AVANTAGES DIVERS OBTENUS PAR LES PER- SES
Artaxerxès avait envoyé en Grèce, comme nous l'avons dit, Timocrate, avec des sommes considérables pour -corrompre les citoyens qui avaient le plus d'autorité dans les villes, et soulever tous les peuples de la Grèce contre Lacédémone. Timocrate s*ac-
3uitta avec intelligence de la mission ont l'avait chargé Artaxerxès, et bientôt les éphores furent obligés de rappeler Agésilas (an du monde 3610; avant J.G., 394), qui dit spirituellement que le roi le chassait d'Asie avec trente mille archers. Il parlait ainsi, parce qu'Artaxerxès avait envoyé en Grèce environ trente mille pièces d'une monnaie perse , qui portait la figure d'un archer.
Après avoir obligé Agésilas à quitter l'Asie, Artaxerxès voulut encore enlever aux Lacédémoniens l'empire de la mer. Pour atteindre ce but, il adjoi-
§nit à Pnarnabaze, dans le commanement de la flotte, Gonon, général athénien dont le mérite lui était connu. Ges deux chefs étaient à la hauteur de Loryme , dans la Ghersonèse de Carie, avec une flotte de quatre-vingt-dix vaisseaux (*). Apprenant que celle des
(*) Diodore de Sicile, liv. xiv, chap. 83.
PERSE
Lacédémoniens se trouvait aux environs de Cnide, ils se disposaient à aller h sa rencontre pour l'attaquer ; mais Pisandre, qui la commandait, partit luimême à la tête de quatre-vingt-cinq trirèmes et se rendit à la rade de Physcus , qui appartient aussi à la Carie.
Dès qu'il aperçut la flotte des Perses, il fit force de voiles pour l'atteindre , et ce premier choc lui donna d'abord de l'avantage. Mais les galères des Perses avançant en grand nombre, les alliés de Lacédémone cherchèrent bientôt leur sûreté en s'approchant du rivage. Quant à Pisandre, croyant qu'il était indigne d'un Spartiate de reculer, il continua de combattre avec un courage extraordinaire, et mourut les armes à la main.
Conon poursuivit jusqu'au rivage les vaisseaux qui y cherchaient un asile, et en prit cinquante. La plupart de ceux qui les montaient se jetèrent à la nage , et cinq cents d'entre eux furent faits prisonniers : le reste de la flotte se sauva dans le port de Cnide.
Pharnabaze et Conon, vainqueurs des Lacédémoniens , s'étaient portés avec leur flotte vers les îles et les villes maritimes , d'où ils avaient chassé les harmostes lacédémoniens , en promettant aux habitants de n'élever contre eux aucune citadelle et de leur laisser le libre exercice de leurs usages et de leurs lois (*). Cette conduite modérée était le résultat des conseils que Conon avait donnés à Pharnabaze.
Ce satrape s'étant rendu à Éphèse , donna à Conon le commandement de
3uarante galères, avec ordre de se renre à Sestos, car cette ville, ainsi qu'Abydos, tenait toujours pour les Lacédémoniens. Pharnabaze menaça les habitants de leur faire la guerre ,* s'ils ne se déclaraient pas pour la Perse. Sur leur refus, il chargea Conon de bloquer les deux villes par mer. et luimême ravagea le territoire clés Abydéniens. Cependant , voyant qu'il ne parvenait point à réduire ceux-ci, il s'en retourna, et chargea Conon deti-
(*) Xénophon, Histoire grecque , chap. 8.
13* Livraison. (Pebsb.)
liv. iv,
rer des villes situées sur l'Hellespont le plus grand nombre possible de vaisseaux pour la campagne suivante.
LA FLOTTE DB FHABHABAEB BAVAAE LES CÔTIS DK LA LACOVIE. COK01C BELEVB LES MURAIIXASDATHEXES AVEC l'aBGBHT QUB LUI DOHMEHT LBS PEBSIS. PAIE HONTEUSE POUB LES GRECS, COXCLUM PAB LE LACE- DBMOH1EN AETALCIDA3.
