‹ La persécution de Dioclétien et le triomphe de l' église (volume 2)Chapitre 6 sur 39 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

I A BATAILLK DU PONT MILVIUS ET l'kDIT T)F MILAN (312-313).

SOMMAIRE. — I. La hataim-e du pont Milvius. — Rapports de Maxcnce avec les cliréticns d'Arriquc. — Les propriétés do l'Kglisc romaine sont restituées au |>apc Miltiadc. — Le corps du pai>o Eusébe est ra|)p()r(é d<; l'exil. — Sa crypte au cimetière de Calliste. — Autre martyr transporté dans ce cimetière. — Cependant des clirétituis souftrent des grossières passions de Maxence. — Mort liéroïijue de Sophronie. — Maxence jaloux de son l)cau-frère Constantin. — 11 lui déclare la guerre, sous prétexte de venger Hercule. — Constantin sallie à Licinius. — Su|)crslitieuses terreurs de ses soldats au moment de marcher contre Rome. — Idées religieuses de Constantin. — Réflexions plus profondes. — Prière au vrai Dieu. — Sincérité du récit d'Eusélie. — Vision de Constantin. — Version païenne de cet événement, qui en confirme la réalité. — Le labarum. — Cet étendard peut être accepté de tous. — Campagne dc'.Constantin en Italie. — iMauvaise manœuvre de Maxence. — Bataille du pont Milvius. — Défaite et mort de Maxence. — Entrée triomphale de Constantin dans Rome. — Modération de sa conduite. — Faveur montrée aux chrétiens. — Réjouissances officielles. — L'arc de triomphe et son inscrii)lion. — Enthousiasme des particuliers et des provinces. — Joie des Africains. — Constantin se fait représenter tenant la croix. —Hommages discrets des chrétiens de Rome. — Le monogramme constantinien dans les catacombes. — II. L'kdit de Milan. — Constantin oblige Maximin à cesser la persécution. — Maussade rescrit de Maximin. — Il ne trompe ni les chrétiens ni Constantin. — Rencontre de Constantin et de Licinius à Milan. — Mariage de la sœur de Constantin avec Licinius. — Dioctétien refuse d'y assister. — Lettre menaçante de Constantin. —Mort de Dioclétien. — Constantin et Licinius s'occupent d'établir la paix religieuse. — Raisons de substituer un nouvel cdit à celui de Galère. — La première partie de Tèdit de Milan. — Liberté de conscience accordée à tous, mais profitable surtout aux chrétiens. — La seconde partie de l'édit de Milan. — Restitution des biens ecclésiastitjues, mémo aliénés. — L'Église reconnue par l'État comme société indépendante. — III. La fin DE Maximin.- Maximin menace les États de Licinius. — Il se fait le champion du polythéisme. — Prière monothéiste dictée par Licinius à ses soldats. — Défaite de Maximin près d'HéracIée. — Licinius alliche à Nicomédiel'édit de Milan. — Maximin, réfugié en Cilicie, se décide à faire un édit en faveur des chrétiens. — Texte de l'édit. — Marche de Licinius vers Tarse.— Maximin s'empoisonne. — Cruelles représailles de Licinius. — Exécution de la femme, des enfants, des i)rincipaux officiers de Maximin. — Supplice immérité de Valérie et de Prisca.

La bataille du pont Milvius (312).

Entre Constantin et Licinius, qui observaient scrupuleusement l'édit de Galère, et Maxirain, qui Tavait sournoisement, puis ouvertement enfreint, Maxence, maître de Tltalie et de l'Afrique, tenait une situation intermédiaire. Il avait rendu la paix à l'Église, mais exilé deux papes. Ayant reconquis l'Afrique sur le tyran Alexandre, il semble avoir confondu les chrétiens de ce pays avec les rebelles. On le voit réclamer à Mensurius, cvêque de Garthage (le même dont nous avons dit la sage conduite au commencement de la persécution) , un diacre accusé d'avoir écrit un libelle diffamatoire, puis, sur le courageux refus du prélat, mander celui-ci à sa cour. Mensurius, qui connaissait l'humeur sanguinaire de Maxence, et avait assisté aux horribles représailles exercées par lui contre les Africains, pensa ne revoir jamais son siège : il fit, avant de le quitter, ses dernières dispositions, et confia à des mains sûres ce qui restait des biens de l'Kglise; puis il partit pour l'Italie. Gontre son attente, il parvint à se justifier, et reçut la permission de rentrer à Garthage; mais il mourut en chemin. G'est seulement après sa mort, dit saint Optât, que la tempête cessa tout à fait, et que Maxence laissa en repos les chrétiens d'Afrique (1).

(1) Saint Oplal, Deschism. donaf., l.

A Rome, la tolérance de fait dont l'Église jouissait depuis quelques années reçut enfin, en 311, une sorte de consécration, par un acte de Maxence dont les motifs nous échappent, et qui ne parait pas avoir été étendu hors des limites de la ville éternelle. Le pape nouvellement élu, Miltiade, fut autorisé à reprendre possession des propriétés ecclésiastiques, demeurées depuis 303 sous la main du fisc. Celle-ci s'était peutêtre déjà relâchée, car on a rencontré dans le cimetière de Calliste, au pied de l'escalier de l'arénaire d'Hippolyte, une épitaphe portant la date de 307 (1) ; mais si l'autorité romaine fermait plus ou moins complètement les yeux sur la fréquentation des catacombes par les fidèles, la possession ne leur en avait cependant pas été régulièrement rendue. Maxence accorda au pape un rescrit, l'autorisant à réclamer au préfet urbain la remise des loca ccclesiastica. Une lettre adressée au même magistrat par le préfet du prétoire accréditait près de lui le chef de l'Église. Munis de ces pièces, les diacres envoyés par Miltiade reçurent du préfet urbain « tous les lieux qui avaient été confisqués aux chrétiens pendant la persécution (2). » Cet acte de Maxence équivalait à une re-

(1) C'est-à-dire la formule (expliquée plus haut) post sextum consulatum : voir De Rossi, Iloma sotterranea, t. III, p. 225 et pi. XXX, n° 209.

(2) Ce fait rés.ulte d'un document produit un siècle plus tard par les donatistes dans la conférence de 411, et résumé ainsi par saint Augustin : « Gesta alla recitarunt, in quibus legebatur Melchiades misisse diaconos cum litteris Maxentii imperatoris et lilleris praefecti praelorio ad praefectum urbis, ut ea reciperent qute lempore persccntionis ablata

connaissance régulière de Miltiade comme chef de la communauté chrétienne de Rome, et à une reprise des relations qui avaient existé pendant une partie du troisième siècle entre l'autorité ecclésiastique et l'autorité civile : aussi le nom de Miltiade semble-t-il avoir été inscrit à ce moment sur les registres de la préfecture urbaine, où depuis 304 n'avaient point figuré ses prédécesseurs (1).

