‹ La persécution de Dioclétien et le triomphe de l'église (volume 5)Chapitre 41 sur 57 · IV · texte numérisé non relu

IV

Si'.rtum Philippi. fait un demi-cercle autour de la colline couverte par le bois sacré [i). On ne pouvait songer à porter les corps dans quelqu'un des grands cimetières, tous confisqués à ce moment, et d'ailleurs trop éloignés; mais, prenant le chemin antique qui de la voie Campanienne ou de la voie de Porto gravissait la colline le long du bois (les fouilles récentes en ont révélé la trace), le courageux groupe arriva au champ de la chrétienne Generosa, voisin du domaine arvalique (2). Ces lieux, autrefois si animés, étaient maintenant déserts et infestés de brigands i3). Depuis le milieu du troisième siècle, le collège des Arvales avait cessé de se réunir et d'offrir à la Dca Dia les sacrifices commandés pur le rituel : les sonqitueux édifices qui avaient abrité ses fêtes, le Caesareum, la salle tétrastyle, les exèdres, se dressaient abandonnés au milieu des grands arbres (4). Profitant de cette solitude, les chrétiens pouvaient enterrer leurs morts

(1 Aussi riiiscripliou apiiaremrnent du seplième siècle) relative a Simpliclus et Fauslinus qui passisunt in flumen Tibcrts ne les dit pas enterres au Sextuin Philippi, mais en amont, super l'Sexlum) Philippi. Bulletlino di archcologia c?-istiaua, 1866, p. 4'i-i5; 1860, p. 2.

(2) Ro}}ia sotterranea, t. III, p. 665.

(3) lnscrii»tion païenne du troisième siècle; ibid., \i. 683.

(4) De Ross'i. Ann. deir Jnstil. di corresp. (irchcol., 1838, p. 54-7y; Jiullett. di (ircli. crist., 1869, p. 14; G. de La Berge, arL Anales, dans le Dictionnaire des aniiquilcs, t. I, p. 453: Histoire des persécutions pendant la première moitié du troisième siècle, p. 234- 23j. Le bois sacré n'élail plus fréquentépar les païensqu'une fois par an. le 2'J mai, pour les ambarvaliu, «jui se jirolongèreiit pendant le quatrième sièc'e et même au delà, et ne disi>arurenl (juaprès linstitutiou de la fête des Rogations; voir de Rossl. Uoma sotterranea , t. lil, p. 690-691: Bull. orch. corn., 1889. p. 117.

dans les sahlonnières qui s'étendaient sous la colline, et où l'on avait probablement accès par le champ de Gcnerosa (1). C'est ce que firent Viatrix et ses compagnons : ils déposèrent les corps des martyrs dans une chaml)ro de Farénaire : une sorte de sarcophage adossé à la muraille et formé de débris de marbres maçonnés à la hâte remplaça les tombes que l'on avait coutume de creuser dans les parois des cimetières souterrains (2).

A son tour Viatrix, étranglée par les païens quelques mois après la mort de ses frères, fut enterrée dans le même arénaire par les soins de la matrone Lucine (3). In autre martyre eut sa sépulture dans ce cimetière improvisé, Rufus ou Rufinianus (4), qui avait appartenu à la milice palatine et rempli la charge de vicaire d'un des préfets (5j : la peinture de basse époque qui lui fut plus tard consacrée lui en donne l'uniforme, une chlamyde fixée cà l'épaule par

{{] Homasotlerraiiea, 1. 111, p. 690; Bull, (liorch.ciist., 1869, p. 14. L'inscriplion du .septième siècle dit : cœmetcrium Gencrosoe super P/iilippi; Bull, di anJi. crist., 1866. p. i4.

(2) Roina sollcrranen, t. III, p. 670.

(3) « Quain ctiain sancla et veiierabilis Luciiia iina ciini sui.s sanclissinils fratribus ibi in Sexto Philippi sepelivit IV Kal. Aug. « Acla SS. Bealricis, Siiuplirii, Faustini, dans Acta SS., juillet, t. VU, p. 36. — « Quam sancla Lucina cuui suis fratribus ibidem in Sexto Philippi sepelivil. >- Acta S. Anlhimii , 13. dans Acta SS., mai, t. VII, p. 617.

(4) Les Romains donnaient indifféremment au même personnage le nom ou son diminutif, Rufus ou Ruiinianus, Faustus, Faustinus ou Faustinianuo, Clementinus ou Clementianus. Voir les e.\emples cités par de Rossi, Bullettino di arclicologia cristiuna, 1869, p. 7: Romu sotterranca, t. III, p. 657-658.

(5) Cf. Lactance, /.«c ?no/-^/;er5., 7.