Au commencement du printemps (an du monde 3611 ; avant J. C, 393), Pharnabaze, secondé par Conon, partit avec une flotte considérable, et aborda a l'île de Mélos, d'où il fit voile vers Lacédémone (*). Arrivé à Phères, il ravagea toute la contrée, ainsi que plusieurs autres provinces maritimes.
Comme sur ces cotes il n'y avait aucun port, et que Pharnabaze redoutait à la fois les courses des Grecs et la disette de vivres , il prit tout à coup une route opposée, et se retira dons un port de l'île de Cythère, nommé Phénlcmte.
Les Cythéréens , craignant d'être pris d'assaut, abandonnèrent leurs remparts, et se retirèrent en Laconie à la faveur d'une trêve. Pharnabaze répara les fortifications de la ville, où il mit une garnison. Après cette expédition , il laissa à Conon tout l'argent qu'il avait , et se retira en Phrygie. Conon lui ayant représenté que la reconstruction des Longues Murailles de la ville d'Athènes et des remparts du Pirée serait très-funeste à Lacédémone, il consentit à ce que Conon retournât à Athènes pour les relever, et lui fournit les sommes nécessaires pour exécuter ces travaux.
Cependant les Lacédémoniens, informés que Conon rebâtissait les murailles d'Athènes aux frais d'Artaxerxès, et entretenait une flotte qui assurait aux Athéniens la possession des îles et des villes maritimes , jugèrent à propos de faire des représentations à Tiribaze qui commandait les armées d'Artaxerxès.
Ils voulaient engager ce général dans leur parti, ou obtenir tout au moins
(*) Xénophon , Histoire grecque, liv. iv, chap. 8.
L'UNIVERS
étié lô roi hé àckirfftt phfs Partent né'cëitolrë S l'entrètfen dé hf flotté d* Conon. Rs dépêchèrent donc Antatcidas vers Tiribaze, pour instruire celuiet de ce qui se passait, et obtenir ht ptffr.
téÉ Athéniens , se dootant de oes menées, envoyèrent aussi des* ambassadeurs. Dès gif ils furent arrivés chez Tiribaze, AntalcîdaS dit qû'ft venait au nom de la république de Lacédémooe , demander au roi une paix telle qu'il la désirait depuis fongterrtps; que les Lacédémonîéns ne lu*! contestaient pas (a souveraineté des villes grècgues dé FAsie, et qu'ils ne demandaient qû6 f indépendance absolue dés îles et des villes- de la Grèce. Qo'est-ïî donc besoin, dit-il, que fè reliasse à ses dépens" la guerre contre nous, qui n'avons aucune prétention?
Il était impossible de rien proposer de plus agréable an roi de Perse, et tout à la lois de plus funeste et de plus honteux pour les Grecs. Les Lacédémoniens cédaient à Àrtafxérxès toutes les villes grecques de l'Asie avec les Iles qui en dépendaient , renonçant ainsi aux avantages que leur avaient procurés les victoires de tlrimbron, de Dercjilidas et d'Agésifas; et en accordant aux fies et aux viffes de la Grèce la faculté de se' déclarer indépendantes ae leurs tfiétrô^oles et de se gouverner d'après leurs propres lors , ils augmentaient le nombre déjà trop eonsfdèïable des petits États, et enlevaient an pays une partie dé sa force. Aussi, après avoir fait connaître les dispositions dé ce traité, Plutarque (*) ajoutet-il :. « Telles furent les conditions de « cette paix, si toutefois on pént ap-
• peler de ce nom un traité perfide qui « flt l'opprobre de la Grèce, et dont « l'issue fut plus ignominieuse que n'au-
• rait pu l'être la guerre la plus ftr- « neste. »
tiribaze regardait comme très-avamiageuses les propositions d'Àntalcidas.