Rentré en possession du cimetière officiel de l'Église romaine, le premier soin de Miltiade fut d'y déposer les restes du pape Eusèbe, mort en Sicile. L'autre pontife exilé, Marcel, avait pu recevoir facilement les honneurs de la sépulture, car, à l'exemple de Marcellin, il avait choisi son tombeau sur la voie Salaria, où les cimetières, demeurés de droit privé, ne furent point confisqués (2). Mais Eusèbe n'ayant point fait un tel choix, et la restitution des biens ecclésiastiques ayant suivi d'assez près sa mort, il était convenable de lui préparer une sépulture dans la nécropole de la voie Appienne où reposaient les papes du troisième siècle. L'enterrer dans leur caveau même pa-

memoralus imperator chrislianis jusserat reddi. » Saint Augustin. 5r<?viculus collationis cum donatistis, III, 34. — « Stratonem diaconum, quem cum aliis Melchiades ad recipienda loca ecclesiastica miserat. n Ibid.

(1) De Rossi, Roma sotterranea, t. II, p. vu. La table pascale insérée dans le recueil de Philocalus commence à l'année 312, date de la restitution des biens ecclésiastiques.

(2) Marcel avait créé le cimetière de Novella, près de celui de Priscillo. Il fut enterré m cimUerio Priscillx, via Salaria, dit sa notice au Liber Pontificalis (Ducbesne, t. I, ]>. 164). Cf. De Rossi, Roma sotlerranea, t. I, p. 170, et RuU. di arch. crist., 1880, p. 25, 46.

LA BATAILLE DU PONT MILVIUS (31 2 j. 211

raissait encore dangereux; la paix était trop récente, trop dépendante des caprices d'un tyran, pour qu'on osât enlever des galeries environnantes l'amas de sable qui avait pendant sept ans mis les tombes papales hors de l'atteinte des persécuteurs (1). Mais il était facile de trouver un lieu digne de recevoir les restes d'Eusèbe dans une autre partie de la catacombe de Calliste, où des galeries et des chambres avaient été creusées pendant les années tranquilles qui précédèrent la dernière persécution (2). Le corps du pontife, ramené — peut-être de Sicile aussi solennellement que l'avait été, au milieu du troisième siècle, celui de Pontien (3), — fut déposé dans une crypte du second étage du cimetière, distincte et assez éloignée du caveau papal (4). Sous la direction de Miltiade, la chambre qu'on lui consacra reçut une riche et gracieuse parure. Marbres, mosaïques, image du Bon Pasteur, voûte à caissons ornée de canthares, d'oiseaux, de génies, cette décoration des premières heures de la paix garde quelque chose de la simplicité classique, et n'annonce pas encore le midi splendide

(1) Voir t. I, p. 188.

(2) Area III du cimetière de Calliste, marquée VI sur les plans de la Roina sotterranea et sur ceux de la Rome souterraine.

(3) « Quem beatus Fabianus adduxit cuin clero per navim. » Liber Pontificalis, Fabianus-, voir Histoire des persécutions pendant la première moitié du troisième siècle, p. 238.

(4) Un des ms. du Liber Pontificalis dit qu'Eusèbe fut enterré in citniterio Callisti in crypta; formule employée pour les papes qui, comme Corneille et plus tard Miltiade, reposèrent dans une partie du cimetière distincte du caveau papal (Duchesne, le Liber Pontificalis, t. I, p. 107, note 5).

et lourd qui, dans l'art, va succéder à cette fraîche aurore (1).

Y a-t-il, dans une autre région de la catacombe, dont la construction remonte aussi au commencement du règne de Dioclétien, trace de la translation d'un martyr, opérée comme celle d'Eusèbe après la restitution des loca ecclesiastica? Dans l'aire qui joint le cimetière proprement dit de Calliste à celui de Sotère, et où se trouve la crypte célèbre de Severus , diacre du pape Marcellin (2) , un fragment d'inscription s'est rencontré, qui contient le mot PASSVS. Ce mot ne peut guère faire allusion à autre chose qu'aux souffrances d'un martyr (3) : sans émettre une hypothèse trop hasardeuse , on peut supposer que le petit morceau de marbre où il a été lu appartenait à l'épitaphe d'un des chrétiens qui versèrent à Rome leur sang pour la foi pendant la dernière persécution, héros inconnu déposé avec honneur dans le cimetière quand l'Église en eut repris possession (4).

Cependant, au moment même où se reconstituait

(1) Voir De Rossi, Roma soUerranea, t. II, p. 209 et pi. VIH. Cf. Rome souterraine^ p. 248.

(2) Celte area est marquée VII sur les plans. Voir t. I, p. G7.

(3) « Ce mot, dans une épilaphe de catacombe, n'appartient point au comput d'une distance mesurée i)ar pas, mais est la formule ordinaire pour indiquer le martyre. » De Rossi, Roma sottcrranea, t. III, p. 68. — Cf. QVI VIM igni S PASSI SVNT (Edmond Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. II, p. 305, n° 548 A; De Rossi, Inscr. christ, urbis Rojnx, t. II, p. x-xi}-, QVI PASSI SVNT IN FLVMEN TIBERE [Roma sotterranea, t. III, p. G47).

(4) Malheureusement le précieux fragment fut volé avant que M. de Rossi ait pu l'étudier et tenter de le rapprocher d'autres morceaux.

à Rome le domaine ecclésiastique, des chrétiens souffraient du despotisme et des grossières passions de l'empereur. 11 ne régnait qu'avec l'appui des prétoriens, et leur livrait tout en proie. Ceux-ci, pour venger un des leurs tué dans une émeute, avaient massacré des milliers de citoyens (1). Pendant que les soldats donnaient ainsi licence à leurs caprices, Maxence ne souffrait aux siens aucun frein. Tous les jours, sur de fausses accusations, des sénateurs, des consulaires, étaient jetés en prison ou mis à mort, afin d'avoir un prétexte de confisquer leurs biens (2). Beaucoup d'hommes libres étaient réduits en servitude (3). Mais surtout les femmes, dès qu'elles étaient belles et de haut rang, devaient tout craindre du brutal souverain. Maxence n'était pas moins débauché que Maximin (4). Souvent, pour arracher une épousé à son mari , il la contraignait au divorce, puis la renvoyait déshonorée dans sa maison (5). Mais,

(1) Eusèbc, hist. Eccl.,\lU, 14, 3; Devita Consiantini, I, 35; Aurelius Victor, De Cœsaribus ; Zosime, IL

(2) Eusèbe, hist. EccL, VIll, 14, 4; De mta Const., I, 35; Panecj. vet.,6, 7; Eulrope, Brev.; Prudence, Contra Symm., I, 470-471.

(3) Code Tliéodosieyi, V, vi, 1. — Cette tyrannie s'étendait de Rome aux provinces de l'Italie; une inscription en l'honneur d'un correcteur de la Canipanie, en 312, le loue « quod in correctura ejus quae sœvissimam lyrannidem incurrerat, nullarn injuriam sustinuerit ordo populusque Alinas. » Orelli, Insci\, 2285; Wilmanns, Exempta inscr., 1221; Corpus inscr. lat., t. X, 50G1; Bull, délia comm. arch. com., 1891, p. 110.

(4) Tûpavvoç MàÇevTio; xà Ôjjioia MaCipiivo) ôpûv. Eusèbe, Hist. EccL, VIII, U, 16.

(5) Ibid., VIII, 14, 2; De vita Const., 1, 33; Prudence, Contra Symm., I, 471-480.

