IA.V, VILS DI TAMASP
(Son règne fut de 5- ans.)
Zav était déjà avancé en âge , lorsqu'il monta sur le trône. Cependant son corps et son esprit avaient conservé toute leur vigueur. Il s'occupa du soin de rétablir les affaires du royaume , et s'associa son fils Guerscbasp, pour mieux supporter le poids de l'autorité souveraine. Il sacrifia une partie des revenus de la couronne à indemniser ceux de ses sujets qui avaient eu à souffrir des déprédations commises par les troupes d' Afrasiab.
Toutes les fois que le trésor royai renfermait des sommes considérables, il comblait de présents ses soldats, et soulageait la misère des pauvres. Ces belles actions étaient ternies par un vice grossier : Zav aimait les plaisirs de la table , et ne rougit pas d'occuper son esprit à inventer de nouveaux ragoûts inconnus jusqu'alors.
. Ce prince ayant réuni ses forces , et se trouvant soutenu par Zal , attaqua les Touraniens, et battit, près de la ville de Reï, Afrasiab qui commandait encore à une grande partie de la Perse, l'obligea à renoncer à toutes ses conquêtes et à demander la paix , en établissant le Djihoun comme limite des deux États.
& Après la conclusion de la paix, Zav combla de faveurs Zal et Roustam son fils. Ce prince n'agissait que d'après leurs conseils ; et, jusqu'à la fin de son règne, il s'occupa constamment de soulager ses peuples. Il fit à plusieurs provinces la remise de tous les impôts pendant trois ans, réforma divers abus qui existaient dans l'administration , promulgua de nouvelles lois civiles et militaires, et sut, par sa prudence et sa vigueur, faire rentrer dans
(•) Tableau historique deVOrient, t. I, pag. i4g et suivantes.
le devoir tous les grands vasatoux de l'empire. Il devint l'idole de ses sujets, et sut, pendant le petit nombre d'années que dura son règne, répater tous les malheurs de l'Iran.
GU11SOUSF.
(Son règne dura 5 ans.)
Guerscbasp, aussi indigne du trône que Nevder, éprouva le même sort.
Injuste , cruel et plein d'orgueil , il poussa l'ingratitude jusqu'à oublier la reconnaissance qu'il devait à la maison de Zal. Bientôt il fut détesté de tous ses sujets. Les séditions éclatèrent dans les provinces ; et les rigueurs injustes du souverain, qui sévissait avec une égale cruauté contre l'innocent et le coupable, pour effrayer les esprits , ne firent qu'augmenter le mal , bien loin de rétablir l'ordre. Les discordes intérieures réveillèrent les prétentions des rois du Touran. Pescbeng était toujours sur le trône, et ce vieux monar- 2 ne , cédant aux sollicitations de son Is Afrasiab , lui permit de partir , à la tête d'une armée nombreuse , pour faire une irruption dans le Kborasan.
Guerscbasp, dédaignant le secours de Zal , voulut marcher en personne contre l'armée ennemie. Pendant cinq campagnes, il n'essuya que des revers.
Dans une dernière bataille , il perdit la vie , et son armée fut presque entièrement détruite. Les Iraniens, qui se trouvaient livrés de nouveau à l'implacable Afrasiab , implorèrent le secours de leur ancien libérateur, et le supplièrent de les soutenir, comme il avait fait tant de fois. Zal s'excusa sur son grand âge , et proposa à sa
S lace Roustam , son fils , promettant e l'accompagner et de l'aider de ses conseils. Mais il exigea , avant tout , que Ton nommât un roi. C'était là , disait-il , le moyen le plus sûr de prévenir de nouvelles divisions , et d'empêcher la ruine complète du royaume.
Il se déclara en faveur de Kobad , neveu de Guerscbasp , et lui accorda la S référence sur tous les autres princes u sanç qui pouvaient avoir quelques prétentions à la couronne.
PEME,*
H18T0IBB DBS BOIS BB LÀ DYNASTIE ]>XS CAUNOHS.
Clî-KOIAD,
( Son règne fut de ioo ans.)
Kobad, en montant sur le trône»
adopta le surnom de Cai, c'est-à-dire grande qui fut adopté par plusieurs de ses successeurs, et fît donner à cette dynastie la désignation de Calanienne.
