‹ La persécution de Dioclétien et le triomphe de l'église (volume 5)Chapitre 5 sur 57 · IV. c · texte numérisé non relu

IV. c

xxxiv INTRODUCTION.

est à peu près muet : il parle quelquefois des événements politiques qui agitèrent cette moitié de l'empire, mais il touche à peine aux événements religieux qui s'y passèrent pendant les premières années du quatrième siècle. Il semble que, comprenant toute la grandeur de la lutte suprême à laquelle il assista, l'évèquedeCésarée ne veuille plus parler que de ce qu'il a vu ou de ce qu'il sait de première main, et craigne d'affaiblir sa déposition par le récit ou le tableau de faits qui se passèrent loin des contrées où il habitait. Cette réserve, qui nuit sans doute, au point de vue littéraire, à la composition souvent mal équilibrée de son Histoire^ en lui ôtant le caractère universel qu'elle avait eu pour les temps antérieurs, ne peut, en revanche, que fortifier la valeur documentaire de celle-ci : arrivé à son propre temps, l'historien s'efface devant le témoin.

Pour les siècles, au contraire, qui ont précédé le sien, Eusèbe se montre curieux et suffisamment informé des choses de l'Occident. Les sept premiers livres de VHistoîre ecclésiastique ne contiennent sans doute pas le tableau complet des persécutions qui, à diverses reprises, affligèrent les fidèles, de Néron jusqu'à Dioclétien; mais l'auteur donne souvent sur elles de précieux détails, qu'on chercherait vainement ailleurs, et, surtout dans le récit des deux pre-

INTRODUCTION. xxxv

miers siècles, apporte une attention particulière aux faits et aux personnages de l'Eglise romaine ou même de divers pays occidentaux. On sent, en le lisant, l'homme d'une érudition universelle, bien que paribis mal digérée, qui eut à sa disposition, à Jérusalem et à Césarée, les deux plus riches bibliothèques de l'antiquité chrétienne. Lui-même reproduit plusieurs fois dans son Histoire des fragments d'un grand recueil des anciennes Passions des martyrs (IIjvaYcoyvi Tcôv àp/aiojv {j.apT'jpuov) qu'il avait formé et dont le texte intégral est malheureusement perdu. Cette collection devait avoir une assez grande étendue, car elle contenait dans son entier la lettre des chrétiens de Lyon et devienne sur les martyrs de la persécution de .Marc Aurèle,avecdivers documents relatifsaumontanisme; la Passion fort longue de saint Pionius de Smyrne; celle du martyr Apollonius de Rome, dans laquelle figurait in extenso, outre l'interrogatoire, tout un discours apologétique prononcé devant le sénat; apparemment la lettre de l'Église de Smyrne sur le martyre de saint Polycarpe; probablement aussi la Passion des saints Carpos, Papylos, Agathonicé, découverte il y a quelques années par ]^L Aube; et certainement beaucoup d'autres pièces originales. Par les traces que l'on rencontre du recueil d'Eusèbe non seulement dans son Histoire ecclésiastique, mais encore dans le martyrologe oriental du quatrième

XXXVI INTRODUCTION

siècle (1), il est facile de constater que l'attention de l'écrivain ne s'était pas exclusivement portée sur les martyrs de l'Orient, et que des documenls de premier ordre, relatifs à ceux de FOccident, avaient été rassemblés par ses soins.

En ce qui concerne l'histoire des persécutions, l'œuvre d'Eusèbe se divise donc en deux parties nettement tranchées : pour les siècles qui ont précédé son propre temps, il s'est efforcé de recueillir des renseignements (perdus malheureusement en grande partie) sur les martyrs de l'Église universelle; pour la persécution à laquelle il assista (ô -/.aO' 7,aa; r^'Mvu.^j:) il s'est bornô à noter les incidents ou les noms qui lui furent personnellement connus.

Cette observation, le soin avec lequel Eusèbe, dans tout le cours de VHistoire ecclésiastique, indique et distingue ses sources, les nombreuses citations par lesquelles il nous a conservé tant de fragments d'auteurs perdus, et qui font de certains livres de cet ouvrage comme une continuelle mosaïque, suffiraient, s'il en était besoin, à garantir la sincérité critique de l'écrivain. Le reproche contraire de Gibbon porte vraiment à faux, car c'est précisément à propos de passages dans lesquels Eusèbe déplore avec une

(1) Duchesne, /. c, p. i9-'2l.

