LES MARTYRS DE LA SVIUE. DE LA PHP'NICIE, ETC
(lame la noblesse de sa famille. " Si tu es libre, dit brusquement le juge, pourquoi ne veux-tu pas te marier? — Pour l'amour du Christ : j'ai embrassé sa foi, je crois qu'il est bon de demeurer vierge. — Les empereurs ont ordonné que les vierges eussent à choisir, ou de sacrifier aux dieux, ou d'être vouées au déshonneur. » La réponse de Théodora est admirable : " Je pense, dit-elle, que tu n'ignores pas ceci : Dieu voit nos cœurs, et considère en nous une seule chose, la ferme volonté de demeurer chastes. Si donc tu me contrains à subir un oulrag"e, je ne commettrai point de faute volontaire, je souffrirai violence. Je suis prête à livrer mon corps, sur lequel pouvoir t'a été donné; mais Dieu seul a pouvoir sur mon âme. » C'est, dans une situation plus délicate, le même bon sens supérieur avec lequel d'autres martyrs répondaient aux juges qui avaient prétendu les souiller en les faisant participer de force aux viandes immolées. Après avoir été ramenée en prison, puis soumise à un second interrogatoire, Théodora entendit enfin l'affreuse sentence. La jeune fille, désormais « assimilée à une esclave (1) », fut conduite dans un lieu de débauche.
En franchissant ce seuil honteux, elle leva les yeux au ciel, et pria Dieu de la garder sans tache. <( Une foule nombreuse assiégeait la porte, dit l'auteur des Actes; ils semblaient autant de loups affamés, se dis-
1) ■• Coegisli me injuiiam tibi facere, nmlieri ingenuœ... supplanlaii fc lanquam ancillaiv. » Acta, 2.
putant à qui outragerait le premier la brebis de Dieu ( l V » Théodora écoutait avec effroi « ce hennissement des cœurs lascifs, » comme parle Bossuet. Tout à coup la porte s'ouvre, un soldat entre. La vierge essaie de fuir : «. elle fait en courant le tour de la cellule, tremblant, et se demandant si Jésus l'avait abandonnée. » Le soldat la rejoint; d'une voix douce et respectueuse, il lui dit : « Je ne suis pas ce que cet habit semble indiquer : je suis votre frère dans la foi et dans la volonté de servir Dieu. Si je suis entré ici avec le costume des serviteurs du démon, c'est afin de vous délivrer. Je suis venu pour chercher et sauver le trésor de mon Dieu, car vous êtes la servante fidèle et la colombe chérie de mon Seigneur. Échangeons nos habits, et sortez d'ici sous la garde de Dieu. Ne craignez rien; je n'ai point oublié la parole de l'apôtre ; « Soyez comme moi. » La jeune fille accepta rechange; les yeux baissés, le visage caché par un grand chapeau, elle sortit du lieu infâme : « Elle agitait ses ailes, disent les Actes, comme un petit oiseau délivré des serres du vautour. » Le généreux soldat resta seul, couvert du voile de la vierge, et assis à la place qu'elle avait sanctifiée par sa présence. Découvert et dénoncé, il paya de sa vie son dévouement : il mourut fier et joyeux, remerciant Jésus-Christ de l'avoir choisi pour sauver la pu-
ilj Celle image rappelle une fresque de la calacombe de Prétexlat représerilanl une brebis enlre deux loups : sur la lète de la brebis ftt ecrilSVSANNA, sur celles des loups SENIORES, Perret, Catacombes (le Rome, t. I, pi. LXXVIH.