IV
178 I.li PREMIER ÉDIT DE PERSECUTION.
Calliste (1) : les sympathies pour le christianisme ne cessèrent probablement jamais dans cette famille et les Bassi du quatrième siècle seront célèbres par leur piété (2).
Si, en dehors des événemenis de Nicomédie, l'on a peu de détails sur les débuts de la persécution dans les États de Dioclétien, les renseignements sont moins nombreux encore sur ses commencements dans les provinces gouvernées par Galère. Comme le César demeura quelque temps en Asie avant de retourner dans son apanag-e (3) , peut-être faut-il attribuer à son absence la langueur avec laquelle s'engagèrent les poursuites. Il parait cependant qu'à Thessalonique, capitale de la Macédoine, la recherche des Écritures saintes et de tous les livres composant la bibliothèque des églises fut faite rigoureusement. C'est alors qu'une chrétienne dévouée, Irène, avant de s'enfuir dans les montagnes, cacha dans sa maison, avec l'aide de ses sœurs, un grand nombre de manus-
(1) lALLlAE ULLII RXSS I ET CVTIAE CLEine
NTLWE FILIAE l'IlSSilH AE MATUl CLEMC II
TIMAE IX PACE
AEL. CLEMENS fi
LIVS
De Rossi, ibid., p. 78, el Roma solterranca, t. [, p. 309 et pi. .\X.VI, n" 12.
(2) Prudence, Contra SymnacJiitm, I. 548 de Rossi, //(scr. christ. urOis liomx, t. 1, n" 141, p. 80.
(3) Voir plus haut, p. 173.
LEXECITION DE LEDIT. 179
crits (1); nous retrouverons ces saintes femmes clans la suite de cette histoire. On rapporte aussi au commencement de la persécution (mais peut-être la date n'est-elle pas bien assurée) le martyre, à Thessalonique, du diacre Agatliopode et du lecteur Théodule; arrêtés parce qu'au lieu de s'enfuir comme les autres ils restaient dans l'ég-lise et prêchaient hardiment , les deux clercs furent conduits en prison, pressés de sacrifier, de manger des viandes immolées et de livrer les Écritures : sur leur refus, le juge les fit mettre dans une harque, une pierre au cou, et jeter dans la mer (2). Bien qu'aux termes de l'édit la qualité de chrétien ne fit pas encore encourir la mort, la peine capitale était quelquefois prononcée contre des chrétiens plus hardis qui encourageaient les autres à la résistance, ou contre ceux qui, mis en demeure de livrer les ouvrages proscrits, refusaient de le faire. De ces derniers étaient naturellement Agatliopode, chargé comme diacre du temporel de l'église, et Théodule. investi spécialement du soin des livres. Si de l'Orient, où la persécution prit naissance, nous passons à l'Occident, où ses effets se firent bient Jt sentir, nous verrons que ceux-ci ne furent pas les
(1] « Toi meinbranas, libros, tabellas, codicillos el pagina'^ Scriplnrarum. » Acta SS. Agapes, Chionix, Ircncs, 5; dans Ruinart, p. 423.
[2] ActaSS. ,!i\r\\, 1. 1, p. 42 et suiv. — Sur les difficultés de ces Actes quant à la date et à diverses circonstances peu croyables, voir Tilleniont, Mémoires, t. Y, notes xii et xm sur la persécution de Dioclétien. Nous avons extrait de cette pièce, écrite en forme oratoire et postérieure à la paix de l'Église, la substance seule du récit, qui, ramené à CCS termes, devient vi-aiseinblable.
mêmes dans les Étals des deux souverains qui se parfageaient cette moitié de l'empire.
Les sujets chrétiens de Constance réprouvèrent assez pour s'apercevoir qu'elle avait été déclarée, à peine assez pour en souffrir. Le César ne pouvait sans doute refuser toute obéissance aux commandements de ses supérieurs, les Augustes, ou toute attention à un édit en tête duquel son nom se lisait avec ceux de ses trois collègues. Mais il en adoucit Texécution au point de la rendre presque insensible.
