MENTOR SOUMET PLUSIEURS REBELLES
Ochus ayant reçu pendant qu'il était encore a Sidon des troupes auxiliaires d'Argos, de Thèbes et des vilies
(*) Histoire des Juifs et des peuples wisins , t. III , p. xoc de l'édition dqè citée,
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grecques de l'Asie, les conduisit toutes en Egypte. Etant ensuite entré dans ce pays du côté du lac ou marais Sirbonide/il y perdit une partie de son armée, faute de connaître la nature du terrain, qui paraissait solide, et dans lequel les hommes étaient engloutis comme dans un abîme (*). Ochus, continuant sa route, arriva devant Péluse. Les Égyptiens avaient fortifié toutes les bouches du Nil et surtout celle de Péluse, qui était gardée par cinq mille hommes de troupes. Les Thénains voulant se montrer les plus braves des auxiliaires grecs, passèrent fort témérairement un fossé étroit et profond, sur l'autre bord duquel ils trouvèrent la garnison de Péluse, qui était sortie de la ville pour les attaquer. Il y eut dans ce lieu un combat très-opiniâtre qui dura jusqu'à la nuit. Le lendemain, Ochus partagea toutes les troupes grecques en trois corps, à chacun desquels il donna un commandant grec, avec un officier perse d'une valeur et d'une prudence reconnues. Le premier rang fut assigné aux Béotiens, qui avaient a leur tête le Thébain Lacratès, auquel fut adjoint le Perse Ilosacès. Celui-ci, qui était satrape de Plonie et de la Lydie, prétendait descendre de l'un des sept Perses 2ui avaient été l'empire aux Mages ; il tait suivi d'un corps nombreux de cavalerie et de beaucoup d'infanterie. Le second corps était celui des Argiens, commandé par Nicostrate, qui avait pour collègue le Perse Aristazane, interprète d'Ochus, et le plus intime de ses confidents après Bagoas. Le troisième corps, commandé par le Rhodien Mentor et par Bagoas, était composé de Grecs soumis au roi, d'un assez grand nombre de Perses, et d'une flotte considérable. Ochus s'était chargé lui-même de conduire le reste de l'armée.
Nectanébus avait sous ses ordres vingt mille Grecs soudoyés, presque autant de Libyens ou d'Africains, et soixante mille Égyptiens; plus une
• (*) Diodore, livre i, chap. 3o, el livre xvi,chap. 46.
flottille très-considérable, composée de barques de rivière.
Nicostrate ayant pris pour guides des Égyptiens dont les enfants et les femmes étaient en otage chez les Perses, passa avec son corps d'armée au delà d'une bouche du Nil, dans un lieu où ri posa et fortifia son camp. Les Égyptiens qui se trouvèrent le plus près de cet endroit-là s'étant aperçus que les Perses étaient dans les environs, marchèrent aussitôt contre eux, au nombre de sept mille hommes. Les Grecs, commandés par Nicostrate, se signalèrent en tuant le général ennemi et plus de cinq mille de ses gens. Nectanébus fut consterné en apprenant cette défaite; et, croyant voir déjà les Perses au pied des murs de Memphis, il abandonna des points très-importants pour se porter à la défense de sa capitale.
Lacratès ayant résolu de faire le siège de Péluse, détourna le bras du Nil qui baignait les murailles de cette ville; et en ayant mis le lit à sec, il y éleva ses machines. Une grande partie des murailles furent abattues ; tes assiégés travaillèrent à les relever, et construisirent en même temps des tours de bois d'une hauteur considérable. Les batteries jouèrent continuellement pendant plusieurs jours, et les Grecs qui étaient dans la place se défendirent avec un grand courage ; mais, dès Qu'ils surent que Nectanébus était allé se renfermer dans Memphis, ils perdirent tout espoir d'être secourus, et ne songèrent qu'à entrer en composition avec les Perses. Lacratès leur ayant promis sous serment, qu'après qu'ils lui auraient livré Péluse il les renverrait tous en Grèce avec ce qu'ils pourraient emporter, ils lui rendirent la citadelle.