.{72 LE QUATRIÈME ÉDIT EN OCCIDEM (304;i.

une riche agrafe (1). C'est {«robablement le Ilufus dont parlent les Actes de saint Chrysogonequi, ayant, en vertu de sa charge, la g-arde de ce prisonnier chrétien, fut converti par lui avec toute sa famille et donna sa vie pour sa nouvelle foi (2).

D'autres martyrs immolés à Rome en ces jours sanglants eurent leur tombeau plus loin encore de la ville éternelle (3;. Vingt-trois chrétiens se tenaient cachés au viens Canarius. dans la maison de la matrone Théodora (4), sous la conduite du prêtre Abun-

(1) Roina sotterranea, t. 111, p. 11 ici", p. 659-660, et Z?ît//. diurcli. crist., 1865», p. 5, 7-8. — Sur la tlilainyde comme insigne distinclif lies vicaires, voir XoUtio dùjnit., Occid. . Hucking, p. i28; Cassiodore, Var., VI. 15.

(2) « Enit autom in vinculis jussu Diocleliani... Chrysogonus... Hic erat apud Ru tu m quemdam vicarium, quem dominus Jésus Cbristus cum omni domo sua per Chrysogonum IiicraUis est.» Murlijrium SS. AnastasixctCJirusorjoni, dans Surius, ViUv SS., l. XII. p. 313. — « Natalis S. Ru(i inarlyris, quem dominus nosler Jésus Christus cum ôinni domo sua per Chiysogonum martyrem lueralus est; c|uem cum omni domo sua Diocletianus punitum, Cliiisto martyrem dedil. » Adon. Mariijrol.; 28 nov. Les .\ctes de saint Clirysogone, personnage romain martyrisé le 22 novembre à .\quilée, et de sainte Anastasie. martyrisée le 25 décembre à Sirmium. sont mêlés de Irop d'inventions légendaires pour qu'il soit aisé d'en extraire, avec quelque certitude, ce qu'ils peuvent contenir d'éléments traditionnels. Je me bornerai à rai>peler la célébrité acquise de bonne heaie à Rome par saint Clirysogone, dont le tifulus primitif, sur 1 emplacement duquel fut édifiée léglise moderne, paraît remonter à l'époque de Constantin, et l'imporlance que le culte de sainte Anastasie obtint à Rome vers le sixième siècle, au point qu'une des trois messes de Noèl lui était propre. Voir Tiilcmont, Mémoires, t. V. art. sur sainte Anastasie, veuve et martyre; Ducbesne, JS'otes sur la topographie de Rome au moyen à(jc , III* Bickcrsteth Birks, art Chnjsogonus, dans le Dictionarij of Christian biography, t. I, p. 516; Armellini, le Chicsc di Roma, p. 202.

(3) ActuSS., septembre, t. V, p. 300.

(4) « In domo Theodorœ, in vicum qui dicilur Canarius. » Ibid. Le

dius et du diacre AJ)iindantiiis. Celaient probalilement des habitants d'un bouri;- du Latium, qui. effrayés de la persécution, avaient fui à Rome dans l'espoir d'y échapper plus facilement aux recherches. Cet espoir fut déçu : les fugitifs furent arrêtés le 5 août et menés sur l'ancienne voie Salaria, où on les décapita. Leurs corps, disent les Actes, reçurent la sépulture sur la même voie, dans un cimetière voisin de la « montée du Concombre (1) », au lieu dit « les sept Colombes ('2) ». Abundius et Abundantius n'avaient pas été jugés en même temps que leurs paroissiens : les persécuteurs, voulant sans doute instruire plus solennellement leur procès, les firent comparaître au forum de Nerva. où était le secrelarium du préfet de Rome et où ce magistrat rendait souvent la justice 3).

ricus Canarius n'fsl-il pas une corruption du viens Caprarius uominé dans d'anciens docuinenls? Voir Jordan, Topogr. (1er StadI Rovi in Allerthum. t. II. p. 102.

(1) « Incrvpla in clivo Cucuintris. » Acta.

(2) Le cimetière portait anciennement le nom Ad sepfem cohimhas. comme d'autres s'apiieiaient également, de désignations locales, Ad duas laxros, Ad insiilsalos. Ad ursum pilecdun; de Rossi, Roma sotterrnnca, t. I. p. 132. Après la paix de l'Eglise il fut connu sous le nom de Adcapuf S. Jonnnis, parce que la tète d'un martyr Jean, par une exception presque unique à celte époi|ue, avait été mise séparément du corps sous lautel de la petite basiii([uc érigée au-dessus du cimetière. Parmi les martyrs qui reposèrent dans celui-ci était le consul Liberaiis. dont deux inscriptions en vers célébraient la mort pour le Christ, sans qu'aucun document ait gardé son souvenir, et par consi'quent sans qu'on puisse savoir dans quelle persécution il périt. Voir Inscripiinncs cliristianx tirbis Ronuv, t. II, p. 101, n» 23, et 102. n'' 38; Bull, di arch. criât., 1888 1889. p. .5i-55.