Caï-Robad, qui possédait toutes les vertus de Zav, fut , comme ce prince, le libérateur de l'Iran. Il donna toute sa confiance à Roustam , oui réunissait à la fois les talents d'un habile général et la valeur d'un soldat. Ce chef appela sous les drapeaux les guerriers de l'Iran , et se distingua bientôt par des exploits tels , qu'ils effacèrent tous les grandes actions des héros qui avaient vécu avant lui. Il tailla en pièces divers partis de Touraniens qui ravageaient les villes et les campagnes , et marcha contre Afrasiab. Dans un premier combat, les Touraniens furent battus ; et ce succès donna une idée favorable de l'issue de la guerre. Roustam ayant provoqué Afrasiab à un combat singulier, renversa de son cheval le prince touranien ; une action générale s'ensuivit. Après une lutte cruelle, la victoire se déclara pour Roustam , qui tua de sa propre main onze cent soixante hommes (*), et poursuivit les fuyards, qui furent obligés de repasser le Djihoun avec précipitation. Pescheng, père d' Afrasiab, demanda encore la paix, et renouvela celle qu'il avait jurée un demi-siècle auparavant. Ce triomphe ramena le calme dans l'Iran, affermit la puissance de Caï-Kobad , et mit le comble à la gloire des princes du Zaboulistan.
Délivré de ses ennemis , Caï-Kobad fit le tour du monde qu'il visita en entier, rendant partout la justice et fondant des villes. Lorsque sa fin approcha, il appela son fils Caï-Caous, et lui donna de sages conseils, l'engageant surtout à être juste et à éviter la guerre4
'*) Schah'flamth, édit. cil. , 1. 1 , p. aaa.
QAÏrCAQlJS^
(Son règne fut de i5o ans.)
Caï-Caous , prince naturellement téméraire , fier de sa puissance et surtout des prédictions de ses devins, qui lui annonçaient un règne heureux, n'écouta que trop souvent sa passion et son orgueil. Il signala le commencement de son règne par une expédition imprudente et malheureuse. Le roi du Mazenderan avait fait des tentatives pour secouer le joug des Iraniens. Caï-Caous , non content de l'avoir fait rentrer dans le devoir, voulait encore exterminer sa famille et subjuguer son royaume. Il ne tint aucun compte des sages conseils de ses ministres , ni même de ceux de Zal et de Roustam qui lui rappelaient les forces du Mazenderan, la nature du pays, la ligue du roi avec les mauvais génies qui peuplaient toute la contrée/ Caï- Caous, inébranlable, chargea un ministre, appelé Milad, de gouverner le royaume pendant son absence, et se mit en marche. Jaloux de la renommée de Roustam, et voulant recueillir seul toute la gloire de l'expédition , il n'emmena pas ce héros. L'armée iranienne dévasta d'abord les campagnes et fit un grand nombre de prisonniers. Mais ensuite, le roi du Mazenderan, informé de ce qui se passait, réunit ses troupes aux génies commandés par le dive Sépid ou génie Blanc, et triompha des Iraniens. L'armée de Caï-Caous fut taillée en pièces dans une bataille où ce prince et ses soldats furent frappés tout à coup d'une cécité complète (*}.
Caï-Caous tomba au pouvoir de ses ennemis, qui l'enfermèrent dans un château fort.
La nouvelle de ce désastre répandit la consternation dans toute la Perse.
Zal fit partir sur-le-champ Roustam pour délivrer le roi Caï-Caous. C'est
(*) Malcolm croit reconnaître dans cet événement merveilleux l'éclipsé de soleil
{>rédite par Thaïes, et qui eut lieu pendant a bataille que Cyaxare livra aux Lydiens. Voyez Histoire de Perse, traduction Iran- < çaise , 1. 1 , p. 5o , note.
LTJUIVEKS.
dans ce voyage m» Ferions! place les sept aventures de Roustam et 4e son cheval Rakhsch, si fameuses chez les Persans. Dtns ces difftreDtes rencontres, le fils de Zal donna des preuves d'un oourage supérieur aux plus grands dangers. Wons passons les quatre pre- .
miens aventures, et nous arrivons à la cinquième et aux suivantes , qui se rapportent plus directement au but qn* se proposait Roustam dans son expédition , la délivrance de Cal-Caous.
Nous traduisons le Sohab-Nameh.