Mais Ochus ayant envoyé Bagoas avec un corps de soldats perses pour prendre possession de la place, ceux-ci arrachèrent aux Grecs qui sortaient une grande partie de leurs effets. Les Grecs se plaignirent de cette perfidie, et Lacratès lui-même, indigné de la brutalité des Perses, se jeta sur eux, en tua quelques-uns, en prit d'autres, et fit rendre justice à la garnison. Ba-
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goas eut recours au roi, et lui porta plainte contre Lacratès. Le roi jugea que Bagoas avait tort, et qu'il méritait ce qui lui était arrivé; il fit même punir de mort les premiers auteurs du tumulte.
Mentor se Rendit maître de Bubaste et de plusieurs autres villes de l'Egypte par un seul et même moyen.
Comme ces villes étaient gardées par des Grecs et par des Égyptiens, il fit répandre le bruit que le roi Ochus avait résolu de traiter avec beaucoup d'humanité et de douceur toutes les villes qui se remettraient d'elles-mêmes sous son obéissance, et qu'il réservait à toutes celles qu'il ne pourrait réduire que par la force, un traitement semblable à celui qu'avaient éprouvé les Sidoniens. En même temps, il fit donner aux gardes du camp Tordre de laisser aller tous ceux qui tenteraient de s'échapper. Ces fugitifs se répandirent bientôt dans toute l'Egypte, et annoncèrent la résolution du roi. Aussitôt, la dissension se mit entre les Égyptiens et les Grecs, qui, les uns et les autres, voulaient être les premiers à livrer les villes aux Perses. Aussi, dès que Mentor et' Bagoas eurent investi Bubaste, les Égyptiens, à ttnsu des Grecs, envoyèrent à Bagoas un député, par leauel ils offraient de se rendre à lui, si on leur promettait la conservation de leurs personnes et de leurs biens. Les Grecs, instruits de cette démarche, suivirent le député de près ; et l'ayant atteint, ils le forcèrent par des menaces d'avouer son secret, se jetèrent ensuite sur les Égyptiens, et, après en avoir tué et blessé quelques-uns, ils réduisirent les autres à se réfugier dans un même quartier de la ville. Aussitôt, ces malheureux, faisant savoir à Bagoas ce qui venait de se passer, l'engagèrent à attaquer la ville, promettant de l'aider de tout leur pouvoir. Les Grecs, de leur côté, avertirent Mentor ; celui-ci leur conseilla de charger les Perses dès que Bagoas serait entré. En effet, à peine Bagoas eut-il mis le pied dans la ville, que les Grecs fermèrent les portes sur lui ; et, se précipitant sur les soldats
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qui venaient d'entrer à sa suite, ils les tuèrent tous, et prirent vivant Bagoas lui-même. Celui-ci, voyant que son salut dépendait uniquement de Mentor, lui demanda la vie, jurant de ne plus rien entreprendre sans le lui avoir communiqué. Mentor conseilla aux Grecs de relâcher Bagoas, mais de ne traiter aucune affaire avec cet eunuque, et de le prendre comme intermédiaire, lui, Mentor, pour obtenir du roi une capitulation avantageuse.
Après la prise de Bubaste, les autres villes de l'Egypte se soumirent aux Perses. Le roi Nectanébus, qui s 'était enfermé dans Memphis, n'eut pas le courage d'y attendre le vainqueur, et se réfugia en Éthiopie.Ochus s'étant rendu maître de toute l'Egypte ( an du monde, 8654; av. J. C, 350), fit abattre les fortifications des villes principales et pilla les temples, d'où il tira une quantité prodigieuse d'or et d'argent. Il renvoya ensuite dans leur pays les Grecs de l'Asie, en leur donnant à tous des récompenses proportionnées à leurs services. Enfin, laissant en Egypte Phérendate pour satrape, il retourna, chargé de dépouilles et de richesses, à Babylone, où ses sujets le reçurent avec de grandes démonstrations de joie.
Ochus voyant que Mentor lui avait rendu des services essentiels dans la guerre d'Egypte , lui donna le premier rang -entre tous ses amis; et voulant lui accorder encore d'autres distinctions, il lui envoya cent talents d'argent, des meubles précieux, et le nomma satrape de toutes les côtes de l'Asie (an du monde 3655 ; avant J. C, 349), en le chargeant de soumettre quelques provinces qui s'étaient révoltées. Mentor profita du crédit qu'il avait pour obtenir le pardon de son frère Memnon et d'Artabaze, qui avait épousé leur sœur. Ces deux chefs, après s'être révoltés, avaient été contraints de quitter l'Asie, et de chercher un refuge auprès de Philippe, roi de Macédoine. Ils rendirent par la suite de grands services à Ochus et à ses successeurs, surtout Memnon, qui était un très-grand homme de guerre,
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comme nous aurons oocasion de le voir dans la suite.
