‹ La PerseChapitre 33 sur 51 · PE*6E · texte numérisé non relu

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Macédoniens dans la rivière, et ils pouvaient y réussir ; mais Alexandre, après avoir culbuté les troupes perses qui se trouvaient devant lui, marcha contre ces Grecs, les éloigna du bord de la rivière, et en tua un grand nombre. La cavalerie perse de l'aile droite, sans attendre l'ennemi, passa la rivière, fondit sur les cavaliers thessaliens qui lui étaient opposés, et soutint le combat avec un grand courage Ësqu'au moment où Darius prit la ite, et où les Grecs mercenaires furent taillés en pièces. Alors, toute l'armée de Darius fut mise dans une complète déroute. Les chevaux de la cavalerie perse souffrirent beaucoup, comme le remarque Arrien (*), à cause de la pesanteur des armes des cavaliers, et des défilés par lesquels il leur fallait passer.

Darius ayant vu l'aile gauche de son armée rompue, s'enfuit des premiers sur son ehar ; et dès qu'il eut atteint les gorges des montagnes, il monta à cheval, jetant son arc, sa robe de dessus et son bouclier. La nuit, qui approchait, empêcha Alexandre de le poursuivre. Les Perses, suivant Arrien (**), perdirent, à la bataille d'Issus, cent mille hommes, dont dix mille cavaliers. Ce nombre est peut-être exagéré-, mais il parait certain que l'armée perse souffrit beaucoup. Arsame, Rhéomithrès et Atizyès, qui commandaient la cavalerie à la bataille du Granique; Sabacès, satrape d'Egypte, et Bubacès, un des plus grands sei*

J;neursde la Perse, périrent dans cette ournée. Les Macédoniens emportèrent d'assaut le camp des Perses, où étaient la mère, la femme et la sœur de Darius, avec deux filles de ce prince, et son fils, encore enfant. Les princesses n'avaient avec elles qu'un petit nombre de dames; toutes les autres étaient à Damas, où Darius les avait envoyées avec une partie de ses trésors.

Alexandre ayant appris queJa mère, la femme et les entants de Darius

(*) Expédition d'Alexandre, livre xi, chap. ii, § 3.

(**) livre n, chap. n , % 8.

pleuraient là mort de ce prince, parce qu'elles savaient qu'on avait trouvé son arc, sa robe et son bouclier, envoya un des seigneurs de sa cour pour leur dire que Darius était en vie, et qu'il n'avait jeté Bês armes et son vêtement de dessus que pour fuir avec plus de facilité et n'être reconnu par personne: il leur faisait dire aussi qu'elles seraient traitées en reines.

DARIUS IB H ETIRE A TBAMAQUE. IL ENVOI* UI1 LETTRE A ALE1AEDRE ; EÉVOHSE DE CELUI-CI. FAEMBHlOJr SB BEHD MAITRE DR DAMAS. LA STEIB, LA FBEHICIR , LA PALES- TIRE et l'Egypte soumises far Alexandre. BATAILLE D'aRRELB. ALBXARDRB VJL A BABTLORE ET A SUSE.

Darius ayant couru toute la nuit, accompagne d'une suite très-peu nombreuse, réunit les troupes qui lui restaient, au nombre de auatre mille hommes, tant Grecs qu'étrangers, et gagna en toute hâte la ville de Thapsaque. Amyntas, fils d'Antiochus; Thimodès, fils de Mentor ; Aristomède de Phères, et Bianor d'Âcarnanie, qui tous avaient abandonné le parti d Alexandre pour se ranger sous les drapeaux de Darius, voyant la bataille perdue, s'enfuirent avec huit mille hommes qu'ils commandaient, et se sauvèrent, par les montagnes, vers Tripoli de Syrie, où ils s'embarquèrent après avoir brûlé les navires qui restaient dans le port, afin d'ôter aux Macédoniens le moyen de les poursuivre.

Alexandre était entré en Syrie ( an du monde 8672; avant J. C, 332 ) et se trouvait à Marathe (*), lorsque Darius lui envoya des ambassadeurs avec des lettres, pour le supplier de lui rendre les princesses captives. II rappelait l'alliance qui avait existé entre Philippe et la Perse. Il ajoutait que Philippe avait le premier rompu cette alliance, et que lui, Alexandre, était entré en armes dans l'empire perse; ou'il lui demandait, de roi à roi, sa femme et ses enfants, et le suppliait

(*) Ville de Syrie située en face de lUe d'Arade.

