‹ La PerseChapitre 37 sur 51 · NOUVELLE GUERRE AVEC LK TOUR AIT. HIS- TOIRE DE SOHRAB · texte numérisé non relu

NOUVELLE GUERRE AVEC LK TOUR AIT. HIS- TOIRE DE SOHRAB

Quelque tempsaprès , Afrasiab ayant eu un songe qui lui promettait la victoire, attaqua de nouveau l'Iran. Caï- Caous envoya Roustam contre cet ennemi implacable. Les deux armées, fortes chacune de plus de deux cent

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mille hommes , se rencontrèrent dans le Khorasan (*). La bataille fut précédée de plusieurs combats singuliers, dans lesquels les Iraniens eurent d'abord le dessous. Mais Roustam ayant porté un défi aux chefs touraniens, vengea bientôt ses malheureux compagnons d'armes. Afrasiab , irrité , fit aussitôt sonner la charge, et les deux armées combattirent pendant quatre journées entières. Les troupes d Afrasiab furent entièrement défaites, et ce prince eut beaucoup de peine à se sauver du carnage. Roustam poursuivit les fuyards jusqu'à la ville de Sémengan , qui ouvrit ses portes au vainqueur.

Le commandant de la place , appelé Kerkin, était un prince du sang tonranien. Il fit tous ses efforts pour fléchir Roustam, et obtint la paix, à condition qu' Afrasiab payerait à Caï- Caous une somme considérable.

i Kerkin avait une fille très -belle, appelée Tehmineh. Roustam ayant conçu pour elle une violente passion , l'obtint en mariage, mais dans Je plus grand secret. Les deux maisons avaient un égal intérêt à ne pas divulguer une alliance que les souverains de l'Iran et du Touran n'auraient point approuvée.

La paix étant conclue , Roustam fut obligé de quitter sa jeune épouse, qui était grosse. Il la recommanda à Kerkin, rassura d'une tendresse éternelle* et lui laissa, pour gage de sa foi , un bracelet d'or destiné a l'enfant qu'elle mettrait au monde.

La douleur de Roustam le rendit indifférent aux bénédictions dont le comblaient tous les Iraniens, et Caï-Caous en particulier, ainsi qu'aux hommages des habitants du Zaboulistan , son domaine. Il demanda à Dieu les moyens de se réunir avec Tehmineh , et usa d'une prudence extrême, pour que rien ne pût faire soupçonner runion impolitique qu'il avait contractée.

Tehmineh étant accouchée d'un garçon qui ressemblait en tout à Roustam, lui donna le nom de Sohrab; et Kerkin , pour mieux cacher le se-

(*) Mouradgea d'Ohsson, Tableau historique de l'Orient, t I, p. 169.

16* Livraison. (Pbbse.)

cret de la naissance de cet enfant , le faisait passer pour son propre fils* Chaque jour, Sohrab faisait à la chasse et dans les exercices militaires des prodiges de valeur. Son nom devint fameux ; et Afrasiab , curieux de voir ce jeune homme , l'appela à sa cour , où il excita l'admiration générale par ses talents, son adresse, et sa force tout à fait extraordinaire. Sohrab parlait sans cesse de détruire la famille de Caï-Caous et de faire la conquête de l'Iran. Les projets du jeune guerrier animèrent Afrasiab, gui, voyant en lui un rival qu'il pouvait opposer à Roustam , se détermina à rompre la paix qui existait entre l'Iran et le Touran. Le commandement général des troupes fut confié à Sohrab ; et les plus vieux généraux, pleins de confiance et d'admiration pour ce chef, se rangèrent sous ses ordres sans murmurer.

Avant de passer la frontière , Sohrab voulut faire ses adieux à sa mère et à son aïeul , et se rendit à Sémengan, où Tehmineh lui révéla le nom de son père. Sohrab , très-agité par l'aveu que venait de lui faire sa mère , dit que , puisque le sort armait son bras contre Caï-Caous, il tuerait ce prince, mettrait sur le trône Roustam, et attaquant le Touran avec toutes les forces de l'Iran , réunirait les deux pays, qui ne formeraient plus à l'avenir qu'un seul empire. Sohrab partit ensuite > rejoignit l'armée , passa le Djihoun , et marcha sur le château de Sépid , dans le Khorasan.

Le vaillant Hedjer commandait dans cette place. Il en sortit, et appela à un combat singulier Sohrab, dont l'aspect seul jetait l'effroi dans le cœur des soldats iraniens. Sohrab se précipita sur son ennemi , et le fit prisonnier avec la plus grande facilité. Le prince Coustehem , fils de Nevder , [habitait alors Sépid, avec un fils appelé Kedjdêhem, et une fille du nom de Gourd- Aférid. Celle-ci avait des inclinations guerrières. Animée par le combat dont elle venait d'être témoin du haut des remparts, elle prit ses armes, sortit du château, et se présenta devant

Sohrab y dont elle avait presque la taille et la force , et auquel elle ne le cédait point en courage. Le combat fut lorg et opiniâtre. Des deux côtés on voyait une égale adresse a combattre* avec la lance, à tirer des flèches et à jeter le lacs. Enfin , Sohrab s'élança avec fureur contre Gourd-Aférid et lui enleva son casque. On reconnut alors avec étonnement les traits de la princesse, qui , épuisée de fatigue | et ne pouvant plus opposer à son ennemi la moindre résistance, demanda la vie à Sohrab , et s'engagea à lui livrer la forteresse. Le fils de Roustam, plein de grandeur d'âme, donna de

grands éloges à la princesse , et , se ant à sa parole , lui permit de rentrer dans Sépid, et raccompagna jusqu'aux portes du château. Gourd- Aférid ne répondit pas à tant de générosité. Une fois dans la place , elle prit toutes les mesures nécessaires pour opposer à Tannée du Touran une vigoureuse résistance, et releva par ses discours le courage abattu de la garnison. Cou* rant ensuite vers les remparts , elle appela Sohrab, et lui dit « que s'il « avait su triompher d'un vieillard et « d'une femme, il ne triompherait pas « des héros de l'Iran. Il est vrai, ajouta- « t-elle, que votre courage est grand ; « on ne croirait pas que vous êtes un « Touranien; tout, au contraire, sem* « blerait annoncer que vous étés ori* * ginaire de l'Iran, de cette contrée si « fertile en héros. Cependant retirez-vous; évitez la rencontre de «nos guerriers, et tremblez au seul « nom de Roustam. » Sohrab , irrité par ces paroles , forma aussitôt le siège de Sépid.

1 La nouvelle de l'invasion étant arrivée à la cour de Caï-Caous , tous les chefs de l'armée s'offrirent au roi , et lui demandèrent la faveur d'aller combattre les Touraniens à la tête des armées iraniennes. Caï-Caous remercia tous ces chefs pleins de courage ; mais, bien convaincu que Roustam était le seul homme qu'il pût opposer avec suc* ces aux troupes du Touran , il envoya en toute diligence une des personnes tes plus considérables de l'empire ,

pour engager le héros à reprendre le commandement des armées iraniennes. Le messager de Caï-Caous se rendit à Nirarouz , où était alors Roustam. Agité par des pressentiments dont il ne pouvait se rendre compte , le vieux guerrier, en entendant parler des exploits de Sohrab, la terreur de l'Iran , n'éprouvait aucun désir de se mesurer avec ce rival si digne de lui. Il était loin de penser que le jeune héros était son fils ; car depuis qu'il avait quitté Sémengan, jamais Roustam n'avait reçu des nouvelles de Tehmineb:

Cependant le seul nom de Sohrab Mitait son âme. Il ne pouvait se décider à accepter le commandement que lui offrait son roi ; plus les instances étaient vives , plus ses refus étaient formels. Ce ne tut qu'au bout de plu*» sieurs jours que le messager de Car»

Caous put obtenir que le héros se rendit au moins à la cour. Le chagrin et l'irrésolution de Roustam retardèrent sa marche. Caï-Caous , irrité de l'indifférence et des refus de son vassal , lui adressa les reproches les plus vifs. Un seigneur de la cour de Caï- Caous , jaloux de la gloire de Rous* tam , ayant saisi cette occasion de l'humilier , Roustam lui répondit:

SJue l'autorité des rois avait aussi es bornes, surtout envers les grands feudataires ; qu'il était né libre , et qu'il mourrait libre ; que la servitude n'était que pour les âmes faibles et lâches ; qu'à ses yeux, son cheval était supérieur à un trône, son casque préférable à une couronne, et sa masse d'armes plus respectable qu'un sceptre royal ; qu'enfin , la renommée de ses aïeux et sa gloire personnelle sufl* saient à son bonheur , et qu'il passe* rait le reste de ses jours dans le calme et la retraite , uniquement occupé de la défense de ses propres États.

Après avoir parlé ainsi, Roustam se remit en route pour Nimrouz.

Le peuple, qui prévoyait de grands malheurs si ce chef ne marchait pas à la tête des armées , murmura hautement contre le roi et les courtisans.

Caï-Caous intimidé employa les grands de la cour pour apaiser Roustam» qui

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se montra d'abord inflexible. Mais Gouderz lui dit : « Tous vos envieux attribueront à la crainte votre refus obstiné ; ils diront que Roustam redoute Sohrab. » Ces paroles changèrent les dispositions du héros, qui se rendit aussitôt à la cour ? et se montra disposé à obéir au roi. Caï-Caous fit hâter les préparatifs du départ , et suivit lui-même l'armée. Il mit la plus grande diligence possible pour arriver devant Sépid avant la prise de cette place ; mais lorsque l'armée iranienne n'était déjà qu'à une petite distance des remparts, il apprit que Sohrab était maître de la ville. Roustam engagea Caï-Caous à ne point s'affliger , et lui promit de reprendre Sépid.

Il se disposa aussitôt a attaquer l'armée touranienne. Sohrab, de son côté, fit reconnaître les forces des assiégeants, et s'informa si Roustam commandait leur armée. Il monta sur les remparts avec Hedjer, son prisonnier, auquel il demanda des renseignements exacts sur les chefs auxquels appartenaient les principales tentes du camp iranien. Hedjer obéit aux ordres de Sohrab , lui montra le quartier du roi et les tentes des principaux guerriers, à l'exception de celle de Roustam, qu'il ne voulait point exposer à recevoir un défi de Sohrab, qu'il regardait comme invincible. Mais celuici, qui avait appris de Tehmineh que le vert était la couleur distinctive de la famille de Sam , voyant une tente magnifique de satin vert, demanda avec émotion à Hedj«r si cette tente n'était pas celle de Roustam.

Hedjer répondit que c'était sans aucun doute celle de Zévareh , frère cadet du héros ; et il déclara que rien dans le camp n'annonçait la présence du premier guerrier de llran (*). Ces mots causèrent une secrète joie à Sobrab, qui ne redoutait que son père. Aussitôt il envoya un messager à Caï- Caous , pour lui dire qu'il était prêt à combattre contre les héros les plus braves du camp iranien. Ce défi ir-

(*) Tableau historique dé fOrient, 1. 1, 9- *79»

rita tous les chefs, et Roustam fut désigné pour soutenir l'honneur yda l'Iran. Des deux côtés, on prit des dis*

Positions pour que le combat eût lieu ) lendemain. Les champions s'avancèrent l'un contre l'autre , en présence des deux armées rangées en bataille, et agitées par un vif sentiment d'inquiétude. Le combat dura fort longtemps ; Roustam et Sohrab s'attaquèrent tour à tour avec l'arc , la lance , le sabre et la masse d'armes , tantôt à. pied, tantôt à cheval, sans pouvoir obtenir le moindre avantage. La lutte , interrompue pendant quelques instants, recommença plus terrible. Roustam, blessé, succomba enfin sous, les coups de Sohrab , qui tira alors, son poignard pour l'égorger; mais Roustam s'écria qu'il violait les lois du combat, qui ne permettaient de tuer son adversaire qu'après l'avoir terrassé deux fois. Aussitôt Sobrab lui aida à se relever, et la lutte recommença de nouveau. Roustam, jusqu'alors invincible , se 6entit profondément humilié de l'avantage que Sohrab avait obtenu sur lui ; la fureur doubla ses forces ; et , se précipitant sur son adversaire, il le renversa, et lui tendit généreusement la main.

Alors recommença un combat dans lequel l'un ou l'autre des deux héros devait nécessairement succomber.

Roustam triompha de tous les efforts de Sohrab ; et, transporté de fureur»

il le poignarda. Prêt à rendre le dernier soupir, le jeune guerrier lui dit : « Ma mère m'avait donné les marques « auxquelles je pouvais reconnaître « Roustam , mon père , et je .le cher- « chais. Le destin envieux a fait tom- « ber le malheur sur ma tête; j'espé- « rais voir mon père , le destin m'a « privé de cette consolation. » Jetant ensuite un regard sur Roustam, il lui dit : « Sous quelque forme que tu le « caches , dans quelque lieu que tu « fuies , quels que soient ton courage « et ta fortune , Roustam , mon père , « le premier de tous les héros du « monde , vengera ma mort. »

A ces paroles , l'infortuné Roustam tomba évanoui sur le corps de Sohrab»

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Le père et le fils s'embrassent, et versent un torrent de larmes. Sohrab demanda par signes à Roustam de lui ôter son brassard, qui le gênait ; Roustam obéit , et reconnaissant aussitôt le bracelet d'or qu'il avait laissé autrefois à' Tehminen comme gage de sa foi , il perdit entièrement connaissance. Peu après, revenant à lui. il jeta son casque , s'arracha les cheveux , et gémit sur le silence funeste de son fils. Sohrab, ouvrant alors les

rux , consola son père , et l'engagea faire la paix, pour sauver l'armée touranienne et les parents qu'ils avaient à Sémengan. Roustam , entouré des chefs des deux armées , s'accusait du meurtre de son fils. Les chefs s'em-

Sressèrent de porter des secours aux eux guerriers , et on parla d'employer le remède appelé nousch-darou , composé par les astrologues , et qui guérissait tous les maux. Les rois seuls avaient ce spécifique. Roustam fit supplier Caï-Caous d'avoir pitié de sa douleur , et de consacrer au salut de Sohrab une partie de son nouschdarou. Caï-Caous était disposé à faire ce sacrifice ; mais quelques flatteurs arrêtèrent l'élan de sa générosité.

« Quel sera , disaient-ils , 1 orgueil et la puissance de Roustam, s'il parvient à rappeler Sohrab à la vie , et à se faire de ce jeune héros un compagnon d'armes?» Roustam espérant fléchir le roi , se rendait auprès de lui ; mais à peine était-il parti , que Sohrab expira (*).

La paix fut conclue aux conditions les plus honorables pour l'Iran. Caï- Caous rentra en triomphe à Istakhar, et Roustam retourna dans le Zaboulistan. Arrivé dans cette province , il fit faire à Sohrab des obsèques magnifiques. Le vieux Zal et Roustam versèrent un torrent de larmes sur la tombe du jeune héros. Zal voyant que Roustam était toujours inconsolable , l'engagea à écrire à Tehminen , et à l'ap-

' (*) Les Persans disent proverbialement : Nousch-darou pe s et mer g be. Sohrab dehend; e'est-à-dire , on donne à Sohrab le nouschdarou après sa mort.

peler auprès de lui à Nimrouz. On expédia sur-le-champ pour Sémengan un officier porteur au bracelet d'or de l'infortuné Sohrab, avec des lettres pressantes , adressées à la princesse et a Kerkin, son père. Les nouvelles qu'apportait ce messager causèrent au père et à la fille une affliction profonde, qu'augmenta encore la crainte des poursuites d'Afrasiab. Bientôt ils succombèrent l'un et l'autre à leur chagrin. Dans ses derniers moments, la malheureuse Tehmineh remit le bracelet d'or de son fils à Schehrouze , sa cousine , que Sohrab avait épousée en secret avant son départ du Touran.

Schehrouze , alors grosse , accoucha peu après de Barzou.

HXSTOIEI DE SITAYOUSCa.

Caï-Caous , en quittant le Klrorasan, avait laissé à Sépid Tous et Guiv, pour commander la place. Un jour, ces chefs allèrent à la chasse ; et , s'étant avancés jusque sur les bords du Djîhoun , ils aperçurent au fond d'un bois trois femmes : une jeune fille de la plus grande beauté, et deux vieilles esclaves. Les guerriers voulaient l'un et l'autre posséder cette jeune fille.

Tous prétendait avoir été le premier à la découvrir, et Guiv le premier à l'arrêter. Ils convinrent enfin de s'en remettre au jugement du roi , et de respecter, en attendant, la belle étrangère.

Ils partirent pour Istakhar, et firent connaître à Caï-Caous le sujet de leur dispute ; ce prince , encore plus frappé qu'eux des charmes de la jeune flUe , réclama les droits du souverain sur toutes les découvertes faites dans ses Etats ; réserva la captive pour son harem, et donna comme dédommagement aux deux guerriers des présents magnifiques. Il fallut employer les menaces pour arracher à l'étrangère le secret de sa naissance. Elle déclara

3u'elle était princesse de Touran, fille e Kerschivcz , frère cadet d'Afrasiab; qu'elle s'était attiré la haine de son oncle en refusant de l'épouser, et qu'elle avait été reléguée sur la frontière, avec deux esclaves; qu'étant

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parvenue un jour à tromper la vigilance de ses gardes, elle avait passé le Djiboun, dans la crainte de se voir tôt ou tard la victime du ressentiment de son persécuteur; que, d'ailleurs, une main invisible semblait la diriger et la confirmer dans sa résolution de s'exposer à tous les périls sur le sol étranger, plutôt que d'avoir pour époux et pour maître le tyran Afrasiab.

Gaï-Caous conçut bientôt une vive affection pour cette princesse ; et , au bout d'un an , elle accoucha d'un fils qui fut appelé Siyavousch. Les astrologues ayant tire l'horoscope de l'enfant, déclarèrent qu'il n'offrait rien d'heureux. Cette prédiction inquiéta le roi, et le porta à confier le nouveau-né à Roustam. Le héros reporta sur Siyavousch la tendresse qu'il avait eue pour Sohrab ; et , après avoir terminé son éducation , il le reconduisit à Istakhar , où le jeune prince fit l'admiration de son père et de toute la cour.

La reine Soudabeh étant devenue amoureuse de lui , mit en œuvre tous les moyens pour triompher de sa vertu. Repoussée avec horreur, elle accusa Siyavousch du crime dont elle seule était coupable. Le jeune prince n'opposa qu'un silence respectueux et des larmes amères aux accusations de Soudabeh. Caï-Caous, voulant connaître la vérité , s'adressa aux devins de sa cour, qui lui déclarèrent que Siyavousch n'était pas coupable, et l'engagèrent à soumettre la reine et le prince a l'épreuve du feu. Au jour indiqué, Soudabeh feignit d'être malade, et garda le lit. Siyavousch se présenta avec le calme d'une âme pure , et poussa son cheval au milieu des flammes sans en être atteint. Caï-Caous célébra cet événement par des fêtes et des réjouissances publiques. Il déféra le jugement de la reine a son divan , qui la condamna à mort, et Caï-Caous signa l'arrêt de sa main. Siyavousch, désolé, se jeta aux pieds de son père, et implora sa clémence en versant des larmes. Caï-Caous fit grâce de la vie à Soudabeh; mais il la condamna à passer dans la retraite le reste de ses jours.

Vers cette époque, Afrasiab eut encore un songe qui lui promettait la victoire , s'il taisait une nouvelle invasion dans l'Iran. Ce prince voulait d'ailleurs venger la mort de Sohrab et l'enlèvement de la princesse mère de Siyavousch. Une armée considérable se'jeta tout à coup sur le Khorasan , et s'empara de Balkn et de plusieurs autres villes. Caï-Caous confia à Roustam le commandement de ses troupes, et ordonna au prince Siyavousch de suivre ce héros. L'armée iranienne, aussi nombreuse que celle des ennemis , et commandée par des généraux plus habiles, repoussa aisément les Touraniens, et se disposait à les poursuivre même au delà du Djihoun, quand Roustam reçut de la part d' Afrasiab des propositions de paix. Le prince touranien était sur le point d'entrer en campagne avec une nouvelle armée, quand il vit en songe ses soldats taillés en pièces, et lui-même devenu captif, conduit à Istakhar, et traîné aux pieds de Caï-Caous, lorsque tout à coup un jeune homme, se précipitant sur lui, l'avait coupé en deux par le milieu du corps. Ce songe , joint à plusieurs autres prédictions que lui firent les devins, rengagèrent à demander la paix , bien décidé a l'accepter à quelque condition que ce fût. Roustam exigea une somme d'argent considérable; et, de part et d'autre , on donna et on prit des otages.

Les partisans de Soudabeh s'élevèrent de tout leur pouvoir contre la paix que Roustam venait de conclure, ils disaient qu'il aurait été facile de pénétrer jusqu'à Kenekzer, et de dicter la loi à Afrasiab au milieu même de sa capitale. L'inexpérience de Siyavousch et la maladresse du vieux Roustam étaient cause du peu de parti qu'on avait tiré des circonstances. Les courtisans demandaient enfin que Caï-Caous recommençât la guerre. Ce roi, d'un caractère assez faible, et d'ailleurs animé contre Siyavousch et contre Roustam, se laissa facilement ébranler. Roustam se rendit aussitôt à la cour , et représenta avec force le respect dû à la foi jurée, et les avan-

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tages incontestables que la paix procurerait à tout l'empire. Rien n'étant capable de faire renoncer Caï-Caous au projet qu'il avait conçu de recommencer la guerre, Roustam quitta la cour, et se retira dans ses États. Aussitôt après son départ, Caï-Caous confia à Tous le commandement de l'armée. U manda en même temps à Siyavousch de rompre la paix ou de se retirer.

Siyavousch connaissait la faiblesse de son père , les cabales de la cour, et les nouvelles trames que Soudabeh ourdissait dans sa retraite. « En rompant la paix, disait-il, je commets un parjure ; et en respectant ma parole , je désobéis à un roi et à un père. » Ces idées accablantes étaient encore vendues plus pénibles par la certitude que tôt ou tard Soudabeh le perdrait dans l'esprit du roi. Il prit enfin le parti d'abandonner Tannée, de sortir de l'Iran, et de traverser le Touran pour ae réfugier en Chine. Il écrivit sur ce sujet à Afrasiab , et chargea de sa lettre un messager qui s'acquitta de sa commission avec autant de célérité que d'adresse. Afrasiabdità cet homme, avec mille protestations d'amitié, que Siyavousch serait bien reçu dans ses États, et traité par hii comme son fils. Alors ce prince adressa à Caï- Caous une lettre respectueuse, où il lui exposait les motifs de sa retraite : il laissa la conduite de l'armée à Benram , et passa le Djiboun avec une suite d'environ trois cents hommes.

Partout les Touraniens le reçurent avec les honneurs dus à son rang. I) trouva sur sa route Schideh , fils d'Afrasiab, et Pefran, prince héréditaire de Khoten, chargés de le recevoir.

Dans toutes les villes, on lui donna de grandes fiâtes , et Afrasiab s'efforça de lui rendre agréable le séjour de Keoekzer. Son but , en agissant ainsi , était de fixer auprès de lui le jeune héritier du trône de l'Iran , de gagner sa confiance , et de lui donner une de ses filles. Il voulait amener, par ce mariage, l'union politique des deux nations.

Mais tous ces projets étaient contraires à la volonté du destin. L'éva-

sion de Siyavousch et la retraita de Roustam du camp iranien avaient déjà changé la situation respective des deux cours. Afrasiab concevait de grandes espérances; et les factieux, qui abusaient de la confiance de Caï- Caous, voyaient tous leurs plans déconcertés. Ce prince, écoutant enfin des conseils sages, ne voulait plus s'exposer aux hasards d'une nouvelle guerre, et il donna à Tous Tordre de ne pas violer la paix , et de garder le silence sur l'évasion de Siyavousch. Il espérait, par cette conduite, engager le jeune fugitif à rentrer dans sa patrie. Tous exécuta les ordres de son maître, d'autant plus volontiers que l'armée regrettait vivement Roustam et Siyavousch, et oue les Touraniens, encouragés par différentes circonstances, faisaient toutes les dispositions nécessaires pour une défense vigoureuse.

La ratification de la paix mit Afrasiab à même de suivre plus librement ses projets sur Siyavousch. Un secret pressentiment faisait désirer à celui-ci de s'éloigner de la oour de Kenekser, et de se rendre sur les frontières de la Chine. Mais ses désirs étaient contrariés par le politique Afrasiab, qui temporisait toujours, et tâchait de distraire son hôte par des fêtes continuelles.

Ces fêtes somptueuses étaient suivies de jeux militaires, auxquels Siyavousch prenait part ; et , dans tous , il se distinguait et s'attirait les applaudissements de la oour de Kenefczer.

Les preuves de courage et d'adresse que le prince iranien donna dans ces occasions faisaient désirer plus vivement encore à Afrasiab de marier le jeune étranger avec une princesse touranienne. Mais les devins qu'il consulta l'assurèrent que cette uniou ne pouvait pas être heureuse. Il s'ouvrit alors à Peîran , son confident, qui dissipa ses craintes, en s'appuyant de l'opinion de plusieurs astrologues.

Pour augmenter la confiance d' Afrasiab, il l'assura qu'il n'hésiterait pas un instant à donner sa fille -à Siyavousch. U conclut en effet ce mariage,

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*tf

et les noces furent célébrées arec pompe. La fille de Peïran donna bien»

tôt à son époux un fils qui fut appelé Féroud.

Afrasiab consulta alors d'autres de* Tins, dont le^ réponses moins défavorables le déterminèrent à donner sa fille Frenguis à Sivavousch, oui ne consentit a cette union que sous la condition expresse qu'Afrasiab lui permettrait Je s'éloigner de Kenekzer, et de s'établir dans une des provinces orientales dn Touran. Les noces turent d'une grande magnificence, et Afra« siab dépensa des sommes énormes en Mes, en présents et en aumônes. Il céda aux nouveaux époux, à titre d'apanage, les contrées orientales du Touran , depuis Khoten jusqu'aux frontières de la Chine. Après avoir parcouru ses États, Siyavowîch se détermina à fixer sa résidence à Scharsan, endroit délicieux par sa position, par son climat , et par l'abondance de ses eaux.

Il en fit bientôt une ville magnifique. Il y éleva des palais pour chaque saison de l'année, et les orna tous de tableaux qui représentaient , entre autres choses, les personnages de la cour d'Istakhar, de celle de Kenekzer, et de Nimrouz. On y voyait encore les symboles de tous les arts et métiers , ainsi que les portraits des astrologues les plus célèbres, entourés des instruments de leur art sublime.

Peïran , qui avait accompagné Sivavousch, continua son voyage jusque dans Tlndoustan , où il allait recevoir les tributs des habitants. A son retour, trois ans après, il ne reconnut plus l'ancienne ville de Scharsan. Arrivé à Kenekzer, il en fit un tableau si éblouissant , qu'Afrasiab montra le plus vif désir de faire le voyage, et d'aller voir sa fille et son gendre. Mais Kerschivez le détourna de ce dessein, mit en avant des raisons d'État , et offrit d'entreprendre lui - même ce voyage pénible.

Il partit chargé de riches présents, et avec une suite nombreuse. Siyavousch reçut le prince touranien, son aïeul maternel, avec un grand respect; il lui donna des fêtes qui furent suivies

deieui militaires, où Siyavouach se distingua encore parmi les héros touraniens. Ces triomphes multipliés donnèrent au frère d' Afrasiab des préventions contre son petit-fils. Il ne pensait qu'avec peine aux liens qui unissaient sa fille à Caî-Caous, et croyait que Sivavousch était destiné à devenir le fléau du Touran. Cette opinion se fortifia dans son esprit , et acheva de l'indisposer contre fe prince iranien.

Au bout de quelques mois , Kerschivez quitta Sivavousch et Frenguis avec les plus grandes démonstrations de tendresse: mais, de retour à Kenekzer, il employa les moyens les plus odieux pour élever des doutes sur la fidélité du prince son petit -fils , et lui aliéner l'esprit d'Afrasiab.Siyavouscn, à J'en croire, entretenait une correspondance secrète avec Caï-Caous , son père, et faisait tous ses efforts pour attacher à sa personne les peuples du pays où il commandait. Afrasiab, trèseffrayé, pria Kerschivez de retourner à Scharsan , pour tâcher de recueillir de nouvelles informations sur la conduite de son gendre, et l'engager à faire un voyage à Kenekzer avec la princesse Frenguis.

Arrivé à Scharsan , le perfide et su-

Serstitieux Kerschivez prit un air afigé, et fit entendre à Sivavousch que ses ennemis l'avaient perdu dans l'esprit d'Afrasiab. Il lui conseilla donc de ne pas se presser de se rendre à Kenekzer, et lui promit de détruire les impressions fâcheuses que le roi avait reçues.

Il repartit aussitôt; et, arrivé à Kenekzer, il dit à Afrasiab que Sivavousch avait reçu ses ordres avec dédain ; qu'il vexait les riches, et flattait les soldats et le peuple : qu'enfin , tout , dans sa conduite, annonçait l'intention de se révolter. Les conclusions de Kerschivez étaient qu'Afrasiab devait déjouer à temps les complots de Sivavousch, et envoyer à Scharsan un corps de troupes considérable.

Afrasiab céda aux conseils de son frère , et résolut d'aller en personne à Scharsan. Au moment de son départ, Kerschivez envoya en toute hâte un

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homme de confiance à Siyavousch, pour le prévenir du dessein d' Afrasiab , et l'engager à prendre la fuite. Il lui indiquait la route qu'il devait prendre pour gagner le Djihoun et le territoire de l'Iran. Siyavousch se rendit avec d'autant plus de facilité aux avis perfides de Kerschivez, qu'il avait cru voir en songe un torrent impétueux et une montagne de flammes, qu'Afrasiab poussait contre lui. Saisi d'effroi , il confia à Frenguis, qui était grosse, qu'il allait retourner dans l'Iran pour se dérober aux fureurs de son beau-père. Enfin il la pria , si elle donnait le jour à un fils, de l'appeler, Khosrou, c'est-à-dire, heureux, fortuné, parce que cet enfant serait un jour le vengeur de son père. Frenguis employa vainement les prières et les larmes pour combattre la résolution de son époux (*).

Siyavousch , inébranlable , quitta Scharsan , suivi de quelques Iraniens et de cinq cents soldats du pays. Mais, dans sa précipitation, il oublia une cuirasse enchantée que lui avait donnée Roustam , et qui l'aurait peut-être sauvé de la mort. Bientôt il fut enveloppé par les soldats d' Afrasiab , Je- 3uel , n'écoutant que sa colère , oronna de fondre sur la petite troupe qui accompagnait Siyavousch. Ceux qui la composaient se défendirent malgré les ordres et les cris de leur maître, qui ne voulait opposer aucune résistance. On s'empara de Siyavousch, qui demanda à voir Afrasiab ; mais Kerschivez le fit conduire dans une tente, et mit en œuvre de nouvelles trames pour empêcher toute entrevue entre le roi et son gendre. «Vous êtes trop bon , disait-il à Afrasiab , sa présence et ses faux serments désarmeront votre juste colère , et vous exposeront à de grands malheurs. »

Afrasiab était dans/ indécision, lorsqu'on lui annonça l'arrivée de Frenguis. Cette princesse se jeta aux pieds de son père, protesta de l'innocence de son mari , et réclama pour lui le

(*) Tableau historique de tOrient, I. I, p. ao5.

droit de défendre sa cause. Afrasiab ému tomba en défaillance. Kerschivez profita de ce moment pour faire conduire la princesse dans une tente séparée. Il redoubla alors d'instances et d'efforts , et finit par arracher à son frère l'arrêt de mort de Siyavousch , qui fut massacré sur-le-champ. Le ciel et la terre manifestèrent bientôt l'horreur que leur inspirait ce crime. Un orage affreux s'éleva, et jeta l'effroi dans tout le camp d' Afrasiab. Le sang de Siyavousch répandu sur la terre en fit sortir un arbrisseau épineux , que l'on appela Khounsiyavousch , c'està-dire Sang de Siyavousch. Les devins annoncèrent que ces prodiges étaient un avant-coureur de tous les maux qui allaient fondre sur le Touran.

1CAIMAWCR ET EDUCATION DE KHOSROU.

GUERRE COlfTRE LES TOURAICIEH3. EBOS- KOU MOITTI SUE LE TRÔNE.

Cependant Kerschivez sut encore calmer les frayeurs d' Afrasiab , et il essaya de faire mettre à mort la princesse Frenguis, pour détruire ainsi toute la race de Siyavousch. Les menées de cet homme cruel et superstitieux allaient causer de nouveaux crimes , si Peïran n'eut obtenu , à force de prières, la vie de la princesse. Mais craignant qu'Afrasiab ne changeât de résolution, il la conduisit aussitôt dans le Khoten , où elle accoucha d'un fils qui fut appelé Khosrou , comme l'avait ordonné Siyavousch.

Peïran écrivit à Afrasiab pour le tranquilliser sur la naissance de cet enfant ; il promit de le faire élever à la campagne, et de lui laisser ignorer la condition de ses parents ; ajoutant même, ce qui était faux, que rhoroscopede Khosrou annonçait qu'il était destiné à mener une vie obscure. Ayant reçu d'Afrasiab une réponse conforme à ses vues, Peïran confia le petit prince à un berger, qui prit soin de lui. Il allait visiter l'enfant quelquefois , se félicitant toujours de ce qu'Afrasiab l'avait entièrement oublié.

Khosrou annonçait un penchant décidé pour la chasse et la guerre. A l'âge

de dix ans, il poursuivait les lions et les tigres , et faisait des prodiges de valeur. Peïran l'appela alors dans son palais pour lui former l'esprit et le cœur, et lui donner une éducation conforme à sa naissance. Vers la même époque, Afrasiab eut un songe relatif à Khosrou , et qui lui causa un grand trouble. 11 voulut voir l'enfant et tirer lui-même son horoscope pour savoir

?uel parti il devait prendre a son égard. 1 ordonna en conséquence à Peïran de l'amener à Kenekzer. Peïran obéit ; mais voulant sauver la vie de son pu-

fulie, il engagea celui-ci à contrefaire 'insensé. Afrasiab fut vivement ému en voyant son petit-fils, surtout quand Peïran lui eut dit avec un accent de douleur qui paraissait très- sincère, que le jeune prince était entièrement privéde raison. Khosrou répondit d'une manière stupide à toutes les questions que lui adressa son aïeul. Afrasiab ap-

Ï)l audit à la sollicitude de Peïran pour e jeune Khosrou , lui recommanda le secret, et lui permit d'établir la mère et le fils à Scharsan. Peïran retourna aussitôt à Khoten avec son élève, qu'il conduisit ensuite à Scharsan avec sa mère.

Le sort de Siyavousch fut pendant longtemps un mystère pour les Iraniens. Au bout de dix ans , ils apprirent la fin tragique de ce prince. Caï- Caous, outré de douleur, assembla les grands vassaux de l'empire, pour délibérer sur la vengeance qu'il devait tirer d'un crime qui attaquait l'honneur de sa maison et la dignité de llran. Toute l'assemblée fut d'avis de déclarer la guerre aux Touraniens.

Roustam , qui parla le dernier , dit qu'il fallait avant tout mettre à mort la reine Soudabeh, cause première de tous les malheurs de la famille royale. Il exigea que cette femme, qui avait été déjà condamnée à perdre la vie, fût exécutée sur-le-champ ; il déclara même qu'il ne combattrait pas si cet acte de justice était différé. En même temps il se leva furieux, entra dans les appartements de la reine, et la poignarda.

Les préparatifs de guerre furent bien-

tôt achevés , et en peu de temps une armée de deux cent mille hommes se trouva sur la frontière. Féramerz, fils de Roustam, attaqua un corps de Touraniens, les tailla en pièces, et tua de sa main leur général. Dans une seconde action, le même Féramerz battit un prince, fils d' Afrasiab, et le fit prisonnier. Roustam condamna cet infortuné au dernier supplice, pour venger la mort de Siyavousch.

Les Iraniens avançaient vers Kenekzer, lorsque Afrasiab , à la tête d'une armée considérable, leur offrit le combat. Feïsem , frère de Peïran , provoqua tous les héros de l'Iran, et appela par son nom Roustam , avec lequel il désirait surtout se mesurer. Guiv, qui se présenta d'abord pour lutter contre Peïsem , était au bout de peu d'instants sur le point de succomber : Féramerz vola a son secours, mais il eut bien de la peine à éviter les coups du guerrier touranien, qui continuait toujours à appeler Roustam ; enfin celui-ci parut , et dès le premier choc il renversa Peïsem de dessus son cheval, le souleva avec le bout de sa lance, le tint en l'air au milieu des deux armées , puis le jeta sur les Touraniens. Aussitôt l'action de vint générale. A près avoir fait plier l'aile droite des Iraniens, Afrasiab se précipita sur le centre , cherchant Roustam. Ce héros blessa le cheval d' Afrasiab, qui renversa son cavalier. Les Touraniens frappés d'épouvante prirent bientôt la fuite.