Mentor eut bientôt à s'occuper de réduire Herraias, tyran d'Atarne (*), qui avait quitté le parti du roi et tenait en son pouvoir plusieurs villes ou forteresses. Lui ayant fait espérer sa grâce» Mentor l'engagea à un rendezvous et se saisit de sa personne. Il fit ensuite répandre dans différentes villes de fausses lettres scellées de l'anneau d'Hermias, dont il s'était emparé. Les citoyens de ces villes, trompés par l'empreinte de l'anneau, ou peut-être aussi ne demandant pas mieux que de terminer une lutte inégale, ouvrirent leurs portes aux députés de Mentor.
Ce chef ayant feit ainsi rentrer dans le devoir des places importantes sans ré-
Eandre de sang, gagna tout à fait les onnes grâces d'Ochus, et acquit la réputation d'un général habile et d'un négociateur intelligent (**).
OCHU5 NEGLIGE KHTliftEMUIT LIS AFFAIRES
de l'empire, IL MEURT IMPOUOKVS.
Après la conquête de l'Egypte et la soumission des provinces révoltées , Ochus s'abandonna aux plaisirs, laissant le soin de toutes les affaires à Bagoas et à Mentor, qui partagèrent entre eux l'autorité souveraine. Il avait régné vingt-trois ans ( an du monde 3666; av. J. C, 338), lorsque Bagoas l'empoisonna. Cet eunuque, qui était Égyptien, avait toujours conservé de l'amour pour sa patrie et sa religion.
Quand Ochus fit la conquête de l'Egypte, Bagoas s'était flatté de pouvoir adoucir le sort de ses compatriotes, et préserver ses dieux de toute espèce d'insulte; mais rien n'arrêtait la Brutalité d'Ochus, et Bagoas conserva toujours un vif ressentiment contre ce prince, que ses prières et ses supplications avaient trouvé inflexible. Ochus, non content de démanteler les villes, de pilier les habitants, d'emporter toutes les archives de l'État, avait encore
(*) Ville de Bflysie , située en face de nie de Lesbos.
(**) Diodore de Sicile, livre xvi, ch. 5a.
fait tuer le boeuf Apis, dont la chair
cuite fut servie aux officiers de sa maison. Ochus, sentant la faute qu'il avait commise, racheta les archives et les renvoya en Egypte. Mais le meurtre sacrilège du bœuf Apis était irrémédiable. Si nous en croyons Élien, la vengeance de Bagoas ne se borna pas à 1 assassinat : u coupa en morceaux et fit dévorer par des chats le corps du roi. « Apparemment, dit Prideaux (*),en parlant de Bagoas, que quel-
Î[ue nouvelle cause avait réveillé dans e cœur de ce monstre toute sa vieille rancune; autrement, il est inconcevable qu'il eût porté si loin la barbarie à l'égard de son maître et de son bienfaiteur. »
REGBE d'aRSES.
Après la mort d'Ochus, Bagoas mit sur le trône Arsès , le plus jeune des fils de ce roi , et fit mourir tous les autres. Mais Arsès ayant laissé entrevoir qu'il connaissait la scélératesse de Bagoas et voulait le punir , celui-ci le prévint en le faisant assassiner. Arsès avait régné environ deux ans.
HISTOIRE DE DARIUS CODOMAJf.
Bagoas n'osant pas s'emparer pour lui-même de la couronne de Perse, la plaça sur la tête d'un de ses favoris appelé Codoman ( an du monde 3668 ; avant Jésus-Christ 336) , lequel , devenu roi , prit le nom de Darius»
Quelques auteurs prétendent que Codoman n'était pas de sang royal, parce qu'il n'était pas fils de roi. Cependant il descendait de Darius Nothus. Ce dernier prince eut un fils du nom dyO$ta?ie, qui fut père d'Arsane ; celui-ci épousa Sisygambis , sa soeur , et eut d'elle Codoman. Ostane fut mis à mort par l'ordre d'Ochus , avec les autres princes de la famille royale.