v* AVMmm». — AWLAB TOKB» AU MOTOl*
« Roustam continua sa route comme un voyageur, s'avança avec rapidité, et arriva à un endroit où le monde était privé de lumière i c'était une nuit noire oomme la face d'un tithio*
Eien : on ne voyait ni les étoiles, ni i lune : ta aurais dit que le soleil était dans les liens, et les étoiles dans le nœud d'un lacs. Roustam lâcha la bride à Rakhsch , et se mit à re-
£rder. Il ne vit ni les hauteurs, ni > ruisseaux , à cause de l'obscurité. De là il arriva à un endroit plein de lumière, où il vit la terre toute couverte de la robe de soie des moissons. Les vieux y redevenaient jeunes. Ce n'était que verdure et eaux courantes. Tous les vêtements de Roustam étaient oomme de l'eau sur son corps. Le héros avait besoin de repos et de sommeil. Il ôta de dessus sa poitrine sa cuirasse de peau de léopard : la coiffe de son casque était mouillée de sueur; Il étendit l'un et l'autre au soleil, et se hâta d'aller dormir et se reposer. Il desserra la bride sur la tète de son cheval , et le laissa aller dans les champs couverts de moissons. Lorsque son casque et sa cuirasse furent devenus secs, il s'en revêtit, et se fit une couche d'herbes , oomme le lion. Quand le gardien de la plaine vit le cheval dans la prairie, il se mit à courir en poussant des cris : il se dirigea vers Roustam et Rakhsch , et donna un fort coup de bâton sur les pieds du guer-
rier an corps d'éléphant. Quand celui-ci se réveilla de son sommeil , le gardien lui dit : « O Ahrimane, pourquoi laisses-tu aller ton cheval dans les moissons? Pourquoi le lâches-tu contre celui qui ne t'a pas fait de mal ? » Roustam, doué d'intelligence, s'irrita de ces paroles, sauta sur le gardien, le saisit en même temps par les deux oreilles, qu'il serra et arracha de la racine , sans dire aucune parole bonne ou mauvaise.
Aussitôt cet homme prit ses oreilles en hurlant et tout hors de lui.
Dans ce pays était Aulad , guerrier d'une haute réputation, plein de courage et de jeunesse. Le gardien se rendit auprès de lui en criant, la tête et les mains pleines dé sang, et les deux oreilles arrachées ; il lui dit : «Un homme semblable à un dive noir, avec une cuirasse de peau de léopard et un casque de for, et qui dans toute sa personne est un Ahrimane ou un dragon qui était couché par terre ; j'ai voulu chasser son cheval des champs ensemencés; mais dès qu'il m'a vu , il a sauté sur moi , n'a pas dit de paroles inutiles, m'a arraché les deux oreilles, et au même instant s'est rendormi. * « Quand Aulad entendit ces paroles, Il bondit aussitôt de colère et de fureur, et alla pour voir quel homme c'était, et pourquoi il avait maltraité le gardien. Aulad se trouvait alors dans un jardin avec d'illustres guerriers. II tourna bride avec ces nommes qui portaient la tête haute , et alla vers l'endroit où se tenait le héros au corps d'éléphant. Lorsque Au« lad, avide de combats, fut près de Roustam, celui-ci alla vers Rakhsch, s'assit sur la selle, tira son épée tranchante,et arriva comme un nuage gui renferme le tonnerre. Lorsqu'ils furent près l'un de l'autre , ils se communiquèrent leurs pensées. Aulad dit à Roustam : « Quel est ton nom ? quel homme es-tu Pqui est ton roi et ton appui ? Il n'est pas permis de passer ainsi par le chemin des lions pleins de courage. Pourquoi as-tu arraché les oreilles à ce gar-
dfcn, «t jeté ton cheval dans tes champs ensemencée? Je vais rendre le monde à jamais ténébreux pour toi, et jeter ton casque «or la terre.» Roustam lui répondit : « Mon nom est le Nuage, et si le Nuage va combattre le lion , il fera pleuvoir des coups de lance et d'éjpée, et prendra les têtes des chefs. Si mon nom par»
vient à tes oreilles, il glacera le souffle de ta vie et le sans de ton coeur. M'as-tu pas entendu parler dans toutes les assemblées du lacs et de l'arc du héros au corps d'éléphant?
