DJEM5CHID, QUATRIÈME ROI
(Son règne fui de 700 ans.)
Tahmouras eut pour successeur Djemschid, qui était son fils, son frère ou son neveu ; car les historiens musulmans ne sont pas d'accord sur ce point. Djemschid fonda Persépolis, qui porte encore aujourd'hui le nom de Takhti - Djemschid ou Trône de Djemschid (*). Il suivait d'abord la vraie religion; le premier il fabriqua des cimeterres , des couteaux , des piques et des cuirasses. Avant lui , les hommes ne se battaient qu'avec des pierres et des bâtons. Djemschid introduisit dans le monde 1 usage de recueillir le coton, de faire de la toile et de se servir des couleurs différentes.
Il força les dives à lui construire des bains et à pécher des perles. Ce fut alors que les hommes apprirent de ces mauvais génies l'art de plonger et d'aller chercher des perles au fond de la mer. Djemschid enseigna l'art de préparer les parfums, tels que le musc, t'ambre et le camphre.
Il partagea tous ses sujets en quatre classes : la première classe était celle des prêtres et des savants; la seconde, celle des gens de guerre la troisième, celle des agriculteurs, et la quatrième celle des artisans. Chacune de ces classes avait des inspecteurs, chargés de rendre compte à Djemschid de tout ce qu'ils avaient vu ou appris d'important.
C'est à ce prince qu'on doit l'institution de la fête du Nourouz, dont nous aurons occasion de parler ailleurs.
Au commencement de chaque mois, Djemschid rendait la justice à ses sujets, et sept cents ans se passèrent ainsi sans que ce prince eût éprouvé la moindre maladie, sans qu'aucun ennemi eût osé se lever contre lui, ou gu'il eût éprouvé le moindre sujet d'af-
(*) Voyei ci-devant pag. 36, colonne a.
fliction. Ce temps-là nasse, un jour que* Djemschid était seul dans son palais .
Anrimane entra par la fenêtre , et lui dit : ' Je suis un génie descendu du ciel pour te donner des conseils : sache donc que tu te trompes lorsque tu t'imagines n'être qu'un homme; les hommes tombent malades , ils éprouvent des maladies et des traverses , et sont soumis à la mort. Tu es exempt de tous ces maux, parce que tu es Dieu; mais tu ne te connais pas toi-même. Sache que tu étais d'abord dans le ciel; et le soleil, la lune et les étoiles étaient sous ton obéissance.
Tu descendis sur la terre pour rendre la justice aux hommes, et remonter ensuite au ciel , ta première demeure.
Mais tu as oublié ce que tu es. Moi , qui suis un génie, qu'aucun homme ne pourrait voir face à face sans mourir, je viens te rappeler ce que ta es ; faistoi donc connaître aux hommes. Ordonne-leur de t'adorer, et que tous ceux qui refuseront de se prosterner devant toi soient jetés dans le feu.
Djemschid suivit le conseil d'Abrimane , et fit périr un grand nombre de personnes qui refusèrent de reconnaître sa divinité. Il envoya ensuite cinq lieutenants qui parcoururent tout l'univers avec des armées nombreuses.
Ces lieutenants avaient chacun une figure de Djemschid , devant laquelle les hommes étaient tenus de se prosterner, et ils disaient : Cette figure est votre dieu, adorez-la, ou vous périrez par le feu. Un grand nombre d'hommes commirent le mal et se livrèrent à l'idolâtrie, par la crainte de la mort.
Ces actes impies éloignèrent de Djemschid le cœur de tous ses sujets.
Un prince arabe, appelé Dhohac, profitant du mécontentement général, attaqua la Perse ; Djemschid fut obligé de fuir devant son rival , que l'on regardait généralement comme l'instrument de la vengeance divine. Il parcourut successivement en fugitif toutes les provinces de la Perse, rinde et la Chine. Mais à la fin , Dhohac ayant appris qu'il s'était retiré à Damavend* s empara de sa personne, et le fit scier
L'UKIVKRS.
en deux parties, depuis la tête jus* qu'aux pieds.
Djemschïd Ait d*abprd condamné nour ses crimes aux peines de l'enfer; mais Ormouzd lui pardonna ensuite, à la prière de Zoroastre (*).
Une nuit cependant, le sommeil s'appesantit sur lui, et il vit, pendant qu'il dormait , jun vieillard qui lui disait : Si tu veux diminuer les douleurs que te causent tes ulcères, appliques-y la cervelle d'un homme; car tel est le remède qui te convient. Le lendemain, Dhohac se réveilla, et ordonna qu'on mît à mort deux hommes, et qu'on appliquât leur cervelle sur ses ulcères.
Tous les gens qui se trouvaient dans les prisons, qu'ils eussent ou non méritera mort , furent d'abord sacrifiés ainsi pour diminuer les souffrances de Dhohac. Ensuite, quand les prisons furent entièrement vides , le tyran établit sur ses sujets un tribut de deux hommes par jour ; ces infortunés étaient aussitôt livrés au bourreau et mis à mort
Il y avait à Ispahan un forgeron appelé Caveh. père de deux jeunes gens d'une grande beauté, et du plus heureux naturel. Un jour, les gardes de Dhohac se saisirent de ces deux jeunes gens , et les mirent à mort , sans s'inquiéter du chagrin qu'ils allaient eauser â leurs parents. Caveh , lorsqu'on vint lui annoncer cette triste nouvelle, travaillait sous un auvent, près de sa maison. Au même instant, il se mit à courir par la ville , avec le tablier de cuir que portent les forgerons , et que dans son trouble il avait négligé d'ôter. Tous les habitants d'Ispahan se réunirent, et fatigués de la cruauté de Dhohac, se levèrent en masse avec Caveh ; celuici attacha au bout d'un bâton le tablier de cuir qu'il portait, et lé tint élevé en l'air comme un étendard. Un grand nombre de gens sans aveu, de voleurs et de brigands, se joignirent à Caveh , quv.allâ au palais du lieutenant de Dhohac , tua ce lieutenant , pilla ses trésors , enleva toutes les armes qu'il O Vove. ÔWJWWm* manuscrit per- Pu* tr°«ver» et les distribua aux hom- 54û de U BibUoihçqtteli roi, fends d'An- "}£ Qui raccompagnaient. Caveh établit ensuite un autre lieutenant a la place de celui qu'il venait de tuer, et s'avança contre Dhohac. Des gens partis de plusieurs villes vinrent grossir
■ao, cmnmiaix moi* (Son règne Rit de rooo ans.)
