‹ La persécution de Dioclétien et le triomphe de l'église (volume 5)Chapitre 13 sur 57 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

SOMMAIRE. — I. F.A promllcatiox de l'kdit et les événements de Nicomédie.

— Gal('re à Nicnim-die. — Ses efforts pour décider Diocléticn à la persi-cution. — Conseil |)rivi'. — Consultation de l'oracle de Milet. — Dioclélien se résout à persécuter. — Destruction de l'église de Nicomédie.

— Afiicliage de l'édit de i)ersécution. — Articles de l'édit ordonnant la destruction des églises et des livres saints, interdisant les asseniljlées. dégradant ou privant de liberté les chrétiens. — Exemplaire de l'édit déclaré par un lidéle. — Supplice de celui-ci.— Preniierincendie dupa-

' lais impérial. — Galère en accuse les clirétiens. — Second incendie probablement imputable à Galère. — Peur et colère de Diocléticn. — Chrétiens de Mcomédie mis en demeure de sacrilier. — Apostasie des im|)ératrices. — Martyre d'eunuques et de chambellans. — Exécution de révê(|ue Antilime et de membres du clergé. — Laïques mis à mort. — Sacrilice préalable exigé des plaideurs. — II. L'exécutiox de i.'édit. — Date de sa mise en vigueur dans les i)rovinces orientales. — Cyrille, évcciue d'Antiociie. envoyé aux mines. — Défections ))armi les chrétiens de cette ville. — Héroïsme du diacre Romain. — Églises abattues en Asie. — Leur destruction retardée en Galatie et en Tlirace. — Bassus. gouverneur de Thrace. favorable aux clirétiens. — Des femmes, à Tliessalonique, cachent les Écritures. — Martyre d'Agatlioiiode et de Théodule.

— La persécution en Occident. — Constance Chlore fait abattre queUpics églises. — 11 n'in(|uiète pas autrement les chrétiens. — Piquante leçon donnée à ses courtisans. — Maximien Hercule exécute rigoureusement l'édit. — Destruction des livres sacrés en Espagne. — Destruction. ;'i Rome, de la bibIiotlié(|ue et des archives ])ontificales. — Confiscation des biens de l'Église romaine. — Efforts des clirétiens pour sauver de la pro fanation les tombes des martyrs. — Parties de catacombes enterrées. — Destruction d'édifices au-dessus des cimetières. — III. Les traditelt.s.

— Violence de la persécution en Afri<|ue. — Profanation des areœ sépulcrales. — Les Écritures livrées par de nombreux traditeurs. — Procèsverbal de la perquisition faite dans l'église de Cirta. — Faiblesse du clergé de Cirta. mêlée de <|uelque courage. — Stratagème de Mensurius. évoque de Carthage, (lour sauver la bibliothèque et les archives de son église. — Blâme dirigé par lui contre les exagérés qui pro\0(|uaienl inutilement les persécuteurs. — Héroïsme douteux de Secundus de Tigisis.

— Sage prudence de Félix d'Aptonge. — Martyre de Félix de Tibiuca. — Laïques martyrisés'en Numidic. — Conversion du rhéteur Arnobe.

La promulgation de l'édit et les événements de Nicomédie.

Galère passa les derniers mois de 302 et les premiers de 303 à Nicomédie, près de son beau-père Dioclétien (1). Excité lui-même par les conseils de sa mère, cette fanatique paysanne qui haïssait les chrétiens, il ne cessait, à son tour, de les dénoncer au vieil Auguste (2). Des colloques à leur sujet avaient lieu quotidiennement entre les deux empereurs, dans le vaste palais de Nicomédie encore tout peuplé de fidèles.

Pour échapper à la surveillance incessante que les courtisans et les serviteurs exercent sur les souverains, l'Auguste et le César se rencontraient dans l'ombre, comme des conspirateurs. Personne n'était admis à leurs entretiens (3). On les croyait occupés des grands intérêts de l'État, de la préparation des lois, de la marche des armées {h). Si quelqu'un, cependant, avait pu surprendre leurs paroles à travers les portes soigneusement fermées, il eût éprouvé pour l'un des deux interlocuteurs cette sorte de sympathie dans

(1) Lactance, De mortibus perseciitorum, 10.

(2) Ibid., 11.

