DE CHEVAUX
Les coutumes et les cérémonies de la cour de Perse n'ont pas subi de changements notables depuis trois siècles, seulement la famille régnante a conservé quelques usages particuliers à la tribu des Cadjars. Sous le règne de Schah-Abbas le Grand , les princes du sang étaient enfermés dans le harem et élevés par des femmes ou des eunuques , et , jusqu'à la mort du roi, personne ne connaissait le prince qui devait lui succéder. Nous avons dit plus haut que seus la dynastie des Sophis le fils d'une esclave pouvait succéder au trône comme le fils d'une princesse. Les Cadjars ont aboli cet usage, et nous avons remarqué qu'Abbas-Mirza fut choisi pour succéder à Feth-Ali-Schah, parce qu'il avait pour mère une princesse de fa tribu royale; actuellement les fils du roi ne sont enfermés dans le harem que tant que les soins des femmes peuvent leur être indispensables; ils apprennent de bonne heure les pratiques de leur religion ; dès Tâge de trois ou quatre ans, ils savent par cœur quelques courtes prières; on leur apprend comment
ils doivent se conduire avec leurs supérieurs, leurs égaux , et leurs inférieurs. Ces détails d'étiquette passent pour très - importants dans une cour où tout est réglé d'après un cérémonial reçu. Il n'est pas rare, dit Malcolm , de voir un entant de cinq ans conserver, dans une grande assemblée, un maintien aussi grave que des personnes âgées. A l'âge de sept ou huit ans, les jeunes princes commencent à lire l'arabe et le persan ; dès qu'ils savent l'alphabet de la première de ces langues, on leur fait lire le Coran, et ils apprennent tous les préceptes de leur religion et surtout les différences qui distinguent la foi schiitede la secte des sonnites. Ils étudient ensuite les ouvrages des principaux poètes persans, et surtout les œuvres deSaadi; On suppose que la connaissance des bons auteurs doit développer dans les jeunes princes le goût de la saine littérature ; enfin ils apprennent la grammaire, la logique , la théologie et la philosophie. On accoutume encore les princes à tous les exercices du corps; a l'âge de six ou sept ans ils savent déjà monter à cheval ; on les fiance tres-jeunes, et quelquefois on les marie avant qu'ils aient atteint l'âge de puberté; ils prennent ensuite plus ou moins de femmes, suivant les riches- As qu'ils possèdent.
Le roi de Perse est obligé de se lever de bonne heure; et, comme il couche toujours dans les appartements intérieurs du harem, dont aucun homme n'oserait approcher, il y est servi par des femmes ou par des eunuques. Après s'être habillé, il reste assis pendant une heure ou deux dans une salle du harem où il y a un lever dont le cérémonial est exactement le même que celui du lever officiel dont nous avons déjà parlé. Des femmes, qui ont les titres et les fonctions des officiers dans les cérémonies de la cour, font ranger les femmes et les esclaves, en observant strictement Tordre de préséance. Après avoir entendu les rapports des femmes et des eunuques chargés du gouvernement intérieur du harem, et avoir tenu conseil avec celles
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de ses épouses qui jouissent de la plus grande considération, il quitte le harem (*). Lorsqu'il en sort, les officiers de service vont au-devant de lui , et il donne alors audience à ses principaux courtisans; les jeunes princes assistent à ce lever, et ils présentent leurs respects au roi, qui , après cette cérémonie, fait apporter son déjeuner.
Tous les mets sont préparés sous la surveillance du premier intendant du
Salais. Le service se fait , en général, ans des plats de porcelaine, car la religion mahométane blâme remploi des plats d'or et d'argent; mais on ne se conforme pas toujours à cet usage; ces plats de porcelaine portent des couvercles d'argent, et sont places dans une botte fermée et cachetée du sceau de l'intendant ; cette boîte , recouverte d'un beau châle , est présentée au roi , devant lequel l'intendant brise son cachet et sert les plats.