(3) « Prsesentati in Tellude in l'oro ante tcmplum. » Acta. Le temple de Tellus, élevéen 48i de Rome, dans le quartier des Carines, est sou-

Après de cruelles tortures, le prêtre et le diacre furent conduits au dixième mille de la voie Salaria, près du hourgde Rubne (1), et décapités le 28 août. Le choix d'un lieu si éloigrné de Rome semble indiquer que les persécuteurs voulurent les exécuter dans la contrée même où s'était naguère exercé leur ministère apostolique (2). Les corps, mis en un cercueil deploml) (3\ furent enterrés dans un domaine que possédait, seize milles plus loin, leur hôtesse de Rome, la chré-

vent noininé dans les Passions des inailyrs ^cf. Jordan. Toporjr. lier SUidt Rom in Alterthum, t. I, p. 71; t. II. p. 381. 488-492!. Il était voisin do celui de Pallas. souvent aussi nommé dans les Actes, et dont la situation est bien connue sur le foiuni de Nerva. Ce lieu est quel- (|uefois désigné, coinine dans la Passion de saint .\bundius. par la formule abrégée la Tellude (cf. de Rossi, Homa sotterrunea, t. III, p. 206; et le Liber Pont ificalis, Cornélius, éd. Duchesne, t. I, p. 150), <[ui .se retrouve sous la forme incomplète IN TEL... dans un des fragments du plan de Rome gravé sur marbre au temps de Septinn; Sévère 'Jordan. Forma Vrbis Romx, fr. 6). Le souvenir des nombreuses exécutions de chrétiens qui furent faites en ce lieu semble s'être conservé dans l'appellation In macello rnurtijrum donnée à une petite église voisine du forurn de Nerva [Bullettino di arclieologia cristiana, 1877, p. 51; Duchesne, le Liber Pontificalis. t. I. p. 152. note 11; .\rmellini. le Chiese di Roma, p. :i29. 4.{4).

1 Acta; cf. Rull. diarch.crisl., 1883, p. 136. Rubrœestnonnié par Martial. Lpigr., IV. 04.

'2) Rull. di arcli. crisf.. 1883. p. 1.59.

(.3) «In loculoplumbeo. » Acta. Sur l'usage des cercueils de plomb chez les Romains, voir Cochet, Mémoire sur les cercueils de plomb dans rfin(i(fuitc cl au moyen âge, Rouen, 1870, p. 6-47; de Rossi, Roma sotterranea. t. I, p. 95; Bullettino di arc/ieologia crisliana, 1876. p. 76: 1870, |>. 10; 1871, p. 87; 1873. p. 77 et pi. IV-V; Crespellani. tians Memorie delV Accadcmia di Modena, 1888, p. 52. 53. 59. Les (jrecs d'.\sie s'en servaient aussi : le musée du Louvre possède un sarcophage de plomb, avec limage de Psyché, rapporté de Saïda i*ar :M. R.'iian.

tienne Théodora, et qui devint le noyau d'un crand cimetière (1).

Le 2*2 septembre eut lieu rinhnmation d'une chrétienne dont on connaît seulement le nom etla sépulture. La liste des Dépositions des martyrs contient celte mention : « Le 10 des calendes d'octobre, (mémoire) de Rasilla, sur l'ancienne voie Salaria, Dioclétien étant consul pour la neuvième fois et Maximien pour la huitième (2). » On sait la valeur de cette liste , qui énumère les plus solennelles fêtes de martyrs célébrées à Rome et dans les principaux sièg-es suburbicaires (Ostie, Porto et Albano) avant le milieu dif quatrième siècle (3). C'est la tradition toute vivante, au sortir de la dernière persécution. Par une exception presque uni- <{ue dans le catalogue des Dépositions (i), la date con-

(1) Sur le territoire de Rignaiio. Bull, di arcli. crist., 1883, p. 134 et suiv. : Stevenson, dans Kraus, liedl-KncylclopikJ ic. dcr christlichen Aller tli urne i\ t. II, p. 125. L'p|iita|)l)c suivante, ai'joind'hui au musée de Lalran,

ABVNDIO l'Iill MARTVRI S\NCT DEP. VII IDVS DEC

doit provenir de ce cimelière. et avoir été gravée après la pai\ de l'Église, lors de la translation solennelle du marlyr Abundius {Bull., 1». 152, 158).