Les historiens ne nous disent pas de quelle manière Codoman échappa au massacre. On sait seulement qu'au
(*) Histoire des Juifs, t ni, p. 114 de l'édition citée.
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lit
commencement du tfègne d'Oehus il se trouvait dans une position très-inférieure au rang qu'il devait occuper • car il exerçait les fonctions &astande> Les Perses appelaient ainsi des courriers ou messagers d'Etat, qui portaient les dépêches du roi dans les différentes parties de l'empire.
Il arriva , pendant une guerre qu'Ochus fit aux Cadusiens vers la fin de son règne , qu'un homme de cette nation , fameux pour sa bravoure , défia toute l'armée de Perse de trouver un adversaire qui voulût se battre avec lui corps à corps. Godoman accepta le défi , et tua te Gadusien. Ochus , pour récompenser Godoman-, le combla de bienfaits , et le nomma gouverneur de l'Arménie. Il remplissait encore ces fonctions, lorsque Bagoas l'appela pour le faire monter sur le trône. Darius ne jouissait du pouvoir souverain que depuis peu de temps , lorsque Bagoas , qui avait espéré gouverner toute la monarchie des Perses sous le nom de ce prince, reconnut qu'il avait été trompé dan* son attente. Dès lors il prit la résolution de se défaire de Darius , et prépara du poison pour exécuter son dessein ; mais la trame ayant été découverte, Darius força Bagoas à boire la coupe empoisonnée , et le dé* livra ainsi de ce scélérat.
EXPEDITION d'aLBXAKSHI OOlTtRB us KHSE9* SATAIIX* DU ORA1VIQUE.
La seconde année du règne de Darius (an du monde 9670 ; avant Jésus- Christ 384), Alexandre passa en Asie à la tête d'une armée de trente mille fantassins et d'un peu plus de oinq mille cavaliers (*). Ges soldats étaient parfaitement disciplinés, accoutumés aux travaux les plus rudes et aux dangers les plus grands. Ils formaient Petite des troupes grecques.
les généraux de l'armée perse étaient Arsame, Rbéomithrès, Pétinèa , Riphatès, Spithridate, satrape de Lydie et d'Ionie, Arsité, gouverneur
(*) Àrrien, Expédition et Alexandre, litre t, ebap. ii, S 3*
de la Phrygte située vers rHeJlètpdnt* et Memnon. Ils s'étaient campés prêt de la ville de Zélie , avec la cavalerie perse et l'infanterie grecque à la soldé de Darius. Gomme ils délibéraient sut ce qu'ils avaient à faire , Memnon fut d'avis de ne point hasarder la bataille* parce que les ennemis étaient plus forts en infanterie , et que Darius se trouvait absent : mais II conseillait de faire le dégât dans le pays , pour ôtef les subsistances aux Macédoniens * et les obliger à se retirer. Arsité s'y op* posa , et dit dans l'assemblée que'pout fui il ne souffrirait point qu'on touchât aux villes ni aux campaghes de son gouvernement. Et son avis fut suivi par les autres Perses, qui croyaient que Memnon parlait ainsi pour tirer la guerre en longueur et se rendre néces* saire au roi.