Quelques-uns des jeunes princes prennent part au repas; le premier médecin y assiste toujours , afin que si le roi se trouve incommodé , ou si on soupçonne qu'il ait pris du poison dans les mets ou on lui a servis , il puisse avoir sur-le-champ les secours de l'art Nous n'avons pas à nous occuper ici des devoirs publics du roi de Perse, nous en avons parlé dans le chapitre du gouvernement (**). Quand une fois il est libre , le souverain se rend à son harem et dort quelques instants. Avant le coucher du soleil il retourne dans ses appartements extérieurs, et s'occupe encore des affaires publiques ; quelquefois aussi il monte à cheval. Le souper est servi entre huit et neuf heures. On observe à ce repas les mêmes cérémonies qu'au déjeuner. Le roi mange comme tous les Persans sur un tapis éteudu à terre, et sur lequel on place une toile brodée qui sert de nappe. Quelques rois de Perse se sont
(*) Lorsque le roi est assis sur le trône dans la grande salle du harem , celles de ses femmes légitimes qu'il affectionne le plus et
n" sont d une plus haute naissance , ont le t de s'asseoir en sa présence.
(**) Voye* p. 401 et suîy.
permis ouvertement l'usage du Tin ; mais aucun prince de la Famille des Cadjars n'a violé ainsi la loi de Mahomet. La boisson habituelle du roi consiste en sorbets composés de différents fruits. Après le souper , le roi se retire dans ses appartements intérieurs, où il veille souvent très-tard, s'amusant à écouter les chanteuses et à voiries danseuses du harem. «Toutefois, ajoute Malcolm, on ne peut dire exactement ce que fait le roi de Perse quand une fois il a passé le seuil de son palais intérieur. Là , il voit le spectacle le plus propre à avilir la diguité de l'homme. Il n'est entouré que d'eunuques et de prisonnières ; il n'entend que des expressions arrachées à une crainte servtle. L'affection ne saurait exister entre le maître et l'esclave ; et il faut que la vanité ait tout à fait obscurci la raison pour qu'un homme puisse prendre les expressions d'une adulation froide et intéressée pour un attachement véritable. Les harems des rois de Perse sont gouvernés avec une sévère discipline; et cette condition est nécessaire pour conserver la paix dans une réunion de personnes chez lesquelles l'insolence du pouvoir, l'orgueil de la naissance, les liens du sang, les intrigues de la duplicité et les prétentions de la beauté sans cesse en présence , donnent heu à des collisions continuelles. »
Les princes de la famille régnante ont su éviter jusqu'à présent ces habitudes de mollesse qui engagèrent plusieurs souverains de Ja race des Sophisà se renfermer dans leur harem.
Les souverains cadjars s'occupent personnellement des affaires publiques, et vont très-souvent à la chasse.
Feth-Ali-Schah était fort habile tireur et excellent cavalier.
Le roi de Perse a toujours un historiographe et un poëte royal. Le premier, comme du temps d'Esther, écrit les annales ; le second célèbre dans ses vers la générosité et les autres vertus du roi. Feth-Ali-Schah avait des bouffons qui jouissaient dans leurs discours d'une grande liberté. L'usage veut que l'on prenne en bonne part les
saillies de ces bouffons, quelque malignes qu'elles puissent être, et le roi lui-même respecte le privilège qu'ils ont de dire tout ce que bon leur semble. Kérim-Khan appartenait à une tribu dont le dialecte fort rude passe parmi les Persans pour un patois barbare. Ce prince étant un jour à une audience publique, ordonna a son bouffon d'aller s'informer de ce que voulait un chien qui aboyait très-fort , et de revenir le lui dire. Les courtisans se mirent à rire de la plaisanterie du monarque; le bouffon obéit, et, s 'étant approché du chien, parut écouter avec beaucoup d'attention; puis, il revint vers Kérim-Khan , et lui dit d'un air fort grave : Il faut que Votre Majesté envoie des oficiers de sa propre famille pour savoir ce que dit ce monsieur ; il ne parle pas d'autre langue que son patois barbare dont je ne comprends pas un seul mot. Le monarque rit de bon cœur de la manière dont 1 le bouffon tournait en ridicule le dialecte de la tribu des Zends , et il le récompensa généreusement pour sa spirituelle saillie.
