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avec surprise la figure noble que Dieu vous a donnée , et la conduite répréheosible que le génie du mal vous porte à tenir. Cette conduite est cause que tous vos sujets sont disposés à se révolter contre vous. Si les rois vos prédécesseurs ont conservé le trône, c'est à leur sagesse et à leur prudence qu'ils ont dû cet avantage. » Bahram, se réveillant alors comme d'un profond assoupissement , promit de suivre les exemples de ses aïeux. Au même instant, par Tordre du mobed des mobeds , tous les seigneurs de sa cour se
Srésentèrent devant lui. Bahram, rééchissant aux conséquences que sa conduite aurait pu avoir, renonça pour toujours à ses habitudes tyranniques. Ce prince régna dix-sept ans , suivant la plupart des historiens. Il fut surnomme Segan-Schah, c'est-àdire, roi du Sistan ou Seajestany parce que du vivant de son père il avait eu le gouvernement de cette province.
Il laissa deux fils, Narsi et Bahram*
RàGVK DE BÂH1UK lit.
(Vararane in, an 293 de J. C.)
' Lorsque ce prince fut monté sur le trône de son père, il tint au peuple et à l'armée le discours suivant : « Ma confiance est en Dieu , sans le secours duquel rien ne saurait avoir un heureux succès. Si Dieu me conserve la vie, je ferai en sorte que tous les hommes me comblent de bénédictions. Si , au contraire, l'ange de la mort vient s'emparer de moi, j'espère que Dieu ne vous laissera pas périr. » Les historiens ne sont pas unanimes sur la durée de son règne, qui fut de neuf ans suivant les uns , et de quatre mois seulement suivant les autres.
mÈCNK DE NARSI.
(Narsès, an 294 de J. C.)
Narsi était fils de Bahram II et frère de Bahram III. On ne connaît pas exactement la durée de son règne.
Cependant l'opinion la plus vraisemblable est qu'il gouverna la Perse pendant neuf ans. Il fut surnommé
Nakhdjir-khan, c'est-à-dire, cehdqui fait la guerre aux bêles sauvages.
Cette circonstance indique qu'il était passionné pour la chasse.
SÈG9E d'bORMOCZ, FILS DE IURSI.
(Honnisdas II, an 3oa de J. C.)
* Ce prince montra au commencement de son règne des inclinations perverses, et son extérieur sévère éloigna d'abord de lui ses sujets. Mais ensuite ayant reconnu tout ce qu'une pareille conduite avait de dangereux et de répréhensible, il se consacra tout entier au bonheur de ses sujets.
Hormouz avait demandé en mariage la fille du roi du Caboul ; cette princesse fut parfaitement reçue à la cour de Perse. Mais, quelques instances que fit Hormouz , il ne put jamais obtenir d'être considéré par elle comme son époux. Irrité de la résistance de cette jeune fille , il envoya demander à son vizir quel traitement méritait celui qui refusait d'obéir aux ordres du roi.
Comme le vizir était absent, le messager s'adressa à son fils , et lui proposa la solution de la question. Le jeune homme répondit aussitôt que la désobéissance aux ordres du roi méritait la mort. Hormouz, informé de cette réponse, renouvela ses instances auprès de la jeune princesse du Caboul, et celle-ci l'ayant repoussé comme auparavant, il ordonna qu'on la mit à mort. Quelque temps après , il se repentit de son crime, et fit demander au vizir quel châtiment méritait celui qui est cause de la mort d'un innocent. Le vizir répondit qu'il fallait lui ôter la vie. Hormouz ayant entendu cette réponse , fit attacher à une potence le fils du vizir, et donna ordre à un officier de lui rapporter les paroles que prononcerait le vizir en passant devant le §ibet.Ces paroles furent celles-ci : « Que ire contre un homme auquel je ne saurais m'opposer dans ce monde , ni dans l'autre , parce qu'il est roi, et que la justice est de son côté ? » Hormouz, informé du discours qu'avait tenu le vizir, l'éleva à la plus haute dignité du royaume. Il régna sept ans et cinq mois.
L'UNIVERS
ftfoirt pi tc&k*ovi dtoulActaf.
(Sapor II , an 3 10 de J. C.)
Hormouz étant mort sans laisser de fils qui pût hériter du trône, les Iraniens, avant de faire passer la couronne dans une autre famille, s'informèrent si quelqu'une des dames du harem royal n'était point enceinte.
Une de ces femmes déclara qu'elle Télait, et elle ajouta : « Je suis persuadée que le fruit que je porte dans mon sein est un enfant mâle. » Les grands du royaume , informés de cette déclaration , suspendirent la couronne royale au-dessus de l'endroit où ils supposaient que devait se trouver la tête de l'enfant, auquel ils firent leur cour suivant l'étiquette ordinaire.
Après la naissance du jeune prince, on lui donna le nom de^cAapowr.Les rois étrangers , sachant que les habitants de la Perse n'avaient pour les gouverner qu'un enfant encore au berceau , firent des incursions sur le territoire de l'Iran. Les Arabes, les Romains et Ips Turcs s'emparèrent de plusieurs provinces importantes. Cependant Schapour montrait une intelligence extraordinaire pour son âge. Il n'avait encore que cinq ans , lorsque , réveillé en sursaut pendant la nuit, il demanda la cause du bruit qu'il entendait. On lui répondit : « que les Cris qui l'avaient réveillé venaient de la foule des serviteurs du palais et des autres passants qui traversaient tous en même temps le pont jeté 6ur le Tigre. « «Il faut, dit aussitôt Schapour, afin d'éviter tout encombrement, faire construire un autre pont. L'un servira aux gens du palais, et l'autre sera destiné au passage du public. »
Ces sages paroles furent remarquées par les mobeds et les grands du royaume , qui en tirèrent un heureux présage pour l'avenir. A l'âge de sept ans, Schapour commença à monter à cheval. A huit ans, il régla les formes du gouvernement et l'exercice du pouvoir souverain. A seize ans, il se mit à la tête d'un corps d'élite , et marcha Contre un parti d'Arabes qui étaient entrés dans la Perse, où ils ravageaient
le pays et en massacraient les habitants. Lorsque les Arabes s'y attendaient le moins, Schapour les attaqua, en tua un grand nombre , et força les autres à quitter les bords de l'Euphrate et du Tigre, ainsi que les provinces maritimes de la Perse. Il fit ensuite préparer, sur le golfe Persîque , un nombre de vaisseaux suffisant pour le passage d'une armée, et il se rendit par mer sur les côtes d'Arabie, dont il réduisit les habitants. Après une bataille dans laquelle périrent un grand nombre d'ennemis, lorsque ses soldats n'eurent plus la force de tuer, il ordonna de percer les épaules des prisonniers et d'y passer des cordes, au moyen desquelles on les conduirait.
Schapour reçut alors le surnom de Vhotdactaf, c'est-à-dire, Y Homme aux épaules.
Ce prince, après avoir parcouru une grande partie des provinces habitées par les Arabes, marcha contre les Romains; arrivé sur les frontières de leur empire, il forma le projet de se rendre à Constantinople déguisé en espion, et d'examiner par lui-même l'état du pays. Il entra dans cette capitale un jour où l'empereur donnait un magnifique festin. Or, peu de temps auparavant, l'empereur avait chargé un peintre de se rendre au camp des Perses, de foire le portrait du roi et de le lui apporter. Le peintre s'était acquitté de sa commission, et l'empereur de Constantinople avait fftit graver .la tête de Schapour sur un grand nombre de vases et de coupes d'or et d'argent. Le monarque perse étant donc entré dans la ville, comme nous venons de le dire , s'assit à une table qu'il trouva toute dressée, et se mêla aux soldats de Tempe* reur. Sur cette table se trouvait un des vases où était gravée sa tête. Un officier, portant ses regards sur Schapour et sur la figure gravée, fut étonné de la parfaite ressemblance qu'il remarquait entre l'un et l'autre. Il communiqua cette observation à l'empe* reur, qui fit amener Schapour déguisé en marchand , et lui demanda qui il était. «J'appartiens, répondit le roi
PERSE
flft
<$e Perse, à la maison de Schapour ; et m'étant rendu coupable d'une faute contre ce roi, j'ai été obligé de prendre la fuite et de me réfugier dans vos États. » L'empereur, persuadé que le prétendu marchand ne disait pas la vérité, lui fit de grandes menaces. Alors Schapour ayant avoué qui il était, l'empereur le fit coudre dans le eut* d'un bœuf qu'on venait d'écorcher, et le retint captif. Schapour gémissait dans sa prison depuis un an, lorsque l'empereur, qui était sur le point de partir pour une expédition contre la Perse, donna ordre qu'on le tirât du château où i) était enfermé, et qu'après lui avoir mis une housse de cheval sur le cou , on le forçât de courir à pied au milieu de la cavalerie. Cependant l'empereur entra sur les terres de Perse , qu'il ravagea. Arrivé devant Djondischapour, dans le Khouzistan, où s'étaient retirés tous lès grands du royaume, il en forma le siège.1 Les Romains ayant alors célébré une grande fête , toute l'armée se livra au plaisir et à la bonne chère. Pendant la nuit , les soldats chargés de la garde de Schapour ne veillèrent que faiblement sur leur prisonnier. Celui-ci remarquant cette» négligence, avertit quel* queç Perses qu'il remorqua près de lui, lesquels rompirent ses chaînes et amollirent avec de l'huile chaude le cuir de bœuf dans lequel il était enfermé. Aussitôt qu'il tut libre dç ses mouvements, Schapour courut vers la forteresse de la ville. Les soldats qui étaient de garde reconnurent la voix de leur souverain et s'empressèrent de lui ouvrir les portes. Le premier soin de Schapour fut de distribuer de l'argent à ses troupes , puis il fit une 6ortie contre les assiégeants. La fortune favorisa les Perses; ils s'emparèrent de l'empereur rornain et l'amenèrent devant Schapour, qui lp fit charger de chaînes, et le garda prisonnier tout le temps nécessaire pour réparer les ravages que l'armée romaine avait faits. Quand tout eut été rétabli dans son premier état , l'empereur fut remis en liberté. Quelques historiens rapportent que Schapour fit
couper les pieds à l'empereur, lui fendit les narines*et lui mit une bride au cou comme à une bête de somme.
Quelque temps après, les Arabes s'étant réunis aux Romains marchèrent contre la Perse ; leur armée était forte de cent soixante et dix mille cavaliers. Schapour ne pouvant pas résister à des forces si imposantes, se retira dans l'intérieur de son empire, ou toutes lés troupes dont il pouvait disposer allèrent le joindre. Il marcha alors à la rencontre de l'ennemi. Après un combat opiniâtre, Schapour, voyant aue ses soldats étaient vaincus , prit la fuite et se cacha dans des déserts.
L'ennemi s'étant alors retiré, il réunit de nouveau son armée, se mit en marche vers le pays des Romains , et envoya à Constantin un ambassadeur chargé de lui dire : « T&i rassemblé de nouveau une armée nombreuse , à laquelle j'ai fait entendre l'ordre de revenir à la charge pour venger mes sujets qui ont été tués, emmenés captifs ou exposés au pillage. C'est pour cela que j'ai retroussé ma manche et ceint mes reins ; si vous voulez payer une indemnité pour le sang qui a été répandu, me renvoyer le butin et les prisonniers que vous avez faits dans mes États , et me restituer Ta Ville de Nisibe qui a fait autrefois partie de la province d'Irak , et qui aujourd'hui se trouve comprise dans vos États, je remettrai le glaive de la guerre dans le fourreau , et je tournerai bride pour me retirer de ce lieu. » Constantin redoutant les suites que pourrait avoir la guerre, accepta les conditions que lui offrait Schapour. Nisibe fut remise à un gouverneur désigné par le roi de Perse, qui envoya dans la ville une colonie tirée de fa province de Fars , d'Ispahan , et de plusieurs autres cantons de l'Irak-adjémi. Les colons s'établirent dans le pays avec leurs familles, pour le repeupler et cultiver les terres. Les Romains envoyèrent à Scha-
Cour, à titre de présent, différents meules, des esclaves turcs, des armes et plusieurs objets précieux. De retour clans ses États, Schapour visita la province d'Irak, et bâtit dans l'espace
L'UNIVERS
d'uneannée la ville de Madaîn, où il établit le siège de son empire. Les grands seigneurs et les premiers personnages du royaume allèrent en foule s'établir dans la nouvelle résidence royale.
Schapour vécut et régna soixante et douze ans.
IRGHE D*ARD*CHIR , F£LS d'bORVOUZ.
(Àrtaxerxès II , an 3 80 de J. C.)
Ardschir II , surnommé le Bienfaisant, gouverna la Perse comme tuteur de Schapour III, son neveu. Ce ne fut qu'à la sollicitation des grands du royaume qu'il consentit à prendre le titre de roi pendant la minorité du jeune prince. A peine sur le trône , il prononça le discours suivant : « Le temps de notre vie et la durée de notre puissance sont dans la main de Dieu. Quant à moi , je ne possède la souveraineté qu'à titre de prêt, et seulementtjusqu'a ce que Schapour mon neveu, ait atteint un âge plus avancé.
Je ne veux point devenir usurpateur pour satisfaire une ambition coupable. » Ardschir, après avoir régné pendant quatre ans, remit à son neveu le gouvernement de l'empire.
REGNE DE SCHAPOUR III, FILS DE SCHAPOUR DHOOLACTAF.
(Sapor m, an 383 de J. C.)
Schapour ni fut un prince juste et vertueux , et s'occupa tout entier de faire le bonheur de ses sujets. Ardschir, qui était descendu du trône, comme nous venons de le dire , se soumit à l'autorité du jeune roi ; et il se glorifia toujours de la fidélité qu'il avait montrée envers son souverain et son neveu.
La sixième année du règne de Schapour , ce prince dormait sous une tente, lorsqu'il s'éleva tout à coup un vent furieux qui renversa cette frêle habitation. Une pièce de bois tomba sur la tête du roi, qui mourut aussitôt. Schapour était un prince d'une simplicité extrême. Il avait un éloignement tel pour le faste , qu'il abandonnait
ses palais et allait vivre sous des tentes.
REGUE DE RABRAM IV, FILS DE SCHAPOUR DHOCLACTAF.
(Vararane IV, an 488 de J. C.)
Bahram , frère de Schapour III , et comme lui fils de Schapour Dhoulactaf, fut surnommé Kirmansckah, parce qu'il avait eu , sous le règne de son père , le gouvernement de la province du Kirman. Ce prince irréprochable régnait depuis onze ans, lorsque ses soldats se révoltèrent contre lui. Une flèche tirée au hasard dans une émeute lui donna la mort.
REGNE d'yRZDGUERD ALATHIM.
(Isdigerdès Ier, an 400 de J. C.)
Yezdguerd, surnommé Alathim ou Vlnjmte , était, suivant quelques historiens, fils , et suivant d'autres, frère de Bahram. Avant de monter sur le trône , il passait pour un prince sage , prudent et doué du plus heureux naturel. Mais, devenu roi , il se rendit coupable des crimes les plus odieux.
Il dépouilla les gens de loi , s'empara de leurs biens, maltraita les soldats et le peuple. Il punissait des châtiments les plus terribles des fautes extrêmement légères, et ne tenait aucun compte des lois divines qu'il outrageait sans cesse. Quoique doué d'un esprit juste et d'une science extraordinaire, il ne conforma jamais ses actions aux paroles pleines de sagesse 3u'on lui entendait prononcer. Loin e là, il se livrait aux plaisirs de la table et de la musique , pour éloigner de son esprit toute pensée sérieuse.
Ce prince ne pouvait élever aucun de ses enfants. « Leur vie, dit Mirkhond, ne durait pas plus que celle de la rose : et semblables à de tendres arbrisseaux , ils étaient en peu de jours arrachés par les ouragans de la fortune. » Un de ses enfants, appelé Bahram, ayant vécu quelques jours, Yezdguerd se flatta de le conserver. Il chargea des astrologues d« dresser son thème natal , et de lui
PERSE
communiquer le résultat de leurs observations. Les astrologues déclarèrent que le nouveau-né serait constamment heureux; qu'il fallait le faire élever dans un pays étranger; qu'il serait brave et robuste , éloquent et plein de sagesse; enfin, qu'il hériterait de l'empire de l'Iran. Yezdguerd, ravi des prédictions des astrologues , s'occupa de chercher un pays sain et agréable pour y envoyer son fils.