Roustam poursuivit les fuyards et en fit un horrible carnage ; il marcha ensuite sur Kenekzer, et Afrasiab se retira vers les frontières de la Chine.

Cette défaite entraîna la soumission de presque tout le Touran. Roustam pardonna aux vaincus , mais il s'empara de tous les trésors de la famille royale , pour les distribuer à ses soldats. Pendant sept ans il exerça à Kenekzer le pouvoir royal, et établit d'une manière stable la domination de Caï- Caous sur le Touran. Les courtisans envieux accusèrent le héros d'avoir travaillé plutôt pour lui-même que pour atteindre le but de son expédition, qui était de venger le meurtre de Siya-

ftft

I/BNIVÉRS.

vousch, en faisant férir Afrasiab avec tous les princes de sa maison, et de ravager le Touran. Ces calomnies décidèrent Caï-Caous à refuser à Roustam les renforts nécessaires pour combattre avec succès Afrasiab , qui entretenait toujours des troubles dans quelques provinces de son empirç.

Roustam très-irrité , mais bien convaincu de l'impossibilité de conserver le Touran avec les troupes peu nombreuses qu'il avait alors sous ses ordres, réunit sa petite armée, et, parcourant les provinces occidentales du Touran , mit tout le pays à feu et à sang , et ne le quitta qu'après en avoir fait un immense désert.

Cette conduite prêta de nouvelles armes à la calomnie. Les courtisans s'étendaient avec complaisance sur les cruautés inutiles de Roustam : ils blâmaient ce guerrier d'avoir abandonné un pays dont la conquête avait été achetée au prix des trésors de l'Iran et du sang des Iraniens. Roustam, sans daigner répondre aux accusations laro»

qées contre lui, se retira dans ses États. Les grands vassaux, profitant de l'absence de cet illustre chef et de la faiblesse du vieux roi, secouèrent le joug; et les princes du sang excitèrent des dissensions dans l'espoir d'arriver au trône.

Afrasiab, profitant de ces discordes intestines, fit plusieurs irruptions dans l'Iran, et Cai-Caous fut réduit à fléchir devant son implacable ennemi.

Tel était l'état de la Perse , quand Dieu lui donna un libérateur dans la personne de Guiv. Gouderz, père de ce héros, vit en songe un eénie qui lui dit ces paroles : « Le salut de l'Iran dépend de la délivrance de Khosrou r fils de Siyavousch. Tant que ce jeune prince restera enchaîné dans le Touran, mille maux affligeront ta patrie. Il faut découvrir le lieu où il est caché, et l'a-* mener dans le pays de ses ancêtres ; Guiv, ton fils, est prédestiné à remplir cette tâche glorieuse et pleine de dangers. Son courage surmontera tous les périls pour atteindre le noble but qu'il se propose. Khosrou , à peine monté sur le trône de l'Iran, vengera

la mort de' son père, et mettra un terme aux calamités qui désolent l'empire. Hâte-toi de charger Guiv d'une mission dont l'honneur rejaillira sur toute ta race. » Gouderz se leva aussitôt, et fit connaître à son fils la vision qu'il venait d'avoir. Celui-ci partit déguisé en Touranien ; et après trois années de fatigues, de dangers et de recherches, il parvint à découvrir la retraite de Knosrou et se mit aussitôt en route pour Scharsan. Il trouva le jeune prince dans une promenade aux environs de la ville, et lui fit connaître l'avenir que Dieu lui destinait. Khosrou fut d'autant plus frappé des paroles de Guiv, que Frenguis, sa mère, avait eu le même songe que Gouderz. Une nuit, Khosrou et Frenguis, guidés par Guiv, quittèrent Scharsan avec une suite peu nombreuse. Ils échappèrent ainsi a la vigilance de Peîran , qui était chargé de les garder. Bientôt atteint, Guiv soutint contre Peîran une lutte terrible , et finit par le dépouiller de sa cuirasse et de son casque. Enfin il arriva sur les bords du Djihoun avec Khosrou et sa mère, et tous trois poussant leurs ebevaux traversèrent hardiment le fleuve. Cet événement répandit la consternation dans la cour d' Afrasiab, qui avait poursuivi lui-même son petit-fils Jusque sur les bords du Djihoun. Guiv conduisit d'abord Khosrou à Ispahan, où il reçut les hommages du vieux Gouderz', qui l'accompagna jusqu'à Istakhar où se trouvait Caï-Caous. Ce prince , guidé par les conseils des astrologues , déclara qu'il voulait céder le trône à son petit-fils. Il combla d'honneurs Guiv, et donna Gouderz pour gouverneur au jeune roi.

Tous et Féribourz , instruits des événements qui venaient de se passer à Istakhar, déclarèrent qu'ils prétendaient au trône, et ne souffriraient jamais qu'un prince tel que Khosrou , né dans le Touran , et dont la mère était fille d'Afrasiab , régnât sur l'Iran. Mais bientôt Tous, voyant que les grands de l'État étaient partagés entre Khosrou et Féribourz, et que personne ne songeait à lui, renonça à ses

PERSE

tel

prétentions , et M déclara pour Périboura, dont il soutint la cause avec chaleur. Caï-Caous eut recours à tous les moyens pour empêcher la guerre civile. Enfin il fut convenu que les deux partis s'en rapporteraient à la décision du conseil» qui s'en référa lui-même à la volonté de Caï-Caous, Ce monarque , conseillé par ses devins, déclara que le trône de la Perse serait la récompense du courage, et proposa aux deux princes de faire la conquête d'Ardébil; car cette place, défendue par des dives, refusait de reconnaître [a suprématie du roi de Perse. Toute l'assemblée applaudit à la résolution de Caï-Caous; et le sort désigna Féribourz pour être le premier à combattre les génies.

L'expédition ne fut pas heureuse.

.Les dives, commandés par Bahman, lancèrent contre les assiégeants des pierres énormes et une grêle de traits enflammés. L'armée persane , forte de plus de cent mille hommes , fut dé* < truite. Féribourz, et Tous qui commandait ses troupes, prirent honteusement la fuite.

Aussitôt Khosrou se mit en marche pour se rendre à Ardébil. Il avait sous ses ordres Gouderz et Gujv. Arrivé sous les murs delà place, il adressa aux assiégés une sommation terrible, au nom du Dieu seul et unique, créateur et conservateur du monde :

Hommes et génies, disait-il, quelle que soit votre nature ou votre race ,

ie vous ordonne de me rendre Ardé- >il , et de vous soumettre à mon autorité et à ma loi. 11 menaçait les dives de la colère de Dieu et de la sienne , s'ils refusaient de se soumettre. Guiv attacha cette sommation au bout d'une lance, s'approcha jusqu'au pied des murailles , et aussitôt le vent emporta le papier, et le jeta dans le château. Le ciel se déclara en même temps pour Khosrou. Des nuages épais et noirs enveloppèrent tout à coup la citadelle, et portèrent l'épouvante dans les rangs des dives. La confusion se mit parmi eux ; et les flèches énormes que les Iraniens lancèrent contre la place achevèrent de jeter le découragement dans

le oœur des assiégés , qui ouvrirent aussitôt leurs portes.

Cet événement extraordinaire changea les dispositions des grands de l'empire à l'égard de Khosrou ; plusieurs allèrent même à la rencontre de ce prince pour le féliciter de sa victoire. Khosrou fut conduit en triomphe à Istakhar, où il reçut les bénédictions du vieux roi. On célébra ensuite la cérémonie du couronnement par dea fêtes et des réjouissances publiques, qui durèrent sept jours et sept nuits. Caï- Caous donna à Khosrou le surnom de koumayouriy c'est-à-dire, auguste* Le vieux monarque passa le reste de sa vie dans la retraite,

caï-umurou, ftumiroMMi soumâtoum,

Douziàm boi.

(Son règne fut de 60 ans.)

En montant sur le trône, Caï-Khosrou déposa les magistrats qui avaient prévariqué , et réforma plusieurs abus qui s'étaient introduits dans l'administration de la justice. Il employa aussi tous les moyens qu'il avait en son pouvoir pour adoucir le sort de ceux de ses sujets qui étaient pauvres. Après avoir ainsi rétabli l'ordre dans l'empire , il assembla un conseil composé des principaux seigneurs iraniens, leur exposa la mort funeste de son père, et les injures que l'Iran avait reçues du Touran. Il les engagea à lui dire libre* ment s'ils ne pensaient pas qu'il serait de leur honneur et de leur intérêt de déclarer la guerre aux Touraniens.

Tous les membres du conseil furent de cet avis. Roustam , qui était venu à la cour, accompagné du vieux Zal, son père , pour offrir des présents à Caï-Khosrou , fut investi du commandement de l'armée; mais le héros, s'excusant sur les infirmités de son âge , refusa d'accepter cet honneur, et vota le premier en faveur de Tous. Cinq cent soixante et un princes du sang prirent part à l'expédition. Caï-Khosrou proposa à ces guerriers :

1° De vaincre et de tuer Bélaschan, et de lui enlever son sabre et son cheval.

I/UNIVEKS.

2* De vaincre Téjav, gendre d'Afrasiab , et de lui arracher son casque.

3* D'enlever sa jeune esclave Asenpouï, qui réunissait à une grande beauté une voix ravissante.

4° De couper la tête à Téjav.

5° D'aller jusqu'à Caseh-Roud , pour rendre de pieux hommages à la mémoire de Si yavousch , sur la tombe de ce prince, et d'incendier ensuite un bois immense qui se trouvait dans les environs.

6° De se présenter devant Afrasiab pour lui reprocher ses crimes, et lui annoncer qu'il allait en recevoir le châtiment.

Les prix que Caï-Rhosrou promettait pour ces actions héroïques consistaient en robes de brocart d'or, en jeunes esclaves des deux sexes, en chevaux richement caparaçonnés , et en vases d'or de différentes formes, ornés de pierres précieuses. Bijen s'engagea à remporter les trois premiers prix.

Guiv, son père, le quatrième et le cinquième. Kerkin - Milad, le sixième.

Quelques jours après, Caï-Khosrou passa une revue générale de tous les chefs qui devaient faire partie de l'expédition. Ce prince, couvert de ses ornements royaux, et assis sur un éléphant blanc , couvert d'étoffes et de pierreries, ayant à ses côtés Zal et Roustam , se plaça devant sa tente , et fit défiler sous ses yeux les principaux guerriers de l'Iran. Féribourz portait dans ses armoiries un soleil; Gouderz, un lion; Guiv, un loup, et Féramerz , fils de Roustam , un énorme dragon à sept têtes. Chaque troupe , en passant devant Caï-Khosrou , le saluait par une inclination profonde.

Tous fermait la marche , tenant dans ses mains l'étendard de Caveh. L'armée, forte de deux cent cinquante mille hommes , passa le Djihoun. Tous, malgré les ordres exprès qu'il avait reçus de Caï-Khosrou , se dirigea vers le canton de Tschérem , où étaient situés les apanages de Féroud , frère de ce prince , et , comme lui , fils de Siyavousch. La défiance qui régnait entre Féroud et Tous dégénéra bientôt en hostilité. Féroud, très-habile à tirer

de Tare , provoqua à des combats singuliers le gendre et le fils de Tous. Celui-ci ayant voulu entrer lui-même en lice, fut blessé dans le combat. Mais bientôt d'autres guerriers le remplacèrent, et attaquèrent avec le sabre Féroud , qui , peu exercé à se servir de cette arme , évita le combat et se retira. Aussitôt l'armée iranienne s'ap- Srochadu château de Tschérem. Féroud t une sortie vigoureuse , et soutint , pendant une journée entière, les efforts des soldats de Tous. Après avoir perdu presque tous ses soldats , il essaya de rentrer dans le château. Mais, poursuivi par deux guerriers iraniens, il fut blessé mortellement. Cependant il parvint à gagner la citadelle, où il expira quelques heures après, en faisant jurer à sa mère , à ses parents et à la garnison , de périr les armes à lamain , plutôt que de tomber au pouvoir de Tous et de ces Iraniens cruels, oui ne respectaient ni le sang d'Afridoun , ni les lois de la guerre. La mère de Féroud , réduite au désespoir, mit le feu à la ville et se poignarda sur le corps de son fils. Les parents de ce jeune prince et les soldats de la garnison se précipitèrent tous du haut des murailles.

En entrant dans la ville de Tschérem, Tous ne trouva que des ruines et des cadavres. Il fit donner la sépulture aux corps de Féroud et de sa mère avec tous les honneurs dus à leur naissance, et envoya un courrier à Istakhar, Iiour justifier auprès de Caï-Khosrou a conduite qu'il avait tenue. Il se remit ensuite en marche , et établit son camp non loin de Caseh-Roud , devant un corps fie Touraniens commandés par Bélaschaft. Aussitôt Guiv s'occupa de remplir un des engagements qu'il avait contractés envers Caï-Khosrou. Il tua plusieurs ennemis sur la tombe de Siyavousch , et mit ensuite le feu à la forêt de Couhkhar, qui brûla pendant un mois. Bijen se présenta devant Balaschan, lui coupa la tête, et enleva ses armes et son cheval. Ce combat singulier répandit l'épouvante dans l'armée touramenne, qui céda au premier choc, et la déroute devint bientôt gé-

PERSE

nérale. Tous profitant de sa victoire s'avança vers Kervkerd, apanage de Téjav, qui, à la tête d'une armée considérable, se disposait à attaquer les Iraniens ; mais Bijen , qui s'était engagé à le vaincre en combat singulier, lui porta un défi. Téjav, irrité des injures que Bijen lui prodiguait dans son cartel, s'avança pour combattre, accompagné de la belle Asenpouï,- déguisée en homme. La lutte se prolongea longtemps , sans qu'il fût possible de remarquer le moindre avantage d'aucun coté. Enfin Téjav fut blesse , et, saisi d'effroi, il s'enfuit à toute bride. Bijen se mit à le poursuivre, et d'un coup de lance lui enleva son superbe casque. Il s'attacha ensuite aux pas d' Asenpouï , s'empara de cette belle esclave, et la conduisit en triomphe devant Tous. Ce fait d'armes jeta la terreur dans l'armée touranienne, qui se retira sans combattre. Ces deux victoires remplirent d'orgueil Tous, qui, dans son égarement, viola toutes les lois de l'humanité et de la guerre, tandis qu'il se relâchait sur les règles de la discipline. Peïran > profitant des fautes de son adversaire, attaqua pendant la nuit le camp des Iraniens , massacra une grande partie de leur armée , et contraignit Tous de faire une retraite honteuse. Caï-Khosrou, instruit du sort de Féroud, ôta le commandement de l'armée à Tous, pour le donner à Féribourz.Ce chef ne pouvant rien entreprendre avec les débris de l'armée, demanda et obtint une trêve de trente jours, après laquelle Peïran l'attaqua.

Féribourz, obéissant aux conseils de Gouderz, s'était retranché dans son camp : il n'avait qu'environ cinquante mille hommes, tandis que les Touraniens en avaient près de cent vingt mille. Il soutint cependant l'attaque avec le plus grand courage. Peïran redoubla d'efforts pour s'emparer de la personne de Féribourz ou de l'étendard sacré; mais l'intrépidité des seigneurs persans sauva ce précieux drapeau. La nuit sépara les combattants.

Behram ayant oublié dans la mêlée son fouet garni d'or, et regardant cette perte comme d'un mauvais augure , re-

tourna à la pointe du jour sur le champ de bataille, pour tâcher de le retrouver. Dès que les Touraniens aperçurent le guerrier persan , ils l'enveloppèrent : celui-ci provoquant Téjav à un combat singulier, reçut la mort de la main de son ennemi. Guiv, informé du malheur de son frère, envoya un cartel à Téjav , et , après avoir vaincu ce Touranien , il lui coupa la tête et la porta en triomphe au camp iranien.

Cependant, Féribourz et Gouderz, voyant l'impossibilité de résister plus longtemps, se décidèrent à retourner en Perse. Ils abandonnèrent leur camp pendant la nuit , et regagnèrent précipitamment la frontière. Afrasiab combla d'honneurs Peïran et ses autres généraux. Kerkin Milad, qui, peu de jours auparavant, s'était présenté devant Afrasiab, suivant la promesse qu'il avait faite à Caï-Khosrou , et lui avait annoncé qu'il allait recevoir le châtiment dû à ses crimes, fut retenu prisonnier.

Caï-Khosrou, découragé par tant d'événements malheureux , fit appeler Roustam à sa cour, pour le charger de la conduite d'une nouvelle expédition contre le Touran ; mais le vieux guerrier s'excusa encore sur son âge et ses infirmités , et engagea le roi a rendre sa confiance à Tous, et àr lui laisser le soin de continuer la guerre. Caï-Khosrou s'étant rendu aux représentations de Roustam, fit lever une nouvelle armée. Les hostilités commencèrent par des combats singuliers de douze Iraniens contre douze Touraniens. Les guerriers de l'Iran eurent l'avantage, et un profond découragement s'empara de l'armée touranienne. Peïran , voulant ranimer ses soldats , eut recours au magicien Bazour : celui-ci. étant monté sur une hauteur, fit des opérations mystérieuses. Tout à coup un orage terrible, accompagné d'une grêle effroyable, enveloppa le camp iranien.

Peïran profitant de la confusion qui régnait alors parmi les Persans, les attaqua avec impétuosité. Un guerrier iranien , averti par les astrologues de l'armée, courut sur la hauteur où était Bazour , le tua , et lui coupa un bras ,

L'UNIVERS

qu'il jeta aux pieds de Tous. Au même instant , l'air redevint serein , les Iraniens reprirent courage , et se défendirent vaillamment ; mais, obligés de céder enfin au nombre bien supérieur des ennemis , ils se retirèrent en bon ordre, et se retranchèrent dans leur camp. Les deux chefs attendant toujours des renforts , évitèrent d'en venir à une action générale.

Pelran pressait, par des messages continuels, la marche dequelques corps indiens et chinois qui devaient arriver à son secours; et Tous demandait de nouvelles troupes : Caï-Rhosrou mit alors tout en œuvre pour faire partir le vaillant Roustam, et il y parvint

Deux corps d'armée s'approchaient déjà de la frontière. Féribourz commandait le premier, et Roustam la second. Ils arrivèrent au camp iranien le jour même où l'armée de Peïran venait d'être renforcée par les Indiens et les Chinois qui devaient se joindre aux Touraniens.

Plus le nom de Roustam était célèbre, et plus les jeunes guerriers brûlaient d'ardeur de se mesurer avec lui. Ce héros qui , malgré son âge, conservait encore beaucoup plus de force et de courage que n'en ont dans leur jeunesse les hommes ordinaires , tua en combat singulier, deux ennemis.

Son exemple enflamma les Iraniens, qui demandèrent alors une action générale. Leurs cris jetèrent l'effroi dans le cœur des Touraniens. Peïran ne couvant déterminer ses soldats à combattre , demanda la paix. Roustam, après avoir délibéré avec Tous et Féribourz, exigea pour cesser les hostilités, la punition de tous les meurtriers du prince Siyavousch, et la soumission au roi du Touran à celui de l'Iran : il n'accorda qu'un s£ul jour à Peïran pour accepter ou rejeter ces conditions.

Le général touranien réunit un grand conseil. Plusieurs chefs opinèrent pour .la paix : mais la plupart dirent qu'ils préféraient la mort à des conditious aussi humiliantes. Peïran voulut continuer les négociations . dans l'espoir de rendre Roustam plus traitable ; mais ee héros fut inflexible, et le jour

expiré, il fit sonner la charge, et tua de sa main un grand nombre d'ennemis. Les Touraniens écrasés prirent la fuite. Roustam se rendit maître du camp ennemi et fit un grand nombre de prisonniers. Il poursuivit ses succès avec prudence, et ne marcha sur Kénekzer qu'après avoir réduit toutes les places qui étaient sur la route.

Cependant Afrasiab, à la première nouvelle de la marche de Roustam .

avait demandé de nouveaux secours à Pouladvend , prince chinois , son allié.

La présence de celui ci releva tellement le courage des Touraniens, qu'ils marchèrent contre Roustam , malgré l'avis de Peïran. Les deux armées se rencontrèrent bientôt , mais , avant d'en venir à une action générale , les chefs voulurent se mesurer dans des combats singuliers.

Pouladvend, doué d'un extérieur imposant et d'une taille gigantesque, blessa et terrassa successivement Tous et plusieurs autres guerriers; mais l'invincible Roustam les vengea bientôt. Après avoir donné au Chinois le temps de se reposer il parut au milieu de la lice, et signala encore son adresse et son courage en combattant avec la flèche, la lance et la massue. Les deux champions ayant ensuite mis pied à terre, Roustam remporta une victoire complète : le Chinois, terrassé, demanda grâce et l'obtint , à condition qu'il se retirerait avec toutes ses troupes et ne reprendrait jamais les armes contre l'Iran : la retraite de ce prince jeta dans le découragement les Touraniens, qui s'écrièrent tous que le ciel se déclarait contre eux.

Afrasiab se voyant perdu sans ressource prit la fuite, et se réfugia dans un château, où il avait fait transporter tous ses trésors. Peïran , qui était resté à la tête de l'armée avec un pouvoir absolu, obtint enfin la paix moyennant de fortes sommes , et en Rengageant à reconnaître la suzeraineté du trône d'Istakhar.

Tels furent les événements de cette guerre mémorable, qui augmenta la gloire de Roustam et lui donna de

PERSE

tff

nouveaux droits à la reconnaissance de tout l'Iran. Caï-Khosrou, accompagné de toute sa cour , fit plusieurs lieues pour aller à la rencontre du libérateur de son royaume.

Quelques années après les événements que nous venons de rapporter, Bijen, fils de Gui v, fit un voyage dans leKhorasan , passa le Djihoun , et se rendit dans les environs de Samarcande. 11 s'était déguisé, afin de pouvoir parcourir en toute liberté cette partie du Touran. Un jour, à la chasse, il s'écarta de sa suite, et aperçut au fond d'un bois une troupe d'environ deux cents jeunes esclaves : c'était la maison de Ménijeh, fille d'Afrasiab, veuve depuis peu et établie dans ce canton.

Bijen fut bientôt entouréde cette troupe de jeunes filles, qui l'engagèrent à aller avec elles au palais. Ménijeh s'informa du nom et de la naissance de l'étranger. Ayant appris qu'il était un des premiers guerriers de l'Iran, elle lui offrit sa main et l'épousa en secret. Afrasiab, instruit de cette union, chargea un officier de se reudre sur les lieux , de s'assurer de sa fille et de Bijen , et de les conduire tous deux à la cour. L'officier exécuta sa commission , et Afrasiab punit ces époux infortunés avec la plus grande barbarie.

Dans une des cours extérieures du palais se trouvaient quelques puits sans eau , où l'on jetait les criminels d'État : ces puits étaient couverts de pierres énormes, avec une ouverture pour donner aux prisonniers quelques aliments. Afrasiab ordonna de jeter Bijen dans un de ces puits, et voulut que Ménijeh lui portât elle-même de la nourriture. La malheureuse princesse, condamnée en même temps à ne pas proférer une seule parole, et à éviter toute démarche qui aurait pu la faire reconnaître du prisonnier , passait des journées entières auprès du puits , à gémir sur son infortune et sur le sort cruel de son époux.

Les gens de la suite de Bijen étant retournés dans l'Iran , annoncèrent la disparition de leur maître. Peu de temps après avoir reçu cette funeste nouvelle, Guiv eut une vision, et ap-

{>rit que son fils vivait, qu'il était dans e Touran , et fort malheureux. Caï- Khosrou possédait un miroir magique, où l'on voyait tout ce qui se passait dans l'univers, et au moyen duquel Guiv découvrit enfin la prison de Bijen.

Il était difficile de délivrer ce malheureux captif; Afrasiab pouvait le met* tre à mort , sur le moindre soupçon que les Iraniens travaillaient à rompre ses chaînes. Roustam eut recours au stratagème suivant. Il se travestit en marchand , ainsi que tous les fils de Guiv , et se mit à la tête de cette caravane, escortée par environ cinq cents hommes. Il arriva à Kénekzer, paraissant ne s'occuper que de vendre et d'acheter des marchandises. Un jour de fête , où la cour et le peuple étaient livrés à la dissipation et aux plaisirs , il ouvrit le puits où était en* fermé Bijen , enleva ce guerrier avec Ménijeh, tua tous ceux oui voulurent l'arrêter , repassa le Djinoun , et m rendit à Istakhar. Caï-Khosrou: confirma le mariage de Bijen avec Ménijeh.

Cette aventure eut bientôt des suites fâcheuses. Afrasiab, pour se venger de l'enlèvement de Jeux person* nés contre lesquelles il était profondément irrité, se disposa à déclarer la guerre aux Iraniens. Il parcourut luimême les provinces du Touran pour ranimer l'esprit belliqueux de ses sujets , et invita a une grande fête tous les guerriers de l'empire.

Dans les tournois , un jeune homme se fit remarquer par sa taille, sa force, son agilité et sa grâce. Afrasiab, im-

Î>atient de connaître ce guerrier, s'in* ôrma de son nom, et sutau'il s'appelait Barzou, et se disait fils d un cultivateur de Sémengan. En effet, Barzou ignorait que Sohrab était son père, et que le sang de Sam, de Zal, de Roustam , coulait dans ses veines.

Afrasiab combla Barzou d'honneurs et de présents , et le nomma chef de ses armées. L'opinion favorable qu'il avait de ce jeune guerrier était fondée principalement sur les prédictions de ses devins , qui lui promettaient la victoire avec ce général. Aussitôt Afra-

L'UNIVERS

siab déclara la guerre à Caï-Khosrou, et fit une irruption dans le Khorasan à la tête de cent cinquante mille hommes. Une armée plus nombreuse , et conduite par Roustam , marcha à la rencontre des Touraniens. Tous et Féribourz attaquèrent pendant la nuit le camp des ennemis , et tombèrent en leur pouvoir. Roustam , instruit de ce malheur , battit les Touraniens et délivra les deux princes. Le lendemain, Barzou et Roustam s'avancèrent pour combattre l'un contre l'autre. A la vue de Barzou ', Roustam éprouva un trouble extraordinaire , dont il ne pouvait pas se rendre compte. Après avoir lutte avec le javelot et l'arc , les deux champions prirent leurs masses d'armes. Roustam reçut au bras un coup terrible, qui l'empêcha de continuer plus longtemps la lutte. Il proposa à Barzou de remettre le combat au lendemain, ou de le continuer immédiatement avec Féramerz son tils. Barzou répondit qu'il était

Ïtrét à accepter le combat avec tous es guerriers iraniens qui se présenteraient. Alors Roustam se retira , et Féramerz prit sa place. La lutte fut longue et opiniâtre ; mais , à la fin , le fils de Roustam vainquit Barzou , lui lia les bras , et ramena aux pieds de Caï-Khosrou. Un abattement général succéda à la joie des Touraniens ; l'épouvante s'empara de tous les cœurs; les chefs prirent la fuite les premiers , et Afrasiab se vit contraint de battre en retraite. Après quelques négociations , Peïran obtint la paix.

La joie des Iraniens fut cependant troublée par la crainte qu'ils avaient de perdre Roustam. Les prêtres adres- .

fièrent à Dieu des prières, et firent des sacrifices pour obtenir la guérison du héros. Cai-Kosrou lui permit de considérer Barzou comme son prisonnier et de l'emmener dans le Zaboulistan. Roustam , profitant de cette autorisation , fit enfermer. Barzou dans un château.

Les Touraniens plaignirent le sort du jeune guerrier; mais Schehrouze, sa mère , était inconsolable. Cette princesse n'osant confier son secret à

personne, se détermina a faire des tentatives pour découvrir le lieu où son fils était captif, et tâcher de se rapprocher de lui. Elle passa dans l'Iran sous un nom supposé , et emportant tous ses bijoux. Après de longues recherches, elle découvrit la prison de Barzou, et ayant corrompu les gardiens , elle fit évader ce prince , et reprit avec lui le chemin du Touran.

/ Mais le destin avait disposé autrement du sort de Barzou. A la première nouvelle de son évasion, le commandant du château envoya des cavaliers sur toutes les routes , et rendit compte à Roustam de ce qui venait de se passer. Le héros , guéri de sa blessure , et brûlant de se venger , courut à la poursuite de Barzou , et l'atteignit sur les bords du Djihoun. Il engagea le jeune guerrier à ne point opposer une résistance inutile à ceux qui venaient l'arrêter , et le provoqua a un combat singulier , s'engageant à lui accorder la liberté , s'il était vainqueur.

Le combat eut lieu en présence des troupes qui escortaient Roustam , et de Schehrouze, qui tremblait pour les jours de son fils. Roustam ayant vaincu Barzou , se disposait à lui porter le coup fatal, lorsque Schehrouze s'écria : « Arrêtez, seigneur, ce guer- « rier est Barzou , votre petit-fils ; « j'en jure par le bracelet d'or , par ce « gage sacré que vous avez fait re- « mettre à Tehmineh , mère de Soh- « rab. » Ces paroles frappèrent Roustam comme un coup de foudre ; et , à la vue du bracelet , il tomba évanoui.

Il ouvrit enfin les yeux , embrassa Barzou et sa mère, et les couvrit de ses larmes, en les conjurant d'oublier à jamais le Touran , et de se fixer auprès de lui à Nimrouz , pour faire la consolation de ses vieux jours. Barzou et Schehrouze se rendirent à ses vœux, et furent comblés de faveurs par Caï-Khosrou.

La reconnaissance de Barzou causa de grandes inquiétudes à Afrasiab. Ce prince, considérant la naissance et le sort mystérieux de Barzou comme d'un mauvais augure pour sa personne ; et les

craintes qu'il avait augmentant tous les jours , il consulta les devins, qui l'engagèrent à ramener Barzou à Kénekzer, afla d'éviter les maux dont le Touran était menacé. Pour réaliser ce projet , Afrasiab jeta les yeux sur une magicienne, jeune, belle, et douée d'un grand courage. Il remit à cette femme des sommes considérables , et s'engagea à la combler d'bonneurs , si elle réussissait dans son entreprise.

La magicienne partit avec une suite nombreuse , et accompagnée de Peïleseni , un des premiers guerriers du Touran. Elle passa le Djihoun, et entra dans le Zaboulistan. Partout sur sa route , elle disait que fuyant la tyrannie d' Afrasiab , elle venait chercher un asile dans les domaines de Roustam. Arrivée aux environs de Nimrouz , elle s'arrêta sur les bords d'une fontaine située près d'un vieux château. Là, elle cherchait les moyens d'entrer dans Nimrouz, et d'enlever Barzou sans exciter de soupçons.

Plusieurs guerriers étaient alors réunis auprès de Roustam, qu'ils venaient féliciter sur l'heureux événement qui lui avait fait retrouver son petit- fils. Le héros donna à ses hôtes des fêtes magnifiques dans Nimrouz et dans ses maisons de plaisance aux environs de cette capitale. Un jour que Roustam et les guerriers iraniens étaient réunis dans un château, non loin de l'endroit où la magicienne avait dressé ses tentes , Tous et Gouderz , l'un et l'autre pris de vin , eurent une querelle violente. Tous, hors de lui , tira son poignard , et voulait en frapper Roustam qui cherchait à l'éloigner de Gouderz ; mais, désarmé par un des guerriers <jui assistaient au banquet , il sortit brusquement , demanda un cheval , et gagna la.caftipagne avec deux de ses pages. Roustam et le vieux Zal , tres-affligés de cet événement , et redoutant les suites qu'il pouvait avoir, engagèrent Gouderz a rejoindre Tous promptement, à se réconcilier avec lui , et a le ramener au château. Quelques instants après le départ de Gouderz, Guiv, Goustehem et Bijen, suivis chacun

17* Livraison. (Pkesk.)

de plusieurs officiers , se mirent également à la recherche de Tous. Celuici avait aperçu dans sa route une tente superbe et un grand feu. En approchant, il vit à l'entrée de la tente une jeune femme qui chantait en s'accompagnant sur le luth. Elle engagea le guerrier à se reposer quelques instants. Tous mit pied à terre et entra dans la tente ; la magicienne , les yeux

{>leins de larmes , lui dit que fuyant a brutalité du tyran Afrasiab , ell# s'était réfugiée dans les États du puissant Gaï-Knosrou. Tous, séduit par les charmes et par l'esprit de cette femme , lui promit sa protection. La magicienne, comme pour témoigner sa reconnaissance au guerrier , lui présenta une coupe pleine de vin ; à peine Tous l'avait-il vidée, qu'il tomba dans un assoupissement protond. Alors Peïlesem et ses gens le garrottèrent , et le.cachèrent au milieu des ruines du château ; les deux pages éprouvèrent le même traitement que leur maître. Gouderz, Guiv et Coustehem, avec les officiers de leur suite , tombèrent aussi dans les pièges de la magicienne. Cette femme avait défendu qu'on tuât les guerriers f espérant les conduire aux pieds d'Afrasiab; mais son attente fut trompée. Bijen arriva bientôt; et, sans prêter la moindre attention à ses charmes , il lui demanda brusquement si elle avait vu passer des cavaliers ; la magicienne reprit son luth, lui répondit en chantant > et l'invita à se reposer. Bijen céda ; mais il hésita à prendre la coupe de vin, et exigea

?ue cette femme en bût la première.

Jle ne voulut pas , et son refus augmenta les soupçons de Bijen, qui finit par l'accabler d'injures. Alors parut Peïlesem , qui provoqua Bijen a un combat singulier , se jeta sur lui , Je garrotta, et le réunit aux autres prisonniers.

Bijen était suivi de deux pages : l'un fut arrêté, l'autre partit au grand galop , et rencontra bientôt Féramerz et le vieux Zal , qui , informés du sort de Bijen, engagèrent le page à continuer sa course, pour donner avis à

Roustam et & Barzou de ce qui venait de se passer. Arrivés devant la tente , Zal et Féramerz répondirent d'une manière polie aux invitations de la magicienne , et prolongèrent à dessein la conversation , pour donner à Roustam le temps d'arriver à leur secours.

Enfin le béros , suivi de Barzou , se montra comme un lion rugissant , et ordonna à Peïlesem de remettre Bijen en liberté. Pour toute réponse , Peïlesem somma les quatre guerriers de respecter les lois de l'honneur , et de ne combattre que l'un après Tau* tre. Roustam lui répondit fièrement qu'il n'avait besoin du secours de personne , et qu'il voulait seulement que ses compagnons d'armes fussent témoins de la mort qu'il allait faire souffrir à un perfide Touranien. Au premier choc , il le renversa de cheval , et chargea Barzou de l'assommer à coups de massue. La mort du Touranien décida du sort de Bijen et des autres prisonniers. La magicienne, jetée dans un cachot , céda aux menaces, et fit connaître la perfidie d'Afrasiab. Tout l'Iran cria aux armes ; Caï-Khosrou marcha en personne à la tête de ses troupes, et attaqua le Touran. Roustam fut encore chargé de la conduite de cette guerre. Afrasiab avait fait ses préparatifs de défense; mais les déclarations vagues des devins et le mécontentement du peuple avaient abattu son courage.

" Les deux armées se trouvèrent en présence près de Boukhara. Afrasiab , animé de fureur , adressa un cartel a Caï-Khosrou ; mais les guerriers iraniens ne voulurent jamais permettre que leur roi exposât sa personne auguste. En même temps , Barzou se prosternant devant Caï-Khosrou , lui adressa ces paroles : « Je suis la cause « de la guerre entre les deux États ; « or, c'est à moi , c'est à Barzou à ex- « poser des jours consacrés au service « ae son prince et au bonheur de sa « patrie. » Toute l'assemblée applaudit , et le roi fut contraint de céder au vœu général.

Barzou, ravi de joie, se présenta pour soutenir la cause du monarque

de l'Iran. Afrasiab refusa d'abord d'entrer en lice avec un champion qu'il considérait toujours comme son sujet; mais irrité des provocations fières et hautaines du petit-fils de Roustam , il se décida à combattre.

Les deux guerriers s'attaquant avec Ta flèche, la lance et la massue, se blessèrent grièvement, et, accablés de fatigue , ils suspendirent pour quelque temps la lutte. Aussitôt les deux armées se précipitèrent l'une contre l'autre. Apres une action meurtrière , la victoire se déclara pour les Iraniens,

2ui s'emparèrent du grand étendard ' Afrasiab , orné d'or et de pierreries. La prise de cette bannière entraîna une déroute générale. Afrasiab, redoutant les suites de la défaite qu'il venait d'essuyer, envoya des ambassadeurs pour demander une trêve. Caï-Khosrou , après avoir consulté ses devins et délibéré avec son conseil , accorda un armistice de deux ans et retourna en triomphe à Istakhar.

La trêve expirée, les deux armées se rapprochèrent du Djihoun . et les opérations commencèrent par des combats singuliers , dont les devins fixèrent le nombre à douze. Le sort favorisa encore les Iraniens. Chaque guerrier vainqueur coupait la tête à son ennemi , 1 enlevait avec sa lance, et la portait en triomphe aux pieds de Caï- Khosrou. Afrasiab voyant que le découragement s'emparait de ses troupes , envoya son fils aîné , Schideh , vers le monarque iranien, pour lui demander la paix. Schideh , naturellement fier et brusque , et irrité d'ailleurs par la mauvaise fortune, insulta Caï-Khosrou , et lui adressa un défi.

