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a été extrait en partie des œuvres martyrologiques d'Eusèbe» c'est-à-dire de son recueil d'anciens martyria pour les temps antérieurs à Dioclétien, et de son De martyribus Palestinss pour les victimes de la persécution de Dioclétien dans la province de Palestine (1). x> Cette conclusion nous mène naturellement à l'homme qui, au quatrième siècle, a le plus fait pour conserver le souvenir des martyrs, soit qu'il recueille l'écho des anciennes traditions, soit qu'il fasse entendre la voix émue d'un témoin. Arrêtonsnous un instant devant cette rare figure d'historien.
Eusèbe, né vers 260 en Palestine, passa toute sa jeunesse et une partie de son âge mûr durant cette longue période de paix religieuse, à peine agitée de troubles passagers, qui s'étend depuis la chute de Valérien jusqu'à la dernière persécution, et dont il a peint avec des couleurs peut-être trop chargées l'influence amollissante sur les mœurs des chrétiens orientaux. Il était parvenu <ic au milieu du chemin de la vie, )> quand ce périlleux repos fut interrompu par
(1) lOid,, p. 23.
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UD6 soudaine tempête, destinée à être plus terrible et à durer plus longtemps en Orient qu'en Occident. Il y assista y non en spectateur indifférent, mais en témoin passionné. Dans cette Palestine où la persécution met tout en feu, où le sang coule de toutes parts, ceux qui périssent ne sont pas seulement pour lui des coreligionnaires, mais bien souvent des compagnons d'études, les plus chers et les plus intimes amis. C'est dans sa maison qu'étudiait Aphien, quand, entendant publier Pédit de persécution, cet angélique jeune homme se leva indigné, et courut jusque dans le palais du gouverneur porter, au prix de sa vie, la protestation de Tinnocence chrétienne. Busèbe était présent quand la mer se souleva pour rejeter sur le rivage le corps du jeune martyr. C'était encore un compagnon de ses travaux, intellectuels, cet Ëdesius, frère d'Aphien, qui, une première fois libéré des mines, reprit à Alexandrie la vie d'étudiant, puis s'y arracha de nouveau pour reprocher à Hiéroclès les outrages dont cet infâme magistrat accablait les vierges et les épouses chrétiennes. Eusèbe était assis, frémissant, sur les gradins de l'amphithéâtre de Tyr, quand des bâtes fauves se couchèrent dans l'arène aux pieds de condamnés chrétiens, qu'il fallut achever par le glaive. Il visita les confesseurs aux mines de Phaenos, et nous a raconté l'impression que lui fit le lecteur aveugle
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Jean. Il était dans la prison de Césarée avec le grand docteur, le grand exégète, le père de son esprit et de son cœur, celui qu'il appelle <c mon mattre Pamphile 9 et dont il voulut joindre le nom au sien : il aidait cet admirable prisonnier à copier, jusque dans les fers, les manuscrits de l'Écriture sainte ou à écrire la Défense d'Origène : il assistait probablement à son supplice, à celui du jeune Porphyre, d'esclave devenu disciple et brûlé en habit de philosophe, au martyre de cette troupe d'hommes de tout pays, de tout rang et de tout âge «c auxquels la confession de Pamphile ouvrit toute grande la porte du ciel. j> De la Palestine il parait être allé en Egypte, terre cruelle où la persécution avait pris des formes plus barbares encore et plus raffinées qu'ailleurs; il y fut témoin de supplices épouvantables. C'est pendant ce séjour en Egypte qu'il fut, à son tour, jeté en prison pour la foi : il en sortit à la suite d'un acte de faiblesse, si l'on en croit ses adversaires. La conduite équivoque que tiendra plus tard Eusèbe dans les affaires de l'arianisme ne suffit pas, selon moi, à autoriser ce soupçon (1). Il me paraît beaucoup plus probable que le futur historien de TEglise recouvra sa liberté, avec les autres confes-
(1) Saint Athanase, qui avait pourtant à se plaindre graTement d'Eusèbe, fait allusion à ce reproche d'apostasie sans s'y associer personnellement (Apolog, contra Arianos, S).
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seurs, quand l'édit de Galère les fit tous sortir des cachots.
