LES MARTYRS DE LA SYRIE, DE LA PHENICIE, ETC
reté de sa servante (1), et pouvant se rendre à luimême le beau témoignage que Corneille a mis dans la l)ouehe de son Didyme :
J'ai soustiait Théodore à leur rage insensée Sans blesser sa pudeur de la moindre pensée. Elle luit, et sans tache, où linspire son Dieu (2).
Les chrétiens ne se montrèrent pas seuls capables de beaux dévouements. Bien qu'il y eût parfois péril à marquer de la pilié pour les victimes, beaucoup de païens d'Alexandrie furent sensibles aux souffrances des fidèles et tinrent à honneur de les soulager. Saint Âthanase, qui n'avait que cinq ou six ans en 30i, mais qui grandit parmi les survivants de la persécution et trouva dans sa famille les souvenirs encore précis de cette terrible époque, rend témoignage de ce zèle charitable, si méritoire chez des ennemis de la foi. « J'ai entendu raconter à mes parents, dit-il, qu'au temps où, sous Maximien, grand-père de Constance (3), commença la persécution, des païens dérobèrent nos frères chrétiens aux recherches de leurs ennemis, sacrifièrent mè aie leurs biens ou affrontèrent
(1) Acia, 6.
(2) Théodore, acte IV, scène v.
(3) Maximien Hercule, dont la fille avait épousé Constantin, et qui se trouvait par conséquent le grand-père de l'empereur Constance, sous lequel écrit Alhanase. Il est vrai que, lors de la persécution de 304, l'Egypte appartenait à Dioclétien, et qu'elle ne fut jamais gouvernée par Maximien Hercule; mais Alhanase, poursuivi lui-même par Constance, fauteur déclaré de larianisme, ne se refuse pas le plaisir de rappeler que l'empereur arien était le petit-fils d'un persécuteur.
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la prison plutôt (juc de les trahir : ils accueillaient ceux des nôtres qui se réfugiaient chez eux, et sexposaient pour les protéger (1). »
On aime à recueiUir de tels traits, qui font honneur à la nature humaine, et montrent le peuple se détachant de plus en plus de la cause mauvaise que ses chefs croyaient servir par des cruautés sans mesure. Entre toutes les parties de l'Orient, lÉgypte méridionale est celle où ces cruautés semblent inspirées par l'imagination la plus infernale. « Dans la Thébaïde, nous apprend Eusèbe. les souffrances des martyrs dépassèrent encore ce qu'elles avaient été ailleurs. Quelquefois ils étaient déchirés jusqu'à la mort, non par des ongles de fer, mais au moyen de poteries brisées (2). On vit l'ignoble et cruel spectacle de femmes attachées par un pied, la tète en bas, sans vêtements et soulevées en l'air par des machines. Des hommes eurent les jambes liées à de fortes branches d'arbres, qu'on rapprochait l'une de l'autre au moyen de poulies, puis qu'on séparait violemment, de manière que. reprenant leur première position.
(1) 'Eyw yo'jv TJy.oyTa twv TiaTÉpwv xal tt'.ttov T|YOvi[xa'. tôv èxïÎvwv X6yov, ÔTi TÔ TipôiTov, ÔT£ Y£Yov£ -/.aï £7:1 Ma|tp.'.av(>) fw uâTiirw KwvuTavTioy 6twY[i6ç "E)./.r,v£; ixpviTCTOv toû; àSi^çoy; f,[i.wv toO; -/picxtavoù; Çr,ToviiiÉvou;, xai îto),/.at/.t; àTtwXsTav avToi x?"'^!^*''^' oîTawTrioiwv -r£ inziÇiiffôriffav, ïva jjlôvov twv ç£yYÔvTwv \j.r, Y£va)vTat iroooô-at • w; y*P £*'JTOu: £çû),aTTOv TO'j; ■npoa^f.z-jyo'iiv.z y.aî 7.iv&yv£-j£tv Trpô aOTwv èêo'JÀEÛovTO. Saint Athanase, Adsolii. vitum ugentea.
(2; '0(>Tpâ/.oi;. Ce mot veut dire à la fois coquilles et tessons de pois. Valois traduit j)ar acntis tends. Ce sens me parait le meilleur, à cause des exemples cjue nous avons déjà rencontrés de martyrs écorcbés avec des tessons de poteries.