Dhohac, appelé aussi Betourasp (**), était Arabe, suivant la plupart des fais* toriene et descendait de Caîoumors.
D'autres auteurs disent qu'il était Syrien et descendant de Scheddad. On a encore supposé qu'y était le même que Nemroa. Tous les historiens s'accofdcnt à dire que Dhohac était un prince sanguinaire , qui n'employa aea talents qu'a faire le mal. Il était magicien * et les connaissances qu'il avait acquises dans lea sciences occultes hii servaient à tourmenter ses sujets. Il introduisit dans l'univers les mesura corrompues, ût périr les rois , appela le fenre humain à l'idolâtrie, et in* traduisit l'usage de fouetter et de pendre les hommes. Sa conduite éloigna de lui tous sea sujets : car il ne raidait la justice à qui que ce fût; et .lorsqu'il était irrité Contre une personne, il la taisait immédiatement mettre à mort.
Dhohac avait régné pendant huit cents ans, lorsque Dieu résolût de le punir* Ce prince avait, sur l'extrémité de chacune de ses deux épaules, une excroissance de chair qui, pour la forme * ressemblait a une tête de serpent. Il cachait soigneusement cette difformité. Quand Dieu voulut le punir, ces excroissances devinrent des ulcères, et lui causèrent des douleurs tellement vives qu'il criait nuit et jour, sans pouvoir Jamais trouver de repos.
quetil, n* ta, p.3ii,
(**) Beïourup sintî&e eu langée penaae Dim miiie ekevmum, Ge prince fat sppeié ainsi* parce que chaque soir on ramenait des pâturages dans set écuries dix mille chevaux, voyez ma traduction de la Chronique de Ta&ari, 1. 1 , p. o4 , note.
son armée; car le ioug du tyran était devenu insupportable à tous ses sujets.
PEESE.
Caveh ayant réuni cent mille hommes autour de sa personne, marcha vers Damavend. Lorsqu'il fut près de cette ville , il assembla ses soldats, et leur dit : Vous savez que je n'ai fait la guerre jusqu'à présent qu au lieutenant de Dhonac , et que , pour lui , il est encore roi. Choisissez donc un sou* verain gui résiste à Dhonac , et je prendrai ses ordres. Les soldats répondirent à ce discours : Sois notre roi ; nous t'acceptons. Mais Caveh leur dit : Vous savez tous que ie ne remplirai»
pas convenablement les devoirs d'un roi. Je ne puis donc pas accepter le trône.
Il y avait alors un prince de race royale nommé Afridoun ou Fèridoun.
Ce prince s'était enfui, et s'était tenu caché, par la crainte que lui inspirait Dhonac On l'alla chercher, et on Tamena. Caveh lui remit toutes les troupes, les trésors et les armes, et se tiut en sa présence pour recevoir ses ordres. Afridoun donna à Caveh le commandement général de l'armée.
Dhohao sortit alors de Damavend.
Caveh lui livra bataille, battit son armée, le fit prisonnier, et donna ordre qu'on le mit à mort.
AFBIDOUV, tlXlJLMM E«I.
(Son règne fat de 5oo ans.)
Afridoun, filsd'Abtin, descendant immédiat de tahmouras, parvint à se soustraire à la fureur de Dhonac, qui avait fait mettre à mort un paysan chez lequel il s'était retiré, et une vache appelée Pourmayeh, qui l'avait nourri de son lait. Ce prince, qui aimait beaucoup la vache Pourmayeh, se servit toujours dans les batailles d'une masse d'armes terminée par une tête de vache , et que les historiens appel- \entGourz qaousir, ou la massue à tête de vache. A l'âge de seize ans, Afridoun se joignit a Caveh , et combattit avec courage contre Dhonac dans l'armée de ceTorgeron.
Lorsque Afridoun fut monté sur le trône, comme nous venons de le dire, il nomma Caveh gouverneur d'Ispahan , et chef de toutes les provinces
de son empire. Caveh étant mort»
Afridoun demanda à ses enfants la pièce de cuir qui avait servi d'étendard à leur père le jour où il s'était révolté contre Dbohae, et il la plaça dans son trésor. Toutes les fois qu' Afridoun avait à livrer une grande bataille r il prenait cet étendard , et remportait toujours la victoire. Afridoun régna encore deux cents ans après la mort de Caveh, et gouverna toujours l'univers avec justice. Le premier il étudia l'astronomie , et on lui doit les* tables appelées Kharezmiemes. Il fut aussi le fondateur de la science de la médecine, et le premier roi qui monta sur un éléphant.
Afridoun avait épousé une fille de Dhohao , dont il eut deux fils > Tour et Salm . qui rappelèrent , par Ieurg crimes, la conduite barbare dé leur* aïeul maternel. Afridoun, dégoûté de cette première femme, épousa une' dame persane dont il eut un fils nommé IradQ* qui par ses bonnes qualités* devint le favori de son père et les délices du peuple. Afridoun sentant approcher fes infirmités de la vieillesse, déclara dans une assemblée des grands du royaume , qu'il était résolu de renoncer à la couronne , et de partager* ses vastes Ëtats entre ses trois fils. II donna à Iradj les contrées les plus riches* et les plus fertiles, toute cette partie de l'Asie qui portait le nom d'Iran, et comprenait l'étendue de pays renfermée entre PËuphrate , le golfe PersIque, le Djihoun ou Oxus , et l'Indus.