Cependant, n'osant pas se, déclarer ouvertement Oour les Lacédémoniens, sans Tordre au roi , il donna des som-
(*} Vie d'Artaxerxès , chap. a i .
mi» considérables à Antakadas , et fit emprisonner Conon, sous prétexte qofit se montrait contraire aux intérêts do rof. Il se rendit ensuite à la cour ■oor instruire lui-même Àrtaxerxès ûes propositions d* Antalcidaç, de l'emprisonnement de Conon, et lui demander ses* ordres. Ce prince, très-isatisfart de ta conduite qu'avait tenue Tiribaze, ratifia le traite de paix (an du monde Wf 7; avant J. C, 387).
rtRT7*HAl,oélf *IIAL d'aBTAXBRXES, SURYR EffD l' AVIVÉE DE TBIMBSOK. DI*H RIDAS SUC- CEDE A CELUI-CI nXlCSLK COMMAlïDEMtlïT DBS TROUPES LACKD£UOIf IBlfltÉS. '
Fort peu de temps après l'arrivée de Tiribaze à la cour , et avant /a conclusion de la paix d'Antalcidas, Àrtaxerxès envoya Struthas pour Visiter les côtes de l'Asie Mineure et lui rendre compte delà situation des choses dans cette partie de l'empire (*). Struthas, qui connaissait l'état déplorable où les expéditions des Lacédémoniens, et principalement celles d'Agésilas, avaient réduit les provinces de l'Asie Mineure, se montrait fort attaché aux Athéniens et à leurs alliés. Les Lacédémoniens, connaissant ses dispositions, chargèrent Tliimbron de lui faire la guerre.
Ce général se rendit à Éphèse, tira des troupes des villes de Priène, Lycophrys et Achillée, et ravagea les terres d'Artaxerxès.
Struthas, ayant remarqué que les troupes de Thjmbron marchaient souvent en désordre, et dans une sécurité présomptueuse, détacha un jour quelques-uns de ses cavaliers, qu'il chargea de courir à toute bride sur les maraudeurs de l'armée de fhimbrori; et iJ s'avança lui-même en bon ordre avec plusieurs escadrons. Thimbron, qui venait de prendre son repas , était alors dans sa tente; il tomba sous les coups des cavaliers de Struthas , qui tuèrent un assez grand nombre de Grecs ; ceux qui purent échapper se retirèrent dans tes villes alliées.
(*) Xénophon, Histoire grecque, liv. it, chap. 8.
FBRSB.
Bfphridas, chargé de reeaeBtif tes débra de l'armée de Thimbrori, et de faire de nouvelle» levée? pour attaquer Strnthas , s'empara de là personne de Tigrane, gendre de ce général , pendant qu'il se reridait à Sardes avee son épouse, et tira des demi prisonniers une rançon énorme qui lui Servit à soudoyer ses troupes. Là se bornèrent toutes Je* opérations de ee général contre les Perses.
OUERXB D'AHTAXCttliS CONTRE *VA<X>RAS,
roi de l'Ile d* erras.
Après la ratification de la paix d'Antateidas, Ârtaxerxèsy n'ayant plus de diversion à craindre de la part des Grecs (aè du monde 301»; avant J. C, 966) j tourna tontes ses forces contre Êvagoras, roi de Cypre. Ce prince ne régnait d'abord que sur la ville de Salami ne, capitale de l'Ile , dont il s'était emparé sur un autre roi que protégeaient les Perses ; mais H" poussait toujours ses conquêtes et menaçait de se rendre maître de l'île entière. La guerre durait depuis plusieurs années, sans que, ni de fart ni d'autre , il y eût eu aucune action importante. Libre alors de tout autre soin 4 Artaxerxès résolut de pousser cette guerre avec vigueur. Il faisait depuis longtemps des préparatifs pour être en état d'agir avec des forces imposantes de terre et de mer. Son armée était forte.de trois cent mille hommes, et sa flotte de trois cents vaisseaux (*). Orontas, son gendre, avait été nommé général des troupes de terre, et Tiribaze commandait les t aisseaux. Ces deux chefs se réunirent dans la Cilicie, et partirent four llte de Cypre, qu'ils Se disposaient à attaquer vivement.