Quelques personnes lui ayant vanté le climat du Djézireh , il se décida pour cette province. Il fit venir un chef arabe, appelé Noman, fils d'Amrou'1-Kaïs, lequel gouvernait le pays au nom des rois de Perse, et lui confia son fils Bahram. Noman emmena le jeune enfant : il choisit, pour l'allaiter, trois femmes appartenant aux familles les plus illustres des Arabes et des Perses; toutes trois avaient un tempérament sain. et vigoureux, un esprit juste et pénétrant, et une conduite sage. Mais bientôt Bahram perdit son précepteur. Noman adorait les idoles , et il avait un vizir qui était chrétien. Pendant une belle journée de printemps, Noman, assis avec son vizir au milieu de la plate-forme du château qu'il habitait,
Ï>romenait ses regards avec plaisir sur a campagne des environs. « Vizir, dit-il alors , connaissez-vous sur la terre une contrée plus enchanteresse que celle-ci ? Non , répondit le vizir ; cependant il manque quelque chose à la perfection du spectacle que nous voyons. Car aucun des objets sur lesquels s'arrêtent nos regards n'est éternel. Ils sont tous sujets à la destruction. Mais , lui dit Noman, quelle est la chose dont la durée soit éternelle ? C'est, répondit le vizir , le jardin de la miséricorde divine et les vergers du paradis ; mais pour arriver à ce lieu de délices , il faut embrasser la vraie religion, et se soumettre aux ordres du Dieu plein de miséricorde.»
Noman, frappé des paroles qu'il entendait , fit aussitôt profession du christianisme. Il se couvrit d'un froc, abandonna son rovaume, ses trésors et sa famille , sans que Ton ait jamais
su depuis ce qu il était devenu. Son fils Mondar, qui gouverna après lui, demeura chargé de l'éducation de Bahram. Dès que ce jeune prince fut en état de distinguer sa main droite de sa main gauche , Mondar fit venir de différents pays des hommes savants et vertueux auxquels il confia le soin de son éducation. En peu de temps, Bahram devint très-versé dans les sciences spéculatives , ainsi que dans l'équitation et l'art de manier la lance et l'épée. Quand il eut acquis toutes les connaissances nécessaires à un souverain , il partagea son temps entre la chasse, les plaisirs de la table et la musique. Tandis qu'il passait ainsi son existence dans l'oisiveté, il apprit que son père Yezdguerd était mort et que les grands de la Perse avaient déclaré unanimement pour son successeur un descendant d'Ardschir, fils de Babec, nommé Khosrou par les auteurs persans, et Kesra par les Arabes. Bahram, profondément irrité de cette conduite , pria Mondar de lui donner une armée avec laquelle il pût arracher à l'usurpateur la couronne qui lui appartenait légitimement.
Mondar consentit à tout ce que lui demandait le prince. Mais , avant d'aller plus loin , il faut rapporter ce qui s'était passé en Perse.
La violence et la cruauté d' Yezdguerd étaient venues à un tel excès que ses sujets et ses troupes priaient Dieu sans cesse de les délivrer du tyran qui les opprimait. Leurs vœux* furent exaucés.Un cheval indompté parut tout à coup dans la cour du pajais; Yezdguerdordonna qu'on lui mit une selle et une bride, et qu'on le lui amenât. Des palefreniers essayèrent d'exécuter Tordre du roi. Mais le cheval commença à ruer, et ne se laissa toucher par personne. Enfin Yezdguerd s'approcha lui-même de l'animal, qui parut avoir perdu toute sa férocité. Mais , au moment où Je roi voulait fixer la selle sur son dos, le cheval lui lança une ruade, qui le tua sur-le-champ. Yezdguerd avait régné vingt-deux ans et cinq mois. Les Perses témoignèrent à Dieu leur reconnaissance en faisant aux.
L'IÏNIVËfeS.
pauvres d'abondantes autridnes , et les grands se réunirent pour choisir un successeur au roi qui venait de mourir. « Si nous choisissons, dirent-ils, le fils d'Yezdguerd qui a été élevé parmi lès Arabes, et qui a adopté leurs mœurs, nous n'aurons pas moins à souffrir sous son gouvernement que sous celui de son père. » Ce fut pour cette raison qu'ils donnèrent la préférence à Rhosrou. Ils le conduisirent à Madaïn , le placèrent sur le trône , répandirent sur lui de For et des pierreries, lui jurèrent obéissance, et mirent la couronne royale sur sa tête.
Mondar, comme nous venons de le dire, cédant à la demande de Bahram, rassembla une armée d'Arabes pour soutenir les droits de ce prince, et, ayant pris toutes les dispositions nécessaires pour assurer le succès de son expédition, il Ht partir comme avant-
Îjardeson filsNomanavecdix mille cavalers. L'approche des Arabesjeta l'effroi parmi les Perses. Mondar et Bahram , accompagnés de trente mille cavaliers, suivirent de près Noman. Après plusieurs pourparlers , on arrêta, du consentement de Bahram, que Ton placerait, entre deux lions affamés, la couronne royale de Perse, qui serait la récompense de celui des deux compétiteurs qui oserait l'enlever ^ ces redoutables gardiens. Rhosrou refusa d'accepter ces conditions. Il fit dire à Bahram : « Je suis en possession de la couronne. Vous prétendez l'obtenir aujourd'hui. C'est donc à vous de faire le premier l'essai de votre courage. »
Aussitôt Bahram sautant sur le dos d'un des lions , lui donna des coups sur la tête , avec une pierre qu'il tenait à la main. L'autre lion s'étant avancé, il le saisit par les oreilles, et frappant Tune contre J'autre la tête de chacun de ces animaux, leur brisa le crâne. Aussitôt il saisit la couronne, et la mit sur sa tête. Les Arabes et les Perses , témoins de la bravoure de Bahram , le comblèrent de bénédictions, et le reconnurent pour leur roi.
Rhosrou fut le premier à donner l'exemple de la soumission.
RXOITI M BÂHRAKGOOm.
(Vararanc V, an 4a5 de 1. C.)
Bahram fut surnommé Gour, c'està-dire, en persan âne sauvage, à cause de la passion qu'il avait pour la chasse de cet animal. Quelques historiens rapportent que ce roi excellait tellement à tirer de l'arc, qu'un jour, étant à la chasse, il décocha une flèche contre un lion qui était monté sur le dos d'un âne sauvage. La flèche perça d'outre en outre les deux animaux, et s'enfonça en terre.
Lorsque Bahram se vît maître du trône, il pardonna, à la sollicitation de Mondar, aux peuples de l'Iran , qui s'étaient rendus coupables du crime de rébellion , en plaçant Rhosrou sur le trône. Il travailla à s'attacher ses sujets, et leur remit des sommes considérables que ceux • ci devaient au trésor public. Il assigna des revenus et des pensions aux savants et aux gens de lettres , encouragea l'agriculture, et fit renaître l'abondance et la prospérité dans des pays qui avaient été abandonnés sous le règne de son père. Il renvoya Mondar dans son gouvernement, après l'avoir comblé de faveurs, et donna à Noman, fils de ce prince, un emploi à sa cour» Il fit des présents magnifiques aux Arabes qui avalent été les compagnons de son enfance. Enfin, dit Mirkhond, il arracha jusqu'aux racines l'arbre de la violence et de la tyrannie, et planta l'arbrisseau de la justice. Il confia à des hommes distingués par leurs talents le soin de gouverner les provinces de l'empire, et s'abandonna à son goût pour les plaisirs et la musi-
3ue. Sous son règne, tous les habitants e la Perse vivaient dans l'abondance et dans la joie. Ils s'occupaient de leurs travaux où de leur commerce, jusqu'à l'heure à laquelle le roi prenait son repas , et ils passaient le reste du temps dans les plaisirs de la société.
Un jour, Bahram passant près d'un lieu ou étaient rassemblés pour se divertir des habitants de la Syrie, vit Su'ils dansaient sans être accompagnés 'aucun instrument. Il en fut surpris,
PÈRSK.
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et leur demanda pour quel motif ils n'avaient point de musicien qui accompagnât leur danse de sei chants ou eu son des instruments de musiue. « Aujourd'hui , lui répondirentils, nous avons envoyé de différents côtés, et nous avons offert jusqu'à cent pièces d'or sans pouvoir trouver un seul musicien.» Bahram, étonné de ce que lui disaient ces gens, fit venir de l'Inde douze mille musiciens et danseurs, et les distribua dans les différentes provinces de son empire. Les Iraniens s'unirent à ces étrangers pnr des mariages; et c'est du mélange des deux races que descendaient, suivant Mirkhond , les bouffons que l'on voyait de son temps dans la Perse.
La conduite de Bahram, mai s'occupait uniquement de ses plaisirs, engagea plusieurs souverains à attaquer rlrnn. Le roi de la Chine passa le Djihoun avec vingt -cinq mille hommes, et ravagea le Khorasan. Cette irruption subite jeta l'épouvante dans le cœur des Perses, qui essayèrent en vain de décider Bahram à marcher contre les ennemis. A toutes leurs
Erières, il répondit qu'il avait conance dans la bonté et la miséricorde de Dieu , qui ne livrerait pas la Perse à ses plus cruels ennemis. Les grands du royaume se disaient les uns aux autres « qu'assurément la peur avait fait perdre la tête au roi. » Mais , tandis qu'il raisonnait ainsi , Bahram sortit du palais, accompagné de sept jeunes gens appartenant aux premières familles du royaume, et de trois cents guerriers d'une force et d'un courage a toute épreuve. 11 menait avec lui des faucons et des panthères, comme s'il fût allé a une partie de chasse. Bahram chargea son frère Narsi de gouverner l'empire pendant son absence; et pour lui, il suivit la route de l'Aderbidjan. Chacun demeura convaincu nue la crainte lui avait fait prendre la mite : les grands et les principaux officiers du royaume envoyèrent un ambassadeur au roi de la Chine, pour lui demander d'être reçus au nombre de ses tributaires. Ils voulaient éviter ainsi la perte de leurs biens , l'escla-
vage, et même la mort dont ils se croyaient menacés. Cependant Bahram passa de l'Aderbidjan dans l'Arménie.
Là, ayant pris des guides, il s'avança, à la tête de mille braves guerriers, p'ar un chemin qui semblait impraticable, vers le lieu où était campée l'armée du rpi de la Chine. Lorsqu'il en fut peu éloigné, ses espions l'informèrent que ce prince, dans une parfaite sécurité, se livrait au plaisir, et s'amusait à écouter le son des instruments de musique. Bahram profita de cette occasion favorable , et il partit pendant la nuit qui était obscure, et, suivant l'expression de Mirhhond, semblable à un manteau trempé dans de la poix. Il partagea sa cavalerie en quatre corps, et attaqua les ennemis qui n'étaient point sur leurs gardes. Lui-même pénétra jusqu'à la tente du roi, auquel il coupa fa téfe. Ensuite il poursuivit les fuyards Jusque sur les bords du Djihoun.
Quelques1 historiens racontent cet événement d'une manière un peu différente. Suivant eux, Bahram ayant appris que les Turcs ravageaient le Khorasan, choisit sept mille cavaliers robustes et pleins de courage ; puis il fit tuer sept mille bœufs, dont il prit les peaux, qu'il fît emplir de vent. Les ayant ensuite laissé sécher, il ordonna qu'on y jetât des cailloux; puis il fit charger sur le cou de chaque cheval une de ces peaux; et il s'avança au milieu de la nuit vers le camp des Turcs. Ceux-ci, entendant au milieu de l'obscurité le bruit épouvantable que faisaient les cailloux contenus dans les peaux de bœufs, éprouvèrent une telle frayeur qu'ils s'enfuirent. Bahram se mit à leur poursuite et les força de repasser le Djihoun. Plusieurs rois qui entretenaient des dispositions hostiles contre Bahram, lui envoyèrent des ambassadeurs pour obtenir la paix. Ce prince retourna ensuite dans sa capitale; et quelque temps après il se mit en route pour les Indes, qu'il avait envie de parcourir, afin de connaître par lui-même les merveilles et les singularités qu'on racontait de ce pays.
Après avoir confié le gouvernement
L'UNIVERS
du royaume à Mihir-Narsi, son vizir, îl partit secrètement. Étant arrivé, après un long voyage, dans la ville capitale du roi des Indes, il y fixa son séjour. Les habitants admiraient sa légèreté et son adresse à manier un cheval et à tirer de Tare. On informa bientôt le roi qu'un cavalier d'une taille avantageuse, et aussi brave qu'adroit , venait d'arriver de la Perse.
Quelques jours après, un éléphant sauvage d'une taille extraordinaire se mit à parcourir lés environs de la ville, tuant toutes les personnes qu'il rencontrait. Le roi, informé de cet événement, envoya les guerriers les plus courageux de l'Inde pour combattre l'animal furieux, mais tout fut inutile, et bientôt les habitants cessèrent de passer dans les endroits où ils savaient que l'éléphant avait pour habitude de se tenir. Bahram résolut de délivrer le pays de ce fléau redoutable; il marcha contre l'éléphant et poussa un grand cri pour attirer son attention. Aussitôt l'éléphant courut vers son agresseur; mais celui-ci, ajustant une flèche, la décocha avec tant de force contre le front de l'animal qu'elle y entra tout entière. Il sauta alors à bas de son cheval, et saisissant l'éléphant
Îiar la trompe, il le tira avec une vioence telle qu'il le lit tomber sur les genoux, puis il lui coupa la tête avec son cimeterre, la chargea sur ses épaules, et étant sorti de la forêt il la jeta sur la route. Le roi, informé de tous ces détails par un homme qu'il avait chargé de suivre et d'observer toutes les circonstances du combat, fit venir le roi de Perse en sa présence, et lui demanda qui il était. Je suis, répondit Bahram, un des principaux seigneurs de l'Iran, et j'ai été pendant quelque temps au service de Bahram-
§our qui règne dans cet empire ; mais es insinuations perfides ont excité contre moi la colère du roi, et m'ont décidé à me retirer dans ce pays pour y passer mes jours à l'ombre de votre protection. Le monarque indien, charmé de la conversation de Bahram, le mit au nombre de ses plus intimes favoris.
Quelque temps après, un ennemi redoutable déclara la guerre au roi des Indes, qui se décida à lui payer un tribut pour se soustraire aux dangers dont il était menacé. Bahram désapprouva cette résolution, et il décida le monarque indien à repousser l'ennemi par la force. Quand les deux armées se trouvèrent en présence, Bahram fit promettre aux plus braves des Indiens qu'ils ne le perdraient pas de vue. Il prenait cette mesure afin de pou voir combattre sans craindre d'être enveloppé par l'armée ennemie. Il commença ensuite l'attaque ; chaque flèche qu'il décochait renversait un guerrier, et chaque coup de son ci* meterre partageait un nomme en deux. Les ennemis, redoutant la valeur de Bahram, prirent la fuite, et le roi des Indes rentra triomphant dans sa capitale. Ce prince combla d'honneurs le roi de Perse; H lui donna sa fille en mariage , et voulait même le déclarer son successeur, lorsque Bahram avoua enfin qui il était. A cette déclaration inattendue, le roi des Indes , saisi de crainte, lui dit : Que dois-je faire pour vous témoigner ma soumission? IVe craignez rien, lui dit Bahram, je n'ai aucun besoin de vos États; si vous voulez me faire plaisir, vous accepterez le gouvernement de quelques villes de mon empire, situées sur les frontières des Indes; vous les gouvernerez en mon nom , et vous m'enverrez un tribut annuel, à titre d'hommage et de dépendance. Le roi des Indes accepta ces propositions , et Bahram retourna en Perse avec sa jeune épouse, après une absence qui avait duré deux ans.
Quand il se retrouva dans sou royaume, Bahram envoya Mihir-Narsi à la tête de quarante mille cavaliers sur les terres de l'empire romain.
L'armée des Perses s'avança jusqu'à Constantinople. Le souverain qui régnait dans cette capitale ayant consenti a reconnaître Bahramgour pour son maître et à lui payer un tribut, Mihir- Narsi se retira avec ses troupes. Cette expédition heureusement terminée , Bahram entra dans l'Yémen, qu'il ra-
tu
vagea; puis il alla attaquer les Uzzes dans leur propre pays.
Les auteurs diffèrent touchant les détails de la mort de Bahram; suivant quelques-uns, étant à la tfhasse, il tomba dans un puits; suivant d'autres, il disparut dans un marais avec le chevaf sur lequel il était monté. On ne retrouva jamais son corps.
règve d'yezdguerd , VILS de bahramgour.
(Isdigerdès n , an 441 de J. C)
Ce prince étant monté sur le trône, appela auprès de sa personne Mihir- JSarsi , qui , du vivant de Bahramgour, avait renoncé à sa place de vizir, et s'était retiré dans un temple du Feu, pour se consacrer tout entier aux exercices de la religion. La justice et l'équité d'Yezdguerd contribuèrent beaucoup à rendre l'empire florissant.
Chaque année, des rois étrangers envoyaient à son trésor les tributs auxquels ils avaient été assujettis par Bahramgour. Cependant, au bout de quelques années, l'empereur romain se refusa de payer les sommes qu'il devait d'après les traités. Yezdguerd envoya contre lui Mihir-Narsi avec une armée composée de troupes d'élite. L'empereur romain , informé du courage et de l'expérience des soldats qu'il aurait à combattre, se soumit à payer le tribut, et à demander la paix a Mihir-Narsi.
Ce général ayant atteint le but de sa mission , rentra en Perse.
