‹ La persécution de Dioclétien et le triomphe de l'église (volume 5)Chapitre 18 sur 57 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

SOMMAIRE. — I. I,F,s NOL'VEALXKDITS. — Conversion de Lartaiice, :'i Niconi;''ilie. — Écrit contre les dirctiens. — Portrait de son auteur. — Pamplilet d'Hlcroclos. — Caractère de sa polémiiiue. — Rf'volte de soldats à Antioclie. — Sympathies des (idèles de Cappadoce pour le royaume chrv-tien d'Arménie. — Un d'eux refuse le service militaire. — Martyre d'Hiéron et de trente et un clin-tiens. — Incjuiétudes de Dioclétien habilement excitées. — Promulsation de deux édits contrôles ecclésiasti(|ues. — II. I/ap- PLiCATiuN DES ÉDITS AVA.NT l'amxistie DES vicENNAi.Es (303). — Le conlesseur Donat. — Quelques membres du clergé font défection en Palestine. — Martyre du lecteur Procope. — Courageuse résistance de nombreux captifs, absous malgré eux. — Martyre d'Alphée et de Zachée. — Les chrétiens maltraités en Galatie. — Uatianus persécute les chrétiens de toute l'Espagne. — Osius de Cordoue confesse la foi. — Arrestation de Vaierius, évêque de Saragosse, et du diacre Vincent. — Ils sont transférés à Valence.

— Exil de Vaierius. — Vincent est mis à la torture. — Dioclétien célèbre à Rome ses vicennales. — Amnistie. — Elle est étendue aux chrétiens.

— Exception pour Romain, étranglé à Antioche , —et Vincent, retenu dans la i)rison de Valence. — Dioclétien, malade, (juitte Rome en décembre.

— m. REPUISE de la PEItSÉClTION APUÈS l'AMMSTIE DES VICENNALES (30i). —

Dioclétien fait route lentement vers l'Asie. — Martyre de Vincent. — Datianus essaie en vain d'anéantir ses reli(|ucs. — Vénération i)0ur les instruments de son martyre. — La maladie de Dioclétien laisse toute puissance à Galère et à Hercule. — Les édits continuent à être appliqués. — Bassus. préfet de Thrace, obligé de les mettre à exécution. — Fermeture de l'église d'Héraclée. — L'évéciue Philippe abandonne les vases sacrés , mais non les livres. — Le diacre Hermès conduit l'assesseur du jiréfet au lieu où les uns et les autres sont caches. — Différences entre les sentiments des chrétiens d'Orient et d'Afrique. — Philii)pe et Hermès refusent de sacrifier. — Adoucissements apportés à leur captivité. — Nombreux chrétiens arrêtes à Abiténe et conduits à Carthage pour avoir tenu des assemblées. — Date exacte de leur procès. — Interrogatoires et tortures. — Thelica. — Dativus. — Le prêtre Saturnin. — Le lecteur Emeritus. — Félix et i)lusieurs autres. — Saturnin le jeune. — Victoire. — Hilaricn. — Mort de ces chrétiens en prison. — Autres lidéles d'Africiue arrêtés pour avoir célébré le culte.

Les nouveaux édits.

Pendant qii'Arnobe se convertit à Siccca, son compatriote Lactance enil)rasse la foi à Nicomédie, où hioclétien lui avait confié une chaire de rhétorique : tous deux, gagnés au Christ en le voyant souffrir dans ses membres, continuaient ainsi la lignée des rhéteurs chrétiens qui, depuis Minucius Félix et TertulUen, étaient sortis de l'Afrique (1). Mais si la persécution avait cet effet sur de nobles cœurs, elle en produisait un tout autre sur les âmes basses, toujours prêtes à se tourner contre les vaincus.

(( A l'époque, dit Lactance, où fut renversée l'église de Nicomédie, » c'est-à-dire vers le temps où, dans cette ville, coula le sang des martyrs à la suite de l'incendie du palais, un philosophe « vomit trois livres

I) Le livre de LactaïKe intitulé De opi/icio Dci semble le premier ouvrage écrit a[>rcs sa conversion : il parle des chrétiens en termes encore timides et se représente lui-inê:iic comme vivant dans le trouble et la pauvreté, « quam minime sim quictus et in summis necessitatibus. » On se figure aisément un mailre nouvellement converti, qui perd à la fois sa cliaire officielle et la i>lupart de ses élèves. Rien dans les écrits de Lactance n'indique à quel moment précis de la persécution il passa du i)aganisme à la foi clirélienne. Cependant la vivacité avec laquelle, dans le De mort, pers., il dépeint les souffrances infligées aux chrétiens de >"icomédie au commencement de 303 montre que la vue de celles-ci lit une grande impression sur son esprit, et peisnet de penser que sa conversion date de cette année.

