ASSASSINS
Bathénien veut dire, en arabe , un Homme qui suit ta doctrine intérieure.
Nos historiens des croisades les appellent Assassins*}?*^ corruption de haschischin, qui vient lui-même de haschischa, nom arabe d'une préparation en usage parmi les Bathéniens et faite avec certaines parties de la plante du chanvre. Le haschischa et ses effets approchent beaucoup de ceux de l'opium.
Cette secte , dont les principes étaient également éloignés du musulmanisme et du christianisme, avait pris naissance deux ou trois ans auparavant dans le pord de la Perse.
Le chef des Bathéniens. Hasan, fils de Sabbah. très-habile dans la géométrie et infatué de la magie, avait formé, de toutes les religions qu'il avait étudiées dans ses Voyages , une règle ou plutôt une association dont les membres, affranchis de tous les devoirs de la morale, interprétaient le Coran d'une manière entièrement opposée à la foi orthodoxe. Mais en revanche, on exigeait d'eux une obéissance aveugle aux ordres de leur chef, qu'ils devaient regarder plutôt comme un maitre spirituel que comme un supérieur temporel. Four obtenir des adeptes cette abnégation complète de leur volonté, on leur faisait avaler un breuvage qui les jetait dans une ivresse léthargique, et ils étaient transportés
Sendant leur sommeil dans des jarins délicieux où ils jouissaient, durant plusieurs jours , de tous les plaisirs des sens. Ils étaient ensuite eni-
(*) Histoire de la décadence , t. XI , p. a37 et suiv. de la trad. de M» Guizot.
(**) C'est de là que viennent lei mots a$satsin et assassiner.
▼rés de nouveau et reconduits chez eux. Le chef de la secte promettait à ses disciples qu'après leur mort ils jouiraient éternellement des plaisirs qu'ils avaient goûtés poiirUn temps limité. L'espoir de cet avenir heureux leur faisait mépriser la vie. Le chef de ces fanatiques les envoyait dans les pays étrangers pour assassiner les personnes dont il avait intérêt à se défaire, ou bien il les louait, moyennant une somme d'argent, pour commettre des meurtres.
Hasan , fils de Sabbah , habitait le château de Roudbar, en Perse. La puissance de ce chef avait inspiré quelques craintes au sultan Mélicschah, qui lui envoya l'ordre de se soumettre a l'autorité royale. Hasan appela aussitôt un Bathénien et lui ordonna de se tuer^ ce que cet homme fit incontinent; il commanda à un autre de se précipiter du haut d'une tour, et ce fanatique obéit sans montrer la moindre hésitation. Alors il dit à l'officier de Mélicschah s J'ai sous mes ordres soixante et dix mille nommes tout aussi dévoués à ma volonti que ceux que vous venez de voir ; portez cette réponse à votre maître. Mélicschah n'osa pas attaquer les Bathéniens. Ces sectaires devinrent très-puissants et s'emparèrent d'un grand nombre de I châteaux forts, entre autres de celui d'Àlamoût, près de Casbin. Ils se répandirent ensuite dans les contrées voisines de la Perse, et pénétrèrent jusque dans la Syrie et le Liban, où ils avaient des chefs soumis au grand pontife de la secte qui résidait en Perse.
Le sultan Sandjar, dont nous aurons bientôt occasion de parler , avait résolu d'extirper cette secte qui répandait la terreur dans toute la Perse par ses meurtres et ses déprédations. Il était en marche pour attaquer le château d'Alamoût, lorsqu'un matin , en s'éveillant, il aperçut à côté de son lit un poignard enfoncé en terre , et lut avec surprise les paroles suivantes , écrites sur un papier qu'on y avait attaché : «Sultan Sandjar, prends garde; si l'on n'avait pas respecté ta personne , la main qui a enfoncé ce poi-
PERSE
Sard dans la terre dureie l'aurait plus lilement encore enfoncé dans ton coeur.» On prétend que le sultan, li intrépide d'ailleurs, trembla après avoir lu ces paroles. 11 est certain qu'il renonça à l'expédition qu'il avait projetée.
Les assassins subsistèrent jusqu'au temps de Houlagou-Khan, qui détruisit en Perse ces abominables sectaires, vers Tan 663 de l'hégire (12S5 de J.G.)
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