(2) « X Kal.Oct. Basilhe Salaria VelereDioclelianoIXetMaxiiniano VIII Coss. » Depositio ninrtijrum, dans lUiinart, p. 692.

(3) CL Roma sottenanea, 1. 1, p. 116.

(4) Outre la date consulaire de rannée 258 indiquée pour saint Pierre el saint Paul et se rap[)ortant à leur translation temporaire ad calarumbas sur la voie Appicnne, celle de 30i est marquée pour Partenius et Calocerus; mais elle s'applique, comme l'a moutré M. de Rossi, à une translation faite alors des reliques de ces saints, de leur tombeau primiliTà une chambre plus obscure de la "catacombe de Calliste,

salaire de la sépultiue, et probablement du martyre, est marquée ici (li. Le cimetière de la voie Salaria auquel s'attache le souvenir de Basilla est bien connu : c'est celui où reposèrent Hermès. Protus et Hyacinthe, et dont nous avons plusieurs fois parlé au cours de ces études (2/ : de touchantes preuves s'y rencontrent de la dévotion des fidèles pour la sainte, à laquelle ils recommandent « l'innocence » de leurs enfants (3).

En calculant d'après les chiffres d'un autre document du même temps, le catalogue des papes compris dans la collection philocalienne, on fixe au 2i. octobre 30i la mort du pape saint ^larcellin. iMais si cette date (quant au jour et au mois) n'est pas assurée ('i-), plus oliscure encore est l'histoire des derniers moments du pontife. Il est impossible que le chef de l'Église de Rome ait passé inaperçu pendant la per-

aliii de les dérober aux profanations qui suivirent la confiscation des cimetières: voir Roma sotlerraneu, t. Il, \). 211 et suivantes, et Histoire des persécutions pendant la première moitié du troisième siècle, p. 291-292.

(1) La probabilité de la translation de Partenius et Calocerus, dont il est question à la note précédente, résulte de l'examen des lieu\ mêmes et de leurs inscriptions; mais, à défaut de tels indices, qui n'ont pas été relevés pour Basilla, je pense qu'il y a lieu de considérer la date consulaire jointe à son nom connue étant celle, non d'une translation hypothétique, mais de sa première inhumation.

i2) Voir Histoire des persécutions pendant les (leur proniers siècles, p. 209; les Dernières Persécutions du troisième siècle, p. 9<1- 363-368.

(i) Domina Basilla, commendamns tibi Crescentinns (Cresccnlinum) et Micina (m) fllia (m) nostru (m) Crescen (tinam). — Commendo Basi (1) la innocentiam Gemelli. — BuUettino di arelieolor/ia cristiana, 1876, p. 28.

(4) Duchesne, le Liber Pontificalis, t. I. p. cr.xLix.

séoutioD. Tous les écrits qui ODt conservé son souvenir le mettent en rapport avec celle-ci. Le catalogue philocalien dit qu'il mourut « pendant le neuvième consulat de Dioclétienet le huitième de Maximien, à lépoque où la persécution sévissait (1 ) ». D'après Eusèbe, « il tut enveloppé par elle (2) ». ïhéodoret, plus explicite, ajoute qu'il « s'y disting-ua (3! ». La tradition de son martyre nous est parvenue par des récits suspects, qui le montrent cédant d'abord aux ordres des persécuteurs, puis se relevant pour attester son repentir et mourir en confessant le Christ [ï). J'ai déjà dit comment l'imputation des donatistes, qui l'îfccusaient d'avoir livré les saintes Écritures, est invraisemblable '5): mais d'autres documents, dont la trace se retrouve dans sa notice au Liber Pontificalis, prétendent qu'il consentit à offrir de l'encens aux dieux, à u thurifier. » selon le langiige du temps (6). Quand on sait à quelles sources troublées puisa quelquefois le

(1 " Marcellinus ann. VIIl m. III d. XXV. Fuit temporibus Dioclcliaiii et Maxiiniani, ex die prid. Kl. Julias . a coiis. Diocletiano YI et Constantio II usquc in cons. Diocletiano VIIII et Maxiiniano VIII, que tempore fiiitpersecutio et cessa vit episcopatus ann. VII ni. VI d. XXV. >• i6ù/.,p. 6.

(2)''0y.at avTov ô ôiioyjjLÔ; y.ol-: zi'/xzz. Eusèbe, Hist. EccL, Vll, .32, 1 (3; Tôv £v Z'M-{\iû> o'.nrpc'iavTa. Théodoret, His(. EccL, l, 2.