L'UNIVERS

d'accepter son alliance. Alexandre répondit par une lettre dans laquelle il reprochait aux Perses les torts réels ou imaginaires qu'ils avaient eus contre les Grecs depuis le commencement de la monarchie, et finissait en disant à Darius de ne point oublier, quand il lui écrirait, qu'il écrivait à son maître, et non pas à son égal. Alexandre envoya ensuite à Damas Parménion, qui s'empara de tout l'or et l'argent.

3ui avait été destiné à payer l'armée es Perses. Parmi les prisonniers de distinction que Parménion fit dans la ville, étaient trois jeunes princesses, filles d'Ochus, et la veuve de ce prince, la fille d'Oxathrès, frère de Darius; la femme d'Artabaze, le plus grand seigneur de la cour, et son fils Ilionée. 11 prit également la femme de Pharaabaze, trois filles de Mentor, la femme et le fils de Memnon ; aussi n'y eut-il que peu de maisons illustres dans la Perse qui ne fussent atteintes dans ce désastre. Le gouverneur de la place, qui avait trahi la cause des Perses, fut tué par un de ses esclaves, et sa tête portée à Darius.

Alexandre étant entré dans la Phénicie, les villes de Byblos et de Sidon lui ouvrirent leurs portes. La Syrie et la Phénicie étaient entièrement soumises, à l'exception de la seule ville de Tyr, dont Alexandre forma le siège.

Les habitants se défendirent avec un courage incroyable pendant sept mois entiers, après lesquels la ville fut emportée d'assaut par les Macédoniens.

Pendant qu'Alexandre était encore occupé au siège de Tyr, Darius lui fit offrir dix mille talents pour la rançon des princesses captives, avec sa Aile Statira en mariage, et tout le pays qu'il avait conquis jusqu'à l'Euphrate.

Alexandre ayant rejeté ses offres, il perdit tout espoir d'accommodement et se prépara a continuer la guerre.

Alexandre s'était rendu maître de toutes les villes de la Palestine, à l'exception de Gaza, où commandait un eunuque de Darius, appelé Bâtis. Ce gouverneur, habile capitaine et trèsattaché à son maître, résolut de se défendre, et tint pendant deux mois, au

.bout desquels les Macédoniens s'emparèrent de la ville.

De Gaza, Alexandre se rendit à Péluse. Mazacès , gouverneur du pays, ayant appris la défaite de Darius et sa retraite honteuse, ainsi que la soumission de la Syrie et de la Phénicie, fit ouvrir à Alexandre les portes de Péluse. C'était une nécessité d'autant plus inévitable, que les Égyptiens avaient pour les Perses une haine profonde, et étaient disposés à prendre pour maître quiconque pourrait les délivrer de ces étrangers, qui témoignaient le plus grand mépris pour leurs dieux et leur religion. Cette conduite imprudente avait extrêmement aigri les Égyptiens, qui se soumirent volontiers à Alexandre. Ce prince ayant ensuite quitté le pays, se rendit à Thapsaque, passa l'Euphrate, et se dirigea vers le Tigre, où il espérait trouver l'armée des Perses. Darius avait encore essaye vainement d'amener Alexandre à faire .la paix; mais voyant que tous ses efforts étaient inutiles, il se prépara à livrer une seconde bataille. Alexandre étant entré dans la Mésopotamie, et laissant l'Euphrate et les montagnes d'Arménie à çauche, marcha à travers un pays qui n'avait point été ruiné par la

§uerre, et où 1 on trouvait en abondance es vivres et du fourrage.

Cependant Darius avait réuni une puissante armée. Bessus, satrape de la Bactriane, lui avait amené les troupes de sa province, avec des Indiens et des Sogdiens; Mauacès l'avait joint avec les Saces, alliés de Darius; Barsaëntès conduisait les Arachotiens avec les Indiens des montagnes; Satibarzane commandait les Ariens ; Phratapherne les Parthes, avec les Hyrcaniens et les Tapvres, tous cavaliers; Atropate les Mèdes, les Cadusiens et quelques autres peuples ; Ocondobate , Ariobarzane et Orxinès, conduisaient les habitants des côtes de la mer Rouge; Oxathrès, filsd'Abulitès, lesSusiensetles Uxiens; Bu parés les Babyloniens, avec les Sitacéniens et les Cariens; Orontès et Mithraustès les Arméniens; Ariacès les Cappadociens; Mazée les peuples de la Cœlé-Syrie et de la Mésopotamie.