Il y a toujours à la cour de Perse un conteur d'histoires du roi. Il faut avoir du talent pour remplir cette place d'une manière convenable , car les Persans ont des conteurs qui récitent d'une manière très-dramatidue. Ces gens montrent des talents si variés , leurs traits sont si mobiles, et leur voix si flexible, que l'on en croit à peine le témoignage de ses yeux lorsqu'on voit le même homme menacer avec fureur, i pardonner avec bonté, ou supplier : avec l'accent d'une femme tendrement i émue. Malcolm rapporte que, lorsqu'il i était à Schiraz en 1800 , deux Anglais 1 se levèrent pour sortir au moment où i un fameux conteur d'histoires allait commencer son récit. Cet homme pai raissant très-blessé de la conduite des deux Européens , M. Malcolm lui fit observer que ces messieurs ne sachant 1 pas un seul mot de persan ne pour- 1 raient pas apprécier son mérite. « Je demande qu'ils restent, s'écria le conteur, et vous verrez que je me ferai entendre d'eux, quoiqu'ils ne com-
prennent pas le persan.» Les deux Anglais restèrent , et l'expression de la physionomie du conteur , tes différents tons qu'il prit, produisirent l'effet qu'il attendait. Les Anglais se retirèrent enchantés de sa pantomime et des différentes inflexions de sa voix.
L'art de conter des histoires est en Perse un chemin qui conduit à la fortune, mais peu de gens y réussissent; car, pour devenir un conteur habile, il faut beaucoup de talent et d'étude. Il ne suffit pas de connaître un grand nombre d'histoires , il faut savoir varier le récit par des incidents nouveaux , et posséder par cœur les plus beaux passages des poètes, pour les introduire dans le récit. Le conteur du roi est toujours de service. Il doit savoir charmer les ennuis d'une longue marche, et ramener le calme dans l'esprit de son mattre. II récite tantôt des histoires de génies, tantôt il chante les exploits des anciens guerriers de la Perse, ou les amours de quelgues chefs de tribus errantes ; quelquefois aussi il raconte au roi des scènes de la vie commune, auxquelles il mêle des détails d'une révoltante obscénité.
Tout est réglé à la cour de Perse ; les regards, les paroles, les mouvements sont soumis aux règles de l'étiquette.
Quand le roi est assis en public , ses fils, ses ministres et ses courtisans se tiennent debout, les mains placées l'une sur l'autre et ehacun a leur place. Ils épient, dit Malcolm, les re-
§ards du despote, et pour eux un coup 'œil est un ordre (*). Si le roi parle a quelqu'un des assistants, on voit bien, ait Malcolm, remuer des lèvres, mais voilà tout : pas un mouvement, pas un geste qui décèle la moindre émotion.
Si le roi veut parler à une personne placée à quelque distance , il lui ordonne d'avancer; mais celui auquel Tordre s'adresse , attend qu'il ait été répété plusieurs fois, et s'arrête in va: riablement toutes les fois qu'il a fait trois ou quatre pas. Le roi repète alors
(*) Nous ne pouvons nous empêcher de remarquer qu'en persan uchartt kerden, faire un signe , est synonyme de commander.
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son commandement jusqu'à ce que la personne soit à une distance convenable. Quand le roi parle de lui-même, c'est toujours à la troisième personne, et il commence ordinairement par ces mots illplatt au roi, ou le roi ordonne. Les ministres , lorsqu'ils s'adressent à lui , l'appellent V objet des regards du monde.