(3) « Cum nemo admilterctur. » Ibid.

(4) « Et omnes de summo statu reipublicae traclari arbilrarentur. » Ibid.

laquelle il entre un peu d'estime et beaucoup de pitié. A Galère méprisant et impérieux Dioclétien répondait lentement, en vieillard qui défend pied à pied sa politique, son œuvre, sa fortune contre un héritier impatient de tout bouleverser ( 1 ) , 11 montrait les païens et les chrétiens unis dans une commune obéissance aux lois, le monde jouissant partout de la paix religieuse, et suppliait le furieux César de ne pas détruire un si bel ordre, fruit de dix-huit ans de sag-esse. Rendu humain par les années et par le long exercice du pouvoir, il parlait de sa répugnance à verser le sang, de la facilité avec laquelle les chrétiens affrontaient la mort, de l'affreux carnage qu'entraînerait une déclaration de guerre à l'Église (2). Mais aucune considération d'humanité ou de politique ne pouvait arrêter Galère. En vain Dioclétien lui offrait une sorte de transaction : on continuerait à chasser les chrétiens de l'armée, on exclurait même du palais les courtisans, les employés et les serviteurs qui professaient leur foi; à ce prix, la masse de la population chrétienne ne serait pas inquiétée (3). Galère ne voulut rien entendre, et ne se contentait pas à moins d'une proscription universelle (4).

Las de résister, Dioclétien demanda que la respon-

(1) « Diu senex furori ejus repugnavit. » De mort, pers., 11.

(2) « Ostendens quam perniciosum esset inquietan orbem terrae, fundi sanguinem multorum, et illos libenter mori solere. » Ibid.

(3) « Satis esse si palatines tantum ac milites ab ea religione prohiberet. » Ibid.

(4) « Nec tamen deflectere potuit prsecipilis hominis insaniam. » Ibid.

sabilité d'une décision fût partagée (1). Il aimait à garder pour lui le mérite de ses bonnes actions; mais, se voyant acculé à la nécessité de faire mal, il ne s'y résignait qu'à la condition d'y paraitre contraint par un semblant d'opinion publique (2). Sur ces bases, l'entente se fit aisément : d'un commun accord on décida de mettre fin au secret dont avaient été jusquelà enveloppées les délibérations des deux empereurs. Quelques fonctionnaires civils et militaires furent convoqués en conseil privé, afin de statuer sur le sort des chrétiens (3) .

Le résultat fut ce qu'on pouvait attendre. Chacun parla à son tour, d'après son rang et son grade (ij. Plusieurs de ces conseillers partageaient les haines ou les préjugés de Galère. Il y avait parmi eux des magistrats civils, imbus des principes néoplatoniciens, et voyant dans le christianisme une secte rivale de leur philosophie. Lactance cite le plus influent et le plus passionné, cet Hiéroclès dont nous avons parlé déjà, et dont le nom se retrouvera encore dans l'histoire de la persécution (5). Peut-être la rivalité philosophique

(IJ « Piacuit crgoamicoriim sentenliaiiiexiicriri. » 0<? «ior^pcr*., 11.

(2) « >am erat hujus inalitiae. Cuin bonuraquid f'acere decrevisset, sine consilio faciebat, ut ipse laudaretur. Ciim autem inaluin, quoniam id reprebendenduin sfùebat, in consilium niultos advocabal, ut aliorum culpee ascriberetur quidquid ipse deliquorat. » Ibicl.

(3) (( Admissi ergo judices pauci et pauci militares. » Ibid. \k} « Ut digiiitate antecedebant, interrogabantur. » Ibid.

(5j « Hierocleni ex vicario prœsidem, qui auctor et consiliarius ad l'acicndam persecutionemfuit. » De mort, pers., 16. — L'expression « ex vicario prœsidem » a souvent embarrassé les historiens. Elle signifie