Cependant Alexandre marchait vert le Granique, avec son infanterie pesamment armée , rangée sur deux lifnes , et la cavalerie sur les ailes ; Kl agage venait à la suite des troupes* Gomme l'armée approchait du fleuve * quelques batteurs d'estrade rapportèrent que les Perses étaient en bataille* sur l'autre bord. Alexandre rangea sea troupes pour le combat , et se disposa à passer la rivière. Les Perses avaient vingt mille cavaliers et presque autant de gens de pied ; la cavalerie bordait le rivage , et présentait un grand front 5 Finfanterie, composée de Grecs à la solde de Darius, était derrière* sur une seconde ligne placée au-dessus de kl première , car le terrain formait une pente vers le fleuve. Les Perses voyant Alexandre s'avancer du oâté de 'leur aile gauche , serrèrent leurs escadrons de ce côté-là. Les deux armées restée rent longtemps en présence sur les deux bords du Granique. Enfin Alexandre donna aux Macédoniens l'ordre d'entrer dans la rivière , non en marchant droit à l'autre rive, mais en biaisant et en suivant le cours de l'eau ; les Perses , de leur côté , commencèrent à lancer des traits, et se rapprochèrent du bord de la rivière. L élite de la cavalerie perse était réunie en cet endroit, et Memnon y combattait
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avec ses fils : aussi les Macédoniens plièrent- ils d'abord. Mais Alexandre arrivant au secours des siens , donna au milieu de la cavalerie perse, où étaient les généraux. Il y eut alors une horrible mêlée ; et , dit Arrien (*), quoique les combattants fussent à cheval , le combat était d'homme à homme comme dans l'infanterie , chacun tâchant de repousser son adversaire et de gagner du terrain sur lui. A la fin , les Macédoniens l'emportèrent par leur force , leur expérience , et la bonté de leurs armes (**). Alexandre poussant son cheval contre Mithridate, gendre de Darius, qui s'était avancé devant les troupes , lui porta un coup dans le visage et le renversa ; mais il fut aussitôt attaqué lui-même par Résacès, qu'il tua. Cependant des cavaliers qui venaient de passer le Granique s'étant joints à Alexandre , le centre des Perses commença à plier, et les deux ailes furent rompues et prirent la fuite. Les Macédoniens tuèrent dans la déroute environ mille cavaliers. Alexandre marcha contre l'infanterie , qui restait ferme à son poste. Ce corps fut taillé en pièces , à l'exception de deux mille hommes faits prisonniers. Les généraux perses Ni-
Katès , Pétinès , Spithridate, Mithrozaue, gouverneur de la Cappadoce; Mithridate, gendre de Darius; Arbupalès, prince de la famille royale ; Pharnaoe, frère de la reine, et Omarès, général des troupes mercenaires , périrent dans la bataille. Arsite se sauva en Phrygie, où il se tua de désespoir.
Après cela , Alexandre mit un autre gouverneur à la place d' Arsite , aux mêmes conditions que sous Darius , et renvoya chez eux les habitants du pays qui s'étaient rendus a lui. Il marcha ensuite vers Sardes. Étant près de cette ville , Mithrinès , gouverneur de la citadelle, lui rendit la place avec tous les trésors qui s'y trouvaient.
(*) Expédition d'Alexandre, livre I, ebap. x5 , § 4.
(**) Voyez ci-devant page 190, colonne 1,
Alexandre envoya un de ses généraux pour prendre possession de la ville et de la citadelle , et retint Mithrinès auprès de sa personne. Il remit en liberté toute la Lydie, et permit aux habitants de vivre suivant leurs lois.
A la nouvelle de la bataille du Granique , tous les Grecs du parti de Darius, qui étaient en garnison à Éphèse, s'embarquèrent aussitôt pour se soustraire au ressentiment d'Alexandre.
Quatre jours après , ce prince arriva à Ephèse , ramenant avec lui les bannis
3ui en avaient été chassés , et il rétablit ans la ville le gouvernement démocratique. Les tributs qu'on payait au roi de Perse furent assignés au tenu* pie de Diane.
SUITE DE L'EXPÉDITION d'aLEXANERB. SlEGK ET PRISE d'haLXCARNASSE PAR LES MA- CEDONIENS. COMPLOT CONTEE LA VK d\a- LEXANDRE. MEMNON FORME LE PROJET DE PORTER LA GUERRE EN GRECE. MORT DE CE GÉNÉRAL.
Des députés de Tralles et de Magnésie arrivèrent alors pour faire leur soumission à Alexandre, qui mit garnison dans ces deux places. Il envoya en même temps des troupes contre les villes d'Ionie et d'Éolie qui étaient encore sous la- puissance des Perses , ordonnant de rétablir partout le gouverne* ment démocratique, et d'abolir les impôts qu'on payait à Darius.
