XXXVI INTRODUCTION
férial et le calendrier de l'Église romainey les pontifes et les martyrs du siècle précédent, dont le souvenir était resté plus vivant» furent préférés à la plupart de ceux qui appartenaient aux âges lointains, aux époques voisines des origines apostoliques (1). » A plus forte raison des oublis peuvent être signalés pour l'Italie centrale, où Pépigraphie nous a révélé des noms omis par les fastes martyrologiques.
On doit attribuer à la période qui suivit immédiatement la fin des persécutions (mais en la plaçant dans des limites chronologiques moins précises et plus larges) la formation, à Garthage, d'une liste de martyrs africains, qui se retrouve aussi dispersée dans le Martyrologe hiéronymien, dont elle forme un des principaux affluents (2). Son rédacteur dut se trouver dans une situation relativement facile, car les archives de l'Église de Carthage, très riches en mémoires détaillés sur les martyrs du troisième siècle (3), avaient été, sous Dioclétien, sauvées par une habile manœuvre de l'évèque qui occupait alors le siège de saint Cyprien. Mais d'autres parties de
(1) BuUeUino di archeologia cristiana^ 1888-1889, p. 32-37.
(2) Dachesne, Us Source* du Martyrologe hiéronymien, p. 32-37. Cf. Rossi-Dochesne, Mariyrologium hieronymianum, p. lxxii. — Il ne faut pas confondre ce document plus ancien arec un autre calendrier de l'Église de Carthage, du commencement du sixième siècle, publié par Mabillon {AnaUcla^ t. 111, p. 398} et Ruinart {Aeia sinceramartyrum, 1689, p. 693).
(3) Pontius, Vita Cypriani, 1. Cf. TertuUien, De corona, 13.
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l'Afrique proconsulaire et des provinces voisines avaient vu de grandes destructions» favorisées par la faiblesse d'évèques, de clercs et de laïques que l'histoire a flétris du nom de « traditeurs. j> Ainsi s'explique en partie, peut-être, le vague des indications topographiques conservées par le calendrier africain. Nous ajouterons que s'il fut, comme tout porte à le croire, compilé à Cartbage, les souvenirs ou les documents de localités d'Afrique éloignées de cette métropole durent souvent parvenir au rédacteur sous une forme confuse et incomplète : et telle est, apparemment, une autre cause des lacunes que nous constatons dans le calendrier en lisant, sur des marbres de Numidie ou de Mauritanie, des noms de martyrs inconnus. Mais il faut, de plus, dire que « la multitude des martyrs africains y> a nui, en ce qui les concerne, à la précision des souvenirs. Dans le Martyrologe biéronymien on en trouve presque à chaque page, a débordant, i> selon l'expression de M^ Diicbesne, sur ceux des autres pays, et créant parfois des confusions difficiles à éclaircir. Tel était leur grand nombre^ qu'en beaucoup de villes d'Afrique un seul jour semble avoir été assigné à une commémoration générale des martyrs de la localité (1).
(1) De Rossi-Duchesoe, Martyrologium hieronymianum, p. lxxii. — Dans le calendrier carthaginois du sixième siècle sont souvent aussi rappelés en bloc les martyrs d'une même yille; exemples : H
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XTXViu INTRODUCTION.
Ces explications nécessairement très abrégées suffisent à montrer l'antiquité et la pureté des sources primitives qui sont venues se verser, comme autant d'a£Buents, dans les divers recueils martyrologiques des siècles suivants, et d'abord dans le Martyrologe hiéronymien, où il est possible de distinguer chacune d'elles et de reconnaître, pour ainsi dire, la couleur de ses eaux. Pour l'Occident on y peut suivre, comme deux courants distincts, le calendrier romain formé sûrement au commencement du quatrième siècle et le calendrier africain dont la composition paraît flotter entre le règne de Constantin et la première moitié du cinquième. Si la trace de fastes recueillis ou reconstitués dès le lendemain de la dernière persécution dans les autres contrées occidentales, comme Tltalie en dehors de Rome et de sa banlieue, la Bretagne, la Gaule, l'Espagne, se laisse moins aisément démêler à travers les compilations postérieures (1), en revanche le martyrologe de l'Empire oriental du quatrième siècle y parait avec beaucoup de clarté et de relief. Ce document, dispersé (comme le calendrier romain et le calendrier africain) dans le Martyrologe hiéronymien, fut dé-
K.jun. ss, Timideiisium — XI Kl. aug, ss. Maxulitanorum — XII Kal. nov. sanctorum VolUanorum — Id, nov, sanctorum Capitanorum, etc.
(1) Voir Dacbesne, les Sources du Martyrologe hiéronymien, p. 37-39.
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finitivement constitué entre 363 (car il nomme des victimes de la persécution de Julien) et 412, Tépoque oii on Tabrégea en syriaque (1). Mais, fait remarquer M*^ Duchesne, « les dénominations de provinces qui y sont employées correspondent plutôt à Tusage de la première moitié du quatrième siècle qu'à celui de la fin; entre les deux dates extrêmes^ de 363 a 412, nous devons songer beaucoup plus au voisinage de la première qu'à celui de la seconde. Il serait même possible de remonter au delà de 363 ; car si le martyrologe oriental contient des victimes de la persécution de Julien, on ne peut oublier que les martyrologes et les calendriers sont des documents que Ton complète sans cesse; il est donc très possible que ces noms aient été ajoutés à une première rédaction (2). j> Le savant auquel j'emprunte ces lignes pense que le document oriental a été rédigé à Nicomédie, considère comme certain qu' « il
(1) Ibid.f p. 10-15. Le ménologe syriaque a été publié par M. Wright, dans le Journal of sacred littérature, Londres, t. VIII, 1855-1856, p. 45-56 (trad. anglaise, p. 423-432), et par MM. de Rossi et Dochesne, dans leur édition critique du Martyrologe hiéronymien (p. l-lxiii), avec ane tradoction grecque, et, en regard, les passages de ce martyrologe qui paraissent en déconler.
(2)Duche8ne, les Sources du Martyrologe hiéronymien, p. 17. — Je ne m'occape pas ici des martyrologes postérieurs à l'hiéronymien, et plus ou moins dérivés de lui ; je renvoie pour eux au livre de Dom Quentin, les Martyrologes historiques du moyen âge, étude sur la formation du Martyrologe romain^ Paris, 1908, que j'aurai plusieurs Cois l'occasion de citer dans cette nonveile édition.
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