PROMULGATIOiN DE LEDIT. 151

n'animait-elle pas seule de tels hommes, qui avaient soulfert avec indignation la concurrence de collègues chrétiens dans le gouvernement des provinces, la direction des finances ou radministration des cités, et saisissaient avec joie l'occasion de leur fermer l'accès des carrières publiques. On peu h croire cjue les militaires appelés au conseil y portaient des sentiments moins complexes. C'étaient prol)ablement des camarades et des admirateurs du vainqueur de la Perse, unissant comme lui à la vaillance guerrière une complète ignorance ou un grossier dédain des choses de l'âme. Ceux-ci votèrent de bonne foi l'extermination des ennemis des dieux, des adversaires de la religion nationale (1). D'autres conseillers, cpii ne pensaient ni comme les amis d'Hiéroclès ni comme les compagnons d'armes de Galère, se prononcèrent dans le même sens. Habitués à. lire dans la pensée impériale, ces habiles gens avaient compris que le débat s'agitait

qu'avant dentier dans les charges publiques, telles que celle de président d'une province, Hiéroclès avait passé par les emplois de cour, et débuté par être vicarius a consiliis sacris, fonction instituée par Dioclétien après la réorganisation du consiliion principis. Le cursus lionorumde C. CœliusSaturninus, publié dans le Corpus inscr. lut., VL 1704, montre de même ce magistrat occupant successivement diverses fonctions du palais, devenant enfin licarius a consiliis sacris avant (l'arriver aux grandes charges financières et politiques. Voir Edouard Cuq, le Conseil des empereurs, d'Auguste à Dioclétien, dans les Mémoires présentés par divers savants à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 188i. p. 466-'j76.

(1) « Quidam proprio adversus christianos odio inimicos deorum et hostes religionum publicarum tollendos esse censuerunt. » De mort, pers., U.

entre une volonté inflexible et une volonté défaillante, et que la première triompherait de tous les obstacles : soit par crainte de déplaire, soit par désir de flatter, ils sacrifièrent les chrétiens sans hésitation sinon sans remords (1). La race des Pilate n'était pas éteinte après trois siècles : ses imitateurs tremblaient, comme lui, de ne pas paraitre assez « amis de César ».

Le malheureux Auguste, cependant, ne céda pas encore tout à fait. Il cherchait à retarder l'acte impolitique et cruel qu'on exigeait de sa faiblesse. Il résolut ou plus probablement on lui suggéra une démarche dont l'issue ne pouvait être douteuse. Un aruspice (peut-être un de ceux-là mêmes qui naguère l'avaient décidé à expulser les soldats chrétiens) fut envoyé par lui à Milet pour consulter l'oracle d'Apollon Didyméen (*2). Celui-ci « répondit en ennemi de notre divine religion », nous apprend simplement Lactance (3). Constantin, qui vivait alors près de Dioctétien, donne des détails plus précis. L'oracle caché au fond de l'immense et magnifique temple (i) se plaignit d'être réduit à l'impuissance. Des justes répandus sur la terre l'empêchaient d'annoncer l'avenir : du trépied sacré ne tombaient plus que des avis trom-

(1) « Qui aliter senliebant. inlellecta honiinis voluntate. vel timentes vel gratilicari voleiites, ia eamdem senlenliain congruerunt. » De mort, pers., 11.

(2) « Xecsic quidem llexus estimperator ut acconimodaret assensum, sed dcos potissimumconsulere statuit, inisitque aruspicem ad ApoUinem Milesium. » Ibid.

(3) « Respondit ille ut divinœ religiouis inimicus. » Ibid.

(4) MiY'<ïT^"' vaùjv twv Ttivrwv. Straboii, Geogr., XIV, i, ô.

PROMULGATION DE L'ËDIT. 153

peurs. Se lamentant de sa déchéance, le prêtre d'Apollon agitait ses cheveux hérissés, comme en proie à lesprit du dieu (1). Cette parole ambiguë, cette plainte étrange fut rapportée à Dioctétien. Son esprit naturellement superstitieux en resta plus frappé que d'une réponse directe. Il interrogea, dans son trouble, les personnes qui l'entouraient, officiers du palais ou prêtres païens. On fut unanime à reconnaître les chrétiens dans les justes dénoncés par Apollon (2). Sans prendre garde à l'hommag-e involontaire rendu à la vertu de ceux qu'on lui demandait de proscrire, Dioctétien sentit ses hésitations dissipées. Il avala ces paroles comme du miel, dit Constantin (3). Désormais la lutte pénible qu'il soutenait avec les autres et avec lui-même était terminée. Ne pouvant résister à ses amis, à César et à Apollon ligués ensemble, il se rendit (4). En échange de sa défaite, il obtint à son tour une concession. Le fanatique Galère avait demandé que tous les chrétiens fussent mis en demeure de sacrifier aux dieux, et ceux qui refuseraient brûlés vifs; Dioclétien essaya de rester modéré dans l'injustice, et voulut que la persécution enfin décidée n'entraînât pas d'effusion de sang (5) . Galère l'accorda : il savait

(t) Eusébe, De vita Constantini, If, 50.