contre la religion et le nom chrétien (1). » Lactance a tracé d'une plume vengeresse le portrait de ce pamphlétaire, qui choisissait pour accahler les fidèles l'heure où ils ne pouvaient se défendre. C'était, paraitil, un parfait hypocrite, ami des richesses et du plaisir, occupé avant tout de faire sa cour aux empereurs. Il exaltait la sagesse et la piété de ceux-ci, et les louait de défendre la religion en réprimant une superstition impie et puérile. Avec une feinte douceur il suppliait les chrétiens de revenir au culte des dieux et de quitter une foi qui les exposait k de cruels tourments. Il essayait même, à l'exemple de Porphyre, avec lequel on l'a confondu à tort (2), de réfuter par le raisonnement la doctrine chrétienne; mais, connaissant celle-ci plus mal encore que ses devanciers, il échouait misérablement. Son livre ne lui gagna même pas, dit-on, l'estime des païens, honteux de voir ainsi frapper des gens à terre : et la faveur des empereurs se détourna d'un auxiliaire compromettant (3). Plus habile fut Hiéroclès. Cet adversaire du christianisme venait d'être appelé du gouAernement de Palmyre à la préfecture de Bithynie, où son prédécesseur Flaccillus, « qui n'était pas un petit homicide, » selon le mot de Lactance (i), avait, dans la persécu-

(1) Lactance, Biv. liisf., V, 2.

(2) Voii'Tilleniont, Histoire des Empereurs, t. IV, p. 612, noie xxin sur Dioclétien.

(3) Lactance. Biv. Inst., V, 2.

(4) « Flaccinumprcefectuni.non pusilluni homicidam. » Lactance, De mort, pcrs., 16.

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tion locale de iXicomédie, servi avec zèle les fureurs de Galère et les terreurs de Dioclétien. Hiéroclès paraît avoir choisi le moment de sa nomination à cette nouvelle préfecture pour puJilier l'écrit composé pendant son séjour dans la capitale du désert. « C'était un ouvrage en deux livres, qu'il intitula non pas Contre les chrétiens, afin de n'avoir pas l'air de les poursuivre dans un esprit d'hostilité, mais Aux chrétiens (1), afin de faire croire qu'il voulait leur donner des conseils huuiains et ])ienvcillants. Il s'efforce d'y établir la fausseté de la sainte Ecriture, comme si elle était toute remplie de contradictions. Il expose les chapitres qui paraissent en désaccord entre eux ; il les énumère en si grand nomlîre et avec une telle connaissance du sujet, qu'il semblerait parfois avoir professé la religion ([u'il attaque (2). »

Un des traits où se montre l'orgneil du fonctionnaire romain, c'est le dédain avec lequel il parle des apôtres, gens qui gagnaient leur vie par le produit de leur pêche et le travail de leurs mains. « On dirait qu'il souffre que ce ne soit pas un Aristarque ou un Aristophane qui ait narré les faits évangéliques (3). »

(1) Le t'.lrc du livre est Aoyo; ^lÀîl-r/Jr,; Ttpo; Tùù;-/piaTicic/0'JC, liUéialement Discours ami de la vcrile aux chrétiens, ou peul-êtio siin|ilcment 'O çOa/rjÔYi;, l'Ami de la vérité.

(2) Lactauce, Bii\ last., V, 3. Tel n'est pas le sonlinipiit «l'Eusèbe {Coulro Ilieroclem. 1), qui ne voit dans celte |)artie du Pliilatèthe <|uune rcpioduclion servile des objections déjà faites par d'autres auteurs.

(3) Lactance, Le.