INTRODUCTION. xxxvii

grande véhémence les divisions et les chutes des chrétiens que l'historien rationaliste l'accuse de jeter sur elles un voile complaisant. Si quelquefois, pour les temps qui précèdent le sien, Eusèbe a pu, comme Tertullien et d'autres écrivains des premiers siècles, accepter un petit nombre de documents apocryphes, attribuer par exemple à des empereurs des pièces fausses qui couraient sous leur nom, on doit reconnaître que ces erreurs sont, chez lui, extrêmement rares, et que, pour les événements qui lui sont contemporains, il ne cite que des textes puisés aux sources officielles. « Au lieu d'en donner seulement la substance , ou de les refaire entièrement , selon l'usage des autres historiens de l'antiquité , il les transcrit tout entières, il prend plaisir à les reproduire comme il les a trouvées. C'est ce qui rend si importante pour nous son Histoire de l'Église, où il a réuni tant de documents précieux; sa Vie de Constantin est faite dans le même esprit, et elle a pour nous le même genre d'intérêt. Plusieurs des documents dont elle est pleine se retrouvent analysés ou reproduits dans Lactance, dans saint Augustin, dans Optât de Milève, qui les ont empruntés aux archives de l'Étal, et ils sont au-dessus de tous les soupçons. 11 y en a d'autres qui atténuent ou qui contredisent les affirmations d'Eusèbe, ce qui montre bien qu'ils ne sont pas son ouvrage, car il n'aurait pas pris la

xxxviH INTRODUCTION.

peine de les fabriquer pour se donner à lui-même un démenti (1). »

Dans le livre dont on a lu tout à l'heure le nom, et qui a Constantin pour héros, l'évidente partialité de l'historien pour le grand empereur qui l'avait admis dans son intimité ne donne ouverture à aucun soupçon de supercherie ou de mensonge. La Vie de Constantin, où nous aurons à puiser bien des renseignements utiles, a été écrite après la mort de ce souverain, ce qui est une première garantie de sincérité ; on doit même remarquer, à l'honneur d'Eusèbe, que si les louanges qu'il donne à l'empereur mort paraissent souvent excessives, elles sont beaucoup plus grandes dans ce livre que dans ceux qu'il composa durant la vie de son maître et de son ami. Eusèbe pèche souvent par prétérition : il n'invente pas le bien qu'il met en lumière, mais il cache les ombres et passe les fautes sous silence. Cependant le caractère de Constantin, tel qu'il se dégage de ce tableau, demeure vrai dans les grandes lignes : c'est ce qu'ont très bien établi M. Boissier dans les articles dont j'ai cité plus haut un fragment, M. le duc de Broglie dans son grand ouvrage sur l'Église et rEmpire romain au quatrième siècle et dans une étude plus ré-

(1) Boissier, lu Conversion de Constantin, dansla Renie des Deux- Mondes, juillet 188G, p. 52.

INTRODUCTION

cente (1) ; c'est ce que j'espère montrer moi-même dans les derniers cliapitres de ce livre.

Eusèbe n'est pas le seul écrivain dont le récit, plus ou moins empreint du caractère de mémoires personnels, nous renseigne sur la dernière persécution, les incidents politiques qui en accélérèrent ou en retardèrent le cours, le caractère de ses auteurs et les souffrances héroïquement supportées de ses victimes. Le livre de Lactance sur les Morts des perséeuleurs (dont l'authenticité n'est plus contestée) nous ouvre avec autant d'abondance et je ne sais quoi de plus bouillonnantetdeplusimpétueux, une source de valeur égale sur la suprême crise religieuse qui remplit les premières années du quatrième siècle.

Bien que cet ouvrage décrive successivement la fin tragique de tous les persécuteurs depuis Néron , il est cependant consacré pour la plus grande partie à l'histoire de la persécution de Dioclétien : celle-ci commence à être racontée au chapitre septième, et le livre en a cinquante-deux. La véracité de Lactance a

(1) Deux Portraits de Constantin, dans Histoire et Diplomatie, Paris, 1889, p. 207-«50.