(2) Ibid., 51.

(3) Ibid.

(4) « Quoniara nec amicis, nec Cœsari, nec ApoUini poterat reluctari. » De mort, pers., 11.

(5) « Hancmoderationemlenere conatusest, ut eam rem sine sanguine Iransigi juberet, cum Cœsar vivos cremari vellet qui sacrificio répugnassent. » Ibid.

loi LE PREMIER ÉDIT DE PERSECUTION.

Lien qu'il ne dépendrait que de lui de faire naître ensuite quelque incident, par où les intentions de l'empereur seraient encore une fols chang^ées.

On se liàta d'engager celui-ci dans la voie de la violence. Avant même que ledit . de persécution fût lancé, uù premier acte d'hostilité eut lieu à Nicomédie, par l'ordre et sous les yeux de l'Auguste et du César. Le jour fut choisi avec ce mélange de superstition et de subtilité qui caractérise une époque de décadence. Le sept des calendes de mars (27 février) était la fête des Terminalia, destinée à célébrer les limites des champs, et marquée par des sacrifices à Jupiter Terminus il . Il parut que cette date conviendrait à une solennelle démonstration contre le christianisme, arrivé, dans la pensée des empereurs, à la limite extrême, au terme définitif de son existence (2).

Dès le point du jour, à la lumière encore douteuse du crépuscule, une troupe armée se mit en marche : le préfet du prétoire la commandait, accompagné de chefs supérieurs et de tribuns, comme pour une expédition militaire ; des agents du fisc suivaient, car il s'agissait aussi d'un acte de confiscation et de pillage régulier (3). On arrive à la principale église.

(1) Marquardt, Rômische StaatsverwoUuug, t. III. p. 196.

(2) « Ut quasi terminus imponeretur Imic religioni. » De mortibus persecutorum. 12.

;3) « Qui dies curn iiluxisset.... rei)ente adliuc dubia iuce ad e< f^lesiam prcefectuscuinducibus et tribunis et rationalibus venit. « Ibid.

Les portes sont arrachées (1) : les soldats se répandent dans le saint lieu, cherchant, disent-ils, la statue du dieu des chrétiens (2). Cette vaine recherche les conduisit à la tribune absidale , sur laquelle s'ouvraient les armoires ou chambres destinées à contenir d\in côté les vases sacrés, de l'autre les saintes Écritures, les livres liturgiques, les ouvrages composant la bibliothèque de l'église (3). Ils jetèrent au feu tous les manuscrits, et se partagèrent les objets précieux [ï). La basilique était remplie de soldats et d'employés, pillant, s'agitant, courant çà et là (5). Durant cette scène de désordre, les deux empereurs se tenaient à une fenêtre du palais, d'où ils apercevaient l'édifice chrétien, construit sur une hauteur. Longtemps ils délibérèrent sur son sort. Galère, toujours porté aux mesure extrêmes, voulait qu'on le brùlàt (6). Dioclétien résistait, craignant que de l'église l'incendie se communiquât aux maisons contiguës, et que tout un (piartier de Nicomédie, plein de grands et beaux monuments, périt avec elle (7). Enfin son avis jorévalut :

(1) « Revulsis foris. » De morlihus perseculorum, 12.

(2) « Simulacrum dei quseritur. » Ibid.

(3) De Rossi, De origine, hisioria, indicibus scrinii et bibliothecce sedis apostolicx, p. xvii.

(4) « Scripturte repertœ incenduntur, datur omnibus prœda. » De mort, pers., 12.

(5) « Ipsi vero in speculis (in alto enim constituta ecclesia ex palatio viàebatur) diu inter se concertabant, utrum ignem potins supponi oporteret. » Ibid.

(G) « Rapitur, trepidalur, discurritur. >■ Ibid.