LES NOIVEAI \ EDITS. 21<t

Sur la vie de Notre-Seigueur Jésus-Christ, Hiéroclès a recueilli ou inventé des contes absurdes : « il affirme (jue le Christ lui-même, ayant été exilé par les Juifs, se livra au brigandage à la tète d'une troupe de neuf cents hommes (1). » Le caractère le plus original de son livre est un retour à la perfide tactique qui semble ;i\oir été imaginée au commencement du troisième siècle dans les salons de l'impératrice Julia Domna. IMiilostrate y composa alors une sorte d'Év^angile païen, où, sous les traits d'Apollonius de Tyane, paraissait une contrefaçon du Christ (2). Hiéroclès s'en empare, comme si le roman de Philostrate avait une valeur historique comparable à celle de l'Évangile : il oppose les prétendus miracles d'Apollonius aux miracles du Sauveur, et, de ce qu'Apollonius n'est

Il E>t-ce. comme l'a pensé M. Vigoiiroiix. iiti trait emprunté à lliis- It lire de David (/ /fe»/.). et appliqué inaladioilement à Noire-Seigneur .' Ne serait-ce pas plutôt un souvenir, haineusement travesti, des foules «jui suivaient celui-ci dans ses pérégrinations à travers la Judée ou au désert ?

'î) Voir Histoire des persécutions pendont la première moitié du troisième siècle. ]). fi8. On discute encore la question de savoir si l'hilostrate, qui ne nomme jamais les chrétiens, chercha réellement à poser son héros en rival du Ciirist. La négative a été récemment soutenue avec talent par M. Jean Réville ilu fietiçiion à Rome sous les Sérères. p. 228); mais elle ne saurait prévaloir contre tant de traits de la vie d'A|)ollonius qui semblent calqués sur les quatre Évangiles et les Actes des apôtres, avec l'addition d'un merveilleux analogue à celui des Évangiles apocryphes. Telle est. l'opinion des esprits les i)lus dissemblables de 15aur. de Friediander. de Von Reuniont. de M. de Pressensé. de M. Albert Héville. de M. Aube, de M. Hoi^sier. de l'auteur du savant article sur Apollonius de Tyane dans le Dictionanj of Christian bioijraplnj, comme de M^'" Freppel. de M. de Chanii>agny. de M. l'abbé Vigouroux.

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({111111 homme, il conclut que Jésiis-Clirist n'est pas Dieu (1).

Par cette conclusion, la tactique de Philostrate était en quelque sorte retournée ; car le rhéteur du troisième siècle avait voiihi faire de son héros un dieu, et y avait en partie réussi, puisque des temples s'élevaient en son honneur : au milieu du quatrième siècle le sophiste Eunape. plus fidèle à la prétention de Philostrate, dira que celui-ci n'aurait pas dû intituler son livre : « Vie d'Apollonius, mais Vie d'un dieu parmi les hommes (2). » Peu importait sans doute à Hiéroclès : ce qu'il cherchait, c'était à faire du roman païen une machine de guerre contre rÉvangile, à rabaisser le Christ plutôt qu'à exalter Apollonius. A toutes les époques, les adversaires du christianisme se sont moins piqués de suite dans les idées que d'habileté dans l'attaque, et les variations leur ont peu coûté pourvu que l'objet de leur haine fût atteint. Hiéroclès put se glorifier de ce triste succès : son livre, paraissant à l'heure où la dispersion des assemblées chrétiennes, la destruction d'innombrables exemplaires de l'Ecriture sainte rendaient presque impossible de lui répondre, troubla beaucoup de fidèles, déjà ébranlés par la persécution, et fournit des arguments à leurs adversaires. Après la paix de l'Église, Eusèbe se croira obligé de le réfuter comme celui de Por-

(1) Laclance, Dit'. Inst., V, 3; Eusèbe, Conira Hic.rnclcm, 2.

(2) Eunape, Vitxsophist., proxm. ; éd. Didot, p. 45i

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phyre (1) : le gouverneur de Bithynie et le fondateur du néoplatonisme, celui-ci en Sicile, celui-là en Asie, avaient, en effet, travaillé à la même œuvre, tous deux essayant de détruire l'Évangile et cherchant à rétablir le paganisme sur de nouvelles bases par la conciliation du monothéisme philosophique avec le polythéisme traditionnel ['2).

Si le pamphlet d'Hiéroclès fut publié en 303, comme je le suppose, il ne resta probablement pas sans influence sur le parti que prit Dioctétien dans le courant de cette année , en lui faisant croire à la faiblesse de la religion chrétienne et à la facilité de la détruire. Des inquiétudes politiques, adroitement exploitées, poussèrent plus sûrement encore vers des rigueurs nouvelles un souverain aussi facilement effrayé.