214 LA BATAILLE DU POiNT MILVIUS ET LEDIT DE MILAN,

s'attaquant à des chrétiennes, il rencontra de courageuses résistances. On en vit préférer la mort à ses caresses (1). Une anecdote rapportée par Eusèbe montre l'intrépidité d'une de ces généreuses filles de l'Évangile, en même temps que la peur et la servilité auxquelles cédaient, en ce temps, les plus hauts magistrats. La chrétienne Sophronie (2) était l'épouse du préfet de Rome, de celui-là même, peut-être, qui en 311 remit les biens de l'Église aux diacres de 3Iiitiade. Un jour, les pourvoyeurs des honteux plaisirs du prince entrèrent dans la maison du préfet. Tout de suite le mari et la femme comprirent ce que signifiait cette visite. Le préfet, tremblant, n'osa protester, et permit d'emmener sa femme. Mais elle, imitant la ruse qui, à Antioche, avait sauvé la vertu de Pélagie (3), demanda un délai pour passer dans sa chambre et se parer. Laissée seule, elle saisit une épée, et, Lucrèce chrétienne, se l'enfonça dans la poitrine. Quand on vint la chercher, on ne trouva qu'un cadavre (i).

Malgré ses cruautés, ses vices, une nonchalance extrême (5), Maxence était ambitieux. Il ne pouvait souffrir la supériorité de son beau-frère Constantin, dont le gouvernement sage et modéré lui était un perpétuel reproche. Faire la guerre au souverain

(1) ^e vita Const., I, 33.

(2) Eusèbe ne cite pas son nom, qui est donné par Ruiin.

(3) Saint Jean Chrysostomc, Homilia XL. Voir plus haut, p. 78.

(4) Eusèbe, Ilist. Eccl., VIII, 14, 17; De vita Constantini, I, 34.

(5) Aurelius Victor. DeCxsaribus ; Paneg. vol., G, 7; Lactance, De viort. pers., 18

des Gaules, l'abattre, et s'emparer de tout rOccident, devint son idée iixe. Les sorciers qu'il consultait sans cesse lui annonçaient la victoire; les démons évoqués devant lui répondaient favoraI)lement à ses vœux; il lisait dans les entrailles de lions égorgés ses triomphes futurs; des sacrifices plus cruels encore, le sang de femmes et d'enfants, lui promettaient un avenir heureux (1). Il n'avait point négligé, pour se l'assurer, les combinaisons de la politique. Un rapprochement fut négocié entre lui et Maximin. Ces deux vilains hommes, si bien faits pour s'entendre, s'unirent par un traité secret (2). Une très nombreuse armée fut rassemblée en Italie : aux légions qui y campaient à demeure, Maxence joignit de nouvelles troupes, recrutées de gré ou de force dans la péninsule, ou levées en Mauritanie (3). Ceci fait, il trouva aisément un prétexte à déclarer la guerre : ce mauvais fils, qui n'avait pu régner à Rome avec Hercule, envoya demander raison à Constantin de la mort violente du vieil Auguste, et, pour bien marquer la rupture, abattit dans tous ses États les statues de son beau-frère (V).

Constantin n'avait pas attendu cet outrage pour se préparer à une rencontre inévitable. Une alliance avait été contractée entre lui et Licinius, et comme, dans ces familles impériales renouvelées par les di-

(1) Eusèbe, Hist. Eccles., VIII, 14, 5; De viia Const., I, 36.

(2) Laclance, De mort, pers., 43.

(3) Lactance, De mort, pers., 4i; Zosime, II, 15.

(4) Lactance, De mort, pers., 43.

vorces et les seconds mariages, il y avait toujours de jeunes princesses prêtes à devenir le prix ou l'enjeu des combinaisons politiques, la sœur consanguine du maître de l'Occident, Constantia, fut fiancé au souverain de TEurope orientale (1). L'équilibre des forces se trouvait de la sorte assuré. Licinius, placé entre Maxence et iMaximin, pouvait contenir ce dernier, s'il essayait de se mêler à la lutte, ou, s'il demeurait inactif, se porter lui-même en Italie. Constantin, dans tous les cas, n'aurait affaire qu au seul iMaxence. Ainsi paraissait réparée, en une certaine mesure, la faiblesse de son armée ; car, obligé de laisser garnis les postes du Rhin, il ne pouvait opposer aux légions de son adversaire que des troupes numériquement très inférieures (2).

Cette infériorité, bien que compensée par l'habile politique de Constantin, et surtout par sa supériorité personnelle, ne laissait pas que de rendre hasardeuse rissue de la lutte. Le souverain des Gaules n'était pas homme à se tenir sur la défensive. Il avait l'habitude de marcher en avant et de frapper de grands coups. Dirigée par lui, la guerre ne serait pas une série d'escarmouches entre les postes établis de chaque côté des Alpes, mais les Alpes franchies, l'Italie choisie comme champ de bataille, et un choc décisif sous les

(1) Laclance, De mort, pers., 43.

(2) Paneg. vet., 6; Zosiine, II, 15. — Zosime évalue l'année de Maxence à cent soixante-dix mille fantassins et dix-huit mille cavaliers-, celle de Constantin natleignait pas cent mille hommes, dont vingtcinq à trente mille seulement de troupes réguliires. Voir Tillemont, Histoire des Empereurs^ t. IV, p. 124.

mur de Rome. Rome, cependant, formait la principale force de Maxence. La possession de la ville éternelle doublait, en quelque sorte, les troupes de ce tyran, tant paraissait grand encore le prestige des sept collines, si découronnées qu'elles fussent depuis l'établissement de la tétrarcbie. 11 semblait que le génie de l'Empire veillât toujours sur le Capitole, pour foudroyer les audacieux qui tenteraient d'en appr£)cher. Deux fois Texpérience venait d'être faite : la mort de Sévère, la fuite précipitée de Galère, prenaient aux yeux des soldats et des chefs je ne sais quoi de surnaturel. Nul, autour de Constantin, ne songeait à se défendre de cette impression. L'allégresse que ressentirent tant de fois les armées du Nord au moment de descendre vers les pays du soleil était remplacée dans celle-ci par une crainte vague, qui glaçait tous les courages. Les généraux eux-mêmes, accoutumés à lutter contre des Bretons ou des Francs, murmuraient à la pensée de combattre les prétoriens de Maxence (1). Constantin n'eût pas été de son temps, s^il était demeuré insensible aux communes préoccupations. Trop brave pour y subordonner ses desseins militaires ou politiques, il avait donné sans hésitation Tordre de passer les Alpes; mais il partageait dans une certaine mesure les inquiétudes de ses soldats, pensait que la guerre dans laquelle on s'engageait n'était pas une guerre ordinaire, que l'habileté du commandement ou la valeur des bataillons n'y déciderait pas seule de la victoire.

(1) Vaneg. vet.^ 6.