(7) « Vicitsenlenlia Diocletianus,cavensne niagnoincendio factopars

on se contenta d'envoyer une escouade de prétoriens chargés de la démolir. Us s'avancèrent en ordre de bataille, la hache et les outils à la main, investirent l'église, et, avec l'adresse des soldats romains exercés à tous les travaux (1), commencèrent à renverser les murailles. En peu d'heures la haute cathédrale fut rasée (2).

Le lendemain, païens et chrétiens pouvaient lire sur les murs de Nicomédie Tédit de persécution. Il contenait quatre articles principaux. Les assemblées chrétiennes étaient absolument interdites (3). Les églises devaient être abattues (i). Les livres sacrés qu'elles contenaient ou que possédaient les clercs et les fidèles devaient être jetés au feu (5). Les chrétiens de rang élevé perdaient tous leurs privilèges, et tom-

ali(|ua civilalis ardeiet. >arn iiuilt;e ac magnœ dornus ab ornni parte cingebant. » De mort, pers., 12.

(1) Sur les constructions d'édifices, de ponts, de oanaux.de tunnels, de" routes, exécutées dans les provinces par les légions, voir Lacour-Gayet. Anionin le Pieux, p. 165-171. — « La paix avait des travaux plus rudes que la guerre pour ces armées intelligentes. Par elles, la terre de la patrie était couverte de monuments ou sillonnée de larges routes et le ciment romain des aqueducs était pétri, ainsi que Rome elle-même, des mains qui la défendaient. » A. de Vigny, Servitude et Grandeur militaires.

[2] n Veniebant igitur et prœtoriani, acie strucla, cum securibus et aliis ferramentis; et iminissi undique, tamen illud editissimum (œdilicium ou fanum?) |)aucis horis soloadœquarunt. » De mort, pers., 12.

(3j Ta;c'j/ôoo-j;Twv-/(;'.'7-tav(S-y£?f,pr,<76a'.. ExiSèbe. Hist. Eccl.,\X, 10,8.

(4) Ta; (jLÈv £/.v.)T,Tia; s!; Ëoasoî yÉpE'.v. Ibid., VIII. 2, 4. — « Utomnes ubique ecclesiae cum suis altaribus cequarentur solo. » Passio S. Theodoti Ancyrani, 4, dans Ruinart, p. 355.

(5) TàîoÈypasà; àsaveïîTrypi Y£v£«T6ai. Eusèbe, Hist. EccL, VIII, 2,4.

baient à la condition de personnes infâmes; en conséquence ils pourront être mis à la torture, devenir l'objet de toutes les poursuites, et n'auront^ le droit d'intenter aucune action devant un tribunal , même pour injure, adultère ou vol (l). Quant aux fidèles n'appartenant point à l'aristocratie ou au monde officiel, ils perdaient la liberté, s'ils persistaient à se dire chrétiens (2). Ceux qui étaient déjà esclaves ne pourront jamais être affranchis (3).

Par quelques dispositions cet édit rappelle celui que Valérien promulgua en 258. Comme alors, les chrétiens illustres par la naissance ou les fonctions sont dégradés (i). Mais sur divers points la législation de Valérien est aggravée. Les édifices ecclésiastiques ne seront pas seulement séquestrés, mais détruits. Une clause spéciale ordonne la suppression des livres, dont Valérien n'avait pas parlé. Enfin, sous cet empereur seuls les chrétiens de la maison de César devenaient esclaves du fisc (5) ; maintenant

(1) Toù?[J.àv ti(aïî; sTrsiXYitAsiÉvo'j; àTÎjjLo-j;. Eusèbe, Ilisf. EccL, VIII, 2, 4. — « Ut religionis illius carerent oinni honore ac dignilate . torraentis subjecti essent quocumque ordine aut gradu vcnirent, adversus eos omiiis actio caleret, ipsi non de injuria, non de adulterio, nonde rébus ablatis agere possent. » Lactance, De mort, pers., 13. — Cf. Digeste, XLVIII, 11,4,8; V, 2.

(2) Toù; ôè âv o'iy.îTÎatç, et èTri(Ji.£voi£v t^ toù •/pi'iiia'n<s[LO\) upoOécs'., £)iyO£pîa; ffXEpEïdea:. Eusèbe, Hist., Eccl., VIII, 2, 4.— « Libertateni denique ac vocem non haberent. » Laclance, De mort, pers., 13.