Eût-il partagé la haine des autres empereurs pour le christianisme, la politique aurait suffi â le détourner d'y donner cours. Moins puissante et moins répandue en Bretagne et même en Gaule qu'en Orient, l'Église ne prêtait dans ces contrées aucun prétexte aux craintes imaginaires que les souverains avaient manifestées ailleurs. Jamais un acte quelconque d'opposition, un refus de service militaire, par exemple, ne s'était produit parmi les paisibles chrétientés bretonnes ou gallo-romaines. Les souvenirs mêmes de la tyrannie de Maximien Hercule n'y avaient point laissé de ressentiment dans les âmes, facilement réconciliées avec l'empire par la bienfaisante administration de Constance. La prudence conseillait à celui-ci de ne pas éveiller les passions par une persécution nouvelle, qui, pour être d'abord moins meurtrière que le court orage de 287, serait pourtant plus insupportable, parce qu'au lieu de frarpper quelques chrétientés seulement elle les atteindrait toutes. Le César se sentait aimé et vénéré de tous ses sujets,
sans distinction de culte : cette popularité, contrastant avec les haines qu'avaient attirées sur Dioctétien et sur Hercule les exactions fiscales du premier, les cruautés et les débauches du second, lui était chère, et il ne voulait pas la perdre. Par inclination autant que par politique, il résolut de préserver ses provinces des maux qui désolaient déjà l'Orient et allaient fondre sur une partie de l'Occident (1).
Ne voulant pas, cependant, rompre ouvertement avec ses collègues. Constance leur donna un témoignage matériel de soumission par la destruction de quelques églises. Mais, au prix de quelques murailles, qu'il sera facile de relever, il se dispensa d'attenter au vrai temple de Dieu, qui est dans le cœur des hommes (2) ; il ne demanda pas aux membres du clergé de livrer les Écritures sacrées (3); en un mot, il laissa voir clairement sa résolution de respecter autour de lui
(1) « Vir egregius et praeslantissimae civilitatis... hic non modoamabilis Gallis fuit, prsecipue quod Diocletiani suspectam priidentiara et Maximiani sanguinariam teineritatem impciio ejus evaserant. » Eutrope. Brev., X, 1. Ce jugement d'un païen concorJ' avec celuid EusJbi, Dp. vita Const., II, 49.
(2) « Nam Constantius, ne di.ss3ntire a mijorum prœc3ptis viileretur, conventicula, id est parietes, qui restitui poterant, dirui passus est, verum autem Del templurn, quoi est in hotninibus, incoUune S3ivavit. » Lactance, De mort, pers., 15. — Sur la destructioa des églises en Bretagne, voir Bédé, Hist. EccL. II, 8.
(3) C'est ce que diront, plus tard les donatistes, demandant à Constantin de leur donner pour juges des évê [ues de la Gaule, parce que parmi ceux-ci il ne pouvait y avoir eu de traditeurs : « De génère justo es, cujus pater inter ceteros imperalores persecutionem non exercuit, et ab hoc facinorc iramunis est Gallia. » Saint Optât, De schism. donat., I, 22.
