XXX INTRODUCTION
la très ancienne relation des chrétiens de Smyme sur le martyre de saint Polycarpe. Une épltre de saint Cyprien montre que le calendrier de son Église, tenu pour ainsi dire au jour le jour, existait depuis longtemps : pariant du lecteur Gelerinus, qui s'illustra dans la persécution de Dèce, il rappelle que son aïeule Gelerina, ses oncles Laurent et Ignace, sont déjà l'objet d'une commémoration publique au jour anniversaire de leur martyre. S'ils n'avaient été cités par saint Cyprien, ces noms de trois martyrs antérieurs à son temps seraient demeurés inconnus, car ils ne sont donnés par aucun docuinaat indépendant de sa lettre (1). C'est donc un lambeau du primitif martyrologe de Carthage que l'évèque du troisième siècle £aiit passer sous nos yeux. Mais une autre lettre le montre occupé luimême de continuer ce martyrologe, en enregistrant, à leur date, les noms des membres de son Église qui mouraient de son temps pour le Christ. Écrivant, pendant la persécution de Dèce, aux dignitaires de son clergé, il leur recommande oc de noter les jours où périssent les prisonniers chrétiens, afin que leur commémoration puisse être célébrée parmi les mémoires des martyrs. » Les laïques eux-mêmes s'associaient, dans cette œuvre, à Tévèque et aux
(l) Saint Cyprien, Ep. 34.
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INTRODUCTION. xxxi
clercs : saint Cyprien nous apprend qu'un pieux Adèle l'informait, pendant son absence, de la date où mourait chacun des confesseurs détenus dans les prisons de Carthage (1).
A peu près vers le même temps où nous assistons, pour ainsi dire, à la naissance des fastes martyrologiques (2), on voit poindre en Occident une autre branche de la littérature chrétienne, qui poussera des rameaux jusqu'à une époque avancée du moyen âge, et deviendra une des formes, à la fois ambitieuse et naïve, de l'histoire, en attendant de fournir à Bossuet l'occasion d'un chef-d'œuvre. Dès la première moitié du troisième siècle^ Jules Africain, dans une Chronique dont il subsKte à peine quelques frag* ments, tenta de tracer le tableau parallèle des annales sacrées et profanes du monde, en indiquant la date des principaux événements. A la même époque un autre docteur, célèbre par sa science, sa grande activité intellectuelle, peut-être ses erreurs de doctrine ou de conduite réparées par l'exil et par le martyre, entreprit aussi une vaste compilation d'histoire et de chronologie. Sur le siège de la statue de saint Hippolyte (aujourd'hui au musée de Latran) se lit, parmi les titres de ses compositions, celui d'une
(2) Sur l'origine des martyrologes iocaax, voir Analecta Bollan* dianay t. XXVI, 1907, p. 80-86,
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xxxu IiNTRODUCTION.
Chronique dont le texte a été en partie conservé, et qui se termine au règne d'Alexandre Sévère. La Chronique d'Hippoiyte contenait une liste des papes, et fut continuée, pendant vingt ans, par de petites notices d'un auteur inconnu, qui donnent quelques renseignements précieux sur les persécutions du troisième siècle, et forment, de 235 à 254, comme \m Liber Pontificalis anticipé (!)•
Après les premières années troublées du quatrième siècle, une ère nouvelle s'ouvre, dans laquelle le travail d'histoire chrétienne ainsi poursuivi avec une héroïque ténacité sous le feu même de Tennemi, va recevoir, à la faveur de la paix, sa forme définitive.
Cependant, môme à cette époque, la mise en œuvre des documents rassemblés par les contemporains des persécutions sera moins facile qu'on ne serait tenté de le croire. Comme on le verra dans les premiers chapitres de ce livre, celle de Dioclétien commença par une mesure que n'avaient pas connue les persécutions précédentes, c'est-à-dire la destruction des églises et la confiscation de leurs manuscrits. Non seulement beaucoup de relations authen-
(!) Dacbesoe, le Liber PontificaliSy t. I, 1886, p. iv.
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INTRODUCTION. j^xiii
tiques de la Passion des anciens martyrs, mais encore beaucoup de listes et de calendriers durent périr dans Tincendie des édifices chrétiens ou dans les bûchers allumés pour les livres sur les places publiques. Quant aux pièces relatives aux victimes que firent bientôt de nouveaux édits, il fut probablement, dans bien des cas, difficile de les recueillir ou de les conserver, car la plupart des membres du clergé étaient en prison ou en fuite et les dépôts d'archives ecclésiastiques avaient été anéantis. Telle est certainement une des causes des lacunes que présentent, pour les persécutions antérieures et même pour la dernière persécution, les documents rédigés après la paix. Ces omissions, qu'une étude attentive permet de relever çà et là, doivent être beaucoup plus nombreuses qu'il n'est possible aujourd'hui de le constater : sans tomber dans aucune exagération, on peut évaluer à un chiffre considérable la foule anonyme des martyrs inconnus et oubliés. Sur ce point, l'effort des conseillers de Dioclétien ne demeura pas vain : impuissant à arracher des apostasies, il ne réussit que trop bien à abolir des mémoires : pour plus d'une des victimes des persécutions on peut répéter avec le poète Prudence : fama et ipsa eœtinguitur (1), ou plutôt redire la vieille
(l) Péri Sleph., I, 74.
psnsécoTiONS. — Vf.
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