(3) « Si quis servorum permansisset christianus, libertatern consequi non posset. » Rufin, Hist. Eccl., VIII, 2.

(4) Voirie* Dernières Persécutions du troisième siècle,]). 80.

(5) Ibid., p. 81-84.

tous les gens du peuple (1) qui persisteront dans la croyance prohibée pourront être revendiqués par lui, et tous les esclaves chrétiens seront à iamais rivés à la servitude (2).

Sur d'autres points, au contraire, Dioclétien se montre moins rigoureux que Yalérien : son édit ne fait pas mention du clergé, que cet empereur en 257 punissait de l'exil (3), en 258 de la mort (4); il n'inflige pas non plus ce dernier châtiment aux chrétiens de haut rang qui, après leur dégradation,

(Il Toj; £v oî/.£TÎai;. Je ne saurais voir dans cette expression l'équivalent lie ôov/o'j;, et je la traduis : « Les gens de condition commune, les gens qui mènent la vie donieslique » par opposition à ceux qui suivent les carrières publiques et la voie des honneurs. Zonare, au douzième siècle, interprète comme je le fais -o'J; iv oîxsTÎai;, et rend ces mots par l'équivalent toO; o'evj/y;; Io-.wtîoo; ôv-a;, les gens de condition privée, les simples particuliers, qui. dit-il, deviendront esclaves . oo-j/oùirOai [Ann., XII, 32). Parmi les modernes, le même sens est adopté par "N'alois (Adnot. ad Euseh.. VIII, 4), Mason {the Persécution of Dioclctian, p. 344-345), Gorres {Christenverfolyungen, dansKraus. Real-Encykl. der cJiristl. Alterfh., t. I, p. 245). Champagny (les Ce sors du troisième siècle, t. III, p. 335), Duruy {Histoire des Romains, t. VI, p. 602).

(2) La phrase de Ruiin : « Si quis servorum permansisset chrislianus libertatem consequi non potest, » que Nicéphore Callisle, au quatorzième siècle, rend par xo-j; oty-éxa; è^o[xvja£vo-j; t/.Vj(itç.\i Tt[jLâv [Hist- Eccl.. VII. 4.3), ne doit pas être prise (comme l'ont fait Baluze, Tillemont. Mo.sheim. Neander. Unziker) pour une traduction exacte dupas- .sage d Eusi'be discuté dans la note précédente, mais au contraire comme l'insertion dans le texte de celui-ci, par son très libre interprète, d'une clause de ledit omise par Eusèbe aussi bien que i)ar Lactance. Telle est la solution indiquée par Gorres. et adoptée implicitement par Champagny et Duruy.

(3i Les Dernières Persécutions du troisième siècle, p. 52.

(4) Itnd., p. 79.

refuseraient d'abjurer (1). La peine de mort n'est encore prononcée nulle part : c'était, on s'en souvient, la concession que Dioclétien avait obtenue de Galère.

La lecture de l'édit impérial dut exciter dans la population clirétienne des sentiments divers : chez les faibles, la consternation et la stupeur; chez les saints, une ferme résolution et même une pieuse allégresse ; chez les jeunes, les ardents, une indignation généreuse. Les historiens rapportent d'un de ceux-ci un acte incorrect, sans doute, selon la rigueur de la règle, mais trop courageux pour qu'on lui puisse refuser l'admiration (2). Un chrétien distingué par sa naissance et ses emplois (3) ne put lire avec calme la pièce hypocrite par laquelle il voyait une partie des fidèles atteinte dans ses privilèges, une autre partie menacée dans sa liberté. En public, sur le forum ('*), il arracha la copie de l'édit et la mit en pièces (5), s'écriant : « Voilà donc, ô empereurs, vos victoires sur les Goths et les Sarmates (6) ! » L'acte était outrageant pour la majesté

(1) Les Dernières Persécutions du troisième siècle, p. 80.

(2) « Etsinon recte, niagno tamen aninio. » Laciance,JOe mort.pers., 13. Eusèbe dit, avec un sentiment d'approbation sans réserves, Çri^w xù> xaTot 0£Ôv; Hist. lîccl., VIII, 5.

(3) Twv oOx àiT-ï^[XMv Tt; àXXà xat àyav y.aTà Ta; jv xw P'w vîvoiitTi/.Eva; iuzzçoyàz èvooîoxiTwv. Ibid.