Yezdguerd mourut après un règne de dix-huit ans.
Il laissa deux fils, Firouz et Hormouz. Celui-ci était le plus jeune; mais son père, qui avait une affection extraordinaire pour lui, le désigna comme héritier présomptif du trône de Perse.
Firouz n'obtint que Je gouvernement des provinces méridionales de l'empire.
RKG2UB d'hORMOUZ, F1U d'yEZDGUERD.
( Les auteurs grecs ne font pas mention de ce règne.)
A peine sur le trône, Hormouz se laissa aller à toutes ses mauvaises in-
21* Livraison. (Pebse.)
clinations, qu'il avait soigneusement cachées jusque-là. Firouz ayant eu connaissance de la conduite de son frère, se rendit aussitôt dans le pays des Hayathélites (*) , et fit connaître a ces peuples l'injustice que son père avait commise en choisissant Hormouz pour son successeur. Il finissait en demandant des secours avec lesquels il pût conquérir le trône. Les Hayathélites, après avoir exigé que Firouz confirmât ses paroles par le serment, lui accordèrent une armée de trente mille cavaliers, à condition qu'il leur céderait la ville de Termed avec son territoire. Firouz, secondé par ces puissants auxiliaires, vainquit Hormouz, et le fit enfermer dans un cachot, un an après son avènement au trône.
RSGHE DE FIROUZ, VILS d'yEZI>GU£RD*
(Pérozès, an 458 de J. C.)
A peine maître de la couronne, Firouz condamna Hormouz et ses trois principaux conseillers à perdre la vie.
Peu de temps après cette révolution , la Perse fut affligée par une grande sécheresse. Ce fléau dura sept ans, pendant lesquels il ne tomba pas une goutté de pluie. Les fleuves furent bientôt à sec , et la famine devint générale. Les philosophes observaient les astres jour et nuit, sans pouvoir trouver aucun remède aux calamités publiques. Firouz remit à ses sujets , dans ces années désastreuses, toutes les impositions qu'ils payaient à son trésor. Il fit enjoindre aux riches de pourvoir aux besoins des pauvres, annonçant que, si un homme
Irérissait de faim , il ferait punir avec a dernière sévérité les habitants du lieu. Ces sages mesures ne furent point inutiles; et les historiens rapportent que, pendant les sept années de famine, un seul homme mourut d'inanition. «Enfin, dit Mirkhond, Dieu; «touché des malheurs des Iraniens, « leur ouvrit les portes de sa misérî- « corde. L'abondance succéda à la fa-
(*) Ce sont les mêmes que les Euthalilet ou Huns blancs.
• mine. Le* carhpagnes se couvrirent « de verdure, les eaux recommencèrent « à couler. » *
Quand la Perse eut recouvré son ancienne prospérité , Firouz assembla une armée pour se rendre maître du pays des Hayathélites. Il couvrait son manque de foi du prétexte spécieux de venger les Hayathélites de la tyrannie de leur roi. Les grands firent sur ce point les représentations les plus fortes à Firouz, qui n'y eut aucun égard; et le parjure dont s'était souillé le roi de Perse retomba bientôt sur lui et sur son peuple. Khouschnavaz , roi des Hayathélites, informé des intentions de Firouz, en conçut de vives inquiétudes. Un de ses officiers lui dit alors : * Il faut que le roi me « fasse couper les pieds et les mains , « et qu'il ordonne ensuite à ses gens de « m'exposer sur la route par laquelle « Firouz passera. J'espère, avec le se- « cours de Dieu, armer les effets de «la perfidie du monarque perse. Je « prie seulement le roi d'accorder ses « bontés à ma famille, en considération « du service important que je rendrai « à l'État. » Khouschnavaz accepta les offres de cet officier* qui fut placé sur la route où Firouz passa peu de temps après. On rapporta à ce prince qu'on venait de trouver un homme qui avait les pieds et les mains coupés. Firouz ordonna aussitôt qu'on le lui amenât, et il lui demanda la cause pour laquelle il avait été mutilé aussi cruellement.
« Je suis, répondit cet homme, un des «premiers seigneurs de la cour de « Khouschnavaz, Je l'ai engagé à ne « pas traiter ses sujets d'une manière « tyrannique, et à ne point prendre les « armes contre le roi de Perse, auquel « il ne pouvait pas résister. Ce prince, « dans sa fureur, a ordonné que l'on « me mutilât ; puis il m'a fait jeter dans
* un lieu désert , afin que je servisse «de pâture aux bêtes sauvages.»
rirouz , touché de compassion , montra cet homme le plus grand intérêt, et lui fit les plus magnifiques promesses* Alors, après avoir comblé Firouz de louanges #t de bénédictions, il lui dit : a Comme Khouschnavaz s'avance pour
« combattre la roi , le parti le plus sage « est de prendre cette route déserte, « qui est aussi la plus courte, afin de « surprendre son ennemi au moment « où il s'y attendra le moins. » Il s'offrit en même temps de servir de guide à l'armée nersane. Firouz suivit le conseil perfide de cet homme. La plus grande partie de son armée périt dans le désert, et ce ne fut qu'avec des peines infinies qu'il en sortit lui-même1, accompagné d un petit nombre des siens. Il rencontra alors Khouschnavaz, auquel il fit demander la paix.
Mais ce prince lui répondit : « Après « que je vous ai comblé de bienfaits , « que je vous ai fourni de l'argent et « des troupes pour vous rétablir sur le « trône de votre père , vous avez , pour « reconnaître de si grands services , « rassemblé une armée , et vous êtes « venu dans l'intention de m'extermi- « ner. La fortune ne vous a pas été « favorable. Maintenant, si vous vous « engagez par serment à ne jamais me « faire la guerre en personne, et à ne « point envoyer de troupes sur mes « terres, je vous reconduirai avec hon- « neur dans l'Iran , et vous replacerai « une seconde fois sur le trône. » Fi-* rouz prit tous les engagements que lefl Hayathélites exigèrent, et il retourna dans son royaume. Cependant il conservait toujours un vit chagrin de sa défaite , et il résolut de rompre le traité qu'il avait juré d'accomplir. Il confia le gouvernement du royaume et la tutelle de ses deux fils , Palasch et Cobad , à un homme appelé Soukhra, alors gouverneur du Sistan, et qui tirait sou origine de Minotschehr. Les mobeds et les gens les plus considérables de la Perse représentèrent inutilement à Firouz qu*il se couvrait de honte, en oubliant ainsi ses serments et les bienfaits qu'il avait reçus du roi des Hayathélites. Mais Firouz ne tint aucun compte des observations qu'on put lui faire, et il se mit en marche à la tête d'une armée aguerrie. Khouschnavaz, qui s'attendait à être bientôt attaqué, creusa derrière son camp un fossé profond , qu'il fit recouvrir d'une légère couche de terre répandue sur des
PERSE
baguette* minces et fragiles, et il se prépara ad combat. Quand les deux armées furent en présence, Rhouschuavaz fit attacher au bout d'une pique le traité qu'il avait conclu avec Firouz. Il représenta à ce prince les conséquences funestes que pouvait avoir son manmie de roi. Mais tout fut inutile.
A peine de part et d'autre les cavaliers avaient-ils lancé leurs chevaux, que Khouschnavaz prit la fuite, ayant soin de passer par un endroit solide que l'on avait ménagé au milieu du fossé.
Firouz se hâta de poursuivre l'armée ennemie , et il trouva la mort dans le fossé, avec un grand nombre des gens de sa suite. Khouschnavaz, retournant alors au combat, tailla en pièces les Perses, et remporta un riche butin* La fille de Firouz , qui était une des femmes les plus sages de son siècle, tomba au pouvoir du vainqueur.
La nouvelle de cette défaite étant parvenue à Soukhra, il réunit une armée nombreuse , et se mit en marche vers le pays des Hayathélites. Cette expédition se termina par un traité entre Khouschnavaz et Soukhra. Les Hayathélites rendirent tous les prisonniers et le butin qu'ils avaient fait sur l'armée de Firouz. De retour en Perse, Soukhra mit sur le trône Palasctn A cette nouvelle, Gobad se réfugia auprès du roi du Turquestan.
Firouz avait régne vingt-six ans suivant quelques auteurs , et vingt et un seulement suivant d'autres.
SKGHS OS PALASCB, FILS OS VXSOUZ.
(Balas, an 483 de J. C.)
Ce prince gouverna avec justice, et reconnut d'une manière éclatante les services que lui avait rendus Soukhra.
Cobad, son frère, ayant quitté Madaïn pour se retirer dans le Mawaralnahr, passa par le territoire de llischabour. Là il fit prier Zer-Mihir, fils de Soukhra, de lui chercher une jeune fille qu'il pût épouser. Zer-Mihir ayant trodvé parmi les habitants les plus distingués du lieu une jeune fille très-belle et parfaitement bien faite, fit consentir ses parents à
la donner en mariage à Cobad. Celuici continua ensuite sa route vers le Turquestan. Il passa quatre ans à la cour du roi de ce pays, qui lui donna une armée nombreuse avec laquelle il entra dans l'Iran. Lorsqu'il fut près de Nischabour, il fit appeler le père de la jeune fille qu'il avait épousée, et lui demanda de ses nouvelles. Cet homme lui apprit qu'elle avait mis au monde un fils auquel on avait donné le nom de Nouschirvan. Cobad demanda à le voir, et fut frappé de sa beauté extraordinaire. Tandis qu'il le considérait avec admiration, on lui apprit que son frère Palasch venait de mourir. Etonné de la coïncidence qui existait entre l'arrivée du petit Nouschirvan et l'annonce de cette nouvelle, il prit avec lui le jeune prince, dont la présence paraissait d'un si heureux augure , et le conduisit avec sa mère à Madaïn.
fcSQ2t* OS COBAO, FILS OS KSOUI.
(Cabadès, an 485 de J. C.)
A peine maître de l'empire, Cobad combla d'honneurs et de bienfaits Soukhra, auquel il laissa le maniement de toutes les affaires. Les Perses s'accoutumèrent insensiblement à ne consulter que ce ministre, qu'ils considéraient presque comme supérieur au roi. Cobad, jaloux de son autorité, cherchait un moyen de se soustraire à l'empire que Soukhra avait pris sur lui. Il fit venir en particulier Schapour, commandant en chef de l'armée, et lui expliqua la cause de son chagrin.
Schapour lui répondit qu'il se chargeait de le délivrer de cet homme. Le lendemain, il se prit de querelle avec Soukhra, en présence de Cobad, lui
Ëa une corde au cou, et l'entratna rs de l'appartement; puis il lui fit mettre les fers aux pieds, et l'enferma dans une prison, où il mourut au bout de peu de jours.
Il y avait dix ans que Cobad était sur fe trône, lorsqu'un homme d'Istakhar, appelé Mazdac, commença à introduire parmi le peuple une religion extraordinaire. Cet nomme alla ensuite trouver Cobad, lui annonçant qu'il
zu
LTJNIVERS.
avait reçu la dignité de prophète. Pour ^n imposer au roi, il avait fait creuser un caveau dans un temple du Feu, et ayant pratiqué à la voûte de ce caveau un trou qui répondait à l'endroit où brûlait le feu sacré, il y fit cacher un Jiomme. Il alla ensuite dire au rot qu'il lui avait été accordé de faire un miracle en preuve de la divinité de sa mission , et que le Feu conversait avec lui. S*étant rendu au temple, Mazdac causa avec Thomme cache dans le caveau; et le roi, trompé par cette fourberie, reçut la nouvelle doctrine, qui consistait principalement à permettre toutes les unions , sans aucun égard au degré de parenté; à défendre de tuer les animaux et d'en manger la chair. Cet imposteur disait que les hommes de* vaient se contenter pour leur nourriture de végétaux, d'œufs, de lait, de fromage et d'autres choses semblables.
Pour donner plus de force à ses préceptes, il affectait de ne porter jamais qu'une robe de laine grossière , et d'être sans cesse occupé de pratiques de dévotion. Il attira dans son parti les gens de la lie du peuple. Ses sectateurs devinrent bientôt très-nombreux, et il parvint à un haut degré de puissance.
Les gens de la plus basse condition épousaient les femmes des premiers seigneurs du royaume, et jetaient ainsi un grand trouble dans les familles; personne ne pouvait être assuré de conserver ses propriétés. On dit que Mazdac demanda un jour à Cobad de lui permettre d'épouser la reine; mais JNouschirvan, fils de cette princesse, obtint de l'imposteur, à force de prières, qu'il renonçât à son projet. La doctrine de Mazdac s'étant répandue dans toute la Perse, attira sur cette contrée des maux effroyables; alors les grands du royaume, voyant que la ruine du pays était imminente, convinrent de déposer Cobad, qui était le plus ardent promoteur des nouvelles opinions.
Ils lui ôtèrent effectivement le gouvernement, et l'enfermèrent dans une prison; puis ils voulurent faire mettre S mort Mazdac ; mais le nombre des sectateurs de ce misérable était si £rand, qu'ils ne purePt jamais se reudre
maîtres de sa personne. Us décidèrent, en conséquence, qu'il fallait d'abord se défaire de Cobad , sauf à sévir plus tard contre Mazdac et ses sectateurs. Mais ils ne puren tpas réaliser ce projet Cobad avait une sœur extrêmement belle qu'il avait épousée, suivant la permission que Jui en donnait la doctrine de Mazdac, conforme sur ce point avec celle de Zoroastre. Cette femme résolut de faire évader Cobad; et, s'étant parée avec le plus grand soin, elle se présenta au gouverneur de la prison, et le pria de permettre qu'elle eût un entretien avec Je prince. Cet homme, séduit par l'extrême beauté de la reine, lui permit de passer la nuit dans la prison. Le lendemain matin, la princesse enveloppa Cobad dans les tapis sur lesquels elle avait passé la nuit, et, les- mettant sur la tête d'un esclave, elle sortit de la prison. Cobad demeura caché pendant quelque temps; puis il partît, accompagné d'un petit nombre de confidents, et se rendit chez les Hayathélites, auxquels il voulait demander des secours pour remonter sur le trône.
Le souverain du pays lui accorda trente mille hommes. Cobad se mit à leur tête, et rentra en Perse. Lorsqu'il fut proche de Madaîo, les habitants du pays, effrayés des conséquences que pouvait avoir pour eux la guerre civile, se rendirent à son camp, et firent leur soumission. Cobad pardonna aux Perses et à Djamasp, son frère, qu'ils avaient élevé sur le trône; puis il prit pour ministre Zer-Mihir, fils de Soukhra, et s'occupa de réparer les malheurs du royaume. Il fit rentrer dans l'obéissance plusieurs provinces révoltées , et laissa vivre en paix Mazdac et ses sectateurs.
Vers la fin de son règne, Cobad attaqua les Romains et les vainquit. Il mourut après avoir régné quarantetrois ans, à compter de l'époque où il monta pour la première fois sur le trône. Il avait un grand nombre d'enfants, parmi lesquels on distinguait Nouschirvan, pour l'étendue et la justesse de son esprit. Peu de temps avant sa mort, Cobad Je désigna pour lui succéder.
PERSE
*KOWl DI U03ROC ou kisra, vils os
COBAD, COHITU SOUS LE HOM D* WOUS- CHIRVAH Ml JUST*.
(Chosroës, au 53 1 de J. C.)
Les grands du royaume ayant lu le testament de Cobad, engagèrent Nouschirvan à prendre les rênes du gouvernement. Mais soit qu'il craignît réellement de ne pouvoir pas remédier aux désordres qui affligeaient la Perse, soit qu'il voulût bien faire comprendre à ses sujets toute l'étendue de la tâche qu'il s imposait, ce prince refusa d'abord la couronne. « La royauté , dit-il , est sans force et sans considération, les sources de la prospérité publique sont taries , la division existe entre les citoyens, l'autorité se trouve entre les mains des hommes les plus vils; un souverain qui voudrait aujourd'hui gouverner suivant les lois de la justice, amènerait infailliblement des luttes sanglantes que nous devons éviter. » Ce tableau triste, mais exact, de l'état où se trouvait alors la Perse par suite des doctrines subversives de Mazdac, frappa tous les grands , qui jurèrent à Nouschirvan qu'ils emploieraient leurs efforts pour l'aider à ramener l'ordre dans le royaume.
Enfin , Nouschirvan consentit a prendre la couronne , et il fit connaître à ses sujets , par les paroles suivantes , les intentions qu'il avait pour l'avenir :
«Mon autorité, dit-il, ne s'étend que sur les corps et non sur les cœurs; en effet, le Dieu qui connaît les pensées secrètes de tous les hommes peut seul juger les intentions de chacun.