Évdgora9, de son côté, ût alliance dvec le roi d'Egypte , tira des secours «TÉcatomnirs , dvnaste de la Carie, de plusieurs autres princes ennemis déclarés ou couverts des Perses, et surtout de T vr e.t de quelques villes de la Phéhicie, dont il s'était rendu maître. Il équipa rine flotte de qùatre-vingt-
(") Diodore de Sicile , liv. xv, cbap. 9.
dix trirème*, dont vingt de Tyr, et soixante et dix de l'Ile de Cypre. Les troupes montaient k vingt mille hommes environ. Comptant beaucoup sur lui-même, il se présente devant les Perses. Il avait dans sa* flotte un grand nombre de ces barque» légères dont les pirates fmafenl osace. Il les mena centre les navires de onarge qui portaient les vivres des Perses , en coula à fond quelques-uns, en prit plusieurs, et empêcha lea antres de rallier la flotte die Tir&aze. Le* vaisseau* de guerre avaient déjà jeté , dans l'Ile de Cypre , tin grand nombre de troupes perses oui furent bientôt tourmentées par la famine, car les commandants des vaisseaux die charge n'osaient plus se hasarder en mer, dans la crainte d'être pris ou coulés à fond paj les navires légers d'Évagoras. La disette amena bientôt un soulèvement. Les soldats tuèrent quelques-uns de leurs officiers; et ee ne fut pas sans beaucoup de peine que les chefs , et , entre autres , Gaos (A),gendredeTiribaze, parvinrent à apaiserla sédition. Ils reconduisirent alors toute la flotte perse sur les côtes de la Cilicie , où ils se pourvurent de vivres^
Quant à Évagoras, sentant que son armée navale était beaucoup trop inférieure en nombre à celle des Perses pour pouvoir leur tenir tête , il équipa encore soixante vaisseaux, et en demanda cinquante au roi d'Egypte, ce oui faisait en tout deux cents voiles. Plein de confiance en son courage et dans l'expérience de ses matelots , il alla au-devant de la flotte perse ; et la rencontrant à la hauteur de Citium, il attaqua en bon orcjre les vaisseaux de Tiribaze, qui n'étaient point préparés à le recevoir. Il eut d'abord tout le succès qu'il devait se, promettre d'une attaque imprévue et bien combinée, coula à fopd plusieurs navires perses, et en prit d'autres. Cependant Gaos et les autres chefs des Perses ayant eu
(*) Ce Gaos, comme l'appelle Diodore, est le même. que Glus, fils de Tamoa, de Xcnophou, dont nous avons parlé page 169, colonne 1.
L'UNIVERS
le temps de se reconnaître , rétablirent peu à peu le combat, et unirent par prendre l'offensive. Les vaisseaux d*Évagoras commencèrent à céder, et prirent la fuite bientôt après.
Les Perses débarquèrent ensuite à Citium, et assiégèrent Salamine par terre et par mer. Tiribaze repassa en Cilicie pour se rendre à la cour, et annoncer à Artaxerxès la nouvelle de la victoire que la flotte venait de remporter. Artaxerxès fit remettre à Tiribaze deux cents talents pour continuer la guerre.
Cependant Évagoras, abattu par l'échec qu'il venait d'essuyer, confia à son fils Pythagoras la défense de Salamine, et partit la nuit, à Pinsu des Perses , avec dix galères , pour aller demander du secours au roi d'Egypte.
