LES MARTÏRS DE LA SYRIE, DE LA PHÉN'ICJE. ETC
elles déchiraient en deux les corps des martyrs. Tout cela se fit, non pendant quelques jours ou quelques mois, mais durant plusieurs années. Tantôt dix victimes et davantase, (juelquefois vinst, une autre fois non moins de trente, tantôt près de soixante, souvent même jusqu'à cent dans un seul jour, hommes, femmes et enfants, périssaient au milieu des supplices les plus variés il,. » Ceux qu on épargnait étaient envoyés, sans distinction d'àse ni de sexe, aux carrières de porphyre, si célèbres dans la province (2) .
Le gouverneur de la Thébaïde était probablement alors Arien ou Arrien (3), souvent nommé dans les Actes des martyrs. On lui attribue le supplice de cinq cent quarante-six fidèles, convertis par l'anachorète Paphnuce [ï], et la condamnation de celui-ci, mort sur la croix (5). Arrien parait encore dans Fhistoire de Timothée et de sa femme .Maura (G), naïve et charmante comme un récit de Joinville.
Timothée appartenait aux ordres inférieurs du clersé : il était lecteur. Traduit devant le tribunal
(1) Eiisèbe, Hisl. Eccl., VIII, 9. 1-3.
(2; Ibhl., 8, 1. Les carrières de porphyre étaient situées sur le plateau qui domine Myos Hormos. près de la mer Rouge; Mommsen, Rômiscltc Ceschichte. t. V, p. ôTG.
(3) Rufin. Vitx Putnnn, 19.
(i) Surius, Vitx SS., t. IV, ji. 342.
(5) Ibid.;i:{. Acta SS., septembre, t. Vf, p. 682. Les Actes de saint Paphnuce racontent qu'.\rrien l'envoya à Dioclétien pour être crucidé, ce qui n'est pas croyable; les Menées se contentent, avec plus de raison, de dire qu'il fut crucifié. Elles mettent au 25 septembre son martyre, placé par les Actes au 28 avril.
(6) Acta SS. Timothei et Maura, dans .lc/« SS., mai, t. I, p. 376.
comme chrétien, il confesse sa foi, et subit courageusement la torture. >< C'est un nouveau marié, dit un soldat au président; il y a ving-t jours à peine qu'il a célébré ses noces; sa femme est jeune. » Arrien fait venir celle-ci, lui ordonne de se vêtir de sa plus belle robe, et l'envoie, ainsi parée, visiter son mari dans la prison. Comme elle lui conseillait de se soumettre, Timothée, voulant cacher ou combattre l'émotion que lui causent la vue de l'épouse, le parfum de ses vêtements, la reprend avec dureté. La naïve jeune femme lui répond : « Mon frère Timothée, pourquoi me charges-tu ainsi d'injures, sans que je t'aie offensé? Nous sommes mariés depuis vingt jours à peine , tu n'as pas encore eu le temps de me connaître : moi, de mon côté , je ne connais*pas encore toutes les dépendances de ta maison... Aujourd'hui, te voyant souffrir, je suis pénétrée d'affliction, et. je te l'avoue, j'ai peur d'êtrc'veuve, moi si jeune... Peut-être as-tu été conduit en prison sur la poursuite d'un créancier, et, dans ton désespoir, veu\;-tu mourir. Courage, mon frère, lève-toi, allons à la maison, vendons nos meubles pour payer tes dettes. Peut-être as-tu été saisi par les licteurs à cause de l'impôt que tu ne peux acquitter : j'ai là mes parures de noces, prends-les, va les vendre. » La surprise de Maura s'explique aisément ; on avait déjà vu des chrétiens se faire volontairement arrêter, afin d'échapper aux poursuites de leurs créanciers (1); mais surtout dans ces régions
(1) Saint Augustin, Brev. coll. cion douai., III; vûir|ilus haut, p. 203.