Toute mère qui met au monde un fils comme toi , tu peux dire qu'elle coud un linceul et qu'elle verse des larmes. En venant à moi avec cette troupe , tu n'a» fait que lâcher un vent contre la voûte du ciel. »
« Roustam tira du fourreau son épée redoutable , suspendit son lacs roulé à l'arçon de sa selle: et, semblable à un lion qui tombe au milieu d'un troupeau, il tua tous ceux qui se trouvaient devant lui. D'un seul coup de son épée d'acier, il coupait facilement un nomme en deux. Par les coups qu'il porta , il mit les chefs sous ses pieds. Toute cette troupe fut vaincue par le héros , . et s'enfuit en pleurant et désespérée. Les vallées et les plaines se remplirent de braves à cheval qui se dispersèrent dans les montagnes. Roustam courut comme un éléphant furieux, portant son lacs roulé soixante fois autour du bras ; et lorsque Rakhsch fut près d* A ulad, le jour devint, pour ce guerrier, ténébreux comme la nuit. Roustam lança son lacs d'une grande longueur, et la tête du fier Aulad fut prise dans le nœud. Il descendit de cheval, lia les deux mains à son prisonnier, le poussa devant lui, se remit sur sa. selle, et lui dit : ■ Si tu me dis la vérité; si tu ne prends aucun détour; si tu viens me montrer la maison du dive Blanc, la résidence de Poulad, fils de Gandi, et celle de Bid; si tu me guides vers l'endroit où est retenu captif le roi Gaous, qui fut la cause de tous dos malheurs; si tu me découvres et
me montres le vérité; li tu ne fais rien de contraire à In droiture, je prendrai au roi de Maaeoderan sa couronne, son trône et sa lourde massue. Tu commanderas à ce pays et à son roi. Mais si tu apportes la fausseté dans tes paroles, je ferai couler de tes yeux un ruisseau de sang. » Aulad lui répondit : « Dégage ton cerveau de la colère, et ouvre les yeux. Ne détache pas dans ton ignorance mon eorps de mon âme , et tu obtiendras par moi tout ce que tu demandes. Je te montrerai toutes les villes et tous les chemins mji oon« duisent à l'endroit où le roi Caou* est prisonnier. Je t'indiquerai la de* meure de Bid et du dive Blanc, car tu m'as donné une bonne nouvelle* 0 homme dont les traces sont heureuses, il y a cent parasançes d'ici jusqu'à l'endroit où est le roi Caous, et de là à la demeure du dive Blanc, il y a encore cent parasanges d'un chemin difficile et mauvais. Entre deux montagnes est un endroit de teri sur, au-dessus duquel aucun ai* gle ne vole» Là, au milieu de deux cents autres, se trouve l'entrée d'une caverne merveilleuse, dont on ne saurait mesurer l'étendue. Pendant la nuit, douse mille dives courageux veillent sur les montagnes. Poulad < fils de Gandi, est leur chef. Bid et Sandjeh sont leurs gardiens. Le sei* gneur de tous ces dives est le dite Blanc, sous lequel la montagne trem* ble comme un saule. Tu verras que son corps est semblable à une montagne; sa poitrine et ses épaules sont larges de dix cordes (*) ; sa taille est aussi de dix cordes; et malgré tes bras, tes mains et ta bride, ton épée tranchante, ta massue et ta lance, ta haute stature et ton expérience . il ne te Sera pas facile de combattre ce dive. Quand tu auras passé outre, tu trouveras un pays rocailleux et désert qu'une biche n'oserait traverser. Lorsque tu auras
(*) Les dictionnaires que j'ai à ma ditposition n'indiquent pas la valeur de eatta
mesure»
L'UNIVERS
laissé ce Heu derrière toi, tu rencontreras un courant d'eau dont la largeur excède deux parasanges, et dont le gardien est fe dive Counareng sous les ordres duquel sont tous les dives ; puis , tu arriveras à Bouzgousch, habitée par les Nermpaï (*) , et qui ressemble à un palais ayant trois cents parasanges d'étendue. Un chemin difficile et fort long conduit de là à la ville de Mazenderan. Dans le royaume sont disséminés des cavaliers , au nombre de mille fois mille ; et dans une si grande armée pourvue d-'armes et d'argent, tu ne verras personne qui éprouve les angoisses de la peur. Tu trouveras douze cents éléphants de guerre qui remplissent la ville : tu n'es qu'un seul homme; et quand tu serais de fer, te frotterais-tu à cette lime d'Ahrimane ? »
« Roustam sourit à ses paroles, et lui répondit : « Si tu restes avec moi comme guide, tu verras ce que cet homme au corps d'éléphant fera , lui seul , à cette troupe avide de gloire , avec le secours de la fortune , de l'épée , de la flèche et du talent. Quand ils verront la force de ma poitrine , ma vigueur dans le combat , les blessures que je fais avec la massue , leurs pieds et la peau de leur corps se déchireront de crainte : ils ne sauront plus distinguer la bride d'avec les étriers.
Maintenant montre -moi le chemin qui conduit à l'endroit où est Gaous ,
(*) Les Persans donnent le nom de Nermpai, c'est-à-dire pieds faibles, et de Douai' pal, ou pieds de cuir, à des êtres fabuleux qui passent pour avoir les jambes molles comme des courroies. LesNermpaï se tiennent ordinairement sur les chemins; et lorsqu'ils aperçoivent un voyageur, ils l'engagent à s'approcher d'eux , puis sautant légèrement sur ses épaules, ils s'y placent comme un cavalier sur son cheval , et ne laissent plus cchapner leur malheureuse monture. Quelquefois même ils l'étouffent en lui serrant le cou avec leurs jambes flexibles, mais trèsfortes. Le vieillard de la mer, dont il est question dans les Mille et une nuits (sixième voyage de Sindbad), était un véritable Nermpaï.