Dans les grandes solennités, la cour de Perse présente un spectacle magni-
étrançer que le roi de Perse cherche à se faire voir dans toute sa splendeur. Le cérémonial qu'on observe en pareille occasion n'a guère varié depuis les temps les plus anciens. Feth-Ali- Schah s^efforça d'enchérir encore sur le luxe de ses prédécesseurs, lorsqu'il eut à recevoir des ambassadeurs européens. Le ministre étranger, dit Malcolm , s'avance avec sa suite et son escorte à une des portes intérieures du palais. Au moment où il entre, on observe le plus grand silence; les chevaux même , comme s'ils étaient dressés à cet effet , font à peine un mouvement de tête. Lorsque le ministre est descendu de cheval, on Je conduit dans une petite pièce où il est reçu par un des principaux officiers de la couronne. Quand il y est resté assis pendant quelques minutes, on annonce que le roi est sur son trône, et l'ambassadeur se rend à la salle d'audience. Cette salle magnifique, dont le parquet est élevé d'environ huit pieds au-dessus du sol, est située dans un jardin coupé par des allées régulières et orné de fontaines. Le long de ces allées jusqu'au trône, sont placés, suivant leur rang, les princes, les ministres , les nobles , les courtisans et les gardes du roi. Ce spectacle imposant est bientôt éclipsé lorsque les regards se portent sur la personne du roi, dont le trône et les vêtements sont chargés de magnifiques pierreries.
Pendant que l'ambassadeur s'avance entre deux officiers qui portent des baguettes émaillées d'or , signes de leurs fonctions élevées , on T'avertit
deux fois de faire un salut. Quand il est auprès du trône , le maître des requêtes prononce à haute voix son nom et celui du souverain qu'il représente.
Le roi de Perse répond : « Vous êtes le bienvenu. » Et le ministre étranger s'assied dans la salle, mais à quelque distance du roi. Quand les lettres de créance ont été remises, le roi de Perse répète poliment à l'envoyé qu'il est le bienvenu, et il entre ordinairement dans une conversation qui a pour but de mettre l'ambassadeur étranger tout à fait à son aise (*) et de lui faire oublier la gravité de la pompe imposante qui l'environne. Si l'ambassadeur a des présents à offrir , quelque riches qu'ils soient, le monarque persan les reçoit sans laisser paraître la moindre satisfaction : ainsi le veut l'étiquette. Il doit paraître indifférent à tous les présents qu'on lui fait , et ne témoigner ni joie ni surprise, sauf à se livrer plus tard sans témoin aux sentiments
£11 éprouve. Le roi va toujours à val, excepté quand il éprouve quelque indisposition. Alors il se fait transporter dans une litière suspendue entre deux mulets, et que les Persans appellent takhtt-révan (**).
Les tentes et les pavillons du roi de Perse sont magnifiques; on
(*) Malcolm rapporte que lors de son premier voyage en Perte, en 1S00, le roi, après Tavoir laissé assis pendant quelques instants, lui dit d'un air riant : « Nous parlerons d'affaires plus tard ; mais il faut maintenant, capitaine Malcolm, que vous me donniez des éclaircissements sur une chose que l'on m'a dite, et à laquelle je ne puis ajouter foi : Est-il vrai que le roi d'Angleterre n'ait qu'une seule femme ?» Je lui dis, ajoute Malcolm, que cela était vrai et qu'aucun roi chrétien ne pouvait en avoir plus. « Mais il a donc des concubines ?» Je repondis que le roi d'Angleterre était extrêmement attaché à ses devoirs, et n'en avait aucune. Le roi de Perse se mit a rire de bon cœur, et dit qu'il ne voudrait pas être roi d'un pays où on observerait un pareil usage. Cette plaisanterie, dit encore Malcolm , avait pour but de me mettre a mon aise , et d'écarter la gêne* d'une visite d'introduction.»
(") Yoyez la planche 76.
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les environne d'une toile tendue à l'entour, et qui renferme le harem et les appartements extérieurs.