XL INTRODUCTION

été contestée plus encore que celle d'Eusèbe : avec raison, si l'on admet « priori que tout écrivain passionné est nécessairement inexact; à tort, si l'on croit que les haines vigoureuses et les vigoureuses amours peuvent se concilier avec la ferme résolution de rester vrai. Je ne prétends pas que, dans l'expression surtout, Lactance n'ait jamais excédé, et que l'ardente invective ne rappelle souvent, chez lui, le compatriote de TertuUien ; mais si l'on regarde l'un après l'autre ses jugements sur les principaux acteurs de la dernière persécution, on s'étonnera de reconnaître qu'ils sont le plus souvent conformes, dans l'ensemble, avec celui que portent des mêmes hommes les écrivains païens du quatrième siècle. Parle-t-il de l'excessive timidité de Dioclétien, de sa peur de l'avenir, de son avarice, de son commerce peu sûr, de sa cruauté, Lactance s'exprime comme les Aure- Ijus Victor et Eutrope. L'inquiète ambition de Maximien Hercule, son influence mauvaise sur Dioclétien, son emportement, sa férocité, ses exactions fiscales, sont appréciés par les mêmes auteurs aussi sévèrement que par Lactance. Ce qu'il dit de la folie du premier, des débauches du second, est confirmé par le témoignage non suspect de l'empereur Julien. Aurelius Victor parle comme Lactance de Tignorance et de l'orgueil de Galère. Les qualités morales de Constance Chlore sont admirées par Eutrope autant

INTRODUCTION. xli

que par lui. L'insolence de Maxence envers son père, Ja haine dont il était l'objet de la part de celui-ci et de Galère, sont rapportées par Aurelius Victor près-, que dans les mêmes termes que par le rhéteur chrétien. Sur les faits, l'accord est souvent aussi marqué que dans la peinture des caractères; ainsi, l'historien le plus passionné dans le sens païen, Zosime, raconte cVune manière toute semblable divers incidents de la lutte entre Maxence etConstantin : comraeLactance, il attribue, avec Aurelius Victor et Ammien Marcellin, la mort de Galère à un ulcère horrible : la part prise par Maximien Hercule à Télection de Licinius, les démêlés de Maxence avec son père Hercule, et d'Hercule avec son gendre Constantin , sont l'objet de récits équivalents, qu'on liseLactance ou Zosime, Eutrope, Victor.

La seule critique sérieuse, à mon sens, contre laquelle on ait à défendre l'auteur du traité des Morts des persécuteurs est celle-ci : comment peutil avoir été aussi bien renseigné qu'il le prétend sur les délibérations secrètes des souverains, sur tel conseil privé, tel colloque entre Dioclétien et Galère, dont il parle avec les détails les plus précis, reproduisant non seulement les paroles, mais jusqu'aux gestes ou aux larmes des interlocuteurs? On pourrait sans doute répondre qu'en mettant en scène sous' une forme aussi dramatique des

xi.ii INTRODUCTION.

délibérations qui certainement eurent lieu , Lactance n'a pas plus outrepassé le droit de l'historien que Ïite-Liveou Tacite en prêtant aux héros de leurs Annales des discours qui sont vraiment des documents historiques, et, à défaut des paroles textuelles, reproduisent les sentiments qui vraisemblablement les animaient. Cette réponse ne serait pas suffisante : car, au moment où avaient lieu, dans le palais de Nicomédie , les délibérations qu'il rapporte , Lactance habitait cette ville, y occupait dans l'instruction publique d'importantes fonctions auxquelles Lioclétien lui-même l'avait appelé, et fut en situation de recueillir les échos les plus intérieurs de ce palais impérial plein d'officiers et de serviteurs, où les murs gardaient sans doute mal les secrets. La réponse sera plus forte encore , si l'on fait réflexion que Lactance devint le précepteur du fils de Constantin et put' (recevoir de ce souverain , qui avait passé sa jeunesse à la cour de Nicomédie, les confidences qu'il nous transmet. Rien n'oblige à admettre que le traité sur les Morls des persécuteurs fut composé tout de suite après l'édit de JMilan, et avant que Lactance ait eu le temps d'entrer dans l'intimité de Constantin; le silence gardé par l'auteur sur les démêlés de Constantin et de Licinius, la manière respectueuse dont il parle de ce dernier, indiquent seulement qu'il écrivit avant que la rupture entre les deux empe-

