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un régime spécial de surveillance, défendus contre l'imagination et la rhétorique des amplificateurs du moyen âge, les Actes des martyrs afiricains nous sont parvenus en meilleur état que les autres (1). » Si peu nombreuses qu'elles soient, ces pièces excellentes forment comme le type duquel se rapprochent ou s'écartent des Actes moins bons, et qui aide, par la comparaison, à démêler en ceux-ci les qualités et les défauts, à séparer des éléments parasites les parties vraisemblables, à faire le départ entre la tradition et la légende.
D'ailleurs, pour le troisième siècle comme pour les deux premiers, les pièces les plus gâtées ont bien souvent sur quelque point l'appui des monuments, soit qu'ils subsistent encore, soit qu'ils aient été vus par les pèlerins qui visitèrent les catacombes alors que les tombeaux des martyrs étaient encore intacts. Les itinéraires rédigés à l'usage de ces pèlerins (â) et les recueils épigraphiques compilés par eux (3) ont été révélés au monde savant par les lumineux travaux de M. de Rossi : Rome, à partir du troisième siècle la plus dénuée d'Actes authentiques.
(1) Duchesne, Sainte Salsa, vierge et martyre à Tipasa^ en Algérie^ lecture faite le 2 avril 1890 à la réunion trimestrielle des cinq académies.
(2) De Rossi, Roma soUerranea, 1. 1, p. 128-166, 175-183.
(3) De Rossi, Inscriptiones Christian^ urbis Bomx, t. II ÇL'* partie); Rome, 1888.
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nous apparaît cependant» grâce à ces documents, la ville la plus riche en saints tombeaux : selon l'expression du poète Prudence, qui, pour l'intelligence comme pour la date, mérite le premier rang parmi les visiteurs des antiques cimetières, on y voyait ces tombeaux partout sortir de terre, fleurs germées des ossements des martyrs :
Vix fama nota est, abditis Quam pleoa sanctis Roma sit, Quam dives urbanum solum Sacris sepulcris ûoreat (1).
Beaucoup de ces tombes donnaient seulement à lire le nom de glorieux témoins du Christ : jusqu'à nous sont venues de courtes inscriptions, contemporaines de l'inhumation du martyr et lui attribuant ce titre, comme celles du pape Corneille, du pape Fa* bien, des saints Protus et Hyacinthe, Calocerus et Partenius. D'autres tombes portaient une épitaphe plus développée : aut nomen, autepigrammaaliquid^ dit encore Prudence (2). On n'a presque pas d'exemples d'éloges funèbres rédigés au temps même de la persécution : cependant, après l'inscription en prose relative à des martyrs de Marseille certainement antérieurs au troisième siècle, qui vim ignis passi
(1) PeH Siephanân, H 541-544; cf. XI, 1-2.
(2) Péri SUphanôn, XI, 8.
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xiFi INTAODUCTIOIf.
swit, on pourrait citer, pour cette dernière époque, ie petit poème gravé sur le marbre sépulcral de la chrétienne Zosime, à Porto, œuvre émue d'un contemporain, peut-être d'un témoin de son martyre (1). Toutes les autres epigrammata un peu détaillées (je parle seulement ici de celles qui ont trait aux martyrs) sont postérieures à la paix de TÉglise. Les plus connues ont pour auteur saint Damase, né en 305, avant la fin de la dernière persécution, et qui, devenu pape, consacra ses efforts à honorer la mémoire des martyrs et des confesseurs romains, soit en recherchant leurs tombes, soit en agrandissant les voies souterraines qui y menaient, soit en composant des vers à leur louange. Quelquefois ces vers ont pour sujet des personnages des deux premiers siècles, comme Téloge des saints Nérée et Achillée : daas ce cas, Damase ne saurait être considéré comme l'écho d'une tradition orale et encore vivante; il a pu cependant recueillir des documents écrits que nous n'avons plus, ou s'inspirer de quelque ancien monument. Mais le plus souvent les martyrs célébrés par Damase appartiennent à une époque moins éloignée de son propre temps. Un grand nombre de ses compositions épigraphiques sont consacrées à des victimes de Dèce ou de Yalérien, anté-
(1) De RosAi, InscripUones christianx urbis Rom», t. II, p. x-xn.