. Eusèbe nous apprend que, peu après les événements qui avaient ensanglanté Nicomédie au commencement de Tannée, il y eut des troubles en Cappadoce et en Syrie, où des usurpateurs essayèrent de prendre le pouvoir (3), et que ces troubles furent le prétexte

(1) Le titre complot de l'ouvrage d'Eas;''bi> contre Hiéroclès est : Liber contra Hieroclem, animadoersionas lu Philostrati de Apollonio Tijanensi conimeatarios ob institutam cum illo ab Hierocle Christi coinparationem adornatx. Comme ce titre l'indique, Eusèbe attaque seulement la partie du livre où le gouverneur de Bithynie compare Apollonius à Notre-Seigncur Jésus-Christ; le reste lui paraît ne pas valoir une réfutation.

(2) Lactance, Div. Inst., V, 3.

1,3) OOit eJ; [laxpov os étépwv y.aTàTr,vM£).iTr,vr;v oO'tw y.a/.oy(iï'vriv-y^o)pav, xal a-j 7:i).'.'/ à),Xa)v àtiçl xriv Sypiav èm^JV'xi Tvj pa(7'.),£'.i 7t£TC£'.paix.£vwv... EusL'be, Iltst. Eccl., VIII, G. — Le pays de Mélitène, dont parle Eusèb e .

2Î2 LE DEUXIÈME ET Lli TROISIEME f^DIIS ;303-30i;.

d'une recradcsceiice de persécution. Lémeute syrienne est connue par un récit de Libanius, que la plu[)art des historiens s'accordent à y rapporter. Cinq cents soldats creusaient la rade de Séleucie. qui servait de port à Antioche. Ils se lassèrent de ce dur travail, de même que, vingt ans plus tôt. les légionnaires de Probus s'étaient lassés de creuser le canal de Sirmium (1). Comme eux. ils se révoltèrent : mais, n'ayant pas d'empereur à tuer, ils menacèrent la vie d'Eugène, leur commandant. Celui-ci, à limitation du préfet d'Alexandrie (2) sous Gallien (car toutes ces séditions se répètent), ne vit d'autre moyen d'échapper à leurs coups, sinon de prendre la pourprr. Couvert d'un lambeau de drap écarlate arraché à quelque idole, il fut conduit dans le palais impérial d'Autioche et proclamé Auguste. Mais le peuple de la ville ne se souciait pas de courir les périls dune ré^ volution : enhardi par le petit nombre des insurgés, il se porta en foule vers le palais , s'en empara , ma>^-

(>st la Petite Annéiiio, province romaine, distincte de la Grande Arménie, royaume indépendant. La Petite .\rménie, Armenia Minor, dépendait de la Cappadoce avant la multiplication de> divisions i)rovinciales en 297; elle forma sou>Dioflétien une i>rovince distincte, pour être subdivisée encore à la lin du quatrième siècle. Mélitène était sa ville principale; mais, géograpliiquemenl, cette province dépendait de la Cappadoce : une inscription chrétienne de Rome, de 385. nomme un civem Armeniarum Cappadoce ni. >oir Mommsen, Mémoires sur les provinces romaines, [). n-16, 38-40; Marquardt, Honiisclie Staaisverwaltung, t. 1, p. 309,374; de Rossi, J«5cr. cliri.sf. nrbis Rnnhx . t. I, n" 3j5, p. 155-15G; 7y«?/. di arcfi. cris'.., 1869, p. 91.

(Ij Voir les Dernières Pcrsenidons du troisième siècle, \t. 293.

(2) Ibid., p. 185.

sacra Eugène et ses partisans. A minuit, la révolte était vaincue. Cependant les nouvelles d'Antiochc firent trembler Dioclétien. Il avait eu peur : il se montra féroce. Tous les magistrats d'Antioche et de Séleucie furent mis à mort (1). Au nombre de ces infortunés étaient deux des ancêtres du sophiste Libanius, qui sera au milieu du quatrième siècle le plus éloquent défenseur du paganisme : ce fait suffît à prouver que l'insurrection si cruellement punie avait été toute soldatesque, et que les chrétiens n'y eurent point de part.