Pour comprendre les réflexions qui se présentèrent à son esprit, le tour que prirent ses méditations, la crise morale par laquelle il passa, la solution qui finit par s'imposer avec la clarté de l'évidence, il faut se rendre compte des idées religieuses professées par Constantin à cette époque de sa vie. Elles étaient moins le résultat d'une étude personnelle que des sympathies et des antipathies entre lesquelles s'était partagée sa jeunesse. A son père Constance Chlore, dont l'influence semble avoir été d'autant plus grande sur la direction de son esprit qu'il avait plus souflert dans sa tendresse et dans son orgueil d'en être séparé, Constantin devait la croyance en un Dieu suprême, réglant par sa providence les destinées des empires (1) ; mais, pas plus qu'à Constance, les travaux de la souveraineté ou les soucis de l'ambition ne lui avaient laissé le loisir de réfléchir sur la nature de ce Dieu, le culte qu'il exige et les vertus qu'il commande. Le monothéisme de Constantin était surtout fait d'aversion pour les ridicules ou dégradantes cérémonies du polythéisme, auxquelles il avait dû prendre part pendant la demi-captivité dû Dioctétien, puis Galère l'avaient retenu, et qui se confondaient avec les souvenirs les plus amers de sa vie. Jamais, cependant, il n'avait songé à répudier les formes extérieures de la religion officielle, que le syncrétisme commode de ce temps permettait de concilier, par une sorte de réserve mentale, avec des croyances plus simples et plus

(1) Eusèbe, De vita Consiantini,l, 13, 17.

épurées : on l'avait vu, comme tous les empereurs, dédier des temples etolFrir dessacrilices (1). Entre lui et les chrétiens aucune intimité n'existait encore. La tolérance qu'il leur marqua dès la premièi e heure de son règne était héritée de son père, et fortifiée par l'indignation que les excès jadis commis sous ses yeux avaient fait naître dans un esprit naturellement humain, que la suite des événements montrera capable de soudaines colères, mais incapable de cruautés réfléchies et prolongées. Si les disciples de l'Évangile lui inspiraient déjà quelque sympathie, celle-ci provenait moins d'un penchant pour leurs doctrines que d'une affinité naturelle avec leurs mœurs, de cette chasteté louée par les contemporains (5) et formant un si frappant contraste avec les débauches furieuses des Augustes qui régnaient en ce moment même à Nicomédie et à Rome. Mais rien, dans le passé de Constantin ou dans ses dispositions présentes, ne faisait prévoir qu'il dût suivre, en religion, une voie plus nettement tracée que celle de Constance, et sortir d'un vague déisme pour devenir le champion d'une Église aux dogmes arrêtés, aux commandements impérieux, aux cadres invariables. Il était religieux, vertueux et tolérant à la façon de son père ; aucun signe d'une recherche plus ardente ou d'une inquiétude plus profonde n'avait trahi dans son âme le travail intérieur de la conversion.

(1) Paneg. vet., 9.

(2) Paneg. vet., 5, 6, 7; Eusèbe, De vita Const.^ I, 19.

La conversion par laquelle les destinées du monde vont être changées ne ressemble, en efiPet, à aucune de celles qui l'ont précédée ou qui la suivront. Ni Paul, frappé par l'aiguillon divin et tombant terrassé sur le chemin de Damas ; ni Justin , ayant traversé toutes les philosophies pour rencontrer enfin la doctrine qu'il cherchait sans la connaître; ni Augustin, ballotté par tous les orages de la pensée, du cœur et des sens avant de se reposer à jamais en Dieu; ni aucun des innombrables convertis que des voies diverses ont conduits ou ramenés vers la foi chrétienne, n'a suivi des motifs semblables à ceux qui persuadèrent Constantin. C'est à cheval , à la tête de ses troupes, sur quelque route gauloise ou quelque col escarpé des Alpes, qu'il fit les réflexions dont Eusèbe a reçu la confidence. Le petit nombre de ses soldats frappait ses regards; il était témoin du découragement des chefs; en même temps il se rappelait, avec une terreur superstitieuse, les opérations magiques auxquelles recourait Maxence. La nécessité de s'appuyer sur un secours plus haut lui apparut avec une force irrésistible : il comprit qu'il ne pourrait rien, s'il n'avait Dieu pour lui. La plupart de ceux qui gouvernèrent l'Empire romain s'étaient fiés à la multitude des dieux, avaient cru aux mensonges des oracles, et à la fin avaient péri misérablement , sans que nulle des divinités adorées par eux ne leur prêtât d'assistance. Leurs enfants avaient aussi disparu, et de leur race ou de leur mémoire nul souvenir ne demeurait. Ceux mêmes qui récemment tentèrent l'entreprise qu'il

poursuivait aujourd'hui et s'attaquèrent à Maxence avaient tragiquement ou honteusement échoué. Un seul, dans ces derniers temps, suivit sans obstacle une glorieuse carrière et mourut avec la consolation de se survivre à lui-même : c'était celui qui avait refusé sa foi à ridoMtrie et n'avait reconnu qu'un Être suprême, conservateur de son empire et auteur de tout bien ; c'était le monothéiste Constance. Ces réflexions achevèrent de convaincre Constantin de la folie qu'il y avait à honorer des dieux qui n'existent pas et de la nécessité de rendre un culte au seul Dieu que reconnaissait son père (1). Cependant cet examen ne lui apportait rien de nouveau. Il venait de faire, en quelque sorte, le tour de ses idées, l'inventaire de ses espérances, et se confirmait dans ses propres sentiments. Le pas décisif n'était pas accompli. Il le fit presque à son insu, par le mouvement logique de sa pensée. Le Dieu de son père, le Dieu unique, qui était-ce? comment le reconnaître? comment s'assurer sa protection? Pour la première fois des questions aussi précises se posaient devant l'esprit de Constantin, rendu plus attentif par le péril extrême où il se voyait. « L'empereur se mit alors, dit Eusèbe, à implorer le secours de ce Dieu, le priant, le suppliant de se faire connaître à lui, et, dans la crise présente, de lui tendre une main favorable (2) . » Ce souci de savoir qui est le vrai Dieu, ce désir de connaître la vérité, cet appel

(1) Eusèbe, De vita Constantini, I, 27. {2yjbid., 28.

à la grâce, voilà ce qui distingue dès lors Constantin des simples déistes, de Constance lui-même, adorateurs silencieux d'une divinité presque impersonnelle, avec laquelle l'homme n'entre point en relation. Si intéressée, au contraire, que soit la prière de Constantin, c'est une vraie prière, c'est-à-dire un humble aveu de misère et de faiblesse. Si mêlé d'ambition que soit son désir de la vérité, ce désir existe. Si égoïste qu'en paraisse le mobile, sa conversion est sincère. C'est vers le Dieu vivant et personnel qu'il se tourne, c'est à ce Dieu qu'il demande de sortir du nuage, de se montrer, de combattre pour lui.

Ce récit d'Eusèbe sera difficilement taxé d'inexactitude , car il ne flatte pas l'empereur, lui prête des motifs assez terre à terre , et le montre conduit surtout par l'intérêt et la crainte au culte qu'il pratiquera désormais. Constantin a fait le calcul des chances, la balance des forces, et s'est tourné vers la religion qui peut donner la victoire. Cette religion même n'est pas encore désignée clairement : si le Christ paraît sous-entendu, il n'est pas nommé : le royal néophyte semble attendre qu'il se manifeste, et mettre son adhésion au prix du secours imploré. On sent que le travail intérieur si naïvement décrit ne se passe point dans les plus hautes régions de l'âme, qu'une conversion due à de tels motifs ne renouvellera pas tout l'homme, qu'après comme avant Constantin demeurera avec ses passions et ses faiblesses; mais la grossièreté même des pensées que lui prête le narrateur, leur accord avec ce que l'histoire nous apprendra du

premier empereur chrétien, garantit la vérité du récit : il contiendrait plus d'idéal, s'il était inventé.