Caï-Khosrou accepta le cartel, vain-

riit son oncle , et lui trancha la tête la vue des deux armées.

La mort de Schideh , tué sous ses yeux, changea les dispositions d'Afrasiab , qui fit aussitôt sonner la charge. Les Iraniens furent vainqueurs, et le monarque du Touran demanda de nouveau fa paix. Caï-Khosrou la lui refusa ; et , ayant poursuivi ses avantages , il pénétra dans le Touran, et poursuivit Afrasiab jusque dans

PERSE

Kénekzer, où il l'assiégea. Au bout de quarante jours , cette ville tomba au pouvoir de Caï-Khosrou ; mais Afrasiab se sauva , avec plusieurs officiers de sa maison, par un souterrain qui conduisait vers Test de ses États, du côté du Khoten.

La modération de Caï-Khosrou amena la soumission duTouran. Toute la famille d' Afrasiab, composée de quarante-cinq dames et de quatre-vingts princes du sans, fut envoyée en Perse, sous la garde de Guiv. Aussitôt arrivé à Istaknar, ce guerrier alla voir le vieux roi Caï-Caous , qui lui prodigua les marques de la plus vive affection , et accueillit généreusement les princes touraniens , a l'exception de Kerschivez , qu'il considérait comme le meurtrier de Siyavousch. Il ordonna qu'on le chargeât de chaînes et qu'on l'enfermât , en attendant qu'il fût condamné à mort.

Afrasiab , réfugié dans le Khoten , levait une nouvelle armée; et, soutenu par plusieurs souverains des Indes et de la Chine , il marcha tout à coup sur Kénekzer. Mais tous ses efforts furent inutiles; le destin voulait que Caï - Khosrou triomphât.

Afrasiab essuya encore deux défaites ; et, poursuivi vivement par son petitfils , il se sauva en Chine , où il fit inutilement de nouvelles tentatives pour intéresser en sa faveur le roi de ce pays. Nul n'osa soutenir la cause aun prince visiblement abandonné du ciel. Afrasiab, sans se laisser abattre , réunit les débris de son armée , et se rendit dans le Mécran.

Le prince de cette contrée n'obéissait qu'à regret au roi de Perse ; et le monarque touranien , instruit de ces dispositions , espérait le soulever, et attaquer avec lui la capitale de l'Iran.

Caï-Khosrou , résolu a tout sacrifier

Sour se rendre maître de la personne 'Afiasiab , se mit lui-même a la poursuite de ce prince , qu'il rencontra avec le souverain du Mécran sur les frontières du Kerman. Il les battit , tua le prince rebelle, et soumit de nouveau ses États. Mais Afrasiab échappa encore aux recherches des

généraux persans chargés de poursuivre les fuyards. Caï-Khosrou rentra en triomphe dans Istaknar, et fit publier dans tous ses États les ordres les plus sévères pour que l'on cherchât ce monarque, promettant une récompense magnifique à quiconque le lui livrerait, mort ou vif. Il se rendit ensuite avec Caï-Caous à un temple, pour demander à Dieu de lui taire connaître Ja retraite de son ennemi.

Peu de temps après , un pieux solitaire découvrit Afrasiab dans une grotte située près de la ville de Berda, et informa de cette nouvelle Caï-Khosrou , qui se fit amener le prince touranien, lui abatjtit la tête, et condamna Kerschivez à perdre la vie par la main du bourreau. Ces exécutions sanglantes furent suivies de réjouissances publiques.

Caï-Caous mourut peu après les triomphes de son petit -fils; son corps fut embaumé et déposé , avec la plus grande pompe , dans un superbe pavillon très-élevé, et tout brillant d'or, d'argent et de pierreries.

Le deuW fini , Caï - Khosrou s'occupa de régler les affaires du Touran, et plaça sur le trône de ce pays Djahn, fils dAfrasiab. Ce prince reconnut la suzeraineté de la Perse , et prit le même nom que son père.

La sagesse de Djahn et de Caï- Khosrou fit pendant plusieurs années le bonheur de l'Iran et du Touran.

Mais vers la fin de sa vie, Caï-Kfcosrou , accablé par l'âge , et surtout par le chagrin de ne pas avoir un fils qui piit lui succéder , cessa de veiller aux affaires du royaume. Les ministres et les courtisans, profitant de la faiblesse du vieux roi , commirent de graves abus. Les grands, alarmés , firent des représentations à .Caï-Khosrou. Ce

K rince, ne tenant aucun compte de ïurs paroles , ils se décidèrent à appeler à la cour Gouderz , Guiv , Zal et Roustam. Cette réunion avatt pour objet de réprimer les désordres des courtisans, de prévenir l'orage qui menaçait l'empire et d'engager Caï- Khosrou à ne point renoncer au trône, comme il le voulait , ou du moins â

MO

L'UNIVERS

l'éclairer sur le choix d'un successeur.

Zal exposa au roi l'état du royaume, les craintes du peuple, et fit des vœux pour la continuation de son règne.

Caï-Khosrou loua l'assemblée de ses bonnes intentions ; mais il ne donna que des réponses vagues , s'engagea nt a faire connaître plus tard sa décision.

Le troisième jour, il convoqua dans une vaste plaine, hors de la ville , tous les ordres de l'État, prêtres, astrologues , grands vassaux , officiers, milice et peuple. Au milieu de l'assemblée, était un trône sur lequel Caï-Khosrou se plaça , la couronne sur la tête, le sceptre à la main , revêtu de tous les ornements royaux , entouré des princes du sang et des grands vassaux de l'empire, ayant Zal à sa droite et Roustam à sa gauche. Il prit la parole au milieu d'un silence profond , et raconta avec modestie tous les événements glorieux de son règne. Il parla ensuite de ses longs travaux , de son zèle constant pour le bonheur public, de son âge , de ses infirmités , des devoirs que lui imposait la religion , et enfin de la résolution qu'il avait prise d'abdiquer le trône, pour passer le reste de ses jours dans une austère retraite. Le peuple répondit à ce discours par des larmes abondantes. Caï- Khosrou reprenant la parole , déclara r 'avant de désigner un successeur, voulait faire connaître ses dispositions testamentaires. Aussitôt il tira de son sein un papier, par lequel il déclarait laisser a Zal , a Roustam , et aux autres princes de cette maison , un trésor considérable que Caï-Caous avait fait déposer dans la ville de Tous; à Gouderz et à ses enfants , les apanages qu'il possédait dans les différentes provinces de l'Iran ; à Tous , son écurie et tous ses haras ; à Féribourz, ses casques , boucliers , arcs et lances, enrichis d'or et de pierreries.

Il donnait encore aux fils de Gouderz de grandes marques de son affection. Enfin il distribuait un tiers de son trésor particulier à l'armée ; un autre tien aux veuves , aux orphelins , aux familles indigentes; et le troisième tiers était consacré à la réparation

des édifices publics , tels que ponts * fontaines , aqueducs , temples et caravansérails. Il chargeait ses ministres d'État et Gouderz de l'exécution de ses dernières volontés.

Il confirma ensuite dans tous leurs droits et privilèges les vassaux de l'empire , en les exhortant à se montrer fidèles à leurs devoirs envers l'État , et envers Lohrasp , arrière-petitfils de Caïkobad, et leur nouveau monarque.

A ce nom, tous les grands, surpris, gardèrent le silence. Alors Zal se leva, et dit au roi que Lohrasp possédait sans doute toutes les qualités requises pour occuper dignement le trône, mais qu'il ne s'était encore fait connaître par aucune belle action ; que Dieu n'ayant pas donné d'enfants au glorieux Caï- Khosrou , les grands de l'empire espéraient qu'il prendrait un successeur parmi tant de princes du sang royal , illustres par leurs talents et par des services signalés rendus à l'État. Plusieurs nobles appuyèrent les représentations de Zal. Caï-Khosrou parut d'abord très-affecté de l'opposition qu'il rencontrait. Cependant il tint ferme , fit réloge du caractère et des talents de Lohrasp , de son savoir et de ses vertus , et assura enfin que son choix était l'effet de sa conviction , déterminée par la lumière céleste qu'il avait invoquée ; car il n'avait d'autre but que la gloire de l'empire et le bonheur du peuple. Ce discours ayant calmé les esprits , Caï-Khosrou appela Loh- • rasp, ôta sa couronne, la posa sur la tête de ce prince , et le proclama roi. Toute l'assemblée se prosterna , et les grands s'approchèrent du nouveau souverain, en jetant à ses pieds de l'or , de l'argent et des pierreries.

Dès le lendemain de son abdication, Caï-Khosrou voulut quitter Istakhar pour se retirer dans un temple de l'Aderbidjan. Son intention était de faire le voyage seul et sans aucun éclat ; mais le nouveau roi, et les principaux seigneurs de l'empire , le forcèrent à se laisser accompagner par plusieurs personnages de la plus haute distinction, et à prendre une escorte.

PERSE

Arrivé au pied d'une montagne, Cat-Khosrou fit halte près d'une source, annonça un ouragan affreux , des événements sinistres , et engagea tous ceux qui le suivaient à rebrousser chemin, et à gagner au plus tôt la province de Perse. N'ayant pu les fléchir par ses prières , il se retira dans sa tente , se coucha , et au milieu de la nuit il disparut. A l'aurore , une tempête éclata ; et la neige tomba en si grande quantité aue, dans l'espace de quelques heures , les plaines et les collines en furent couvertes à la hauteur de dix pieds ; chacun songea à fuir. Guiv, Bijen , Barzou et plusieurs autres grands seigneurs périrent en cette occasion. Toutes les recherches pour découvrir le corps de Caï-Khosrou furent inutiles. On supposa qu'il avait été enlevé au ciel , avec les âmes des guerriers qui périrent dans la tempête.

I4HRA3F.

(Son règne fut de xao ans.) Dans les commencements de son règne , Lohrasp justifia par une* conduite sage le choix de Caï-Khosrou. 11 montra beaucoup de piété et de justice, et un zèle ardent pour le bonheur de son peuple. Jaloux de maintenir la paix, il ménagea avec prudence les grands vassaux de l'empire, et surtout la famille de Zal , qui s'était opposée à son élection. Malgré cette conduite politique, un esprit de défiance tint les deux maisons dans un certain éloignement , qui finit par dégénérer en une haine qui éclata sous le règne suivant.

Lohrasp surveillait avec une grande attention les démarches du roi du Touran, surtout depuis la mort de Djahn. Ardjasp, fils et successeur . de ce prince , ne montrait pas les mêmes dispositions que son père. Sa conduite, au contraire , indiquait l'intention de secouer le joug de l'Iran , et de venger la mort ignominieuse d'Afrasiab, son aïeul.

Au bout de quelques années de règne, Lohrasp se détermina , par politique , à quitter l'ancienne capitale d'Istakhar, et à transférer le trône de son

empire à Balkh , dans leKhorasan , où il était plus à portée de connaître les mouvements de son ennemi. Il dépensa des sommes énormes pour agrandir et embellir cette ville ; et , entre autres édifices , il y éleva un temple superbe, appelé Non,- bahar9 où les habitants des contrées environnantes avaient coutume de se rendre en pèlerinage.

L'amour de Lohrasp pour sa nouvelle résidence fit donner à ce prince le surnom de Bathhi.

Pendant que Lohrasp s'occupait ainsi de la défense des frontières orientales de son royaume, des troubles s'élevaient dans i'Aderbidjan , en Syrie et dans l'Asie Mineure. Lohrasp, dans le but d'étouffer prompte ment la révolte , confirma Rouham , fils et successeur de Gouderz , dans le commandement de l'Irak-adjemi , lui donna plein pouvoir d'agir contre les factieux , et même d'entrer en armes dans les pays qui ne dépendaient point de rempire , s'engageant à lui laisser toutes les conquêtes qu'il ferait hors de l'Iran. Fort de l'autorisation de son souverain, Rouham s'abandonna à toute son ambition; il soumit F Irak-arabe ou la Chaldée , la Syrie , la Palestine et l'Egypte. Ses victoires, disent les chroniqueurs persans , lui valurent le surnom de Nabuchodonosor ('). , %.

(*) Pour comprendre ce passage, il faut substituer l'altération persane du nom de Nabuchodonosor à sa forme chaldaïque. En effet, bakht*al-nasr ou bakht-nasr signifie bien en persan la fortuné ou le bonheur de la victoire; mais Nabuchodonosor comme lisent les Septante, ou Nebuchadnetzar, suivant la prononciation desMassorètes, veut dire en chaldéen : Le prince favorise par la planète de Mercure oui est dieu, littéralement Mercuriï dei pnnceps. (Voy. Gesenius, Lexicon manualt Hebr. etChald.) Quelques auteurs orientaux substituent , dans le passage qui nous occupe , le nom de Nabopolassar ou Nabopalassar à celui de Nabuchodonosor. Ce changement, que je regarde comme purement accidentel, me donne cependant lieu d'observer que les deux noms paraissent identiques pour le sens. Pol ou pal représente avec une légère altération le mot bel, qui signifie ici dieu, comme dans le

L'UNIVERS

La fortune de Rouham exalta l'ambition des grands et des princes du sang. Gouscntasp , fils aîné de Lohrasp, demanda à son père une partie au royaume, promettant de faire des exploits aussi grands que ceux de Rouhara. Lohrasp, irrité, repoussa avec colère la demande de Gouschtasp. Celui-ci , se croyant en danger, prit la fuite.

Lohrasp , informé de son évasion , le fit poursuivre par trois corps de cavalerie, dont l'un prit la route de l'Asie Mineure, l'autre pelle du Touran, et le troisième, commandé par Zérir, frère de Gouschtasp, s'avança vers les Indes, et atteignit le fugitif sur le territoire de Caboul. Gouscntasp se laissa reconduire à Balkh. Le roi lui adressa une réprimande, en lui promettant toutefois l'oubli du passé.

Cependant les inquiétudes du jeune prince se réveillèrent bientôt. Des devins lui annoncèrent qu'il était toujours en danger. Alors il se sauva à la faveur d'un travestissement et sous le nom de Farroukhzad. Il gagna l'ouest de la Bactriane , et pénétra dans le pays de Roum (*). Farroukhzad prenait souvent le plaisir de la chasse.

Un jour, en poursuivant une béte fauve, il rencontra un favori de l'empereur, qui, frappé de son courage et de son adresse , le combla de louanges, et conçut pour lui une vive amitié. Mais ce favori, quelques marques d'attachement qu'il donnât au jeune prince, ne put jamais lui arracher le secret de sa naissance.

Il y avait déjà quelques années que Gouschtasp ou, comme il se faisait appeler, Farroukhzad, était dans le pays

nom de Mérodach Baladan. M. Gesenius dérive Nabopolassar de Nabo et du persan palasar (grand roi) , composé lui-même du sanscrit pala, dominas, rex, et de sar,prin~ ceps. La tautologie que présentent les deux éléments pala et sar, et les doutes que j'ai sur l'existence, de palasar dans la langue persane, m'empêchent d'admettre Pexplieationde l'illustre professeur de Halle.

(*\Roum désigne , chez les auteurs musulmans , l'Asie Mineure et la partie de TEurope soumise aux empereurs de Constantinople.

de Roum, lorsque la fille aînée de V e pereur, appelée Catayoun, étant devenue nubile, ce prince annonça qu'il allait, suivant 1 ancienne coutume du royaume, réunir tous les jeunes seigneurs de la cour, parmi lesquels Catayoun se choisirait un époux. La veille du jour fixé pour la cérémonie, la princesse vit en songe un jeune homme qui s'approcha d'elle, et lui donna un bouquet de fleurs.

Les traits de cet inconnu restèrent vivement imprimés dans l'esprit de Catayoun. Le lendemain, cette princesse parcourut le cercle de ses prétendants, et se retira sans en choisir aucun. L'empereur réunit une nouvelle assemblée plus nombreuse que la première, et voulut qu'on y admît tous les hommes qui se présenteraient. Farroukhzad, curieux de voir la cérémonie, entra dans le palais, et se mit dans un des coins de* la salle. La princesse entra bientôt après, jeta les yeux de tous les côtés , et dès qu'elle aperçut le jeune étrapger, elle éprouva une vive^émotion , et lui jeta une orange qu'elle tenait à la main. C'était ainsi que les princesses de Roum déclaraient leur choix. Catayoun disparut aussitôt, et tous les yeux se fixèrent sur Farroukhzad. L'empereur paraissait trèsaftligé de la conduite de sa fille, qui avait désigné pour être son époux un homme dont la naissance était inconnue. Catayoun se justifia en rappelant Je songe qu'elle avait eu. Le favori de l'empereur raconta alors tout ce qu'il savait des vertus de Farroukhzad. Cependant l'empereur était inconsolable.

11 consulta les grands de l'État et les prêtres , qui partagèrent son affliction , et lui représentèrent en même temps qu'il ne devait pas manquer à sa parole, ni violer une ancienne coutume du royaume. L'empereur de Roum se rendit à ces raisons puissantes; seulement il exigea que le mariage se fît sans aucune pompe. Il donna à Catayoun une dot assez considérable, et déclara qu'il ne la reverrait plus. Les jeunes époux se retirèrent à la campagne, où Farroukhzad partageait son temps entre Catayoun et la chasse.

PERSI

L'empereur avait encore deux antres filles. Aussitôt après le mariage de Catayoun, il abolit, par un édit solennel, l'ancienne eoutufne dont cette princesse s'était prévalue pour épouser Gouschtasp, et il se réserva le droit de disposer de la main de ses autres filles. Parmi les jeunes seigneurs qui briguaient l'honneur d'entrer dans la famille royale, se trouvaient deux frères, Mirin et Ahren, descendants de Salm , fils d' Afridoun. L'empereur de Roum inclinait pour eux. Mais afin de justifier ce choix aux yeux de son peuple, il déclara que pour obtenir ses filles, il fallait savoir les mériter par une action d'éclat. Il ordonna, en conséquence, à Mirin de tuer une béte féroce qui faisait d'horribles ravages dans une forêt peu éloignée de la capitale. Cette béte féroce tenait à la fois du loup et du dragon, avait le front garni de cornes, et portait des défenses semblables à celles du sanglier. Elle avait l'aspect effrayant de l'éléphant et du lion. Mirin essaya vainement de frapper le monstre. Voyant que son courage et ses forces ne pouvaient rien contre un ennemi aussi redoutable , il consulta le favori de l'empereur, et le pria de lui indiquer un moyen quelconque d'arriver à ses fins. Le favori pensa aussitôt à Farroukhzad, qu'il supplia d'accorder le secours de son bras au prince Mirin. Farroukhzad promit avec joie de faire ce que lui demandait son bienfaiteur. Les trois fnerriers se rendirent à la forêt, et arroukhzad, après un combat achar* né, tua le monstre, et lui arracha deux dents énormes qu'il conserva précieusement. Il s'engagea, ainsi que le favori, à garder un secret inviolable à Mirin. Celui-ci se présenta devant l'empereur de Roum, et lui annonça son triomphe. Les noces furent célébrées avec la plus grande pompe, et Mirin, voulant témoigner sa reconnaissance à Farroukhzad, le -força d'accepter un sabre qui avait appartenu à Salm.

Deux ans après, Ahren, frère de Mirin, voulut épouser la troisième fille de l'empereur de Roum. Il fallait, pour obtenir cette princesse, vaincre

un dragon éoonrie, créatie* é'Abrimane, qui jetait l'effroi dans tout le pays d'alentour. Farroukhzad rendit à Ahren le même service qu'il avait déjà rendu à Mirin, tua le dragon, et se réserva une des grosses dents de ce monstre. L'empereur et le peuple admirèrent le courage du prétendu vainqueur. Les noces d Ahren furent encore plus magnifiques que celles de Mirin.

Il y «ut un tournoi dans lequel Far* roukhzad remporta tous les prix , aux applaudissements unanimes des spectateurs. L'empereur de Roum ayant demandé le nom de cet heureux vainqueur, on lui répondit qu'il s'appelait Farroukhzad.ki\$s\tôt\ empereur, reconnaissant en lui l'époux ae sa fille, le combla de marques d'affection, l'emmena au palais, et ne négligea rien pour l'engager à se fixer, avec Catayoun , auprès de sa personne. Il avait cependant à cœur de connaître sa naissance. Farroukhzad lui fit entendre qu'il était fils d'un seigneur de l'Iran , et que des chagrins domestiques l'a* vaient engagé à s'éloigner de sa patrie* Un jour, l'empereur parlait avec en* thousîasme des actions héroïques de Mirin et d' Ahren. Farroukhzaa, après lui avoir fait promettre un secret in?

violable, raconta comment il avait combattu à la place de ces deux frères,. L'empereur, plein d'admiration pour le courage et la modestie de Farroukhzad , le mit à la tête de son conseil et de ses armées.

Peu de temps après, les Khazara ayant attaqué le pays die Roum, Farroukhzad marcha contre eux, les battit dans plusieurs combats , se rendit maître de leur chef» et fit sur eux un butin immense.

Le bruit des exploits de Farroukhzad se répandit dans l'Asie entière , pénétra jusqu'à Balkh , et donna de * l'inquiétude à Lohrasp. Depuis longtemps, ce monarque regrettait Gouschtasp, qu'il croyait mort. La guerre civile désolait plusieurs provinces ; l'Iran venait d'ailleurs d'être bumilié par le Touran. Ardjasp , qui avait hérité du courage d'Afrasiab, avait tenté une expédition pour venger son aïeul «I

L'UNIVERS

secouer le joug de la cour de Balkh, et cette entreprise avait été couronnée de succès. Après quatre campagnes heureuses , il affranchit ses Etats de tout tribut, et fit acheter chèrement la paix à Lohrasp, qui, se voyant négligé par Roustam , n'avait pas voulu recourir à la valeur et à l'expérience de ce héros.

Farroukhzad , informé de l'état des choses, engagea l'empereur de Roum à secouer le joue de l'Iran. Il était d'avis de refuser le tribut accoutumé, et même d'exiger de Lohrasp des subsides annuels.

Ce projet ayant été arrêté dans le conseil , l'empereur de Roum chargea un ministre dans lequel il avait pleine confiance de porter ses propositions à Lohrasp. Celui-ci, frappé d'étonnement par cette démarche inattendue, réponditcependantavecdignité au message de son vassal , et mit sur pied une armée formidable. En faisant ses préparatifs de guerre, Lohrasp tâchait de s'expliquer les causes qui inspiraient à l'empereur de Roum l'audace de lever l'étendard de la révolte, et il se rappelait avec douleur la défaite des Khazars due à Farroukhzad , guerrier auquel la Perse n'avait alors personne h opposer. Lohrasp, mû par un sentiment dont il ne se rendait pas compte , interrogea le ministre de l'empereur de Roum, et apprit avec surprise que Farroukhzad avait de grands traits de ressemblance avec le prince Zérir. Dès ce moment, Lohrasp fut en proie à la plus vive agitation. Tout lui disait que Farroukhzad était son fils aîné, le prince héréditaire de l'Iran. Il eut recours aux devins , et délibéra avec Djamasp son ministre, qui l'engagea à conserver la paix. D'ailleurs Lohrasp considérait son âge , les troubles de l'État , les dangers qu'il avait à craindre du Touran , enfin les triomphes de Farroukhzad, et les divisions qui pouvaient éclater dans la famille royale de Perse, et se détermina à sacrifier son ressentiment au bien général. Il donna à Zérir le commandement de l'armée , lui enjoignit d'établir son camp sur

les frontières de la Syrie , de se rendre à la capitale de l'empereur de Roum , en apparence pour faire des propositions de paix, et en réalité pour s'assurer si Farroukhzad était effectivement Gouschtasp. Si cette opinion n'était pas fondée , Zérir devait pousser la guerre avec vigueur.

Dans le cas contraire, il avait ordre d'éviter toute hostilité , et de proclamer Farroukhzad héritier présomptif de la couronne de Perse.

Zérir exécuta fidèlement les ordres de son père. Il arriva à la cour de l'empereur de Roum , et ayant reconnu Gouschtasp dans la personne de Farroukhzad , il rejoignit l'armée persane aux environs d'Alep. Farroukhzad avançait à grandes Journées; il campa devant l'ennemi , fit la revue de ses troupes , et leur promit la victoire et l'asservissement de l'Iran. Tout à coup on lui annonça des députés iraniens.

Zérir , qui était à leur tête , demanda un entretien secret , à la suite duquel Farroukhzad fut proclamé roi de Perse sous son premier nom de Gouschtasp.

Les deux camps se réunirent, et les soldats de Lohrasp et de l'empereur de Roum firent des vœux pour la prospérité du nouveau roi et l'union perpétuelle des deux empires.

L'empereur de Roum et la princesse Catayoun se rendirent au camp, suivis d'une cour nombreuse. Gouschtasp s'eugagea à maintenir une paix inaltérable entre l'Iran et le pays de Roum, fit de grandes largesses aux troupes , et se hâta de gagner Balkh.

Le nouveau souverain traversa les provinces de l'Iran au milieu des acclamations de ses sujets ; Lohrasp et toute sa cour allèrent à sa rencontre.

Lohrasp abdiqua ensuite solennellement. Il avait régné cent vingt ans.

Le jour même de son abdication , il s'enferma dans un monastère voisin du grand temple qu'il avait fondé à Balkh ; et là, vêtu d'un habit grossier, comme les simples prêtres, il passa environ trente ans dans la retraite et la méditation, et fut ensuite massacré par les Touraniensà la prise de Balkh.

Gouiorrisr (Son règne fut de 60 ans.)

Le génie de Gouschtasp ramena bientôt le calme dans la Perse. Il y avait déjà vingt ans que ce prince était sur le trône, lorsque parut un homme qui s'annonçait comme chargé par Dieu même de réformer l'ancienne religion des Mages : cet homme était Zoroastre. Pourouschasp , son père , était riche et possédait un grand nombre de chevaux (*). Du temps de Pourouschasp , une grande partie des habitants de la Perse étaient livrés au culte des idoles et pratiquaient les secrets abominables de la magie. Ce* pendant quelques personnes , et Pourouschasp était de ce nombre, suivaient encore l'ancienne religion d'Afridoun et de Minotschehr. Dieu eut pitié des hommes ; et voulant leur rappeler des vérités dont ils avaient perdu le souvenir, et leur en révéler d'autres qui étaient restées inconnues, il envoya Zoroastre sur la terre.

Dogdo , mère de ce prophète, étant crosse de lui , crut voir en songe des bêtes féroces qui arrachaient de son sein l'enfant quelle portait, et allaient le mettre en pièces , lorsque celui-ci rassura Dogdo , et lui dit que ces animaux cruels ne pouvaient lui faire aucun mal.

Au bout de neuf mois , Dogdo accoucha d'un fils qui naquit avec le sourire sur les lèvres. Les magiciens, informés de cette circonstance, et sachant d'ailleurs que Zoroastre serait l'ennemi d'Ahrimane, qu'ils reconnaissaient pour leur chef, mirent tout en œuvre pour faire périr l'enfant. Mais Ormouzd, qui veillait sur lui, empêcha lue ces êtres pervers ne réussissent Sans leurs desseins.

Zoroastre atteignit sa quinzième année, passant les jours et les nuits en prière , ou à faire de bonnes œuvres.

A l'âge de trente ans , il se retira dans les montagnes pour consulter Ormouzd, et réfléchir sur les vérités

(*) Pourouschasp veut dire en zend celui qw possède beaucoup de clieraux.

qu'il se proposait d'enseigner aux hommes. Il reçut les instructions dont il avait besoin pour s'acquitter saintement et avec fruit de sa mission importante. Enfin il reparut dans le monde. Les mauvais génies et les magiciens, instruits de son retour, firent tous leurs efforts pour le séduire, et l'engagèrent à renoncer à l'Avesta , livre précieux , écrit en langue zende , et que lui avait donné Ormouzd lui-même. Zoroastre indigné poussa un grand cri , qui mit en fuite tous ces partisans d'Ahrimane. Les mauvais génies se cachèrent sous terre ; et les magiciens , saisis d'effroi , moururent presque tous. Les autres se soumirent à Zoroastre.

Après cette victoire, le nouveau réformateur se rendit à fialkh , entrouvrit par un miracle le plancher de la salle dans laquelle Gouschtasp et son conseil étaient assemblés , et entra par cette ouverture. Un semblable prodige effraya ceux qui le virent.

Gouschtasp demanda à quelques sages qui étaient restés autour de lui s ils connaissaient l'homme qui venait de pénétrer dans la salle d'une façon aussi extraordinaire. Ils dirent. que non; puis ils adressèrent à Zoroastre une série de questions auxquelles ce législateur répondit avec une sagesse qui les frappa d'étonnement. Zoroastre eut ainsi plusieurs conférences avec les sages de Gouschtasp, dont il confondit l'orgueil. Après avoir répondu à toutes leurs questions captieuses, il se présenta devant Gouschtasp, et lui dit : Je suis envoyé {>ar le Dieu oui a fait les sept deux , a terre et les astres, ce Dieu qui donne la vie et la nourriture, et prend soin de son serviteur ; qui t'a donné la couronne , et te protège , qui a tiré ton corps du néant. Apres avoir parlé ainsi , il présenta l'Avesta à Gouschtasp , en lui disant : Dieu m'a envoyé aux hommes pour leur annoncer cette parole. Si tu l'exécutes , tu seras couvert de gloire dans ce monde et dans l'autre. Si tu ne l'exécutes pas , Dieu brisera ta gloire , et tu iras dans l'en* fer. N'obéis plus aux dive*. Gousch-

tasp demanda à Zoroastre de faire un miracle ç(ui confirmât la vérité de sa mission. V A vesta, dit le réformateur, est le plus grand des miracles. Quand tu l'auras lu , tu n'en demanderas point d'autres. Gouschtasp prdonna à Zoroastre de lui lire une section de ce livre divin. Mais il n'en fut pas touché. La grandeur de l'Avesta passait son intelligence; ce prince était semblable à un enfant qui méprise les pierres précieuses , ou à un ignorant qui dédaigne la science. Cependant, comme Gouschtasp et les sages de sa cour insistaient toujours pour, avoir des miracles, Zoroastre en Gt plusieurs, qui déterminèrent le roi à embrasser la nouvelle religion. Les sages, envieux des succès de l'envoyé d'Ormouzd , portèrent dans sa maison une tête de chat , du sang , des ossements de morts , des parties de cadavre , et

fjlusieurs autres débris immondes que es magiciens employaient dans leurs enchantements. Puis ils annoncèrent à Gouschtasp que Zoroastre se livrait à la magie, et qu'il pourrait en avoir la preuve en se faisant apporter ce qu'on trouverait dans sa maison. Zoroastre protesta de son innocence.

Cependant; malgré ses serments, il fut jeté dans une prison.

Gouschtasp avait un cheval de bataille, appelé le Cheval noir; le grand écuyer ayant été le matin , suivant sa coutume, visiter les écuries du roi, s'aperçut que les jambes de ce cheval étaient rentrées dans son ventre ; Gouschtasp, informé de cet événement extraordinaire, consulta les médecins et les sages , qui ne purent indiquer aucun moyen de guérir le cheval. Zoroastre déclara que cette guérison était loin d'être impossible :

et s'étant fait conduire à l'écurie, il dit à Gouschtasp : Croyez fermement que je suis le prophète de Dieu , et vos souhaits seront accomplis. Autrement n'attendez rien de moi. Gouschtasp s'étant engagé à conformer ses actions aux préceptes de l'Avesta , et à faire tous ses efforts pour la propagation de la nouvelle loi ; ayant , de plus , obligé les ennemis de Zoroastre a re-

connaître qu'ils avaient faussement accusé ce prophète , les quatre jambes du cheval noir furent successivement rétablies dans leur état naturel.

L'envoyé d'Ormouzd expliqua ensuite à Gouschtasp la loi contenue dans les livres zends , et ce prince envoya des missionnaires qui portèrent jusque dans les Indes la connaissance de la nouvelle réforme.

Les dogmes principaux de la religion de Zoroastre sont l'existence du Temps sans bornes , premier principe de tout , subsistant par lui - même et créateur de deux principes secondaires, Ormouzd et Ahrimane; le premier auteur de tout bien , le second source de tout mal (*). Chacun de ces deux principes a un pouvoir de création

Îu'il exerce dans des desseins opposés, «es bons génies , l'homme et les animaux utiles sont des créatures d'Ormouzd. Les mauvais génies , les animaux nuisibles ou venimeux sont créés par Ahrimane. Les agents d'Ormouzd cherchent à conserver le monde et l'espèce humaine que l'armée d'Ahrimane s'efforce sans cesse de détruire. La lumière est l'emblème d'Ormouzd , et les ténèbres sont le symbole d' Ahrimane. Le monde que nous habitons est le théâtre des luttes de ces deux principes opposés; de là le mélange de bien et de mal que nous avons sous les yeux.

Le monde est peuplé de génies et d'intelligences, créatures d'Ormouzd et d'Ahrimane , et sans cesse occupés à amener la victoire du principe auquel ils appartiennent.

« Les êtres raisonnables produits « par le bon principe sont intimement « liés , tant les génies que les hommes, « à une substance spirituelle qui est « désignée sous le nom de Féroufier (**). « Les animaux n'ont ni âme ni fé-

(*) Un grand nombre de sectateurs de Zoroastre considèrent Ormouzd et Ahrimane comme des premiers principes existant par eux-mêmes, et ne reconnaissent pas le Temps sans bornes.

(**) Voyez ci-devant , paç. 44 et la planche 16.

PERSE

« rouher. Le férouher est distingué de a l'intelligence et des autres facultés « de l'âme. II est , suivant Anquetil , « le principe des sensations. Ces subs- « tances spirituelles existaient long- « temps avant la création des hommes; « elles s'unissent à l'homme au ino- « ment de la naissance , et le quittent « à la mort. Elles combattent les mau- « vais génies produits par Ahrimane , « et sont la cause de ta conservation « des êtres. Le férouher, après la mort, « demeure uni à l'âme et à l'intelli- « gence , et subit un jugement qui dé- « cide de son sort (*). »

Après le passage de M. de Sacy qu'on vient de lire , le même auteur ajoute : « Il serait peut-être difficile de concile lier parfaitement tout ce que les Perte ses disent de ces substances spiri- « tuel)es, et l'on peut croire qu'ils ont « ajouté beaucoup de fables à l'idée « que Zoroastre s'en était formée. »

Après la mort, l'homme est heureux ou malheureux, suivant la conduite qu'il a tenue pendant sa vie. Mais à la un, tous les êtres de la création, hommes et génies, sans en excepter Ahrimane lui-même, se convertiront à la loi d'Ormouzd ; et les méchants , purifiés par le feu de l'enfer, partageront avec les justes un bonheur éternel qui sera précédé de la résurrection des corps.

Nous avons exposé les dogmes principaux de la religion d'Ormouzd. Zoroastre , suivant toute apparence , n'y fit que de légers changements. La reforme de ce philosophe porta beaucoup plus sur le culte extérieur, sur la liturgie , sur les purifications, sur la loi civile et morale, sur les animaux purs et impurs , et enfin, sur des points de discipline. Une grande partie de ces dispositions ont été évidemment, empruntées à la loi de Moïse. II faut cependant remarquer que , dans la religion de Zoroastre, le jeûne, loin d'être méritoire, n'est pas même permis.

Le sectateur d'Ormouzd doit se bien nourrir, parce que le corps vigoureux

(*) Voy. de Sacy, Mémoires sur diverses antiquités de la Perse, p. 267 et 268.

rend l'âme plus forte, pour résister

aux mauvais génies. D'ailleurs l'homme, n'éprouvant aucun besoin , lit la parole divine avec plus d'attention , et a plus de courage pour faire de bonnes œuvreç.

La loi de Zoroastre prescrit l'usage des ablutions , le payement de la dîme, le respect envers les prêtres, la pratique de la prière et de l'aumône , la destruction des insectes , des reptiles et des bêtes venimeuses ou malfaisantes, l'horreur du vice, et surtout du mensonge , un des plus grands péchés dont l'homme puisse se rendre coupable.

Le mariage est un devoir pour le sectateur d'Ormouzd ; celui qui n'est point marié est au-dessous de tout, dit la loi. L'union la plus méritoire est celle qui a lieu entre parents. Peutêtre le précepte de Zoroastre avait-il §our but d'empêcher les alliances avec es infidèles et de conserver le bien dans les mêmes familles, sans autoriser toutefois les mariages entre parents au premier degré. Mais, quoi qu'il en soit, nous voyons qu'à toutes les époques , il y a eu en Perse des mariages entre frères et sœurs, mères et fils, pères et filles. Ces unions monstrueuses, d'abord assez rares, et seulement tolérées, devinrent ensuite tellement fréquentes, que les auteurs de l'antiquité, les historiens musulmans, plusieurs Pères de l'Église, et notamment saint Jean Chrysostôme (*) , en font un grave sujet de reproche contre les adorateurs d'Ormouzd (**).

