camp de Pharnabaze. L'avant-garde de ce satrape, presque toute composée de Mysiens, fut taillée en pièces; les Perses prirent la fuite, et Je camp fut pillé: on y trouva une grande quantité découpes et d'autres effets appartenant à Pharnabaze, un bagage considérable et des bétes de somme.

Comme les Paphlagoniens et Spithridate emportaient leur part du butin, quelques chefs grecs les dépouillèrent entièrement. Indignés de cette injustice et de l'affront qu'ils venaient de recevoir, ils réunirent leurs bagages pendant la nuit, et se retirèrent à Sardes, vers Ariée, par lequel ils ne craignaient point d'être trahis; car, ainsi que nous l'avons dit plus haut, ce général avait quitté le parti du roi de Perse et lui avait fait la guerre par attachement pour Cyrus. La retraite soudaine de Spithridate et des Paphtagoniens affligea beaucoup Agésilas.

Quelque temps après, ce prince désira avoir une entrevue avec Pharnabaze. Une trêve ayant été convenue) le satrape se rendit au lieu désigné, où

L'UNIVERS

déjà Agésilas l'attendait avec ses amis, tous couchés sur le gazon. Phaf nabaze arriva superbement vêtu : ses esclaves étendirent à terre des coussins, pour lui faire un siège à la manière des Perdes; mais Pnarnabaze voyant la simplicité d' Agésilas, rougit' de sa mollesse et s'assit sur la terre nue.

Quand ils se furent salués, Pnarnabaze tendit la main à Agésilas, qui lui donna la sienne. Pnarnabaze, comme plus âgé, parla le premier; il dit: « Agési- « las, et vous tous Lacédémoniens ici « présents, j'ai été votre ami et votre « allié ; lorsque vous étiez en guerre « avec Athènes, j'ai soutenu vos ar- « mées navales en vous fournissant « des sommes considérables. Sur terre, « j'ai combattu avec vous dans la ca- « valerie et j'ai repoussé vos ennemis. « On ne me reprochera pas, comme à « Tissapherne, de la perfidie dans mes « actions ni dans mes paroles. En ré- « compense de mes bons offices et de

* ma franchise, comment suis-je traité « par vous ? Je ne trouve pas même à « subsister dans mon propre pays, à « moins que, comme les bêtes fauves, « je ne ramasse ce que vous daignez « laisser. Ces beaux palais, ces jardins, « ces parcs immenses que mon père « m'avait laissés et oui faisaient mes « délices, je les vois brûler et ravager. « Votre conduite, dites-moi, est-elle « conforme aux principes de la jtis-

• tice (*) ? »

Agésilas ne pouvant se justifier du reproche d'ingratitude que lui faisait Pnarnabaze, se contenta de l'assurer

3u*il n'irait plus ravager les terres épendant de son gouvernement, tant quMl trouverait d'autres pays à attaquer dans l'empire perse. Il engagea en même temps Pnarnabaze à abandonner la cause d'Artaxerxès et à devenir l'ami des Lacédémoniens. « Eh « bien , répondit le satrape, je vais « parler franchement. Si le roi nomme « un satrape auquel il prétende m'as- « sujettir, je serai votre ami et votre « allié; mais s'il me confie le comman-

(*) Xénophon, Histoire grecque , liv. nr, chap. x.

« dément de ses troupes, s'il m*ac- « corde un titre qu'il est pardonnable «d'ambitionner, alors je combattrai « contre vous avec le plus de courage « qu'il me sera possible. »

Vers le commencement du printemps, Agésilas sortit de la Phrygie, comme il s'v était engagé, et descendit dans la plaine de Thèbes, où il grossit son armée de toutes les troupes qu'il put réunir. 11 se disposait à pénétrer dans la haute Asie, espérant (iue toutes les nations sur le territoire desquelles il passerait,abandonneraient le parti du roi pour s'attacher à la cause des Grecs.

AGÉSILAS IST RAPPELE EN GRECE. PNARNA- BAZE BTCONON REMPORTENT UNE VICTOIRE SUE LA FLOTTE DES LACKDfiMONIENS.

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