Tour eut pour sa part le TurÇuestati et le vaste empire de la Chine, c'est-àdire, toutes les régions situées à Test du Djihoun. Salm reçut tout le pays de Roum, avec les provinces du MaçrëK et le pays des Francs , c'est-à-dire , l'Asie Mineure, l'Afrique et l'Europe* Les trois princes partirent pour leurs* royaumes. Mais les deux aînés virent avec peine que la Perse, ta plus belle partie de l'empire d' Afridoun , et M siège de la monarchie, eût été donnée à leur frère cadet. Ils se dirent : Notre: père a donné à Iradj la meilleure part, ie milieu du monde ; quant à nous, il nous a rejetés à l'extrémité dé l'uni-
L'UNIVERS
▼ers. Et ils convinrent de travailler à la perte de leur plus jeune frère. Ils envoyèrent d'abord vers leur père, pour lui reprocher son injustice et sa
Sartialité, exigeant qu'il revînt sur ses impositions; et le menaçant, s'il refusait de faire droit à leurs demandes, de Fattaquer aussitôt. Le vieux roi fut très-affligé, lorsqu'il reçut ce message. Il représenta à ses deux fils que sa vie était sur le point de finir, et il les pria de le laisser mourir en paix. Iradj avant appris tout ce qui se passait, alla trouver ses frères, et dit qu'il était prêt à mettre à leurs pieds sa couronne, plutôt que d'être la cause de dissensions qui causaient de si vifs chagrins à son père. Il était porteur d'une lettre d'Afridoun pour Tour et pour Salm , dans laquelle le vieux roi suppliait ses fils de vivre tous en bonne harmonie. Cette prière n'eut aucun effet sur Tour et Salm, qui tuèrent Iradj , et eurent même la cruauté d'embaumer sa tête pour l'envoyer à Afridoun. Le vieillard s'évanouit à cette vue. Lorsqu'il revint à lui, furieux et plein de douleur, il saisit la tête de ce fils qu'il aimait, et, l'élevant en l'air, il pria Ormouzd de punir comme ils le méritaient les auteurs d'une si lâche et si cruelle action. Puissent ces barbares, s'écria-t-il , ne plus jouir d'un seul beau jour ! Puissent les remords déchirer leurs cœurs impitoyables, jusqu'à ce que leur sort fasse pitié même aux monstres des forêts!
S niant à moi, ajoutait le vieillard, te êmande seulement au dieu qui ma donné la vie, qu'il me la conserve as* sez longtemps pour que je puisse voir quelque descendant d'Iradj venger sa mort.
Quelque temps s'étant passé , Afridoun se rendit un jour dans l'appartement qu'avait occupé Iradi. Il y vit une jeune esclaved'une rare beauté, appelée Mahaferidi?). Iradj avait eu pour elle une prédilection toute particulière. Cette jeune esclave accoucha bientôt d'une fille qu'on appela Peritsché-
(*) Voyez le ScluJi-Nameh de Ferdousi.
Calcutta, 1811, p. txo.
her, c'est-à-dire, visage 'de péri (*) ; et lorsque celle-ci fut devenue nubile, Afridoun la maria à son neveu, appelé Pescheng. De ce mariage naquit un.
prince du nom ôe Minotschehr, lequel était le portrait vivant de son grandpère Iradj. Cet enfant devint l'espoir d'Afridoun. Lorsqu'il eut atteint rage d'homme, Afridoun prit toutes les mesures nécessaires pour lui donner les moyens de venger la mort d'Iradj. Tour et Salm furent saisis de frayeur en voyant que le moment où ils allaient recevoir la juste récompense de leur crime n'était point éloigné. Ils envoyèrent des ambassadeurs chargés de riches présents à Afridoun, le suppliant depermettreque Minotschehr se rendît auprès d'eux, afin qu'ils pussent se présenter devant ce jeune prince comme ses esclaves, et enucer le souvenir de leurs crimes par les larmes du repentir. Afridoun ne voulut point accepter les présents de Tour et de Salm, et il dit à leurs ambassadeurs : Dites à ces hommes .sans pitié qu'ils ne verront jamais Minotschehr que vêtu de fer et suivi par mes armées.
Ce message fut bientôt suivi de la guerre. Dans la première bataille, Tour reçut un coup de lance que lui donna Minotschehr, et mourut. Salm se retira dans une forteresse; mais ayant été contraint d'en sortir, il fut atteint par Minotschehr, qui lui porta un coup d'épée, et lui coupa le corps en deux. Après avoir ainsi triomphe de ses oncles, Minotschehr retourna auprès d'Afridoun, qui alla au-devant de lui, à pied, pour le recevoir. Le jeune prince] en apercevant son aïeul , descendit aussitôt de cheval, et, après avoir baisé la terre, il reçut les félicitations du vieux roi.
Peu de temps après , Afridoun mourut. Mais avant d'expirer, il mit sa couronne sur la tête de Minotschehr, auquel il conseilla de se conduire toujours d'après les avis de Sam, homme d'une grande naissance et d'une grande sagesse, qui était prince héréditaire
(*) Malcolm, Histoire dû Perse, t I, p. 33, note.
PERSE-
de la province de Swtan. Àfridoun mourut après avoir régné cinq cents ans. Sa sagesse et sa bonté sont encore fameuses dans la Perse.
Le testament que ce roi adressa à ses descendants contenait, entre autres choses, cet admirable précepte :
« Regardez chaque jour de votre vie « comme une page de votre histoire , « et prenez garde qu'il n'y soit rien « écrit d'indigne de la postérité. »
MrirOTSCHKHR , SEPTliMI HOf.
(Son règne fut de 120 ans.)
Minotschehr fût un très-grand rot.
Son empire s'étendait jusque sur la Syrie, l'Yémen et le Magreb; cependant l'Egypte n'était pas sous son obéissance'. Ce fut sous le règne de ce roi juste et prudent que parut Moïse.