Il n'obtint pas tout ce qu'il avait es* péré , et fit bientôt voile pour retour* ner en Cypre. En y arrivant, il trouva sa capitale si vivement pressée par les Perses qu'il pensa à faire sa soumission. Tiribaze , qui avait une autorité entière dans Farinée d' Artaxerxès , répondit qu'il ferait la paix si Évagoras abandonnait toutes les autres villes de l'île de Cypre, se contentant d'être roi de Salamine , et s'il voulait payer un tribut annuel au roi de Perse , auquel il serait d'ailleurs soumis comme un esclave Test à son maître (*). Quel-
2ue dures que fussent ces conditions, Ivagoras ne refusa de souscrire qu'à la comparaison d'esclave et de maître, et soutint qu'il ne devait être soumis au roi de Perse que comme un. roi Test à un autre roi. Tiribaze n'ayant pas voulu admettre cette modification, Orontas, général des troupes de terre , envieux de la grande autorité de ce chef, écrivit secrètement au roi une lettre contre lui. Il disait que Tiribaze traînait volontairement en longueur le siège de Salamine-: que d'ailleurs, ami des Lalédémoniens , il voulait contracter avec eux une alliance personnelle.
Artaxerxès, ajoutant foi à ces accusations, écrivit a Orontas de se saisir
(*) Diodore de Sicile , liv. xv, ch. 8.
de Tiribaze, et de le lui envoyer. Orontas exécuta cet ordre avec plaisir. Tiribaze , amené devant Artaxerxès, demanda qu'on instruisît son procès dans les formes; et aussitôt il fut conduit en prison. Cependant le roi, en guerre avec les Cadusiens, renvoya à un autre temps l'examen de cette affaire.
Orontas, qui avait été chargé de suivre les opérations du siège, en l'absence de Tiribaze, voyant qu'Evagoras se défendait toujours avec vigueur, et que les troupes, qui aimaient Tiribaze, n'obéissaient plus comme auparavant aux ordres de leurs chefs , et s'acquittaient avec négligence et mollesse des travaux du siège , commença à craindre pour lui-même quelque événement fâcheux. Il envoya donc des députés à Évagoras pour lui proposer la paix aux mêmes conditions que Tiribaze , et en supprimant les expressions de maître et a esclave dont il s'était trouvé offensé. Évagoras accepta les propositions d'Orontas, et la paix fut conclue (an du monde 3619; avant J. C, 385).
Gaos, craiçnant d'être enveloppé dans l'accusation intentée à Tiribaze son beau-père , et de succomber avec lui , quitta le service du roi , entraînant dans sa révolte une grande partie de la flotte et de l'armée. L'année suivante il fut assassiné par un de ses gens.
EXPÉDITION d'aRTAXERXÈS COJTTB» US
CÀDUSIIWS.
Artaxerxès ayant terminé la guerre de Cypre , marcha en personne contre les Cadusiens , à la tête de trois cent mille hommes de pied et de dix mille chevaux (*). Entré dans un pays âpre et difficile , toujours couvert de nuages, qui ne produisait pas de blé , et n'offrait , dit Plutarque , à ses fiers et belliqueux habitants d'autre nourriture que des poires et des pommes saunages , il fut surpris par la disette , et se vit exposé aux plus grands dangers.
Les soldats ne trouvaient rien à manger, et il n'était pas possible de tirer
(*) Plutarque, Vie d' Artaxerxès , ch. ai.
PERSE
des vivres d'aucun autre pays. Les troupes ne vivaient que de la chair des bêtes de somme , qui devinrent même si rares, qu'on ne pouvait obtenir qu'avec peine une tête d'âne pour soixante drachmes.
