‹ La persécution de Dioclétien et le triomphe de l'église (volume 5)Chapitre 4 sur 57 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

dentales, comme l'Italie en dehors de Rome et de sa banlieue, la Bretagne, la Gaule, l'Espagne, se laisse moins aisément démêler à travers les compilations postérieures (1), en revanche, le martyrologe de l'empire oriental du quatrième siècle y paraît avec beaucoup de clarté et de relief. Ce document, dispersé (comme le calendrier romain et le calendrier africain) dans le martyrologe hiéronymien, fut définitivement constitué entre 363 (car il nomme des victimes de la persécution de Julien) et 412, époque où on l'abrégea en syriaque (2). Mais, fait remarquer M. l'abbé Duchesne, a les dénominations de provinces qui y sont employées correspondent plutôt à l'usage de la première moitié du quatrième siècle qu'à celui de la fin ; entre les deux dates extrêmes, de 363 à il2, nous devons songer beaucoup plus, au voisinage de la première qu'à celui de la seconde. !l serait même possible de remonter au delà de 363; car si le martyrologe oriental contient des victimes de la persécution de Julien, on ne peut oublier que les martyrologes et les calendriers sont des documents que l'on complète sans cesse ; il est donc très possible que ces noms aient été ajoutés à une pre-

(1) Voir Duchesne, /. c, p. 37-39.

(2) Ibid.,i\ 10-15. Le inénologe syriaque a été publié par M. Wright, dans le Journal of sacrcd littcraliirc, Londres, t. VIII, 1855-185G, p. 45-5G (trad. anglaise, p. 423-i32).

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mière rédaction (1). » Le savant auquel j'emprunte ces lignes pense que le document oriental a été rédigé àNicomédie, et considère comme certain qu'cc il a été extrait en partie des œuvres martyrologiques d'Eusèbe, c'est-à-dire de son recueil d'anciens martyr ia pour les temps antérieurs à Dioclétien, et de son De martyr ibus Palestins; pour les victimes de la persécution de Dioclétien dans la province de Palestine (2) ». Cette conclusion nous mène naturellement à l'homme qui, au quatrième siècle, a le plus fait pour conserver le souvenir des martyrs, soit qu'il recueille l'écho des anciennes traditions, soit qu'il fasse entendre la voix émue d'un témoin. Arrêtons-nous un instant devant cette rare figure d'historien.

Eusèbe, né vers 260 en Palestine, passa toute sa jeunesse et une partie de son âge mûr durant cette longue période de paix religieuse, à peine agitée de troubles passagers, qui s'étend depuis la chute de Valérien jusqu'à la dernière persécution, et dont il a peint avec des couleurs peut-être trop chargées

(1) Duchesne, ?. c, p. 17.

(2) Ibid.,i). 23.

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l'influence amollissante sur les mœurs des chrétiens orientaux. Il était parvenu « au milieu du chemin de la vie », quand ce périlleux repos fut interrompu par une soudaine tempête, destinée à être plus terrible et à durer plus longtemps en Orient qu'en Occident. Il y assista, non en spectateur indifférent, mais en témoin passionné. Dans cette Palestine où la persécution met tout en feu, où le sang coule de toutes parts, ceux qui périssent ne sont pas seulement pour lui des coreligionnaires, mais bien souvent des compagnons d'études, les plus chers et les plus intimes amis. C'est dans sa maison qu'étudiait Aphien, quand, entendant publier l'édit de persécution, cet angélique jeune homme se leva indigné, et courut jusque dans le palais du gouverneur porter, au prix de sa vie, la protestation de l'innocence chrétienne. Eusèbe était présent quand la mer se souleva' rpour rejeter sur le rivage le corps du jeune martyr. C'était encore un compagnon de ses travaux intellectuels, cet Edesius, frère d' Aphien, qui, une première fois libéré des mines, reprit à Alexandrie la vie d'étudiant, puis s'y arracha de nouveau pour reprocher à Hiéroclès les outrages dont cet infâme magistrat accablait les vierges et les épouses chrétiennes. Eusèbe était assis, frémissant, sur les gradins de l'amphithéâtre de Tyr, quand des bêtes fauves se couchèrent dans l'arène aux pieds de condamnés