(*) Le saint archevêque remarque que les mariages dont nous parlons n'étaient point une exception , niais un usage généralement reçu par tous les Perses , et qui était moins reflet de la passion que d'un faux jugement. Toy. S. Joannis Chrjrsostomi Opp., t. I, p. 334 A ; t. i, p. 5^3 A, et passim de la nouvelle édition donnée

fur M. Théobald Fix. Un passage des Spurba t. III, p. 957 de la même édition) prouve que le christianisme avait apporté un changement salutaire dans les mœurs des Perses. (**) Beausobre, dans son Histoire du manichéisme, essaye de laver les sectateurs de Zoroastre de cette imputation odieuse; mais il n'apporte aucune raison solide à l'appui

L'UNIVERS

Les cérémonies funèbres sont encore actuellement à peu près semblables à ce qu'elles étaient dans l'antiquité. A Surate et à Bombay, tes Parsis exposent les corps morts sur la plateforme de tours rondes, d'environ onze pieds de hauteur, situées hors des villes et loin des habitations. Les oiseaux carnassiers, qui se tiennent tou.

I'ours en grand nombre autour de ces lideux cimetières, dévorent toute la chair des cadavres, et les os sont jetés ensuite dans une espèce de puits creusé à cet effet au milieu de la plate-forme.

Du temps de Chardin , les Guèbres avaient , à environ une demi-lieue d'Ispahan, un cimetière dont l'illustre voyageur donne la description suivante : « C'est, dit-il , une tour ronde « qui est faite de grosses pierres de « taille; elle a environ trente-cinq pieds « de haut et quatre-vingt-dix pieds de « diamètre , sans porte et sans entrée. « Cette tour a au dedans un degré fait « de hautes marches attachées contre « le mur en tournant. Quand ils por- « tent un mort dans ce tombeau, trois « ou quatre de leurs prêtres montent « avec des échelles sur le haut du mur, « tirent le cadavre avec une corde , et « le font descendre le long de ce degré « qui est cent fois plus dangereux et « plus difficile qu'une échelle , n'y ayant « rien à quoi on puisse se tenir ; car « ce ne sont que des pierres fichées

• dans le mur, a trois ou quatre pieds a Tune de l'autre, non pas en ligne «droite, mais en tournant, et qui « n'ont pas plus de neuf pouces d'as-

* siette. II y a une manière de fosse « au milieu , que je vis remplie d'osse- « ments et de guenilles. Ils couchent « les morts tout habillés sur un petit « lit fait d'un matelas et d'un coussin, a Us les rangent tout autour contre

de son opinion, et on pourrait prouver qu'aujourd'hui encore si les Guèbres ou Parsis établis en Perse et dans l'Inde s'abstiennent de ces union* abominables et n'autorisent les mariages^ qu'en tre parents au deuxième degré , c'est uniquement parce qu'ils redoutent l'indignation des musulmans et des chrétiens au milieu desquels ils vivent.

« le mur, si serrés qu'ils se touchent « les uns les autres , sans distinction «d'âge, de sexe ou de qualité; et ils « les étendent sur le dos, les bras croi- « ses sur l'estomac, contre le menton ; « les jambes croisées l'une sur l'autre, « et le visage découvert. On met proche « du mort, à son chevet , des bouteilles « de vin , des grenades , des coupes de « faïence , un couteau et d'autres us- « tensiles , chacun selon ses moyens.

« Quand il n'y a point de place pour « un mort, ils en font une, en tirant « les corps les plus consumés dans cette « fosse , que j ai dit être au milieu du « cimetière. Je crois avoir déjà remar- « que que la sécheresse de l'air de Perse, « et surtout d'Ispahan , est si grande « qu'il consume les cadavres en peu de « temps , et qu'il en empêche l'infec- « tion. J'ai fait divers tours dans ce sé- « pulcre , et j'admirais qu'il n'y sentît « point mauvais. J'y vis des corps en- « core frais , il n'y avait rien de gâté « aux mains et aux pieds qui étaient « nus ; mais le visage l'était oeaucoup, « à cause que les corbeaux qui remet plissent le cimetière , et qui sont « par centaines aux environs , se jet- « tent d'abord sur cette partie. »

Dans l'antiquité, les corps des rois et des princes n'étaient pas livrés aux animaux carnassiers; mais on les déposait dans des tombeaux creusés dans le roc. Aucun corps n'était enterré , car les sectateurs de Zoroastre regardaient comme un grand crime de souiller la terre, pour laquelle ils avaient une grande vénération , en la forçant de recevoir dans son sein des cadavres d'hommes ou d'animaux.

Suoique les Parsis aient conservé ement et sans altération notable la religion enseignée à leurs ancêtres par Zoroastre , cependant ils y ont introduit quelques pratiques et dispositions superstitieuses qui n'existaient certainement pas autrefois. C'est surtout dans le culte du feu que ces additions sont plus nombreuses et plus frappantes. On ne trouverait pas aujourd'hui un seul forgeron parmi les Parsis et les Guèbres établis dans l'Inde et en Perse, parce que les gens qui

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suivent cette profession sont exposés à éteindre le feu ou à le souiller par l'introduction de divers corps étran-

§ers réputés impurs. Il est bien évient que la défense d'exercer une profession aussi indispensable que celle de forgeron date d une époque où les sectateurs de Zoroastre ne formaient déjà plus un corps de nation , et où ils pouvaient demander à des personnes étrangères à leur croyance les travaux dont ils éprouvaient de la répugnance à se charger eux-mêmes.

Tandis que Zoroastre travaillait à la réformation du culte établi , Gouschtasp employa tour à tour la persuasion et la violence pour répandre la nouvelle doctrine dans ses États. II fit bâtir plusieurs temples du feu, dont un surtout, élevé à Balkh, près du palais, était remarquable par le luxe de l'architecture et des ornements. A côté de ce temple, Zoroastre planta un cyprès, apporté, disait-il, du paradis.

Sur cet arbre, il grava de sa main des paroles dont le sens était : « Gouschtasp a embrassé la véritable religion. »

Il exigea en même temps que Gouschtasp élevât autour du cyprès un pavillon de marbre carré et couvert d'un dôme. Ce pavillon, rayonnant d'or, d'argent et de pierreries, coûta des sommes immenses. Sur Tune des faces , était répétée l'inscription de l'arbre; sur le côté opposé, se trouvaient les images de Djemscbid et d'Afridoun.

Ce pavillon fut appelé Minou, c'està-dire céleste. Tous les Iraniens étaient tenus de le visiter.

Gouschtasp s'occupa ensuite de faire transcrire le Zend- Avesta sur des peaux de bœuf. Un exemplaire de ce livre fut déposé dans la chapelle Minou, et l'autre dans un édifice construit exprès à Istakhar. Les temples consacrés au nouveau culte possédaient tous une copie du texte sacré, et un édit royal en ordonnait l'étude au peuple, surtout aux grands de l'État et aux sages.

Gouschtasp, très-zélé pour la nouvelle réforme, voulut forcer Ardjasp, roi du Touran, à l'adopter; et çur le refus de ee prince , qui lui répondit en l'engageant à retourner à Faucienne

religion des Perses, il lui déclara la guerre. Les deux armées , fortes chacune de trois cent mille hommes, en vinrent aux mains dans une vaste plaine, sur la rive droite du Djihoun.

Le prince Zérir fut tué par le fils d' Ardjasp. Isfendiar, fils de Gouschtasp, vengea la mort de son oncle. Les Iraniens remportèrent sur les Touraniens une victoire complète.

A peine délivré de ces ennemis redoutables, Gouschtasp, sur un simple soupçon, fit enfermer Isfendiar. Ardjasp, informé de sa conduite, en profita pour attaquer le Khorasan. 11 prit et saccagea la ville de Balkh. Zoroastre et tous les prêtres attachés à sa réforme furent massacrés. Le principal temple du feu fut détruit. Gouschtasp s'occupa aussitôt de réunir une armée, et, suivant le conseil de ses ministres, il fit mettre Isfendiar en liberté, et lui promit d'abdiquer en sa faveur, s'il parvenait h rejeter les ennemis au delà du Djihoun. La présence d'Isfendiar ralluma le courage des soldats iraniens, et un grand nombre d'hommes qui avaient refusé de combattre sous d'autres généraux, coururent se ranger d'eux-mêmes autour de la bannière du prince. Isfendiar, profitant de l'ardeur de ses troupes, attaqua Ardjasp avec impétuosité, et le força à repasser précipitamment le Djihoun.

Gouschtasp reçut Isfendiar avec les plus grandes démonstrations de joie; mais il refusa d'abdiquer en sa faveur , sous prétexte qu'un héros tel que lui ne devait point monter sur le trône tant que ses sœurs gémissaient dans.la captivité. Il voulait parler des princesses prises par Ardjasp au sac de Balkh et traînées en captivité. Isfendiar choisit dans toute l'armée un corps de douze mille cavaliers et un pareil nombre de fantassins , donna à ma lieutenant le commandement de ces forces; et pour lui, déguisé en marchand , il se rendit à la cour d' Ardjasp. Il se présenta devant ce monarque, et lui dit que fuyant la tyrannie de Gouschtasp, il s'était retiré dans le Touran, et demandait la permission de vendre des marchandises dans ce royaume.

L'UNIVERS

Ardjasp fit ao prétendu marchand et à ses compagnons un accueil favorable.

Isfendiar ayant gagné la confiance d' Ardjasp, l'invita avec les principaux seigneurs de la cour à un repas dans les environs de la ville. Ardjasp accepta; mais, à peine arrivé à rendrait convenu, il se vit entouré avec sa suite par les troupes iraniennes placées en embuscade. Isfendiar tua de sa propre main le roi du Touran ; et après avoir remis à son lieutenant les princesses ses sœurs, il marcha avec une partie de l'armée contre des princes indiens, vassaux révoltés de Gouschtasp, qu'il voulait contraindre à rentrer dans le devoir et à embrasser la réforme de Zoroastre. Cette expédition heureusement terminée, il retourna en Perse. Gouschtasp et toute la cour sortirent d'Istakhar pour aller à sa rencontre; mais toutes ces démonstrations étaient loin d'être sincères, et Gouschtasp chercha encore à éluder la promesse qu'il avait faite. Il se plaignit amèrement de l'indifférence que Roustam témoignait pour la famille royale, du refus qu'il avait fait d'adopter la nouvelle réforme religieuse, et montra le désir de voir abaisser la puissance d'un vassal qui pouvait devenir redoutable. Isfendiar eut beau représenter à son père tous les droits de Roustam à la reconnaissance des Iraniens , la puissance qu'il exerçait sur ses vassaux, et même sur les autres habitants de la Perse , accoutumés à respecter son courage et ses talents militaires, Gouschtasp resta inflexible, et lui dit qu'il ne voulait résigner la couronne de Perse que lorsqu'il la posséderait lui-même tout entière. Isfendiar obéit à regret aux ordres de s.on père, et se mit en marche pour le Zaboulistan, à la tête de dix mille cavaliers. Roustam , dont la vigilance ne pouvait être mise en défaut, réunit un corps de quinze mille cavaliers, s'avança à la rencontre d'Isfendiar, et eut avec lui plusieurs conférences dans lesquelles le jeune prince l'engagea à aller trouver Gouschtasp à lstakhar , et à lui présenter des excuses. Roustam , faisant alors rémunération des immenses ser-

vices qu'il avait rendus à la monarchie, et rappelant toute l'ingratitude de Gouschtasp, refusa d'obéir aux ordres du prince. La discussion s'étant ensuite envenimée, Roustam et Isfendiar en vinrent à un combat singulier. La lutte fut terrible. Les deux champions , grièvement blessés, se retirèrent, et convinrent de se retrouver en présence l'un de l'autre trois jours plus tard.

Zal , père de Roustam , sachant que la vie de son fils était en danger, eut recours à la protection du simore. L'oiseau monstrueux parut aussitôt, tira du corps de Roustam huit flèches énormes, et avant couvert le héros avec ses ailes , le guérit promptement de ses blessures. Il lui donna ensuite une flèche magique, faite du bois d'un arbre planté le jour même de la naissance d'Isfendiar, et auquel était attachée la vie de ce prince. Il ordonna à Roustam de tirer cette flèche contre l'œil droit d'Isfendiar, lui annonçant que l'analogie céleste et l'attraction puissante qui existait entre l'arbre et Isfendiar la rendraient mortelle.

Le troisième jour, Roustam , après avoir employé inutilement tous les moyens de conciliation, recommença le combat, et décochant le trait fatal, atteignit dans l'œil droit Isfendiar, qui tomba à la renverse sur son cheval. Roustam courut au secours du prince, et gémit en pensant au destin cruel qui l'avait force de combattre un héros accompli comme Isfendiar. Ce prince éclata d'abord en reproches contre Gouschtasp; puis il recommanda à Tamitié de Roustam le jeune Bahman, son fils. « Servez-lui de père , dit-il , veillez à son éducation, et rendez-le digne de monter sur le trône de ses ancêtres; car, dès sa naissance, les devins m'ont assuré qu'il régnerait un jour sur l'Iran. »

Roustam fit embaumer le corps d'Isfendiar, qui fut ensuite porté à lstakhar en grande pompe. Gouschtasp, plein de regrets d'avoir causé la mort de son fils, exécuta religieusement les dernières dispositions de ce prince infortuné, et laissa le jeune Bahman auprès de Roustam , qui acheva son éducation.

PERSE

Au bout de six ans, Gouschtasp rappela ce jeune prince, qui partit de Nimroui pour se rendre à Istakhar.

Vers cette époque, le roi du Touran conçut le projet d'envahir de nouveau l'Iran. Aussitôt Gouschtasp marche à sa rencontre, remporte sur lui une grande victoire, et le contraint à retourner dans son royaume. La paix étant conclue , Gouschtasp abdiqua la couronne en faveur de Bahman , ex, à l'exemple de Lohrasp, il se retira dans une maison qu'il avait fait bâtir aux environs de Schiraz.

bahmah surnommé ardschir dirazdbst.

(Son règne fut de us ans.)

Bahman est plus connu des historiens persans sous le nom d'Jrdschir Dirazdest ou Ardschir{*) Longuemain, soit parce qu'il avait les bras démesurément longs, ou parce qu'il était un roi puissant. Ce prince fut un des monarques les plus sages qui aient régné sur la Perse. Il envoyait dans toutes les provinces de son empire des agents secrets chargés de lui rendre compte de la conduite des gouverneurs, auxquels il décernait des récompenses ou infligeait des punitions, suivant la conduite qu'ils avaient tenue.

Vers le commencement du règne de Bahman , Roustam fut tué en trahison par un de ses frères appelé Schagad.

Cet homme ayant engagé Roustam à une conférence sur les terres du roi de Caboul, le fit tomber dans une fosse profonde hérissée de pieux aigus. Il était jaloux de Roustam, et n'osant pas l'attaquer ouvertement, il avait imaginé ce lâche moyen pour lui donner la mort. Roustam ," quoique mortellement blessé, se dégagea de la fosse, et ayant découvert la perfidie de Schagad' à la joie qui éclatait sur son visage, il le tua d'un coup de flèche dans le cœur. Au même instant des cavaliers, mis en embuscade par le perfide Schagad, massacrèrent Roustam et toutes les personnes de sa suite.

(*) Ardschir est la forme persane moderne du nom d'Artaxeriès.

Après la mort de Roustam, Bahman , oubliant tout ce qu'il devait à la mémoire de ce héros, entra dans le Zaboulistan à la tête d'une armée considérable. Il voulait, disait-if, venger le sang de son père; mais c'était un prétexte sous lequel il cachait le dessein ambitieux de s'emparer des États de la famille de Zal. Féramourz, qui avait succédé à Roustam, marcha contre Bahman avec une armée considérable; mais il fut vaincu et tué dnns la bataille. Quand Bahman eut réduit sous son obéissance les États qui avaient appartenu à Roustam , il retourna en triomphe à Istakhar.

Cette expédition terminée, Bahman s'occupa de reculer encore les limites de son royaume. Quelques auteurs disent qu'il priva le fils de Nabuchodonosor de son gouvernement de Babylone, et le remplaça par Coresch, sous lequel les Juifs furent traités avec douceur. Ce changement dans le sort des Juifs fut la suite d'un ordre formel de Bahman , dont l'épouse favorite était Juive.

Bahman n'avait que deux enfants, un fils appelé Sassan, et une fille du nom de ffoumcrt. Sur la fin de son règne, il épousa celle-ci et la désigna pour lui succéder sur le trône de Perse. Sassan, irrité de cette injustice, se sauva déguisé et passa aux Indes. Peu après l'évasion de ce prince, Bahman mourut, et Houmaï, grosse de six mois, fut déclarée reine de Perse.

■ociui.

(Le règne de cette princesse dura 3a ans.)

Houmaï venait à peine de monter sur le trône, quand elle accoucha d'un enfant mâle d'une merveilleuse beauté.

Les astrologues «chargés de tirer l'horoscope du petit prince déclarèrent qu'il serait fort malheureux et attirerait de grandes calamités sur sa patrie. Ils engagèrent, en conséquence, Houmaï à le faire périr. Cette princesse ne pouvant se décider à prendre une resolution aussi cruelle , et voulant toutefois éviter à la Perse les maux dont oe pays était menacé, si l'enfant devenait

L'UNIVERS

jamais roi , elle le plaça dans une petite caisse de bois avec une grande quantité de pierres précieuses, et le fit exposer sur l'Euphrate. Un pauvre meunier' ayant vu la caisse qui flottait sur l'eau , la prit, et l'ayant ouverte, il y vit avec surprise un enfant d'une beauté ravissante. Les pierreries qu'on avait jetées dans la caisse lui firent penser que cet enfant appartenait à des parents riches , qui, forces de l'exposer, avaient voulu engager, par l'espoir d'une récompense, les personnes qui le trouveraient à ne ménager aucun sacrifice pour son éducation. Le meunier appela son fils adoptif Darab, parce qu'il avait été conservé par les eaux(*).

Darab étant devenu homme, suivit b carrière des armes, pour laquelle il avait un penchant décidé. Le général sous lequel il servait parla de lui à la reine Houmaï, dans des termes si flatteurs, que cette princesse voulut absolument qu'on l'amenât en sa présence.

Dès qu'elle le vit, elle éprouva pour lui une tendresse irrésistible, et s'etant informée du lieu de sa naissance et du nom de ses parents, elle découvrit qu'il était son fils ; la déposition du meunier ne lui laissa d'ailleurs aucun doufe à cet égard.

Houmaï, qui depuis longtemps était dégoûtée des fatigues et des inquiétudes du pouvoir souverain, abdiqua en faveur de Darab, et se retira dans une solitude où elle passa les dernières années de sa vie.

DAftAB X*.

x (Son règne fut de xo ans.)

Dans les commencements de son règne, Darab fut obligé de soutenir contre Philippe , roi de Macédoine ( Faîlakous de Roum ) , une guerre

3ue Timpéritie de ses généraux renit d'abord funeste à la Perse. Darab s'étant ensuite décidé à prendre

(*) Le mot dar signifie entre autres choses en persan gardant, conservant , et ab veut dire eau. Les ailleurs orientaux proposent d'autres étymologies du nom de Darab, toutes aussi mauTaises que celle-ci.

lui-même le commandement de ses troupes, obtint bientôt de grands avantages sur Philippe, obligea ce prince à lui payer un tribut annuel de mille œufs d'or pur et à lui donner s? fille en mariage. Il n'avait encore passé qu'un jour et une nuit avec cette princesse, lorsque, nejpouvant supporter l'odeur de son haleine, qui était trèsforte , il la renvoya à son père , quoiqu'elle fût grosse.

Darab fit bâtir, dans la province de Perse, une ville à laquelle il donna son nom (*). Ce prince, aussi brave que juste , fut regretté par tous ses sujets.

(Son règne fut de S ans.)

Autant Darab I" était beau et vertueux , autant son fils Darab II était laid et plein de vices. Sa cruauté et son avarice le firent bientôt détester de ses sujets. Peu de temps après être monté sur le trône , il envoya des ambassadeurs en Macédoine, pour réclamer le tribut que Philippe s'était engagé à payer au roi de Perse. Philippe était mort, et Alexandre, fils de la princesse que Darab avait renvoyée, et Ktit-fils de Philippe , était alors roi de acédoine. Ce prince répondit aux ambassadeurs de Darab que l'oiseau qui pondait les œufs d'or était allé dans un autre monde. Darab, outré de cette réponse , envoya de nouveaux ambassadeurs en Macédoine, chargés de remettre à Alexandre un mail , une boule et un sac plein de grains de sésame.

Le mail et la boule signifiaient qu'Alexandre n'était encore qu'un jeune homme capable seulement de s'occuper de choses futiles. Le sésame voulait dire qu'il lui serait aussi difficile de compter les soldats perses que les crains de sésame contenus dans le sac. Alexandre répondit à ce message ": « Je garde la boule et le mail comme l'emblème de ma puissance ; car je jetterai au loin la puissance de votre maître, comme, avec un mail , je lance une boule à une

(*} Darabguerd, c'est-à-dire nille de Dorai.

PERSE

grande distance. Quant à votre nombreuse armée, vous allez voir le sort que je lui réserve; » et aussitôt il prit une poule qui mangea tous les grains de sésame en présence des ambassadeurs, auxquels il remit pour Darab un melon amer. «'Le coût de ce fruit, leur dit-il, pourra faire pressentir à votre maître l'amertume du sort que je lui réserve. »

Après avoir réduit quelques villes de la Grèce qui refusaient de se soumettre, Alexandre passa en Perse avec une armée nombreuse et composée de soldats braves et aguerris. Les Perses, fatigués de la tyrannie de Darab, et reconnaissant d'ailleurs dans Alexandre, le fils de leur ancien roi Darab Ier, ne lui opposèrent qu'une faible résistance (*). Darab II, battu en Syrie, sur les bords de l'Euphrate et près d'Istakbar, se retira du côté du Kerraan.

Alexandre l'ayant joint, lui livra une cinquième et dernière bataille. Darab, obligé de fuir avec une suite peu nombreuse, fut poignardé par deux de ses ministres, qui allèrent ensuite vers Alexandre et lui racontèrent ce qu'ils avaient fait, espérant recevoir du prince macédonien une grande récompense.

Alexandre se fit aussitôt conduire à l'endroit où était Darab. Ce monarque, quoique près de rendre le dernier soupir, eut encore la force de supplier Alexandre de le venger de ses meurtriers, d'épouser sa fille Rouschnac, et de ne pas mettre un étranger sur le troue de Perse. Le prince macédonien respecta les dernières volontés de ce malheureux roi , et fit pendre immé-

(*) Tel est le conte à l'abri duquel les historiens persans musulmans placent leur vanité nationale. Ne pouvant nier les con- ' quêtes d'Alexandre, dont la tradition s'est conservée jusqu'à nos jours dans l'Orient , ils adoptent le héros macédonien ponr souverain légitime , et lui attribuent des exploits ridicules et imaginaires. Cbez les auteurs qui suivent la religion de Zoroastre, la haine est plus forte que l'amour-propre, et ils nous apprennent qu'Alexandre brûle en enfer pour avoir condamné au feu le livre de leur loi,

18* livraison. (Perse.)

diatement ses meurtriers» Le corps de Darab fut porté à Istakhar, où on lui fit de magnifiques obsèques. Après s'être acquitté de ces pieux devoirs, Alexandre épousa à Istakbar la princesse Rouschnac.

La conquête de la Perse étant achevée , Alexandre marcha vers l'Inde, et entra dans le royaume d'un prince, appelé Keïd, qu'il fit engager à se soumettre. Keïd déclara qu'il était prêt à renoncer à son pouvoir, et même à la vie , si Alexandre l'exigeait. « J'enverrai à votre maître, dit-il en s'adressant à l'ambassadeur macédonien , ma fille qui est fort belle , une coupe de rubis qui se remplit d'elle-même sans qu'on y verse rien, un philosophe trèssavant , et un médecin si habile, qu'il serait capable de ressusciter les morts.» Alexandre, satisfait de ces riches présents, n'entreprit rien contre Keïd.

Il attaqua ensuite un roi indien appelé Pour. Après l'avoir tué et s'être emparé de son royaume, il marcha contre l'empereur de la Chine, qui se rendit dans le camp des Grecs à la faveur d'uu déguisement; découvert et conduit devant Alexandre, Je monarque macédonien lui demanda comment il avait pu hasarder une pareille démarche. « J'étais curieux ue voir et vous et votre armée, dit l'empereur; je ne pouvais rien redouter pour moi, car je savais que je n'étais pas un objet de crainte pour Alexandre : d'ailleurs, si vous me faisiez tuer, aussitôt mes sujets placeraient sur le trône un nouveau chef. Mais je n'ai nulle frayeur, Alexandre ne peut pas blâmer ma conduite, puisque j'ai voulu seulement obtenir son amitié. » L'empereur s'étant engagé à payer un tribut, retourna dans sa capitale, et trois jours après, il reparut avec une armée nombreuse. Alexandre craignant une trahison, fit ranger ses troupes en bataille. Alors, l'empereur de la Chine et ses ministres descendirent de cheval. Le prince macédonien demanda au monarque chinois pour quel motif il avait rassemblé des forces si considérables.

« J'ai voulu, lui dit l'empereur, vous montrer mon armée , pour que vous

L'UNIVERS

pussiez voir que, si je désire la paix, ce n'est pas par impossibité de faire la guerre. Mais, j'ai consulté Les astres; les cteux vous protègent et je ne fais point la guerre contre eux. » Alexandre, satisfait de cette réponse, n'exiçea aucun tribut de l'empereur de la Chine et se contenta de son amitié.

Les astrologues avaient prédit qu'avant de mourir, Alexandre serait assis sur un sol de fer, et aurait au-dessus de sa tête un ciel d'or. Un jour, non loin de Babylone, il éprouva un grand saignement de nez} un officier qui était près de lui , ôta sa cotte de mailles , et rétendit a terre pour que le roi pût s'asseoir dessus; et il plaça un bouclier d'or au-dessus de sa tête, afin de le garantir du soleil. Aussitôt Alexandre s'écria : « La prédiction des astrologues est accomplie; je ne fais plus partie des vivants, flélas ! faut-il que la plante soit moissonnée au printemps , comme le fruit tnûr de l'automne! v II écrivit à sa mère pour lui annoncer que bientôt il quitterait cette terre. Il demandait que les aumônes qui seraient faites à l'occasion de sa mort , fussent distribuées à des personnes qui n'eussent jamais connu les misères de ce monde. Sa mère chercha , mais en vain, des gens parfaitement heureux. Tous avaient eu leur part des maux et des chagrins de la vie. Tous avaient perdu des êtres qu'ils aimaient. La mère d'Alexandre trouva dans cette vérité, comme son fils l'avait voulu , quelque adoucissement à la perte qu'elle venait de faire. Elle reconnut que la douleur est le triste partage de l'humanité.

Alexandre mourut âgé de trente-six ans , après un règne de douze ans. Son corps fut embaumé et envoyé en Grèce.

Les historiens persans mettent sur le compte d'Alexandre un grand nombre d'anecdotes qu'il serait trop long de rapporter. Nous en choisirons (juelques-unes qui suffiront pour faire juger des autres.

Un chef ennemi fut un jour amené devant Alexandre qui le fit mettre en liberté. Un de ses courtisans lui dit : « Si

j'étais à votre place, je ne montrerais pas à cet homme tant de bonté.— C'est précisément parce que je ne suis pas vous, lui dit Alexandre, que je rai épargné. Je pardonne à mes ennemis, parce que je trouve du plaisir à faire Je bien , et que je n'en ai aucun à être cruel. »

Il dégrada un jour un officier , et lui donna un emploi inférieur à celui qu'il avait. Peu de temps après, il lui demanda comment il se trouvait de ses nouvelles fonctions. « Ce n'est pas, répondit l'officier, la position qui donne de l'importance à l'bomme , mais l'homme qui en donne à l'emploi. »

Alexandre fut tellement satisfait de cette réponse, qu'il rendit à celui qui l'avait faite, sa première position.

Comme on lui demandait un jour la raison pour laquelle il honorait plus son maître Aristote que son père : «Mon père, répondit-il, m'a amené du ciel sur la terre; par les leçons de mon maître, je suis remonté de la terre au Ciel. »

HISTOIRE DE PERSE SOUS LES SEUtJCtDES ET LES ARSACIDES.

Nous avons vu plus haut (*) corn* ment Alexandre devint paisible possesseur de toute la monarchie perse. A la mort de ce conquérant, les généraux , macédoniens, après avoir choisi Aridée , son frère naturel , pour lui succéder, se retirèrent dans leurs gouvernements , soumis en apparence au souverain qu'ils venaient (relire; mais bientôt, dédaignant la feinte, ils se déclarèrent rois des pays dont ils avaient le commandement. Séleucus, surnommé NicQtor à cause du grand nombre de batailles qu'il avait gagnées, devint maître de l'empire perse et de toute l'Asie, à l'exception de la Coeiésyrie , de l'Arabie et de la Palestine. Il prit le titre de roi de Syrie, que conservèrent ses successeurs, appelés dans l'histoire Séteucides.

Séleucus monta sur le trône l'an 3(2 avant Jésus-Christ. La Perse lui resta

(*) Ci-devant p. a 19.

PËRSË.

soumise, ainsi qu'à Àntiochus Soter, son filé ; mais Fan 366 avant Jésus* Christ, Arsace, seigneur partbe ou bactrien, se révolta contre Agathoclès, lieutenant d'Antiochus Théos, succès* seur d'Antiochus Soter, et fonda l'empire si connu des Parthes ou des Arsacides.

Avant de commencer l'histoire des princes de la famille d' Arsace , nous ferons remarquer qu'il n'existe pas de différence réelle entre l'empire des Partîtes et celui des Perses , comme Téta* Missent un grand nombre d'auteurs.

Les Parthes, il est vrai, appartenaient à la race scythe, suivant le témoignage des anciens; mais ce peuple peu nom* breux, puisqu'il n'habitait qu'une seule contrée de la Perse , n'aurait jamais pu fournir à lui seul ces armées que tes Arsacides employèrent, suivant les circonstances , à la défense du territoire , ou à faire des irruptions chea leurs voisins. Les provinces qui constituaient en réalité l'ancien empire perse , bientôt réunies sous le sceptre des Arsacides , envoyèrent leurs habitants 6ervir dans les armées de ces princes. Il serait donc peu exact d'attribuer à des différences de race et d'habitudes les victoires que les Parthes remportèrent sur leurs ennemis.

Nous pensons qu'il ne faut voir dans l'avènement des Arsacides, et plus tard dans celui des Sassanides , qu un sim-

«e changement de dynastie. Ces révotions avaient sans doute pour résultat de placer au premier rang dans la monarchie, les provinces et les tribus auxquelles appartenaient les souverains régnants; mais le peuple et l'armée considérés en masse étaient toujours les mêmes.

Les auteurs grecs et latins qui ont écrit l'histoire de l'empire des Parthes^ contents de faire connaître les événements auxquels les Romains se trouvent mêlés, n'apprennent que peu de détails sur tous les autres, et les chroniqueurs persans, loin de suppléer cette lacune, n'indiquent pas même exactement les noms des successeurs d'Alsace. Nous allons donner 4a suite de ces rois, d'abord (J'après les sources

grecques et latines, puis d'après les auteurs orientaux; comme nous favon$ fait jusqu'à présent pour les autres parties de l'histoire de Perse; mais nous serons obligé de nous borner à l'indication des dates et des noms propres.

Pour étendre notre cadre, il aurait fallu y faire entrer des faits qui appartiennent bien plutôt à l'histoire des empereurs qu'à celle des Arsacides.

« Il y a , dit Malcoltn dans son Hi$* toirè de Perse, depuis la mort d'A* iexandre jusqu'au règne d'Artaxerxès, près de cinq siècles , et la totalité de cette ère si longue peut être considérée comme une lacune dans l'histoire orientale. Cependant, lorsque noua nous reportons aux écrits des auteurs romains , nous trouvons que cette période abonde en événements ddnt la nation la plus fière se tiendrait hono* rée, et que ces monarques parthes, dont on ne peut aujourd'hui retrouver les noms dans leur propre pays , ont été les seuls souverains sur qui les armes de Rome , parvenue au plus fiaut degré de sa puissance, n'aient pu faire aucune impression durable. G est, au reste , à la nature de leur pays et à leur manière de faire la guerre qu'ils durent ces avantages fréquents sur les légions disciplinées» des Romains. La frontière que le royaume des Parthes présentait à l'empire romain s'étendait depuis la mer Caspienne jusqu'au golfe Persique. Elle est composée de vastes déserts , de montagnes hautes et stériles, et de larges et rapides torrents. Dans toutes les directions , les légions romaines trouvaient le pays dévasté. On se battait, non contre une armée, mais contre la faim et la soif; et la méthode qu'avait Je guerrier perse de décocher une flècfoe mortelle contre l'ennemi , dont son cheval au galop l'éloignait rapidement, peut être regardée comme le symbole du système de guerre au moyen duquel la nation parvint durant cette période à maintenir son indépendance. Ce système était approprié au pays, à L'homme et au vigoureux et léger animal sur lequel il était monté. Le suticès en était si sûr, que les plus braves vété-

L'UNIVERS

rans de Rome élevaient quelques murmures quand leurs chefs parlaient d'une guerre contre les Parthes. »

TABLXÀV CHBOKOLOOrQUI DE l'hISTOIRK DU À RSA CI DES D'APRÈS' LKS AVTEUBS GRECS ET LATINS.

(An 256 avant J. C.) Arsace se révolte contre Antiochus Théos, et fonde un empire dans la province de Parthie.

Il meurt des suites d'une blessure reçue en combattant, et laisse la couronne à son frère Tiridate.

En montant sur le trône ( an 253 avant J. C.),Tihidatb quitta son nom pour prendre celui d' Arsace. Il fut d'abord battu par les troupes de Séleucus Callimcus , fils et successeur d* Antiochus Théos, et obligé de quitter la Parthie. Mais il y rentra ensuite, et s'empara même de l'Hyrcanie. Il mourut en 217 avant J. C.

Abtaban Ier, s< n fils, lui succéda.

Ce prince gouverna ses Etats avec

Sloire, et mourut la vingtième année e son règne. Il eut pour successeur son fils Phriapatius, qui régna quinze ans.

Phbahate , fils de Phriapatius, succéda à son père (an 181 avant J. C).

Il soumit les Mardes, et mourut bientôt après cette glorieuse expédition.

Mithbidate 1er, frère de Phrahate, monta ensuite sur le trône ( an 173 avant J. C). Ce roi soumit la Bactriane , la Perse , la Médie , l'ÉIymaïde, ainsi que plusieurs autres provinces , et fit même une expédition dans les Indes. Il mourut après avoir régné environ trente-sept ans.

Phbahate , fils de Mithridate, succéda à son père (an 136 avant J. C).

Il fut tué dans une expédition contre tes Scythes , Tan 128 avant J. C.

^Abtaban II, son oncle et son successeur, eut le même sort.

Mithbidate II, fils d'Artaban II , prit alors la couronne (an 124 avant J. C). Ce prince mérita le surnom de Grand par sa sagesse autant que par ses victoires.

Mkaskibès, fils de Phrahate Ier, succéda à son oncle Mithridate II (an 87

avant S. C.) Il soumit Sinatrockès, fils de Mithridate Ier, qui voulait lui ravir la couronne. Les guerres civiles , qui désolèrent alors l'empire des Arsacides, réduisirent le pays à un tel état de faiblesse, que les Arméniens faisaient impunément des incursions dans les provinces parthes, voisines' de leurs frontières. M naskirès mourut dans un âge fort avancé , Tan 77 avant J* C.

Sinatbockès fut son successeur. Celui-ci , qui était extrêmement âgé , associa à l'empire son fils Phrahate III.

Après la mort de Sinatrockès, Phrahate III régna seul (an 69 avant J. C). Ce prince contracta une alliance avec les Romains. Il mourut Tan 61 avant J. C. , empoisonné par ses fils.

MiTHBiDATB III, lilsde Phrahate III (an 60 avant J. C.) , avait contribué à la mort de son père. A peine sur le trône , il exila son frère Orode , qui conspirait contre lui. Son caractère cruel le rendit bientôt odieux à ses sujets qui le chassèrent et rappelèrent Orode. Celui-ci , devenu maître de la

rirsonne de Mithridate, le fit mettre mort l'an 54 avant J. C

Orode signala son avènement par la défaite si fameuse de Crassus et la destruction des légions romaines sous les ordres de ce général. Bientôt après il fit une irruption dans la Syrie, d'où il fut chassé par Cassius. L'année suivante (50 avant J. C.)» ^ envoya dans ce pays Son fils Pacore , qui n'y obtint pas de grands succès. Plusieurs années après cette expédition , Pacore fut défait et tué par Ventidius. Orode mourut étranglé par son fils Phrahate, Tan 37 avant J. C.

Phbahate IV, profitant de la lutte d'Antoine et d'Auguste , envahit l'Arménie et la Médie. Devenu odieux à ses sujets , il fut chassé ; mais il recouvra la couronne par le secours des Scythes. Il fut étouffé, l'an 4 de J. C-, par son fils Phb ah at aces, qui tomba bientôt lui-même sous les coups d'Orode, second du nom. Celui-ci ne jouit que bien peu de temps du fruit de son crime, et, au bout de quelques mois, il fut assassiné.