L'incontestable bonne foi d'Eusèbe dans cette partie de sa narration devrait, ce semble, en faire accepter la suite. Constantin n'était pas de ces âmes A qui suffit la touche délicate et à demi voilée de la grâce, qui « croient sans voir, » et qui entendent sans parole la réponse de Dieu. Pour faire d'un converti tel que lui l'instrument providentiel d'une grande révolution, il fallait qu'un signe matériel vînt lui apporter la certitude. « Pendant que l'empereur, continue Eusèbe, priait avec supplication, un signe merveilleux lui fut envoyé de Dieu. Si quelque autre le rapportait, ses auditeurs le croiraient difficilement. Mais comme longtemps après le victorieux Auguste me le raconta à moi-même, quand je fus parvenu à son intimité, et me le confirma par serment, qui pourrait le mettre en doute? Il déclare avoir vu de ses yeux, après midi, quand déjà le soleil s'inclinait à l'horizon, une croix (1) lumineuse paraître dans les cieux au-dessus du soleil, avec cette inscription : Sois vainqueur par ceci (2). Cette apparition le frappa de stupeur, ainsi que les soldats qui le suivaient et qui en furent témoins. 11 se demanda, m'a-t-il dit, ce

(1) StaupoO rpÔTratov.

(2) ToTjTw. vixa, Eusèbe rapporte naturellement cette phrase en grec; mais en quelle langue Constantin la vit-il écrite? En latin, disent Plii" lostorge, Nicéphore et Zonare. Les mots peuvent avoir été Hoc vince ou vinccs, formule qui se développa et devint, sur les monnaies de Vetranion, Magnence et Constance Jeune : Hoc signo victor eris. Constantin et ses soldats parlaient latin.

224 LA BATAILLE DU PONT MfLVIUS ET LEDIT DE MILAN.

que signifiait ce phénomène. Il y pensa longtemps; puis la nuit vint, et pendant son sommeil le Christ lui apparut, avec le signe qui avait été vu dans le ciel, et lui commanda de faire une enseigne militaire sur le modèle de l'apparition, pour s'en servir comme d'une salutaire protection dans les combats (1). »

Ce songe était connu du seul Constantin (2) : mais l'apparition lumineuse, le « signe céleste (3) » avait eu de nombreux témoins. La première « stupeur » fit bientôt place à des sentiments divers. Pendant que les chrétiens s'entretenaient avec admiration de ce qu'ils avaient vu, les païens le commentaient avec effroi. Les aruspices qui accompagnaient l'armée, et pour qui la croix était un objet de funeste augure , parlèrent de présage mauvais iadversum omen) (i) et dissuadèrent de continuer l'expédition. Mais la ferme réponse de l'empereur leur imposa silence (5). Peu à peu, chez les tenants mêmes de l'ancien culte, l'impression favorable prit le dessus. Un récit eut cours, dans lequel on reconnaîtra soit une version altérée des faits , soit au moins un indice de la croyance de

(1) Eusôbe, De vita Constantini , I, 28.

(2) Il y est peut-être fait allusion dès 313 dans ce passage d'un panégyrique : « Habes profeclo aliquod cum illa mente divine, Constanline, secretum, quœ, delegata nostri diis minoribus cura, uni se tibi dignetur ostendere. » Paneg. vet., G.

(3) « Cœleste signum. » Expression de Lactance, De mort, pars., 44 ; dePorfirius Oplatianus, Pancgyricus (année 321).

(4) Paneg. vet., G.

(5) « Contra aruspicum monita. » Ibid. — Cf. Baronius, Ann., ad ann. 312, § 11; Tillemont, Hùt. des Empereurs, t. IV, p. G32; Newman, Essay on ecclcsiasdcal miracles.

tous dans une intervention surnaturelle en faveur de Constantin. Toute la Gaule, dira quelques années plus tard un rhéteur païen, s'entretint d'une troupe céleste qui avait été vue planant au-dessus des légions en marche : malgré la grossièreté des regards humains, on avait pu, pendant un rapide instant, apercevoir ses armes lumineuses, ses Loucliers qui jetaient de terril)les éclairs; des voix avaient été entendues dans les airs, criant : « Nous cherchons Constantin, nous allons au secours de Constantin (j). » Cette promesse de victoire n'est-elle pas une allusion détournée aux paroles lues par l'empereur autour du signe du Christ? et ce signe lui-même, la croix superposée au soleil, dont les païens auraient rougi de confesser l'apparition triomphale, n'a-t-il pas été déguisé par eux sous l'allégorie classique des guerriers célestes, à l'épée rayonnante et au bouclier de feu (2)?

(1) « In ore denique est omnium Galliarum exercitus visos qui se divinitus missos prœ se ferebant. Et quamvis cœlestia sub oculis hominum venire non soleant, quod crassam et caligatam aciem simplex ot inconcrela subslanlia naturœ lenuis éludât, illi tameii auxilialores lui aspici audirique patientes, ubi mcrilum tuum testificati sunt morlalis visus contagium refugerunt. Queenam illa fuisse dicitur spccies!... Flagrabant veiendum nescio quid umbone corusci et cœlesliuni armorum lux terribilis ardebat... Ha3C ipsorum sermocinatio, hoc inter audientes ferebant : Constanlinum petinuis, Constantino iiiuis auxilio. lUicœlo lapsi, illi divinitus missi gloriabantur quod libi militabanl. » Nazaire, dans Paneg. vet., 7.

(2) Outre les auteurs contemporains que j'ai cités dans le texte ou en note, la vision de Constantin est rapportée par des écrivains |)oslérieurs : saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV contra Juliauum; Sozomène, flist. Eccl., I, 3; Philostorge, I, 6; Socrate, I, 2; Nicéphore, VllI, 3; Cedrenus; Zonare, XIII, 1; Suidas, v» Maxence; la

L'empereur, du reste , coupa court à tout commentaire en faisant fabriquer l'étendard dont l'image lui avait été montrée (1). Eusèbe le décrit en ces termes : « C'était une haste allongée revêtue d'or et munie d'une antenne transversale en forme de croix. Le sommet portait une couronne d'or et de pierreries. Au centre de la couronne paraissait le signe du nom salutaire (de Jésus-Christ), c'est-à-dire un monogramme désignant ce nom sacré par ses deux premières lettres (grecques) groupées, le P au milieu du X. A l'antenne oblique traversée par la haste pendait un voile de pourpre, enrichi de pierres précieuses artistement combinées entre elles, qui éblouissaient les yeux par leur éclat, et de broderies d'or d'une beauté indescriptible. Ce voile fixé à l'antenne était aussi large que long, et avait à sa partie supérieure les bustes de l'empereur chéri de Dieu et de ses enfants , brodés en or (2). Constantin se servit toujours dans la suite de cet étendard salutaire , et en fit faire un semblable pour chacune de ses armées (3). » Telle est

Clironiquc d'Alexandrie; les Acta S. Artemii, dans Surius, Vitx SS.. t. X, p. 310.