Dans cette conjoncture , Tiribaze , nui, suivant toute apparence, avait été conduit à cette expédition comme un prisonnier d'État dont il fallait suivre les démarches , et qui alors était sans aucun crédit, sauva le roi et l'armée. Les Cadusiens étaient commandés par deux rois qui avaient chacun leur camp séparé. Tiribaze, après avoir communiqué son projet à Artaxerxès, alla trouver l'un de ces princes, et envoya secrètement son fils vers l'autre. Chacun d'eux trompa le roi auprès duquel il était allé, en lui assurant que l'autre avait envoyé des ambassadeurs à Artaxerxès pour traiter de la paix et faire alliance avec lui. « Si donc , ajouta-t-il , vous êtes sage , prenez les devants, et faites votre soumission : je vous seconderai de tout mon pouvoir. » Les deux rois ajoutèrent foi aux paroles de Tiribaze et de son fils , et envoyèrent des ambassadeurs à Artaxerxès. La durée de cette négociation donnait déjà à Artaxerxès des soupçons contre Tiribaze , et l'on commençait à le calomnier ; le roi se repentait d'avoir eu confiance en lui. Mais enfin Tiribaze arriva d'un côté, et son fils de l'autre, suivis d'ambassadeurs cadusiens. Les articles du traité furent convenus , et la paix se trouva rétablie avec les deux rois.
Au retour de cette expédition , Artaxerxès prouva, ditPlutarque (*), que la mollesse et la lâcheté ne sont pas , comme on le croit ordinairement, l'effet du luxe et des délices; mais que ^ ces vices viennent plutôt d'un naturel * bas et vil. Ni l'or, ni la pourpre, ni les pierreries dont Artaxerxès était couvert, et qui montaient à douze mille talents, ne l'empêchèrent de supporter le travail et la fatigue comme les derniers des soldats. Chargé de son car-
(*) Vie d' Artaxerxès, chap. 24.
3UOÎS et de son bouclier, il descendait e cheval et marchait le premier à pied dans des chemins montueux et rudes. Les soldats , témoins de sa force et de son ardeur, devinrent si agiles, qu'ils semblaient moins marcher que voler, car on faisait par jour plus de deux cents stades. L'armée étant arrivée près d'une maison royale, dont les jardins, admirablement ornés, n'étaient entourés que d'une plaine où l'on ne trouvait pas un seul arbre , comme il faisait un froid trèsrigoureux , Artaxerxès permit aux soldats d'abattre tous les arbres de son (>arc, sans épargner ni les cyprès, ni es pins; et, pour leur donner l'exemple, il prit lui-même une hache et commença à couper l'arbre le plus grand et le plus beau. Alors les soldats abattirent tous le bois dont ils avaient besoin, et allumèrent de grands feux.
Artaxerxès rentra dans sa capitale après avoir perdu un grand nombre de ses meilleurs soldats , et presque tous ses chevaux.
HISTOIRE DE DATAMC.
Un des principaux officiers oui périrent dans l'expédition contre les Cadusiens fut Camisare , gouverneur de la Lencosyrie, province enclavée entre la Cilicie et la Cappadoce. Camisare avait épousé une femme scythe , dont il eut un fils appelé Datante , qui lui succéda dans ce gouvernement. Datame commença particulièrement à se distinguer contre Thyus, dynaste de la Paphiagonie , qui avait secoué le joug d'Artaxerxès. Comme il était parent de ce Thyus, il crut devoir employer d'abord la douceur pour le faire rentrer dans le devoir. Ces ménagements pensèrent lui coûter la vie, et peu s'en fallut qu'il ne tombât dans les pièges
311e lui dressait son parent. S'étant érobé par la fuite à une mort certaine, il déclara la guerre à Thyus; et, quoique abandonné par Ariobarzane, satrape de la Lydie, de l'Ionieet de toute la Phrygie, il parvint à s'emparer de Thyus, ainsi que de sa femme
LTJKIVERS.
et M *«f tntato* Ywlwt WOOftcar Jui-même au roi reportante capture qu'ij avait faite , il partit avec son prisonnier $an$ en .donner avis à la cour. Quand il y fut arrivé, il équipa d'une manière singulière Thy us, qui était uo homme de très -haute stature, aux traits durs, à la peau noire, et dont la tête et le visage étaient couverts de grands cheveux et d'une barbe longue et épaisse. Il le revêtit d'un habit magnifique; lui sait au cou et aux bras un collier et des bracelets d'or, ^our lui, «ouvert d'un vêtement
§rossier, portant sur la t4te un casqué e chasseur, la main droite année d'une massue , de la gauche il cojwUiisait en laisse Tbyus, et le poussait devant lui comme une bâte sauvage.