la liberté des consciences. Si, alors on plus tard, des excès furent commis dans ses États contre les chrétiens, cela eut lieu à son insu, par la tyrannie locale d'un petit nombre de gouverneurs (1); mais la direction générale donnée par Constance à sa politique religieuse fut toute dans le sens de la tolérance. Alors que les palais de ses collèg-ues ne contenaient plus un S3ul officier ou s?rviteur chrétien, le sien, qui en était rempli, conlinua de ressembler à une église, dit Eusèbe (2), répétant une expression nag-uère employée par saint Denys d'Alexandrie h propos d'un autre empereur favorable au christianisme (3), Si l'on en croit l'historien, Constance donna même une noble et spirituelle leçonaux courtisans qui croient faire preuve de fidélité aux princes en rég'lant leur conscience sur les ordres de ceux-ci. Il feignit d'imiter Dioclétien, et d'exiger comme lui de tous ceux qui Fentouraient une adhésion au paganisme. « Employés du palais,
(1) Ainsi p?riicnl saint Fcnvol. à Vinine, cl saint Julien, à Rrioude, si leur martyre cnil lien dans la dernii're persécution ; mais cette date n'est nullement assurée. Voir Tillemonl, Mémoires, t. V, note m sur saint Ferréol. Quant à saint .Mi(r(\ patron d'Aix en Provence, dont oa fait un martyr de la persécution de Dioclftien, le plus ancien texte de sa vie, [)ul>iié par les Bollandistes au tome VIII de leurs Annlecta, montre que ce généreux esclave d'un païen fut victime d'une longue persécution domeslif|ue. mais survécut à son maître : son histoire, que l'on peut jtlacer avec vraisemblance à la fin du troisième siècle ou au commencement du ([uatrièine, fail comiirendre les vexations auxquelles étaient exposés les esclaves chrétiens, mais n'a rien à voir avec la iicrsécution oflficielle.
• 2) Eusèhe, De vitaConsL. I. 17.
(3) Eusèhe, /list. EecL, Vil, 10. 3; cf. les Dernières Persécutious du troisième siècle, p. 3.ï.
LEXECUTfON DE L EDIT. 183
magistrats, gouverneurs, les chrétiens qui obéiront, dit-il, continueront de jouir de leurs honneurs et privilèges, mais ceux qui refuseront perdront leurs charges. )> Les uns se montrèrent disposés à l'obéissance ; d'autres refusèrent de renier le Christ. Quand le prince eut ainsi pénétré le caractère de chacun, il blâma les premiers de leur faiblesse et se plaignit de ne pouvoir compter pour lui-même sur la fidélité d'hommes capables de renier leur Dieu. Ceux-ci furent, en conséquence, exclus de la cour, tandis que les chrétiens courageux qui s'étaient, par devoir, exposés à déplaire restèrent en possession de la faveur du loyal César (1).
31aximien Hercule différait trop de Constance pour ne pas accueillir avec joie la persécution (2). Aussi, tandis qu'en Bretagne et en Gaule la paix religieuse était à peine troublée, l'édit fut rigoureusement appliqué dans les États du second Auguste, c'est-àdire en Italie, en Afrique et en Espagne.
Pour ce dernier pays, nous avons le témoignage du poète Prudence, qui montre les soldats pillant les livres sacrés, et attribue à la destruction de documents qui eut lieu alors l'oubli où tomba la mémoire des anciens martyrs (3).
La guerre aux manuscrits ne fut certes pas moin-
(1) Eusèbe, Devila Const., 1, 16.
(2) « Et qiiidem senex Maximianus libens pariiit por Italiam, homo non adco cleinens. » Laclance, De mort, jjer^., 15.
(3) Prudence, Péri Sleph.. 1, 73-78.
dre à Rome. Mais nous manquons de détails sur ce qui s'y passa. Les seuls qui nous soient parvenus découlent d'une source suspecte. Il y aurait eu dans cette capitale du inonde chrétien de nombreux « traditeurs », si Ton en croit des Actes allégués un siècle plus tard par les donatistes (1). Cependant, deux seulement y sont désignés par leurs noms, Straton et Cassien (2). Les donatistes accusent, il est vrai, le pape Marcellin, ^ses prêtres Milliade, Marcel, Silvestre, d'avoir livré les Écritures; mais aucune pièce n'est apportée à l'appui de cette assertion. Saint Augustin la repousse comme dénuée de preuves (3). Nous verrons tout à l'heure les habiles et laborieux efforts de MarcelHn pour dérober aux profanateurs les sépultures les plus vénérées des catacombes. Apparemment, si la police romaine avait dû recourir à la trahison ou à la faiblesse pour se faire livrer les manuscrits, ce n'aurait été que dans quelques-unes des églises paroissiales ou liluli, situées pour la plupart dans les quartiers excentriques de la ville : les plus anciennes, n'étant point distinguées par leur architecture comme les somptueuses basiliques de l'Orient, pouvaient être
(I) Saint Aiigiislin. Breviculus coUnlionis cum donaUxtix, IFI, 34. Même si ces Actes étaient authentiques, rien ne prouverait qu'ils fussent relatifs à des clirétiens de Rome ; car, dit saint Augustin, ni le magistrat, ni le lieu n'étaient nommés : « necprœfectus ipse..., nec locus legebatur. »
\2) Ibid., 34-36.