Vononès, fils de Phrahate IV, qui

PERSE

était en otage à Rome , fut demandé par les Partlies pour occuper le trône de son père (an 6 de J. C). Ayant conservé les mœurs romaines, il se rendit odieux à ses sujets, qui offrirent la couronne à Artaban, roi des Scythes, et du sang des Arsacides du coté de sa mère. Après une guerre qui dura environ deux ans, Vononès fut obligé de se retirer, laissant la couronne à Artaban.

Artaban III (an 15 de J. CO, tranquille possesseur de l'empire des Partîtes , mit son fils Orode sur le trône d'Arménie. Tibère , redoutant les envahissements des Parthes, envoya Germanicus contre Orode. Le général romain chassa celui-ci , et mit un autre prince sur le trône d'Arménie. Artaban III mourut Tan 43 de J. C , après avoir désigné Bardanès, son second fils, pour lui succéder.

Bardais es fut bientôt détrôné par Gotarzès, son frère aîné; mais cefuici s'étant rendu odieux à ses sujets par sa cruauté, fut obligé de céder de nouveau la couronne à Bardanès. Ce dernier étant mort Tan 47 de J. C. , eut pour successeur Gotarzès, qui laissa lui-même la couronne à Vononès II , prince de la famille royale, Fan 51 de J. C.

Vologèse Ier, (Ils de Vononès, monta sur le trône Tan 52 de J. C. , après le règne très-court de son père. Il envahit l'Arménie, et renouvela les anciens traités avec le sénat de Rome. Sa mort arriva l'an 90 de J. C.

Pacore , son fils aîné , lui succéda.

II régna dix-sept ans, et laissa la couronne à son frère Chosroës, qui attira sur le royaume des Parthes les armes de Trajan.

Vologèse II, fils de Chosroës, monta sur le trône Tan 134 de J. C-, et mourut en 188. Ce prince fit la guerre aux Romains, qui battirent plusieurs fois ses troupes. Monnésès, déclaré roi par les Parthes , régna à la place de Vologèse , qui recouvra plus tard la couronne. Vologèse II eut pour successeur Vologèse II L son fils.

Artaban IV (an 214 de J. C.) fit la guerre aux Romains, et les obligea

à conclure avec lui une paix honorable; mais il perdit dans cette lutte ses meilleures troupes. Un Perse, d'une naissance peu illustre , et appelé Artaxerxès ou Artaxarès , crut que le moment était venu de reprendre sur Jes Parthes la suprématie dont les Perses avaient été dépouillés. Artaban, instruit de cette révolte, marcha avec toutes ses forces contre Artaxerxès, qui avait une armée à peu près égale en nombre à celle de son rival. Après un combat acharné, la victoire se déclara pour les Perses. Artaban fut fait prisonnier et mis à mort par Ford red' Artaxerxès.

Ainsi finit l'empire des Parthes, après avoir duré presque cinq siècles.

La race des Arsacides ne fut pas éteinte dans la personne d' Artaban.

Une branche de cette famille continua à régner sur l'Arménie jusque vers le milieu du sixième siècle de notre ère.

HISTOIRE DE PERSE SOUS LES SELEUCIDSS ET LES ARSACIDES D*APRES LES AUTEURS ORIEN- TAUX.

Les historiens persans rapportent au'Alexandre laissa un fils appelé A$mnderous, lequel se livra aux sciences sous la direction d'Aristote, et ne voulut point succéder au trône de son père. Alexandre, qui connaissait les dispositions d'Askanderous, partagea avant de mourir son empire a' Asie en trente provinces , dont il nomma gouverneurs les princes du pays ou des généraux grecs. Tous ces chefs étaient soumis aux Séleucides , héritiers de la puissance macédonienne en Asie. Après quatre-vingts ans de dissensions occasionnées par la conduite tyrannique des descendants de Séleucus , les troubles gui augmentaient dans l'Iran favorisèrent les projets d'un seigneur de l'Irak-Adjémi appelé Aschc, ou Arsch et aussi Arschac : celui-ci annonça qu'il avait en son pouvoir l'étendard royal des anciens rois de Perse (*), qu'un de ses aïeux, descendant de Gouschtasp, avait sauvé à l'époque où Darab fut vaincu par Alexandre.

(*) Cet étendard était le tablier de cuir de Cavch. Voyez p. aa3 , col. a,

L'UNIVERS

Aschc disait encore mie le bonheur

311*1! avait de posséder le drapeau royal 'Afridoun prouvait que le ciel voulait se servir de lui pour rétablir l'ancienne monarchie des Perses. Cette opinion , soutenue par les astrologues, contribua beaucoup à faire réussir les desseins ambitieux d' Aschc. Lorsque ce chef fut à la tête d'un parti considérable, il secoua le joug des Séleucides, soumit tout l'Irak- Ad jémi , prit le titre de roi de l'Iran, et choisit pour capitale la ville de Reï. Les chefs du Fars, de l'Aderbidjan, du Mazenderan et du Khouzistan , le reconnurent pour suzerain, et s'engagèrent à le soutenir contre les Séleucides, à la condition de ne jamais payer de tribut ni à lui ni à ses successeurs. Aschc consolida sa puissance, fit respecter son autorité dans tout l'Iran, résista aux attaques des Séleucides, et, après quinze ans de règne, laissa la couronne à son fils Gouderz Ier, appelé Aschc //par plusieurs auteurs.

Schapour, fils de Gouderz , fut surnommé le grand roi, parce qu'il reconquit sur les Grecs les trésors des ancjens monarques perses, et les fit porter à Suse et à Persépolis. Il occupa le trône pendant quinze ans, et eut pour successeur son petit - fils Bahram Ier, dont le règne fut de onze ans. Balasch, qui lui succéda, conserva la couronne le même nombre d'années.

Firouz Ier fut tout à la fois ua prince brave et pacifique. Un jour, étant à la chasse, il découvrit une caverne dans laquelle Afridoun avait enterré' des quantités prodigieuses d'or et d'argent. Firouz employa ces richesses à payer les troupes. Il régna dix-neuf ans et laissa le trône à son frère Narsi , qui ajouta une partie de la Tar tarie a l'empire des Arsacides.

Son règne dura quatorze ans, après lesquels il transmit la couronne à son neveu

Firouz II , qui fut massacré par ses sujets après un règne de vingt-sept ans. On lui attribue la fondation de la ville de Madaïn, qui devint par la suite la capitale du royaume.

Balasch II, fils de Firouz II , régna douze ans.

Ardavan 1er conserva la couronne pendant treize ans. On ignore la durée du règne (TAschc III, son successeur.

Chosboes II, fils d'Aschc III, occupa le trône pendant douze ans. C'est sous le règne de ce prince que les historiens orientaux placent la naissance deJ.C.

Balasch III, son fils ou son petitfils, lui succéda. On ignore la durée de son règne.

Gouderz conserva la couronne pendant vingt-neuf ans.

Narsi II. fils de Gouderz, soumit le Khorasan et régna vingt ans.

Narsi III, son fils , qui lui succéda, étendit ses conquêtes. Il passa dix ans sur le trône.

Ardavan II eut un long rèçne. Du temps de ce prince , le polythéisme se répandit dans l'Orient.

Ardavan III, fils et successeur d' Ardavan II, fut le dernier souverain de la dynastie des Arsacides, ou, comme disent lesOrientaux , des Àschqanides.

Nous allons rapporter les principales circonstances de la révolution qui, suivant les historiens persans, Itti fit perdre la couronné et fa vie.

On a vu, dans l'histoire des rois Caïaniens (*) , que Bahman avait disposé du trône d'Istakhar en faveur de H ou mai, sa fille, au préjudice de Sassan. Ce prince quitta la Perse , et se retira aux Indes, où il vécut dans une condition obscure. Ses descendants continuèrent d'habiter la même contrée pendant six siècles, après lesquels un prince de cette branche caïanienne, appelé aussi Sassan, quitta les Indes, et alla s'établir dans la province de Perse. Il s'attacha au service de Babec, gouverneur du pays , et intendant de tous les temples du feu qui existaient dans l'empire.

Babec, enchanté de l'esprit et des dehors séduisants du jeune Sassan, le choisit pour intendant de ses troupeaux et de ses terres. Une nuit, Babec vit en songe trois ministres de la religion

(*) Ci-devant page 27 t.

PERSE

dé Zoroastre qai adoraient Sassan, tu!

annonçant qinl serait la souche d'une dynastie nouvelle. Babec appela aussitôt le jeune prince, qui, pressé de questions, lui fît connaître son origine royale. Babec plaça aussitôt Sassan dans son palais, et lui fît épouser une de ses filles. De cette union naquit un fils que Babec appela Jrdsckir, surnom de Bah ma n. Le jeune Ardschir, doué du plus heureux naturel, reçut une excellente éducation. A l'âge de vingt ans, il se faisait remarquer par son adresse et son courage dans les tournois. La renommée d' Ardschir parvint bientôt à la cour d' Ardavan III , lequel, curieux de voir ce jeune homme, écrivit à Babec en le priant de l'envoyer à Reï. Ardschir continua ses études et ses exercices militaires avec les princes fils d' Ardavan. Un iour qu'ils étaient tous ensemble à la chasse, Ardschir et Bahman , fils aîné d'Ardavan, se mirent à la poursuite d'une bête qui fut percée par Ardschir. Bahman prétendit l'avoir tuée. Ardschir repoussa avec chaleur les prétentions de Bahman, et s'attira la haine d' Ardavan, qui l'éloigna de ses fils et le nomma inspecteur des écuries royales.

Peu de temps après , Babec mourut sans laisser d'enfants mâles, et Ardavan donna le commandement de la province de Fars à Bahman. Mais à peine ce prince était- il parti, qu' Ardavan, craignant son ambition, s'adressa aux astrologues, pour savoir s'il ne devait point lui ôter le commandement dont il venait de l'investir. Les astrologues répondirent qu'il n'avait rien à craindre de Bahman; mais qu'ils avaient découvert, au moyen de leur art, qu'il y avait à Reï un étranger né sous une heureuse étoile, lequel causerait la ruine des successeurs d'Aschc. Cette prédiction causa une grande frayeur à Ardavan , qui porta bientôt ses soupçons sur Ardschir. Il cherchait les moyens de se défaire de lui; mais il en fut empêché par une jeune femme de son harem appelée. Gulnare, et chargée de la garde de son trésor et de ses bijoux.

Depuis quelque temps, Gulnare en-

tretenait une intelligence secrète avec Ardschir. Elle l'informa des desseins d'Ardavan. Ardschir, plein de reconnaissance, jura à Gulnare qu'il la prendrait pour épouse, et rengagea a le suivre ; ils se déguisèrent l'un et l'autre , et sortirent de Reï emportant les joyaux les plus précieux d'Ardavan. Ardschir gagna la province de Perse , où la tyrannie du prince Bahman causait un mécontentement général, augmenté encore par le souveuir des vertus de Babec. Profitant de la disposition des esprits, il excita un Soulèvement, fit connaître ses droits au trône , et se présenta devant Istakhar avec une armée d'environ cinquante mille hommes. Le prince Bahman ayant marché à sa rencontre fut complètement défait , et se sauva à Reï grièvement blessé. Ardschir entra dans Istakhar aux acclamations de tout le peuple , et prit aussitôt le titre de roi. Plusieurs vassaux de la couronne, et quelques gouverneurs de province, irrités de la tyrannie d'Ardavan et de ses ministres , se déclarèrent pour Ardschir. La lutte en* tre les deux compétiteurs dura douze ans. Après ce temps, Ardavan et deux de ses fils furent faits prisonniers dans une grande bataille : Ardschir ordonna dé tuer Ardavan, et les deux princes furent enfermés dans un château; quant à Bahman, il se retira aux Indes.

HISTOIRE DE PERSE SOUS LA. DYVASTIX DU SASSAÎUDES D'APRES LES AUTEURS GRECS ET LATI2TS.

Artaxerxès ou Artaxarès , oui détrôna Artaban, était fils d'un nomme de basse condition appelé Pabec , et qui exerçait le métier de cordonnier.

Un jour un officier du nom de Sassant traversant le pays des Cadusiens, alla loger chez Pabec. Celui-ci , très-versé dans l'astrologie, découvrit, an moyen de cet art , que de Sassan naîtrait un fils qui deviendrait illustre dans le monde. Pabec désirait vivement faire entrer Sassan dans sa famille ; mais n'ayant aucune parente à lui donner en

L'UNIVERS

mariage, il engagea sa femme à s'attacher à cet étranger. De cette union bizarre et criminelle naquit Artaxerxès.

Dans la suite, celui-ci étant devenu souverain de toute la Perse, il s'éleva une grande contestation entre Pabec et Sassan, qui tous deux revendiquaient la gloire de lui imposer leur nom. Il fut décidé par une espèce de transaction, qu' Artaxerxès serait appelé ./fis de Pabec, de la race de Sassan. Artaxerxès, doué d'une grande bravoure, d'un caractère entreprenant , et trèsadroit dans tous les exercices du corps, conçut le projet de secouer le joug des rois arsacides. Étant parvenu à faire révolter ses compatriotes, il battit les Parthes , tua Artaban, et prit le titre de roi des rois l'an 226 de J. C.

A peine affermi sur le trône, il s'occupa de rendre à l'empire des Perses son ancienne splendeur. II fit de grands préparatifs de guerre, et déclara aux Romains que tous les |>ays qu'ils occupaient dans l'Asie Mineure avaient toujours été gouvernés par des satrapes perses , depuis Cyrus jusqu'à Darius, et qu'il leur demandait l'héritage de ses ancêtres. Alexandre Sévère, alors empereur, désirait conserver la paix; il engagea Artaxerxès à éviter une lutte dont le succès était incertain, et à craindre les armées romaines qui avaient si souvent triomphé des Perses. Artaxerxès ne tenant aucun compte de ces représentations, attaqua sans différer les positions fortifiées que les Romains occupaient sur l'Euphrate, et subjugua plusieurs provinces voisines de ce fleuve. Alexandre Sévère fit alors lever une armée et marcha vers la Mésopotamie. Arrivé à Antioche, il députa à Artaxerxès des ambassadeurs chargés de lui offrir la paix. Le mo- . nargue perse ne voulut pas les recevoir, et ayant choisi quatre cents hommes d'une taille élevée , il les envoya vers Alexandre Sévère, montés sur des chevaux magnifiques , avec de riches habits et de fort belles armes. Ces singuliers ambassadeurs , introduits en présence de l'empereur, lui dirent qu'il eût à céder au grand roi la Syrie et l'Asie Mineure, anciennes li-

mites de l'empire des Perses. Alexandre Sévère , irrité de tant de hauteur, fit arrêter ces envoyés et les relégua enPhrygie, où il leur donna des terres. Renonçant alors aux négociations , il entra dans la Mésopotamie et recouvra cette province presque sans coup férir. Les événements qui suivirent cette expédition sont rapportés d'une manière tellement différente par les auteurs qui les ont écrits , que nous croyons inutile de les rapporter.

Dès qu'Alexandre Sévère fut de retour à Rome, Artaxerxès, profitant de son absence , reprit toutes les provinces que les Romains lui avaient enlevées. Ce prince mourut après avoir régné quinze ans moins deux mois.

SAPOB,fils d'Artaxerxès (an 241 de J. C), continua la guerre contre les Romains. L'empereur Gordien s'étant Vendu en Syrie, marcha contre ce roi à la tête d'une armée considérable, et força les Perses à se retirer dans leur patrie. Il poursuivait ses succès lorsqu'un ofûcier de ses gardes, appelé Philippe, l'assassina pour s'emparer de l'autorité souveraine. Philippe fit la paix avec Sapor, et lui abandonna la Mésopotamie et l'Arménie, qu'il reprit ensuite contre sa parole, pour ne point déplaire au sénat de Rome qui avait blâmé cette cession. Aussitôt après le départ de l'armée romaine, les Perses recommencèrent leurs incursions, et s'avancèrent jusqu'à la ville d'Édesse, qu'ils assiégèrent. L'empereur Valérien, instruit de ces fâcheuses nouvelles , courut au secours des provinces envahies; mais soit témérité, soit perfidie d'un de ses généraux , il se trouva dans un endroit où ni le courage ni la discipline de ses soldats ne purent l'empêcher de tomber entre les mains des Perses. Après cet événement, Sa-

Î>or remporta de grands avantages sur es Romains; mais il fut vaincu dans la suite par Odenat, roi de Palmyre, l'époux de la courageuse Zénobie. Ce prince lui enleva ses bagages et toutes ses concubines.

Sapor rentra dans ses États; mais aigri par l'échec qu'il avait reçu, la cruauté naturelle de son caractère

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augmenta encore. Il lit massacrer dans sa retraite un grand nombre de prisonniers romains, et loin de consentir à remettre en liberté l'empereur Valérien, il traitait cet illustre vieillard de la manière la plus indigne, jusqu'à lui poser le pied sur le cou pour monter à cheval. Enfin, suivant quelques auteurs, après l'avoir retenu longtemps prisonnier, il le fit écorcher vif. Depuis cette époque, la gloire de Sapor déclina déplus en plus. Odenat, encouragé par sa première victoire, fit des incursions dans les provinces frontières de la Perse, et s'avança même deux fois jusque sur les bords* du Tigre. Après sa mort, Zénobie continua cette guerre, qu'elle fut ensuite obligée d'interrompre pour se défendre contre l'empereur Aurélien. Sapor, délivré de sa redoutable ennemie, attaqua plusieurs peuples barbares voisins de ses États. Il mourut après un règne de trente et un ans.

HormîsdasouHormjsdate, fils de Sapor, monta sur le trône l'an 272 de J. G. Il ne régna qu'un an et dix jours, et laissa la couronne à son fils Vararane Ier qui régna trois ans.

Vabaraïne II, fils du précédent, se disposait à envahir les provinces romaines (an 276 de J. C.) , lorsque Pempcrcur Probus marcha en personne contre lui. Vararane effrayé envoya des ambassadeurs à Probus, qui les reçut avec hauteur, et consentit cependant à leur accorder la paix. Probus ayant appris quelque temps après que le monarque perse songeait de nouveau à attaquer l'empire, résolut de le prévenir. Il était en marche, lorsque ses soldats le massacrèrent. Carus, son successeur, avait pénétré jusqu'à Cté* siphon sans trouver de résistance, quand il mourut. L'armée romaine se remit alors en route pour l'Italie, sous la conduite de Dioctétien. Vararane, débarrassé de la présence de ses ennemis , s'occupa de fortifier les frontières de son royaume. Il se disposait même à faire une nouvelle incursion sur les terres de l'empire romain, lorsque tout à coup Dioclétien parut en Arménie avec une armée considérable.

Vararane effrayé n'osa pas sortir de ses Etats, et if mourut bientôt après* Il avait régné dix sept ans.

Vararane III, son fils, lui succéda (an 293 de J. C). «Ce prince, dit « Agathias, fut surnommé Segansaa, « non sans raison , et en vertu d'une « ancienne coutume. Quand les rois de « Perse ont réduit sous leur obéissance « quelque nation voisine, ils ne tuent « pas tes vaincus , mais , après leur « avoir imposé un tribut, ils leur lais- « sent toute liberté d'habiter et de cul- « tiver le pays, mais ils mettent à mort « les chefs de la nation , et prennent « pour leurs fils le titre de prince de la « nation vaincue. Vararane II ayant « donc soumis la nation des Segestains , « son fils fut appelé Segansaa, c'est- « à-dire roi des Segestains. »

Narsès , qui succéda à Vararane (an 294 de J. C.) , régna sept ans et cinq mois. Ce prince, vaincu dans deux batailles par Galère, qui pénétra jusqu'au delà du Tigre, finit par surprendre les Romains et les tailla en pièces. Galère lui-même ne se sauva qu'à grand'peine. Ayant obtenu de 1 empereur Dioclétien une seconde armée, il remporta sur les Perses une victoire complète. Ntfrsès. blessé dans l'action, se retira, avec les débris de ses troupes, sur des montagnes escarpées.

Ses bagages et ses trésors, ainsi que ses femmes , ses enfants , ses sœurs et ses concubines, tombèrent au pouvoir des Romains, auxquels il fut obligé de céder cinq provinces pour obtenir la paix. Galère lui rendit sa femme; mais ses sœurs, ses concubines et plusieurs autres personnages de distinction , furent conduits à. Rome pour orner le triomphe du vainqueur. Narsès , rongé de chagrin, ne survécut pas longtemps à ses désastres.

HormisdasouHormisdateII (an 302 de J. C.) régna , comme son père, sept ans et quelques mois. Ce prince, qui était d'une santé très-faible, étant tombé malade, les grands du royaume appelèrent des mages, auxquels'ils demandèrent si la reine, qui était alors enceinte, accoucherait d'un fils. Sur leur réponse affirmative, ces seigneur?

tt*

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placèrent la tiare royale sur le sein de la reine, et prêtèrent serment de fidélité au fils crHormisdas qui n'était point encore né.

Le prince dont la reine accoucha (an 310 de J.C.; fut appelé Sapor IL II devint un grand roi, et se proposa toujours de reconquérir sur les Romains les provinces qui avaient appartenu autrefois aux rois de Perse. Bien convaincu que son armée ne pouvait pas lutter h forces égales avec les troupes réglées des Romains , il engagea plusieurs nations barbares, dont le pays était situé près des provinces romaines , à y faire des incursions. Ce prince étendit son empire sur plusieurs contrées au nord et à Test de ses États; il augmenta ses revenus par une bonne administration, disciplina ses troupes, et montra toujours un grand respect pour la constitution civile et ecclésiastique de la Perse. Cette conduite , résultat de sts convictions ou de sa politique, Tarnena à persécuter les chrétiens. Cependant Constantin lui ayant écrit en leur faveur, il se montra moins cruel.

Ce prince, après avoir fait de grands préparatifs de guerre, réclama de Constantin les provinces que celui-ci possédait dans l'Asie Mineure. L'empereur romain , quoique déjà âgé, se disposait à marcher en personne contre les Perses , lorsqu'il mourut. Sapor, profitant des croubles qui suivirent cet événement, s'empara de tout le pays qu'il réclamait. Constance marcha aussitôt contre lui avec une armée. Les circonstances de cette guerre sont rapportées d'une manière contradictoire par les différents historiens qui les ont écrites; il paraît cependant assez probable que les Romains eurent toujours l'avantage dans les batailles rangées, tandis que les Perses furent vainqueurs dans les combats de cavalerie. Sapor mit inutilement tout en œuvre pour se rendre maître de Nisibe, dontJl ne put toutefois s'emparer, ni par la force , ni par la ruse. Il y eut pendant cette campagne une attaque uocturne dans laquelle les Perses battirent d'abord les Romains;

mais ceux-ci étant ensuite revenus de leur trouble, repoussèrent les agrès* seurs, blessèrent dangereusement Sapor et tuèrent son fils.

Les deux souverains, fatigués d'une lutte qui traînait en longueur, laissèrent à leurs généraux le soin de conduire les opérations, et quittèrent Je théâtre de la guerre. Sapor entreprit plusieurs expéditions contre des peuples barbares qu'il soumit à son empire, et conclut avec d'autres une paix solide. Il y eut vers cette même époque des propositions de paix échangées entre les Perses et les Romains; mais aucun des deux partis n'ayant voulu rabattre de ses prétentions, rien ne fut conclu.

Telle était la situation des deux puissances, lorsqu'un officier de l'armée romaine, appelé Antonin, se réfugia à la cour de Sapor pour quelque sujet de mécontentement. Le roi de Perse lui accorda bientôt la plus grande confiance, et par ses conseils, il marcha en toute hâte vers l'Euphrate pour entrer dans la Syrie, qui depuis plusieurs années n'avait éprouvé aucune invasion, et promettait ainsi une riche proie à la cupidité. Le général romain Ursinicus arrêta Sapor par des ouvrages qu'il fit élever sur les bords de l'Euphrate. Le roi de Perse ne pouvant pas forcer le passage, investit Amide. Cette villef ut emportée d'assaut après un siège de soixante et treize jours, dans lequel les Perses perdirent beaucoup de monde. Sapor fit pendre les officiers de la garnison, et réduisit les soldats en esclavage. Il entra ensuite dans la Mésopotamie, oà il prit et ruina la ville de Singara. U investit alors Virta, dont il fut obligé de lever le siège. Sur ces entrefaites , l'empereur Constance , qui avait passé l'Euphrate, essaya vainement de reprendre Bézabda , dont Sapor s'était rendu maître après quelques jours de siège et qu'il avait fortifiée. A la fin, ne pouvant plus tenir la campagne à cause des pluies et du manque de vivres, il se retira en Syrie, où il passa l'hiver.

Au printemps, Sapor réunît une armée nombreuse, mit des garnisons

fERSE.

dans fês places fortes, et resta dans set Etats, se tenant toujours sar fa défensive. Bientôt après, l'empereur Constance mourut. A peine sur le trône, Julien, surnommé Y Apostat y son successeur, entreprit une nouvelle expédition contre les Perses. II entra en Assyrie, se rendit maître d'un nombre considérable de villes et de châteaux.

et pénétra jusqu'à Ctésiphon, dont if voulait entreprendre le siéee. Ses généraux lui ayant représenté la difficulté qu'il éprouverait à s'emparer d'une place si forte par sa position, et au secours de laquelle le roi de Perse ne manquerait pas d'arriver avec toutes ses forces, il renonça à ce projet et continua sa marche , ayant auparavant mis le feu à sa flotte, qui était dans le Tigre. Le but qu'il avait en la détruisant était d'empêcher que les Perses ne s'en rendissent maîtres, et de pouvoir disposer des troupes qu'il aurait été obligé de laisser pour la garder.

Peu d'instants après avoir donné cet ordre insensé, il reconnut la faute qu'il avait faite et voulut éteindre l'incendie, mais il était trop tard. Les Perses, instruits de cet événement, détruisirent tout ce qui se trouvait dans la campagne, afin de réduire par la disette l'armée romaine, qui ne pouvait plus tirer de vivres que du pays.

Dans cette extrémité, Julien prit le chemin de la Corduène, où il espérait trouver de quoi nourrir ses troupes.

Bans la route, les Romains, sans cesse harcelés par les Perses , eurent encore beaucoup à souffrir de la faim. Arrivés au lieu appelé Maranga, ils trouvèrent une armée perse très-considérable commandée par Mérène, général de la cavalerie, accompagné de deux fils de Sapor et de quelques grands seigneurs.

Les troupes perses étaient armées de toutes pièces , et portaient des casques parfaitement semblables à une tête humaine; les yeux et les narines étaient percés de trous qui permettaient de voir et de respirer librement. On remarquait, dit Ammien Marcellin, un corps de cavaliers armés" de longues piques, et qui se tenaient imittfmles comme s'ils avaient été atta-

chés sur leurs chevaux par des crochets d'airain. A côté de ceux-ci étaient des archers dont les flèches de roseau faisaient de très-dangereuses blessures; ensuite venaient des éléphants.

Les Romains commencèrent l'attaque , et après un combat long et opiniâtre, les Perses fléchirent. Les deux!

partis conclurent une trêve de trois jours; les hostilités recommencèrent ensuite. Dans une attaque des Perses»

Julien s'étant imprudemment exposé sans cuirasse, fut blessé mortellement par une flèche tirée au hasard. Jovien, élu par les seldats à la place de Julien, se vit obligé; pour sauver les débris de l'armée romaine, d'accepter la paix , en cédant à Sapor cinq provinces avec les villes dé Nisibe et de Singara.

Après avoir conclu ce traité dé paix si avantageux , Sapor fit une expédition dans la Tartane et dans les Indes. Jovien étant mort environ huit mois après son avènement, Sapor, au mépris de la foi jurée , entra sur les terres de l'empire, pénétra dans l'Arménie, et tua Arsace qui en était roi.

L'arrivée d'un général romain le força de rentrer dans ses États, Ce fut alors qu'il transféra à Ctésiphon , ancienne capitale des Parthes, le siège de la monarchie. La position de cette ville l'aurait sans doute fait choisir depuis longtemps pour capitale aux princes sassanides, s'ils n'avaient pas craint de mécontenter les habitants de Fa province de Perse, qu'ils avaient intérêt à ménager. Cette translation fut le dernier acte important de la vie de Sapor, qui mourut bientôt après. Il avait régné 70 ans, autant qu'il avait vécu.

SapOb II eut pour successeur Artaxerxès II ( an 380 de J. G ) , qui , suivant quelques auteurs , était son frère, et suivant d'autres, son fils. Ce prince régna quatre ans , toujours en paix avec las Romaine.

Sapob III, son fils et son successeur ( an 383 de J. C. ) , régna cinq ans. . Nous ne savons rien touchant ce roi, , sinon qu'il observa religieusement lé traité de paix conclu par son aïeul avec les Romains,

L'UNIVERS

Varabane IV, fils et successeur du

Précédent, fut surnommé, comme nous apprend Agathias , Kermasaa {Kermanschah), c'est-à-dire roi de la Carmanie y parce qu'il avait eu sous son père le gouvernement de cette province. I! conserva la paix qui existait entre la Perse et les empereurs de Constantïnoplc ; c'est pour cette raison que les historiens grecs nous donnent si peu de détails sur son règne, qui cependant dura onze ans.

Isdig erdes, qui succéda à Vararane (an 400 de J. C. ) , est incontestablement un des plus grands rois qui aient régné sur la Perse. A son lit de mort, Arcadius , empereur d'Orient, justement inquiet du sort de son Gis Théodose II, encore au berceau, et redoutant surtout pour lui et pour l'empire les attaques des Perses, pria par son testament Isdigerdèsd'acceptcrlatutelledecejeune enfant, et de prendre l'empire romain sous sa protection. A peine instruit des dernières volontés d'Arcadius, Isdigerdès envoya à Contantinople un de ses eunuques appelé Antiochus, homme d'une expérience consommée, pour surveiller l'éducation de Théodose. Il faisait déclarer en même temps au sénat que quiconque attaquerait son pupille l'aurait pour ennemi, Isdigerdès ne démentit jamais son généreux caractère, et, tant qu'il vécut, l'empire d'Orient , protégé par ce fidèle allié , jouit de la paix la plus profonde.

Isdigerdès, élevé dans la religion des mages, paraît n'avoir pas été d'abord favorable aux chrétiens ; mais dans la suite un saint évêque appelé Marathas , ambassadeur de Théodose , lui inspira d'autres sentiments, et malgré l'opposition violente des mages, Isdigerdès permit aux chrétiens de bâtir des églises dans toute l'étendue de son empire. Ce grand roi mourut après avoir passé vingt et un ans sur le trône.

Varahawe V surcéda (an 421 de J.C.) à son père Isdigerdès. Il marqua le commencement de son règne par une persécution contre les chrétiens. Un grand nombre de ceux-ci quittèrent la Perse, où ils n'avaient à attendre qu'une mort

cruelle . et se mirent en sûreté sur les terres de l'empire romain. Les mages, instruits de ce qui se passait , firent placer sur la frontière des gardes pour arrêter les fugitifs ; cependant , malgré cette mesure , presque tous se sauvèrent. Vararane fit redemander ses sujets a Théodose II, qui, sachant bien le sort qui attendait ces infortunés, refusa de les lui rendre. Vararane usa de représailles : il garda des ouvriers que Théodose avait envoyés à Isdigerdès pour travailler aux mines d'or et d'argent de la Perse , et fit saisir toutes les propriétés des Romains qui se trouvaient dans ses États. Ce prince était plein de bravoure et d'activité, adroit à tous les exercices du corps, d'une force prodigieuse, et plus disposé à recourir a la voie des armes qu'aux négociations ; aussi ces démêlés amenèrent-ils bientôt une guerre avec les Romains. Les Perses , commandés par Narsès, se mirent en campagne dès le printemps ; mais ils rencontrèrent les Romains qui, non moins diligents qu'eux , s'étaient déjà avancés jusque dans l'Arzanène, l'une des cinq provinces en deçà du Tigre cédées à la Perse par Jovien. Là il y eut une grande bataille que Narsès perdit. Ce

§énéral voulant transporter le théâtre e la guerre dans une province romaine , gagna les plaines de la Mésopotamie, se dirigeant vers l'Euphratc; mais Ardaburius l'atteignit devant Nisibe. Narsès envoya alors défier ce général, lui demandant le jour et le lieu où ils pourraient terminer la guerre par une bataille décisive. Ardaburius lui répondit que les généraux romains n'étaient pas dans 1 usage de concerter leurs opérations militaires avec les ennemis qu'ils avaient à combattre.

Cependant l'armée ennemie reçut de nouvelles troupes, et Narrés ne pouvant plus tenir la campagne devant des forces bien supérieures aux siennes, s'enferma dans Nisibe , où il se défendit avec succès contre les Romains.

Vararane sachant que Nisibe était assiégée , résolut d'aller secourir luimême cette place importante. Pour

PERSE

couper la retraite à Tannée romaine , il envoya vers TEuphrate une forte division de Sarrasins, ses alliés, et marcha* de sa personne sur Nisibe. Les Sarrasins frappés, à ce qu'il parait, d'une terreur panique, se jetèrent dans TEuphrate, où -un très-grand nombre d'entre eux trouvèrent la mort. Cependant Vararane s'approchait de INisibe avec toutes les forces de la Perse , et Ardaburius, sentant bien qu'il ne pourrait pas lui résister , mit le feu à ses machines et se retira sur les terres de l'empire. Vararane mit aussitôt le siège devant Rhésène, nommée Théodosiopolis depuis que le grand Théodose l'avait reparée et fortifiée. Il usa de tous les moyens connus alors pour se rendre maître de la ville; mais n'ayant pu y réussir il se retira, après l'avoir tenue assiégée durant un mois entier.

La campagne suivante ( an 422 de J. C. ) ne tut pas heureuse pour Vararane. Un seigneur perse ayant appelé le plus brave d'entre les Romains à un combat singulier, Aréobinde courut aussitôt à lui , le renversa de cheval et le perça de sa lance. Cet échec d'amourproprê fut pour les Perses le signal de défaites assez importantes : Ardaburius surprit et tailla en pièces plusieurs corps d'armée avec les généraux \ui les commandaient; et les habitants e JVisibe étant sortis en armes pour se joindre à l'armée des Perses, furent enveloppés et détruits par les Romains. Toutefois ces batailles sanglantes étaient loin d'être aussi funestes aux Perses, qui trouvaient facilement à se recruter sur les lieux, qu'aux Romains obligés de faire venir des renforts de contrées extrêmement éloignées.

Théodose, frappé du désavantage de cet état de choses, fit faire à Vararane des propositions de paix que ce prince semblait disposé à accepter ; mais les Immortels s'y opposèrent. Nous avons déjà eu occasion de parler de ce corps qui existait en Perse depuis les premiers successeurs deCyrus (*). Les soldats qui le composaient étaient tous des

(*) Voyei ci-devant page 117.

hommes distingués parleur naissance, leurs richesses et leur courage. On les appelait /mmorfe/s, parce que tleur nombre ne diminuait jamais. L'homme qui mouraitétait aussitôt remplacé par un autre. Ces Immortels , qui jouissaient d'une grande considération auprès des rois de Perse, engagèrent Vararane à n'accepter aucune proposition jusqu'à ce qu'ils eussent essaye encore une fois de vaincre les Romains. Ce prince consentit avec joie à ce qu'ils lui demandaient. Aussitôt les Immortels se partagèrent en deux corps, dont l'un attaqua de front les Romains , tandis

3ue l'autre fit un détour pour les prenre en queue. Une sentinelle romai ne, placée sur un endroit élevé, vit ce mouvement et se hâta d'en instruire son générai. Celui-ci, averti à temps, attaqua les Immortels qui allaient se mettre en embuscade , et les tailla en pièces , puis , se jetant sur ceux qui attaquaient de front, il les défit entièrement.

La destruction d'un corps qui faisait Torgueil et la principale force de la Perse, rendit Vararane plus traitable. Ce prince conclut pour cent ans la paix avec les Romains.Un des principaux articles portait que les rois de Perse permettraient à leurs sujet s le libre exercice de la religion chrétienne. Cette clause fut très-mal observée. La persécution recommença presque aussitôt et continua pendant tout le règne de Vararane, mais avec beaucoup moins de fureur, car ce prince ne pouvait pas se défendre d'un sentiment involontaire de respect pour les chrétiens, depuis qu'il avait été témoin du fait que nous allons rapporter. Les Romains, quand ils entrèrent dans l'Arzanène , enlevèrent un grand nombre d'habitants de ce pays, et les traînèrent à la suite de Farinée. Ces infortunés furent ensuite conduits , au nombre de sept mille, dans la ville d'Amide, où ils se trouvèrent réduits à la plus affreuse misère. L'évéque Acace fit vendre avec l'autorisation de son clergé les ornements et jusqu'aux vases sacrés de l'église. Il racheta ensuite les prisonniers , leur donna des vêtements et les

L'UNIVE£S.

renvoya eij Perse avec de l'arçent

§6ùr râïre le voyage. Les préventions e Vararane ne tinrent pas contre une si grande générosité. Ce prince voulant témoigner sa gratitude et Son admiration au saint prélat , le fit prier de venir en Perse. Acace ayant reçu de Théodose Tordre de céder aux désirs de Vararane , se rendit à la cour de ce roi , qui lui donna les plus grands témoignages de respect, et, à sa considération, accorda plusieurs grâces aux . chrétiens. Si les bonnes dispositions de Vararane en faveur du christianisme restèrent presque sans effet , il faut en accuser les mages , très-influents sous les Sassanides, et animés de la haine la plus violente contre les chrétiens.

