‹ La PerseChapitre 44 sur 51 · AUTORITÉ SPIRITUELLE ST TEMPORELLE · texte numérisé non relu

AUTORITÉ SPIRITUELLE ST TEMPORELLE

PUISSANCE DU ROI. MINISTRES. — JUS- TICE. PEINES. GOUVERNEURS DES VIL- LIS ET DES PROVINCES. — POLICE. IM- POTS.

Aucun des princes qui ont gouverné la Perse depuis les califes n'a été con- I sidéré comme chef spirituel du pays.

! Jjes Sophis eux-mémes,qui descendaient I d'un personnage tenu pour saint, n'ont

26e Livraison. (Pbase.)

jamais possédé le pouvoir spirituel, qui , suivant les schîites , ne peut être exercé légitimement que par Mahomet et par les douze imans descendants d'Ali. Ce pouvoir appartient actuellement à M ahdi, dernier iman, que Dieu a dérobé à la vue des hommes , mais qui existe toujours. Pendant son absence , l'autorité spirituelle est exercée par des hommes réputés saints, et que les suffrages du peuple ont élevés à la dignité de moudjtehed.

« Les moudjteheds ,' dit Malcolm , ne remplissent point de fonctions , ne reçoivent point de traitement ; mais ils'sont désignés à cette haute dignité par le suffrage unanime des habitants du pays , dont ils sont le» guides spirituels , et qu'ils protègent contre la violence et l'oppression des chefs temporels. Ces hommes obtiennent de la part du peuple un respect et une déférence qui obligent les souverains les plus despotes à leur témoigner une grande vénération extérieure. Il y a rarement en Perse plus de trois ou quatre membres du clergé revêtus du caractère de moudjtehed. Il faut, pour arriver à ce degré éminent , une conduite exemplaire, un grand détachement du monde , et surtout n'entretenir aucune relation avec le roi ou les officiers publics. Il est rare , du reste , que les moudjteheds s'écartent de la ligne de conduite qui leur a valu cette haute magistrature. Du moment où ils changent , le peuple les abandonne ; personne ne vient leur demander secours et protection ; ils ne doivent plus se flatter de voir le roi visiter leur humble demeure, ni leur donner un siège d'honneur quand ils daignent se présenter à la cour. Quand le moudjtehed meurt , on choisit pour lui succéder un des membres les plus distingués de tout le clergé. »

Le roi de Perse est aujourd'hui un monarque absolu, comme il l'était déjà du temps de Cyrus. Ses ordres ont été de tout temps considérés comme des lois , et sa volonté n'a d'autres bornes que celles qu'il fixe lui-même.

Le roi tait tout ce qu'il veut, et De doit compte de sa conduite à qui que

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ce soit. Il a droit de vie et de mort sur tous ses sujets ; le clergé seul , par la considération dont il jouit , peut opposer uae barrière à cette puissance i> limitée.

Si l'autorité du roi de Perse est absolue envers tous ses sujets , elle Test Eus encore , s'il est possible , envers s membres de sa famille. Il peut a son gré donner à ses parents des em-

Elois publics, les enfermer dans un arem , leur faire arracher les veux , ou même leur ôter la vie , si telle' est sa volonté. Il n'y a point en Perse de règles fixes touchant le droit de sueeession au trône. Autrefois le fils d'une femme esclave pouvait régner, si telle était la volonté de son père. La dynastie des Cedjars paraît avoir adopté d'autres principes, et Abbas-Mirza, bien qu'il ne lut pas le fils aîné de Feth-Ali-Scheh, fut choisi par ce prince pour lui succéder , par la raison que sa mère appartenait à la tribu . royale.

Il n'y a peut-être pas de pays au monde dans lequel le roi ait à remplir un plus grand nombre de devoirs qu'en Perse ; et sur «s point l'usage n'a que très-peu varié depuis l'antiquité la plus reculée. Le matin , de très-bonne heure , les principaux ministres et les secrétaires d'Etat se rendent chez te roi , lui font dis rapports sur les affaires courantes, et reçoivent ses ordres.

Apres cette audience , vîent le lever ,

3ui a lieu presque tous les jours , et ure environ une heure et demie. A ce lever, auquel assistent les princes, les ministres et les officiers de la cour, se traitent toutes les affaires qu'on veut rendre publiques. Là, le roi décente des récompenses et ordonne des punitions. II passe ensuite au conseil une heure ou deux avec sts favoris et ses ministres. Après avoir ainsi employé la matinée , H se retire dans ses appartements intérieurs. Le soir il s occupe encore d'affaires avec ses ministres. Tel est Tordre invariable de la journée, excepté lorsque le roi est malade ou qu'il va à la chasse. Au camp, la journée est partagée comme à la vil», et on peut dire ea général que

le roi de Perse passe six à sept heures par jour en public , accessible à tous ses $ujets.