(3) Saint Augustin, Contra lilt. Petil, II. 202; De iinico baplismo, 7; Brev. coll. cum donal., III, 34-36; Ad donat. post coll., 17.
jusque-là demeurées inconnues de l'autorité civile (1). Mais celle-ci avait entretenu des rapports officiels avec le chef de la communauté chrétienne : elle connaissait certainement l'existence des archives et de la bibliothèque pontificales, situées dans un des lieux les plus fréquentés de la ville, près du théâtre de Pompée et des écuries de la faction Verte des jeux du cirque (2). Sans doute elle n'eut besoin d'aucun délateur pour s'emparer d'un dépôt déjà considérable à cette époque (3), et que sa richesse même n'avait pas dùpermettrede déménager furtivement. Le petit nombre des Actes, des documents, des écrits antérieurs au quatrième siècle qui nous soient restés d'un siège mêlé comme celui de Rome aux affaires de la chrétienté universelle, prouve que cette saisie eut lieu, et montre que nulle part peut-être la destruction ne fut plus complète et plus systématique (4).
Mais à Rome, pas plus qu'ailleurs, on ne se contenta de détruire des livres ou de disperser des archives. L'autorité publique démolit les sanctuaires chrétiens, et confisqua les vastes propriétés que l'Église possédait en vertu des donations des fidèles, et qu'elle faisait servir pour la plupart à la sépulture de ses membres. Si nous avions soit les Actes auxquels
(1) Voir plus haut, p. 63.
(2) De Rossi, De origine, historia, indicibus scrinii et biblioth. sedis apost., p. xxxvii; La biblioteca délia sede aposlolica, dans Studie Documenti di Storia e Diritio, 1884, p. 33i.
(3) De origine, etc., p. xi-xxvii.
(4) De origine, etc., p. xviii; La biblioteca, etc., |i. 336.
186 LE PREMIER ÉDlï DE PERSËCLTION.
se référèrent plusieurs fois les donatistes dans les controverses postérieures, soit les lettres officielles données après la persécution pour permettre de recouvrer les /oca ecc/es/rts/tcrt, nous pourrions nous rendre compte de la nature et deFétendue des biens ravis aux chrétiens. Malheureusement ces documents ne sont connus que par quelques allusions (1), et n'ont été nulle part reproduits intégralement ou même cités avec détail. Bien rares sont les renseignements que l'on peut glaner ailleurs : comme ces passages du Livre Pontifical où il est question de la confiscation du cimetière de Cyriaque, sur la voie Tiburtine (2), et de celle dun domaine de la Sabine « appartenant au nom des chrétiens » et devenu ensuite « propriété d'Auguste (3) ». Si l'on veut comprendre et, pour ainsi dire, toucher du doigt la crise violente alors subie par le patrimoine ecclésiastique, il faut descendre aux catacombes.
Quand fut connu l'édit, les chrétiens voulurent soustraire aux profanations les tombes (fort rares à Rome) qui se trouvaient à la surface du sol, au-dessus des cimetières souterrains. Telle fut probablement la pensée d'Aelius Saturninus, époux de la clarissime
(1) Jirev. coll. ciim dnnat., III. 3i-3G.