(4) 'Ev TTpocpavsï xat ori\j.o<jlu>. Ibid.

(5) « Edictinn...deripait et concidit. » De mort, pers., 13. — 'AveXtov onapâtTEi. Eusèbe, /. c.

(G) « Ciim irridens diceret victorias Oolhorum et Sarniatorum prœpositas. )' De mort, pers., 13.

impériale; peut-être le reproche politique contenu dans ces mots, allusion railleuse aux titres de Gothiques et de Sarmatiques pris par les empereurs, mais surtout blâme contre des souverains assez mal inspirés pour employer contre leurs sujets les plus soumis une énergie mieux faite pour combattre les Barbares, toucha-t-il davantage Dioclétien. L'intrépide chrétien fut arrêté sur l'inculpation de lèse-majesté commise à la fois par les actions et par les paroles (1). On le mit tout de suite à la torture (2), non pas tant par application de ledit qu'en vertu du droit commun : dès qu'un crime de cette sorte était découvert, le coupable, sans égard au rangou à la naissance, devait être torturé sur-le-champ, afin de rechercher quels étaient ses complices, de quelle faction il se faisait linstrument (3); les ennemis du christianisme ne laissèrent pas échapper une aussi excellente occasion de mettre en suspicion tous les fidèles Dour le fait d'un seul. Puis on condamna le coupable au feu. selon la loi, dit Lactance (i). La loi punissait le crime de lèse-majesté de peines différentes, suivant la condition des personnes : les humbles, humiliores, étaient livrés aux bêtes ou brûlés

(1) « Quodcrinien non soluin facto, sed et verbis inipiis et nialedictis maxime exacerbatur. » Paul, Sentent., V, 29, g 1.

(2^ « Statim quoque productus, non modo extortus... » De mort, pers.,

(3) « In reuin majestalisinquiriprins convenit quibus opibus. qua faclione, quibus boc aucloribus feccrit... Cum de eo quceritur, nuUa dignitas a lormentis excipitur. » Paul, Sentent., V, 29, g 2..

(4) « ... Sed etiam légitime coclus. » De mort, pers., 13.

vifs; les gens disting-ués, honesliores, étaient décapités (1). Déchu de son ancienne dignité en vertu d'une des dispositions de l'édit. le chrétien, noble encore la veille, n'était pkis maintenant qu'un humilior : comme tel il fut conduit au bûcher. Sa joie et sa tranquillité persistèrent jusqu'au dernier soupir (2).

Le procès terminé par cette exécution n'avait amené aucune charge contre les fidèles. L'acte illégal si cruellement expié par l'un d'eux émanait certainement de lui seul. Galère dut chercher ailleurs le moyen de compromettre la population chrétienne (3). Tout à coup le feu éclata dans le palais que l'Auguste et le César habitaient ensemble à Nicomédie (i). L'incendie s'alluma si soudainement, que plusieurs l'attribuèrent à la foudre : telle était encore, bien des années

(1) « Humiliores bestiis objiciuntur vel vivi exuiuntur, honestiores capite puniuntur. » Paul, Sentent., V, 29, ? l.

(2) Tô â).'J7rov xal àTâsa-/ov el; aÙTr,v Tî).îy':aîav ot£Tyipr,'7£v àvanvorjV. Eusèbc, Uist. Eal., VIII, 5. — « Cum admirabili patientia iiostrenio exustus est. » De mort, pera., 13.

(3) « SedCsesar noncoiilenUisest edicti legibiis : aliter Diocletianuin aggredi parât. » Ibid.

(4) Le palais impérial de Nicomédie était probablement composé de plusieurs palais à la fois distincts et contigus, où chaque souverain et même chaque souveraine pouvait tenir sa cour à part. Lactance parie ailleurs (De mort, pers., 7) des maisons que Dioclétien avait bâties pour sa femme et pour sa fille (hic uxori domus, hic filiae), au détriment de nombreux édifices privés. L'ensemble de ces constructions diverses devait offrir à peu près l'aspect du groupe de palais qui couvrait à Home le mont Palatin ; mais à Rome chaque siècle ou même chaque règne avait apporté son teuvre différente : à Nicomédie, tout avait été improvisé.

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