(1) Comme le dit M. le duc de Bioglie, si Ton trouve quelques diflicultés dans le récil du prodige, « on en trouve bien plus encore à expliquer l'apparition du fameux labarum sur la plupart des monnaies, des inscriptions et des insignes impériaux à partir de celte époque. » Deux Portraits de Constantin, dans le Correspondant, 25 octobre 1888, p. 59i, et dans Histoire et Diptomatie, 1889, p. 217.

(2) Les bustes ne furent brotlés que plus lard, car en 311 Constantin n'avait encore d'autre fils que Crispus, né de son premier mariage.

(3) Eusèbe, De vita Constantini, I, 31. Cf. Prudence, Contra Symmachum, I, 464-466, 487-489.

l'enseigne connue sous le nom de labarum (1) et dont la copie se retrouve, avec quelques variantes, sur de nombreux monuments (2).

Le nouvel étendard put être porté en tète de l'armée sans exciter les protestations des soldats païens. Par sa forme il différait peu de l'enseigne ordinaire de la cavalerie, pique coupée d'une barre transversale, à laquelle pendait un voile de couleur éclatante. La seule différence était que les bustes impériaux remplaçaient, surl'étofîe, le numéro de l'escadron ou de la cohorte, et qu'au sommet de la pique rayonnait, dans un cercle d'or, le monogramme formé du chi et du rliô entrelacés. La croix proprement dite était en-

(1) L'origine de ce mot est inconnue. M. Duruy le fait venir du chaldéen lahai\ qui dans la langue assyrienne avait le sens de durée, d'éternité (Histoire des Romains, t. VII, p. 42). Saint Grégoire de Nazianze lui donne une origine latine, laborum salvcndorum, l'étendard qui rend faciles les travaux [Oralio IV, 66). Voir d'autres étymologies, tirées du latin, du grec, du celte, dans Dictionary of Christian antiquities, s, v., p. 9û9. D'après Sozomène {Hist. EccL, ï, 4), l'étendard porté devant l'empereur s'appelait déjà labarum ou laboron, et fut seulement modifié par Constantin, qui y ajouta le monogramme du Christ.

(2) L'étendard constantinien est représenté (mais sans le voile) sur un sarcophage du quatrième siècle, au musée de Latran ; deux soldats sont assis près de lui et semblent le garder [Rome souterraine, p. 443, fig. 45). On le rencontre soit dans la main de l'empereur, soit gardé par deux soldats, sur un grand nombre de médailles de Constantin et de ses successeurs; mais souvent la forme est simplifiée, et le monogramme, au lieu d'occuper le sommet de la haste, est dessiné sur le voile qui y est suspendu. — Un cercle de bronze enfermant le monogramme, conservé au musée chrétien de la bibliothèque Vaticane, paraît avoir formé la cime d'un labarum. De Rossi, Roma sotterranea, t. III, p. 341, n" 2; Bullellino di archeologia cristiana, 1877, p. 56, 68.

core dissimulée, ou plutôt elle résultait seulement du croisement de la haste avec l'antenne, qui, dès le temps de Tertullien , en avait offert aux soldats chrétiens la secrète image (1). Mais, surmontée désormais des lettres sacrées, cette image prenait à leurs yeux toute sa signification : elle devenait le signe de la victoire promise, ou plutôt le symbole de la victoire déjà gagnée, le gage de la conversion de l'empereur et de l'Empire.

Les Alpes franchies, Constantin se rendit maître, en quelques mois, du nord de l'Italie. Suse, Turin, Milan, Brescia, Vérone, Aquilée, Modène, tombèrent successivement dans ses mains (2). Un échec éprouvé en approchant de Rome ne ralentit pas son ardeur (3). Résolu à vaincre ou à périr, Constantin rallia ses troupes, et, traversant rapidement l'Étrurie, se porta vers la ville éternelle à marches forcées. Maxence, cependant, ne remuait pas. Pendant que ses généraux combattaient, il continuait sa vie de plaisirs, et préparait tranquillement les fêtes qui allaient, dans quelques jours, célébrer l'accomplissement de sa sixième année de règne. Sa foi dans les oracles et les devins lui avait inspiré une telle sécurité, qu'au lieu de se couvrir du Tibre pour en disputer le passage à son

(1) « In Iropœis cruces intestina sunt trop.Tonini... Omnes illi irnaginum suggestus insignes, nionilia crucinn sunt : sipliara illa vexilloruni et cantabrorum stola) crucum snnf. » Terlnllien, Apol., \(\; cf. Minucius Félix, Octavius, 2\).

(2) Paneg. vet., 6, 7.

(3) Lactance, De mort, pers., 44.

adversaire , il envoya ses soldats au-devant de Constantin pai* la voie Flaminienne, avec ordre de passer le ileiive et d'appuyer leur arrière-garde à la rive droite , sans autre ligne de retraite que le pont Milvius, flanqué à la hâte d'un pont de bateaux (1). Eusèbe attribue cette absurde manœuvre à une sorte d'aveuglement providentiel : Dieu, dit-il, voulait perdre Maxence hors de Rome, afin d'épargner aux habitants les souffrances d'un siège (2). Rencontrant l'avant-garde ennemie à deux heures de marche environ en deçà du Tibre, vers les Roches Rouges, près de l'ancienne villa de Livie (3) , Constantin se réjouit d'une faute qui mettait toute l'armée de Maxence à la merci d'une première attaque (4). Cependant il n'oublia pas d'élever encore une fois son âme vers le Dieu qui lui avait promis la victoire. Si l'on en croit Lactance, un songe lui montra de nouveau le Christ, donnant l'ordre de graver sur les boucliers des soldats de monogramme qui brillait déjà sur leurs drapeaux (5).

(1) Paneg. vet., 6, 7 ; Zosîme, II, 15; Lactance, De mort, pers., 44.

(2) Eusèbe, Hisl. EccL, IX, 9, 4; ^e vita Const., I, 38.

(3) BuUetiino di arch. crist., 1863, p. 40.

(4) Ainelius Victor, De Cxsaribus, 40.