Je veux dire que ma vigilance et ma sollicitude ne doivent avoir pour objet que vos actions et non vos consciences. Les jugements que je porterai doivent aussi être fondés sur la justice et non sur mon caprice. Lorsque, par une conduite équitable, j'aurai réparé tous les maux qui désolent la Perse, alors le souvenir de mon règne méritera d'être transmis à la postérité, et mon empire ne craindra plus d'être renversé. »
Le premier usage que fit Nouschir-
van de son autorité, fut de condamner à mort Mazdac et ses partisans. Suivant quelques auteurs, Nouschirvan commença par témoigner à Mazdac le mécontentement qu'il avait de sa conduite, et se contenta d'abord de le réprimander en particulier ; mais dans la suite, un de ses sectateurs s'étant rendu coupable de violences envers une femme mariée , et l'époux offensé en ayant porté plainte à Nouschirvan, ce prince ordonna à Mazdac de faire rendre la femme enlevée. Mazdac ne tint aucun compte de cette injonction , et Nouschirvan irrité lui fit couper la tête. Les partisans de l'imposteur s'étant soulevés à cette occasion , Nouschirvan ordonna qu'ils fussent mis à mort. On fit de sévères perquisitions à Madaïn et dans tout l'empire , et les ordres du roi furent exécutés avec la dernière rigueur. Selon le récit de quelques autres historiens, Nouschirvan témoigna d'abord de l'amitié à Mazdac, il lui demanda ensuite les noms de ses partisans sous un prétexte honorable.
« Il faut , lui dit ce prince , que vos disciples viennent me rendre visite 9 afin que je les comble de faveurs. »
Au jour indiqué, tous ces gens se trouvèrent au palais ; on les fit entrer dans un jardin,et àmesure qu'ils y entraient, des officiers du roi les précipitaient la tête la première dans des fosses qui avaient été creusées à cet effet. Mazdac eut le même sort que ses partisans. Enfin, un auteur assure que Nouschirvan fit élever un grand nombre de potences auxquelles on attacha en un seul jour, avant midi , cent mille zendics ou sectateurs de Mazdac. Ce prince remit ensuite les anciens pro-
f>riétaires en possession des biens dont es zendics s'étaient emparés, et rendit à leurs époux légitimes les femmes qu'ils avaient enlevées. N'ayant plus rien à redouter de la secte de Mazdac, il s'occupa de ramener dans la Perse la prospérité que les dissensions civiles et religieuses en avaient bannie, et de mettre ce royaume en état de défense.
MI1 fit aussi bâtir,, sur les frontières et : dans plusieurs lieux déserts, des forts, garnis de soldats , pour protéger les
LTJNIYERS.
voyageurs contre les attaques des brigands.
Après avoir ainsi pourvu à la tranquillité et au bien-être de ses sujets, Nouschirvan porta ses armes dans le Caboul , dans le Mawaralnahr, et soumit les Hayathélites. Pendant qu'il était engaeé dans cette expédition , le souverain des Turcs s'empara de plusieurs villes alors soumises à la Perse, et entre autres de Fergana, de Samarcande et de Boukhara. Noqschirvan, instruit de cette irruption, envoya aussitôt son fils Hormouz contre le roi des Turcs; mais celui-ci, sans attendre ]e prince, s'enfuit en toute hâte dans les provinces les plus reculées de son royaume.
Vers cette même époque , Rhaled , fils de Djabala, gouverneur de la Syrie pour les Romains, entra avec une armée sur les terres de Mondar II qui commandait dans la province du Djézireh, sous l'autorité de Nouschirvan.
Les troupes de ce chef tuèrent plusieurs gens de Mondar, emmenèrent des chevaux et des chameaux, et se retirèrent chargés de butin. Mondar Informa aussitôt Nouschirvan de cette irruption -, et celui-ci , qui était alors en paix avec l'empereur, romain, lui écrivit , en le sommant de condamner Rhaled de rendre tout le butin qu'il avait pris , et de payer en outre une amende considérable comme prix du sang des gens de Moudar qui avaient été tués. L'empereur ne tint aucun compte de cette lettre ; une si grande marque de mépris irrita Nouschirvan, qui entra aussitôt dans les provinces romaines voisines de la Perse. Il s'empara des villes de Dara, d'Édesse, de Rennasserin et d'Alep; arrivé aux portes d'Antioche , il fut tellement émerveillé de l'aspect de cette cité populeuse , qu'il en fit prendre un dessin sur le papier, et ordonna qu'on en construisît une absolument pareille à peu de distance de Madaïn. La nouvelle ville fut appelée Roumia; Nouschirvan y transporta tous les habitants d'Antioche ; les rues et les places des deux cités se ressemblaient si parfaitement, que chacun des habitants
d'Antioche , une fois établi à Retirai*, se croyait dans son ancienne demeure.
L'empereur romain, instruit des succès de Nouschjrvap , lui envoya plusieurs messages pour demander la paix. Ce prince répondit qu'il raccorderait aux conditions suivantes; savoir , que les Romains lui payeraient une somme considérable, et qu'ils renonceraient à tous leurs droits sur les provinces que les Pertes venaient de conquérir. L'empereur accepta ces propositions.
Nouschirvan avait épousé une princesse d'une grande beauté. Cette femme, dit Mirkhond, pouvait être regardée comme le chef-d'oeuvre des ouvrages sortis de la main du Créateur.
Elle faisait profession de la religion chrétienne. En vain Nouschirvan la pressa de renoncer à ses croyances pour adopter la doctrine des mages.
Il ne put rien obtenir d'elle; et à toutes ses obsessions elle répondait : Suivez votre religion , et permettez-moi de suivre la mienne. Cette princesse mit au monde un fils extraordinairement beau, qui fut appelé Nouschizad- Lorsque le jeune prince eut atteint l'âge de raison , il examina la religion de son père et celle de sa mère : la première lui sembla opposée à la saine raison , l'autre, au contraire, lui parut satisfaire complètement un esprit juste. Nouschirvan le supplia de changer de croyance ; mais tout fut inutile. Alors, profondément irrité, il fit enfermer Nouschizad dans le palais, et partit avec son armée pour se rendre dans la Syrie , où il tomba malade. Nouschizad croyant que la fin de son père approchait, se livra à des projets ambitieux, et quitta sa prison. Un grand nombre de partisan», parmi lesquels on remarquait surtout des chrétiens , se réunirent autour de sa personne. Nouschizad s'empara des trésors de Nouschirvan, les distribua à ses troupes, chassa les
{;ouverneurs qui commandaient dans es provinces de Fars et d'Ahvaz, répandit la nouvelle de la mort de son père, et se disposa à soumettre l'Irak. Nouschirvan t informé de ce qui 9e
PERSE
Cassait, écrivit aussitôt la lettre striante à Ram-Bourzin , un des personnages les plus considérables du royaume : « Mon fils Nouschizad , sur le « bruit de ma mort, et sans attendre « la confirmation de cette nouvelle, « s'est révolté. II a mis en liberté un « grand nombre de gens que j'avais « fait renfermer : il s'est emparé de « sommes considérables, et qui avaient « une destination importante. Il s'est « mis en campagne, et il n'a pas ré- « fléchi au grand nombre des chré- « tiens et au danger qu'il pourrait y « avoir à leur donner plus de force.
« Si Nouschizad , malgré tous ses « torts , veut encore rentrer dans « l'obéissance , renvoyer dans les pri-
• sons les gens qu'il a mis en liberté , « faire punir par le glaive les officiers « et les grands qui ont embrassé sa « cause , je consens à lui pardonner.
« Si , au contraire , il persiste dans sa
• révolte, Ram-Bourzin doit lui dédale rer la guerre immédiatement. Dans « le cas où Nouschizad serait fait pri- « sonnier dans un combat , que l'on
• se garde de faire tomber un seul « cheveu de sa tête. Qu'on le renferme « dans le même palais où il était avant « son évasion , avec les esclaves qui le « servaient ; qu'on lui fournisse ce « dont il aura besoin , et que nul ne « se permette une parole insultante « contre un fils qui m'est cher. »
Nouschirvan remit cette lettre à un courrier , qui la porta en toute diligence à Ram-Bourzin. Celui-ci se bâta de marcher contre Nouschizad. De son côté , le jeune prince , qui avait pour général de ses troupes Sehamas Roumi , un des hommes* les plus célèbres et les plus braves de Varmée de Perse , alla au-devant de Ram- Bourzin. Aussitôt que les deux armées furent en présence, l'aile droite de Nouschizad tomba avec fureur sur l'aile gauche de Ram-Bourzin , et la mit en déroute avec une perte assez considérable. La victoire paraissait assurée à Nouschizad , lorsque ce
Srince fut mortellement blesse d'une èche. Dès qu'elles se virent sans chef, les troupes de Nouschizad se
débandèrent Ram-Bourzin s'approcha en pleurant du lit sur lequel était posé lé corps du fils de Nouschirvan , et il s'informa , d'un évéque qui était présent , si le jeune prince n'avait pas tait quelques dispositions avant de mourir ; l'évêque répondit qu'il avait recommandé qu'on ensevelît son corps , et qu'on le déposât dans la terre, suivant l'usage des chrétiens.
De retour à Madaîn , Nouschirvan fit partir pour l'Indoustan une armée nombreuse. Le roi des Indes , effrayé de cette démonstration, envoya éa Perse des ambassadeurs chargés de remettre à Nouschirvan de % riche j présents , et de lui demander la paix. L'empire des Pers.es s'étendait alors jusque dans le Mawaralnahr, fe Kho* rasan , le Tabaristan , le Djordjan , une partie de l'Indoustan, l'Irak ?
la péninsule d'Oman , Bahrein , l'Yémama, l'Arabie Heureuse, et la frontière du Magreb. Nouschirvan s'occupa de rendre ses vastes États florissants] et riches, et de poser une règle in^ variable pour l'imposition foncière de toutes les terres. Avant ce prince, les terrains en valeur payaient , Suivant qu'ils étaient plus ou moins, éloignés de la capitale, le dixième, je, cinquième , le quart , )e tiers , et jusqu'à la moitié de leurs produits, Nouschirvan établit une capitation sur les juifs et les chrétiens ; toute personne au-dessous de vingt ans, et audessus de cinquante, ne payait aucune imposition. Ce monarque chargea un des premiers officiers de l'armée de prendre connaissance de la conduite et de l'instruction des gens de guerre, ainsi que de l'état de leurs armes et de leur équipement. Cet officier, après s'être rendu au milieu d'une place trèsvaste , se plaça sur un tapis magnifique , et fit proclamer par un héraut que tous les gens de guerre eussent à se présenter devant lui pour être passés en revue. Le premier et le second jour, voyant que Nouschirvan n'était point venu comme les simples soldats , l'officier ne commença pas son inspection. Le troisième jour, il fit de nouveau proclamer par le héraut,
L'UNIVERS
qu'aucun homme de guerre ne man- , quât de se trouver à la revue , et que celui même qui avait reçu la couronne de la libéralité du Très-Haut, s'y rendit comme les autres. Nouschirvan, informé de cette décision, se présenta devant l'officier inspecteur avec soa armure complète. Mais comme il avait négligé de prendre l'étui de son arc , qui faisait partie de l'équipement des troupes , l'inspecteur ne consentit à enregistrer son nom que lorsqu'il eut réparé cet oubli. Ensuite, comme ce même officier assignait à chaque homme de guerre enregistré , quatre mille drachmes de solde, il en donna une seulement déplus à Nouschirvan.
La revue étant achevée, cet officier se rendit au palais , et il adressa au roi les paroles suivantes : « Prince , ne « me sachez pas mauvais gré de la « conduite que j'ai tenue ; mon but * n'a été que de maintenir la subor- « dination dans l'armée, et de conser- « ver une exacte justice. » — « Tout « homme, répondit Nouschirvan, qui « use de sévérité envers moi , ne doit « craindre aucun reproche. »
L'empire de Perse ayant acquis un très-haut degré de splendeur , l'empereur de la Chine envoya à Nouschirvan de riches présents. Cet empereur, dit Mirkhond, habitait un palais pavé de perles et de pierreries , dans lequel étaient deux ruisseaux qui arrosaient des arbres de camphre et d'aloès, dont l'odeur se répandait à deux parasanges à la ronde ; son harem renfermait mille femmes, toutes filles de rois. Il envoya un ambassadeur à Nouschirvan ;' et parmi les présents dont il le chargea , on distinguait une pièce de sculpture représentant une panthère qui avait le corps entièrement couvert de perles, et dont les yeux étaient formés de deux pierres précieuses de couleur rouge; une garde d'épée d'émeraude, ornée de pierres du plus grand prix ; une robe de soie sur laquelle était représenté un personnage dans le costume que portait le roi de Perse , ayant la couronne sur la tête , et entouré de ses serviteurs. Le fond de cette robe était
de soie bleue céleste ; elle était enfermée dans une botte d'or que portait une jeune fille dont le visage était voilé par ses cheveux. Cette jeune fille, en écartant sa chevelure, laissait voir une beauté dont l'éclat éblouissait comme l'éclair au milieu d'une nuit obscure.
Le roi de l'Indoustan, qui avait un palais dont les portes étaient de pierres précieuses et de perles , envoya à Nouschirvan mille livres de bois d'aloès des Indes , qui fondait au feu comme de la cire, et un vase d'une pierre précieuse de couleur rouge, rempli de perles. D'un côté de ce vase était représenté un lion , et de l'autre une jeune fille dont la taille était de sept palmes; ses paupières descendaient jusqu'à ses joues; entre ses paupières, on apercevait une lueur semblable à celle d un éclair, produite par l'éclat de ses prunelles, jointe à la blancheur de son teint et à la finesse de ses traits. Ce prince envoya aussi en présent à Nouschirvan un tapis de peau de serpent, qui était plus doux qu'une étoile de soie et plus beau qu'une étoffe peinte.
Ce fut sous le règne de Nouschirvan que l'on apporta de l'Indoustan dans la Perse le livre de Calila et Dimna, le jeu des échecs , et une pommade ou teinture noire appelée hindi, laquelle, mise sur les cheveux blancs , les teint en noir jusqu'à la racine d'une ma*, nière parfaite. Le roi du Thibet envoya aussi à Nouschirvan plusieurs objets précieux , et entre autres cent cuirasses dorées du Thibet , et quatre mille vessies de musc.
Nouschirvan , qui surpassait en sagesse et en science tous les rois de Perse ses prédécesseurs» aimait à attirer auprès de sa personne les savants et les philosophes. Le plus illustre de tous ces sages fut Abouzurdjmihir, dont nous allons rapporter l'histoire.
Une nuit, pendant son sommeil, Nouschirvan vit en songe un porc qui lui arrachait une coupe qu'il tenait à la main. Cet animal, après avoir bu toute la liqueur qui était dans la coupe, s'étendit sur un coussin qui servait de siège au roi.
PERSE
Tous les sages et les magiciens consultés sur l'explication de ce songe, ayant avoué qu'ils ne pouvaient en . développer le sens , le roi chargea les officiers du palais de chercher un homme dont la sagacité fût assez grande pour dévoiler ce mystère. Un d'eux, nommé Azad-Sérou 7 se mit à parcourir divers pays pour chercher un interprète de songes. 11 allait de ville en ville, s* informant de ce qui faisait le sujet de son voyage. Arrivé non loin de la ville de Merve en Khorasan, le hasard le conduisit à la maison d'un savant qui avait plusieurs disciples. Un de ceux-ci , nommé Abouzurdjmihir , pria Azad-Sérou de lui exposer ce dont il s'agissait.
Quand Azad-Sérou lui eut raconté le songe du roi , Abouzurdjmihir lui dit : « Je ne puis expliquer ce mystère qu'en présence du roi. »
Azad-Sérou ayant approuvé les paroles de ce jeune homme , lui donna un cheval et de l'argent, et ils parti-, rent ensemble pour se rendre auprès de Nouschirvan. Dans la route , se trouvant au bord d'un ruisseau , ils descendirent pour prendre quelque repos à l'ombre d'un arbre. Abouzurdjmihir se couvrit du drap dans lequel il avait coutume de dormir , et il était livré au sommeil , lorsque Azad-Sérou vit un serpent noir, qui , sortant des halliers , marcha vers le sage, releva le drap qui le couvrait , lui baisa la tête et les pieds , puis monta au haut de l'arbre sous lequel il dormait. Aussitôt que le serpent fut monté sur l'arbre , le jeune nomme s'éveilla. Azad-Sérou fut extrêmement surpris de ce qu'il venait de voir ; cependant ils remontèrent tous deux à cheval , et continuèrent leur route avec grande célérité , marchant nuit et jour, jusqu'à leur arrivée auprès du roi.
Azad-Sérou raconta tout ce gui s'était passé à Nouschirvan , qui s'empressa de faire venir Abouzurdjmihir , et lui demanda l'interprétation de son songe. Celui-ci étant seul avec Nouschirvan , lui dit : « Ce songe si- « gnifie qu'il y a dans le harem du roi
« un jeune homme qui est attaché par « les liens de l'amour à une des fera- « mes qui s'y trouvent ; et si le roi veut « le découvrir, il faut qu'il ordonne que « toutes les filles du harem passent « l'une après l'autre devant lui. » Le roi donna ordre qu'on rassemblât toutes les femmes de son harem , et qu'on les fit passer une à une sous ses yeux. Mais comme le jeune homme était vêtu d'un habit de femme, le secret ne put être découvert pour cette fois.