(4) Voir la notice de saint Marcellin au. Liber Pontificalis, empruntée vraisemblablement à une Passin Marcellini perdue (cf. Duchesnc. t. 1, p. Lxxiv, xcix , et les Actes du faux concile de Sinuesse (Mansi, ConciK, t. I, p. 1250; Héfélé, Histoire des conciles, trad. Delaïc, t. I, ]). 12G;.

(5) Voir i)lus baut, p. 184.

(G) « Ipse Marcellinus ad sacrificium ductus est ut lluirificaret.quod et fecil. » dit le Lil>er Pontificalis. Cf. « ut thurificarem, » dans les .Actes

rédacteur des l)iog'raphies pontificales, on n'attache qu'nnc médiocre importance à ce renseignement (1). Il montre cependant qu'au cinquième siècle plusieurs croyaient à une faiblesse passagère du pape. Ce préjugé défavorable est peut-être plus ancien encore, car le nom de Marcellin manque au catalogue romain de la Déposition des évêques, ce qui semble un blùme indirect de sa conduite (2). Il ne se lit pas non plus dans celui de la Déposilion des martyrs; mais on sait qu'un petit nombre de saints y figurent, ceux-là seulement qui étaient Toccasion de fêtes solennelles (3). Cette dernière omission ne va pas contre l'opinion de son martyre : ce qui. indépendamment de récits plus ou moins sûrs, parait la confirmer, et faire croire que saint Marcellin mourut sous les coups des bourreaux ou dans les souffrances de la prison, c'est la vénération dont fut entouré son tombeau. Celui-ci avait été choisi par lui-même (4) à l'étage inférieur

ilii concile de Ciita; saint Augustin, Contra Cresconium, 111, 27: cl i.\ niEBvs TVRiFiCATioMS . dans une inscription de Nuinidie, Bull, di arch. crist., 1875, p. 162; 187G. p. 59.

(1) Voir par exemple la biogia|diie du successeur de Marcellin, le pape Marcel, dont le récit est en contradiction forincile avec les faits relatés de source sûre par saini Damase; Duchesne. t. 1, p. 1G6.

(2) Ihid., p. Lxxi-Lxxn. Voir cependant l'explication différente que donnent de cette omission les HoUandistes (.lc^« i'.S'., juin, t. VII, p. 185), Moninisen {Chronorjr. von Jahrc 354), de Smedt îlnirodnctioad Iiist. ceci., p. 512, note).

(3) Di' Rossi, Borna soltcrranca, t. I, p. 116.— Le pape saint Télesphore, que l'on sait par Eusèbe {llist. Eccl., IV, 10) avoir été martyrisé sous .'Vntonin, n'est pas nommé dans la Dcpositio inurtyrum.

(4) Voir sa notice au Liber l'onlificalis : les travaux faits dans le cimetière de Priscille pendant le régne de Dioclélien semblent confirmer sur ce point l'assertion du biograidie.

de la catacombe de Priscille, nécropole restée de droit privé, où il avait fait faire de grands travaux afin de suppléer aux cimetières communs confisqués par le premier édit (1). Marcellin y reposa dans une crypte l)ien éclairée (2), voisine de celle du martyr Crescentianus (3), et les pèlerins du septième siècle, suivant les pas de leurs devanciers, y venaient encore prier près de ses reliques (4).

Après la mort de Marcellin, la persécution continua de désoler l'Église de Rome . destinée à demeurer pendant quatre ans sans pasteur. Aux derniers mois de 304 et aux premiers de 305 doivent proliablement être rapportés les martyres de Cyriaque, Saturninus, Sisinnius, Apronianus, Smarag'dus, Largus , Crescentianus, Papias, Maurus et plusieurs autres. Malheureusement les récits dont ils sont l'objet (5) sont mêlés d'anachronismes et de fables (6) : on leur peut demander cependant quelques circonstances générales, d'une

(1) Voir plus haut. p. 65.

(2) « In cubiculum qui patct iisque in hocliernum dieni... » Liber PontificaJis. Un des manusciils dit : « cubiculum claïuni ».

3)'! In Cl ypta juxta corpus sancti Crcscenlionis. » Ibid. Les itinéraires lui donnent le nom de Crescentianus ; Roma soiterranea, t. I, p. 176- 177; c'est probablement le martyr de ce nom dont il sera question plus loin.

(4) Epitome de locis sanciornm mari i/nnit ; [bk\., {f. 176.

(5) Actu S. Mnrcelli, dans les Acta SS., janvier, t. H, p. 5 ; Acta S. Cijriaci, ibid., août, t. H, p. .327.