Vers cette époque , Milet tomba au pouvoir des Macédoniens , qui entrèrent bientôt en Carie , et mirent le siège devant Ha! ica masse. Cette ville, située dans une position avantageuse , avait été fortifiée par Memnon , que Darius avait nommé gouverneur de toutes les provinces maritimes de l'Asie Mineure, et commandant de la flotte. Memnon s'était enfermé dans la place , et avait eu soin de faire entrer toutes ses galères dans le port. Cette sage précaution lui donnait les moyens de repousser les attaques des Macédoniens du côté de la mer, et augmentait en même temps la garnison de la ville, qui se trouvait renforcée de tous les matelots et soldats qui servaient sur la flotte. Le premier jour du siège , les Perses ayant
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fait une sortie , furent renoussés aisément par les troupes d'Alexandre. Ce prince ayant ensuite comblé le fossé, qui était large de trente coudées et profond de quinze, afin de pouvoir faire approcher les tours jusqu'au pied des murailles, les habitants d'Halicarnasse firent une nouvelle sortie pendant la nuit, pour brûler les machines des Macédoniens : ils furent encore repoussés, et perdirent, suivant le rapport d'Arrien (*) , cent soixante et dix soldats. Les Macédoniens eurent seize soldats tués et trois cents blessés. Memnon et Orontobate, qui commandaient dans la ville, voyant qu'ils ne pouvaient pas la défendre plus longtemps, se retirèrent; mais, auparavant , ils mirent le feu à une tour de bois, à l'arsenal et aux maisons les plus rapprochées des murailles. L'incendie fit des progrès d'autant plus rapides que le vent soufflait avec violence.
Alexandre, maître d'Halicarnasse et de toute la Carie, en rendit le gouvernement à Ada, fille d'Hécatomnus, sœur et femme d'Hidriée. Cette princesse était demeurée en possession de la Carie après la mort de son époux. Mais elle fut dépossédée par Pixodare , à qui succéda son gendre Orontobate , par ordre de Darius.
Ada conservait toutefois une place forte, appelée Alinde, dont elle avait remis les clefs à Alexandre.
Peu de temps après (an jdu monde 8671 ; avant J. C. 33$) , Darius, à ce que nous apprend Arrien (**), reçut une lettre d'Alexandre , fils d'Aèropus, qui s'engageait à tuer Alexandre. Darius envoya aussitôt un Perse , nommé Siëinès, dans lequel il avait la plus grande confiance, pour traiter cette affaire avec Alexandre, fils d'Aèropus. Sisinès, en apparence porteur d'ordres de Darius pour Atizyès , satrape de Phrygie , devait promettre au traître mille talents d'or avec le trône de Macédoine, s'il pouvait réussir dans son projet.
Mais ayant été arrêté par Par mén ion, il lui avoua la vérité touchant le message
(*) Expédition d'Alexandre, livre x, chap. ao, § io.
(**) Livre i, chap. a5.
dont il était chargé , et renouvela ses aveux devant Alexandre. Si le fait de la participation de Darius était bien avéré, il serait une tache pour la mémoire de ce prince.
Memnon ayant conçu le projet hardi de porter la guerre dans la Grèce et dans la Macédoine pendant qu'Alexandre attaquait l'empire perse , se rendit à l'île de Chios, dont il s'empara au moyen des intelligences qu'il y entretenait. Faisant voile ensuite vers l'île de Lesbos, comme il vit que les habitants de Mitylène ne voulaient pas se soumettre à lui, il se rendit maître d'abord de toutes les autres places de l'île , et se disposait à mettre le siège devant Mitylène , lorsqu'il tomba malade et mourut. Darius fit en lui une perte irréparable: car aucun de ses généraux ne pouvait lui être comparé ni pour la conception , ni pour l'exécution des opérations militaires. Le projet de faire de la Macédoine le théâtre de la guerre était digne à la fois d'un grand général et d'un habile politique ; car on ne peut pas douter que plusieurs Etats de la Grèce , qui subissaient impatiemment le joug macédonien , ne se fussent joints aux Perses. Une pareille diversion aurait sans aucun doute obligé Alexandre de quitter l'Asie pour détendre son pays et soumettre les Grecs révoltés. Darius, convaincu de la justesse des vues de Memnon, et plein de confiance dans les talents et l'expérience de ce général , l'avait nommé commandant en chef de toutes les forces qui devaient être employées dans l'expédition. Un pareil choix fait honneur au jugement de Darius, et prouve que ce prince , s'il n'avait pas toutes les qualités d'un grand roi, savait du moins apprécier les hommes et leur accorder le rang qu'ils méritaient , sans céder à des considérations que rendent souvent très-fortes les obsessions et le crédit des courtisans.
ALEXANDRE PASSE LES POETES DE LA CILICtB. BATAILLE D'iSSUS. F DITE DE DAEIU8. PRISE DD CAMP DES PERSES.