Le roi en fut contristé ; mais Abouzurdjmihir lui conseilla d'ordonner que toutes les femmes passassent de* vant lui sans aucun vêtement. Nouschirvan suivit ce conseil, et ses ordres ayant été exécutés , on vit au milieu de ces femmes un jeune homme d'une taille très-haute , et d'une figure majestueuse , dont le corps tremblait comme les feuilles d'un saule , et que la crainte d'une mort inévitable réduisait au plus affreux désespoir. Une i'eune femme l'avait introduit dans le larera , et l'y tenait caché. Ce secret ayant été découvert, Nouschirvan interrogea la jeune femme, et lui demanda quel était cet homme. Elle lui répondit qu'il était son frère utérin ; qu'elle l'avait amené avec elle, et lui avait fait prendre un habit de femme , afin de n'être pas obligée de se séparer de lui. Nouschirvan ordonna alors qu'on fît périr ces deux jeunes gens.
Abouzurdjmihir s'avança tellement dans les bonnes grâces du roi , qu'il parvint à la dignité de vizir.
Nouschirvan ayant, un jour, rassemblé les sages et les mobeds , leur ordonna de dire chacun quelque chose qui pût être utile au bonheur du roi et de ses sujets. Chacun tâcha de satisfaire du mieux qu'il put à la demande du roi.
Lorsque le tour d'Abouzurdjmihirfut venu, il dit qu'il croyait pouvoir comprendre en douze sentences tout ce que le roi désirait savoir. Nouschirvan lui ayant demandé quelles étaient ces douze sentences, il répondit : « Les voici : a r se garder de l'amour, de la « colère et des passions ; 2° observer la « vérité dans ses paroles , être fidèle
L'UNIVERS
« à ses engagements, et tenir ses pro- « messes et ses conventions ; 3° con- « sulter des hommes sages et ins- « truits dans toutes les affaires qui se « présentent; 4° honorer les savants, « les nobles, les émirs, et les gens de * plume, chacun suivant leur rang, « et les places qu'ils occupent; 5° exer- « cer une exacte justice, prendre des « informations certaines, et rendre « à chacun la récompense ou la peine « due à ses actions bonnes ou mau- « vaises ; 6° examiner scrupuleuse- « ment la conduite des gens qui sont « renfermés dans les prisons , afin de « punir ceux oui méritent des châti- « ments, et de rendre la liberté à « ceux qui sont dignes de pardon; « 7° protéger les marchands et les « sujets de l'empire; 8° les châtier « pour leurs fautes, réprimer les ex- « ces et contenir les hommes dans « le devoir; 9° s'approvisionner d'ar- « mes, et de tout ce qui est néces- « saire pour faire la guerre; 10° hou norer ses enfants , sa famille , ses « proches, et prendre soin de leurs « intérêts; 11° entretenir des inspec- « teurs , chargés d'instruire le prince « de tout ce qui arrive dans son « royaume; 12° avoir soin de ses vi- « zirs, de ses courtisans, de ses che- « vaux et de ses serviteurs. » Nouschirvan fit écrire ces douze paroles en lettres d'or, disant qu'elles comprenaient toute la science du gouvernement.
Les historiens orientaux rapportent que , vers la fin du rèçne de Nouschirvan , des chacals passèrent par troupes nombreuses du Turquestan dans la Perse. Nouschirvan, étonné de voir une énorme quantité de ces animaux dans son royaume , demanda au mobed des mobeds la cause d'un événement aussi extraordinaire. «Prince, lui répondit le pontife, les anciens disaient que lorsque l'injustice domine dans Un royaume, les bêtes féroces s'y montrent "en grand nombre.» Nouscnirvan, frappé de ces paroles, choisit treize inspecteurs qu'il chargea de parcourir les provinces de l'empire , et prendre secrètement des informations sur la
conduite de ses lieutenants. II apprit que la plupart des officiers du fisc se rendaient coupables de malversations et des exactions les plus odieuses.
Quatre-vingt-dix coupables furent aussitôt jugés et condamnés à mort. Cet exemple de sévérité produisit une crainte salutaire sur tous les agents du pouvoir. Ces officiers cessèrent alors de tyranniser le peuple, et de le dépouiller de ses biens.
L'empereur de Constantinople avait envoyé a Nouschirvan un ambassadeur chargé de lui offrir des présents. Cet ambassadeur regardant un jour le palais du roi , en admira la grandeur et la beauté ; mais il remarqua une irrégularité dans la place qui se trouvait devant la façade , et demanda d'où provenait ce défaut de symétrie. Les courtisans lui répondirent qu'une vieille femme qui possédait une maison sur ce terrain n'avait jamais voulu consentir à la vendre au roi ; et que celui-ci, de son coté, s'était toujours opposé à ce qu'on employât la violence pour la faire céder à ses désirs. Cette irrégularité jointe à la justice, dit alors l'ambassadeur, vaut mieux qu'une symétrie acquise par la violence.
Nouschirvan étendit son empire jus-
3u'au Jaxartès et à l'Indus ; il posséait l'Arabie jusqu'à PÉpypte , et était maître de toute la Syrie. Il mourut après un règne qui avait duré quarantehuit ans.
RÈGWK d'hORMOUZ, FILS DE XTOUSCHIRTAX.
(Honnisdas III, an 579 de J. G.)
De tous les fils de Nouschirvan, Hormouz seul avait pour mère une princesse. Il dut à cette circonstance d'être choisi pour succéder à son père , au préjudice de plusieurs autres princes plus âgés que lui. Le jeune roi se conduisit d'abord avec beaucoup de sagesse , et conserva en place tous les serviteurs de Nouschirvan. Bientôt il changea de conduite , fit mettre à mort les personnages les plus importants de l'État , et donna les emplois qu'ils occupaient à des hommes injustes. Ces crimes odieux lui aliénèrent le cœur
PERSE
ftSl
de ses sujets, t'ëmperèùr âè Cônétaritinople, informé du mécontentement général gui régnait en Perse , marcha vers Nisibe a la tête de quatre-vingt mille hommes. Il n'avait , disait - il , d'autre intention que de protéger les anciens sujets de son empire, et il s'engageait à se retirer sans commettre le moindre acte d'hostilité, si Horniouz ne faisait éprouver aucun dommage aux provinces conquises par Houschirvan sur les Romains. Dans le cas contraire, il voulait ravager l'Aderbidjan et l'Arménie. Hormouz était encore menacé par d'autres ennemis ; deux princes arabes s'avancèrent le long de rEuphrate, et ravagèrent la province de Sovad ; et le roi des Turcs passa le Djihoun avec une armée considérable , cantonna ses troupes dans les villes de Hérat et de Badguiz , puis il fit dire à Hormouz : « Réparez les ponts et les chemins, car je veux marcher contre l'empereur de Constantinople, votre ennemi. » Hormouz apprit à Madaîn la marche des armées étrangères. Il fut consterné de cette nouvelle, se repentit de la conduite insensée qu'il avait tenue, et convoqua ses ministres cour savoir d'eux quel serait le parti le plus convenable à suivre dans les conjonctures Îirésentes. Un vizir, plein de sagesse, ui dit : Votre seul ennemi véritable , 6* roi, c'est le souverain des Turcs.
L'empereur de Constantinople ne veut que vous contraindre à lui rendre quelques provinces conquises par Nouschirvan. Quant auxKhazars, qui ont fait une irruption dans l'Aderbidjan et l'Arménie, leur but unique est le pillage; si vous ordonnez aux habitants de marcher contre eux , la crainte de perdre le butin dont ils sont chargés fera rentrer ces barbares dans leur fmys. Les choses se passèrent comme e vizir l'avait prédit; et Hormouz, libre de tout autre soin , s'occupa de combattre les Turcs. Ti donna le commandement de ses troupes à Bahram Tschoubin , guerrier illustre et issu du sang royal. Bahram prit douze mille hommes d'élite , et marcha à la rencontre des Tares. Sayéhjsehah , leur
roi , essaya d'abord de le séduira; ses propositions avant été rejetées , il fallut en venir aux armes. Après plusieurs actions peu décisives , Bahram tua Sayéhischah d'un coup de flèche. Le fils du monarque turc continua la guerre; mais au bout de peu de temps, il tomba au pouvoir du général perse, et fut envoyé à Madaîn.
Hormouz félicita d'abord Bahram sur les succès qu'il avait obtenus; plus tard, il se laissa prévenir contre ce guerrier, et lui envoya , tandis qu'il était encore "à |a tête de ses troupes, des chaînes et un fuseau, pour lui faire entendre qu'il n'était capable que de filer comme une femme, et que sa conduite méritait des chaînes.
Les officiers de Bahram , irrités de l'ingratitude du roi envers leur général , engagèrent celui-ci à se soulever. Bahram pensa que le moyen le plus assuré pour réussir dans sa révolte était de jeter la division entre Hoimouz et son fils Rhosrou Parviz , héritier présomptif de la couronne. Il ordonna, en conséquence, que l'on frappât , au nom de ce dernier , des pièces de monnaie qui furent répandues dans toutes les provinces de l?empire. Hormouz , persuadé que son fils était coupable , voulut le faire arrêter ; mais celui-ci se retira aussitôt dans l'Aderbidjan. Après la fuite de Parviz, Hormouz fit mettre en prison Beqdouïeh et Bostam, oncles maternels de ce prince. Les deux prisonniers s'étant échappés, réunirent quelques troupes , se saisirent d' Hormouz , et lui crevèrent les yeux. Aussitôt Khosrou , redoutant les effets que pouvait avoir l'ambition de ses oncles, se rendit à Madaîn , et prit les rênes du gouvernement. Il expliqua à Hormouz qu'il s'était empare de l'autorité souveraine , pour empêcher qu'elle ne tombât entre les mains des révoltés, et il protesta de l'innocence de ses intentions. Hormouz , convaincu de la vérité des paroles de Parviz , lui fit promettre de tirer vengeance de Bendouïeh et de Bostam , qui avaient conspiré contre lui et ravalent rendu inhabile à occuper le trône. Quand
L'UNIVERS
le ressentiment de son père ffft apaisé, Parviz sortit de Madaïn pour combattre Bahram qui marchait à sa rencontre. Les deux armées se trouvèrent en présence sur les bords de là rivière de Nahrevan. Parviz, abandonné par ses troupes , prit la fuite , décidé à se retirer sur les terres de l'empire romain. Bendouïeh et Bostam qui raccompagnaient, voulurent, avant de quitter la Perse, mettre à mort Hormouz , dont l'existence pouvait, disaient -ils, compromettre la sûreté de l'État. Paryz ne put, malgré ses prières , rien gagner sur eux.
Ils retournèrent à Madaïn , et étranglèrent Hormouz avec la corde d'un arc. Ils rejoignirent ensuite Parviz-, qui se retirait toujours vers les frontières de l'empire romain. Bientôt les fugitifs furent atteints par les troupes de Bahram; Bendouïeh eut alors l'idée de changer de vêtements avec Rhosrou Parviz; et, se couvrant de la robe que les rois seuls avaient le droit de porter, il se montra avec affectation aux officiers ennemis. Ceux - ci reconnaissant de loin les insignes royaux , se crurent maîtres de la personne de Parviz. Quand ils approchèrent, Bendouïeh reprit ses vêtements ordinaires, demanda à parler au chef de l'armée de Bahram , et lui dit : Le roi qui est ici vous prie de lui accorder une suspension d'armes; car, depuis trois jours, il n'a pris aucun repos. Le général de Bahram , qui-connaissait Bendouïeh , lui accorda sa demande. Enfin, celui-ci obtint encore d'autres délais sous différents prétextes; et, quand il jugea que Parviz avait gagné une avance assez considérable pour ne pouvoir plus être atteint , il avoua la ruse qu'il avait mise en usage pour le sauver. Bahram Tschoubin , irrité d'avoir été la dupe de Bendouïeh , le fit jeter dans les fers.
Quant à Khosrou Parviz, il ar* riva à Gonstantinople , et fut parfaitement accueilli par l'empereur, qui le combla de présents, et lui donna en mariage la princesse Marie, sa fille. Au bout de dix-huit mois, Khosrou fut placé par 6on beau-père à la tête d'une
armée que quelques historiens font monter a soixante et dix mille hommes, d'autres à cent mille. Il entra avec ces forces dans l'Aderbidjan, où il fut rejoint par Bendouïeh, qui s'était échappé de prison. L'armée de Bahram et celle des Romains se trouvaient en
{nrésence, et allaient en venir aux mains, orsque trois Turcs appelèrent Parviz à un combat singulier. Le prince accepta le défi, malgré toutes les remontrances des courtisans, et tua l'un après l'autre ses trois adversaires.
Alors, Romains et Perses, saisis d'admiration pour la force et le courage de Parviz, sautèrent à bas de leurs chevaux, et se prosternèrent devant lui. Une grande partie des troupes révoltées passèrent à Parviz la nuit suivante. Bahram , se voyant abandonné par les siens , se retira dans le Turquestan, auprès du roi de ce pays, qui le combla d'honneurs, et l'employa utilement dans plusieurs expéditions militaires. Il mourut assassiné, suivant toute apparence, à l'instigation de Parviz.
RXGirS DE KHOSROU PARVIZ.
(Cbosroës H, an 5go de J. G.)
Devenu possesseur tranquille du trône par la retraite de Bahram Tschoubin , Parviz congédia les troupes romaines après leur avoir donné des preuves de sa générosité. Il fit ensuite mettre à mort ses deux oncles maternels Bendouïeh et Bostam , suivant la promesse qu'il en avait faite à son père.
Parviz régnait depuis quatorze ans, lorsque l'empereur romain qui l'avait placé sur le trône fut assassiné. Un de ses^fils se réfugia auprès de Parviz, qui lui confia une armée avec laquelle ce prince fit une irruption sur les terres de l'empire romain et dans la Syrie.
Les Perses s'emparèrent de Jérusalem et de toute la Palestine , firent prisonniers un grand nombre d'évêques, et s'emparèrent de la vraie croix, qu'ils envoyèrent à Parviz. Ils ravagèrent aussi les environs de Constantinople. Malgré tant de succès , les Ro-
PERSE
mains ne voulurent jamais se soumettre au prétendant que favorisait Parviz, et ils choisirent pour empereur un homme pieux nommé Héraclius.
Celui-ci, effrayé des progrès des Perses, pria Dieu de délivrer l'empire de ces ennemis incommodes. La prière d'Héraclius fut exaucée; ce prince crut entendre pendant la nuit une voix qui lui disait: Marche contre. Parviz, et tu remporteras la victoire. Encouragé par cette vision , il se rendit de Constantinople à Nisibe, et défit une armée de douze mille hommes et une autre de six mille, que le roi de Perse avait envoyées contre lui.
Sur la fin de son rèçne, Parviz se laissa aller à des inclinations coupables, et montra une grande cruauté envers ses serviteurs les plus fidèles. Sa conduite tyrannique indisposa les personnes les plus considérables de l'État, qui conspirèrent contre lui, et, la trente-huitième année de son règne, la septième de l'hégire (an 628 de J. C), les conjurés renfermèrent, et donnèrent la couronne à son fils Cobad, plus connu sous le nom de Schirouyeh.
La magnificence de Khosrou Parviz et ses amours avec Schirine ont rendu son nom célèbre chez les historiens et les poètes persans.
REGNE DE SCHIROUYEH, FILS DE PARVIZ.
(Siroës, an 62g de J. C.)
Dès que ce prince fut sur le trône , les conspirateurs le pressèrent d'ôter la vie à son père. Schirouyeh s'opposa d'abord à leur dessein; mais voyant que sa résistance pouvait lui devenir funeste sans être utile à Parviz, il chargea un courtisan appelé Hormouz, dont le père avait été mis à mort sous le règne précédent , de tuer le vieux roi. Parviz , voyant entrer Hormouz dans sa prison,' lui dit : J'ai fait condamner a mort ton père sans qu'il l'eût mérité; celui qui ne tue pas le meurtrier de son père est un enfant illégitime. Hormouz ayant exécuté Tordre dont on l'avait chargé, rapporta à Schirouyeh les paroles que Parviz lui avait dites. Aussitôt le jeune prince
donna les signes de la plus vive douleur; et, après avoir rendu les derniers devoirs à Parviz, il fit mourir Hormouz, en disant : Celui qui ne tue pas le meurtrier de son père est un enfant illégitime.
« Schirouyeh s'appliqua à gouverner son royaume suivant la justice; mais il se montra cruel envers ses frères , qu'il fit mettre à mort. Pourandokht et Arzémidokht, ses sœurs, lui reprochèrent sa conduite barbare. L'ambition, dirent-elles, t'a porté à répandre le sang de ton père et de tes frères; mais le Tout -Puissant vengera leur mort sur toi. Aussitôt Schirouyeh tomba dans une mélancolie profonde , dont il mourut , le huitième mois de son règne.