C'est d?ns .cet iauipage que Datante se présenta à la cour ; la nouveauté du spectacle attira les regards de tout le monde , et une grande foule s'étant abonnée, il 3e trouva quelques gens qui reconnurent le prisonnier, et .coururent aussitôt annoncer son arrivée au roi , oui dépécha Pharnabaze pour savoir fa vérité du fait. Cet officier lui étant venu faire son rapport , le roi commanda qu'on fît entrer Datante avec son prisonnier, et ne put contenir les mouvements dé sa joie à la yue d'un appareil si extraordinaire et d'un événement si peu attendu. Artaxerxès ayant magnifiquement récompensé Datame, lui ordonna de se rendre à l'armée qu,e levaient Pharnaljaze et Tithranstès nour attaquer l'Egypte , et l'associa à .ces deux généraux, en lui donnant une autorité égale à la leur. Quelque temps après , Jle roi rappela pharnabaze , et .confia le comm.ande.ment général de ses troupes à Datame.
Dans le temps, que ce général faisait .tous les préparatifs nécessaires pour se rendre en Egypte , il reçut du roi l'ordre de tourner ses armes contre Aspis, satrape de |a .Cataonie. Commîe ce pays était plein de défilés et couvert de forêts ^ et qu'.on pouvait facilement s'y défendre avec un petit nombre de troupes, Aspis s'était déclare" indépendant , et enlevait Jes jtributs
wm Yon portait au roi de Perse.
Datant, sans «'arrêter à son intérêt personnel, qui était d'aller en Egypte, voulut avant tout exécuter la volonté du roi : il s'embarqua av^e quelques hommes d'élite, aborda en .CiJicie , traversa le Taurus , et entra sur les terres 4e l'ennemi.
Aspis ayant été informé de l'arrivée de Datame, joignit à ses gens un corps de pisidiens ; mais Datame , sans se laisser intimider, .donna à ses soldats l'ordre de le suivre, et poussa son cheval à toute bride centre A^>is, qui, saisi de frayeur, prit le parti de se fendre. Datame le remit à tf itnridajje, fils d'Ariobarzane , pour étce conduit an roi.
Cependant Ajrtaxerxès réfléchissant a fa faute mj'il avait faite de se priver .du secours 4e son meilleur générai dans une ejcpé^u^ion tr£s-knportan4e,
Egypte, un courrier chargé de dire à Datame de ne pas quitter son poste. Ce courrier rencontra sur sa rouie le$ wui$ qui conduisaient Aspis à la cour.
ÏJne telle promptitude mit J>*tame dans la plus granue faveur auprès du roi ; mais les courtisan? , envieux de soi) mérite , se réunirent tous contre lui et jurèrent sa perte.
Pandatès , garde du trésor royal , instruisit Datame de ce complot et<tu danger extrême auquel il serait expose s'il éprouvait quelque échec dans la guerre d'Egypte. Datame, ne pouvant révoquer en doute rexactitnde de cet avis, forma le dessein d'abandonner le service d'Artaxerxès, et se retira en Cappadoce , accompagné de quelques gens qui lui étaient enticrepjent déy.oués , et avec le secours desquels il se rendit maitce de la Pannlagonie.
Ayant su que {es Eisidiens«e4i£nosaient à lui faire la guerre ., il envoya
(*; "Ax*. &*& >me ^appelée JcoAw le Livre des Juges (J , 'Si); qn lui donaaje uom de Ptolémaïde sous les Ptoléinées ; aujourd'hui Saint- JcQfid' Acrfi.