‹ La persécution de Dioclétien et le triomphe de l' église (volume 2)Chapitre 12 sur 39 · LA FIN DE MAXIMIN · texte numérisé non relu

LA FIN DE MAXIMIN

chrétiens éprouvassent, de la soudaine bienveillance de leur ennemi, d'autres sentiments que ceux que vient d'exprimer Eusèbe. Ils acceptaient avec reconnaissance les bienfaits de Constantin et môme de Licinius, avec une dédaigneuse pitié les réparations intéressées de Maximin.

Celles-ci précédèrent de bien peu sa mort. Licinius venait de forcer les passes du Taurus : il s'avançait vers Tarse, où Maximin s'était retiré. Probablement sa flotte bloquait en cet endroit les côtes de Cilicie, car Lactance dit que toute retraite, par terre et par mer, se trouvait désormais fermée au tyran de l'Asie (1). Désespéré, Maximin s'empoisonna; mais, comme il venait de faire un copieux repas, son estomac fatigué rejeta une partie du breuvage vénéneux; ce qui resta n'agit que lentement, et termina sa vie dans de lentes et atroces souffrances. On dit qu'il perdit les yeux ; les écrivains chrétiens ne manquent pas de rappeler qu'au temps de la persécution il avait fait crever ceux d'innombrables martyrs. Lui-même semble avoir reconnu la main qui le frappait : dans son délire, il s'imaginait voir le souverain Juge, entouré de ministres vêtus de blanc; on l'entendait invoquer en pleurant la pitié du Christ. Enfin, consumé d'un feu intérieur qui semblait avoir desséché ses membres, le malheureux rendit l'àme (2).

(1) « Cum jam terra niarique perterretur, nec ullum speraret refugium. » Lactance, De mort, pers., 49,

(2) Lactance, De mort, pers., 49; Eusèbe, Hist. Eccl, IX, 10, 6, 14-16. Les historiens païens mentionnent simplement la défaite et la

Liclnius n'imita pas la douceur que Constantin avait montrée à Rome après la défaite de Maxence. L'ancien ami de Galère se fit l'instrument d'une réaction impitoyable. Maximin fut déclaré ennemi public: ses statues renversées demeurèrent gisantes à terre, objet des continuelles insultes des passants : dans toutes les peintures où il figurait son visage fut noirci, afin de le rendre ridicule ou méconnaissable (1). Mais la colère du vainqueur ne se borna pas à ces objets inanimés. Licinius se rendit à Antioclie, emmenant l'épouse de Maximin, son fils et sa fille. La coupable impératrice fut noyée dans l'Oronte « où souvent par ses ordres avaient été jetées de chastes femmes, » c'est-à-dire probablement des chrétiennes (2). Les deux enfants furent massacrés (3). Avec eux périrent tous ceux qui par le sang, par l'amitié, par une complicité quelconque, tenaient à Maximin. On cite parmi les condamnés Peucetius, qu'il avait trois fois élevé au consulat et dont il avait fait

mort de xMaximin. Aurelius Victor (Epitome, 40) dit que : « Apud Tarsum morte simplici occubuit. » — La simplex 7nors a ici le sens de la mort par la maladie opposé à la mort par les supplices. Suétone {Jn- Ihis Cxsar, 74) et Prudence [Pei'i Stephanôn, X, 877) emploient ce mot dans le sens, un peu différent , d'exécution capitale sans torture. C'est alors l'équivalent de bona mors dans Laclance, De mort, pers., 22.

(1) Eusèbe, Hist. Eccl., L\, 11, 2. — Saint Grégoire de Nazianze dit que de son temps on voyait encore des statues de Maximin renversées et honteusement mutilées [Oratio IV, %).

(2) « In Orontem prœcipitata est. Ibi sœpe illa castas feminas mergi jusscrat. » Lactance, De mort, pers., 50.

(3) Laclance, l. c; Eusèbe, Hist. EccL, IX, 11, 7.

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son ministre des finances (1); Culcianus, le sanguinaire gouverneur de l'Égyple (2). Un autre ennemi des chrétiens reçut alors le châtiment de ses crimes. Licinius venait de mettre à la torture les prêtres et les serviteurs du Dieu nouveau, Jupiter l'Ami, dont les réponses complaisantes avaient élé l'un des moyens de règne de Maximin : ceux-ci révélèrent tous les artifices par lesquels on faisait parler l'oracle : l'inventeur de la fraude, Théotecne, la paya de sa tête (3).

D'autres victimes plus touchantes, dont Lactance lui-même semble avoir pitié, furent enveloppées dans ces terribles représailles. La fille et la veuve de Dioclétien, Valérie et Prisca, ne trouvèrent point grâce auprès de Licinius. Celui-ci ayant fait mourir Candidien, bâtard de Galère, que Valérie avait adopté, les deux infortunées princesses durent reprendre leur vie errante, en cachant leur nom et leur rang. On les arrêta à Thessalonique. Une barbare sentence les envoya au supplice. Devant une foule émue d'une si grande infortune, ces deux vertueuses femmes furent décapitées, puis jetées à la mer (4). Contraintes naguère à l'apostasie par Dioclétien, persécutées par Maximin, poursuivies de nouveau par Licinius, après avoir connu toutes les grandeurs elles avaient bu à tous les calices d'amertume ; mais Dieu, en les faisant

(1) Eusèbe, Hist. EccL, IX, 11,4.

(2) Ibid. — Voir plus haut, p. 105.

(3) Eusèbe, Hist. EccL, IX, 11, 5, 6.

(4) Lactance, De mort, pers., 50-51.

passer par d'aussi longues souffrances, leur réservait peut-être le temps et les moyens de se repentir : on aime à croire que, dans le douloureux mystère de leur destinée, brilla le rayon consolateur du pardon divin (l).

(I) Voir les notes de Cupeit sur Lactance, De mort, pers., 50; Le Beau, Histoire du Bas Empire, 1. ii, § 53; J. de Wilte, Du Christianisme de quelques impératrices romaines^ dans Cahier et Martin, Mélanges d'archéologie, t. III, p. 194.

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