Minotschehr eut souvent la guerre avec les rois des Touraniens (*) et plusieurs autres princes. Son plus grand ennemi était Afrasiab , roi du Touran.
Celui-ci habitait alternativement les villes de Balkh et de Merve. Tout le pays jusqu'à Nischabour, qui faisait auparavant partie du royaume de Perse , avait été conquis par ce prince. Afrasiab voulant absolument détruire la puissance de Minotschehr, lui livra plusieurs batailles , et l'obligea de s'enfermer dans un château situe auprès de la ville d'Amol, dans le Tabaristan. Afrasiab forma le siège de ce château, autour duquel il resta dix ans sans pouvoir s'en rendre maître.
Une maladie contagieuse s'étant développée parmi les assiégeants, Afrasiab fit la paix avec Minotschehr et retourna dans son royaume. Les deux princes convinrent entre eux que, pour fixer les limites de leurs royaumes respectifs, on ferait monter sur le pic de Damavend un archer qui tirerait une flèche, et que l'endroit où cette flèche tomberait formerait la frontière. Minotschehr avait dans son armée un excellent arcner appelé Aresch, auquel il donna
(*) Les Touraniens ou habitants du Touran des anciens poètes et chroniqueurs persans sont les mêmes que les Turcs.
15* Livraison (Perse.)
l'ordre de monter sur le pic de Damavend , et de tirer une flèche avec toute la force dont il était capable. Cette flèche partit avec une telle roideur,
Qu'elle passa au-dessus de tout le pays e Niscnabour, de Sarkhas et de Merve, et alla tomber sur les bords du Djihoun. Quelques auteurs expliquent cette circonstance extraordinaire, en disant que la flèche alla frapper un vautour qui s'enfuit à tire- d aile et tomba mort sur les bords du fleuve.
La flèche fat retrouvée ; mais personne ne vit le corps du vautour qui avait été dévoré par des bétes et des oiseaux carnassiers. Suivant les conditions établies entre les deux rois, Afrasiab fut obligé de renoncer à tout le pays en deçà du Djihoun et de le céder a Minotschehr. Le fleuve forma la limite des deux royaumes.
La paix étant ainsi conclue, Minotschehr retourna à Reï , et s'appliqua à faire fleurir la justice parmi ses sujets. Il établit dans les villes et dans les bourgs des syndics chargés de rétablir la concorde entre les habitants et de rendre la justice. Il fit dériver plusieurs canaux du fleuve Djihoun , et sépara aussi les soldats en plusieurs classes : il forma des corps séparés de ceux qui se servaient du sabre, du javelot ou de l'arc. Les archers occupaient le premier rang dans ses trou* nés, et formaient Pavant-garde de l'armée.
La Perse vécut heureuse et tran-
Î raille pendant trente-cinq ans , après esquels Afrasiab mourut. Son fils étant monté sur le trône, s'empara d'une partie du royaume de Minotschehr.
Ce prince fit alors réunir les chefs de son armée , et leur dit : « Le repos que vous avez goûté vous a assoupis :
or, les hommes ne sont hommes qu'autant qu'ils se donnent du mouvement et qu'ils agissent pour repousser l'en-» nemi, et obtenir ce qui leur est utile. Lorsque vous n'agissez point, vous êtes comme des morts. Les Tour»- .
niens se sont emparés des frontières de notre royaume, parce que vous ne Tons êtes point opposés à eux. Le Dieu puissant et incomparable m'a donné la
L'UNIVERS
couronne à condition que je saurais la défendre, que je traiterais bien le peuple, que je rendrais la justice aupc créatures , et que j'adorerais le Créateur. Si je ne remplis pas les devoirs que Dieu m'a imposés, il me reprendra mon royaume , et me punira dans l'autre monde. Demain, assemblezvous tous en ma présence , et vous entendrez les paroles que je veux vous adresser. »
siscoua* ui ainroxMHUB. ▲ i'aui£i rr au nom.
Le lendemain, tous les sujets de Minotschehr, soldats et peuple, se rendirent en présence de ce roi , comme ils en avaieut reçu l'ordre. Minotschehr mit chacun à la place qu'il devait occuper suivant son rang. Pour lui, il s'assit sur le trône et plaça sur un siège d'or le mobed des mobeds (*)•; ensuite il se leva , et toute l'assemblée se leva avec lui. II dit alors : « Asseyezvous , car pour moi je ne me suis levé qu'afin que vous me voyiez tous et que vous m'entendiez (**). » Après cela il prit la parole en ces termes :
« O nommes, ces créatures si nombreuses que vous voyez ont toutes un créateur unique. Les biens qui leur arrivent viennent de ce créateur. U faut donc adorer le Créateur, et lui accorder des louanges pour les bienfaits dont il nous comble. Réfléchir sur les oeuvres du Créateur, est une chose qui augmente la lumière de la
(+) Le» mbeds tout ées ministres de la retigien de Zoroastie. Le titre de mobed des mobed* répond à eeleâ de pontife de* pontifes.
(**) Chardin a remarqué que les Persan* ne marchent que le motus possible, et se tiennent toujours assis dans leurs jardins, (▼oyez les r<ty*gc* du chamibr Chardin m Fmru, édit de Langlès, t. III. peg.
35a , 4a6 et 427.) Feu M. de Chéty a re» . marqiié également, dans «en imitation do poème de Midfoomn et Leilm, qu'en Pana tous les artisans dent les métiers semblent exiger le plus de mouvement et de foret travaillent toujours assis.
créature. Ne pas y réfléchir .est une chose qui angmente les ténèbres du cœur.