(6) La guéri.son et la conversion d'une (ille de Dioclélien, le voyage de Cyriaque eu Per.se pour guérir une fille du roi Nabor, le don à Cyriaque par Dioclétien d'une maison près de ses thermes, le testament de Dioclétien en faveur de. $oh fils Maximien, etc.

suffisante vraisemblance, et surtout des indications topographiques. signe de ces vigoureuses traditions locales qui, à Rome, ont souvent survécu ou suppléé aux documents écrits.

Maximien Hercule avait, dit-on. condamné des fidèles à travailler à la construction des thermes immenses que Dioclétien faisait bâtir sur le Viminal, présent dédaigneux du vieil Auguste à la populace frondeuse de Rome (1). Par rintermédiaire du diacre Cyriaquc et de Sisinnius, Smaragdus et Largus, le chrétien Thrason leur envoyait des secours et des vivres (2). Arrêtés dans l'exercice do leur charitable mission, le diacre et ses auxiliaires furent eux-mêmes obligés à porter du sable pour les maçons des thermes. Tout en travaillant, ils trouvaient moyen d'assister encore leurs compagnons d'infortune. Parmi ceux qu'ils aidaient ainsi était un vieillard nommé Saturninus, dorigine carthaginoise (3). On les jeta avec lui e:i prison (i), où Sisinnius, se faisant apôtre, put gagner à la foi le geôlier Apronianus (5;.

(l)Acta S. Marcelli. 1.

(2) Ibid., 2.

(3) INCOLA NVNC CHRISTI FVERAT CAKTIIACIMS ANTE TEMPOr.F. QVO GLADIVS SECVIT l'IA VISCEUA MATRIS SANCVINE MVTWIT PATRIAM SVAMOIE GE^^SnVE UOMVNVM CIVEM SANCTOUVM 1 IXIT ORI(.0

Inscription du pape saint Daniase sur la tombe de Saturninus; de Rossi , Inscripiiones christiatuv itrbis Romx, t. II, p. 103, n® 34 «.

{\)Act(i S. Marcelli, 3.

(5) IbicL, 4.

Le procès do Sisliinius et Saturnimis eut lieu, à part de celui des autres, devant lo préfet de Rome siégeant « à Tellus (1) », c'est-à-dire au forum de Nerva. Un document étranger aux Actes que nous résumons, et d'origine meilleure, raconte que, mis à la torture, Sisinnius montra une telle fermeté, qu'il contraignit Gratien (soit le bourreau, soit un assesseur du préfet) à reconnaître la divinité de Jésus-Christ (2). Ces conversions subites sont racontées si souvent pour le temps qui nous occupe, qu'on ne peut toutes les mettre en doute : il faut vraisemblablement reconnaître en d'aussi soudaines victoires de la grâce un Indice et

(1) « In Tellude; » Acta S. Murcdli, h.

MIltA I iniîS lîEIlVM DOCVIT l'OST E\IT\ S l^^;l£^S

(martyre in invicto posset quid gloriaChristi).

DVM LACEUAT PI\ MEMBRA FUEMIT GRATUNVS VT IIOSTIS POSTEAQVAM l'ELLlS VOMVIT CONCEPÏA VENENA

COGERE NON POÏVIT CHUISTYM TE SANCTE NECAUE IPSE TVIS PRECIBVS MERVIT CONFESSVS ABIRE

Suite de l'inscription daniasienne; de Rossi, l. c. Gratien, dit en note M. de Rossi, est })eulêtre le préfet de 290. 11 faudrait, dans ce cas, avancer de ([uatorze ans le martyre de Saturninus. Étant données les imperfections des Actes où il est raconté, ce parti ne serait pas pour nous inquiéter; nous avons montré, à propos de ceux de saint Sébastien, comment des martyrs appartenant à différentes époques d'une même persécution ont été souvent réunis arbitrairemonl dans un seul récit. Mais l'année 290 parait avoir été, à Rome, relativement paisible pour les chrétiens, et l'on aurait besoin, croyons-nous, d'un document très précis pour y placer le supplice d'un martyr. L'inscription damasienne ne dit nullement que le Gratianus qui tortura Saturnin ait été préfet do Rome : il nous parait plus vraisemblable d'y reconnaître soit un assesseur, soit même un bourreau.

382 LE QUATRIEME EDIT EX OCCIDENT (30 'i.

un résultat du travail intérieur chaque jour plus puissant qui alors se faisait dans les âmes. Condamnés par le préfet à être décapités sur la voie Xomentane, Sisinnius et Saturninus furent ensevelis le 28 novembre par le prêtre Jean et le chrétien Thrason dans le domaine que ce dernier possédait sur la voie Salaria (1).