PERSE

Suivant «ne opinion qui nous a été conservée par Arrien(*), l'infanterie de Darius montait à un million d'hommes, nombre qui ne parait point invraisemblable à Sainte-Croix (**), et sa eavalerie à quarante mille chevaux, sans compter deux cents chariots armés de faux et quelques éléphants. Darius campa avec toutes ces forces dans la plaine de Gaugamèle (***), près de la rivière de Bumode, à dix «huit ou vingt lieues de la ville d'Arbèle, dans une vaste plaine. Il avait fait disparaître toutes les inégalités du terrain , {>our laisser le champ libre à sa cavaerie et à ses chars, parce que ses courtisans lui avaient persuadé que rien n'avait tant contribué à sa première défaite, que la nature du pays où il avait livré la bataille, les troupes n'ayant pas pn s'étendre. Alexandre partit pendant la nuit pour aller combattre Darius, qui, informé de son approche, avait rangé toute son armée en bataille. Les deux armées n'étaient éloignées que de deux lieues Pline de l'autre, lorsque les troupes d'Alexandre campèrent. Darius fit passer à ses soldats toute la nuit sous les armes, car il n'avait pas fortifié son camp et craignait une surprise. La fatigue et la frayeur que les Macédoniens inspiraient aux Perses contribuèrent puissamment à la perte de la bataille. La disposition de l'armée de Darius était la suivante. A l'extrême gauche se trouvaient les cavaliers bactriens, avec les Dahes et les Arachotiens; puis venaient les Perses, cavalerie et infanterie, les Susiens et les Cadusiens. A la droite étaient les CœJé-Syriens , les habitants

(*) Expédition d'Alexandre, liv. ni, chap. 8, J 6.

(**) Examen critique, deuxième édition, P«S- *97-

{***)• Gaugamèle veut dire , comme nous Tapprend Strabon (livre xvi, p. 507) , lieu ou liabitation du chameau. Ce bourg fut ainsi nommé parce que Darius, fils d'Hystaspe, en avait destiné le revenu à nourrir un chameau qui lui avait été d'un grand secours en portant ses vivres dans les déserts de la Scythie.

de la Mésopotamie, les Mèdes, les Parthes, les Saces, les Tapyres, les Hyrcaniens et quelques autres. Au centre de l'armée était Darius environné de sa noblesse et des gardes appelés métaphores , avec lès Indiens , les Cariensanaspasteset les archers mardes. Darius avait placé sur une seconde ligne les Babyloniens et les Uxiens, avec les habitants des côtes de la mer Rouge et les Sitacéniens. Le front de bataille était couvert à la gauche par la cavalerie scythe, et quelques Bactriens avec des chariots armés de faux.

A la droite se trouvaient cinquante chariots, avec la cavalerie arménienne et cappadocienne; les cinquante autres chariots étaient placés devant le roi avec les éléphants, ainsi que l'infanterie grecque opposée à la phalange macédonienne. Alexandre avait quarante mille hommes d'infanterie et sept mille chevaux. Darius, dont l'armée présentait un front très-considérable, voulait envelopper les Macédoniens, et les attaquer à la fois en tête et en flanc. Alexandre ayant pénétré le dessein de Darius, fit étendre ses ailes, autant qu'il le pouvait, sans affaiblir le centre. Quand les deux armées en furent venues aux mains, les Perses repoussés retournèrent d'abord à la charge, puis ils prirent la fuite. Arrien(*) fait monter le nombre des morts, du côté des Perses, au chiffre

Sresque incroyable de trois cent mille ommes , sans compter les prisonniers, qui furent encore plus nombreux.

Alexandre n'eut que cent hommes et mille chevaux tués. Darius arriva la même nuit à Arbèle, après avoir passé le Lvcus, et s'enfuit dans la Médie, où if fut rejoint par deux mille Grecs mercenaires. Alexandre s'empara d'Arbèle, où il trouva d'immenses richesses; puis il marcha vers Babylone, dont le gouverneur se soumit sans essayer de faire la moindre résistance.

De Babylone, il se rendit à Suse : cette ville renfermait aussi de grandes ri* chesses, et plusieurs objets précieux que Xerxès avait emportés de la Grèce.

(*) Livre ut , chap. i5, J 6.