Nous avons déjà remarqué que dans les camps de plaisance rien n'est changé aux usages qu'on observe dans la capitale. Mais il est permis de supposer, dit Malcolm, que lorsque le roi est à la guerre, l'attirail relatif aux femmes est considérablement réduit.
Nadir-Schah ne permettait jamais à ses généraux , lorsqu'ils étaient en campagne, d'emmener plus d'une femme avec eux , et lui-même n'en avait que deux ; exemple, dit Malcolm, qui a été beaucoup plus loué qu'imité.
C'est aujourd'hui un usage universellement reçu en Perse de laisser croître la barbe, et de porter un bonnet de peau d'agneau noir au lieu de turban.
La partie supérieure des vêtements est très-juste , tandis que le bas est toujours large.
Les chevaux du roi sont confiés aux soins d'un officier de haut rang qu'on appelle mirlakhour, ou le seigneur de récurie. Les plus beaux poulains du royaume sont envoyés aux écuries royales. Le souverain choisit lui-même les meilleurs pour son usage particulier. Le cheval que monte le roi est richement caparaçonné , et l'on en conduit devant lui plusieurs autres dont les selles et les brides sont enrichies d'or. Les écuries royales sont depuis longtemps un asile sacré. Cet usage subsiste toujours, et sous le règne de Feth-AIi-Schah , un grand seigneur qui avait aspiré au trône s'y réfugia , et y resta jusqu'à ce qu'il eût obtenu son pardon. Les tribus errantes de la Perse ont toujours eu pour cet asile un respect qui tient de la superstition. Un cheval, disent les hommes de ces tribus, ne conduira jamais à la victoire le prince qui aura eu le malheur de violer cet asile. Le roi , suivant un auteur cité par Malcolm , doit nourrir un criminel qui s'est retiré dans son écurie , et il ne peut le faire tuer que lorsqu'il est sur le point d'y entrer, ou lorsqu'il est sur le point d'en sortir; mais tant qu'il y est, le coupable, quel que soit d'ailleurs son
crime, est inviolable. La place la plus respectée est celle qui se trouve auprès de la tête du cheval , et lorsque cet animal est attaché en plein air, le criminel doit tenir la main sur sa têtière.
Les rots de Perse récitent les prières légales aux heures accoutumées.
La moindre infraction à cet usage diminuerait le respect qu'on doit à l'autorité du prince. Quelquefois ils assistent au service divin dans la principale mosquée de la capitale, et ifs vont en pèlerinage, aussi souvent qu'ils le peuvent, aux tombeaux des saints personnages enterrés dans toute l'étendue de la Perse. Dans l'impossibilité de visiter les tombeaux d'Ah,deHasanet de Hoseïn, situés sur le territoire turc, ils y envoient de riches présents. Plusieurs d'entre eux ordonnent qu'on les enterre auprès de ces saints martyrs.
Le corps d'Aga-Mohammed-Khan a été, pour cette raison, inhumé à Kerbela.
La fête du Nourouz, ou de l'équinoxe du printemps, est une institution fort ancienne en Perse , et oui a résisté à l'intolérance de la religion musulmane. Les rois de Perse , et en général tous les Persans , ont mieux aimé encourir, de la part des Turcs , le reproche d'impiété, que d'abolir cette fête nationale. Mais ils ont su trouver un prétexte pour cacher leur attachement à une solennité instituée par les adorateurs du feu. Us disent que cette fête est célébrée en mémoire de l'élévation d'Ali au califat. Le jour du Nourouz, le roi de Perse , accompagné de ses ministres et d'un grand cortège, sort de la capitale et passe en revue ses troupes. Les chefs des villes et des provinces viennent ensuite déposer leurs présents au pied du trône, placé dans une tente magnifique élevée au milieu d'une grande plaine. Le roi reste plusieurs jours au camp, où il y a des courses de chevaux, ainsi que dans la capitale et dans les principales villes du royaume. La distance à parcourir varie, suivant l'âçe- des chevaux, de sept à vingt et un milles. Le but de ces courses est moins de juger de la vitesse que de la
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force des chevaux, et de connaître ceux qui peuvent soutenir une course longue et rapide. Ces chevaux sont montés d'ordinaire par des enfants de douze à quatorze ans. Les juments ne figurent jamais dans les courses, et on ne les emploie pas au sprvice de l'armée, excepté cependant chez les tribus arabes de la Perse, qui, suivant l'usage de leurs pères, les préfèrent aux chevaux. Le roi fait des présents aux cavaliers dont les chevaux ont remporté le prix. La fête du Nourouz dure près d'une semaine; mais le premier jour, qui est celui de l'équinoxe du printemps, est de beaucoup le plus soIenneKLes personnes de tout âge et de tout rang se parent, pour cette occasion, de leurs plus beaux habits, s'embrassent les uns les autres, et s'envoient en présents des confitures dont les Persans sont très-friands. Us aiment surtout celles qu'ils appellent quez angoubine , et qu'on fait, avec du miel de guez, de la farine et du sucre. Ce miel est produit par un insecte semblable à un fil blanc, et qui vit sur les feuilles du tamarisc * où il se tient immobile.