«Sachez maintenant que le roi a de& droits sur l'armée et sur le peuple, et que l'armée et le peuple ont des droits sur le roi. L'armée doit obéir au ioi9 et lui prêter son secours contre les ennemis. Le roi de son côté doit donner aux guerriers la nourriture quotidienne, et les revêtir de robes d'honneur. Il doit leur accorder ses récompenses en temps convenable et sans aucun retard ; car les guerriers sont à l'égard du roi comme les aile et la queue sont à un oiseau. Un oiseau sans ailes et sans queue ne saurait voler, et il n'est plus bon qu'à être mangé. Quant au peuple, il doit obéir au roi et rendre ['empire florissant, afin de pouvoir payer les tributs flans retard. Le roi de son côté doit traiter le peuple suivant les règles de la plus grande justice, lever les tributs avec humanité, et n'opprimer le peuple en aucune feoon. U ne doit pas confier l'autorité à aes hommes injustes, ni exiger de ses sujets les choses qm «ont au-dessus de leurs forces. Si les sujets du roi qui s'occupent à rendre l'empire florissant, ont besoin de semences et d'argent, le roi doit leur faire des avances et les secourir avec ses propres richesses. Si une ville éprouve un malheur qui vienne des influences célestes et perde sa récolte, le roi ne doit pas cette année-là ai la suivante recevoir 4e tribut des habitants, afin queees gens puissent rendue leur pays florissant avec l'argent «ta tribut.
« Or, sachez que le roi doit avoir trois qualités. U doit être sincère, et ne jamais mentir; il doit être généreux, et ne se montrer jamais avare; enfin, il doit être inaccessible à la colère, car il est le maître absolu de aes sujets, D'ailleurs, ia colère du roi donne lieu à ia colère des sujets, et la colère des sujets contre le roi augmente la force des ennemis de -l'État. Le roi doit considérer toutes ses richesses comme appartenant à ses sujets, et les employer d'une manière qui leur soit
PfcRSE.
avantageux > epraepté tes pierres précieuses, les chevaux de course et les armes dont le peuple n'a que faire.
Mais, pour tout le reste, le roi ne doit se réserver exclusivement aucune chose dont il prive ses sujets. Ainsi il ne doit pas dire : lie mangez pas de tel aliment , aGn que j'en mange ; ne buvez pas de telle boisson ; ne sentez pas telle herbe odorante, ou ne portez pas tel habillement, car toutes ces choses sont réservées pour mon usage particulier.
« Il faut aussi que le roi soit porté à la clémence, et qu'il punisse peu. Si* dans un cas où il faudrait punir, il pardonnait par erreur , cela vaudrait mieux que fe contraire ; car, dans ce dernier cas , le mal est irréparable. Si un sujet porte plainte au roi contre un gouverneur, le roi ne doit pas faire acception de personne en faveur de ce gouverneur : et si ce dernier s'estrendu coupable d'une injustice, Je roi doit faire disparaître l'injustice, réprimander le gouverneur, et le renvoyer dans le même pays, pour qu'il puisse réparer ses torts. Si un homme est tué injustement , le roi doit faire subir au meurtrier la peine du talion; à moins que les parents du mort> qui ont le droit de venger le sang, ne pardonnent au coupable. Vous avez , vous tous qui êtes mes sujets , le droit d'exiger de moi les choses que je viens d'énumérer, et je les ai accomplies. Maintenant, je vous demande ce que j'ai le droit d'exiger de vous , savoir : que vous me prêtiez obéissance et que vous combattiez l'ennemi qui a envahi les frontières de mon royaume.*
« Repoussez l'ennemi : sauvez-moi, et sauvez-vous vous-mêmes. J'ordonnerai , comme je le dois, qu'on tous donne de bonnes armes; vous, combattez courageusement comme c'est votre devoir. Consultons-nous sur les mesures à prendre, car je suis un de vos associés dans les délibérations. Si le pays est riche et florissant, si les vivres sont taxés à bas prix , c'est là un point qui vous intéresse plus que moi. Quiconqoe m'obéira, je le récompenserai; et quiconque me dénoncera
mn de mes sujets comme désobéissant, je suspendrai mon jugement jusqu'à ce que j'aie reconnu la vérité par moi-même; et alors je laisserai aller le dénonciateur ou le punirai , suivant
Îju'il m'aura dit la vérité ou qu'il aura ait un meusonge. U n'est possible d'exercer la royauté qu'avec la droi»
ture d'an oôte et l'obéissance de l'autre.
« Sachez que, dans le malheur, il n'y a rien de mieux que la patience; et quiconque périra combattant l'ennemi avec courage, plaira à Dieu. Abandonnez-vous donc au Dieu très-haut, et soumettez-vous à son destin. Ce monde est un voyage ; et les hommes, comme des facteurs qui travaillent pour le compte d'autrui , se mettent en route avec leurs ballots ; tout ce qu'ils ont, leur est prêté pour un temps; et ils n'emporteront rien dans le palais de la vie future, excepté les actions de grâoes qu'ils auront rendues a Dieu, la soumission qu'ils auront montrée à ses ordres , et les bonnes actions qu'ils auront faites.
« O vous qui gouvernes pour moi dans les provinces de mon empire, sachez que toutes les fois que vous commettez l'injustice, le peuple ne s'occupe plus de rendre l'empire florissant, al l'empire devient désert. Les tribut!
sont réduits à rien , et ce qui vous est accordé pour vivre chaque jour éprouve des retards. Rendez donc le peuple heureux. Partout où il faudra , pour obtenir la fertilité, pratiquer des saignées aux grandes rivières , et recourir aux eaux qui sont sens la terre, qu'on le fasse (*); qu'on prenne dans mon trésor les sommes qui sont nécessaires, et qu'on les donne vite avant que la stérilité augmente. Plus tard, on redemandera au peuple le montant des sommes qui auront été dépensées pour lui. Le peuple payera ce montant en un, deux, trois ou quatre ans, par quart, par tiers, ou par moitié, mais toujours de manière
(*) On sait que le manque d'eau est une de causes principales de la stérilité de la Perse.