et marche.» I! dit; et, plein de joie, s'assit sur Rakhsch. Aulad courait devant lui , comme le vent. Roustam ne se reposa ni pendant la nuit obscure, m pendant le jour pur, et courut jusqu'au pied du mont Asprouz, où Caous avait conduit son armée , et où les dives et les magiciens l'avaient accablé de malheurs. Lorsque la moitié de la nuit sombre fut passée , Roustam et Aulad entendirent un bruit qui venait du côté de la plaine, ils distinguèrent le son des cymbales, et virent allumer des feux dans le pays de Mazenderan ; et dans chaque endroit était une lampe qui jetait -de la clarté. Roustam dit à Aulad : Qu'y a - 1- il , qu'on allume des feux à gauche età droite?
Aulad répondit : La est l'entrée du pays de Mazenderan ; et, sur cette frontière, les deux tiers des dives n'osent pas dormir pendant la nuit. Le dive Arzeng doit être dans le lieu d'où s'élèvent sans cesse ce tumulte et ces cris. Alors Roustam le belliqueux s'endormit; et, lorsque le soleil montra sa face brillante , il attacha fortement Aulad sur un arbre avec son lacs.
VIe AVSHTURE. COMBAT SB EOUSTAW COKTRK LE D1VB ÀRXBHG.
« Roustam étant sorti de son assoupissement , alla vers Rakhsch , plaça sur la selle la massue de son grandpère , et s'avança plein de courage et de ruse , un casque royal sur la tête , et la poitrine couverte de sa cuirasse de peau de léopard, trempée de sueur. Il se dirigea vers Arzeng, chef de l'armée des dives. Arrivé près du camn de cette armée avide de combats, il poussa au milieu des dives un cri tel, que tu aurais dit que ce cri fendait la mer et les montagnes. Le dive Arzeng sauta hors de sa tente , lorsque ce cri frappa ses oreilles ; quand Roustam vit Arzeng , il lança son cheval , arriva sur lui , avec son bras puissant saisit la tête et les oreilles de son ennemi , lui arracha la tête du corps ; comme fait
PRB SE.
un lion f et la jeta , toute dégouttante de sang , du coté où étaient les dives. Lorsque ceux-ci virent la massue de Roustam, leurs cœurs se fendirent, par la crainte qu'ils avaient de la main du héros; et , sans penser à la nature ni aux difficultés du terrain , les pères se jetaient sur les fils pour gagner du chemin. Le héros au corps d'éléphant tira l'épée de la vengeance, et extermina cette foule de dives ; et lorsque le soleil , qui illumine le monde, descendit sur l'horizon, il alla en toute hâte jusqu'au mont Asprouz , débarrassa Aulad des nœuds du lacs qui le retenait ; et tous les deux s'assirent sous un arbre élevé.
Roustam demanda à Aulad le chemin qui conduisait h la ville où se trouvait le roi Caous ; et , dès qu'il eut entendu sa réponse, il se dirigea de ce côté - là , son guide courant à pied devant lui. Quand il entra dans la ville, Rakhsch poussa un hennissement semblable au tonnerre. Caous l'ayant entendu , comprit aussitôt ce que Roustam avait fait depuis le commencement jusqu'à la fin. Il dit aux Iraniens : Nos mauvais jours sont arrivés à leur terme. Le hennissement de Raksch a frappé mes oreilles. Ce bruit ranime la vie dans mon cœur. Les guerriers iraniens dirent : Ces lourdes chaînes ont troublé l'âme du roi Caous. La sagesse et l'intelligence sont sorties de sa tête ; tu dirais qu'il parle en rêvant. Nous n'avons point de secours à attendre dans cette dure prison ; sans doute la fortune s'est détournée de nous. Les captifs disaient ces paroles, lorsque, au même instant, arriva devant Caous le héros brillant comme le feu, et plein d'ardeur pour les combats. Lorsqu'il fut près de Caous , tous les grands se rassemblèrent autour de lui. Roustam versa des larmes , adora le roi , et l'interrogea sur ses longues souffrances. Caous le pressa contre son sein , et s'informa de Zal et des fatigues que le héros avait éprouvées dans son voyage-, puis il lui dit : Il faut partir avec Rakhsch , à l'insu
■ de. ces magiciens. Car , lorsque te k dive Blanc apprendra que la face du k monde est privée d'Arzeng. et que r le guerrier au corps d'éléphant est «arrivé auprès de Caous, tous lesdives «se réuniront, les travaux que tu as r accomplis seront inutiles, et le monde
■ sera rempli par une armée de dives.
k Prends donc, sur l'heure même, le x chemin de la demeure du dive Blanc, « et expose de nouveau à la fatigue i ton corps , ton épée et tes flèches.