Un des privilèges auxquels le roi de Perse tient le plus est celui d'entretenir une troupe de musiciens, et de déployer plusieurs bannières. Parmi ces étendards , il en est un sur lequel est représenté le sabre d'Ali , à deux tranchants (*), et un autre sur lequel on voit le soleil entrant dans le signe du Lion. Le lion est couché, et derrière lui est placé un soleil levant. Ces armes de Perse sont sculptées dans les palais du roi , brodées sur les étendards , et on les voit aussi sur la plaque d'un ordre royal et militaire que le roi de Perse confère à ceux de ses soldats et de ses officiers qui se sont distingués par leur courage, ainsi qu'à plusieurs ministres européens.
Tout présent qui vient du roi est reçu en Perse avec les marques du plus grand respect. Si une personne reçoit une hhilat ou robe d'honneur, elle doit aller au-devant de ce présent jusqu'à plusieurs milles de
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distance, et se couvrir de la robe avec les marques du plus grand respect et de la plus profonde reconnaissance.
Il y a ordinairement auprès des grandes villes un endroit appelé khilatpousch, c'est-à-dire, V endroit où Von revêt les robes d'honneur. C'est là que les officiers du gouvernement auxquels le roi envoie une de ces robes, doivent se rendre pour la recevoir.
Le khilat-pousch de Schiraz est à quatre milles de la ville, sur la route d'Ispahan.
Quand le roi envoie par écrit un firman ou un ordre à un officier quelconque, celui-ci doit également l'aller recevoir à une certaine distance du lieu où il réside , et après avoir élevé ce firman au-dessus de sa tête, il le donne à son secrétaire, qui en fait la lecture à haute voix, pendant que toutes les personnes présentes gardent un respectueux silence. Dans leur correspondance avec te roi , souvent les ministres écrivent le nom du prince au haut de la lettre, afin de ne pas écrire un seul mot au-dessus de ce nom.
Malcolm rapporte que le roi de Perse ayant envoyé son portrait à un gouverneur, le commandant de Bouschîr alla au-devant de la caisse où il était renfermé , et après être descendu de clie val, baisa avec respect cette caisse, qui fut saluée solennellement par toutes les autorités et les habitants de la ville. Dans les audiences que le roi donne aux grands officiers, tout, Jusqu'aux moindres détails, est réglé par le roi lui-même. Le souverain détermine le nombre et le rang des persony nés qui iront à sa rencontre , ta distance qu'elles parcourront et le moment où elles descendront de cheval. C'est d'après ces indices que l'on juge en Perse du crédit et de la considération dont jouissent auprès du souverain les princes et les hauts fonctionnaires.
COURS DES GRÀ1TDS OFFIGIRRS «T DBS CHEFS DE TRIRtTS. — MIIUSTRES D'ETAT. — MER- SAS. — FORTES.— -HOURRITURR. — CAFE.
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