L'UNIVERS
que le remboursement ne lui soit point à charge. Vous savez que telle est la route que j'ai suivie, et vous approuvez ma conduite. » Tous les sujets de Minotschehr poussèrent des crisr en disant : Nous avons entendu, nous savons, et nous obéissons. Après cela, Minotschehr se rassit sur son trône, et fit donner à manger à tout le peuple, qui se dispersa ensuite.
L'armée étant partie, marcha contre les Turcs, les battit, et en purgea entièrement le royaume.
VAItSAlTCB, XDUCATIO* XT MARIAOB Dl ZAL.
La prospérité de la Perse pendant le règne de Minotschehr doit être, suivant les historiens, attribuée en partie à la sagesse et au courage du ministre Sam, dont les descendants joueront plus tard un grand rôle. Sam eut un fils qui naquit avec les cheveux tout blancs. Cet événement extraordinaire affligea beaucoup Sam, qui donna à l'entant le nom deZal, c'est-à-dire vieux. Aussitôt qu'il fut né, Sam, persuadé qu'il n'était pas son fils , mais bien celui de quelque dive ou mauvais génie, le fit exposer sur l'Alborz, haute montagne voisine du soleil et très-éloignée des demeures des hommes (*). On prétend que là il fut nourri par un simorg, oiseau monstrueux.
Cependant Sam eut bientôt à se repentir de sa conduite dénaturée ; car il entendit une voix du ciel qui lui disait : « Cet enfant abandonné par son père est maintenant l'objet des soins du Protecteur du monde. » Sam reconnaissant le crime dont il s'était rendu coupable, et plein de repentir, alla au mont Alborz, où il se prosterna humblement devant Dieu , et son fils lui fut aussitôt rendu. Sam alla avec son fils à la cour de Minotschehr. Puis il se rendit dans le Sistan. Un jour que Zal était à la chasse, il arriva au pied d'une tour sur laquelle il vit une jeune demoiselle d'une rare beauté. Ils se regardèrent l'un l'autre , et aussitôt ils
(*) Malcolm, Histoire de Perte, I. I, pag. 35 et 36.
s'aimèrent. Zal n'avait aucun moyen d'atteindre le haut des murailles. Enfin, un expédient se présenta à l'esprit de la belle recluse. Elle coupa ses longs et beaux cheveux noirs, et en forma des tresses qui, tombant jusqu'au pied de la tour, fournirent à Zal les moyens de monter. La jeune dame auprès de laquelle Zal se trouvait , était Roudabeh , fille de Mihrab, roi du Caboul, et prince de la race de Dhohak. Zal et Roudabeh ayant conçu un violent amour l'un pour l'autre, contractèrent un mariage qui fut approuvé par Sam et par Minrab.
VAISCAITCB DE &OUSTAM. MORT DK MIWO- TSCBEHE.
« Il ne se passa pas beaucoup de « temps , dit Ferdousi , sans que ce cy- « près , jusqu'alors stérile , portât des « fruits. Ce printemps qui enflamme le « cœur (*) devint fané. Son âme fut « livrée au chagrin et à la douleur. Le « poids lourd qu'elle portait lui faisait « verser un torrent de larmes de sang. « Sa taille devint épaisse, et son corps « pesant ; ses joues couleur de rose « ressemblaient à du safran. Sin- « dokht ("*) lui dit : O âme de ta mère, « que t'est-il arrivé, que tu es devenue « jaune de la sorte ? Roudabeh répon- « dit : Jour et nuit j'ai la bouche ou- « verte pour demander à Dieu du se- « cours ; je ne puis dormir , et je suis « fanée. Tu dirais que, vivante, je suis « morte. Le temps est arrivé ; mais « je ne serai point délivrée de ce far- « deau. Tu dirais que mon corps, est « rempli de pierres , ou que ce qu'il « renferme est de fer. Sindokht perdit « le repos et pleura, quand elle vit le « visage pâle de sa fille. Roudabeh vé- « eut ainsi , toujours privée de som- « meil et de repos , jusqu'au terme de * sa délivrance. Lorsque le temps de « ses couches fut arrivé , son corps « étant fatigué par le manque de som- « meil , un jour, elle perdit connais- « sance. Des cris s'élevèrent du palais
(*) Cest-à-dire, Roudabeh.
(*•) Nom do la mère de Roudabeh,
PERSE
« de Zal. Sindokht , informée de la « cause de ce tumulte, se déchira le « visage avec ses ongles , et arracha* « ses cheveux noirs qui sentaient le « musc. Zal comprit bientôt ce qui « se passait ; il sut que les feuilles du « droit cyprès étaient fanées. Il se « rendit auprès de Roudabeh, le vî- « sage couvert de larmes et le foie ma- « laoe. Toutes les esclaves de la.cham- « bre s'arrachaient les cheveux ; elles « avaient la tête découverte et le vi- « sage humide de larmes. Alors Zal « eut une pensée, et cette pensée adou- « cit sa douleur. Il se souvint de la « plume du simorg , et annonça en « riant cette bonne nouvelle à Sin- « dokht (*). II apporta un réchaud, al- « luma du feu , et brûla une partie de « la plume. Au même instant , Pair « devint noir , et on vit paraître cet « oiseau qui commande l'obéissance , « semblable à un nuage qui répand « une pluie de perles, ou plutôt une « pluie de tranquillité de l'âme. L'oi- « seau de bon augure, élite du monde, « vola auprès de Zal. Zal lui adressa « des louanges sans nombre , de lon- « gués actions de grâces et des priè- « res. Le simorg lui dit : « Pourquoi « ce chagrin ? Pourquoi la rosée est* « elle dans l'œil du lion ? De ce cyprès « d'argent , de cette belle au visage de « lune, viendra pour toi un enfant qui « recherchera la gloire ; les lions bai- « seront la poussière de ses pieds ; le « nuage n'osera point passer au-des- « sus de sa tête. Par sa voix, sera dé- « chirée en pièces la peau du léopard « guerrier , oui rongera ses deux grif- « fes. Tout héros , tout guerrier au « cœur d'acier , qui entendra le bruit « de sa massue, qui verra sa poitrine, « son bras et sa jambe, ne tiendra pas « devant lui. Pour le conseil et la sa- « gesse , il sera grave comme Sam ; « dans la colère , il sera un lion belli- « queux ; pour la stature , il sera un
(*) Le simorg , en quittant Zal , lui avait donné une de ses plumes , le prévenant qu'il faudrait la brûler s'il se trouvait jamais dans quelque affaire difficile , et qu'il viendrait alors à son secours.