Il y eut en Perse, sous Schirouyeh, une peste qui fit périr un grand nombre d'habitants.
RÈGNE d'aRDSCHXR, FILS DE SCHIROUYEH.
(Ardeser ou Artaxerxès III , an 629 de J. G.)
Ce prince succéda à son père n'étant encore âgé que de sept ans.
Schahriar , gouverneur de quelques provinces du royaume, piqué de ce que le jeune roi avait été placé sur le trône sans son assentiment, marcha vers Madaïn avec une armée considérable, fit mettre à mort Ardschir et un grand nombre de seigneurs , sous prétexte que ceux-ci avaient pris part a la déposition et au meurtre de Khosrou Parviz. Après ces exécutions cruelles , Schahriar s'empara * de la couronne. Le règne d'Ardschir avait duré, suivant quelques auteurs, cinq mois, et, suivant d'autres, un an et six mois.
REGHB OS SCHAHRIAR.
(Sarbar, an 6*9 de J. C.)
Cet usurpateur, qui porta aussi les noms te Scnahribar état Fer khan (*h mécontenta bientôt ses soldats par la hauteur avec laquelle il les traitait.
Trois frères qui servaient dans l'armée conspirèrent contre lui et le per-
(*) Voyez ci-devant pag. 3o4 note,
IM
L'UNIVERS
cêretit à coups de lance, pendant (ju'îl fce promenait à cheval. Scnahriar régna quarante jours , suivant un grand nombre d auteurs; d'autres disent vingt jours seulement.
Eàost de pocbaicdoeet , riixs de iio»< rou paeviz.
(Borane, an 63o de J. C.)
Cette princesse , douée d'un grand jugement, gouverna son royaume avec une fermeté et une sagesse qu'on ne pouvait guère espérer d'une femme élevée dans un harem. Elle fit con* damner à mort plusieurs grands qui avaient pris part aux meurtres de ses frères; et, voulant se concilier l'amitié de l'empereur de Constantinople, elle lui envoya le bois de la vraie croix , dont les Perses s'étaient emparés sous Khosrou Parviz, comme nous l'avons dit plus haut. L'empereur se montra fort touché de ce présent, et témoigna les meilleures dispositions envers Pourandokht. Cette princesse mourut après un règne qui n'avait duré qu'un an et quatre mois.
T8CBA6CHIVB1TDEB
(Inconnu aux historiens grecs.)
Ce prince, cousin de Parviz, monta sur le trône à la mort de Pourandokht. Il était surnommé SérWuzurg, c'est-à-dire , Grosse Tête. Lorsqu'on lui plaça la couronne sur la tête, il dit • qu'elle était trop étroite. Ce mot, regardé comme de mauvais augure , fit penser que le règne de Tschaschinendeh serait de courte durée. La prédiction se vérifia , et le nouveau roi ne conserva l'autorité souveraine qu'en* viron trente jours.
AÈG1TE D'ARZ*MtDOKHT , FILtB DE EHOSEOU PARVIZ.
(Les historiens grecs ne font pas mention de cette reine.)
Àrzémidohht voulut gouverner ses États par elle-même , et sans le secours d'aucun ministre; aussi ne conféra-t-eue à personne la charge de vi-
zir. Cette princesse, également remaf* quable par son esprit et par sa beauté* inspira une vive passion à Térakh, gouverneur du Khorasan , qui lui en fit l'aveu. Arzémidokht répondit qu'il était honteux pour une reine de prendre un époux. Térakh, persistant toujours dans son dessein , Arzémidokht lui dit de se rendre au palais un jour qu'elle fixsr; puis, ce jour arrivé, elle Ordonna au capitaine des gardes de mettre à mort 1 audacieux gouverneur.
Roustam , fils de Térakh , informé de la fin tragique de son père, marcha contre Madaïn avec toutes les troupes qu'il put réunir, et, s'étant rendu maître d' Arzémidokht , il la fit périr dans les plus cruels tourments.
ABOIT* DI USRA, S1LS DE EAÎSS.
(Les auteurs grecs ne parlent pat du règne de ce prince.)
Après la mort d' Arzémidokht, les Perses, cherchant un prince de la famille royale pour le placer sur le trône , apprirent que dans la province d'Ahvaz vivait un descendant d'Ardschir, fils de Babec. Ils le mandèrent aussitôt, et lui donnèrent la couronne ; mais s'étant bientôt aperçus que cet homme n'avait aucune des qualités nécessaires à un roi, ils le mirent à mort.
làGHE DE FSEAEVXAD, VILS DE EHOSEOU PAEVIZ.
(On ne trouve dans les auteurs grecs aucune mention de ce règne.)
Après cette exécution barbare, les grand* de Perse firent rechercher partout les descendants de la famille royale. Ayant su que dans la ville de Hisibe se trouvait un fils de Rhosrou Parviz, qui s'était retiré chez les Romains pour se mettre à l'abri de la fureur de Schirouyeh, ils le firent appeler; et ce prince, qui portait le nom de Fêrakhzad} fut proclamé roi. Ses sujets avaient lieu de concevoir les plus grandes espérances de ôa justice et de sa bonté, lorsqu'il mourut empoisonné par un esclave. Son règne n'avait pas duré un mois*
miuri uVtzDÔUËi» m, fila ds scBàinua.
(Isdigerdès III , an 63i.)
Les astrologues avaient annoncé à Khosrou Parviz qu'un de ses petitsfils transférerait la couronne de Perse à des étrangers. Effrayé de cette prédiction, Parviz fit enfermer ses fils dans le palais , et leur interdit le mariage. Cependant Schahriar, un de ces princes captifs, épousa secrètement une femme dont il eut Yezdguerd.
qui fut élevé dans le barem jusqu'à Page de cinq ans* Parviz l'ayant aperçu alors, demanda qui était cet enfant, et, sur la réponse qu'on lui fit que c'était le fils de Schahriar, il voulut d'abord le faire tuer; mais il consentit ensuite à ce que le petit prince fut 6eulëntent renvoyé du palais.
Férakhzad étant mort, les grands de J'empire appelèrent à Madam Yezdguerd, qui se trouvait alors à Istakhar, et lui mirent la couronne sur la tête.
Déjà , à cette époque , les Arabes devenus mahométans s'étaient emparés de plusieurs provinces de la Perse.
Yezdguerd, dès qu'il se vit sur le trône, fit inviter Saad, fils d' Abou-Wakkas , commandant des troupes arabes pour le calife Omar*, d'envoyer à Madaïn trois députés, avec lesquels il désirait s'entretenir touchant les affaires des Arabes et des Perses. Saad ayant consenti à la demande d'Yezdguerd, celuici adressa aux députés le discours suivant :
« Nous vous avons toujours regardés avec peu de considération. Jusqu'à présent les Arabes n'ont été désignes en Perse que sous les noms de marchands et de mendiants. Des lézards verts et de l'eau salée composent votre nourriture. Les vêtements que vous
K>rtez sont faits d'un poil grossier, epuis qu'un grand nombre d'entre tous sont venus en Perse , vous avez mangé de bons vivres , vous avez bu de l'eau douce, et vous avez pu vous couvrir avec des étoffes fines et moelleuses. Vos frères, jaloux de partager ces avantages, sont arrivés en foule tfans la Perse. Aujourd'hui, n'étant plus satisfaits des biens que vous avez
obtenus , tous voulez nous faire embrasser une religion pour laquelle nous avons de la haine. Vous êtes comme le renard qui entra dans un jardin où il trouva des raisins qu'il se mit à manger. Le jardinier ne voulut pas le chasser. Les raisins que prendra ce renard affamé ne- diminueront guère, disait-il, le revenu de ma vigne. Mais, une fois rassasié, le renard fit connaître à tous ses semblables l'excellent fout des raisins qu'il avait mangés et la onhomie dd jardinier, qui se laissait dépouiller de son bien sans se plaindre. Bientôt le jardin fut rempli de renards, et le jardinier se trouva contraint, pour éviter une ruine complète , de fermer les portes et de tuer tous les renards. Je veux bien, continua Yezdguerd , vous pardonner vos torts , et charger vos chameaux de froment et de dattes, afin que, de retour dans votre pays, vous puissiez donner à manger à vos compatriotes; mais si, oubliant ma générosité, vous restez en Perse, je saurai vous atteindre dans ma vengeance. »
Les envoyés arabes répondirent avec dignité à ce discours, qui montrait tout à la fois la vanité et la faiblesse d'Yezdguerd, et ils finirent par ces mots : « Nous vous invitons solennellement aujourd'hui à embrasser notre religion. Si vous y consentez , pas un Arabe n'entrera en Perse sans votre permission; seulement nos chefs exi-
{çeront de vous les impôts que tous es croyants «ont tenus de payer. Si vous rejetez l'islamisme, payez le tribut imposé aux infidèles. Enfin , si vous ne voulez vous soumettrre à aucune de ces conditions, préparez-vous à la guerre. »
Yezdguerd , trop fier pour céder, congédia les ambassadeurs sans leur donner satisfaction, et la guerre recommença avec fureur. L'armée perse était commandée par Roustam-Faroukhzad. Ce général, sentant que 6es soldats ne pourraient pas tenir contre l'enthousiasme fanatique des nouveaux musulmans, mit tout en œuvre pour éviter une affaire générale ; à la fin , obligé d'en venir aux mains*
il fut battu avec une perte immense.
Cette bataille mémorable, qui mit la Perse sous le joug des Arabes musulmans, fut livrée , Tan 15 de l'hégire (636 de J. C), dans une grande plaine, près de la ville de Kadesiyya (*). La lutte dura trois jours et trois nuits.
L'armée des Perses, forte, dit-on, de cent mille hommes, fut entièrement détruite. L'étendard royal, ou étendard de Caveh, fut pris par les Arabes. Cet événement contribua sans doute puissamment à abattre le courage des Perses et à augmenter l'audace des musulmans. Les uns et les autres le regardèrent comme un présage infaillible de l'issue de la guerre. Yezdguerd, informé de ce désastre, s'enfuit à Houlvan. Saad s'étant «m paré de Madaïn, se mit à la poursuite du monarque fugitif, qui se retira à Reï.
L'an 20 de l'hégire (640 de J. C), Saad fut rappelé par le calife Omar.
La retraite de cet habile général fit concevoir quelques espérances à Yezdguerd , qui réunit aussitôt cent cinquante mille hommes tirés de la province de Khorasan et des environs de Reï et de Hamadan , et donna toutes ces troupes à un général appelé Firouzan, en le chargeant d'agir contre les Arabes.
' Le calife, instruit des préparatifs que faisait Yezdguerd , envoya des renforts considérables à son armée de Perse, dont il confia le commandement supérieur à Noman. Il ordonnait surtout à ce chef d'employer tous ses efforts pour détruire, à quelque prix que ce fût, la religion impie des adorateurs du feu. L'armée arabe marcha vers Néhàvènd (**), où les Perses étaient campés derrière un fossé profond.
Les deux armées restèrent pendant deux mois à la vue l'une de l'autre sans rien oser entreprendre d'important. Le général arabe, ne pouvant pas forcer Firouzan à sortir de sa po-
■ (*) Ville de l'Irak, à iS lieues environ à l'ouest des ruines de Babylonc et à x5 parasanges de Goufa.
(••) Ville située à trois journées environ au jud de Hamadan.
sition, adressa ces paroles aux musulmans : « Amis, préparez-vous à vaincre ou à boire le doux sorbet du martyre.
Je vais faire prononcer trois fois le tecbir (*) à haute voix. Au premier tecbir, vous ceindrez vos reins; au second , vous monterez à cheval ; au troisième, courez, la lance en arrêt, à la victoire ou au paradis. Quant à moi, je veux être martyr; lorsque j'aurai été tué , suivez les ordres de mon lieutenant. » Noman se fit tuer comme il l'avait dtt, et les Arabes, animés par son exemple, remportèrent une victoire complète. Trente mille Perses restèrent sur le champ de bataille, et guatre-vingt mille se noyèrent dans le fossé qui entourait leur camp. Firouzan s'enfuit dans les montagnes avec quatre mille hommes , seuls débris de son armée. Il fut poursuivi et tué par un corps d'Arabes d'environ raille hommes.
La bataille de INéhavend décida du sort de la Perse, qui tomba au pouvoir des califes. Tezdguerd traîna encore pendant quelques années une malheureuse existence. Il s'enfuit d'abord dans le Sistan, puis à Merve. Le gouverneur de cette ville offrit alors au souverain du Turquestan de remettre entre ses mains le monarque fugitif.
Cette proposition fut acceptée ; et les Turcs , auxquels le perfide gouverneur avait livré les portes de la ville, entrèrent dans Merve , malgré la résistance des habitants. Yezdguerd profitant de la confusion générale, sortit de la ville et se cacha dans un moulin situé à quelques lieues de là. Le meunier s'engagea d'abord à protéger le royal fugitif, moyennant une certaine somme; mais ensuite, poussé par le désir de s'approprier ses armes et ses vêtements qui étaient fort riches, il le tua (an 650 de J. C). Le peuple irrité massacra l'assassin , et le corps du monarque fut envoyé à Istakhar,
(*) Le mot tecbir signifie proprement en arabe « l'action de prononcer la formule « Dieu est très-grand.» Voyez ma traduction de la chronique persane de Tabari , t, I , p. 87, note ?.
Ir
ri w Pi
PERSE
pour y être déposé dans le tombeau de ses ancêtres.
Yezdguerd avait régné neuf ans de-
Suîs son avènement jusqu'à la bataille e Néhavend. 11 fut le dernier roi de cette dynastie des Sassanides , dont le souvenir est encore cher aux peuples de l'Iran.
HISTOIRE DE P1ESE SOUS LES CALIFES ET SOUS LES DYNASTIES DES TAH BRIDES, DES SAFPAEIDES ET DES SAMAV1DES.
La conquête de la Perse s'accomplit avec la rapidité qui , à cette époque de ferveur religieuse , caractérisait les invasions des Arabes. Peu après la mort d'Yezdguerd, les musulmans étaient maîtres de tout le pays depuis les rives de l'Euphrate jusqu'à l'Omis. L'islamisme qu'ils imposaient aux peuples avec un fanatisme inexorable, fut cependant rejeté par un petit nombre d'hommes qui aimèrent mieux renoncer à leur patrie qu'à leur foi. Quelques sectateurs de Zoroastre, persécutés par les nouveaux conquérants de la Perse, se retirèrent dans la province de Cohistan , où , poursuivis par la haine intolérante des disciples de Mahomet, ils descendirent le long de la côte du golfe Persique et se rendirent à Ormouz. Après un séjour de quinze ans dans cette ville, contraints de s'exiler définitivement de la Perse, ils s'embarquèrent pour Diu , où ils restèrent dix-neuf ans. Voyant alors que nie ne pouvait pas leur fournir, à tous, les moyens d'exister, ils consultèrent le sort et prirent la résolution de se rendre dans le Guzarate. Ils trouvèrent dans ce pays un prince indien qui les accueillit avec bienveillance et leur permit le libre exercice de la religion des mages. Depuis cette époque, les descendants des anciens Perses n'ont pas quitté leur nouvelle patrie, et ils ont vécu aiïMnilieu de peuples idolâtres et musulmans sans jamais s'allier à eux. Ils portent, dans l'Inde, le nom de Parsis ou Partes (*). On peut
(*) Les Persans et les Tares les appellent Guèbres et Goures.
22* Livraison. (Pbbsb.)
voir leur costume dans nos planches 61 et 62. La planche 60 représente une femme guèbre de ia Perse.
L'émigration des sectateurs de Zoroastre est un des événements les plus remarquables de l'histoire de Perse sous le gouvernement des califes de Bagdad, vicaires et successeurs de Mahomet. Cette époque, du reste, n'est marquée que par quelques révoltes de gouverneurs qui cherchaient à se rendre indépendants. Vers l'an 820 de J. C, la Perse recommença à avoir une existence propre. Un certain Taher ayant obtenu du calife Mamoun le gouvernement du Khorasan, fit bientôt après ôter de la prière publique du vendredi le nom de ce calife, et se révolta. Il mourut assassiné par son. fils. Les princes de cette maison, connus sous le nom de Tahérides, gouvernèrent le Khorasan pendant plusieurs générations ; et lorsque le calife Mamoun voulut détruire leur puissance devenue héréditaire, il ne put y réussir qu'en op- § osant un compétiteur au descendant e Taher qui possédait l'autorité souveraine. Ce fait prouve suffisamment que déjà les gouverneurs des provinces étaient devenus des souverains indépendants, sur lesquels les califes ne pouvaient maintenir un reste d'autorité que par les divisions qu'ils jetaient entre eux et par les rivaux qu'ils leur suscitaient Dans une pareille anarchie, les provinces de l'empire ne pouvaient
fuère rentrer sous l'obéissance imméiate des successeurs de Mahomet; elles devaient, au contraire, devenir la proiedes hommes hardis qui voudraient en usurper le gouvernement.