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Alexandre ayant ensuite traversé le Pasi tigre, entra dans le pays des Uxiens. Ceux de ee peuple qui habitaient la plaine et obéissaient aux satrapes de la province se rendirent aux Macédoniens; mais les autres Uxiens, qui vivaient en liberté dans leurs montagnes, demandèrent à Alexandre un tribut pour lui accorder le passage, comme ils faisaient avec les rois de Perse. Les Macédoniens s'étant emparés des gorges de leurs montagnes, surprirent quelques-uns de leurs villages. Les Uxiens les voyant maîtres des lieux qui faisaient toute leur force, s'enfuirent sans combattre. Plusieurs furent tués dans la retraite; d'autres tombèrent dans les précipices. Alexandre s'étant ensuite avancé vers la province de Perse, rencontra dans les montagnes Ariobarzane, satrape du

Sys, qui, avec quatre mille hommes pied et sept cents chevaux , cherchait à lui fermer le passage. Alexandre tailla en pièces presque toutes oes troupes, et Ariobanane se sauva avee un très-petit nombre de. cavaliers.

Alexandre entra alors dans la province de Perse. Ayant pris ses Quartiers d'hiver à Persepolis , il s'abandonna aq

gaisir de la table, et donna plusieurs stins, dans un desquels une courte sane athénienne, appelée ThaU, proposa de brûler le palais des rois de Perse, et dit que, par cette action, Alexandre s'assurerait au plus haut degré la bienveillance des Grecs, et vengerait les incendies de Xerxès.

Cette proposition fut approuvée par des convives qui tous étaient ivres.

Alexandre saisit une torche et mit le feu au palais : oet exemple fut suivi par tous ses officiers. L'édifice, qui, dit Quintc-Curce (*), était en grande partie de bois de cèdre, fut bientôt entièrement consumé.

(*) Livre v, çhap. ?*$ 5.

Au printemps, Alexandre, déeiié à poursuivre Darius, se mit en route pour la Médie, où ce prince s'était retiré. Quand Darius apprit qu'Alexandre s'avançait du côte d'Ecnatane, il Îjuitta cette ville pour se retirer dans a Bactriane; mais changeant presque aussitôt d'avis, il résolut de livrer une dernière bataille. Il s'occupait à réunir ses troupes, lorsque Bessus, satrape de la Bactriane, et Nabarzane, un des plus grands seigneurs de Perse, formèrent une conspiration oootre lui, et résolurent de se saisir de sa personne, pour le livrera Alexandre, si ce prince les poursuivait; mais leur dessein était, s'ils pouvaient éohapper aux troupes macédoniennes, de massacrer Darius, d'usurper la couronne et de recommencer la guerre. Les deux conspirateurs se saisirent de Darius, le lièrent avec des chaînes d'or, et l'ayant enfermé dans un chariot couvert de peaux, et conduit par des étrangers qui ignoraient la qualité du prisonnier qu'ils étaient chargea de conduire, ils prirent le chemin de la Bactriane. Bessus fut proclamé généralissime. Plusieurs chefs qui se trouvaient enoore autour de Darius ne voulant prendre aucune part à cette trahison, se séparèrent de Bessus.

Alexandre étant arrivé à Ecbatane, sut que Darius en était parti depuis cinq .jours. 11 se mit à la poursuite de ce prince. Arrivé dans la Parthide, il apprit d'un seigneur perse, appelé JBaçUtanès, le crime de Bessus et de Nabarzane. Cette nouvelle l'engagea à se hâter le plus possible; et, après avoir marche toute la nuit, jusqu'au lendemain, au milieu du jour, il arriva à un village où Bessus avec ses Bactriens avait campé la veille. II quitta ce village vers le soir , et à la pointe du jour, il atteignit Bessus, dont les soldats marchaient en désordre et sans armes. Alexandre les chargea et les mit en fuite; quelquesuns même n'attendirent pas qu'on les attaquât. Comme Alexandre les poursuivait toujours et était sur le point de les atteindre, Nabarzane et Barsaëntès blessèrent à mort Darius* et se sau-

PERSE, fit

vèrent avee si* cents cavalière. Quand fewe, et mirent ni pièces te eorM 4e

les Macédoniens arrivèrent , Darius Bessus. Par la mort «le ee traître ,

avait déjà rendu le dernier soupir. Alexandre devint paisible possesseur

Alexandre envoya le corps dans la de tout le royaume de Darius.

province de Perse, pour qu'il fût en- L'empire des Perses avait duré phis

fermé dans le sépulcre deS rois. de deux eent six ans, depuis le com-

Ainsi mourut Darius, à l'Age de menoement du règne de Cyrus le

cinquante ans (an du monde. 3674; Grand, tous treize rois différents, sa*

avant J. C. 330). tes historiens repré* veir :

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mieux fait et le plus brave de tout son CàS5ysÎ7.,,a. * . ! ! !'.".'.!! ! '. .'..'. ? s

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