INTRODUCTION. xuii

reurs fût définitive, c'est-à-dire avant 322 ou 323. Quand j'examine attentivement les écrivains qui rejettent l'autorité historique de Lactance , je n'ai pas de peine à reconnaître qu'il leur est surtout suspect pour n'être point demeuré indifférent aux faits et aux personnes^ avoir considéré les persécutions comme des crimes, les persécuteurs comme des criminels , et l'avoir dit sans aucun ménagement. Mais un défaut de ce genre (si c'est là un défaut) obligerait à effacer bien d'autres que lui de la liste des témoins qu'on peut croire. N'en faudrait-il pas ôter aussi Tacite , pour avoir jugé Tibère ou Néron non moins durement que Lactance a jugé Galère ou Maximin , avoir peint des plus noires couleurs « un temps fertile en catastrophes, ensanglanté par les combats, agité par la discorde, cruel même dans la paix (1) », et s'être plu à montrer, lui aussi, « dans d'affreux désastres la main d'une Providence vengeresse (2)? d Peut-être cette extrémité n'effraierait-elle pas tous les censeurs : j'ose croire , cependant, que les vrais amis de l'histoire ne se consoleraient pas d'une telle perte, et que , même en lisant l'un et l'autre avec quelque précaution , ils continueront à demander à l'éloquent ami de Pline le Jeune le tableau du premier siècle.

(1) Tacile, HisL, I, 2.

(2) Ibid., 2,

XLiv l^^TRODUCTIOX.

au précepteur de Crispus une image vivante et, dans le fond, exacte des premières années du quatrième. Le complément naturel de cette image se trouvera dans les quelques Passions vraiment originales ou voisines des faits, qui, malgré les difficultés que j'ai indiquées plus haut, ont pu être écrites par des contemporains de la dernière persécution : documents bien peu nombreux, si on les compare à la multitude de ses victimes, mais souvent très précieux par la sincérité de la rédaction , la précision des détails , les interrogatoires authentiques qu'on y rencontre. A côté de ces Passions, et suppléant à leur rareté, doivent être cités d'assez nombreux panégyriques prononcés par les plus célèbres orateurs sacrés du quatrième et du cinquième siècle, comme les Chrysostome, les Basile, les Asterius, les Maxime de Turin ; à travers le vague de la forme oratoire , l'hisjtoire d'illustres martyrs y apparaît au moins dans ses grandes lignes. On trouve aussi des allusions intéressantes aux victimes de la dernière persécution dans plusieurs écrits de religion et de morale du même temps, ceux de saint Ambroise , par exemple. Enfin, je dois signaler une dernière source, originale et précieuse entre toutes : c'est celle qui ressort de procès-verbaux ofiîciels, rédigés à la suite des enquêtes que Constantin fit faire en Afrique sur des faits de la dernière persécution. Les donatistes ayant

INTRODUCTION. xlv

contesté l'élection de Cécilien au siège épiscopal de Cartilage, sous prétexte que sonconsécrateur, Félix, évêqued'Aptonge, avait jadis livré aux persécuteurs des meubles liturgiques et des livres, Constantin commanda, en 314, au proconsul d'Afrique .Elianus d'entendre des témoins sur ce fait : l'enquête a été conservée, et son procès-verbal offre le tableau le plus curieux des incidents de la persécution dans une ville africaine, racontés par les magistrats mêmes qui avaient été chargés d'exécuter l'édit. Six ans plus tard, en 320, la conduite du diacre Silvain, devenu évêque de Cirta et très mêlé aux alfaires des donatistes, fut l'objet d'une semblable information : le procès-verbal existe aussi, et a ceci de particulier qu'on y trouve, intercalé, le texte d'un autre procèsverbal, daté de 30i, et relatant la perquisition faite par le curateur dans la maison où s'assemblaient le clergé et les fidèles de Cirta , ainsi que dans la demeure des principaux dépositaires des livres saints. Par ces diverses pièces, de source tout à fait officielle , on assiste vraiment aux événements qui marquèrent en Afrique la première phase de la persécution de Dioclétien : elles s'éclairent mieux encore si on les rapproche des orageux débats du synode tenu à Cirta peu après 305 , et dont les Actes ont été en partie publiés par saint Augustin. J'ai taché de donner dans ces pages une idée claire

xLVi INTRODUCTION.