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chrétiens, qu'il fallut achever par le glaive. II visita les confesseurs aux mines de Phaenos, et nous a raconté l'impression que lui fit le lecteur aveugle Jean. Il était dans la prison deCésarée avec le grand docteur, le grand exégète, le père de son esprit et de son cœur, celui qu'il appelle « mon maître Pamphile » et dont il voulut joindre le nom au sien : il aidait cet admirable prisonnier à copier, jusque dans les fers, les manuscrits de l'Écriture sainte ou à écrire la Défense d'Origène : il assistait probablement à son supplice, à celui du jeune Porphyre, d'esclave devenu disciple et brûlé en habit de philosophe, au martyre de cette troupe d'hommes de tout pays, de tout rang et de tout âge « auxquels la confession de Pamphile ouvrit toute grande la porte du ciel ». De la Palestine il paraît être allé en Egypte, terre cruelle où la persécution avait pris des formes plus barbares encore et plus raflînées qu'ailleurs ; il y fut témoin de supplices épouvantables. C'est pendant ce séjour en Egypte qu'il fut, à son tour, jeté en prison pour la foi : il en sortit à la suite d'un acte de faiblesse, si l'on en croit ses adversaires. La conduite équivoque que tiendra plus tard Eusèbe dans les affaires de l'arianisme ne suffit pas, selon moi, à autoriser ce soupçon (1). 11 me paraît beaucoup plus

(1) Saint Athaiiase; qui avait pourtant à se [ilaindre gravement dEu-

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probable que le futur historien de l'Église recouvra sa liberté, avec les autres confesseurs, quand l'édit de Galère les fit tous sortir des cachots.

S'il en était autrement, on ne s'expliquerait pas que dans sa ville de Césarée, où il était si connu, Eusèbe ait été élu évèque presque au lendemain de son retour, ou du moins peu de temps après la paix. On s'expliquerait moins encore l'ardeur avec laquelle il voulut rechercher les souvenirs et honorer la mémoire des martyrs. Un renégat n'eût pas mis une telle passion, une si vivante et si cordiale éloquence, à célébrer des hommes dont il n'avait point osé imiter riiéroïsme, et dont la conduite était pour la sienne un sanglant reproche ! Tel semble, cependant, avoir été l'un des premiers travaux accomplis parEusèbe, dès que le repos rendu à l'Église lui eut permis de reprendre ses occupations littéraires. La r/>du mar- (tyr Pamphile, malheureusement perdue, mais à laquelle il renvoie dans son livre sur /es Martyrs de la Palestine, doit avoir suivi de bien près la fin de la persécution. De sérieux indices portent à croire que les neuf premiers livres de V Histoire ecclésiastique furent écrits peu de temps après l'édit de 3]ilan, en 313, pour n'être complétés par un dixième et der-

sébe, fail allusion à ce reproche d'apostasie sans s y associer personnellement [Apolog. vonira Arianos, 8).

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nier qu'entre 323 et 32o, après la rupture de Constantin avec Licinius : le récit de la dernière persécution, qui remplit les livres huit et neuf, est plein d'une émotion trop sensible et trop personnelle pour ne pas indiquer une conscience libre de tout remords. Le caractère de mémoires personnels est plus sensible encore dans l'opuscule sur les Martyrs de la Palestine, qui dut être composé aussitôt après la première partie de VHistoire ecclésiastique, car dans le huitième livre de cette Histoire (ch. xui) Eusèbe en annonce le projet : il ne tarda sans doute pas à réaliser celui-ci, dans la double forme où nous avons aujourd'hui son écrit, une rédaction plus étendue, connue par des versions syriaques, et l'abrégé, conservé en grec, qui figure ordinairement dans les manuscrits entre les huitième et neuvième livres de VHistoire ecclésiastique.

Ces deux livres, joints à l'ouvrage sur les Martyrs de la Palestine, forment une des sources les plus précieuses que nous possédions sur la persécution de Dioclétien en Orient. Grâce à eux, nous pouvons en dessiner largement le cadre, et en suivre le développement chronologique avec une suffisante précision : spécialement pour la Palestine, la marche de la persécution est indiquée année par année. Sur l'histoire de r0.ccident à la même époque, Eusèbe

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