(2) « Possessio cujusdam Cyriacœ religios.-eftMiiinœ, qiiod fiscus occupaverat tcinpore fierseculionis. » Lib. l'ont, Silvester, 25; Duchesne, t. 1, p. 182.
(3) «Possessio Aiij^iisli. teiiitoiio Sabiiion^o, pr.-est. noiniiii cliiislianoruin. » Ibid. — Sur la valeur do ces expressions, voir Duchesne, l. 1, p. CL.
Cassia Feretria, car une épitapho de celle-ci a été trouvée à fleur de terre, dans l'aire extérieure du cimetière de Calliste, et une seconde épitaphe toute semblable ferma un humble locuUts, dans une des galeries souterraines antérieures à la paix de l'Église : sans doute les restes de la noble femme y furent transportés hâtivement, à la première nouvelle de la persécution (1). Cependant un tel abri n'offrait encore qu'une sécurité relative. S'il pouvait protéger dans une certaine mesure les tombes des simples fidèles, il ne devait point garantir les sépulcres déjà célèbres des martyrs et des saints contre les insultes des persécuteurs, jaloux d'en abolir la mémoire. On avait probablement appris déjà à Rome les outrages subis par les restes des martyrs de Nicomédie , que Dioclélien, après les avoir laissé d'abord ensevelir honorablement, fit ensuite déterrer et jeter à la mer (2). Aussi l'autorité ecclésiastique, en vue du moment prochain où la confiscation ordonnée par ledit allait être appliquée aux cimetières, s'empressa-t-elle d'y mettre, partout où elle le put, les tombes saintes hors de la portée des païens : elle y réussit parfois si bien que, la persécution finie, les chrétiens eux-mêmes auront souvent beaucoup de mal à les retrouver (3).
(Il De Rossi, Itoina soltcncnua, t. 11, p. 285 et ]>!. LV ; I. Il[, p. 5fil-562.
("2) Voir plus haut, p. 167.
(3) Le j)ape saint Damase, après 3G(>. se voua à cette recherche : « inuUa corpora sanctoruni requisivilet invenit, » dit le Liber Pontificalis; Duchcsiie, t. I, p. '21'2. L'inscriplio!! en .vers qu'il mit sur le
Un des moyens les plus coûteux, mais aussi les plus sûrs, consistait à combler de terre les cryptes où reposaient des martyrs illustres : il paraît avoir été employé dans celle des saints Protus et Hyacinthe, sur l'ancienne voie Salaria (1). Dans le cimetière de Calliste, le pape Marcellin et son diacre Severus usèrent du même procédé pour rendre inaccessible aux persécuteurs l'aire de la catacombe où avaient été inhumés les pontifes du troisième siècle et de nombreux martyrs ; environ seize cent trente-sept mètres culies de terre furent transportés de loin et à grands frais : le caveau papal, la chambre funéraire de sainte Cécile, les chambres ornées de fresques célèbres qui font allusion aux sacrements, les principales galeries de cette région, furent ainsi enterrés, et demeurèrent en cet état, en partie jusqu'aux travaux de déblaiement exécutés par le pape Damase, dans la seconde moitié du quatrième siècle, en partie même jusqu'à nos jours (2).
tombeau de saint Eutychiu;, daas la catacombe de saint Sebastien, dit : QUAERITUR, LNVENTVS COLITVR. Da Rossi, laser, christ, urbisRomx, t. Il, p. 66. 90, 105.
(1) Tel est» probablement b sens da cas vers des deux iiiocription^ mises plus tard dans leur crypte par le pape Damase :
EXTREMO TVMVI.VS L VTVIT SVB .VGGERP. MONTIS QVEM CUM lAM DVDVM TEGERET MO.VS, TEaR\, C\UfiO
Voir de Rossi, Romi sotterranea, t. I, p. 213; Inscr. christ., t. Il, p. 30, 104, 108. Cf. les Djraières Persécutions du troisième siècle, appendice C, p. 364.