Vararane passa le reste de sa vie dans une paix profonde. Il mourut aimé et regrette de tous ses sujets, après un règne qui avait duré vingt ans. Isdïgebdès II, fils de Vararane V, monta sur le trône en 441 . Cette même année il arriva en Arménie une révolution qui intéresse l'histoire de Perse. Après avoir conclu la paix avec les Romains en 374, Sapor II s'était emparé d'une partie de l'Arménie. Ce royaume , bien que très-faible , existait cependant toujours. Les Arsacides, qui tiraient leur origine des rois parthes , avaient conserve à la faveur de leurs montagnes le titre de rois et la souveraineté de quelques provinces, malgré la puissance des Perses. Arsace , contemporain de Vararane V, avait laissé en mourant deux fils , Tigrane et Arsace, qu'il nomma héritiers de ses États; mais la part de Tigrane était quatre fois plus forte que celle d'Arsace. Celui-ci, mécontent de ce partage, implora le secours de l'empereur Théodose II. Tigrane , qui ne pouvait résister aux armées romaines, ne voulut cependant pas pour cela céder aux prétentions de son frère. Il fit à Isdigerdès une donation de tous ses États, et se retira en Perse, où il vécut en simple particulier. Arsace , de son côté , offrit son royaume à Théodosc qui l'accepta ; et , pour faire acte de souveraineté, il éleva, sur une colline si-

tuée à deux lieues des sources de l'Euphrate et du tigre , une forteresse qu'il appela Théodokopolis. Pendant que cette révolution s'accomplissait en Arménie, Isdigerdès était dans la Chorasène , occupé à soumettre des rebelles. A son retour, 'il se disposa à défendre le pays que Tigrane lui avait donné et à soutenir les prétentions élevées par Sapoc sur l'Arménîe entière. Tnéodose , instruit des préparatifs que faisait Isdigerdès , envoya en Ajsie Anatolius avec une armée. Lors-

que ce général arriva en Mésopotamie, Isdigerdès avait déjà passé le Tigre et s'avançait contre les Romains. Les

deux armées étant en présence , Anatolius, qui connaissait la générosité du roi de Perse , descendit de cheval et marcha seul à sa rencontre pour lui offrir la paix. Isdigerdès, flatté de la confiance que lui témoignait Anatolius, le reçut avec toute sorte d'égards; mais il refusa de régler les conditions de la paix dans un pays qui appartenait aux Romains. 11 rentra en Perse, et conclut avec Anatolius une trêve d'un an, pendant laquelle on régla les conditions de la paix. Il fut convenu que la partie de 1 Arménie cédée par Tigrane appartiendrait à la Perse, et celle d' Arsace aux Romains, et qu'aucune des deux nations ne pourrait élever de places fortes sur les frontières. La partie de l'Arménie qui fut alors cédée aux Perses, prit le nom de Persarmênie. Isdigerdès, qui avait publié des édits cruels contre les chrétiens , fit cesser la persécution à la prière de Théodose. Il mourut après un règne de dix-sept ans et quatre mois.

Pkbozès succéda (an 458 de J. C. ) à son père Isdigerdès. Ce prince fit une expédition contre les Huns blancs, appelés Ephthalites, qui infestaient les frontières de son royaume. II leva un* armée considérable , et entra sur les terres de ces barbares qui se retirèrent dans des forêts et des défilés, dont ils gardèrent toutes les issues, après le passage de Pérozès. Çelui-cï s étant enfin aperçu qu'il s'était trop avancé , s'arrêta pour délibérer avec ses généraux sur le parti qu'il avait à

.__'e. En même temps on vit arri-

er des envoyés du roi des Ephthalites, qui dirent à Pérozès , après lui avoir reproché sa témérité , que leur souverain s'engageait à lui laisser la vie ainsi qu'aux soldats de son armée, s'il voulait se prosterner devant lui , l'adorer comme son seigneur, et promettre avec serment de ne jamais faire la guerre aux Ephthalites. Pérozès consulta les mages qui étaient autour de sa personne, afin de savoir s'il pouvait accepter les propositions qui lui étaient offertes. Les mages répondirent qu'à l'égard du serinent il pouvait en user comme bon lui semblerait; mais que pour ce qui était d'adorer le roi des Ephthalites, il fallait user de ruse et tromper ce roi. « L'usage , disaient-ils , étant d'adorer tous les matins le soleil levant, il faudra prendre ce moment-là pour aller trouver le roi des Ephthalites; vous vous jetterez alors à terre pour adorer le soleil, et vous éviterez ainsi la honte de vous prosterner devant votre ennemi. »

Pérozès se conforma aux avis des mages et prêta le serment qu'exigeait le roi des Ephthalites, heureux de pouvoir, par ce moyen , ramener en Perse sa personne et son armée. Bientôt, oubliant ses serments, il rentra en armes dans le pays des Ephthalites, qui taillèrent en pièces son armée.

Pérozès lui-même fut tué dans cette expédition. Il avait régné vingt ans.

On rapporte qu'avant de mourir, il jeta loin de lui une perle d'une grande beauté, afin que par la suite personne ne pût s'en parer. Lés Perses , tou-

i'ours passionnés pour les fables et les égendes , firent sur ce précieux joyau le conte suivant, qui nous a été conservé par Procope :

«Il y avait,ditcetauteur,surles bords du golfe Persique,un coquillage qui renfermait une perle d'une blancheur adoûrable et d'une grosseur extraordinaire. Près de là était un monstre marin qui prenait tant de plaisir à voir cette perle, que nuit et jour il suivait le poisson , attendant qu'il ouvrît sa coquille. Lorsque la faim pressait le iponstre, U se jetait sur la première

oje qu'il rencontrait, puis aussitdjt retournait auprès du coquillage. Un pêcheur remarqua aussi cette perle. H aurait bien voulu s'en emparer; mais la crainte du monstre marin l'empêchait de rien entreprendre. II se contenta de rapporter à Pérozès le fait extraordinaire dont il avait été souvent témoin. Pérozès conçut aussitôt un violent désir de posséder la perle , et il n'oublia ni les flatteries ni les promesses pour engager le pécheur à essayer de la conquérir. Ne pouvant plus résister aux instances du roi , le pécheur lui dit : « Seigneur, les hommes aiment beaucoup 1 argent, ils aiment encore mieux la vie ; mais ils aiment leurs enfants par-dessus toute chose, et cette affection est si forte qu'elle fait tout entreprendre- J'espère vaincre le monstre marin, et vous rendre maître de la perle. Si je puis réussir, je serai riche pour toute ma vie; car je ne doute pas qu'étant le roi des rois, vous ne me donniez une magnifique récompense; mais, si je meurs, votre bonté vous portera à prendre soin de mesWants. Ainsi , la mort même me sera utile. » Après avoir dit ces paroles , il alla vers le bord de la mer, et s'assit sur un rocher en attendant que le monstre marin s'éloignât de la perle

f)Our chercher sa pâture. Ayant choisi e moment favorable , le pécheur saisit la perle et se hâta de regagner le bord. Se voyant poursuivi , if jeta la perle à ceux qui 1 attendaient sur le rivage, et fut bientôt dévoré par le monstre. Les gens qui reçurent la perle, la portèrent à Pérozès et lui racontèrent comment les choses s'étaient passées.»

Les fils de Pérozès, au nombre de trente, périrent avec leur père, à l'exception du dernier, appelé Cabadès, beaucoup trop jeune pour prendre part à l'expédition. Les Perses n'osant pas, dans les circonstances difficiles où se trouvait la monarchie, confier le gouvernement à un enfant sans expérience, placèrent sur le trône (an 482 de J. C.) Bal as, frère de Pérozès. Ce prince, doué d'excellentes Sualités, était dépourvu de talents mitaire6. Aussi les Perses furent-ils ré-

duits, pendant deux ans, à payer un tribut aux Ephthalites, et pendant deux autres années que dura encore le règne de Balas, ils n'opposèrent que peu de résistance à ces barbares. Balas mourut de chagrin, en voyant qu'il ne pouvait pas délivrer son pays du joug honteux des étrangers.

Cabadès monta sur le trône à la mort de son oncle (an 485 de J. C).

Ce prince, plein de courage et passionné pour la guerre, vainquit les Ephthalites qui avaient fait une irruption dans la Perse, et parvint à soumettre ce peuple. Mais son caractère inflexible et son penchant pour la nouveauté le rendirent bientôt aussi redoutable à ses sujets qu'il l'avait été aux ennemis de la Perse. Il changea la constitution du royaume, abolit toutes les prérogatives dont la noblesse avait joui sous ses prédécesseurs et ordonna par un édit la communauté des femmes. La noblesse persane, lasse de tant d'infamies, se révolta. La onzième année de son règne, Cabadès fut jeté dans une prison, et les Perses élurent à sa place Zamasphès, frère de Pérozès. Aussitôt que celui-ci fut sur le trône (an 496 de J. C.) , il délibéra avec les principaux seigneurs de la Perse , pour savoir à qud parti on s'arrêterait touchant Cabadès. Les membres de l'assemblée émirent plusieurs opinions différentes; cependant la plupart étaient d'accord sur un point, c'est qu'il fallait conserver la vie à leur ancien roi. Alors un grand seigneur appelé Gusanastadès, quiétaitc/îa/iar ange , ou général des troupes placées sur la frontière des Ephthalites , prenant un petit couteau dont les Perses se servaient pour rogner leurs ongles, dit : « Ce couteau suffirait pour arranger l'affaire sur laquelle nous délibérons; mais si vous différez, vingt mille hommes parfaitement armés ne pourront pas en venir à bout. » Néanmoins, presque tous les seigneurs perses ayant horreur de contribuer à la mort de celui qui avait été leur roi , il fut décidé que Cabadès serait enfermé dans une prison appelée le château de t Oubli. Il était détendu , sous peine de

mort, de parler de ceux qui y étaient enfermés ou même de prononcer leur nom. j

i Cabadès ayant été jeté dans cette prison, Zamasphès s'occupa de réparer les maux que son prédécesseur avait faits à la Perse. Tandis qu'il travaillait ainsi à faire le bonheur de ses sujets , il survint une nouvelle révolution qui replongea la Perse dans un abîme de maux. La reine, femme de Cabadès, prenait un soin particulier de son époux pendant qu'il était en prison. Comme cette princesse était d'une très-grande beauté, le commandant du château de l'Oubli conçut pour elle une violente passion. Cabadès, instruit de l'amour de cet officier pour la reine, ordonna à celle-ci de se prêter, à tous ses désirs. Alors la passion de cet homme étant devenue encore plus effrénée, il permit à la reine, qui l'en avait sollicité, d'entrer dans la prison et d'en sortir quand elle voudrait. Un grand seigneur perse appelé SéosêSf ami intime de Cabadès, se tenait toujours dans les environs da château, cherchant une occasion de faire évader le prince. Il lui fit dire par la reine qu'il l'attendait avec des chevaux. A la nuit , Cabadès , ayant pris les habits de la reine , passa au milieu des gardes, qui, trompés par ce déguisement, le laissèrent aller. La fuite de Cabadès ne fut découverte que plusieurs jours après, et lorsque ce prince avait eu tout le temps nécessaire pour s'éloigner. Il arriva avec Séosès chez les Ephthalites, et ayant épousé la fille de leur roi , il rentra en Perse à la tête d'une puissante armée. S'étant bientôt rendu maître de la personne de Zamasphès, il le jeta en prison après lui avoir fait crever les yeux, condamna à mort Gusanastadès, et donna sa charge à un Perse de la même famille et appelé Adergxtdunbade. Il créa pour Seosès la charge à'adrastadaransalan, c'est-à-dire, comme nous l'apprend Procopc, chef de tous tes magistrats et de Tannée, dignité dont personne ne fut revêtu dans la suite.

Cabadès se trouvant hors d'état de payer au roi des Ephthalites les sommes

PERSE

qu* ce prince avait dépensées pour le replacer sur le trône, voulut faire un emprunt à l'empereur Anastase. Celuici n'étant pas disposé à épuiser ses finances pour secourir un ennemi redoutable, lui répondit par un refus.

Aussitôt Cabadès irrite entra, sans aucune déclaration de guerre, sur les terres des Arméniens soumis aux Romains , et pénétra dans la Mésopotamie, jusqu'à la ville d'Amide, dont il commença le siège le 5 octobre 502. Les habitants, quoique surpris en pleine paix, lui opposèrent une vigoureuse résistance. Cabadès, désespérant de

C rendre la place, allait lever le siège, >rsque les Amidéniens , informés de sa résolution , commencèrent à railler les Perses du haut de leurs murailles, et quelques femmes de mauvaise vie se montrèrent aux assiégeants dans un état qui blessait la pudeur.

Les mages ayant remarqué cette action, dirent à Cabadès qu'il ne devait pas lever le siège, parce que la conduite de ces femmes prouvait que les habitants d'Amide montreraient bientôt aux Perses tout ce qu'ils avaient de plus caché. Quelques jours après, un nomme appartenant à 1 armée assiégeante ayant découvert l'entrée d'un souterrain qui conduisait à une tour située dans la ville, surprit les gens oui gardaient cette tour; et Cabadès, faisant en même temps appliquer des échelles contre les murailles, ordonna une attaque générale que les Amidéniens repoussèrent d'abord; mais Cabadès, un cimeterre nu à la main, força les soldats de remonter à l'assaut , et en fit même tuer plusieurs qui refusaient d'obéir. La place fut emportée de la sorte, après quatre-vingts jours de siège.

Les Perses massacrèrent d'abord un grand nombre d'habitants; mais ensuite Cabadès étant entré dans la ville, un prêtre fort âgé lui représenta avec courage qu'il était indigne d'un roi de tuer ainsi des vaincus. Cabadès, tout en colère, lui dit : « Mais pourquoi m'avez-vous résisté? — Cest, lui répondit le vieillard, parce que Dieu roulait que vous fussiez redevable de

19' Ucratem. (Pjwse.)

la possession d'Amide h votre courage, et non pas à notre volonté. » Cabadès , apaisé par ces paroles, fit cesser le carnage; mais la ville fut pillée, et on vendit les habitants comme esclaves.

En se retirant, Cabadès laissa à Amide une garnison de mille hommes, avee un commandant perse appelé Glone.

Dès que l'empereur Anastase fut informé que Cabadès avait mis le siège devant Amide, il fit partir de Constat»» tinople une armée de cinquante-deux mille hommes sous le commandement des plus habiles généraux. Lorsque ces forces passèrent l'Euphrate, la ville d'Amide était déjà prise, et Cabadès se trouvait campé près de Nisibe. Ce prince ayant su que les généraux romains avaient partagé l'armée en plusieurs corps, attaqua une de ces divisions et la détruisit entièrement.

Informé en même temps que les Huns avaient fait une irruption dans son royaume, il fut oblige d'interrompre les opérations contre Tes Romains pour se porter avec toutes ses forces au secours des provinces envahies. Dès que les Romains furent assurés de la retraite de Cabadès, ils mirent le siège devant Amide; puis ayant réussi à attirer hors de la ville Glone avec deux cents cavaliers, ils les massacrèrent.

La garnison , considérablement réduite par cette perte, montra toujours le plus grand courage. Le fils de Glone fut investi du commandement. Après un long blocus, le nouveau commandant n'ayant plus que fort peu de vivres , qu il ménageait avec le plus grand soin, offrit aux Romains de quitter la ville si on lui offrait des conditions honorables. Pendant la négociation, il fit distribuer à ses soldats , en présence des parlementaires romains, les provisions qu'il avait en réserve. Cette ruse lui réussit parfaitement; les Romains lui accordèrent une somme considérable pour rendre la place qu'il ne pouvait plus tenir, et la garnison sortit avec armes et bagages. Comme les .

hostilités entre les Perses et les Huns continuaient toujours , Cabadès fit avec les Romains une trêve de sept ans.

Ainsi fut terminée cette guerre, au

290 I/UmVBRS.

mois d'avril 50$ , après avoir duré trots ans;

tiabadès avait eu de ses concubines i

2ai

la maronnera ce dernier; et craignanf quelesPersc9 ne voulussent pas ratifier son choix, 1! écrivit à l'empereur Justin, ta priant d'adopter Chosroës pour son fjfs. Lés conseillers de Tempêtait ayant rnontré combien il serait ëaageretf* d'adopter un étranger qui pouvait an jour prétendre au trône de Gomtauttaôpfe, la proposition de Cabadès fut rfrjètée. Séosès avait été chargé^ avec un autre Perse appelé^ lïébodèsyd* conduire les négociations relatives à cette affaire. Apres le refus es l'empereur, Séosès fut accusé par ses ennemis de trahison envers le roi de Perse. On lui reprocha encore d'à* voir' adoré des divinités étrangères, et d'avoir ftût enterrer le corps de sa femme sans tenir compte de la loi des matts, qui défend de souiller le sein de la terre en y renfermant des cadatre*. Ces accusations suffirent pour peedre un homme qui paraît avoir été sam juste que probe, mais auquel on reprochait une grande hauteur. Cabadés,qvi lui devait le trône, feignant ufr grand respect pour cette religion des mages à laquelle il avait porté tant d'atteintes, |aSssa exécuter la sentence de mort prononcée contre lui.

Vers dette époque, Justînien étant parvenu # fempire, ordonna de fortifier le ville de Mindone, située dans la Mésopotamie, sur les frontières dq territoire romain. Les Perses attaquèrent les travailleurs et rasèrent lés fortifications. Justinien, irrité de cet acte de violence , envoya Bélisaire en Asie pour venger 'les Romains. Après plusieurs mouvements et quelques escarmouches sans importance, en en vint à une action générale.'Les deux armées restèrent en prteeitce jusqu'à midi; alors les Perses earigèrent l'attaque. Jl.es Romains, qet éxdient dans l'usage de prendre un repas Vers le milieu du jour, auraient voohi attendre pour combattre une

heure plus avancée, aspirait trewrer les Perdes, gui ne mangeaient <qtie le soir, affaiblis par une lpngue abstinence. Les Perses lancèrent d'abord une grande quantité de flèches qui ne firent que peu de mal aux Reeaains, parce que lé vent qui ' soufflait du coté de ceux-ci en amortissait la force.

S[uaqd les flèches furent épuisées» les eux armées s/attaquèrent avec la lance. Alors le conahat devint terrible. Les Perses avant commencé à céder, prirent bientôt honteusement la fuite.

Les Romans, leur tuèrent cinq mille pommes, et ils en auraient tait un plus grand carnage, ai ftélisaire n'a* vait (Jonné ordre de cesser la poursuite, dans la. crainte que ees cens irrités ne recommençassent le combat) bans l'Arménie romaine, IWerméroës, général des Perses, essuya deux défaites. Tant de désastres n'abattirent pas le courage de Cabales. Ce prince refusa même <Je conclure la paix avec Tes Romains, a moins que ceux-ci ne lui donnassent satisfaction sur tous les griefs réejs pu imaginaires qu'il pré* tendait avoir reçus. En même temps, il confia une armée à Azaréthès, qu'il chargea de ravager Jes provinces romaines situées près de l'Euphrate.

Bélisa ire n'ayant pas assez de troupes pour lutter avec avantage contre Azaréthès, évitait une affaire générale.

Ses sojdats. taxant sa prudence de timidité, l'obligèrent à livrer bataille aux Perses. Ce que le général romain avait prévu arriva, son armée fut complètement battue. Cependant il prit de si bonnes mesures, qu'Azarétbès, qui avait perdu beaucoup 4e monde, ne retira que peu d'avantages de sa victoire, et fut inprne disgracié à cette occasion, comme nous allons le rappprter. C'était l'usage en Perse, qu'avant de commencer une expédition, le roi , assis sur son trône, passât l'armée en revue. Lé général chargé du commandement en chef se tenait debout, et chaque soldat, en passant devant le roi. jetait une flèche dans de grandes corbeilles qui étaient ensuite scellées du sceau de l'empire. Quand l'armée était de retour, chaque soldat repre*

WRSK,

Bail upe de ces flèche*;. On comptait ensuite les flèches qui restaient dans les corbeilles, et le roi savait par leur nombre combien il avait perdu de soldats. Cet usage était déjà ancien chez les Perses au temps, de Prpcope. Quand Azaréthès fut de retour, Cabadès lui demanda quelles villes il avait prise*, )ui qui s'était engagé à le rendre maître d'Antioche. Azaréthès répondit qu'il avait gagné une bataille. Cabadès commanda alors que Ton fît la revue de l'armée, et que chaque soldat reprit une flèche- Gomme il en resta un grand nombre dans les corbeilles, le roi fit des reproches à Azaréthès, ne lui accorda aucune récompense, et choisit Merméroès pour. lui succéder.

Vers la même époque, Bélisaire fut rappelé à Constantinople, et Si t tas le remplaça dans le commandement des troupes destinées à agir Contre les Perses. Ce général reconnaissant toute la supériorité de Merméroès comme homme de guerre, Résolut d'employer la ruse contre lui. Il envoya dans le camp des Perses, alors occupés au siège de Martyropolis, un émissaire qui annonça à Merméroès que les Masflagètes, gagnés par f'or de Juatinien, se disposaient à faire une incursion dans la Perse. Cette fausse nouvelle disposa Merméroès à traiter avec les Romains; et la mort de Gahadès, oui arriva pendant les négociations, le décida à conclure une tâve et à ramener l'armée en Perse.

Quanta Gabadès, étant tombé grièvement malade et sentant que sa fin approchait, il fit venir un Perse appelé MéèodéS) dans lequel il avait la plus

S'apde conGance, et il le chargea de ire exécuter son testament, par lequel il nommait Chosroës pour son successeur. Après avoir pris ces dispositions, Cabadès mourut. Caosès ayant voulu se mettre en possession du trône oomine fils aîné de Gabadès , Mébodès s'y opposa, en disant que nul ne pouvait s'attribuer l'autorité souveraine, et qu'il la fallait recevoir avec le consentement des grands de l'État. Gnosès, qui se croyait assuré eu suffrage de toute la noblesse, se

soumit à la volonté de Mébodès. Quand les grands de l'État furent assemblés , Mébpdès lut le testament par lequel Gabadès désignait Chosrois pour son successeur, et le souvenir du courage du feu roi engagea toute l'assemblée- à obéir à sa dernière volonté.

Cposbqbs, étant monté sur le tripe (an 581 de J. C.}, reçut une ambassade de Justinien, qui l« faisait complimenter sur son avènement et lui E reposait la paix. Chosroës traita fort ien les ambassadeurs, à la tête desquels était Rufin; mais quand on en , vint à rédiger les articles du traité, il se montra moins facile qu'on n'avait pu le supposer d'abord. Enfin,, après de longues négociations, les Romains comptèrent à Chosroës une somme d'argent qu'il exigeait , et la pait fut conclue.

Le commencement du règne de Chosroës fut agité de troubles. Les grands du royaume croyant trouver flans ee prince les mêmes inclinations qui avaient rendu pendant un temps Gabadès si redoutable à ses sujets, résolurent de le déposer et de mettre à sa place un autre descendant de Cabadès.

Ils étaient plus portés d'inclination pour Zamès, fils de Cabadès , que pour tout autre ; mais ce prince était privé d'un œil , et les lois du royaume ne permettant de placer sur le trône qu'un prince exempt de tout défaut corporel , ils résolurent de donner la couronne à Cabadès, fils de Zamès, et de nommer celui - ci régent du royaume. Zamès ayant accepté ces offres, les conjurés n attendaient qu'un moment favorable pour agir, lorsque le complof fqt découvert. Chosroës fit mettre à mort toute» les personnes qui avaient pris part à la conspiration. Cabanes, encore enfant, échappa seul à 6a vengeance. Ce jeune prince était chez Adergudunbade, qui prenait soin de son éducation. Celui-ci ayant reçu de Chosroës l'ordre de faire nérir son élève ne put se résoudre a obéir, et il consulta sa femme pour savoir la conduite qu'il devait tenir. Cette dame, profondément émue du malheur du jeune enfant qu'elle avait élevé, ae

L'UNIVERS

jeta aux pieds de son époux et le conjura de sauver le petit prince. Adergudunbade céda facilement aux instances de sa femme , et dan* la suite , lorsque Cabadès fut devenu homme , il l'engagea à quitter la Perse et lui fit présent d'une somme considérable.

Quelque temps après , Varrhamès, fils cTAdergudunbade , dénonça à Chosroës la désobéissance de son père. Chosroës, irrité, fit périr Adergudunbadeet donna sa chargea Varrhamès. Ce même prince commit bientôt après un crime non moins horrible, en faisant mettre à mort, pour une cause futile , Mébodès , auquel il devait la couronne. Un jour, vouant consulter ce général, il chargea un courtisan de l'aller avertir. Le courtisan s'acquitta de sa commission , et Mébodès, qui était occupé à faire manœuvrer des troupes, répondit qu'il irait parler au roi aussitôt qu'il serait libre. Cette réponse, envenimée par celui qui la portait, mit Chosroës dans une violente colère et il fit dire à Mébodès de se rendre sur-le-champ auprès du trépied. C'était une sorte de siège de fer qu'on plaçait à cette époque devant la porte des rois de Perse. Les personnes contre lesquelles le souverain était irrité recevaient l'ordre de se rendre auprès de ce trépied et d'y attendre leur arrêt, sans qu'il fût permis à personne de les secourir. Mébodès demeura auprès du trépied pendant plusieurs jours, après lesquels un homme chargé de cette mission alla ▼ers lui et le tua.

Chosroës , bien décidé à enfreindre la paix qu'il avait conclue avec les Romains, dès qu'il en trouverait l'occasion, fit de grands préparatifs de guerre. Justinien , instruit des dispositions hostiles du monarque perse, lui adressa une lettre, dans laquelle il lui représentait tous les dangers qu'une rupture pourrait entraîner pour les deux pays. Chosroës, dont la résolution était inébranlable , ne répondit même nas à cette lettre et poussa ses préparatifs avec la plus grande activité

Au printemps de l'année 640, il entra sur les terres (le l'empire avec

une puissante armée et porta la guerre dans la Syrie et dans la Cilicie. Il se rendit maître de Sura , ville forte sur l'Euphrate , et prit ensuite Antioche.

Pendant qu'il était encore dans cette dernière ville, il reçut des ambassadeurs de Justinien , chargés de lui faire sentir qu'il s'était rendu coupable de perfidie en violant la paix,, et de lui proposer de conclure un nouveau traité. Chosroës reçut ces ambassa deurs avec toutes sortes d'égards et les écouta avec attention. Puis, quand ils eurent cessé de parler, H leur adressa le discours suivant : « Selon moi, l'ancien proverbe est bien vrai qui dit que Dieu ne donne jamais aux hommes des biens qui soient purs, mais qu'il y ajoute toujours Quelque mal. Nos ris sont mêlés de larmes, notre joie de tristesse , notre prospérité de chagrins, et personne ne jouit d'un bonheur complet. J'ai pris sans peine cette ville si célèbre; c'est une victoire signalée que je tiens de Dieu. Mais lorsque je considère le grand nombre de morts et oue je pense que mes trophées sont teints du sang des vaincus , la conquête que j'ai faite ne me cause plus aucune joie. La véritable cause des malheurs qui sont arrivés , ce sont ces infortunés habitants qui, ne pouvant soutenir un siège, ont cependant été assez téméraires pour attaquer les Perses victorieux qui étaient déjà entrés dans leur ville. Les personnes les plus considérables de la cour me priaient d'investir Antioche et de faire tuer tous les prisonniers. Mais moi , bien convaincu que sévir contre des gens qui ne peuvent se défendre est un crime , j'exhortais les habitants à fuir de toutes leurs forces pour conserver la vie. »

« Chosroës, ajoute Procope, disait ces paroles d'un ton faible et languissant, afin de faire croire aux ambassadeurs qu'il était affligé des maux que la ville d'Antioche avait soufferts.

Mais les ambassadeurs n'ignoraient pas la véritable raison pour laquelle il avait permis aux assiégés de se sauver sans les faire poursuivre (*). Ce prince

(*} Il craignait que te* habituels n'o

PERSE

trahissait «a pensée, il déguisait la vérité, et chargeait avec plus d'adresse que du! autre n'eût pu faire, les innocents des crimes dont il était coupable. Il était toujours prêt à promettre toutes choses et à confirmer ses promesses par des serments, mais il était encore plus porté à oublier ce qu'il avait promis. Quoiqu'il eût sur le visage l'image de la piété, et dans la bouche des paroles qui ne témoignaient que de l'éloignement pour les mauvaises actions, il n'y en avait point qu'il ne commit , quand il pouvait en tirer de l'utilité. Lorsqu'il se rendit maître de Sura par ruse, on dit que, voyant dans le sac de cette malheureuse ville une dame de qualité que des soldats traînaient avec violence, et qui tenait par la main un tout petit enfant qui ne pouvait la suivre , il dit en présence de l'ambassadeur des Romains et de plusieurs autres personnes, avec un profond soupir et en faisant semblant de pleurer, qu'il priait Dieu de punir l'auteur de tant de maux. Il voulait désigner Justinien, quoiqu'il sût parfaitement qu'il était seul coupable de tout ce qui arrivait. Voilà , continue Procope, le véritable portrait de Chosroés. »

Malgré tous les nobles sentiments dont il faisait parade, Chosroés réduisit Àntiocheen cendres; et après s'être emparé d'un grand nombre d'autres villes dont il rançonna les habitants, il finit par conclure une paix aussi avantageuse pour lui que honteuse pour les Romains , car ceux-ci s'obligeaient à lui payer une somme d'argent. « Et ne vous attendez pas , dit Chosroés aux ambassadeurs, à vous procurer une paix perpétuelle avec une somme une fois payée. L'amitié vendue à prix d'argent ne dure qu'autant que l'argent même; elle s'use et se consume à mesure qu'il s'écoule et se dépense. Pour entretenir la paix entre nous, il faudra la faire revivre sans cesse par un payement annuel. » Les

mis des troupes en embuscade dans un ravin d'où il aurait été facile de tuer beaucoup de monde aux Perses.

ambassadeurs ayant répondu que les Romains deviendraient alors tributaires des Perses, « Non, répondit Chosroés , ce ne sera point un tribut, mais une pension que vous payerez aux Perses, comme vous la payez aux Huns et aux Sarrasins pour défendre vos frontières. »

Malgré la conclusion de la paix, Chosroés, en retournant dans ses Etats , mit le siège devant la ville de Dara qui appartenait aux Romains. Il ne put s'en rendre maître; cependant il obtint des habitants une somme considérable, à condition qu'il lèverait immédiatement le siège.

Les prisonniers faits pendant l'expédition furent traités avec plus d'humanité qu'ils ne devaient l'espérer.

Chosroés bâtit pour eux dans l'Assyrie , à une journée de Ctésiphon , une . ville qu'il appela Chosroantioche , c'est-à-dire , ÏAntioche de Chosroés.

Il y fit construire un bain public et un cirque à l'usage des habitants, et laissa chez eux un grand nombre de conducteurs de chars et de musiciens qu'il avait amenés de plusieurs villes conquises. Il leur fournit encore, durant toute sa vie , des vivres avec une libéralité extraordinaire. Il ordonna que la ville relèverait immédiatement de lui , et que pour cette raison elle aurait le titre de royale. Il ordonna encore que les esclaves qui s'y réfugieraient et seraient reconnus comme parents par les citoyens ne pourraient être revendiqués par leurs maîtres, quand même ceux-ci occuperaient les emplois les plus considérables de l'Etat.

Chosroés, satisfait des avantages que lui avait procurés son expédition, paraissait enfin disposé à observer la paix qu'il venait de conclure. Mais Justinien , irrité du manque de foi de ce monarque , se décida a envoyer de nouveau Bélisaire contre les Perses et d'ôter à ce peuple les moyens de recommencer la guerre. Le général romain s'occupa immédiatement de réunir dans la Mésopotamie les soldats qu'il put tirer des provinces voisines , de les pourvoir d armes et de vête-

Srt

L'UNIVERS

itoents dont ils manquaient presque tous , et» ce cjul était plus difficile, de rendre le Courage à ces hommes qui tremblaieht an seul nom des Perses* Pendant que Bëlisaire prenait toutes ces dispositions* Cbosfoès était en Lazique , occupé avec tes habitants à chasser les. Romains. Bélisairë profitant de son absence; entra dans la Perse , ravagea le pays, prit quelques placés et en emporta le butin. La Campagne terminée , il partit pbur Constantinoj>le.

L'année Suivante (542) j Chosroës; redoutant une nouvelle incursion dans son royaume, quitta le pays des Lazes et retourna en Perse. Ail printemps .

il se dirigea vers la Palestine dans* l'intention de pi 1 ter Jérusalem; mais1 comme il était en route . des informa^ tioris inexactes qu'on lui donna sur* tes forces de Bélisairë, qui était de retour en Orient, lui faisant craindre de se voir couper la retraite par ce général, il repassa l'Euj)hrate pour1 rentrer en £erse. Lorsqu'il se trouva devant Calli nique dont oh réparait les murailles , il pilla la ville et émmerià un nombre considérable d'habitants , malgré ta parole qu'il avait donnée a jJélisairé de ne commettre aucune hostilité sur le territoire de l'empire.

L'année suivante, il recommença s£s incursions tout en réclamant des Romains les sommes que ceux-ci devaient lui donner pour la conservation aê la paix. Jtistihien , sans lui frépondrë , donna ordre à Narsès d'entrer dans la Pt rsarménie avec une armée. Ce général résolut d'ouvrir la campagne par la prise d'Anglon, petite placé très-forte, située dans un jpays d'un accès difficile et défendue par quatre mille perses. Nabadès,

Î[ui commandait ceux-ci, fit répandre e bruit que, né pouvant tenir contre es Romains, il abandonnait la position. IN a r ses , plein de confiance dans cette nouvelle, s'avançait. pour prendre possession de la ville, dans laquelle il s'attendait à ne trouver aucun défenseur. Mais en approchant des murailles il fut étonne de trouver les Perses rangés en bataille devant là

placé et prêts à charger les Romain*.

L'avant*garde de ces derniers; composée entièrement de troupes armées à la légère, prit la foite sans attendre les Perses. Ceux-ci, attaquèrent v>

S creusement l'armée romaine et la irenfc eh désordre. :On fit alors trente mille Romain* Cuir «levant quatre mille Perses. Le carnage aurait été beaucoup plus grand, si Nabadès n'eût craint, malgré les excellentes positions qull avait fait prendre à ses troupes, de tomber dans quelque embuscade ftarsès reçut une blessure todrtell*; Cette action fut la seule qu'il y eut pendent là Wttif>agne.

L'année suivante (544) s Cbo*roës entra pour la quatrième fois sur les terres de l'empire et forma1 le siège d'ÉdeMe qu'il avait attaquée vainement dans sa première expédition. Il échoua de nouveau et se retira aprèà avoir perdu un grand nombre de soldats. Peu de temps après, U reçut des ambassadeurs de Justihien qui conclurent -avec lui là paix pour cinq ans , moyennant une somme considérable. Cette paix ne (ht pas de longue durée, et bientôt de nouveaux démêlés s'élevèrent entre les deux sdUverains au sujet de la Lazique. Les habitants de ce pays, mécontents du joug que leur avaient imposé les Romains , appelèrent les Perses à leur secours; mais reconnaissant aussitôt qu'il leur était beaucoup plus avantageux de rentrer dans la dépendance de leurs premiers maîtres , fis prièrent Justinien d'envoyer Une armée eh Lazique.

Après avoir remporté plusieurs avantages, les Perses furent battus et firent la paix.

Anatozade, fils atné de Chosroës, S'était déjà révolté contre son père qui l'aVait exilé à Lapato, ville eioignjée de sept journées du chemin de Ctésiphon. Quelque temps après (an 550) , lé roi tomba malade , et Anatozade prit sur-le-champ le titre de roi.