Le premier ministre est chargé de recevoir et d'introduire les ambassadeurs étrangers, et de correspondre avec les principaux gouverneurs des provinces. Il est quelquefois placé à la tête de tous les ministères. Ce haut fonctionnaire est rarement un homme d'une grande naissance. On croirait dangereux de confier un emploi si important à des grands seigneurs, qu'on ne pourrait pas renverser sans faire des mécontents et peut-être sans exciter une révolution. Moyennant cette précaution , la chute ou l'exécution à mort d'un premier ministre ne produit pas la moindre sensation dans le public.

Outre les ministres, il y a dans chaque département des secrétaires d'État qui tiennent les comptes des recettes et des dépenses avec une grande régularité. Depuis la chute de la dynastie des Sophis , les eunuques , qui jouissaient auparavant d'une grande influence, obtiennent rarement des emplois hors de Penceinte du harein.

La loi écrite est fondée en Perse sur le Coran et sur la Sonna , ou plutôt sur la partie de ce recueil qui n'émane point des trois premiers califes, ennemis, personnels d'Ali. Il y a, indépendamment de cette loi écrite, un droit coutumier qui varie dans les différentes provinces de l'empire.

Lesmoudjteheds exercent une grande influence sur les cours judiciaires , et leur sentence est tenue pour irrévocable , à moins qu'elle ne soit cassée par un autre moudjtehed, supérieur au premier par sa science et sa vertu. Le souverain ne peut , dans aucune circonstance , refuser d'écouter un moudjtehed aimé du peuple qui vient intercéder pour un coupable; et souvent il est obligé de renoncer a un acte de despotisme qui aurait pour résultat de mécontenter un de ces personnages.

Immédiatement après le moudjtehed vieux le schetk-oul-islam , c'est-a-dire, littéralement l'ancien ou lé chçfde la

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fui. Ce titre, dans son acception ordinaire, signifie juge suprême de la loi écrite. II y a dans chacune des principales villes de Perse un scheik-oulislam nommé par le roi , qui lui paye un traitement considérable ; mais c'est un emploi pour lequel on consulte presque toujours les voeux des habitants f et qu'on n'obtient qu'avec une grande réputation de science et de sainteté. Ces fonctionnaires mettent le plus grand soin à éviter toute liaison avec les officiers publics ; s'ils en usaient autrement, ils perdraient la confiance et le respect du peuple, trèsjaloux de l'indépendance et de l'intégrité de ses juges. Dans les grandes Villes il y a un cadi , ou , comme prononcent les Persans, un cazi, juge placé sous les ordres du scheik -oui-islam. Dans les villes moins considérables il n'y a pas de scheik-oul-islam , mais un simple cadi ; et dans tes villages la justice est rendue par un mollah , dont on n'exige pas autre chose que d'être en état de lire un peu d'arabe , afin de pouvoir célébrer un mariage, faire un enterrement, rédiger les actes courants, et juger les affaires peu importantes. Souvent le mollah en réfère à l'autorité du cadi , qui , s'il le juee convenable } porte la cause devant le scheik-oul- islam.

Il y a encore dans les cours judiciaires un officier que l'on appelle mufti. Ses fonctions consistent a présenter à la cour un exposé de la cause, et à donner son avis». Cette place exige de l'instruction , et l'opinion du mufti influe quelquefois beaucoup sur le ju-

fement que rendent ses supérieurs, .a duplicité et Ja vénalité des cadis et des mollahs sont devenues proverbiales dans toute la Perse.

Les magistrats séculiers rendent toujours la justice eu publier Leurs audiences sont quelquefois fort tumultueuses , quoique le juge soit toujours assisté d'une foule d'officiers subalternes chargés de maintenir Tordre.

Les femmes présentes à ces audiences y font ordinairement beaucoup de bruit, parce qu'il n'est pas permis de leur imposer silence à coup de bâton,

comme cela se pratique à l'égard des hommes.

Les affaires se jugent vfte en Perse, et un procès n'entraîne en apparence gue peu de frais ; mais presque toujours les parties ont dépensé des sommes considérables à corrompre leurs juges.

Quand le roi ne juge pas personnellement ou ne délègue pas son autorité, on suit, pour rendre la justice criminelle , les règles établies par le Coran. La personne volée peut pardonner au voleur , et, l'héritier légal d'une personne qui a été assassinée peut, si cela lui convient, transiger avec le meurtrier. La mutilation pour vol , quoique autorisée par le Coran , est rarement mise en usage ; mais il arrive souvent que le roi condamne à mort des criminels convaincus d'avoir volé une somme considérable.