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Heures d'un demi-siècle seulement à la naissance du poète. On accordera qu'il a dû être ordinairement bien renseigné, si l'on se souvient du soin^ quelquesfois attesté dans ses vers mômes^ avec lequel il recueillait les traditions chrétiennes de Rome, et si l'on songe que les marbres sur lesquels un ciseau d'une rare élégance grava les poèmes un peu lourds de Damase ont souvent remplacé la décoration plus simple de tombeaux primitifs, au sujet desquels ni l'oubli n'avait eu le temps de se faire ni la légende n'avait eu le temps de naître.
La valeur historique des poèmes de Damase en l'honneur des martyrs augmente naturellement à mesure que ceux-ci se rapprochent du temps où il a vécu, et appartiennent à des persécutions dont il put dans son enfance connaître les survivants. On verra, à propos de deux martyrs du commencement du quatrième siècle, Damase mettre en vers le récit de leur supplice, tel quUl le recueillit, enfant, de la bouche du bourreau : percussor relulit mihi Damaso cum puer essem. Une attestation de ce genre a sous sa plume d'autant plus de force, qu'avec une sincérité bien remarquable il emploie, dans un petit nombre de ses poèmes, des formules dubitatives, et nous avertit qu'il ne se porte pas garant personnellement des faits. <ic Mais le plus souvent, remarque M. de Rossi, il raconte sans hésiter, ou, pour mieux dire.
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^^yui INTRODUCTION.
fait allusion à des événements de notoriété publique. Dans ses compositions, rien qui sente la légende ; les Actes des martyrs écrits aux siècles suivants, dans leurs parties suspectes ou manifestement fausses, n'ont rien de commun avec les notices recueillies ou attestées par Damase. Si Ton compare, par exemple, son éloge de Nérée et Âchillée avec leurs Actes apocryphes ; l'éloge de Saturnin avec ce que racontent de ce martyr les Actes de saint Cyriaque et du pape Marcel ; l'éloge de ce dernier avec ses Actes ; réloge du pape Eusèbe avec les détails légendaires donnés sur lui au Liber Pontificalis : on verra clairement que les poèmes épigraphiques de Damase sont absolument distincts des récits apocryphes qui eurent cours à Rome vers la fin du cinquième siècle et les premières années du sixième (1). i>
Les épigraphes damasiennes et les autres inscriptions de même famille peuvent être comptées parmi les documents archéologiques; car si elles nous ont été transmises dans les nombreux sylloges épigraphiques compilés par les pèlerins, les voyageurs et les érudits du septième au quinzième siècle, elles ne sont pas connues, cependant, grâce aux seuls manuscrits : les originaux ou au moins d'importants fragments de beaucoup d'entre elles ont été décou-
(1) BuUettino di archeologia cristiana, 1885, p. 18.
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verts de nos jours soit dans les cryptes qu'elles ornaient primitivement, soit dans les églises où elles avaient été transportées après Tabandon des cimetières souterrains. Mais une autre classe de documents, qui n'appartient plus à l'archéologie monumentale, vient aussi nous renseigner sur les persécutions, en éclairant, complétant ou suppléant les Actes des martyrs, parfois en montrant la trame primitive sur laquelle leur légende a été brodée : ce sont les écrits en forme de catalogues, de chroniques et de calendriers.
Ils remontent jusqu'aux origines de l'Église, comme en témoignent par exemple, pour Rome, les listes épiscopales conservées par divers auteurs du second siècle (1), pour Lyon « le catalogue des martyrs » de 177 (2). Dès la fin de ce même siècle ou le commencement du troisième, Tertullien fait, dans un fier langage, allusion aux oc fastes ]> chrétiens, c'està-dire aux catalogues de pontifes ou de martyrs établis de manière à fournir des repères chronologiques (3). Personne n'ignore l'importance attachée par l'Église primitive à la célébration des anniversaires des martyrs : la trace s'en retrouve jusque dans
(1) Voir Duchesne, le Liber Pontificalis, t. I, p. wi.
(2) T6v T«v |iapTup«v xatàXoyov. Eusèbe, Hist. Eccl, V, 4, 3. Cf. Marlyrologe hiérooymien, au 2 juin.
(8) Tertullien, De corona mililis, 13.
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