Ayant bientôt appris que son père s'était rétabli , il fit révolter la ville de Lapato, et livra bataille à Phabrize, envoyé contre ldi avec une armée. Il fut vaincu et fait prisonnier. Chosroës,

*>ÉRSÉ.

pour" KH flter l'esbohrde jamais monter au> le trône; lui fit brûler les yeux avec dtte aiguille rouge. L'année suivante (561) , fut conclue une nouvelle trêve de cinq ans. Justinieh paya encore à ChosroeS une forte somme d'argent pour l'obtenir: Les vingt-cinq années qui surfirent les événements que nous rapportons se (tassèrent, pdur Chotroes* comme le commencement de son règne , à faire la guerre aux Romains, et à CBhtr&ctér avec eux des traités qtrll n'exécutait' Qu'autant que leur observation était avantageuse à ses intérêts. •

Cependant , grâce aiix talents militaires et à l'activité de Tibère, qui avait été nommé César par l'empereur Justin If, les Rorhains étaient à la veille de prendre sur le vieux Ghosroës une éclatante Vengeance, te roi n'ayant pas connaissance des préparatifs des Romains, entra en Arménie au printemps dé l'année 576. Tibère; qui n'avait point encore assez de troupes pôUr l'attacjuer, lui proposa la paix. Mais tout en faisant cette démarche, il ordonna à Justinien, fils de Gerrriaîn , général habile et d'un grand courage , de réunir autant de soldats qu'il pourrait, afin d'être en état de se dérendre contre Chosroês ; si cela devenait nécessaire. Quand l'envoyé de Tibère fut arrivé au camp de Chbsrdës, ce dernier lui donna l'assurance qu'il nfe désirait que la paix, et (Jtie si l'ambassade fût arrivée avant son entrée en campagne , il ne serait pas sorti de ses États ; mais qu'étant en marche il ne pouvait reculer sans honte , et que dès qu'il serait en Perse il enverrait dés plénipotentiaires pour s'entendre avec ceux que Tibère aurait choisis. Tel était l'état des choses, lorsque Chosroês apprit que le général Justlnien, à la tête d'une armée nombreuse, entrait en Cappadoce. A cette nouvelle, il résolut d'aller au-devant de lui , espérant le rencontrer avant qu'il fût à Césarée. Mais Justinien avait fait plus de diligence que ne pensait Chosroês. Ce général était déjà au delà de Césarée, dans les plaints de la petite Arménie, près de MéJitiûe, où le roi

fle *M*ë le téncôiitra. L'arntëe* romaine, choisie dans toutes lés provinces dé Y entriire ; était l'élHe de l'Europe et de rAsie. Choaroës, effra^S, hésitait à faire sonner la charge , lorsqu'un Scythe appelé Cur*, auqdel Justinien dvaÈt confié le commandement de l'aile droite de l'atniéé romaine, s'élança à ta tête de ikè encadrons, culbuta l'aile gauche des Perses j et s'empara de la tente et dès équipages royaux. Chosroês, tenu; codtinuellement en échec* par le resté de l'armée romaine , ne pouvait d&taclièt aucun corps de troupes pdur arrêté* Curs. Enfin celui-ci , après é'être emparé des trésors de ChosTqfis. et de l'autel où l'on entretenait le feu sacré, alla vers le soir rejoindre justinien.

La nuit étant venue, Chosroês attaqua, à la lueur des torches, un cprtà avancé de troupes romaines qu'il taillé en pièces. H gagna ensuite Mélitine ei v mit le feu. Il se disposait à repasser l'Euphrate, lorsqu'ori l'avertit que les Romains s'étaient mis à Sa poursuite et allaient l'atteindre. Aussitôt j saisi d'effroi , il monta stiï* tin ÉIôV phant, et traversa le fleuve. Ùn^ grande partie de son armée se noya eft voulant passer après lui. Chosroês, dé* courage par ces désastres, se retira dans ses États, et fit une loi qui défendait aux rois qe Perse ses successeurs dé commander leurs armées en Personne dans les guerres contre les Ko* mains..

Justinien passa bientôt l'Euphrate et le Tigre, et pénétra dans Pintérieui de la Perse Sans trouver de résistance. Les Romains s'avancèrent jusque sur les bords de la mer d'Hyrcanie , prirent toMs les vaisseaux qu'ils trouvée rent , pillèrent et brûlèrent les villes maritimes, et passèrent l'hiver en!

Perse. L'été suivant ils retournèrent sur les terres de l'empire } ramenant un si grand nombre de prisonniers qu'Us les offraient en vente pour une pièce d'or. Chosroês , abattu par tant de revers, fit faire de6 propositions de paix à l'empereur Tibère. Les négociations ayant traîné en longueur, il surviht un -événement qui les rompit

L'UNIVERS

tout à fait. Tamehosroès, alors le plus grand guerrier de la Perse, était parvenu à lever une armée de soldats courageux et expérimentés. Il alla avec ces troupes attaquer Justinien en Arménie, et remporta sur lui une victoire signalée (an 577). Cet heureux succès releva le courage et les espérances du vieux Chosroes , et la guerre recommença avec une nouvelle fureur.

Maurice , commandant de la garde de l'empereur, et désigné pour succéder à Justinien (an 578) , se mit en marche pour attaquer Tamehosroès. Celui-ci , sachant que Tannée romaine était beaucoup plus forte que la sienne , se retira à travers l'Arzanène. Maurice se mit à le poursuivre, mais, arrêté dans sa marche par une maladie dangereuse, il ne put l'atteindre. Aussitôt qu'il fut rétabli, il ravagea l'Arzanène , prit quelques places fortes et fit un grand nombre de prisonniers. Il s'arrêta devant Chlomare, ville fortifiée dans laquelle commandait un Perse appelé Bigane. Celui-ci, voulant épargner aux habitants les horreurs d'un siège , fit offrir à Maurice tout l'or et l'argent que renfermait la ville, à condition qu il se retirerait. Maurice l'engagea a ouvrir ses portes aux Romains, lui assurant qu'il trouverait auprès de l'empereur des emplois plus honorables et beaucoup plus de richesses qu'il n'en possédait sous la domination de Chosroes. Ces offres brillantes ne furent point capables d'éblouir Bigane, qui répondit qu'il ne voudrait pas même d'une couronne, s'il fallait, pour la posséder, manquer à la foi qu'il devait à son maître légitime. Ces paroles furent soutenues par une vigoureuse résistance , et les Romains se retirèrent sans avoir pu prendre la ville. Maurice s'avança ensuite , ravagea tout le pays en deçà et au delà du Tigre , prit la forteresse de Singare , et à la lin de la campagne, mit ses troupes en quartier d'hiver dans la Mésopotamie.

La santé de Chosroes, altérée depuis la bataille de Mélitine , déclinait tous les jours. Ce prince, retiré à Ctémphon, était en proie à la plus violente

mélancolie. Tibère lui fit proposer la paix, et les négociations touchaient a leur fin, lorsque Chosroes mourut; l'an 579 de J. C. , après avoir régné quarante-huit ans.

« L'histoire, dit le Beau , appelle ce prince le grand Chosroes. Les Orientaux lui donnent le surnom d'Jnousehirvan, qui signifie âme généreuse.

C'est l'Alexandre des Perses. Us k préférèrent, pour ses victoires, sa grandeur d'âme et sa haute sagesse, à tous ses prédécesseurs, sans en excepter Cyrus. Il fut honoré du surnom de juste, titre plus glorieux pour un souverain que celui de grand. Telle est l'idée que les historiens orientaux donnent de Chosroes. Les auteurs grecs contemporains font de ce prince un portrait bien différent. Ne pouvant lui refuser les qualités des con- Î[uérants, ils lui attribuent les vices es plus odieux des monarques, l'injustice , la cruauté , l'avarice, la perfidie. Ses victoires ont fait tant d honneur aux Perses et tant de mal aux Romains, qu'on doit également se défier de la flatterie des uns et de la haine des autres. Le caractère de Chosroes est un problème insoluble.

Tant il est dangereux pour un prince jaloux de sa gloire d'irriter une nation savante qui sait parler à la postérité. Quoiqu'il soit injuste de s'en rapporter à des témoins ennemis, je suis cependant forcé de suivre ici les écrivains grecs, seuls monuments que j'aie entre les mains; mais j'avertis d'avance que je me défie moi-même de tous les traits dont ils noircissent les actions de Chosroes. »

Hoemisbàs III succéda à son père Chosroes, l'an 579 de J. C. Ce prince, à peine monté sur le trône, donna des preuves de son orgueil et de son im-

Srudence. Il ne daigna pas faire notier à Tibère son avènement à la couronne ; et quand cet empereur envoya une ambassade en Perse pour le complimenter et conclure les traités qui avaient été acceptés par Chosroes , il traita les ambassadeurs avec la plus grande fierté, refusa le plus longtemps possible de leur donner audience, et

PERSE

*nr

finit par leur déclarer qu'il ne pouvait pas accéder aux conditions de paix proposées à son père. L'empereur Tibère, qui ne se croyait pas assuré du succès de la négociation, avait envoyé Maurice en Mésopotamie, avec ordre de pousser vigoureusement la guerre, si Hormisdas n'acceptait cas la paix qui lui était offerte. Maurice passa le Tigre , ravagea la Médie , et , aux approches de l*niver, se retira à Césaree en Cappadoce.

Au printemps de l'année suivante (an 580 de J. C.) , il battit à Callinique les Perses commandés par Adaarniane. Celui-ci , obligé de prendre la fuite, se sauva au delà du Tigre, abandonnant toute la Mésopotamie aux Romains , qui reprirent plusieurs places qu'ils avaient perdues sous les deux règnes précédents.

L'année 581, les conférences pour la paix furent reprises et rompues de nouveau. L'armée des Perses et celle des Romains se rencontrèrent dans les plaines de Constantine. Les Perses furent entièrement défaits, et le brave Tamchosroës , qui les commandait, ne voulant pas survivre à son malheur, se jeta au milieu des ennemis et mourut en combattant. L'année 582 , les Perses battirent les Romains près d'une forteresse appelée Acbas. Les opérations militaires furent ensuite interrompues pendant plus d'une année. Alors l'empereur Maurice envoya en Perse Pbilippique. Les deux premières campagnes de ce général ne furent marquées par aucun événement mémorable ; mais ensuite (an 586 de J. C.) ayant attaqué les Perses dans une plaine située près du château de Solacon , au pied du mont Izala , il les tailla en pièces. Les débris de l'armée vaincue , formés de l'élite des troupes de la Perse , se retirèrent sur une colline où ils restèrent pendant trois jours sans vouloir se rendre, malgré le manque absolu de subsistances. Un corps de troupes romaines qui les tenait en échec , ignorant leur détresse, se retira alors , soit crainte de réduire de braves gens au désespoir, ou peutêtre aussi , par mépris pour leur petit

nombre. Dès que les Perses virent Itf Romains en retraite, ils les attaquèrent et furent encore repoussés. La guerre continua toujours , et les Romains remportèrent plusieurs nouveaux avantages sur les Perses. L'an 590 , il y eut une sanglante bataille devant Martyropolis dont les Perses s'étaient emparés par surprise. Le général perse, Mébodès, tut tué dans l'action , et les Romains remportèrent la victoire ; mais ils ne purent empêcher les vaincus de jeter dans la place un nombre de troupes suffisantes pour en assurer la conservation a ses nouveaux maîtres. L'année suivante, il y eut une bataille non loin de Nisibe, et près du château de Sisarbane.

Les Perses , après avoir mis les Romains en fuite, furent repoussés à leur tour, grâce au courage d'Héraclius , qui tua de sa propre main le général perse appelé Aphraate. Les troupes de l'armée vaincue se retirèrent à Nisibe n'osant rentrer en Perse. Hormisdas, aussi cruel qu'injuste, avait menacé les chefs et les soldats de les faire tous mettre à mort s'ils ne revenaient vainqueurs.

Redoutant l'effet de cette menace, ils passèrent sous les drapeaux d'un général , appelé Parante, qui s'était révolté contre le roi. Voici a quelle occasion:

Pendant qu'Hormisdas faisait la guerre aux Romains , une partie de ses troupes, commandées par Varame, étaient occupées contre les Turcs , au nord de la mer Caspienne. Varame battit les Turcs, et les força à payer au roi de Perse un tribut que celui-ci leur envoyait auparavant. De si grands succès engagèrent Hormisdas à envoyer Varame dans la Lazique pour en chasser les Romains. Le général Perse se mit en route, et arrivé sur les bords de l'Araxe , il fut arrêté par un général ennemi, appelé Romain f qui lui livra bataille et le vainquit.

Hormisdas , irrité de cette défaite et oubliant les grands services que lui avait rendus Varame, envoya à ce général des habits de femme et le priva de son commandement Varame,

«vu

L'ÛSîVÊRS.

Matitfé4l ràftôbtton de ses soldats > éfcrhit à Hormisdas une lettre outra" ftëanfe; et quand Sdrame , envoyé pouf mi BilœéHer, fut arrive au camp, il le fit mettre en pièces par un éléphant:

La Jiaine que les Perses portaient à Hormisdas jeta bientôt dans les rangs des rebelles une mule de mécontents , parmi lesquels se trouvèrent les troupes vaincues par Héraclius. Cependant Varome s'était emparé de plusieurs fôrterësses, et Hormisdas, corn Vaincu de la nécessité d'arrêter ad phwtôtune révolte qui faisait des pro*

Êrès si rapides * envoya contré les re* Biles une armée* arius- les ordres dit commandant de la milice du palais. Ce général, arrivé ert présence de Va* rame , fat massacré pendant la nuit f et ses troupes privées de chef se retirèrent vers Ctésiphon. Hormisdas se ^fendit en toute hâte dans cette capitale. Mais bientôt un seigneur appelé Shtdoesy qu'il avait fait enfermer in* justement , parvint à sortir de la prU son, et se mettant à la tête des troupes gui avaient été sous les ordres du chef de Ib milice, du palais, il se reri* dit en présence d'Hormisdas, auquel il renrocna les erimes qu'il avait corti* mis. Hormisdas ordonna à ses gardée de se saisir de- la personne de Bin* doës ; mais, aucun n*osa obéir, aussitôt Bindoës, arrachant la tiare de dessus la tête d'Hormisdas, ordonna aux gardes de ce prince deiè conduire en prison. Chosroès, fils d'Hormisdas.

crwignant d'être enveloppé dans lé même désastre que son père, prit la fuite au milieu du tumulte. Bindoës lé rassura et lui promit de le placer sur le trône. Hormisdas , retenu en pri* son , demanda qu'il lui fût permis de

8' Idider sa cause devant une assemblée eîa noblesse; cette grâce lui aVant été accordée , il déplora son malheur et celui du peuple , et parla avec force contre les auteurs de la révolution gui le privait du trône. Il supplia ensuite les seigneurs perses de ne pas lui donner pour successeur son fils Chasroësqui, disait-il , était indigne de Régner, et il leur recommanda un rie ses fils, plus jeune, dont il vanta

l' excellent naturel, (dette harangue ne produisit aucun effet sur les* conjurés, qui choisirent Chosroès pour leur roiç , et Hormisdas, qu'on avait privé de là rue en lui passant ud fer rougé devant les yeux , fut relégué dans une prison.

Chosboes II monta sur le trône [l'an 592 de J. C.)- Il traita d'abord son père Ëormisdas avec une extrême bonté, lui envoyant dans sa prison les vins et les mets les plus exquis, et s'attaenant à rechercher les moyens dé lui rendre la captivité itooins tlurë. Tous Ces égards, loin d'adoucir Hormisdas, ne faisaient qu'irriter sort humeur farouche. Chosroès, ne pouvant parvenir à calmer sa fureur, le fit mettre à mort. Après s'être rendu coupable d'un crime si horrible, il célébra son avènement au trône par des fêtes et de grandes distributions d'argent qu'il fit a la noblesse. Il donna ordre qu'on mît en liberté un grand nombre de j>ersobnes retenues dans les prisons, voulant montrer par cette conduite qu'il était fort éloigné de la cruauté de son père. îl envoya ensuite à Varame de magnifiques présents avec une lettre , par laauelle il l*exhortait à renoncer à ses prétentions à la couronné, lui promettant, s'il voulait faire sa soumission, la seconde place de la monarchie.

Varame refusa les présents; et, dans Une lettre outrageante, en tête de laquelle il prenait, entre autres titres , ceux d'ami de Dieu, d'ennemi des tyrans, et de prince, attaché à la religion, il ordonna à Chosrdcs de renoncer au trône et de se rendre auprès de sa personne , Rengageant à lui accorder à ces conditions le gouvernement d'une province de la Perse; Chosroès lut cette lettre devant se% conseillers qui se répandirent en injures contre Varame ; mais pour lui, voulant ménager encore ce rebelle dangereux, il lui écrivit en ces termes: * Chosroès, roi des rois, seigneur des princes, maître des nations, souverain de la paix , sauveur des hommes , entre les dieux homme très-bon et éternel , entre les hommes .dieu très-illustre ; plein de gloire, vie-

PERSE-

torietix, qui • se lève avec le soleil £t qui donne des yeu< (*) à la nuit, <Ji$tmgué par ses ancêtres, roi qui hait la guerre, bienfaisant* qui conserve l'em* pire* qui tient à ses gages les bons génies (**)? à Varame* général des Per* ses, notre ami,

. «Nous avens reçu, le souvenir dé votre valeur bien' connue partout} et a^ant su que vous êtes en bonne santé* nous nota en somme* réjouit Il j a toutefois dans cette mis* sive des paroles qui né soiit pas néeé de votre cœur. Mais peut-(tre celui qui a fait .la lettre; plein de tin et enveloppé dans un profond sommeil, aora-t»tl écrit de vaines et absurdes rêveries. Cependant, comme les an bres ces jours-ci se sont dépouillés de leurs vétaments .et que le&songës, dans cette saison i n'ont aucune valeur^ nous ne nous sommes point laissé aller ad trouble (***). Or, nous avons obtenu le

(*) rjfefit-à-dire des astre*.

(**) Ofi lit dans le texte de Théophylaclë Simocâtta (Hîst , lih. iv , cap. 8 ) , d'après lequel nous traduisons cette lettre , 6 toù; *Aça>vaç p,t<76oti(iattç. NI lés anciens ni les nouveaux éditeurs de cet historien n'ont dit la moindre chose relativement fl ce passage qui cependant renfermé une véritable difficulté, j'ai consulté M. ftast sur lé sens du mm "A (nova; qui m'était tout à fait inconnu. Cet illustre savant m'a appris qu'ail lien d"Aow>vaç, il faut lire duju>jiov<, que Ton écrivait pour àffcopérauç, qui chez les au^ teurs de la basse grécité signifie souvent auges. Il est probable d'après cette ingéi nîeuse restitution que Théophylaclë a voulu rendre le mot iezdan par lequel les sectateurs de Zoroastre désignaient les bons génies du second ordre, intermédiaires entre Ormouzd et lés hommes , et aussi toutes les Créatures qui par leur vertu ou leur puissance sV levaient au-dessus de l'humanité. C'est ainsi que dans les inscriptions et sur les médailles des Sassanides , ces princes sont souvent appelés rois dés rois de ta racé céleste des izeds. Cet exemple prouve suffisamment que la phrase Je notre auteur qni tient à ses fagvs les bons génies n'avait rien de blasphématoire suivant les doctrines religieuses des Perses.

(**•) D'après a^aWMttie croyance, lai

trftne honorablement»! mu* rffcvcjas point renversé, tes iftstitdtiona jdes Perses. Quant à ceux qui- ont été Mtvrés delà prison, noué oetesv remettrons pas. Gaf il est peu convenante qttfe les bienfaits du roi manquent de forée. Pour oe qui est du diadème* do»

avens cenflanee que noua.. de le déposerions past et; s'il valait d'autres monde*, nous aurions l'eapéraiiee . de les gouverner. Nous . marcherons vert toi comme il contient à un roi» soit que nous, te persuadions par des difev eours, ou que nous te soumettions ;par les armes. Si tu véui ton bien4 fan ce oue ta dois faire. Adieu; le mfctllear de nos compagnons futurs. » . ,

• ChoSroësprBvoyantbieinqnesa lettre ne ferait aucune impression sor Va* rame, réunit une année «t se rendit à Nisibej dans teé environs de laqiielie se trouvait le général révolté; Six mnrt se passèrent eh négociations < tjm n'a»menèrent aucun résultat, et en escarmouches. Les ftoldatt de l'armée réfat le-, voyant qu'on n'osait pas les mener à l'ennemi ; perdirent courage, ûbosi roës, instruit des mauvaises disposa tions des troupes* * fit partir ses fem* mes, décidé a ■rendre lui-même I* fuite, le lendemain; mais, avant qu'à eût réalisé ce projet; Varame attaqoa son armées qui n'opposa aucune résis* tance , et Cbosroës se sauva à tonte bride* accompagné d'ud petit nombre de gardes. Ce prince traversa les dé* serts delà Mésopotamie* et.se rendit à Cnrcésium , ou il entra, suivi d'une fti* Me escdrte et de ses femmes, dont plusieurs portaient des enfants à la ma* nielle. Probus , qui commandait dans ki ville pour les Romains, rendit Jet plus grands honneurs nu monarque perse. Dès le lendemain , celui-ci écri* vit à l'empereur Maurice une lettre* dont voici la substance, a Chosroës, foi des Perses, au très«snge 4 au bien* misant, au pacifique » au puissant.* l'ami de la noblesse* au sauveur des

songes à l'époque de la chute des feuilles n'annonçaient pas des évéïtenënUi futurs* et n'étaient par conséquent susceptibles d'an* cane ûuarprélatian.

pmécnt&, au bienveillant roi des Romains qui oublie les injures, salut.

Dès ie commencement, Dieu a placé 4ans le monde deux grands Etats, semblables à deux yeux qui l'éclairent : le très-puissant royaume des Romains et la saee monarchie des Perses. Ces deux célèbres empires arrêtent les nations inquiètes et belliqueuses, et conservent rordre et la tranquillité parmi les hommes. Or, l'univers est rempli de génies méchants et pervers oui s'enoreent de bouleverser toutes les choses que Dieu a établies avec ordre ; et quoique les efforts de ces géuies ne soient pas couronnés de succès, cependant il convient que les hommes* pieux auxquels Dieu a donné les trésors de la sagesse , le bras et les armes de la justice, combattent ces êtres malfaisants. I*es plus dangereux de tous les génies ont excité depuis peu d'horribles désordres dans la Perse.

Ils ont soulevé les esclaves contre les maîtres, les sujets contre les princes; ils ont substitue la confusion à Tordre, Je mal au bien ; ce Varame, misérable esclave que mes ancêtres ont tiré de Rabaissement et comblé d'honneurs, ne pouvant soutenir la grandeur de sa gloire, s'est jeté dans le crime, et, ambitionnant la royauté, il a bouleversé notre patrie; cette révolte sera cause que des nations sauvages et féroces parviendront à ruiner! empire si policé des Perses. Et ensuite , avec le temps, ces mêmes nations opposeront à vos alliés des forces insurmontables; d'après cela, il est digne de votre prévoyance pacifique de tendre une main secourante à un royaume illustre, opprimé par des tyrans, de fortifier un empire sur le point de se dissoudre, et de devenir le sauveur de la Perse. »

Tandis que l'empereur Maurice délibérait sur la conduite gu'il devait tenir à l'égard de Chosroes, Varame faisait vainement chercher celui-ci dans la Mésopotamie. Il réussit seulement à se rendre maître de la personne de Bindoës , qu'il chargea de chaînes, ainsi que plusieurs autres personnes dévouées aux intérêt* de

Chosroes et de la famille royale. Mais il traita avec une extrême douceur le peuple, qu'il voulait ménager. Il s'occupa de mettre toutes les frontières de l'empire en état de défense, et combla de présents les personnes qui l'approchaient ; mais il s'aperçut bientôt avec douleur que, malgré tous ses efforts, la noblesse lui était toujours hostile, et qu'il ne pouvait compter que faiblement sur le peuple. Touterois , n'étant plus maître de son ambition, et bien convaincu que le temps ne changerait en rien tes sentiments des Perses, il renonça à la dissimulation, et, dans une fête solennelle, il prit les insignes de la royauté. Il envoya ordre en même temps à la garnison de Martyropolis de continuer a se défendre. Chosroes de son côté, voulant paraître reconnaissant de l'hospitalité qu'il avait reçue, fit partir pour Martyropolis un satrape chargé de dire au gouverneur qu'il eût à se soumettre aux Romains. Mais en même temps ce roi perfide l'avertissait secrètement de n'avoir pas égard à la lettre dont le satrape était chargé.

Vers cette même époque (an 593 de J. C), on vit arriver à Constantinople des ambassadeurs de Varame et de Chosroes. Varame demandait à l'empereur Maurice d'observer une stricte neutralité, et lui promettait à cette condition de céder aux Romains la ville de Nisibe et le pays jusqu'au Tigre. Quant à Chosroes , il promettait de rendre Martyropolis, Dara , et toute l'Arménie, et de conserver avec l'empereur une paix perpétuelle, sans jamais exiger de lui les sommes stipulées dans les traités antérieurs.

L'empereur se décida en faveur de Chosroes, auquel il renvoya plusieurs grands seigneurs faits prisonniers pendant la guerre. Le monarque perse, assuré de la protection de l'empereur, repassa l'Euphrate, et s'avança jusqu'à Constantine.

L'orgueil et la cruauté de Varame avaient indisposé la noblesse, qui, naturellement, n'obéissait qu'avec répugnance à un usurpateur. Les principaux officiera de 1 armée fpf-

Digifced

PERSE

*or

mèrènt une conspiration , et ayant forcé la prison dans laquelle était renfermé Bindoës, ils allèrent, sous la conduite de ce chef, attaquer le palais.

Varame, averti à temps, avait fait mettre ses troupes sous les armes. Le combat dura toute la nuit ; Varame remporta la victoire et se rendit maître oe plusieurs chefs du complot. Dès le lendemain, il 6t couper les bras et les jambes à ces prisonniers, qui furent ensuite livrés à des éléphants furieux. Mais bientôt les choses prirent un autre aspect. Bindoës, qui avait réussi à se dérober paj la fuite à la cruauté de Varame, passa dans la Médie, où il fit rentrer sous l'obéissance de Chosroës un grand nombre de gens qui s'étaient déjà déclarés pour l'usurpateur. Au bout de peu de temps , ce chef se trouva à la tête d'une armée considérable. Le général qui commandait en Arménie pour les Romains reçut, vers la même époque, l'ordre d'employer toutes les forces dont il pouvait disposer en faveur de Chosroës. Quelques troupes de Varame firent leur soumission , *et le gouverneur de Nisibe, qui avait voulu attendre l'événement pour se déclarer, remit à Chosroës cette ville et plusieurs autres places qui se trouvaient sous son commandement. La garnison de Martyropolis, fidèle aux ordres secrets qu'elfe avait reçus, continuait à se défendre avec courage; mais la perfidie de Chosroës ayant été découverte, les Romains obligèrent ce prince d'envoyer aux assiégés l'ordre de se soumettre sur-le-champ.

Varame , résolu à tout souffrir plutôt que de redescendre au rang de simple particulier, réunit les meilleures troupes de la Perse, et prit toutes les mesures pour arrêter les progrès de Chosroës. Il envoya au château d'Anatha, près de Circésium , un satrape, appelé Miradurin, avec une forte division pour garder les passages de l'Euphrate, et il fit partir un autre général pour s'emparer de Nisibe. Ces deux expéditions échouèrent, et de si fâcheux commencements découragèrent les partisans

de Varame. Chosroës écrivit alors à l'empereur Maurice, pour lui demander une somme considérable, qu'il s'engagea par écrit à lui restituer dès qu'il serait rétabli sur le trône de

L'empereur lui ayant accordé sa demande, Chosroës récompensa ses anciens partisans et s'en créa de nouveaux par ses largesses. Il supplia en oqtre Maurice de rappeler le général romain, Comentiole, dont la lenteur pouvait amener les résultats les plus désastreux pour la cause qu'il détendait. Le commandement de l'armée romaine fut alors confié à Narsès, et Chosroës se mit en marche avec tontes ses forces réunies à celles des Romains. La plupart des villes frontières lui ouvrirent leurs portes, entre autres Dara. Pendant son séjour dans cette place, il reçut de I empereur Maurice un baudrier couvert de pierres

Erécieuses, une tiare et plusieurs meules précieux. Ce présent était escorté par des gardes de l'empereur, les-

Î[uels devaient former la maison miitaire du monarque perse. Soit reconnaissance, soit politique, Chosroës envoya immédiatement; par un satrape , les clefs de Dara à Maurice.

Cette remise était accompagnée d'un acte authentique, par lequel il renonçait à ses droits sur la ville et la donnait à l'empire.

L'armée s'étant remise en marche, arriva sur les bords du Tigre, où Chosroës s'arrêta pour attendre quelques renforts. Un chef de Varame, appelé Bryzace, tomba au pouvoir des Romains, et ses troupes furent taillées en pièces. Chosroës fit couper le nez et les oreilles à ce malheureux général , et, dans un grand festin qiril donna aux principaux officiers de l'armée, il ordonna a ses gens d'amener le captif. Quand les Perses eurent suffisamment insulté au malheur de ce général, Chosroës fit un signe de la main, car la religion des Mages défend de parler pendant les repas, et aussitôt Bryzace fut mis en pièces aux yeux de toute l'assemblée. Les Romains, indignés f

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quittant imW It wVe 4» ftrtiB.

. Cependant Mébodès, général de Cbogrctëe, ayant été détaché de l'armée avec' mu petit corps de troupes » s'enipara 4e Séleuoje et de; Ctésipbon. Il ça rendit encore maître de Choçroaatioebe» om il trouva beaucoup de Juifs qui avaient trempé dans la révplte de Varame, et il les fit mettre à mort.

n Ces ennemis, 4it Théophylecte, nyétpieflt point à mépriser, A cette épo- «je* les Juifs oui habitaient la Perse étaient fort riches. Quand l'empereur Vespasiensefut rendu maître de Jérusalem et eut fait brûler le temple, un S 'and nombre de Juifs, redoutant les omaine, passèrent, avec leurseffets les plus précis**, de U Palestine dans la tiédie et dans la Perse. Là, après avoir acquis de grandes, richesses, ils poussèrent les habitants dans les révolu* tjoos, cor, ajoute le mime auteur, c'est un peuple pervers, sans aucune espèce de foi, qui aime le trouble, qui se plaît à tyranniser les hommes, qui, envieux et jaloux, ne gaadeaueun souvenir de, L'amitié, et qui, enfin, dans sa haine irréconciliable* ne pardonne jamais. * Mystaoon, général û^ troupes to* mai nés qui arrivaient d'Arménie au secours de Cbosroes, approchait du Zab après avoir fait sa jonction avee Btodoès. Varame voulait empêcher cette armée de se réunir à celle de Chosroës et de Narsès; mais il ne put y réussir. Cbosroes se trouvait alors soutenu par soixante mille hommes.

Var*ms, qui n'en avait que quarante mille, essaya d'abord vainement de sur* prendre les coalisés pendant la nuit; Les deus armées restèrent ensuite eh nstonce jusqu'au troisième jour. Alors les troupes de Varame sortirent de leur camp en tumulte et demandèrent qu'on les conduisît au combat, en poussant de gnanife cris auxquels ré»

CmdiremVlesJBerses de Chosroës. liais ferais recommanda aussitôt à Buv doesetà Mébodès de faire garder le si»

èencé à leurs soldats. L'ordre était rétabli, les troupes se rangèrent en bataille. L'armée coalisée était partagée eo trois corps. Chosroës et Narsès. se tenaient au centre ; Mébodès coinman*

dait l'aj|e droite, eu «e trqufaiej^ les

Perses et ltysiacon ; l>ite gauche était composée des troupes venues d'Arménie. Les. soldats de Varame, efftayés du. noinbre et de I* contenance des ennemis qu'ils avaient à combattre, prirent la fuite et se retirèrent sur une montagne. Chosroës voulait qu'on les attaquât dans cette position, et Narsès 9yant refusé de lui obéir, il donna ordre aux Perses de commencer le combat.

Les choses se passèrent comme le gé-

Céral romain l avait prévu : les assailipts fièrent repoussés avec une perte considérable, et ils auraient tpus été taillés en pièces, si les Romains n'étaient arrivés, à leur secours.

• Varame savait parfaitement qu'en rase campagne il lui était impossible de résister a l'armée coalisée, et il se petira sur des hauteurs inaccessibles à la cavalerie. Narsès l'y suivit, et Varame, obligé de quitter ses nouvelles position^, établit son camp sur les porde d'une rivière appelée Mvtarath.

H arsts le ppursoi vit , et l'avant atteint t se disposa à lui livrer bataille. Varame ne pouvant éviter d'en venir aux mains, s'aopliuua à ranger ses troupes p*e la manière fa plus avantageuse. U y avait des éléphants dan* les deux arr mées. Varame plaça les siens devant la cavalerie. Chosroës, entouré d'une garde de cinq cents hommes, parcourait les rangs et exhortait les Perses de son parti à ne pas se montrer inférieurs aux Romains. 'Varame eut d'abord l'avantage sur un point; mais bientôt il fut battu, et six mille hom» mes de ses troupes qui s'étaient retirés sur une montagne Se virent obligés de mettre bas les armes. Chosroës se donna le plaisir cruel de les vqtr tuer à coups de flèches ou fouler aux pieds des éléphapts. Les Romains se rendirent maîtres des femmes, des enfants, et des ornements royaux de Varame, qu'il* offrirent à Chosroës. Quant à Varn me lui-même, il quitta le champ de bataille à la tête de dix mille hommes seulement, et on ne sut jamais dans la suite ce qu'il était devenu.

Chosroës. se rendit dans la ville de Ganxac, où il donne aux principaux

PERSE

effiotofdél'timfe romatiieuii superbe

festin triomphal, tandis que lai * assis sur un trône, il sa plaçait à entendre les Perses, qui, suivant leur usage, célébraient saviciotre au ton des flûtes et d'instrument! à cordes.

Bfx jours «près, ilepngédia les troupes romaines sans leur accorde» d'autre récompense que des éloges; mais cran pnant d'être assassiné par ses sujets, il écrivit à l'empereur Maurice, et lui demanda mille soldats romains pesamr ment armés, chargés de foire auprès de sa personne les fonctions de gardes du corps. Dès qu'il se vit paisible possesseur de la couronne* il lit mettre à mort toutes les personnes qui avaient pris part à la révolte. JBindoès, qui rarait servi avec tant de aile, semblait ne devoir s'attendre qu'à des récoim penses; mais bientôt Chosroës, qui n'avait plus besoin de son secours, ne vit en lui qu'un rebelle qqi avait osé se révolter contre Qormisdae, et il le fit noyer dans le T»g;re<

La paix qui existait entre la Perse et l'empire pensa être troublée au sujet des mcursiqns que les Sarrasins fei* «aient suc le territoire de la Perse.

Chosroës, soit qu'il le crût véritable* ment, ou qu'il cherchât un prétexte décent de déclarer la. guerre à l'empereur Maurice, accusa les gouverneurs «des provinces romaines, voisines de la frontière, de favoriser ces invasions, loin de s'y opposer comme ils le de* vaient: Maurice, qui redoutait alors une rupture' avec la Perse , envoya des ambassadeurs à Chosroës, qui h% reçut d'abord asseï froidement; mais le chef de l'ambassade lui ayant repreV tenté avec force toutes les obligations qu'il avait à l'empereur, et la fait blesse des raisons qu'il alléguait pour lui déclarer la guerre, Chosroës* touché de ce discours, renonça à ses projets hostiles.

. Pieu de temps après, cependant, le monarque perse profita d'un événement qui favorisait ses vue3 ambitieuses : ce fut le meurtre de l'empereur Maurice (an 602 de J.C ).Çho»roës donnait toujours à ce prince les noms de père et de protecteur^ et il lui de*

vait bien inconteatahlenvmt la eou« ronne. 11 était juste qu'il cherchât à venger sa mort. Armé de ce prétexte spécieux, Chosroës repousse avec dédain une lettre et des présents que lot envoyait Phoeas, meurtrier de Maurice. Il feignit d'abord de n'ayqje d'autre but dans toute sa. conduite que de replacer sur le trône an membre de la famille de son bienfaiteur; maie il devint bientôt évident que ni ses paroles ni ses actions n'étaient sincères, car il refuse de secourir Narsès, qui avait pris les armes contre Phoeas. il n'avait réellement d'autre but que dç reculer les frontières de son empire et d'affan

ir les Romains.

Aux premiers jours du printemps de Tan 604, il réunit une armée nombreuse et entra en Mésopota* mie. Les Romains n'avaient dans, cette province qu'un faible corps de troupes sous les ordres de Germain.

Ce général ne pouvant éviter la bataille, eut son armée entièrement dé* truite, et blessé lui-même, il sqocombt au bout de peu de jours. Dans une seconde affaire près de Dara, les Romains essuyèrent encore une défaite, et les Perses firent un grand nombre de captifs qui furent tous égorgés, par Tordre de Chosroëa. * Tel fut, dit le Beau , le commencement de la guerre la plus sanglante que l'empire eût .jamais soutenue contre les Perses, ces opiniâtres rivaux de |a puissance romaine. EUe dura vingt-quatre ans, et pendant les dix-huit premières années»

jusqu'à la douzième du règne d'Héra?

plius, ce ne fut pour les Romains qu'une suite perpétuelle q> désastres.

Chosroës, moins grand capitaine, mais

F lus cruel que son aïeul, trouvant . empire dépourvu de généraux expérimentés (*), porta de toutes part» te massacre et l'incendie. JNul quartier, nulle distinction d'âge, de condition, de sexe. Les villes brûlées et renversées, les campagnes sans culture et couvertes des caqavres de leurs najbi-

(*) Vers cette époque l'illtutre tftnès fut brûlé vif à Coostau(iuople par efdre du tyran Piiwa*.