S'il en était autrement, ou ne s'expliquerait pas que dans sa ville de Gésarée, où il était si connu, Eusèbe ait été élu évèque presque au lendemain de son retour, ou du moins peu de temps après la paix. On s'expliquerait moins encore l'ardeur avec laquelle il voulut rechercher les souvenirs et honorer la mémoire des martyrs. Un renégat n'eût pas mis une telle passion, une si vivante et si cordiale éloquence, à célébrer des hommes dont il n'avait point osé imiter Théroïsme, et dont la conduite était pour la sienne un sanglant reproche! Tel semble, cependant, avoir été Tun des premiers travaux accomplis par Eusèbe, dès que le repos rendu à l'Église lui eut permis de reprendre ses occupations littéraires. La Vie du martyr Pamphile, malheureusement perdue, mais à laquelle il renvoie dans son livre sur les Martyrs de la Palestine^ doit avoir suivi de bien près la fin de la persécution. De sérieux indices portent à croire que les neufs premiers livres de VHistoire ecclésiastique furent écrits peu de temps après l'édit de Milan, en 313, pour n'être complétés par un dixième et dernier qu'entre 323 et 325, après la rupture de Constantin avec Licinius : le récit de la dernière persécution, qui remplit les livres huit et neuf, est plein d'une émotion trop sensible et trop personnelle pour
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ne pas indiquer une conscience libre de tout remords. Le caractère de mémoires personnels est plus sensible encore dans l'opuscule sur les Martyrs de la Palestine, qui dut être composé aussitôt après la première partie de V Histoire ecclésiastiqw, car dans le huitième livre de cette Histoire (ch. xni) Eusèbe en annonce le projet : il ne tarda sans doute pas à réaUser celui-ci, dans la double forme où nous avons aujourd'hui son écrit, une rédaction plus étendue, connue par des versions syriaques et par un petit nombre de fragments grecs, et l'abrégé, conservé en grec, qui figure ordinairement dans les manuscrits entre les huitième et neuvième livres de V Histoire ecclésiastique (1).
Ces deux livres, joints à l'ouvrage sur les Martyrs de la Palestine, forment une des sources les plus précieuses que nous possédions sur la persécution de Dioclétien en Orient. Grâce à eux, nous pouvons
(1) Lighlfoot, dans son article Eusebius du Dictionary of Christian biograghy, t. U,p. 319-321, et M. Viteau, De Busebii Cxsariensis dupiici opusculo icspl tûv Iv na).ai(rtiVY) {lopTvpvitràvTciiv, Pari?, 1893, ont cm que les deax rédactions étaient destinées chacune à un public difiërent. M. Violet, Die palaesUnischen Martyr er des Eusebius von Caesarea, Leipzig, 1896, pense que la rédaction plus courte est un premier essai qu'£usèl>e a retraraillé et déTcloppé en rue de la publicaUon. Voir Analecta Bollandiana, t. XVI, 1897, p. 115 et suiT. Une autre théorie a été développée par Halmei, Die Bntstehung der KirchengeschicMe des Eusebius v'on Caesarea, Essen, 1896, et Die palastinisehen Martyrer des Eusebius von Caesarea in ihrer Zweiisachen Form, Essen, 1898.
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en dessiner largement le cadre, et en suivre le développement chronologique avec une suffisante précision : spécialement pour la Palestine, la marche de la persécution est indiquée année par année. Sur rhistoire de l'Occident à la même époque, Eusèbe est à peu près muet : il parle quelquefois des événements politiques qui agitèrent cette moitié de l'Empire, mais il touche à peine aux événements religieux qui s'y passèrent pendant les premières années du quatrième siècle. Il semble que, comprenant toute la grandeur de la lutte suprême à laquelle il assista y Tévéque de Césarée ne veuille plus parler que de ce qu'il a vu ou de ce qu'il sait de première main, et craigne d'affaiblir sa déposition par le récit ou le tableau de faits qui se passèrent loin des contrées où il habitait. Cette réserve, qui nuit sans doute, au point de vue littéraire, à la composition souvent mal équilibrée de son Histoire, en lui ôtant le caractère universel qu'elle avait eu pour les temps antérieurs, ne peut, en revanche, que fortifier la valeur documentaire de celle-ci : arrivé à son propre temps, l'historien s'efface devant le témoin. Pour les siècles, au contraire, qui ont précédé le sien, Eusèbe se montre curieux et suffisamment informé des choses de l'Occident. Les sept premiers livres de V Histoire ecclésiastique ne contiennent sans doute pas le tableau complet des persécutions qui,
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à diverses reprises, affligèrent les fidèles, de Néron jusqu'à Dioclétien ; mais l'auteur donne souvent sur elles de précieux détails, qu'on chercherait vainement ailleurs, et, surtout dans le récit des deux pre* miers siècles, apporte une attention particulière aux faits et aux personnages de l'Église romaine ou même de divers pays occidentaux. On sent, en le lisant, l'homme d'une érudition universelle, bien que parfois mal digérée, qui eut à sa disposition, à Jérusalem et à Gésarée, les deux plus riches bibliothèques de l'antiquité chrétienne. Lui-même reproduit plusieurs fois dans son Histoire des fragments d'un grand recueil des anciennes Passions des martyrs (ïuvaywyi^ tôv âpj^auov (jwtprupîwv) qu'il avait formé et dont le texte intégral est malheureusement perdu. Cette collection devait avoir une assez grande étendue^ car elle contenait dans son entier la lettre des chrétiens de Lyon et de Vienne sur les martyrs de la persécution de Marc Aurèle, avec divers documents relatifs au montanisme; la Passion fort longue de saint Pionius de Smyrne; celle du martyr Apollonius de Rome, dans laquelle figurait in extenso, outre l'interrogatoire, tout un discours apologétique prononcé devant le sénat; apparemment la lettre de TÉglise de Smyrne sur le martyre de saint Polycarpe ; probablement aussi la Passion des saints Garpos, Papylos, Agathonicé, découverte il y a quel-
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ques années par M. Aube; et certainement beaucoup d^autres pièces originales. Par les traces que Ton rencontre du recueil d'Eusèbe non seulement dan» son Histoire ecclésiastique ^ mais encore dans le martyrologe oriental du quatrième siècle (1), il est facile de constater que l'attention de Técrivain ne s'était pas exclusivement portée sur les martyrs de TOrient et que des documents de premier ordre, relatifs à ceux de l'Occident, avaient été rassemblés par ses soins.