Pendant la comparution de ces martyrs devant le préfet, deux soldats, Papias et Maui-ws (ou Mauroleo) s'étaient spontanément déclarés chrétiens (2 . Ils furent, dit-on, jugés au cirque de Flaminius. [hùs assommés à coups de plumbatœ. Le prêtre Jean, qu'un grand nombre de Passions nous montrent voué à l'ensevelissement des martyrs, et que nous avons déjà rencontré plusieurs fois accomplissant cet acte de miséricorde , enleva de nuit leurs corps : il les transporta, le 29 janvier. « au nymphée de saint Pierre, là où l'apùtre baptisait. » c'est-à-dire au cimetière Ostrien, sur la voie Nomentane (3;. Trois jours

(1) (( Eorurn corpora collegit Thrason, cum Joanne presbylero , et sepelivit in piœdio suo via Salaria. » Ac((i S. Marcelli, 2. — Sur le cimelière de Thrason, voir BuUellino di urclicolofjia cristUina, 1805. p. 41 ; 1867, p. 76 ; 1868, p. 88 ; 1872, p. 59 ; 1873, p. 5-2 1 . 43-76 : 1877, p. 50 : 1878, p. 46: 1881, p. 79. — L'inscription dainasienne du tombeau de saint Saturnin se termine ainsi :

SVPPLICIS H*EC DAMASI TOX EST \ lîNERARE SEI'VLCHHVM SOLVERE VOTA UCET CASTASQVE EFFV.\DERE PRECES SANCTI SATVRMM TVMVLVS QVI\ MARTYRIS HFC EST.

(2) Acta S. Marcelli,!.

(3) « Quorum corpora collegit noclu Joannes prcsb\ ter et sepelivit in via Numentana sub die IV Kal. Febr. ad Nyinphas S. Pétri ubi baptizabat. » Ibid... 9. Voir sur le cimetii>re Ostrien elles souvenirs de saint

après, le greffier Apronianus était décapité sur la voie Salaria.

Au milieu tle ces sanglantes scènes, le procès de Cyriaque, de ses compagnons et de vingt et un fidèles était instruit par nn vicaire du préfet, en ce lieu de Tellus (1) qui vit passer tant de martyrs. Lors d'une première audience , Crescentianus mourut pendant la torture (2). Son cadavre fut jeté « au pied de la montée de TOurs, sur la place, devant le temple de

Piorrc qui s'y raUaclient, de Rossi, Del luocjo (ippellato ad Capreani pressa la via Aomentana, extrait du BulleUino délia commissionc orcheolofjica comunale di Roma, 1883, p. 244-258; Roma sotterrunea , t. I, p. 179, 190; Armeilini, Aniichicimileri cristiani di Roma, [h igô. Papias et Maurus sont nommés dans le martyrologe hiéronymien, au Kl septembre, jour de la commémoration des martyrs de ce cimetière ; voir de Rossi, Oc/ hiogo appellato ad Capream, p. fi-S du tirage à part. Ils étaient probablement nommés aussi dans la partie manquante de la |)icrre commémoralive des martyrs du même cimetière publiée et commentée par M. de Rossi, ihid., et dont il sera question plus loin. Le lien qui unit leur histoire à celle des martyrs des thermes de Diociétien parait conlirmé par ce fait, qu une inscri|)tion votive en leur honneur avait été placée dans un oratoire élevé près de ces thermes dans le courant du quatrième siècle ou au commencement du cinquième; voici celte inscription, aujourd'hui au musée de Latran :

SAjVcris MAitTvr.invs

PAPKO ET MWUOLEOM

DOÎttMS VOÏVM KEDD.

C\MASIVS QVI ET ASCLEPIVS ET VICTOUIN (a)

NAT(rtZe) \i[abent) die xiii (xvi'?) ral. oct.

pvERi qvivot(i<;«) i\{eddiderunt] vitaus map.anvs

ABVNDANTIVS TELESFOU

Voir le fac-similé de celte inscription, Bull, dlarch. crist., 1877. pi. III-IV, n» i")., et son commentaire, p. 10.

(I) « In Tellude. » Acla S. Marcelli, 18, 11,

Ci) Ibid., 19.

38i LE QUATRIEME ÉDIT EN OCCIDENT 304;.