(5) « Coininonitus est in quiète Constantinus ut cœleste signum Dei notaret in sentis, atquc ita prœliuin cominitteret. Fecit ut jussus est, el, transversa X litlera sunimo capite circumflexo, Christum in sentis notât. » Lactance, De mort, pers., 44. S'il n'y a pas confusion dans ce récit, le son^e que raconte Lactance est diflerent de relui qui suivit l'apparition de la croix dans le ciel. L'ordre donné par le Christ n'est pas le même, puisqu'il n'a plus trait à l'étendard, mais à l'inscription du monogramme sur les boucliers. Y est-il fait allusion dans une médaille d'Eudoxie, qui représente la Victoire, assise, gravant

230 LA BATAILLE DU PONT MILVIUS ET L'ÉDIT DE iMILAN.

Le lendemain, 28 octobre, jour anniversaire de l'avènement de Maxence , Constantin marcha vers le fleuve. Pendant que « sur les sommets des sept collines chargées de temples, de palais, de souvenirs et d'années, tous les dieux du monde antique semblaient se dresser pour découvrir dans le lointain des airs l'étendard de la croix (1), » Maxence, sûr du succès, et comme indifférent au péril que couraient ses soldats, contemplait de la loge impériale les jeux célébrés dans le cirque en son honneur. Les huées du peuple indigné , qui acclamait d'avance la victoire de Constantin, finirent par l'en chasser (2). Passant bientôt de la sécurité à la terreur, il envoya en toute hâte consulter les livres sibyllins; mais leur réponse le rassura : les quindécemvirs avaient lu que l'ennemi de Rome périrait sûrement (3), et l'ennemi de Rome ne pouvait être que celui de Maxence! Il se décida enfin à joindre l'armée, et, par le pont de bateaux, qui, peu

sur un bouclier le monogramme constantinien? Une allusion plus ancienne et plus précise est dans les vers de Prudence, qui montre, lors de l'entrée de Constantin à Rome, le chiffre du Christ brillant au sommet et sur le voile du labarum, et en même temps inscrit sur le bouclier des soldats :

Christus purpureum gemmanti textus in auro Signabal labarum, clypeorum insignia Chrislus Scripserat, ardebat summis crux addita cristis.

Contra Symmaclium, I, 486-488.

(1) A. de Broglie, VÉglise et V Empire romain, t. I, p. 229.

(2) Lactance, De mort, pers., 4i.

(3) « Illo die hostem Romanorum esse periturum. » Ibul. — Sur les consultations des livres sibyllins, voir les Dernières Persécutions du troisième siècle, p. 215-217.

LX BATAILLi: DL PONT MILVIUS (312). 231

solide, se rompit après sou passage (1), il arriva dans la plaine au plus fort de l'action. A sa vue, la mêlée devint furieuse (2); mais les prétoriens eux-mêmes, poussés par l'élan irrésistible des soldats de Constantin, se trouvèrent acculés au fleuve : la retraite, ou plutôt la fuite , commença dans le plus grand désordre; des milliers d'hommes s'écrasèrent sur l'étroite chaussée du pont iMilvius, ou disparurent par les fentes du pont de bateaux, l^ne partie de l'armée de Maxence fut ainsi culbutée dans le Tibre. Maxence , avec les gardes du corps qui essayaient de le protéger, céda à l'elfroyable poussée : on le vit tomber dans le fleuve, où sa lourde cuirasse le fît enfoncer comme une masse de plomb (4). « Chantons au Seigneur, s'écrie Eusèbe après Moïse : il vient de glorifier sa puissance! 11 a jeté à l'eau le cheval et le cavalier. Il s'est montré notre protecteur et notre sauveur... Qui est semblable à vous parmi les dieux. Seigneur, qui est semblable à vous, grand en sainteté, terrible, digne de toute louange, et opérant des merveilles (4-)? »

L'entrée de Constantin à Rome fut un vrai triomphe :

(1) « Quo responso in spem vicloriœ inductus procedit, in aciem venit. Pons a tergo ejus scindilur. » Lactance, /. c. Eusèbe et Zosime disent que le pont avait été à dessein formé de bateaux mal attachés, afin de s'ouvrir sous l'armée de Constantin ; cela est peu vraisemblable.

(2) « Eo viso pugna crudescit. » Laclance, l. c.

(3) Lactance, De mort, pers., 44 ; Eusèbe, De vita Constanlini, I, 38; Zosime, II, 15; Aurelius Victor, Epilome; Paneg. cet., 6.

(4) Eusèbe, Hist. EccL, IX, 9, 8; De vita Conslantini, l, 38. —

la foule se pressait autour de lui, non avec cette curiosité banale qui la porte vers tous les vainqueurs, mais avec le sentiment d'une vraie délivrance. Les sénateurs, les uns tirés de prison, les autres affranchis de la terreur qui avait pesé sur leur ordre, applaudissaient l'étendard libérateur, et oubliaient leurs vieux préjugés païens pour s'incliner devant les boucliers marqués du signe du Christ (1). Non seulement les grands, mais les humbles, femmes, enfants, esclaves, saluaient d'une immense acclamation le protégé du ciel (2). Le peuple le suivit jusqu'au Palatin; longtemps ses flots bruyants battirent les murailles de la colline impériale; peu s'en fallut qu'ils ne fissent irruption jusque dans le palais, et qu'une émeute d'amour et de reconnaissance n'en franchit « le seuil sacré (3). »

Dans ce premier séjour à Rome, Constantin se m ontra digne de la religion au nom de laquelle il venait de vaincre. Il n'exerça point de représailles, réprima les délateurs [k), et sut résister aux désirs du peuple altéré de vengeance (5). Le fils de Maxence et les plus

(t)Eusèbe, De viia Constantini, I, 39. Cf. Prudence, Contra Symmachum, I, 493-495 :

Tiuic illc scnalus

Militiii; ultricis tilulum Cliristique vcrcnduni Nonien adoravit, (luod conliu'cbal in ariuis.

{'!) Eiisèbe, Hisl. EccL, IX, 9, 9; De vlla Const., 1. c.

(3) « Qucri lam cilo accessissc Palatiiini... pœnc eliam sacrum linien irruinpere... eum a quo obsidione libcrali fueranl, obsidere. » Paneg. vet.y 6.

(4) Code Tlu'odosien, IX, x, 1; cf. 2, 3.

(5) Paneg. vet-, 6.

intimes agents de sa tyrannie furent seuls conduits au supplice (1). En même temps, la milice prétorienne fut cassée, son camp démantelé, les autres milices urbaines diminuées en nombre (2). Rome, délivrée de l'oppression militaire, redevint une ville libre, la capitale d'un grand empire. Les bienfaits du régime nouveau s'étendirent sans délai au reste de l'Italie, à l'Afrique, et à tout l'ancien domaine de Maxencc; les prisons s'ouvrirent partout pour ses victimes, les biens injustement saisis furent restitués, les exilés revirent leur patrie (3) ; d'intelligentes distributions d'argent, de vivres, de vêtements, des secours discrètement donnés aux veuves et aux orphelins, vinrent atténuer la misère publique (4). Les chrétiens ne furent pas oubliés dans ces largesses : le Palatin étonné vit des hommes pauvrement vêtus, d'humbles ministres de l'Évangile s'asseoir à la table du prince et se mêler à ses conseils (5) ; le trésor public reçut pour la première fois l'ordre de contribuer à la construction des églises (6); le vieux palais des Laterani, qui venait de prendre le nom de l'impératrice Fausta, fut donné au pape iMiltiade pour devenir sa demeure, le siège de l'administration ecclésiastique et la première cathédrale de la chrétienté (7).

(1) Paneg. vet., 7; Zosiine, II, 17.

(2) Paney. vet., 6; Zosime, II, 17; Aiirelius Victor, DeCxsaribus, 40.

(3) Eusèbe, De viia Const., I, 41.

(4) ma. 43.

(5) Ibid., 44.

(6) Ibid.