* Peut-être le Dieu pur te sera-t-il en c aide , et jetteras-tu dans la poussière « les têtes des magiciens. Il faut que
■ tu franchisses ces montagnes , où en k tous lieux sont des troupes de dives.
< Tu trouveras ensuite devant toi une
* caverne effrayante, séjour de terreur
* et d'effroi, suivant ce que j'ai ent tendu dire. A son entrée , se tiennent t un grand nombre de dives belliqueux, i tous disposés au combat, comme des » tigres. Dans l'intérieur de la caverne « est la demeure du dive Blanc , qui
* contient son armée par la crainte et t par l'espérance. Puisses-tu le tuer,
< car il est le chef et le soutien de ces i troupes. Les yeux de mes compai gnons d'infortune se sont obscurcis t par l'effet de la tristesse , et ma vue (affaiblie est devenue trouble. Les i médecins qui m'ont vu me font es* t pérer la guérison par le moyen du isang, du cœur et de la cervelle du i dive Blanc. Un homme , savant en i médecine , m'a dit : Si tu fais couler t dans tes yeux trois gouttes de son isang, grosses comme des larmes, c les nuages qui troublent ta vue se (dissiperont avec ce sang. J'espère i dans la bonté du Créateur que tu tii reras vengeance de ce dive guerrier.
« Le héros au corps d'éléphant se ( prépara pour le combat, et partit de k ce heu en disant aux Iraniens : Soyez
* vigilants; je vais combattre le dive i Blanc, qui est un éléphant belliqueux « et rusé. Autour de lui se tient une » armée nombreuse. S'il me saisit i avec le nœud de son lacs , vous « resterez longtemps dans l'opprobre i et l'affliction ; mais si le maître du i monde me prête son secours, si ma
L'UNIVERS
boni» étoile me donne de la force, vous retrouverez tous votre patrie.
« Roustam partit de ce lieu, la ceinture serrée, prêt à combattre, et la tête remplie de haine et de projets belliqueux. Il prit Aulad avec lui , et poussa Rakhscb comme le veot. Le héros plein de bienveillance ne se reposa pas en route , et Aulad fut son guide. Rakhscb étant arrivé dans les sept montagoes où se trouvaient des troupes nombreuses de dives, Roustam s'avança auprès de la caverne sans fond, et vit tout autour l'armée du diva Blanc. Il dit à Aulad : « Dans ce que je t'ai demandé, ie t'ai toujours trouvé sur la voie de la vérité. J'ai maintenant à conduire une entreprise difficile. U convient que tu me dises ce que j'ai à faire, A nomme né sous une heureuse étoile* Ainsi, lorsque le moment de partir sera arrivé, montre-moi le chemin, et découvre-moi le mystère. * Aulad lui répondit: «Quand le soleil sera chaud, les dives se livreront au sommeil, et alors tu pourras les vaincre dans le combat. Maintenant, il faut attendre. Plus tard, tu ne verras plus aucun dive, excepté quelques magiciens qui feront la garde. Alors peut-être pourras-tu les vaincre, si celui qui donne la vie»
toire t'accorde son secours. » Rous»
tam ne se bêta pas de partir jusqu'à ce que le soleil fut dans son plein. Il lia fortement Aulad de la tête aux pieds, et s'assit sur les nœuds du lacs ; puis tirant du fourreau sonépée terrine, il poussa un cri semblable au ton* nerre; et, prononçant son nom à haute voix, H se précipita comme la foudre au milieu de l'armée des dives , et fit voler leurs têtes. Les dives ne pouvant pas résister à la force de Roustam, et redoutant son glaive, il n'en resta pas un seul de»
vant le héros, pour chercher de la gloire et un nom, en combattant contre lui.
VU* ATKipVftS. MOfTAM Wt Ut DtVl BLAKC, '
sr atfûvai QàUoktnt wt eu oMmovons
M CArrvnrt.
« De là, Roustam, semblable au so-
leil qui jette un vif éclat, s'avança vers le dive Blanc II vit une caverne pareille à l'enfer. Les ténèbres de cette caverne empêchaient de voir le corps du magicien. Le héros resta quelque temps le glaive à la main. Ce n'était point un lieu où l'on vit clair, et d'où l'on pût prendre la fuite. Le héros s'étant frotté les paupières et lavé les yeux, chercha pendant quelque temps, et découvrit au milieu des ténèbres une masse qui remplissait toute la caverne. Cette masse, de couleur noire, était immense et portait une crinière comme celle d'un non. Roustam vit le dive plongé dans le sommeil ; mais il ne se hâta pas de le tuer, et poussa un cri semblable au cri du tigre. Le dive s'étant réveillé , s'avança pour combattre ; il enleva une meule de moulin, et semblable à une épaisse fumée, il arriva sur Roustam. Le coeur du héros fut rempli de terreur, et il craignit de tomber sur la pente étroite et rapide dans laquelle il était entraîné. Il s'irrita comme un lion furieux , donna au dive un coup de son épée tranchante sur le milieu du corps, et par sa vigueur jeta sur le sol une main et un pied qu'il avait coupés à cette niasse énorme. Le blessé s'attacha à Roustam comme un éléphant sauvage et un non fiirîeux.