SM

L'UNIVËM.

tants, n'offraient aux yeux que des cendres et des ruines. Toute l'Asie, depuis le Tigre jusqu'au Bosphore, ce pays le plus peuple, le plus riche, le plus fertile de l'univers, ne fut plus qu'un théâtre d'horreurs. Le roi bartare se baigna dans le sang des Romains, devenus lâches en devenant criminels; on eût dit que leurs armées étaient des troupeaux de victimes , que le ciel rassemblait pour les immoler à la vengeance de Maurice. «

Tous les ans les Perses faisaient des incursions dans la Mésopotamie , dans la Syrie , dans la Palestine et dans la Phénicie. Les peuples de ces provinces, abandonnés à leurs propres ressources, s'enfermaient dans les places fortes.

Les Perses, contents d'enlever tout le butin qu'ils trouvaient dans les campagnes, se retiraient ensuite sans former aucun siège. L'an 609 , Chosroes résolut de ravager l'Asie Mineure qui jusque-là n'avait pas ressenti les horreurs de la guerre. Les Perses prirent Édesse , et passant ensuite l'Euphrate, ils détruisirent un corps de troupes sous les ordres de Sergius, qui fut tué dans le combat. Puis ayant traversé la petite Arménie, ils entrèrent en Cappadoce, où ils défirent Domentiole , frère de Phocas. Ce lâche général se cacha dans des roseaux pour sauver sa vie. Les Perses traversèrent ensuite la Galatie, la Paphlagonie, la Bithynie et arrivèrent jusqu'aux portes de<Cbalcédoine. Là, ils rebroussèrent chemin , emportant avec eux les riches dépouilles des provinces qu'ils avaient parcourues. Quelques années plus tard ils prirent et saccagèrent la ville de Damas, et emmenèrent en esclavage un grand nombre de ses habitants.

Enfin, en 615, Romizanès, plus connu sous le nom de Sarbar (*), c'est-

(*) Les auteurs erecs le nomment latçfaçàç et £op6otpa(âç ; 1 historien syrien Grégoire Bar-Hebrœus l'appelle Scltarbarz (Citron.

Syr.,^%. 99 et suiv.; version latine, p. 99 et suiv.), et nous apprend que ce nom signifie porc sauvage ou sanglier. Zof&cpoc •st , si je ne me trompe, composé tiJzora, qui en pehlvi veut dire/w* (voyez le Zen4-

Mire sançUer , entra en Palestine à la tête d'une armée considérable. 11 ravagea tout le pays, et entra dans Jérusalem privée de défenseurs. II s'empara de la vraie croix et fit un grand nombre de prisonniers de tout âge et de tout sexe, la plupart chrétiens. Les Juifs du pays achetèrent quatre-vingt mille de ces infortunés pour les massacrer. Sarbar emporta en Perse la vraie croix renfermée dans un étui scellé du sceau de l'évéque. Le saint sépulcre et les églises furent réduits en cendres.

Les guerres que faisaient alors les Perses ressemblaient beaucoup pins à des incursions de brigands qu'à des expéditions régulières. Chosroes qui , malgré son avarice , aimait cependant la gloire, entreprit, pour jeter quel-

Sue lustre sur ses armes , une expédition qui n'était pas sans difficulté. Il envoya en Egypte (an 616 de J. C.)une armée qui pifia Alexandrie et ravagea toute la contrée jusqu'aux frontières de l'Ethiopie, tandis qu'une autre division, sous la conduite de Saés, assiégeait Chalcédoine. On redoutait beaucoup à Gonstantinople la prise d'une place si voisine de la capitale. Héraclius, qui n'avait pas les forces nécessaires pour contraindre Saês à lever le siège, essaya de le corrompre. Saês, séduit en apparence par les offres de l'empereur, lui demanda une conférence. Héraclius y consentit et s'avança dans une barque jusqu'auprès du rivage. Dès qu'il raperçut, Saes se prosternant sur le bord de la mer, comme faisaient les Perses devant leur roi, engagea l'empereur à envoyer une ambassade à Chosroes pour conclure la paix. Quelques jours après, les ambassadeurs arrivèrent au camp de Saês, et celui-ci laissant devant Chalcédoine une partie de ses troupes pour tenir la

{>lace bloquée pendant l'hiver, partit ui-même avec les envoyés d'Héraclius; qu'il traita avec toutes sortes d'égards tant qu'ils furent sur les terres de

Jvesta, d'Anqnetil, t. II, p. 4*0» «t de bar ou bara, qui dans la même langue a le sens de stutpoge.

PERSE

l'empire; mais une fois arrivé en Perse, il les chargea de chaînes , et les conduisit à Chosroës comme des prisonniers. 11 espérait que ce roi perfide lui saurait gre d'une pareille conduite; mais Chosroès* informé de tous les détails de l'entrevue de Saè's avec Héraclius, lui dit en fureur: Misérable, tu as donc renoncé ton seigneur en prostituant à un étranger l'adoration que tu ne dois qu'à moi? C'était Héraclius qu'il fallait prendre et m'a mener enchaîné. Aussitôt il ordonna qu'on l'écorchât tout vif et que de sa peau on fit une outre. Se tournant ensuite vers les ambassadeurs : J'épargnerai les Romains , quand ils auront abjuré leur crucifié pour adorer le Soleil.

Après leur avoir adressé ces paroles, il les fit jeter dans un cachot où l'un d'entre eux mourut de maladie et les deux autres furent dans la suite assommés à coups de b&ton. Sarbar succéda à Saës et continua le siège de Chalcédoine (an 619). Après s'être rendu maître de la ville, il la livra au pillage et l'abandonna. Sa retraite calma les craintes que l'on avait conçues à Constantinople lors du commencement du siège.

Les Perses faisaient chaque année, au retour du printemps, des invasions dans les provinces romaines situées près de leurs frontières. Héraclius, occupé à préserver l'empire de dangers plus grands encore du côté de l'occident, ne pouvait pas songer à réprimer l'insolence des Perses. Quand une fois il n'eut plus rien à redouter de l'Europe, il s'occupa de tirer vengeance des insultes de Chosroës. Il passa un temps considérable en préparatifs , et Tan 621 il fit passer une armée nombreuse en Asie, où il se rendit luimême l'année suivante. Son premier soin fut d'instruire et de discipliner les troupes romaines. Il entra ensuite dans la petite Arménie. Sarbar, qui commandait l'armée de Chosroës, ayant vu qu' Héraclius marchait vers la Perse, espéra l'arrêter par une diversion, et il entra en Cilicie. Cependant , comme Héraclius avançait toujours sans se laisser détourner de son

20* livraison. (Pebse.)

but, Sarbar prit le parti de le suivre et de saisir la première occasion favorable pour l'attaquer. Pendant une nuit obscure , il se disposait à charger l'arrière-garde des Romains , lorsque la lune paraissant tout à coup, le força de renoncer à son projet. Il fit des imprécations contre cet astre qu'il adorait et se retira sur des lieux élevés. Le lendemain il y eut quelques escarmouches dans lesquelles Héraclius obtint constamment l'avantage. Plusieurs I'ours se passèrent ainsi en petits corn- >ats qui augmentèrent le courage des soldats romains. Sarbar, craignant les suites du découragement qui faisait de grands progrès dans les rangs des Perses, résolut de hasarder une affaire générale. Il descendit dans la plaine et rangea son armée en bataille , en face du soleil qui commençait à paraître. Les Perses, qui adoraient cet astre , saluèrent son lever par de grands cris. Héraclius, feignant alors de prendre la fuite, les attira à sa poursuite. Quand il vit que le désordre était parmi eux , et que leurs soldats comptant sur une victoire certaine ne gardaient plus leurs rangs , il fit faire volte-face a ses troupes et les attaqua. Presque tous les soldats perses périrent ou tombèrent au pouvoir des Romains. Le camp de Sarbar fut pris et pillé. Après cette victoire importante , Héraclius établit en Arménie les quartiers d'hiver de ses troupes et retourna à Constantinople.

L'année suivante (623 de J. C.}, Héraclius entra de bonne heure en campagne, et s'avança vers l'Atropatène, mettant le feu aux villes et aux villages, et détruisant tout sur sa route. Comme il approchait de cette province , il apprit que Chosroës était a Ganzacavec quarante mille hommes.

Il se dirigea aussitôt vers cette capitale, et arrive à peu de distance du camp des Perses, il fit charger les cardes avancées par des Sarrasins auxiliaires.

Ceux-ci culbutèrent les Perses, qui s'enfuirent dans leur camp et y jetèrent répouvante. Chosroës prit la fuite avec toutes ses troupes. Un grand nombre de soldats furent tués ou faits

L'UMVBRS.

prisonniers par les Romains. Héraclius entra dans Ganzac sans éprouver de résistance, brûla un temple du Feu très-vénéré par les Perse6, et fit détruire une statue colossale de Chosroës, placée au milieu du palais et sous un dôme qui représentait le ciel- Autour de la statue étaient le Soleil, la Lune et les autres Astres avec des génies qui portaient des sceptres, Au moyen d'un certain mécanisme, le colosse versait de l'eau en forme de pluie et faisait entendre le tonnerre* Ce colosse , comme le temple du Feu et une Sortie de la ville, furent livrés aux ammes. Ganzac renfermait alors plus de trois mille maisons*

Après cette expédition, Héraclius se rendit à ïhébarmès , la moderne Ourmia. Il brûla cette ville fameuse par son pyrée et continua à pour* .suivre Cbosroës. Ne pouvant l'atteindre , il se dirigea vers l'Albanie pour y prendre ses quartiers d'hiver. Les Perses harcelèrent souvent dans sa route l'armée romaine , chargée de butin et embarrassée de cinquante mille prisonniers , mais toujours sans succès. Le froid étant de* venu très-vif, Héraclius donna aux prisonniers tous les secours qui étaient en son pouvoir, et les fit mettre en liberté. Cette générosité lui gagna le cœur de ces malheureux, qui tous priaient Dieu de délivrer la Perse du tyran qui l'opprimait, et de donner à ce pays un roi aussi bienfaisant que l'empereur des Romains. ■ La campagne suivante (an 624), Chosroés leva trois armées. Il donna l'une à Sarbar et la seconde à un gêné* tal du uom de Sarablagas. Ces deux chefs se rendirent maîtres des défilés

?n conduisent de l'Albanie dans la erse. Héraclius ayant suivi un autre chemin , Sarablagas prit les devants pour l'arrêter; mais Héraclius le battit «tcontinua sa route.Sarablagas fit alors «a jonction avec Sarbar, et se disposa à livrer bataille aux Romains. Ceux-ci, campés sur le penchant d'une colline boisée, attendirent les Perses, les mirent en fuite au premier choc et leur -tuèrent beaucoup de monde. Sais, autre

général de Chosroés, arrivait pendant ce tomps-là à marche forcée pour prendre part à la bataille* Les Romains se précipitèrent aussitôt 6ur ses troupes, qui furent tuées ou dispersées, et s'emparèrent des bagages. Il paraît que Sarablagas fut tué dans le combat. Sarbar et Sais réunirent leurs forces et suivi* rent Héraclius , mais sans pouvoir obtenir sur lui le moindre avantage. Arrivés dans l'Albanie, Saîs retourna en Perse , laissant le commandement de l'armée à Sarbar. Ce général était cantonné dans un château, autour du* «uel campait son armée. Héraclius étant parvenu à le surprendre , lui tua un assez grand nombre de soldats et mit le feu au château. Les femmes de Sarbar et plusieurs officiers qui y demeuraient périrent dans les flammes ou se tuèrent en sautant du haut des murailles pour éviter l'incendie. Quant à Sarbar, trappe de terreur, il avait fui à toute bride dès te commencement de l'attaque.

Quoique les généraux de Chosroés eussent été constamment battus pendant cette campagne, toutefois, par des marches habiles et en harcelant toujours les Romains , ils étaient parvenus à les empêcher de pénétrer dans l'intérieur de la Perse.

L'année suivante (an 635), Héraclius, dont l'armée avait beaucoup souffert , songea à se retirer dans l'Asie Mineure, pour être plus à portée de recevoir des recrues dé la Tbrace et de plusieurs autres provinces d'Europe. Sarbar, qui avait pénétré le dessein de l'empereur, se mit à le suivre et fit préparer à 1'avanoe , sur l'Euphrate , un pont composé de cordes tendues d'un bord à l'autre. Mais comme les Romains approchaient, il donna ordre de replier ce pont de l'autre côté du fleuve. Cependant, Héraclius ayant découvert un gué y fit passer ses troupes. Sarbar traversa le fleuve peu de temps après l'empereur qu'il suivait toujours, et bientôt il arriva sur les bords du Sarus, au delà duquel campaient les ennemis.

Les deux armées n'étaient séparées que par un pont qui se trouvait

PEfcSE.

au pouvoir des Roriiaïus. Pendant que les Perses dressaient leurs tentes et travaillaient à se retrancher dans leur camp, quelques soldats romains les attaquèrent et en tuèrent un nombre assez considérable. Ces combats partiels se renouvelant sans cesse, malgré lo défense formelle d'Héraclius, Sarbar voulut tirer avantage de la témérité des Romains , et plaça un corps de troupes en embuscade sur le bord du fleuve entre des saules et des roseaux;

Ïiuis, lorsqu'il fut attaqué, prenant la iiite à dessein, il attira loin de leur camp un assez grand nombre de Romains , qui , se trouvant engagés entre lui et les troupes placées en embuscade, furent aisément taillés en pièces. Les Perses , animés par ce succès , attaquèrent les redoutes qui défendaient le pont, et jls allaient Sa rendre maîtres du passage, lorsque Héraclius arriva à la tête de ses meilleures troupes. En même temps, un cavalier d'une taille gigantesque, armé d'un large cimeterre, courut vers lut à toute bride. L'empereur le perça d'un coup de lance et le renversa dans le fleuve. La mort de ce géant, redouté pour sa force et son courage, jeta la frayeur dans l'âme des Perses, qui commencèrent à fuir devant les Romains. Bien* tôt la dérçute devint générale. A la nuit , Sarbar se retira avec les débris de son armée et passa l'Euphrate.

Chosroês, pour se venger de Ja défaite des troupes perses , fit enlever les ornements des églises, et voulant affliger l'empereur qui était catholique, il obligea tous ses sujets chrétiens à embrasser les erreurs de Nestorius. Mais cette stupide vengeance ne remédiait aucunement aux échecs qu'il avait re»

eus ; et bientôt IJ leva trois armées, dans lesquelles on fit entrer sans dis» tinction les hommes libres, les esclaves, les naturels et les étrangers. Les meilleures troupes furent données à Sais ?ui devait attaquer Héraclius. Dans armée de ce général étaient cinquante mille hommes choisis dans toute la Perse, et que l'on appelait les bataillons dor9 parce que les soldats qui en faisaient partie portaient des javelots

dont le fer était doré. Sarbar, à la tété d'une autre armée, avait ordre d'aller à Constantinople, et de se concerter avec les Abâres, les Bulgares et les Esclftvons, pour s'emparer de cette capitale. Une troisième armée, aux ordres de Rhazatès, devait défendre le royaume. Sais, ayant passé l'Euphrate, alla attaquer Théodore, frère de l'empereur, qui se trouvait alors dans les plaines de la petite Arménie. Lés Perses furent défaits, et Saïs ne survécut que bien peu à son malheur ; il mourut de chagrinquelqués jours après la bataille, Chosroês fit embaumer son corps , et avant donné ordre qu'on lé lui opporT tat, il le battit de verges et proféra contre lui les plus horribles imprécations. Sarbar, campé à Chalcédome, se disposait à joindre les Abàrés qui attaquaient Constantinople; mais ces barbares ayant été repoussés, il resta dans ses positions.

L'année suivante (627 de J. C), Héraclius ravagea toute l'Assyrie. Rhazatès, général perse chargé de défendre cette province, suivit l'armée romaine, décidé à profiter de toutes les circonstances favorables qui pourraient s'offrir pour livrer bataille» Cependant Héraclius passa le grand Zab et campa près de Ninive. Là, ayant appris que Rhazatès attendait de nouveaux renforts, il le contraignit d'en venir immédiatement aux mains. Le combat dura depuis le matin jusqu'à la nuit; les Perses laissèrent sur le champ de bataille leur genéral , presque tous leurs officiers et la moitié de leurs soldats. Du côté des Romains, il n'y eut que cinquante hommes tués; mais le nombre des blessés fut extrêmement considérable.

Plusieurs combats singuliers avaient précédé la bataille du Zab; les Perses, vaincus dans toutes ces rencontres, regardèrent l'avantage des Romains comme d'un mauvais augure pour eux, idée superstitieuse qui put diminuer leur courage. Après la bataille , ils n'essayèrent pas môme de fuir et restèrent immobiles au milieu des cadavres.

Le lendemain. Jcs Romains entré*

L'UNIVERS

rent dans le camp ennemi , où ils prirent une grande quantité d'armes précieuses, et entre autres, le bouclier de Rhazatès recouvert de plusieurs lames d'or. Us trouvèrent aussi le cadavre de ce général , auquel ils coupèrent la tête. Héraclius , aussitôt après la bataille, marcha contre Chosroès. Celui-ci, obligé de fuir devant l'ennemi, se retira avec ses femmes et ses enfants dans une ville appelée par les Perses Guédéser, et par les Grecs, Séleucie. Cette ville était au delà de Suze, non loin des bords du fleuve Eulaeus.

N'ayant plus de troupes à opposer à Héraclius, le monarque perse écrivit à Sarbar qui assiégeait Chalcédoine de venir a son secours. Le courrier, porteur de cet ordre , fut arrêté par les Romains et conduit à Héraclius, qui le retint avec ses dépêches et en fit partir un autre charge de lettres supposées par lesquelles Sarbar était prévenu que les Perses avaient remporté de grands avantages sur les Romains; il lui était ordonné , en conséquence , de poursuivre le siège de Chalcédoine.

Sarbar, trompé par cette lettre , n'obéit pas aux ordres de Chosroès, lequel, se croyant trahi , envoya au lieutenant de Sarbar l'ordre de tuer ce général et de ramener l'armée en Perse. Cette lettre fut encore interceptée par les Romains, qui en communiquèrent le contenu à Sarbar. Celui-ci ajouta aux ordres de Chosroès qui le concernaient, l'injonction de mettre à mort quatre cents officiers de l'armée. Puis il assembla les troupes , et lut cette dépêche en leur présence. Aussitôt, soldats et officiers, irrités contre Chosroès , décidèrent d'un commun accord qu'il fallait lever le siège et gagner la Perse au plus tôt.

Malgré les nouveaux succès que semblait lui promettre la révolte de l'armée de Sarbar, Héraclius lit encore offrir la paix à Chosroès, qui la refusa. Ce prince, affaibli par l'âge, les fatigues et les chagrins, fut attaqué d'une violente dyssenterie. Il pensa alors sérieusement à assurer après lui la couronne à son fils Merdasas, qu'il avait

eu d'une dame chrétienne appeléeStra, celle de toutes ses femmes qu'il aimait le plus. Siroës. qui prétendait au trône par droit d'afnesse, était alors renfermé dans une prison ; mais ayant été élargi sur un ordre contrefait , il fit massacrer aussitôt ceux des autres fils de Chosroès dont il put s'emparer, au nombre de vingt-quatre , et ayant réussi à mettre dans ses intérêts toute la nation , il fit charger de chaînes et enfermer dans une tour son père Chosroès. Aussitôt il prit la couronne et donna ordre qu'on tuât Merdasas sous les veux du vieux roi, qui fut condamné' à mourir de faim; mais comme il vivait encore le cinquième jour après sa condamnation , Siroës le fit achever à cou ps de flèches. Après ers horribles exécutions, le nouveau roi lit demander la paix à Héraclius, qui la lui accorda à condition que les deux Etats conserveraient leurs anciennes limites; que les prisonniers seraient rendus de part et d'autre, et qu'on remettrait aux Romains la vraie croix que Sarbar avait prise à Jérusalem. Siroës accepta volontiers ces conditions, et la paix fut enfin rétablie entre les deux nations , après une lutte qui avait duré vingt-quatre ans. Les garnisons perses évacuèrent les villes de la Syrie, de l'Egypte et de la Mésopotamie, où elles turent remplacées par des troupes romaines.

Siroës ne conserva que bien peu de temps le trône où il s'était placé au prix de tant de crimes; il mourut de la peste après un règne de six mois (an 639 de J. C).

Adeskr ou Abtàxebxès III, fils de Siroës , succéda à son père n'étant encore âgé que de sept ans. Au bout de sept mois, Sarbar, ancien général et gendre de Chosroès, le même dont nous avons déjà parlé, fit périr ce jeune prince et s'empara de la couronne.

Saabar fut tué après un règne de deux mois.

Bob are, fille de Chosroès, fut alors placée sur le trône. Cette princesse gouverna l'empire pendant sept mois.

Hobjiisdàs IV, son successeur.

PERSE

conserva la couronne pendant quatre ans , après lesquels il fut tué.

Isdigebdès m monta sur le trône à la mort d'Hormisdas (an 632 de J. C. )• Sous le règne de ce prince, les Arabes s'emparèrent de la Perse.

Les historiens grecs omettent, touchant la fin de la dynastie des Sassanides, une foule de détails que nous voudrions connaître , et ils ne sont pas même d'accord sur plusieurs circonstances importantes des faits qu'ils rapportent. Voici comment les auteurs de Y Histoire universelle depuis le corn* mencement du monde rapportent les événements de cette époque :

«Hormisdas,ou,comme la plupartdes auteurs l'appellent, Isdigerdès O , parvint à la couronne, et par le choix du peuple et par le droit de sa naissance. Cependant son règne fut agité des troubles les plus cruels. Lorsque tout commençait à être tranquille en Perse, les Sarrasins, sous Ja conduite dés successeurs de Mahomet , envahireut son pays. Les historiens grecs qui font mention de cette conquête , ne s'accordent nullement ensemble. Quelquesuns assurent que l'empereur Héraclius avait un corps de Sarrasins dans son armée quand il envahit la Perse, et qu'après que la paix fut faite , à leur retour dans leur pays, ils animèrent leurs compatriotes a entreprendre la conquête de cet empire ; d'autres, que Mahomet Jui-même entra à main armée en Perse sous le règne de Chosroës ; mais que ce monarque , avec le secours des Turcs , défit entièrement l'année des Sarrasins. Cependant l'opinion générale est que les Sarrasins n'envahirent la Perse qu'après la prise de Jérusalem , et que la guerre se fit alors avec un avantage assez égal de part et d'autre. Quelques historiens représentent Hormisdas,ou Isdigerdès, comme un prince efféminé; d'autres assurent qu'il défendit son pays avec la dernière intrépidité, jusqu'au temps où Jes Perses perdirent entièrement

(*) Nous faisons avec de graves auteurs deux personnages différents d'Hormisdas IV et d'Isdigerdès IIL

courage ; et suivant quelques auteurs, il fut tué lui-même en combattant. Ce prince fut le dernier de la ligne d'Artaxerxès qui ait occupé le trône de Perse, et à lui finit un empire qui avait subsisté avec tant de gloire durant quatre cents ans. Le renversement rapide et total d'une si grande monarchie doit nous paraître étrange, à nous qui sommes accoutumés à voir une province se défendre pendant plus de temps que les Sarrasins n'en mirent à conquérir toute la Perse. Mais il faut considérer que les successeurs de Mahomet menaient avec eux une multitude d'hommes qui ne demandaient qu'à s'établir dans les pays conquis. A peine eurent-ils défait Isdigerdès, qu'ils partagèrent les terres , comme les soldats de Guillaume le Conquérant le firent depuis en Angleterre. Isdigerdès vaincu avait abdiqué la couronne par sa fuite; il se retira dans une province reculée de l'empire, et y mourut vers l'an 640 ou 642. » .

HISTOIRE DES BOIS DE LA DYNASTIE DES SAS- SAHIDES D'APRES LES AUTEURS ORCE1T- TAUX (*).

ARDSCHIR BABGAIT OU ARDSCBIR 1er

(Artaxerxès, an aa6 de J. C.)

A peine monté sur le trône, Ardschir s'occupa de soumettre deux princes arsacides qui voulaient encore lui résister. Après avoir triomphé de ces derniers compétiteurs, il parcourut toutes les provinces de l'empire et prit le titre de roi des rois. Il rédigea ensuite un corps de lois civiles et politiques, composa un traité sur les devoirs des princes et des ministres, et fit plusieurs règlements très-sages pour encourager les arts, les sciences, le commerce et surtout l'agriculture.

(*) Nous suivrons pour cette partie de notre travail la traduction du récit de Mirkhond due à feu M. le baron Silvestre de Sacy. Faire choix d'un autre auteur ou donner une nouvelle traduction de celui que l'illustre savant a préféré, serait afficher une prétenliou aussi ridicule qu'elle est éloignée de nos sentiments de reconnaissance et d'aà> miration.

L'UNIVERS

Il posa lui-même la couronne sur la tête de son fils Schapour, et se démit en su faveur du gouvernement de l'empire. Le règne d'Ardschir avait duré quatorze ans depuis la mortd'Ardavan, et douze du vivant de ce prince.

aiavB m lauroûi , tiu u'AiDicaiâ.

(Sapor Ier, an a4i de J. C.)

Lorsque Ardschir devint maître de la

Îterse, il fit tuer tous les membres de a famille d'Ardavan. Le motif de cette cruauté fut la prédiction de quelques astrologues, qui lui avaient annoncé que lé royaume passerait en* tre les mains des descendants d'Aschc.

Après avoir détruit cette famille , Ardschir remarqua un jour dans les appartements' de ses femmes une belle esclave qui lui plut tellement qu'il l'épousa. Au bout de quelque temps, cette jeune fille croyant pouvoir compter tout à fait sur l'affection d'Ardschir, fui avoua qu'elle appartenait à la famille d'Aschc. Aussitôt Ardschir fit appeler son vizir et lui dit : Emmenés cette eselave et que le sein de la terre devienne sa demeure. Le vizir se disposait à enterrer vive la princesse, mais elle lui annonça qu'elle était enceinte. Alors cet homme fit préparer un logement souterrain, et a'étant mis lui-même hors d'état de ja« mais devenir père, il renferma dans une botte les preuves du sacrifice qu'il avait fait, priant le roi d'apposer son sceau sur cette boîte et de la garder soigneusement. Peu de temps après, la jeune fille accoucha d'un enfant mâle, qui fut appelé Schqpour, c'est-à-dire, fils du roi. Quelques années plus tard, le vizir trouvant Ardschir plongé dans une profonde mélancolie, lui en demanda la cause : Je pense avec douleur, lui répondit Ardschir, qu'après avoir réduit sous mon obéissance une grande partie de l'univers, le n'ai point de fils auquel je puisse laisser mon empire. Que le roi ne s'afflige point, dit aussitôt le vizir, il a un fils doué des plus heureuses qualités et que je fais élever sous mes yeux. Ardschir ayant demandé au vizir l'explication

de cette énigme, celui-ci avoua sa désobéissance; mais il ajouta que le but de sa conduite avait été d'empêcher que la famille royale ne s'éteignît, et que le roi trouverait dans la boîte qu'il avait en son pouvoir, la preuve irrécusable de la droiture de ses intentions.

Ardschir, ravi de cequ'il venait d'apprendre, ordonna au vizir de lui amener Schapour avec mille autres jeunes enfants de la même taille que lui, et vêtus d'une manière uniforme. Il fit ensuite donner à ces enfants des mails, et. leur ordonna de jouer en sa présence. La boule étant tombée dans une salie ouverte où se tenait le roi, les enfants n'osèrent pas l'y aller chercher, mais Schapour entra sans rien craindre et emporta la boule. Ce trait de hardiesse convainquit Ardschir que l'enfant était, sans aucun doute, un rejeton de la famille royale.

Lorsque Schapour fut devenu roi, il s'occupa tout entier de rendre ses peuples heureux et de faire la guerre aux ennemis de la Perse. Il s'illustra principalement par la conquête de KJiadhre, ville située entre l'Euphrate et le Tigre. Cette place, ainsi que tous les pays environnants, appartenait à un prince arabe, appelé Manizen, lequel, profitant de l'élorgnement de Schapour, alors occupé dans le Khorasan, ravagea les frontières de la Perse. Pour venger cette insulte, Schapour entra sur les terres de Manizen et mit le siège devant Rhadhre ; mais il lui fut impossible de s'en emparer. Manizen avait une fille d'une grande beauté , appelée Nazirat. Celle-ci ayant vu du haut des remparts Schapour, qui était le plus bel homme de son temps, devint tout à coup éperdument amoureuse de lui, et promit de le rendre maître de îa place s'il voulait la recevoir dans son narein, pour y servir ses femmeâ. Schapour s'étant engagé avec serment à faire ce qu'elle demandait, pourvu qu'elle lui indiquât les moyens de s'emparer de Rhadhre, Nazirat lui écrivit qu'il devait prendre une colombe dont le cou fût orné de plumes de différentes couleurs, ei

PERSE

ait

tracer sur les pactes de cet oiseau, avec le sang d'une jeune vierge, cer* tains caractères qu'elle lui indiqua, qu'ensuite il lâcherait la colombe, qui irait se poser sur une des tours de U forteresse et la ferait aussitôt écrouler avec fracas. Schapour suivit les conseils de JNazirat, et tout arriva comme cette princesse l'avait prédit. Deux tours étant tombées, Schapour entra dans la ville par Ja brèche, fit périr Manizen et envoya Nazi rat dans son harem. Quelque temps après, réfléchissant à l'ingratitude de cette fille envers son père, il la fit attacher par les cheveux à la queue d'un cheval in* dompté.

Après avoir réduit la ville de Khadure, Schapour assiégea ISisibe. Comme cette place résistait à toutes ses attaques, le monarque perse, averti par un saint personnage, ordonna à tous ses soldats de se purifier de leurs fautes par la prière. L'armée ayant obéi, les murailles tombèrent d'ellesmêmes et Schapour remporta une victoire aussi facile que complète. Ce monarque entra ensuite dans les provinces qui dépendaient de l'empire romain et y soumit un grand nombre de villes. Ces différentes expéditions ter-» minées, il rentra dans ses États.

Ce fut vers la fin -du règne de Schapour que parut le faux prophète Mani, dont nous aurons occasion de parler plus loin. Redoutant la justice du monarque perse, Mani prit la fuite et se retira hors du royaume.

Schapour bâtit deux villes auxquelles il donna son nom; celle de Ni* schabour, dans le Khorasan, et Schapour, située près de Gazer ou n, dans la province de Fars.

ftÈOIfl D'HORJttQUZ , IfLS D* ICBAPOUR.

(Hormisdas, an a?i de J. G.)

Hormouz, également distingué par sa bravoure et sa sagesse , descendait par sa mère de Mahrec , roi d'une province de Perse, lequel fut Condamne!

par Ardschir à périr avec toute sa famille , parce que , suivant utie prédiction des astrologues, de la race de

Mahrec devait naître un prince qui régnerait sur tout l'Iran. Une fille de Mahrec étant parvenue à s'enfuir du palais de son père , se retira chez un berger. Schapour, fils d'Ardschir, étant à la chasse, fut tourmenté d'uno soif violente, et entra chez ce berger pour demander de l'eau. La fille de Mahrecoffrit aussitôt à boire au prince, gui conçut pour elle une violente passion, et voulut l'emmener avec iuu Mais cette jeune fille lui avoua le secret de sa naissance, et lui dit qu'elle redoutait trop le courroux d'Ardschir, pour consentir à l'accompagner. Le prince lui promit alors de ne pas découvrir cette circonstance à son père, et il l'épousa: Hormouz naquit de cette union. L'existence du jeune prince resta longtemps cachée à Ardschir; mais un jour ce monarque étant entré dans les appartements de Schapour, aperçut un enfant dont la grâce le charma; et il demanda quel était son père. Schapour raconta alors a Ardschir ce qui lui était arrivé , et ce ma* narque, au comble de ta joie, s'écria : Grâce à Dieu, me voilà enfin délivré des craintes que m'ont causées les pré* dictions des astrologues.

Schapour étant monté sur le trône, envoya Hormouz gouverner le Khorasan. Le jeune prince fut bientôt aimé des habitants , et redouté des ennemis de l'empire. Cependant quelques envieux rapportèrent à Schapour qu'il avait l'intention de se révolter : Hormouz, informé de ces calomnies, se coupa une main , et l'envoya à son père pour le convaincre qu'il ne prétendait pas à la couronne. Car, ainsi que nous avons eu occasion de le remarquer plusieurs fois, les princes affligés de quelques difformités ou défauts corporels ne pouvaient pas monter sur le trône. A la vue de la main de spn fils, Schapour fut extrêmement affligé, et il lui fit dire sur-le-champ : Quand ta te couperais toi-même par morceaux, tu n'en seras pas moins mon successeur, et tu occuperas le trône après moi.

Hormouz était très -généreux. La gouverneur dune des provinces de l'en* pire situées du côté des Iudea, l'engfe

L'UNIVERS

géant à acheter une quantité de diamants magnifiques sur lesquels on pouvait gagner cent pour cent : Cent ou mille pour cent, répondit Hormouz, ne me tentent pas ; si je fais le commerce, qui fera le métier de roi? et que deviendront les marchands, si j emploie mes trésors à leur enlever le gain qu'ils peuvent faire ?

Hormouz ne régna qu'un an et dix jours.. J:

ftàâlIK DK BAHRAM, VILS I»'bOBMOUZ,

(Vararane Ier, an a 73 de J. C.)

Ce prince , doué d'une grande douceur, devint bientôt cher à tous ses sujets. Ce fut sous son règne, et par son ordre formel , q.ue Maui , le Manès des Grecs, fut mis à mort. Cet homme, qui avait un talent extraordinaire pour le dessin et la peinture , acquit bientôt une grande célébrité, et sa réputation s'étendit jusqu'aux provinces les plus éloignées de l'Inde et de la Chine. Il prétendit, ensuite, avoir reçu le don de prophétie, et composa un livre qu'il disait être descendu du ciel. Dans le cours de ses voyages , il découvrit une caverne dont rentrée était étroite, mais en avançant on se trouvait dans une plaine charmante, fertile, où coulaient plusieurs sources d'une eau limpide. Mani transporta dans cette retraite ses livres, ses papiers, et autant de pain et de fruits secs qu'il lui en fallait pour subsister une année entière. Ensuite, il réunit ses disciples, leur dit que Dieu voulait l'enlever au ciel , mais qu'au bout d'un an il reparaîtrait sur la terre, et leur apporterait la connaissance des choses divines.

Après avoir tenu ce discours , Mani se retira dans la caverne, où il se mit à sculpter plusieurs figures extraordinaires, sur une planche, que l'on appela depuis Ertenki-Mani. L'année étant révolue , Mani sortit de la caverne , et montra à ses disciples le travail qu'il avait fait. Cet artifice séduisit* quel* ques personnes crédules qui embrassèrent sa religion. Ce premier succès engagea l'imposteur à se rendre auprès de Bahram pour l'exhorter à suivre

sa doctrine. Bahram feignit d'abord d'adopter les idées du novateur; et il ordonna aux mages les plus savants de l'empire de discuter avec lui les dogmes

3u'il prêchait. Mani demeura convaincu 'impiété ; et la fausseté de sa doctrine ayant été reconnue, on l'engagea à renoncer aux erreurs qu'il professait.

Sur le refus qu'il fit de suivre la religion des mages, Bahram ordonna qu'il Tût écorché vif et que Ton suspendît sa peau à la porte de la ville de Djondischapour.

Le règne de Bahram dura trois ans et trois mois. Ce prince fut surnommé Schahindeh} c'est-à-dire , le bienfaisant. Il était passionné pour les chevaux , et avait , dit-on, une grande habileté dans l'art vétérinaire. Il répétait souvent : II n'y a point de joie sans la tranquillité de l'âme ; et point de véritable plaisir sans la santé.

aiOHC DE BAHRAM, FILS Dl 1AHRAM.

(Vararane II, an 276 de J. C.)

Ce prince gouverna d'abord ses sujets d'une manière tyrannique, et se plut à humilier la noblesse. Une pareille conduite indisposa les grands de l'empire et les généraux de l'armée , qui formèrent une conspiration contre lui. Le mobed des mobeds ou souverain pontife de la religion deZorcastre, instruit des desseins qu'avaient formés les conspirateurs, les engagea à différer pour quelque temps l'exécution de leurs projets, et à se retirer tous ensemble de la cour : le lendemain, Bahram chercha inutilement les officiers qui se tenaient d'ordinaire autour de Isa personne. L'abandon dans lequel il se trouvait causa chez lui un profond abattement. Le mobed des mooeds arriva tandis que Bahram était dans cette disposition d'esprit. Il le salua , mais , malgré toutes les questions que put lui adresser le roi , il garda toujours le silence. Alors Bahram lui dit : Votre conduite ressemble à celle d'un rebelle. Le mobed des mobeds demanda au prince la permission de parler avec franchise , puis il lui adressa ces paroles : « Je considère

PERSE

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