« cyprès, et pour la force un éléphant.
* Avec un doigt, il lancera une brique « à deux railles. Il ne viendra pas au « monde comme les autres hommes ; % tel est l'ordre du Dieu dispensateur « de tout bien, afin que sa naissance ex-» « traordinaire témoigne de sa supério- « rite. Apporte un poignard d'une belle « eau (*) , et amène un homme intelli- « gent et habile dans la 'magie. D'à* « bord enivre Roudabeh avec du vin ,> « chasse de son cœur la terreur et l'in-» « quiétude , et vois que l'homme in- « telligent fasse ses opérations magi- « ques. Il tirera l'enfant du flanc de « Roudabeh. Il frappera au-dessus des « hanches ce droit cyprès (**) , qui* « n'aura pas le sentiment de la dou- « leur, et il tirera le lionceau par cette « ouverture. Il couvrira de sang le
* flanc de Roudabeh ; après cela , il « coudra l'ouverture qu'il aura faite.
« Éloigne de ton coeur la crainte , la «tristesse et l'inquiétude. Pile avec « du lait et du musc une herbe que je « t'indiquerai , et fais sécher ce mé- « lange à l'ombre : frottes-en la bles- « sure de Roudabeh > et au même ins « tant tu la verras guérie. Passe en** « suite sur la blessure une plume de « mon aile , et l'ombre de ma puis- « sance sera bénie. Tu dois être joyeux « des paroles que je te dis , et te pré- « senter devant le maître du monde « pour lui rendre grâces -, car il t'a « donné cet arbre royal , qui chaque «jour fera de nouveau épanouir ta « fortune. N'aie donc aucune inquié- « tude dans ton cœur , car cette bran- « che fertile te donnera du fruit. » Il « dit , arracha de son aile une plume « qu'il jeta à Zal , et s'éleva par un « puissant essor. Zal s'avança et prit « la plume ; puis il s'en alla', et fit ce « que lui avait dit le simorg. O mer- « veille ! le monde était attentif à ce « que faisait Zal ; tous les yeux des « grands et des petits étaient pleins de « sang. Le sang coula des yeux de Sin-
(*) Nous disons dans le même sens Vrau d'un diamant, dune perte ; donner teaa à un drap.
(**) C'est-à-dire, Roudabeh.
L'UMVERS.
«dokht; car eUè diiait :« Comment « pourra-ton tirer l'enfant du sein de « sa mère ?» Un mobed à la main « exercée arriva bientôt. Il enivra avec « du vin ce visage de hme , ouvrit , « sans hri faire de douleur, le flanc de
• cette lune , plaça la tête de l'enfant « vers l'ouverture, et le tira sans que la
• mère éprouvât de douleur. Personne « dans le monde n'a vu une telle mer* « veille. L'enfant était comme un hé- « ros semblable au lion ; il était grand m et beau ; tous les cheveux de sa tête « étaient rouges , et sa face était ani- « mée comme du sang. Il parut comme « le soleil qui brille d'un vif éclat , et «naquit les deux mains pleines de « sang. Nul n'avait vu un pareil en- « tant ; les hommes et les femmes fii- « rent frappés d'admiration , car per- « sonne n'avait entendu parler d'un « enfant au corps d'éléphant (*). La « mère dormit une nuit et un jour, « par l'effet du vin ; ce vin, qui la fai- « sait dormir , avait chassé l'intelli- « gence de son cœur. On s'occupa de « coudre sa blessure , et on apaisa la « douleur par des médicaments. En <i s'éveillant, elle parla à Stndokht. On « répandit sur elle de l'or et des pier- « reries, et on célébra les louanges de « Dieu. On lui apporta promptement « l'enfant, qu'on exalta comme un être « divin. A un jour, on aurait dit qu'il « avait un an ; il était comme une mon- « tasnede lis et de tulipes. Le droit cy- « près rit en voyant l'enfant; elle re- « connut en lui la majesté d'un roi des « rois. A la vue de ce précieux enfant, « reconnaissant qu'elle était dégagée « de sa lourde ceinture , l'épouse de « Zal s'écria : Je suis délivrée {R<ws- « tam); et on donna à l'enfant le nom «de Roustam. Dix nourrices allaitè- « rent l'enfant pour le rassasier. Quand « il fut sevré, il se nourrit de pain et « de viande. Il mangeait autant que « cinq hommes (**). »
La naissance de Roustam fut un des
(") C'est à-dire , d'une si grande taille, i Voyez le Sehah-Nameh de Ferdousi , par Turner Macan. Calcutta « 1829, 1. 1, p. 161 et suivantes.
derniers événements du régna de Mi* noischehr. Ce prince, qui avait passé cent vingt ans sur le trône , sentant mie sa fin approchait, fit venir son filsNevder, et lui ayant donné quelques sages avis sur la manière dont il devait gouverner ses peuples , il expira.
(Son règne dura 7 ans.)