Avec un seul pied, il continua de combattre, bouleversant toute la caverne, et saisit le héros par la poitrine et par le bras, espérant le terrasser. Roustam, de son cêté, saisit fortement le dive de la même manière. Ils s'arrachèrent l'un à l'autre des lambeaux de chair ; et la terre, tout imbibée de saw, devint de la boue. Roustam dit dans son cœur: Si aujourd'hui je sauve ma vie, j'existerai éternellement. Et le dive se dit également à hii-métne : Je désespère Se ma douce vie ; et quand même je me délivrerais des griffes de ce dragon, avec le pied coupé et la peau entamée, jamais dans le Mazenderan, ni les petits, ni les grands qui ont un nom illus*
PERSE
« tre. ne reverraient mon visage..
« Ainsi se parla le dive Blanc. Mais il « reprit du cœur. Les deux ennemis « continuèrent à combattre , et de « leurs corps découlait un ruisseau de « sueur et de sang. Roustam , malgré « la force que le Créateur de l'âme
* lui avait donnée , eut de la peine à « soutenir le combat. A Ta fin, le hé- « ros glorieux enlaça le dive, le saisit « arec le bras , le souleva comme fait « un lion, réleva plus haut que son cou,
* et le jeta sousses pieds. Il le jeta sur « le sol, et avec tant de force, qu'il fit « sortir la vie de son corps. Puis il en- « fonça son poignard dans le cœur du « dive, et arracha le foie de son corps « noir. Le cadavre remplissait toute « la caverne. Le monde était devenu « comme une mer de sang.
« Les dives témoins de cette vio- « toire prirent aussitôt la fuite, sans « essayer d'opposer à Roustam k « moindre résistance ; et le héros « ayant débarrassé Aulad de ses liens, « lui confia le foie du dive Blanc, et se « mit en route pour aller délivrer Caï-
* Gaous et les guerriers iraniens. Cal- « Caous recouvra sur-le-champ la vue, « au moyen du sang du dive que Ton
* versa dans ses yeux.
& « Le roi du Mazenderan, malgré les
* coups que Roustam avait portés à « sa puissance, par l'extermination « des dives , ses alliés, se disposa à « continuer la guerre. Ce prince, qui « était magicien , espérait triompher « par son art des guerriers de l'Iran. « Les deux armées combattirent pendant plusieurs jours, sans que la
* victoire se déclarât pour aucun « parti. Le roi du Mazenderan, vi- « vement poursuivi par Roustam , se « changea tout à coup en un énorme « quartier de roc. En vain les guer- « riers iraniens essayèrent de remuer « cette pierre, sous laquelle s'était ca- « ché le magicien, ils ne purent y réus- « sir. Roustam la souleva ; et avant « menacé le roi du Mazenderan de la « briser en mille pièces, celui-ci, plein « de frayeur, et bien convaincu que «ses enchantements ne pourraient lui « être d'aucun secours, reprit sa forme '
« naturelle. Roastam le eenduistt de- « vant Caï-Caous. Ce prince avant se- « proche à l'indigne magicien les sont « irances auxquelles il T'avait soumis « pendant sa captivité, ordonna qu'on a le tuât aussitôt. Alors, Roustam « saisit par la barbe le roi de Masen* a deran, l'emmena loin de la présence « du monarque iranien, et le fit couper * en morceaux.
« CaïTCaous ayant distribué le bu- « tin à son armée, fit tuer tous les dî» « ves qui n'adoraient pas Dieu, et « tint la promesse que Roustam avait « faite à Aulad, en le nommant roi « du Mazenderan (*). »
La guerre terminée d'une manière si glorieuse, Caï-Caous retourna à Is*, takahr, et renvoya dans leSistanRous»
tara, après l'avoir comblé de présents et d'honneurs.