« Un valet de pied appartenant à une des personnes attachées à la légation avait volé , dit Morier , plusieurs objets d'argent. Il fut condamné à recevoir la bastonnade sur la plante des pieds. On l'étendit sur le dos ; on fit passer ses pieds dans un nœud qui les fixait à une longue perche ; on le posa horizontalement, et quatre hommes vigoureux le frappèrent jusqu'à ce qu'il eût avoué qu'un de ses camarades l'avait aidé dans le vol. Son complice fut puni de la même manière. Si les criminels eussent été livrés à la justice , ils auraient perdu la vie , parce gue le roi Feth-AIi-Schah ne pardonne jamais le vol, et ordonne d'exécuter à l'instant le. criminel qui en est, convaincu. Voici comment on exécute les voleurs. On rapproche avec effort les sommets de deux jeunes arbres . et on les lie avec des cordes. On attache ensuite le voleur par chacune de ses jambes à la cime de chacun de ces deux arbres ; on coupe alors les cordes qui tenaient les deux arbres rapproches ; la force avec laquelle ils se séparent déchire le corps du coupable en deux parties , qu'on laisse pendre aux branches. L'inflexibilité du roi sur ce point a donné aux grandes routes une sûreté inconnue auparavant. »

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Quand un homme ou une femme ont été assassinés, le meurtrier est remis entre les mains de l'héritier légal , qui en use h son égard comme il le juge à propos : il peut lui pardonner, recevoir une somme d'argent comme prix du sang , ou le mettre à mort. Malcolm parle d'un résident anglais à Bouschir , qui vit remettre trois meurtriers entre les mains des parents d'une personne qu'ils' avaient assassinée. Ceux-ci conduisirent les coupables au cimetière , et là ils les massacrèrent ; mais avant de lés tuer, ils les firent frapper à coups de couteau par les enfants de celui qui avait été assassiné; et ces enfants , dit Malcolin , trempèrent leurs petites mains dans le sang des meurtriers de leur père. Lorsqu'on exécuta les assassins d'Aga-Mohammed-Khan , les plus jeunes princes de la famille royale, pourvu qu'ifs eussent assez de force pour tenir un poignard à la main, frappèrent euxmêmes les assassins du roi. Un des assassins de Nadir-Schah fut remis •entre les mains des femmes de son harem, qui se chargèrent avec plaisir de le mettre à mort.

Les punitions les plus communes pour les fautes légères sont l'amende, le fouet ou la bastonnade. On emploie rarement la torture , à moins que ce ne soit pour faire découvrir des trésors cachés. L'usage barbare d'arracher les yeux a longtemps déshonoré la Perse/Les victimes de cette cruauté sont ordinairement des personnes qui ont ou sont supposées avoir aspiré au trône. On fait aussi subir ce supplice aux chefs de tribu que l'on veut priver du pouvoir, et que l'on craindrait de faire mettre à mort. On inflige aussi quelquefois cette punition à tous les habitants mâles d'une ville révoltée.

Les criminels condamnés à mort sont pour l'ordinaire étranglés , décapités ou poignardés. Mais lorsqu'il y a dans le crime quelque circonstance aggravante, on prolongeas souffrances du condamne : tes uns sont empalés , d'autres sont attachés à des branches courbées avec effort comme nous l'avons dit plus haut. En 1810,

un esclave qui appartenait à un habitant de Tehran , essaya d'empoisonner son maître avec toute sa famille. Grâce à des secours prompts et bien entendus, tous en revinrent. L'esclave ayant été reconnu coupable fut condamné parle roi à être pendu par les talons et coupé par morceaux comme un mouton.

Mais , dit Malcolm , on lui refusa la grâce que le boucher fait à cet animal, auquel il coupe la gorge avant de le dépecer par quartiers.

Les Persans ont une sorte de carcan dont on peut voir le dessin dans notre planche 72. Ce carcan est en triangle, formé de trois morceaux de bois cloués l'un à l'autre. « Le cou , dit Chardin, passe dedans sans se pouvoir tourner.

La pièce de derrière et celle du côté gauche sont de dix - huit pouces de longueur ; celle du côté droit est longue presque du double , et l'on y attache le poignet au bout, dans un morceau de bois demi-rond et où il est comme pendu au croc, et parce qu'on a bientôt le bras las jusqu'à la douleur, on permet au prisonnier de se soutenir avec un bâton qu'il tient de la main gauche. Cette machine est grossière et sans art. »

Les femmes sont rarement exécutées en public; mais souvent, et surtout lorsqu'elles appartiennent aux classes élevées de la société, elles sont enveloppées dans le châtiment de leurs pères ou de leurs maris. Quelquefois on les met à la torture lorsque Ton suppose qu'elles ont connaissance de quelques richesses cachées. Quand un seigneur ou un ministre est mis à mort , souvent ses femmes et ses filles sont réduites à la condition d'esclaves, ou données en présent à des hommes de la plus liasse classe.

Le roi nomme les beglerbegs ou gouverneurs de province, et les ha- Rims ou gouverneurs des villes. Le daroga, ou lieutenant de police placé sous les ordres immédiats du gouverneur, j>eut encore être choisi par le roi ; mais le calanter , ou principal magistrat de la ville, et les ketkhodas, ou chefs de quartier , bien que nommés par le roi , sont toujours choisis

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