(7) Nous verrons en 313 le pape Milliadc présider in domo Faustee

Cette faveur si tôt montrée au clergé catholique ne suscita de la part des païens aucun mouvement de jalousie : le sentiment de la délivrance était trop vif encore pour ne pas dominer toute autre impression. Les sectateurs des deux cultes paraissent, dans ces premiers temps, n'avoir rivalisé que d'hommages envers Tempereur. Le sénat célébra par la fondation de jeux annuels « la défaite du tyran et Tavènement de Constantin (1); » se trompant peut-être aux égards dont celui-ci se montrait prodigue envers les pères conscrits (2), il se crut appelé à régler les préséances dans le collège impérial ; aussi pensa-t-il honorer le vainqueur en lui décernant par une délibération solennelle le titre de « premier des Augustes (3). » La haute assemblée ne borna point à ce vote les marques de sa reconnaissance : le petit temple rond bâti par Maxence sur la voie Sacrée en l'honneur de son fils Romulus fut dédié à Constantin (4); et l'on commença, aux dépens d'autres édifices dépouillés

in Lalerano un concile de dix-huit évêques (saint Optât., Deschism. donat., I, 33). L'Église de Rome élant en possession de tous ses tituli, le choix de ce lieu de réunion ne s'expliquerait pas si le Latran ne lui avait dès lors appartenu; Baronius, Ann., ad ann. 312, § 82-, De Rossi, Bull, di arch. crisL, 18G3, p. 52; Stevenson, Scoperte d'anlicJn edifizi al Lalerano, dans Ann. delV Insl. di corr. arch., 1877, p. 232' Duchesne, le Liber Pontif., t. I, p. 191, note 28.

{{) Evictio iyranniy adventus Constantini. Calendrier philocalien, aux 28 et 29 octobre; Corp. inscr. lat., t. I, p. 405.

(2) Paneg. vet, 6.

(3) Laclance, De mort, pers., 44.

(4) Ce petit temple servit ensuite de vestibule à l'église des saints Côme et Damien, construite elle-même par l'adaptation au culte chrétien d'une aula consacrée aux archives cadastrales de Rome; voir De

r.A BATAILLE DU PONT MILVIUS (312). 235

pour lui de leurs bas-reliefs, la construction de Tare triomphal qui s'élève entre le Palatin et le Colisée (1). Sur ce monument, où la décadence artistique, sensible dans les détails, n'a point encore altéré Tharmonic des proportions et la grAce robuste de l'ensemble, fut mise la célèbre inscription dans laquelle le sénat en majorité païen et le peuple partagé entre les deux cultes attribuent au secours d'en haut la victoire remportée sur l'ennemi de Rome : « A l'empereur César Flavius Constantin, très grand, pieux, heureux, auguste, le sénat et le peuple romain ont dédié cet arc de triomphe, parce que, grâce à nnspiration divine et à la grandeur de son génie , il a, avec son armée, vengé dans une guerre juste la République du tyran et de toute sa faction (2). » L'examen des lettres et des blocs sur lesquels elles sont gravées a montré que les mots instinctv divi- MTATis ne forment pas, comme on l'avait supposé, une addition postérieure et appartiennent au texte

Rossi, Bullettino di arch., crist., 18G7, p. 61-71; Lanciani, Bull, délia comm. arch. comunale di Roma, 1884, p. 29-54.

(1) Dédié en 315.

(2) IMP. CVES. FL. CONSTANTINO MAXIMO

P. I . AVGVSTO S. r. Q. U.

QVOD INSTINCTV DIVINITATIS MENTIS

M.VGNITVDÎNE CVM EXERCITV SVO

TAM DE TYR\NNO QVAM DE OMNI EIVS

FACTIONE VNO TEMPOIIE IVSTIS

KEMPVHLICAM VLTVS EST ARMIS

ARCVM TRIVMPHIS INSIGNEM DICAVIT.

Sous l'arche centrale, d'un côté : liberatori vrkis; de l'aulrc : FVNDATORi QViETis. Corp. inscv. lat., t. VI; 1039.

primitif (1) : la valeur singulière qui s'y attache résulte , non de l'expression employée par le sénat, qui était au quatrième siècle entrée dans la langue courante (2), mais de l'allusion qu'il est difficile d'y méconnaître : cet aveu, si voilé qu'il soit, peut être mis à côté d'un passage déjà cité d'un panégyrique, comme indice de l'état de l'opinion païenne au sujet des circonstances qui préparèrent ou accompagnèrent le succès de Constantin.

A l'exemple du sénat, les particuliers, les villes, les provinces, voulurent honorer par des monuments et des fêtes « le libérateur de Rome , le fondateur du repos public. » Pendant que l'on travaillait encore à l'arc de triomphe, commençait à s'élever presque en regard, au sommet de l'Esquilin, une basilique (3) construite aux frais d'un consul (i), qui rappellera par ses décorations de marbres découpés, incrustées de nacre, la défaite de Maxence, la tête du tyran portée par les soldats, les courses et les spectacles par lesquels fut célébrée la victoire (5). Mais nulle part l'enthousiasme ne parut aussi grand qu'en Afrique, où la cruauté de Maxence s'était fait plus durement sentir. La tête du vaincu, montrée d'abord

(1) Bullettino di archeologia crlstiana, 1803, p. 40, 57-60, 86.

(2) De Cliampagny, les Antonins, t. I, p. 380, 395,416; De Rossi,^?<//« diarch. crist., 1863, p. 59; Diiriiy, Histoire des Romains, t. VJI, p. 57-

(3) Devenue l'église de Saint-André, aujourd'hui délruile; voir Duchesne, le Liber Pont., t. I, p. 250, note 2; Armellini, le Chiese di Borna, p. 115-118.

(4) Junius Bassus, consul ordinaire en 317.

(5) B^iU. di arch. crist., 1871, pi. I-IV et p, 53.

L\ lUTAlLLE DU PONT MILVIUS (312). 237

au peuple de Rome, avait été envoyée à la malheureuse province comme signe sensible de sa délivrance. La joie éclata de toutes parts. Cirta, presque entièrement ruinée lors de la guerre contre Alexandre, se hâta de prendre le nom de Constantine (1). Les manifestations populaires et les hommages officiels se produisirent à l'envi. On promenait processionnellement dans les villes des tableaux représentant la bataille du pont Milvius (2) ; les autorités provinciales instituaient un collège de prêtres pour célébrer, au nom de Tx^frique, le culte civil de la famille Fia via, c'est-à-dire présider à des jeux périodiques en son honneur (3).

En acceptant la dédicace de ces temples sans idoles, en autorisant l'institution de ces sacerdoces sans sacrifices, Constantin, qui parait s'être abstenu per-

(1) Aurelius Victor, De CœsarihMS, 40.

(2) Table de marbre trouvée en Algérie, baute de 0"',47, large de 0",36, nialboureusement incomplète. A la partie gaiicbe, seule subsistante, sont points trois hommes en togo, la tête laurée, se dirigeant vers la droite; l'un d'eux tient un rameau d'olivier. Derrière eux marcbent quatre bommes en tunique, portant sur leurs épaules un tableau, où se reconnaît un pont de pierre chargé de chevaux et de chars, au bas duquel est amarrée une barque (allusion vraisemblable au pont de bateaux). Le sujet du tableau est indiqué par l'inscription :

PONS MVLVI

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