MX*és>iTto* ne oukikevs Mfiftft h frftR»
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Peu de temps après son retour en Perse, Caï-Caous conçut le projet de faire rentrer dans le devoir le roi de Syrie et les petits souverains de l'A»
sie Mineure qm avaient profité des malheurs de Nevder pour ee rendre indépendante. Il pareeurut las différentes provinces de l'empire, sous prétexte de chercher les moyens de travailler au bonheur de ses peuples; mais partout il levait des troupes, et ayant réuni une grande armée , tt marcha vers la Syrie, laissant à Reestam le gouvernement de tout rempire. Quelque promptitude que Caï- Caous eût mise a faire ses préparatifs, et quelque soin qull eut pris de garder le secret de l'expédition, il ne put parvenir à tromper la vigilance du roi de Syrie. Celui -ei avait depuis longtemps associé à sa «use les princes de l'Asie Mineure, de l'Arabie, de l'Egypte et de l'Afrique orientale. Après trois campagnes sanglantes, Caï- Caous triompha des esmdérés , les
(*) Sohah-ffmuk, «dit; <*., 1. 1, p.*5i %
L'UNIVERS
obligea à demander la paix , et contraignit tous les anciens vassaux à reconnaître la suzeraineté de la Perse.
Le roi de Syrie, dont l'esprit était
{riein de ruses et d'artifices, flatta 'orgueil de Caï-Caous, montra une soumission aveugle à ses moindres volontés, lui envoya de riches présents, et lui offrit en mariage Soudabeh, sa fille. Caï-Caous, trompé par ces fausses apparences, se Tenait à la cour de Syrie avec une faible escorte, pour aller chercher sa nouvelle épouse. Après lui avoir donné des fêtes brillantes, le monarque syrien déclara à son gendre qu'if le retenait captif, et ne lui rendrait la liberté que pour une forte rançon , et à condition qu'il prendrait l'engagement de reconnaître l'indépendance de la Syrie.
La captivité de Caï-Caous avait excité des troubles dans la Perse. Afrasiab, qui depuis quelques années occupait le trône du Touran, profita de cette conjoncture pour faire une irruption dans le Khorasan ; Roustam, qui était alors en marche pour aller au secours de Caï-Caous, ayant eu avis de Tinvasion des Touraniens , envoya une armée dans l'Asie Mineure , et s'avança lui - même vers Afrasiab. Il remporta, près de la ville de Merve, une grande victoire sur les Touraniens , et contraignit Afrasiab à repasser le Djihoun et à demander la paix aux conditions qu'il s'était déjà engagé d'observer.
Cette expédition, si glorieusement terminée, lui permit de porter toutes ses forces du côté de l'Asie Mineure.
A peine entré sur le territoire du roi de Syrie, il battit ce prince, le fit prisonnier avec cinq autres souverains de l'Arabie , de l'Egypte et de l'Asie Mineure, ses alliés, et les obligea tous à reconnaître la suzeraineté de la Perse. Il ramena ensuite en triomphe Caï- Caous à Istakhar, avec la reine Soudabeh. Caï-Caous combla d'honneurs le guerrier auquel il devait la couronne et peut-être la vie ; il lui donna même sa sœur en mariage. Dégoûté pour toujours de la guerre, il ne s'occupa
plus que de l'administration de son royaume ; et au bout de quelques années, il renonça entièrement aux affaires, pour se' livrer à ses plaisirs.
Dans un voyage qu'il fit dans la province de Schirvan, frappé de la beauté du pays, il y fit élever un palais magnifique, dont plusieurs historiens attribuent la construction aux génies.
La vue de ce palais, dont il se croyait l'architecte, acheva de corrompre Caï- Caous. Il s'imagina avoir élevé un monument qui ressemblait au paradis; et croyant être Dieu, il se livra à des actions aussi absurdes que sacrilèges. Un songe qu'il eut, et dans lequel il lui sembla voir un génie qui l'adorait, et l'engageait en même temps à monter au ciel , acheva de le perdre. Le génie lui enseigna les moyens qu'il evait mettre en usage pour planer dans les airs. D'après ses conseils , Caï - Caous fit construire un trône extrêmement léger, avec de longs cordons, auxquels on attacha des aigles, qui, prenant leur essor, enlevèrent le prince à une grande hauteur.
Mais ces oiseaux, peu dociles, fatigués du poids qu'ils soutenaient, s'abattirent tout a coup ; et Caï-Caous tomba dans .un bois près de la ville d'Amol. Les officiers du palais , qui avaient suivi des yeux le roi, coururent à bride abattue vers le lieu où il était tombé, et le trouvèrent anéanti de peur et de honte , mais sans aucune blessure. Ils le ramenèrent dans la capitale, et lui firent comprendre à quel point sa conduite folle et impie pouvait lui devenir funeste. Leurs conseils ramenèrent Caï-Caous à la raison. Ce prince, convaincu de sa folie et de son impiété, demanda à Dieu de l'éclairer , et devint le modèle des rois.