La Perse tomba au pouvoir dTakoub, fils d'un certain Leïs, fondeur de laiton dans la province de Sistan. Cette particularité fit donner à ses successeurs le surnom de Saff arides, du mot arabe sqffar, qui veutdire/ondeur de laiton. Yakoub fut élevé dans la profession de son père. Tout l'argent qu'il pou* vait gagner et les petites sommes que lui donnait son père étaient partagés entre de jeunes ouvriers que ces largesses attachaient à sa personne.
Yakoub sentit ses besoins augmentée
L'UNIVERS
avee Vâçe, et il s'aperçut bientôt que te travail ne pouvait pas lai fournir les moyens de conserver l'espèce de suprématie qu'il avait acquise sur ses jeunes camarades. Il se fit brigand et entraîna dans ce genre de vie les ami* de son enfance , qui le reconnurent pour chef. La bande de Yakoub devint en peu de temps la plus redoutée de tout le pays , et le Gis de Leïs acquit bientôt une grande réputation de générosité par Ta manière humaine dont il traitait les personnes qui avaient le malheur de tomber entre ses mains.
Un certain Salih, fils de Nasr, ayant usurpé le gouvernement du Sistan, réclama le secours d'Yakoub pour repousser les agressions du gouverneur du Kborasan. Yakoub se distingua tellement dans cette guerre, que Salin étant mort , son successeur le nomma commandant en chef de toutes les troupes du Sistan. A peine revêtu de cette dignité, Yakoub fit prisonnier son bienfaiteur et l'envoya au calife, demandant pour récompense de cette action le gouvernement du Sistan. Le calife alors régnant , oui , à ce qu'on suppose, était Motewakkel, accepta ces propositions; et Yakoub, devenu lé« itime gouverneur du Sistan, par investiture qu'il reçut de la cour de Bagdad, lança ses bandes toujours victorieuses contre le Kborasan et le Kir* man, et réussit à s'emparer de Schiras. A son retour de ces expéditions, il envoya un ambassadeur chargé de faire ses soumissions au calife Mota-»
med qui le reçut favorablement , et conféra à Yakoub le titre de gouverneur du pays de Balkh et de Boukhara, à condition toutefois oui! renoncerait à ses prétentions sur la ville de Schi« raz , et, en général, sur la province de Fars. Yakoub souscrivit à ces candi* tions, et, prenant le titre de lieutot nant dn calife, il s'empara des villes de Balkh et de Caboul. Cette môme année (de l'hégire 357, de J. C. 870), H fit prisonnier, dans les environs de Bischabour, le dernier prince de la famille de Taher. Animé par tant d* succès , il poussa son expédition bien an delà des fentes fixées par le calife
Pi
Motamed. Celui-ci, justement irrité, le déclara rebelle. Yakoub n'ayant plus aucun ménagement à garder avec la cour de Bagdad , entra dans le Fars,
3u'iJ soumit à son obéissance. Il méitait la conquête de Bagdad, lorsque le calife, espérant conjurer l'orage, lui envoya l'investiture des provinces du Kborasan, du Tabaristan et du Fars; mais Yakoub rejeta ces offres avec dédain. «Dites à. votre maître, répondit-il à l'envoyé du calife, que je dois déjà à mon épee les pays qu'il me donne si généreusement Ou'u garde son investiture pour quelqu'un qui veuille lui en avoir obligation et qui soit disposé à me disputer mon titre.»
Dès que Motamed connut cette ré* ponae insolente, il leva une armée (an de l'hégire 262, de J. C 876), dont il donna le commandement à son frère Mowaffik. Ce prince défit Yakoub, qui n'était plus qu'à une assez faible distance de Bagdad. Le fils de Leis eut bientôt levé une nouvelle armée, et il marchait contre le calife, lorsque mourut de maladie* Les auteurs pet «* sans s'accordent tous à louer les ver»
tus et le grand caractère de ce chef; mais leur témoignage doit nous être suspect. En effet, Yakoub, schiite on aecteteur d'AK, porta une atteinte terrible à la puissance des califes son* nites. Cette conduite doit avoir influé beaucoup sur le jugement que portent de lui ses compatriotes.
Nous devons faire connaître, avant d'aller plus loin, les préceptes religieux communs aux différentes sectes ma* hométanes et les points qui séparent les sonnites des scniites.
Tous les musulmans admettent six articles de foi , savoir : 1* la croyance à un Dieu seul et unique; 2° aux anges et aux archanges; 3° à tous les livres révélés , dont les principaux sont le Pentateuque, le Psautier, l'Évangile et le Coran ; 4* aux prophètes ; 5° à la résurrection des corps et au jugement; 6° à la prédestination. Les mafaométans doivent joindre à une roi complète à tous ces points, l'observation de plusieurs commandements positifs et négatifs, qui sont : 1* les purification»;
PERSE
J°la prière; 3° l'aumône; 4° le jeûne; 6° le pèlerinage. Les préceptes négatifs recommandent, surtout, d'éviter le meurtre, le vol et tous les péchés contraires à la pureté.
Le point sur lequel les sonnites et les sch rites diffèrent d'opinion est bien moins religieux que politique. Les premiers reconnaissent pour légitimes successeurs de Mahomet les trois premiers califes Aboubècre* Omar et Osman.
Les schiites, au contraire, regardent ces califes comme des usurpateurs, et soutiennent qu'Ali , gendre de Mahomet , dont if avait épousé la fille chérie, devait hériter de la puissance sdi rituelle et temporelle de son beaupere. Cette opinion, étrangère au dogme, finit cependant par le modifier. En effet , tes schiites , dans leur admiration pour Ali , lui attribuèrent un caractère de sainteté, égal ou supérieur à celui que Dieu avait accordé à Mahomet , ce qui fut souvent la cause ou le prétexte de guerres sanglantes entre les Persans (*) et les Turcs.
Amrou , frère et successeur d'Yakoub, quoique partageant les opinions religieuses de celui-ci , témoigna au calife une grande soumission, et consentit à recevoir de lui l'investiture du gouvernement des provinces de l'IraK-adjémi, du Fars, du Khorasan, du Sistan et du Tabaristan.
L'an de l'hégire 271 (884 de J. C), les habitants du Khorasan se révoltèrent contre Amrou et demandèrent au ealife un autre gouverneur. Le calife, voulant diminuer la puissance de la famille de Leis, accéda à cette demande et fit partir un nouveau gouverneur avec une armée considérable.
Les troupes du calife battirent celles d'Amrou, dont le nom fut maudit dans toutes les mosquées de la province.
Il se passa un temps considérable avant qu'Amrou pût ressaisir le pouvoir ; mais l'an 286 de l'hégire (899 je
(*) Nous appelons Persans les nabiuut»
modernes de la Perse devenus musulmans, pour les distinguer des anciens Perses qui suivaient la religion des Mages.
I. C), il se rendit maître de tout le Khorasan et tua le gouverneur de ce pays. Il sollicita en même temps son pardon, et demanda au calife de lui rendre ses anciennes possessions* ce qui lui fut accordé ; bientôt , soit esprit de vengeance ou ambition, Amrou forma le projet de s'emparer de Bagdad et de la personne même du calife. Il se mit en marche, et lorsqu'il fut près de la ville, il prit les devants avec quatre cents chevaux, sous prétexte d'aller rendre hommage au commandeur des croyants. Mais Motadhed, informé de son approche, et devinant ses intentions, se tint sur ses gardes. II y eut , dans le palais même du calife, un combat où restèrent presque tous les cavaliers qui formaient l'escorte d'Amrou, et ce chef, blessé lui-même , ne sauva sa vie que grâce à la vigueur et à la légèreté de son cheval.
Le calife, irrité contre le frère d'Yakoub , engagea un prince tartare appelé Ismaïl Sarnani, c'est-à-dire, Ismaêl le Samanide ou le descendant de Saman, à enlever à ce rebelle le gouvernement du Mawaralnahr ou Transoxane. Amrou voulut aller en personne combattre Ismaël, et il passa t'Oxus avec une armée considérable.
Le chef tartare, quoique disposant de beaucoup moins de troupes , te battit, le fît prisonnier, et l'envoya à Bagdad où il fut enfermé pendant quelques années, puis enfin mis à mort l'an 289 de l'hégire (901 de J. C). La dynastie des Saffarides finit , à proprement parler , avec Amrou ; cependant plusieurs rejetons de cette famille commandèrent encore dans le Sistan et dans le Fars. On distingue parmi eux Kalaf, fils d'Ahmed, qui se fît un grand nom par la sagesse de son gouvernement et par son amour pour les lettres. Ce prince était maître du Sistan Tan 353 de l'hégire (964 de J. C).
Les Samanides succédèrent aux Saffarides. Ismaél , dont nous venons de parler, et le premier roi de cette famille, faisait remonter sa généalogie jusqu'à Bahram Tschoubin. Mais nous ne savons qu'une seule chose avec
L'UNIVERS
certitude , c'est que Saman était un petit chef tartare qui vivait du produit de ses troupeaux et de ses brigandages. A l'époque dTakoub , fils de Leïs , le calife Motamed choisit Nasr, frère d'Ismaël, pour son lieutenant dans le Mawaralnahr, et Ismaël fut chargé du gouvernement de la ville de Boukhara.
La désunion se mit bientôt entre les deux frères, et Nasr fut fait prisonnier dans une bataille qu'il livra à Ismaël. Celui-ci traita Nasr avec respect, et lui déclara qu'il le reconnaissait toujours pour son souverain et continuerait à gouverner Boukhara en son nom. A la mort de Nasr, Ismaël se trouva possesseur de tout le Mawaralnahr. Ce prince tourna d'abord ses armes contre le souverain du Tur-
Suestan et rentra dans Samarcande barge de butin. Il combattit ensuite Amrou, fils de Leïs, et cette expédition le rendit maître du Sistan, du Khorasan, du Tabaristan, et d'une partie de llrak-adiémi.
Le calife donna à Ismaël l'investiture du gouvernement de ces provinces. Ce prince , modèle de toutes les vertus civiles et guerrières , mourut regretté de ses sujets, l'an 295 de l'hé-
Sire (907 de J. C). U était alors âgé e soixante ans.
Ahmed, fils et successeur d'Ismaël, était loin d'avoir les grandes qualités de son père. II mourut assassiné par ses esclaves, après un règne qui avait duré sept ans. Son fils Nasr, alors âgé de huit ans, fut placé sur le trône de Boukhara et du Khorasan. Quelmies expéditions heureuses contre des chefs révoltés le mirent en possession de tous les États d'Ismaël. Nasr jouit d'un règne long et heureux, et mourut à Boukhara , laissant toutes ses possessions dans une paix due à son courage et à sa justice. Ses vertus , et ' surtout son amour pour les sciences et les lettres , ont rendu son nom illustre dans tout l'Orient. Il passait sa vie dans la société des savants. Roudégui, le premier poète persan depuis la conquête des Arabes , vivait familièrement avec ce prince qui le combla de bienfaits.
Nasr eut pour successeur son fils Nouh, qui laissa le trône à son fils Abdoulmélic. Celui - ci étant mort d'une chute de cheval , Abou-Salih- Maosour son frère lui succéda (an 350 de l'hégire; 961 de J. C). Ce prince, ami éclairé des lettres et des savants , chargea son vizir Bélami de traduire en persan la chronique rédi-
§ée en arabe par Tabari. Son règne ura quinze ans. Mansour eut pour successeur son fils Nouh , second du nom, et le dernier des Samanides qui ait conservé quelque pouvoir. Après lui nous voyons paraître successivement sur le trône, Mansour, Abdoulmélic et Montaser, princes sans autorité, et dont le troisième, après avoir erré de ville en ville avec quelques cavaliers qui lui étaient restés fidèles, fut assassiné par le chef d'une tribu arabe auquel il avait demandé asile et
Srotection (an 395 de l'hégire; 1004 e J. C).
DYMASTIK DBS BOWA1H OU XHLKKITES.
Pendant que les Samanides régnaient sur le Mawaralnahr et le Khorasan, une nouvelle dynastie s'élevait dans l'Irak -adjémi. Bowaïh, simple pécheur de la province de Dilem , qui se disait issu des anciens rois de Perse, avait trois fils, Ali, Hasan et Ahmed , plus connus sous les noms tflmad-eddaula, Rocn-eddaula et Moezz-eddaula. Ces trois frères se mirent au service du prince du Guilan, qui possédait plusieurs provinces sur les bords de la mer Caspienne , et ils obtinrent , par leur courage , les
S rades les plus élevés de la milice, mad-eddauia s'empara de la province de Fars, et choisit la ville de Schtraz pour capitale de son royaume. Il confia ensuite à ses deux frères des troupes avec lesquelles ceux-ci se rendirent maîtres de l'Irak et du Kirman.
Sentant que sa fin approchait, il fit appeler son neveu, Adnad-eddauta , et le désigna pour son successeur (an 338 de rhégire; 949-50 de J. C).
Rocn-eddaula, qui avait fixé sa résidence à Ispahan, eut à soutenir
PERSE
plusieurs guerres contre les princes samanides et contre les souverains du Djordjan et du Tabaristan. Avant de mourir, il partagea ses États entre ses enfants ; mais il éleva Adhad-eddaula au-dessus de ses frères et le fit leur suzerain.
Moëzz-eddaula , après s'être rendu maître du Kirman , s'empara de la ville de Waset , marcha sur Bagdad, dont il se rendit maître , et ordonna que son nom et celui de ses frères lussent prononcés dans les prières publiques et gravés sur les monnaies.
Il déposa le calife Moctafi et mit à sa place Mothi. Moëzz , doué d'un grand caractère, se fit détester par ses injustices et ses exactions. Son fils , Azzeddaula , lui succéda. Il déclara dans la suite la guerre à Adhad-eddaula, qui le fit prisonnier, et donna ordre qu'on le mît à mort.
Les historiens orientaux nous peignent Adhad-eddaula comme un monarque doué des plus grandes qualités.
Les avantages qu'il remporta sur Azz-eddaula, son cousin, et surFakhreddaula, son frère, le mirent en nossession du Dirr-Bekir, du Diar-Modhar, de rir^-adjérni, du Diordjan et du Tabari* lan. Quoique Adhad-eddaula conservât toujours le titre d'esclave du commandeur des croyants, il jouissait, en réalité , d'un pouvoir illimité, et tous les princes ses voisins lui envoyaient des ambassadeurs comme à un roi. Ce grand homme fit bâtir à Bagdad des hôpitaux qu'il dota richement , et auxquels il attacha des médecins avec des appointements fixes.
Il fit exécuter plusieurs travaux d'utilité publique dans l'Irak-adjémi etdans le Fars. Le plus important de tous ces travaux est la digue appelée Bendémir ou la digue de fémir. Cette digue, située à peu de distance de Persépolis, traverse la plaine de Merdascht et fournit de l'eau à tout le pays des environs. Au milieu de sa
Suissance, Adhad-eddaula était rongé e chagrins; des attaques d'épilepsie, gui devenaient tous les jours plus fréquentes et plus intenses, l'avertissaient que sa fin était proche. A quoi
m'auront servi, disait-il sans cesse, ma puissance et mes richesses, puisque je vais mourir f II termina sa carrière après de longues souffrances, l'an 872 de l'hégire (982 de J. C), à l'âge de quarante -six ans et quelques mois»
Les historiens persans, quoique trèsfavorables à Adhad-eddaula , lui reprochent cependant l'élévation de la taxe des terres , rétablissement d'un droit sur le bétail et le monopole de la glace.
La mort d'Adhad - eddaula fut le signal de la décadence de la dynastie de Bowaïh. Un prince de cette famille, appelé Àboulfaouaris y ayant fait une irruption dans les États d'un de ses frères, fut vaincu et obligé de prendre la fuite. Il se retira auprès de Mahmoud le Gaznévide. Ce conquérant, intéressé à détruire la puissance de la famille de Bowaïh en excitant les uns contre les autres les princes oui la composaient , donna à Aboulîaouaris une armée avec laquelle il reprit le Kirman et la province de Fars. Les luttes continuèrent toujours jusqu'à ce que les descendants de Bowaïh, affaiblis par leurs guerres continuelles , furent contraints de céder aux Gaznévides le gouvernement des différentes proviuces de la Perse.
DTXTASTIB DU SULTAJTS DK OA2WA APPU.il COMMUlfÉMEKT OAZKKTIOU.