des documents qui m'ont servi à écrire Tliistoire des persécutions. On a pu voir que cette liistoire repose sur des fondements solides, et que ses matériaux sont bons et nombreux. Quant au parti que j'aurai su tirer de ceux-ci, le lecteur en jugera mieux que moi : lui seul pourra dire si l'ouvrage commencé depuis de longues années, et que j'achève aujourd'hui, ne demeure pas trop loin du but vers lequel je devais tendre.

Ce que j'aurais voulu surtout marquer en traits suffisamment nets pour ne pas disparaître au milieu des détails, c'est le caractère de la lutte, pacifique d'un côté , violente et sanguinaire de l'autre , qui pendant près de trois siècles mit aux prises une société petite au début, nombreuse et puissante à la fin, volontairement désarmée toujours, et l'empire romain, ou plutôt la civilisation païenne elle-même , ' ^vec ses immenses ressources religieuses , intellectuelles, matérielles, ses princes, ses philosophes, ses prêtres, ses magistrats, ses soldats et ses bourreaux. Il me semble qu'on ne fera jamais assez ressortir la grandeur imprévue du résultat final, qui non seulement acquit à l'idée chrétienne, toujours émergeant du sang dans lequel on essayait de la noyer, le droit de se produire librement, mais finit par lui soumettre les pouvoirs publics, et faire d'elle la directrice de la civilisation renouvelée.

INTRODUCTION. xlvii

Vainement essaierait-on d'expliquer un changement si extraordinaire en disant que tôt ou tard les idées triomphent toujours de la force : cette explication, bien que passée en lieu commun, est démentie par l'histoire, qui montre souvent les idées, vraies ou fausses, étouffées par la force, ou ne triomphant d'elle qu'après avoir recouru , à leur tour, à la violence et être devenues matériellement les plus fortes. Les chrétiens, au contraire, n'ont répanda que leur propre sang. Ils se sont soumis aux lois qui les condamnaient. Ce n'est pas par le nombre des soldats ou des insurgés, mais par le nombre et la constance des martyrs qu'ils ont vaincu. Comme l'a dit un écrivain dont l'impartialité ne sera contestée par personne, « c'est la victoire la plus éclatante que la conscience humaine ait jamais remportée dans le monde (1) ». L'écrivain que je cite ajoute, avec la loyauté habituelle de sa pensée : « Pourquoi s'acharne-t-on à en diminuer l'importance (!2) ? »

Je n'essaierai pas de répondre à cette question, que plusieurs peut-être trouveront indiscrète : mais je crois avoirHe droit de conclure que le triomphe du christianisme^, dans les conditions où il s'est pro-

(1) Boissier, ua Dernier Mot sur les perséeulions, dans la Reçue des Deux-Mondes, 15 février 1886, p. 818.

(2) Ibid.

XLvm INTRODUCTION.

(luit, est un fait unique, dont l'originalité n'est partagée par aucun autre. Cette originalité paraît dans son jour le plus éclatant et le plus aimable si l'on fait attention à la multitude de vertus de toute sorte, fleurs superbes ou exquises qui, pendant trois siècles, sortirent des âmes chrétiennes labourées et arrosées parla persécution. On vit des prodiges de courage, de persévérance , de dévouement fraternel , de désintéressement, d'humilité, de chasteté : il y eut un essor et comme un épanouissement de vie morale, uniques aussi dans l'histoire du monde.

Je prie Dieu qu'un peu de cette sève et de ce parfum se reconnaisse dans mon livre. Puisse-t-il, selon le mot de Bossuet, « pauvre canal oii les eaux du ciel passent, » en avoir au moins « retenu quelques gouttes »!

Mai 1890.

LA

PERSÉCUTION DE DIOCLÉTIEX

Page 1