Nevder succéda au trône de son père , mais n'hérita pas de ses vertus. Il se montra injuste envers les hommes , et même impie envers Dieu. I) tourmenta le peuple, maltraita les
f*ands , et ne témoigna que du mépris Sam et à Zal, que Minotschehr avait tant estimés. Le mécontentement devint général ; et les séditions qui se multiplièrent dans toutes les parties de l'empire , firent naître aux Touraniens respérance de s'emparer de la Perse. Pescheng, qui régnait alors dans le Touran , et qui descendait en ligne droite de Tour, fils d'Afridoun, assembla ses fils, ainsi que les grands de son royaume et les chefs de son armée , et leur dit : « Il ne faut pas ea- « cher la vengeance sous le pan de nos « robes. Tout homme dont la cervelle « n'est pas tournée, comprendra clai- « rement ce que les Iraniens ont fait à « notre égard. Ils se sont tous ceint « les reins pour faire le mal. Je de* « mande maintenant vengeance pour « l'illustre Tour, et aussi pour Saint, « le rot valeureux. Le jour est venu où « il faut rechercher le combat et la « vengeance. Il faut laver nos faces « des larmes de sang qui ont coulé do « nos yeux. Que ai tes- vous maintenant? quelle réponse faites-vous?
« Donnez-moi un conseil heureux (*). »
Afrasiab, fils aîné de Peschena, offrit à son père de lever une armée, et de faire la conquête du royaume d'Iran. I) réunit aussitôt trente mille hommes, et les envoya vers le Zaboulistan. Nevder, de son côté, fit partir pour cette province ses meilleures troupes, commandées par Sam, père de Zal. Maia
(*) Schah-Nameh, édit citée , 1 1, p. xii •
PERSE
lit
ce chef, accshlé de Tfeittet» , mourut avant d'avoir rencontré l'ennemi. La mort de Sam ranima l'espoir d'Afra* siab, qui, soivaDt l'expression de Fer* doasi , vit que la fortune sortait pou» lui de son sommeil. Ce prince marcha, à la tête de quatre cent mille hommes, contre Nivàer^ qui n'en avait que cent quarante mille à lui opposer.
Tandis que les deux armées étaient campées en présence Tune de l'autre, et avant qu elles en fussent venues aux mains, un guerrier touranien, ap*r pelé Barman , défia a un combat sin-
Î'ulier celui des Iraniens qui oserai!
ui tenir tête. Le défi lut aussitôt accepté par le vieux Kobad , fils de ce Gaveh qui avait mis Afridoun sur le trône ; mais Barman , qui avait de la force et de la jeunesse , finit par tuer Kobad. Nevder , battu dans trois batailles successives, tomba, avec les principaux officiers de son armée, au pouvoir d'Afrasiab. Karen, frère de Kobad , et comme lui fils de Caveh , rallia les fuyards , et couvrit la capitale du royaume. Afrasiab , déjà mat- Ire de plusieurs proviuces de la Perse, se disposait à conquérir tout l'empire, et allait marcher en personne contre Istakbar, lorsqu'il apprit qu'un corps de trente mille Touraniens qu'il avait envoyés contre le Zaboulistan avait été entièrement détruit par Zal. Humilié et effrayé tout à la fois , sa colère éclata drabord contre Nevder, qu'il re* tenait toujours prisonnier; il se fit amener ce prince les mains liées , la tête et les pieds nus , l'accabla d'injures, et, tirant son sabre, lui abattit la tête. Il voulait traiter avec la même barbarie tous les autres prisonniers iraniens ; mais Agrirès, son frère, on* tint , à force de prières , qu'il se con* tentât de les envoyer, chargés de chat* nés, à Sari, dans le Mazenderan.
La nouvelle de la mort de Nevder acheva de répandre la consternation dans l'Iran \ et plusieurs princes de la famille royale , au lieu de réunis leurs efforts pour la défense de l'an*
?>ire , ne songèrent qu'à se disputer le rêne. Parmi les grands vassaux des Indes, du pays deRoum, de la Sy-
rie, de la Mésopotamie, de l'Arabie et de l'Egypte, les uns voyaient les évé* nenaoma avec indifférence ; les autre», et surtout eaux du paye de «tara* , voulaient mémo eu profiter peur se* couer le joug. Les provinces étaient déchirées par des dissension* intérieures. La chute de l'empire aurait été inévitable sans la valeur, le génie, et le dévouement de Zal, fils de Sam. Ce héros sut contenir les prinees de la famille royale , punir les provinces i£* voilées, rapprocher les partis, excite* le zèle des grande et le courage des troupes, et arrêter les progrès des a* nées touranieunes.
Afrasiab se maintint encore dans la Perse pendant douze ans ; mais Zal le harcelait sans cesse, interceptait les vivres et les renforts de troupe» qui lui étaient destinés, couvrait Istakhar, et empêchait que les Touraniens ne pussent surprendre cette capitale* koustam , fils de Zal , partageait les travaux de son père ,Nqui avait encore sous ses ordres plusieurs chefs habiles, et entre autres Keschvad , descendant du roi Housoheno. Ce guerrier, proaV tant de l'absence d'Agrirès , qui commandait à Sari ,• délivra tous les cas* tifs iraniens enfermés dans la plaee.
Afrasiab fut tellement irrité de cet événement, qu'il manda son frère, et f accabla de reproches. Sur une réponse que lui fit Agrirès , et dans laquelle il fui rappelait la justice de Dieu , Afrasiab se précipita aur lui , et le coupa en deux avec son sabre. Cette action cruelle acheva de lui aliéner l'esprit des Touraniens et des Iraniens. Les insurrections se multiplièrent dans l'armée ; et les soldats , fatigués des privations et des dangers continuels qu'ils éprouvaient depuis tant d'années , résolurent de secouer le joug.
Zal, profitant habilement de la dis* position des esprits , voulut placer sur te tréne un nouveau roi. Quoique libérateur de l'empire , et ayant même pour lui les vœux d'une grande partie de la nation , il ne porta jamais les regards sur le trône qui appartenait aux descendants d' Afridoun. Il assembla plusieurs grands de J'empire,
L'UNIVERS
leur exposa la nécessité d'avoir un chef , le respect dû au sans des rois , les droits de Zav , neveu de Nevder , et réussit enfin à faire placer la couronne sur la tête de ce prince (*).