Les événements de Cappadoce sont moins connus : peut-être Eusèbe dépasse-t-il l'expression exacte de sa pensée quand il étend à cette province l'allusion à des usurpateurs, vraie pour la Syrie. Les documents païens ne nous en apprennent rien. Des documents chrétiens semblent dire qu'en Cappadoce et en Arménie, les esprits avaient été agités par les premiers bruits de la persécution (2). On représenta

(1) Libaiiius. Orot, 13, li, 15.

i'2)« Cuin essel eisnunliatiiin quodoiniiis Armenioiiiin icgio et Cap- ]iadocuin facil contra impiobiiin eoriiin decretum et resistit eoruiii jussis... » Martyrium S. Ilicronis, dan^ Sinius, VUœ SS.,i. XI, p. 173. — ic Qiiodtola Magna Aiineniaet Cappadochi illoriun edicto répugnaient et jain unanimes speclarcnt omnes ad defcctionem, iminulabilem haheiites animurn in Dominum... » Murlyrium S. Eustralii, dans Surius, t. XII, p. 241. Ces Actes sont de Métaphraste [Putrol. Grâce, i. CXVl, p. lOy, -iG?), par conséquent suspects d'amplification. Mais, si l'on en rejette de nombreux traits, il semble qu'on doive en retenir ceux que nous venons de citer, surtout quand on les rencontre dans les Passions de deux martyrs du même temps et du même pays. ïilleinont dit de l'une de ces Passions : « 11 y a des choses considérables, et des faits

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à remporeiu' que cette agitation était dangereuse. Il peut lavoir cru de bonne foi. La Grande Arménie, pays indépendant dont le roi, Tiridate, devait sa couronne à Dioclétien, était à ce moment travaillée par la puissante parole de saint Grégoire Fllluminateur (1). Déjà se préparait la conversion en masse de la nation arménienne, qui arriva plusieurs années avant que la persécution eût cessé dans Tempire (-21. Les chrétiens de Cappadoce suivaient d'un œil ému ces merveilleux succès de la grâce divine : entre eux et la nouvelle Eglise arménienne, où Tétincelle religieuse, déposée peut-être dès le temps des apôtres, mais presque éteinte, se ranimait avec un tel éclat, les rapports de voisinage, d'idées, de mœurs, de commerce, étaient continuels : un nouveau lien s'ajoutait maintenant à beaucoup d'autres, car Leontius, évèque de Césarée, en Cappadoce, venait de donner à Grégoire la consécration épiscopale (3). Dioclétien craignit-il que la IjcUiqueuse Arménie, le roi luimême, qu'allait entraîner vers la vraie foi l'élan de

assez pailicularisés pour croire qu'ils viennent d un bon original : >■ Mémoires, t. V, art. lxvh sur la |)erséculion de Dioclétien. Jfason va jusqu'à supposer que cet original peut être, à l'heure présente, encore caché dans les manuscrits de quelque monastère arménien (J/iC ^jc/'accution ofBioclclian, p. 12". note).

(1) Voir les diverses vies de saint Grégoire, dans les Acla SS.. septembre, t. VIII, p. 295-413.

(2; Sozojucne, Hist. lîccL. II, 8.

(3) La consécration de saint Grégoire est reportée par Saint-Martin [Mémoires sur l'Arménie, t. I, p. 436) et Langlois Historiens de l'Arménie, t. II, p. 387) à l'année 276, (fui parait beaucoup trop reculée : cet év'neincnl se place plus vraisemblablement vers 302.

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son peuple, ne prissent parti pour les chrétiens persécutés? Ce sentiment du pusillanime empereur ne nous surprendrait pas, car, neuf ans plus tard, la guerre éclatera pour un semblable motif entre l'Arménie et Tempiré romain (1), Si l'on en croit des Actes de basse époque (2), mais où peuvent avoir été recueillies des traditions vraies, Dioclétien, dès 303, voulut fortifier de ce côté ses frontières. Des conseils furent tenus, et des officiers sûrs envoyés en Cappadoce. Une levée de soldats eut lieu dans la province. Quelques chrétiens semblent avoir refusé alors le service militaire. La répugnance à combattre contre les Arméniens, ces voisins devenus des frères, explique leur refus : il se peut aussi que le métier des armes leur fût devenu odieux depuis que les troupes avaient procédé partout à la démobtion ou à l'incendie des églises. On raconte qu'un fidèle, appelé Hiéron, qui cultivait ses terres en Cappadoce , repoussa par la Violence les recruteurs, et se retrancha avec ses ouvriers et ses domestiques dans la ferme. Cédant ensuite à de meilleurs conseils, il se laissa conduire à Mélitène. Dans la prison de cette ville trente et un chrétiens étaient déjà détenus. Hiéron, convaincu d'avoir frappé un des agents du recrutement, eut la main coupée : les autres prisonniers furent fouettés. I*uis ou offrit à tous un moven d'éviter le dernier

(1) Eusébe, Hist. Eccl., IX, 8. Voir plus bas, chapitre neuvième.

(2) Martyrium S. Hiironis, martyr'^'m s. Eustratii , cités plus iiaul.

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