Pallas (1). » Le prêtre Jean put lui donner la sépulture, le 2V novembre, au cimetière de Priscille 2. dans une crypte voisine de celle où reposait le pape 3Iarcellin 3 . Le procès semble avoir été interrompu pour ne reprendre qu'au commencement de 305. Après une seconde audience, sur laquelle le vicaire lit, dit-on, un rapport à Maximien Hercule, celui-ci commanda de décapiter Cyriaque et les autres accusés. L'exécution eut lieu le 16 mars, sur la voie Salaria, dans une dépendance des immenses jardins de Salluste (i , où résidaient pendant l'été les empereurs (51. et où plus d'une fois coula le sang des martyrs (6). Les condamnés paraissent avoir reçu sur cette voie une sépulture provisoire (7): mais plus tard

(1) « .\iite cliviiin Ursi, inplatea. ante tempîum Palalii (Palladis). » Acta S. Marcelli, 19.

(2)«IncimiteiioPriscilhe, inarenario, via Salaria, «yô/f/. L'expression in arcnario est ici exacte; il suffit de parcourir la catacombc Je Priscille pour y reconnaître un arénaire transformé par les chrétiens en catacombe: cf. Roma sotterrnnco, t. I, 2« partie, p. 16, 26, 32-3i; Borne souterraine, p. 468, 472-473.

(3) Voir plus haut, p. 379.

/i, « Decollati sunt in via S<ilaria intrathernias Salluslii, foras muros. o Acta S.Mfircelli. 20.

(5) Jordan, Topofjrdphic der SladI Rom in AltcriJnim, t. II, p. 124. Sur l'étendue des jardins de Salluste, qui allaient vraiseniblablenient de la porte Salaria à la porte Pinciana. et, bien que renfermés, depuis Aurélien. dans lericeinte delà ville, pouvaient avoir des dépendances en dehors des nouveauv remparts, voir Jordan, /. c, p. 123-

(6 Voiries Actes Je saint Laurent, de saint Crescent, de sainte Suzanne, des quarante soldats marfyris'S sous Claude le Gothique, ibid., p. 124-125.

(7; « Quorum corpora coUegit nocte Joannes pre.>byler. et sepelivil ces ineadem via. » Acta S. Marcelli, 20.

la matrone Lucine transporta plusieurs d'entre eux entre le septième et le huitième mille de la voie d'Ostie (1), au lieu qui prit depuis le nom de cimetière de Cyriaque (2).

L'opinion commune attribue à cet hiver de 30 'f- 305 (21 janvier) la mort de sainte Agnès.

Agnès (3) est une des plus gracieuses et des plus po-

(1) « Sanctoruin vero corpora, lioc est Cyiiaci, Lari^i, Sniaragdi, Crescentiani, MaminitC et Julianœ, sepulta sunt in tia Ostiensi, milliario aburbeRomaplus minus octavo. » Ihid., 24;cf. 21. Le nomade Crescentianiis a probablement été mis ici par inadvertance, car la mention, au sixième siècle de son cnbiculum dans le cimetière de Priscille par le Liber Ponti/kalis montre qu'il n'en avait pas été transféré, et les pèlerins du septième siècle \ visitaient encore son tombeau. Les .\ctes de saint Anthimius, 15, i)araissent plus exacts, en disant seulement : « Et hune (Cyriacuni) beata Lucina sepelivit cum Largo et Sraaragdo, Mammia et Juliana. »

(2) Situé hors de la zone des cimetières romains, le cœmeterium Cijridci n'est pas nommé dans les itinéraires du septième siècle; mais on le trouve indiqué, au douzième, dans le livre dePieire Mallius sur la basilique de Saint-Pierre; de Rossi, Roma sotterrunea, t. I, p. 184. Les plus anciens calendriers romains, la Depositio mariijritm, le calendrier conservé dans le martyrologe hiéronymien, marquent, le 8 août, l'anniversaire de Cyriaque et de ses compagnons au septième mille de la voie d'0>3tie, et l'ont mention aussi de la voie Salaria, d'où ils furent transportés (Ruinart, p. 692 ; de Rossi, liulleilino di urcheolorjia cristiann, 1869, p. 68; Stevenson, dans Kraus, Real-Encyklopâdie d'tr christlichen AltertJiûmer, t. II, p. llj). Bosio retrouva l'emplacement et le souvenir du cimetière de Cyriaque, et vit les restes de l'église construite au-dessus, mais ne put pénétrer dans les souterrains; Bosio, Roma sotterrunea, 1. 111, c. Set 10; Arlnghi, Roma subterranea, 1. III, c. 5 et 9; voir encore .\rmellini, Antichi cimiteri cristiani di Roma, p. 46; Stevenson, /. c.;Duchesne, le Liber Pontijicalis, t. I, p. 326, note 12.

(3) Le cognomen Agnes vient du grec àYvr,, pure. Il n'est pas d'origine exclusivement chrétienne, car on le rencontre dans quelques épitaphcs pa'ienncs (citées par Bartolini, Actes du martyre de la très noble

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