Depuis la destruction de la dynastie des Saffarides, vers Fan 901 de notre ère, jusqu'à l'avènement de Mahmoud le Gaznévide, pendant un espace d'environ un siècle, la souveraineté de la Perse fut partagée entre deux familles , celle des Samanides et les Bowaïh ou Dilémites. Les premiers gouvernaient le Khorasan , le Sedjestan ou Sistan, et le Mawaralnahr, qui avait pour capitales Boukhara et Samarcande; ils joignirent quelquefois temporairement à ces provinces la possession de l'Irakadjémi. Les Bowaïh avaient la souveraineté du Fars, du Kirman, du Khouzistan, du Laristan et de l'Irakadjémi , excepté lorsque ce dernier pars était envahi par les descendants de
I/UNIVERS
Saman. Ils conservèrent le pouvoir plus longtemps que les Samanides, et, quoique bien déchus de leur première grandeur, ils ne cessèrent d'exister comme dynastie royale qu'à l'époque de la prise de Bagdad par Togril-Bey (an de l'hégire 429, de J. C. 1037).
L'autorité des premiers sultans de Gazna s'étendit sur presque toute la Perse. Quelques parties seulement de l'histoire de ces princes entrent dans notre cadre; cependant il est nécessaire pour l'intelligence du récit d'ajouter quelques mots touchant l'origine de leur puissance.
Alptéguin, fondateur de la dynastie des Gaznévides, ayant quitté la cour de Boukhara pour quelque sujet de mécontentement, se retira avec ses partisans à Gazna, ville alors peu importante. Plusieurs succès quril remporta sur des princes voisins lui donnèrent les moyens de se déclarer indépendant. Il créa alors une petite
!)rincipauté, dont la ville de Gazna fut a capitale. Alptéguin, en mourant, laissa le trône à Sebectéguin, son gendre. Les guerres saintes que ce prince entreprit contre les infidèles de l'Inde lui donnèrent la réputation d'un général heureux et habile, et lui procurèrent d'immenses richesses. L'émir Nouh II le Samanide ayant eu recours à lui pour faire rentrer dans le devoir ses sujets révoltés, lui accorda, en reconnaissance de cet important service, la province de Rhorasan. Peu de temps après cette cession, Sebectéguin mourut (an de l'hégire 387; 997 de notre ère), laissant la couronne à son fils Mahmoud.
Le premier soin de celui-ci fut d'obtenir du calife de Bagdad l'investiture des États de son père. Après s'être assuré l'amitié du chef spirituel de .
l'islamisme, il régla les affaires du pays de Reï et du Rhorasan; puis il contracta une alliance étroite avec Ilek-Rhan. qui gouvernait la Tartarie, et dont il épousa la 01 le. Ces dispositions prises, il commença contre les idolâtres de l'Inde cette suite de guerres saintes qui remplirent la plus grande partie de son règne. Mattre du Pendj-
ab et 'du Moultan , il se vit forcé d'interrompre ses conquêtes pour s'opposer à Ilek-Rhan, qui, le voyant éloigné, envahit le Rhorasan. Mahmoud eut bientôt repoussé les Tartares , et , vers cette même époque, il soumit Ralaf,
inrince du Sistan et dernier rejeton de a famille des Saffarides.
Ilek-Rhan, irrité de l'affront fait à ses armes , joignit ses forces à celles du souverain de Rhoten, et, repassant POxus à la tête de cinquante mule chevaux, il s'avança dans les environs de Balkh. Mahmoud marcha sans hésiter à la rencontre de cette armée nombreuse, et, secondé par le courage de ses soldats, il fît un grand carnage des Tartares, et les contraignit à repasser l'Oxus, où un grand nombre (rentre eux se noyèreut. La rigueur de la saison empêcha Mahmoud de poursuivre l'ennemi bien loin au delà du fleuve; toutefois, les résultats de Cette victoire furent immenses, et Ilek-Rhan, qui survécut quatre ans à sa défaite, n'osa plus rien entreprendre contre les possessions du souverain de Gazna.
Aussitôt «près avoir terminé cette expédition , Mahmoud se rendit dans le Ppiscnawer pour réduire un prince qui s'était révolté et avait abjuré la religion musulmane. Nous passerons sous silence le récit de cette guerre et de plusieurs autres qui n'ont aucun rapport à l'histoire de Perse.
Après ses conquêtes dans l'Inde (an 418 de l'hégire; 1027 de J. C), Mahmoud battit une armée de Turcs seldjoukides qui étaient entrés en Perse et avaient vaincu plusieurs de ses généraux. La dernière expédition de ce prince fut la réduction de l'Irak* adjémi , province qui, avec le territoire de Reï et de quelques autres villes, forma un gouvernement pour son fils Masoud.
Au commencement de l'année suivante, Mahmoud, attaqué de la pierre depuis longtemps, mourut de cette maladie.
Ce prince a été accusé d'avarice; un pareil reproche est au moins exagéré.
L'amour que lui portaient ses troupes, la magnificence de sa cour, le nombre et
PERSE
la grandeur des édifices qu'il éleva, les sommes considérables qu'il accorda à des poètes et à des savants semblent faire supposer le contraire.
Nous devons à son amour pour les lettres le Schah-Nameh de Ferdousi , un des monuments le6 plus importants de la littérature persane. Cependant Mahmoud ne récompensa pas le poète aussi généreusement qu'il avait promis de le Taire. Ferdousi , irrité, ajouta à son poëme une satire violente contre le sultan , et, quittant la cour de Gazna, il se retira dans le Khorasan à Tous (*), sa ville natale. Mahmoud ayant eu connaissance des vers satiriques de Ferdousi. envoya à ce poète une somme considérable; mais le présent arriva trop tard* Ferdousi était mort, et sa fille ne voulut jamais consentir a recevoir cette offrande tardive.
Après la mort de Mahrribud, Masoucf et Mohammed, ses fils, se disputèrent la couronne sans songer à mettre leurs vastes possessions en état de résister aux ennemis extérieurs. Les trésors amassés par leur père devinrent la proie d'une soldatesque indisciplinée. Sous le règne de Maudoud, petit-fils de Mahmoua , les Gaznévides perdirent toutes leurs possessions en Perse. La suite de leur histoire, qui d'ailleurs ne renferme qu'une série non interrompue de révoltes et de massacres, est tout à fait étrangère à notre plan.
■ ISTOIAI DE LA DYHASTIA DU SXLDJ«UUDES SUR LB TRÔRX DI PIRS1.
La tribu tartare des Seldjoukides tirait son nom d'un chef illustre appelé Seldjouk, ses fils étaient contemporains du sultan Mahmoud de Gazna.
A l'époque où cette tribu devint mattresse au Khorasan. par la défaite du petit-fils du sultan Mahmoud, elle occupait tout le pays qui s'étend des frontières du Khorasan aux bords du Jaxartès. Togril, chef de la tribu, prit alors le titre de roi de Nischabour (an de l'hégire 429; 1037 de J. G.). Ce
(*) Appelée aujourd'hui Meschhed.
prince conquit llrak-adjéml et le territoire de Mosoul . et la prise de Bagdad le rendit maître de la personne du calife. Togril affecta la plus grande déférence pour ce chef spirituel , gui , en retour, le confirma dans la légitime possession de ses conquêtes, et lui accorda le titre de lieutenant du commandeur des croyants. Après quelques expéditions moins importantes , Togril acheva la conquête de la Perse, puis H s'occupa des moyens de perpétuer sur ce royaume l'empire de ses descendants.L'alliance avec la familled'Abbas lui paraissant utile à ses vues ambitieuses, il demanda en mariage la fille du calife. Mais Togril était alors âgé de soixante et dix ans, et il mourut quelques mois après ce mariage, laissant le trône de Perse à son neveu Alparslan (ah 455 de l'hégire; 1065 de J. C).
Ce prince joignait au courage et à la générosité un goût décidé pour les sciences et les lettres. « Si nous pouvions, dit Malcolm, voir du même œil que les auteurs mahométans la persécution cruelle qu'il exerça contre les chrétiens en Géorgie, en Arménie et en [bérie , nous devrions regarder ce roi comme un des monarques les plus célèbres et les plus dignes du trône parmi ceux qui ont régné sur l'Orient.» Sa haine contre les chrétiens était telle, qu'il obligeait ceux qui suivaient la doctrine du Christ, et qui refusaient d'embrasser l'islamisme, à porter un grand collier de fer autour du cou. Ses succès et ses cruautés éveillèrent enfin les craintes de la cour de Constantinople. Les armées mahométanes s'étaient avancées jusque dans la Phrygie, lorsque Romain Diogène, époux de l'impératrice Eudoxie, les força de rentrer dans leurs frontières. Romain , voulant profiter des avantages qu'il avait remportés, pénétra dans l'Arménie et dans l'Aderbidjan (an de l'hégire 463; de J. C. 1070). Il trouva dans cette dernière province Alparslan, qui lui offrit la paix à des conditions avantageuses. Romain, comptant sur la victoire , les rejeta. Les deux qrœées en vinrent aux mains. Diogène, em-
L'UNIVERS
porté par son courage , s'avança imprudemment, et, obligé de faire une prompte retraite , jeta le désordre dans ses rangs. La trahison d'un général acheva sa perte. AI pars! an remporta une victoire complète. Accablé par le nombre et couvert de blessures, Romain fut fait prisonnier et conduit au roi de Perse, qui le traita avec tous les égards dus au courage et au malheur.
Plein de générosité, Alparslan laissa partir Romain, qui s'engagea à lui payer une forte rançon, et il renvoya avec des robes d'honneur tous les officiers qui avaient été faits prisonniers avec ce prince. Informé que Romain avait trouvé le trône occupé par un usurpateur, et ne pouvait compléter la somme à laquelle avait été fixée sa rançon , il se disposait à lui faire rendre la couronne, lorsqu'il apprit l'emprisonnement et la An tragique de ce malheureux prince.
La puissance d'AIparslan s'étendait depuis les déserts de l'Arabie jusqu'au Djihoun. Aussitôt après la défaite de Romain Diogène , il soumit le Kbarizm (*), et voulant rétablir l'autorité des Seldjoukides sur la première patrie de cette tribu , il passa le Djihoun. Arrêté ensuite pendant quelque temps par un chef appelé Yvusvuf, qui défendait la petite forteresse de Berzem, il se rendit maître de la place et fit venir en sa présence le commandant , qu'il accabla de reproches. Ce brave guerrier répondit avec fierté, et voyant qu'on allait le mettre à mort, il tira son poignard et se précipita sur Alparslan. Les gardes voulurent l'arrêter; mais Alparslan leur ordonna de se tenir à l'écart, et, prenant son arc, il décocha une flèche contre Yousouf et le manqua. Aussitôt celui-ci , sans lui donner le temps de tirer une seconde flèche, le perça de son poignard et fut massacré lui-même par les gardes. Alparslan , mortellement blessé, dit aux personnes qui l'environnaient:
« Je me rappelle maintenant deux le- « cons que j'ai reçues d'un sage ; l'une, « de ne mépriser* personne, 1 autre, de
(*) Aujourd'hui pays d« Khivi.
ne pas m'estimer trop haut, et de ne pas mettre trop de confiance dans mon mérite personnel. J'ai négligé les conseils de la sagesse. L'aspect de ma nombreuse armée , que je contemplais hier du haut d'une éminence, m'a fait penser gue tous les obstacles devaient céder à ma puissance. Aujourd'hui, présumant trop de ma force et de mon adresse, i'ai voulu tuer de mes propres mains le gouverneur de Berzem , et je n'ai pas souffert qu'on l'empêchât de m'attaquer. Je péris par ma faute; ma fin apprendra combien sont faibles les rois, lorsqu'ils veulent lutter contre les arrêts du destin. » Alparslan vécut encore assez longtemps pour faire prêter, par ses principaux officiers , fe serment de fidélité à son fils Mélicschah, qu'il avait déjà désigné pour, son successeur. Avant d'ex- {)irer, il conjura ce prince de confier a conduite de son gouvernement à Nizamoulmoulc , ministre plein de sagesse et d'intégrité , et auquel il attribuait la prospérité de son rè-
§ne. Alparslan fut enterré à Merve , ans le Khorasan, et on grava sur sa tombe une épitaphe dont le sens était:
« Vous tous oui avez vu la gloire « d'AIparslan élevée jusqu'aux deux, « venez à Merve , et vous le verrez • réduit en poussière. »
Peu de souverains dans l'Orient ont su conduire l'administration de leurs États avec autant de justice et d'intelligence qu' Alparslan, et les Persans eux-mêmes avouaient que la conquête de leur pays par les sauvages Tartares, conquête qu'ils avaient redoutée comme le plus grand de tous les maux, avait été pour eux une source de biens. « Les noms d'AIparslan et « de Nizamoulmoulc , dit Malcolm , « sont parvenus ensemble à la posté- « rite ; et, s'il y a dans l'histoire peu « d'exemples de princes qui aient ac- « cordé une si entière confiance à un « ministre, il y en a peut-être encore « moins d'une confiance aussi heu- « reusement justifiée. »
Mélicschah soumit par ses généraux toute la Syrie et l'Egypte , et il fit la
PERSE
conquête de Boukhara et de Samarcande. Les tribus qui vivaient au delà du Sihoun ou Jaxartès lui rendirent hommage ; le roi de Gaschgar fit inscrire son nom sur les monnaies et donna ordre qu'on ie prononçât dans les prières publiques. Mais écoutons le jugement que Gibbon porte de ce prince :
« Au lieu de s'abandonner à la mollesse de son sérail, le roi pasteur ne cessa, soit durant la paix ou durant la guerre , de se tenir en activité et toujours en campagne. Transportant continuellement son camp d'un lieu à un autre , il favorisa successivement toutes les provinces de sa présence, et on dit qu'il parcourut douze fois la vaste étendue de ses domaines , qui surpassaient en grandeur les États de Cyrus et ceux des califes. Le pèlerinage de la Mecque fut la plus religieuse et la plus éclatante Je ses expéditions. Ses armes protégèrent la liberté et la sûreté des caravanes ; ses abondantes aumônes enrichirent les citoyens et les pèlerins, et il interrompit la tristesse du désert par des asiles où les voyageurs trouvaient le repos et la fraîcheur. La chasse était son plaisir et même sa passion, et son équipage se composait de quarantesept mille cavaliers. Ces chasses étaient de véritables tueries ; mais après chacune, il donnait aux pauvres autant de pièces d'or qu'on avait tué de pièces de
§ibier. Durant la paisible prospérité e son règne , les villes de l'Asie se remplirent de palais et d'hôpitaux , de mosquées et de collèges ; on ne sortait guère du divan sans récompense , et jamais sans obtenir justice. La langue et la littérature de la Perse se ranimèrent sous le règne de la maison de Seldjouk, et si Mélic se piqua d'égaler la libéralité d'un Turc moins puissant que lui , son palais dut retentir des vers de cent poètes (*). Le sultan donna des soins plus sérieux et plus
(*) Khéder-khan avait qualre sacs de pièces d'or et d'argent autour de son sofa , et il en donnait des poignées aux poètes qui lui récitaient des vers.
éclairés à la réforme du calendrier, qui fut opérée par une assemblée générale des astronomes de l'Orient. Les musulmans sont assujettis , par une loi de Mahomet, au calcul irrégulier des mois lunaires : depuis le siècle de Zoroastre , les Persans ont connu la révolution du soleil et l'ont célébrée par une fête annuelle ; mais, après la chute de l'empire des mages , on avait négligé Tintercalation ; les minutes , les heures s'étaient accumulées, avaient formé des jours, et le commencement du printemps se trouvait avancé du signe du Bélier à celui des Poissons.
Le règne de Mélic fut illustré par l'ère djélaléenne, et toutes les erreurs passées ou futures se trouvèrent corrigées par un calcul qui surpasse l'exactitude du calendrier julien, et qui approche de celle du calendrier grégorien. »
« Les lumières et l'éclat qui se ré-
Fandirent sur l'Asie dans un temps où Europe était plongée dans la plus profonde barbarie, peuvent être attribués à la docilité plutôt qu'aux connaissances des vainqueurs turcs. Ceuxci durent une grande partie de leur sagesse et de leur vertu à un vizir persan, qui gouverna l'empire sous le règne d'AlparsIan et de son fils. Nizam, un des ministres les plus éclairés de l'Orient, était traité par le calife comme l'oracle de la religion et de la science ; le sultan s'en reposait sur lui comme sur le fidèle ministre de son pouvoir et de sa justice. Après une administration de trente ans , la réputation du vizir, sa fortune, et même ses services lui furent imputés comme autant de crimes. Il fut renversé par les intrigues d'un de ses rivaux, unies à celles dune femme , et sa chute fut accélérée par l'imprudence qu'il eut de dire qu'à son bonnet et à son écritoire, emblèmes de son office, se trouvaient attachés, par les décrets de Dieu, le trône et le diadème du sultan. Ce respectable ministre se vit , à l'âge de quatre - vingt - treize ans , chassé par son maître , accusé par ses ennemis , et assassiné par un fanatique : ses dernières paroles attestèrent
L'UNIVERS
ton innocence , et Mélic , après sa mort, n'eut plus qu'un petit nombre de jours sans gloire (*}.»
L'assassin oui tua Nizamoul moule était un Ismaélien ou Bathénien. C'est ici le lieu défaire connaître cette secte redoutable.
DioRiftsiO* sua lu BATnforiuK on