Alexandre, délivré par la mort de
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Weronon , <|u seul ennemi qui pût lui tenir tête , s'avança vers les province? de la haute Asie. Arrivé aux Portes de la Gilîcie , il essaya de surprendre les Perses qui gardaient le défilé.
Ceux-ci l'aperçurent dans sa marche; mais au heu 'de s'opposer à lui , i|s prirent honteusement la fuite. Le lendemain , dès la pointe du jour, l'armée macédonienne franchit le passage , et Rapprocha de Tarse ; Arsame , gui commandait dans la ville, se retira sans combattre.
Cependant Darius était eampé à Sochos, c|ans la Comagène, avec toute son armée. Amyntas, qui avait quitté le parti d'Alexandre, engageait Darius à attendre les Macédoniens dans ce pays de plaines , découvert de tous les côtés, et très-avantageux pour faire manœuvrer une nombreuse cavalerie.
Mais Alexandre ayant été obligé de s'arrêter à Tarse et de retarder sa marche , Darius fut ébranlé dans la résolution qu'il avait prise d'attendre son ennemi , et prêta l'oreille aux flatteries des courtisans qui l'assuraient que la peur seule empêchait le prince macédonien d'avancer. Malgré les sages remontrances d'Amyntas, Darius se mit en marche vers les gorges de la Cilicie, où sa cavalerie lui devenait complètement inutile , et où il ne pouvait pas déployer tous ses bataillons. Il passa les Portes Amériques, et marcha vers la ville d'Issus, où il fit périr d'une manière cruelle tous les malades et les blessés de l'armée macédopienne (*). Le lendemain , il s'avança vers la rivière de Pinare, laissant deî> rière lui Alexandre, qui, informé de |a position qu'occupait l'armée perse , s'avança pour la combattre. Aussitôt Darius fit passer le Pinare à trente mille chevaux et à vingt mille hommes de trait , pour ranger commodément son armée en bataille, derrière ces troupes. Ii opposa un corps de trente mille Grecs mercenaires à l'infanterie macédonienne, et jeta sur les deux ailes de ce corps soixante mille Car-
(*) Àrrien , liv. n , chap. 7, S i ; Quinte- Çerce, Bv. tu, chap. S, J i5.
dacés armés de tontes pièces (*}. Là disposition des lieux ne permettait pas de faire une plus longue ligne de bataille. Sur une montagne qui était à la gauche des Perses , Darius plaça vingt mille hommes, lesquels, à cause des sinuosités du terrain, étaient placés de manière que les uns se trouvaient derrière l'armée d'Alexandre, tandis
Sue les autres étaient devant. Le reste e l'infanterie des Perses , rangé par nations , était rejeté comme une foule inutile derrière la première ligne, sur une grande hauteur : car les historiens rapportent que Darius avait dans son armée six cent mille hommes, exagération d'après laquelle on doit conjecturer que les forces des Perses étaient très - considérables. Darius, après avoir rangé ses troupes , fit repasser la rivière à sa cavalerie , et an envova une partie du côté de la mer, qui était l'endroit où elle pouvait le mieux combattre; le reste se trouvait à la gauche.
Ces dispositions prises, Darius se plaça au centre, suivant la coutume des* rois de Perse. Quoique l'année d'Alexandre se fût mise en mouvement, Darius contint ses troupes sans leur permettre de passer le fleuve, afin de ne pas perdre l'avantage de sa position. Il fit même palissader plusieurs endroits où le rivage n'était point escarpé. Les Macédoniens, arrivés à la portée du trait, coururent avec impétuosité vers la rivière pour étonner les Perses, et les empêcher de faire contre eux plusieurs décharges. En effet, ceuxci lâchèrent bientôt pied, abandonnant de ce côté la victoire aux Macédoniens. Mais les trente mille Grecs à la solde de Darius rendirent un instant la victoire douteuse, en donnant au milieu de la phalange macédonienne, qui avait été obligée de s'ouvrir à cause des inégalités du terrain, et parce que les hommes placés au centre de ci corps n'avaient pu suivre avec promptitude le mouvement dos premiers rangs. Ce combat fut très-opiniâtre: les Grecs de Darius tâchaient de repousser les
(*) Voyez ci-devant page 199, note.