(2) noma sottcrranea, t. I. p. 213: t. Il, p. 106, 259, 379, et 2™'= parlie, p. 52-58; voir aussi pi. LUI, n" 7. Cf. Rome souterraine, p. 495,
Peut-être est-ce après s'être vus déjoués de cette manière, que les païens voulurent se venger en abattant des édifices construits dès le troisième siècle audessus des principaux cimetières (1) : l'exèdre à trois absides, servant aux réunions chrétiennes, qui s'élève sur celui de Calliste (2), paraît avoir été démoli au début de la persécution, pour n'être reiiâti qu'après la paix de l'Église (3).
(1) Liber Pontificalis, Fabianus; Duchesne, t. I, p. 148. Cf. de Rossi, Roma sotierranea, t. I, p. 117, 199; t. II, p. 278.
(2) Romasotterranea, t. III, p. 412-471, et pi. XXXIX.
(3) Ibid.,^. 469-470.
190 LE PRE.MIEU tDlï DE PERSÉCUTION.
Les traditeurs.
La persécution eut toujours une violence particulière dans l'Afrique romaine, comme si, chez les assaillants et les défenseurs du christianisme, les âmes y fussent montées à un ton plus élevé qu'ailleurs. Aussi les cimelières, quilà n'étaient pas souterrains (1), et ne pouvaient être protégés de la même manière que ceux de Rome, durent-ils voir de lugubres scènes. Quand on connaît le caractère des habitants de cette ardente province, et qu'on se rappelle les émeutes dirigées à Carthage contre les tombes chrétiennes dès le temps de Septime Sévère (2) , on se figure l'acharnement que montrèrent les exécuteurs de la loi de confiscation contre ces enclos à ciel ouvert, remplis de tombeaux et d'édifices (3), l'aire des martyrs, à Cirta (4), l'aire des sépultures, avec sa chapelle pour les réunions, à Gésarée (6), l'aire des
(1) Histoire des persécutions pendant la première moitié du troisième siècle, p. 86.
(2) Ibid., p. 51, 86.
(3) Bullettino di archeologia cristiana, 1884-1885, p. 45-49.
(4) « Area martyrum. » Gesta apud Zenophilum consularem (à la suite des oeuvres de saint Augustin, éd. Gaume, l. I.\, col. 1112).
(5) «Area ubiorationes fâciiii. » Gesta proconsularia quibus absolutus est Félix ( ibid.. col. I(i88).
(6) AREAM .\T .SEPVLCRA CVLTOR VERRI CONTVLIÏ ET CEL- LAM STRVXIT SVIS CVNCTIS SVMPTIBVS. Corp. inscr. lai..
chrétiens, à Cartilage (1). D'horribles profanations furent probablement commises dans ces lieux sacrés, qu'à d'autres époques la loi avait protégés d'une barrière souvent impuissante contre les impatiences de la foule païenne.
Malheureusement les documents qui nous sont parvenus racontent seulement la guerre impitoyable faite aux églises et aux livres. La passion portée dans cette guerre par les païens, la résistance courageuse diui grand nombre de pasteurs, de clercs et de laïques, les longs et cruels reproches dont fut poursuivie la mémoire de ceux qui avaient eu la faiblesse de livrer aux persécuteurs les meubles liturgiques et les Bibles, les outrages prodigués par plusieurs aux hommes modérés qui cherchaient à sauver le saint dépôt tout en se sauvant eux-mêmes, Timportance enfin que la question des « traditeurs », germe du schisme donaliste, garda longtemps en Afrique, nous obligent à donner une attention particulière aux incidents qui marquèrent la première phase de la persécution dans cette partie des États de Maximien Hercule.
Sur la lueur des incendies où se consument les murailles des sanctuaires chrétiens et les manuscrits des Écritures, se détachent d'abord, avec une singulière
t. VIII, 9583. Cf. Histoire des persécutions pendant la ijrcmibre moitié du troisième siècle, p. 87. — L'area chrétienne de Césarée a été retrouvée par le cardinal Lavigerie. Bull, di arclieol. crist., 1878, p. 7.3.
(1) Lavigerie, de l'Utilité d'une mission archéologique permanente à Carlhage, p. 41-53.
netteté, les figures des dépositaires infidèles qui abandonnèrent aux représentants de l'autorité païenne les trésors artistiques ou littéraires de leurs Églises. Elles prennent à nos yeux d'autant plus de relief, qu'avec la fougue naturelle à l'esprit africain quelques-uns de ces prévaricateurs s'adressèrent ensuite de mutuels reproches et mirent la postérité dans la confidence de leurs plus pénibles secrets. Nous connaissons ainsi les fautes de Purpurins, évêque de Limata, homme indigne, déjà soupçonné d'homicide, puis convaincu d'être traditeur (1) ; la faiblesse de Donat, évêque de Maxula, dans la province proconsulaire (2) ; celle de Victor, évêque de Rusicade, en Xumidie, qui avait brûlé lui-même, par ordre du curateur de la cité, un manuscrit des quatre Évangiles, et prétendait s'excuser en disant que les lettres étaient presque effacées (3) ; celle ( si l'on en croit un écrit donatiste) de Fundanus, évêque d'Abitène : mais au moment où les magistrats jetaient ses livres dans le feu, une tempête soudaine s'éleva, la pluie tomba, accompagnée d'éclairs, et le bûcher s'éteignit (4).
n) Actes du concile de Ciiia, dans saint Augustin, Contra Cresconium, III, 30.
(2) Ibid.
(3) « Valenlianus curator fuit. Ipse me coegit ut milterem illa in ignein. Sciebam illa dclititia fuisse. » Ibid.
(4) 0 In isto uainque foro jain pro Scriptuiis dominicis dimicaverat cœlura, cum Fundanus civitalis quondani episcopus Scripturas doininicas traderet exurendas : quas cum magistralus sacrilegus igni apponeret, subito iniber sereno cœlo diffunditur, ignis Scripturis sacris
De tous les traditeurs, ceux dont l'histoire est la mieux connue et, à plusieurs égards, la plus intéressante sont Tévèque et le clergé de Cirta. Leur chute est attestée par un procès-verbal officiel, précieux document qui suppléera à la perte de beaucoup d'autres, et permettra de se faire une idée de la manière dont procédaient les agents municipaux, chargés par les gouverneurs, sous peine de mort (1), de faire les perquisitions ordonnées par Fédit. C'est une scène de persécution, prise sur le vif; c'est en même temps un regard jeté sur l'intérieur des églises chrétiennes, leur mobilier liturgique, leurs magasins remplis de vêtements pour les pauvres et de provisions pour les agapes.
Malgré la longueur de la pièce, je dois la traduire en entier.
« Dioclétien étant consul pour la huitième fois, et Maximien pour la septième, le quatorze des calendes de juin (2), procès-verbal dressé par Munatius Félix, flamine perpétuel, curateur de la colonie de Cirta (3).
adiuotus exstinguilur, grandines adbibentur, omnisque ista regio, pro Scripturis dominicis, elemenlis furenlibus, devastabatur. » Acta SS. Saiurnini, Datiii, 3, dans Ruinart, p. 410.
(1) « Sub exitio. » Saint Augustin, Brcr. coll. cum donat., III, 27. ~- « Ad discrimen capitis. » Ibid., 31.
(2) 19 mai 303.
(3) « Ex actis Munatii Felicis, llaminis perpetul, curatoris colonise Cirtensium. » — Le curator civitads, que nous voyons chargé en Afrique de rechercher les livres chrétiens, avait, depuis Dioclétien, cessé d'être un fonctionnaire de l'État pour devenir un simple magistrat municipal, quoique toujours nommé par l'empereur. II avait le droit