En ce qui concerne l'histoire des persécutions, l'œuvre d'Eudèbe se divise donc en deux parties net* tement tranchées : pour les siècles qui ont précédé son propre temps, il s'est efforcé de recueillir des renseignements (perdus malheureusement en grande partie) sur les martyrs de l'Église universelle; pour la persécution à laquelle il assista (ô xa6' Yi^taç èmyiLÔç) il s'est borné à noter les incidents ou les noms qui lui furent personnellement connus.
Cette observation, le soin avec lequel Eusèbe, dans tout le cours de V Histoire ecclésiastique, indique et distingue ses sources, les nombreuses citations par lesquelles il nous a conservé tant de fragments d'auteurs perdus, et qui font de certains livres de cet ouvrage comme une continuelle mosaïque, suffiraient, s'il en était besoin, à garantir la sincérité
(1) Duchesne, les Sources du Martyrologe hiéronymien, p. 19-21.
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critique de récrivain. Le reproche contraire de Gib* bon porte vraiment à faux, car c'est précisément à propos de passages dans lesquels Eusèbe déplore avec une grande véhémence les divisions et les chutes des chrétiens que l'historien rationaliste l'accuse de jeter sur elles un voile complaisant. Si quelquefois, pour les temps qui précèdent le sien, Eusèbe a pu, comme Tertullien et d'autres écrivains des premiers siècles, accepter un petit nombre de documents apocryphes, attribuer par exemple à des empereurs des pièces fausses qui couraient sous leur nom, on doit reconnaître que ces erreurs sont, chez lui, extrêmement rares, et que, pour les événements qui lui sont contemporains, il ne cite que des textes puisés aux sources officielles, oc Au lieu d'en donner seulement la substance, ou de les refaire entièrement, selon l'usage des autres historiens de l'antiquité, il les transcrit tout entières, il prend plaisir à les reproduire comme il les a trouvées. C'est ce qui rend si importante pour nous son Histoire de PÉglise, où il a réuni tant de documents précieux; sa Vie de Constantin est faite dans le môme esprit, et elle a pour nous le même genre d'intérêt. Plusieurs des do* cuments dont elle est pleine se retrouvent analysés ou reproduits dans Lactance, dans saint Augustin, dans Optât de Milève, qui les ont empruntés aux archives de l'État, et ils sont au-dessus de tous les
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soupçons. Il y en a d'autres qui atténuent ou qui contredisent les affirmations d'Eusèbe» ce qui montre bien qu'ils ne sont pas son ouvrage, car il n'aurait pas pris la peine de les fabriquer pour se donner à lui-même un démenti (1). i>
Dans le livre dont on a lu tout à l'heure le nom, et qui a Constantin pour héros, l'évidente partialité de l'historien pour le grand empereur qui Tavait admis dans son intimité ne donne ouverture à aucun soupçon de supercherie ou de mensonge. La Vie de Constantin, on nous aurons à puiser bien des renseignements utiles, a été écrite après la mort de ce souverain, ce qui est une première garantie de sincérité; on doit même remarquer, à l'honneur d'Eusèbe, que si les louanges quUl donne à l'empereur mort paraissent souvent excessives, elles sont beaucoup plus grandes dans ce livre que dans ceux qu'il composa durant la vie de son mattre et de son ami. Eusèbe pèche souvent par prétention : il n'invente pas le bien qu*il met en lumière, mais il cache les
(1) BoUsier, la Conversion de Constantirij dans la Revue des Deux-Mondes^ Juillet 1886, p. 52. Voir du même historien, dans la Fin du paganisme^ Paris, 1891, t. I, p. 17, une longue note défendant la Téracité d'Eusèbe contre le mémoire de M. Criveilucci, Délia f4e storiea di Eusehio nella Vita di Costantino (LÎTourne, 1888) ; et aussi set observations ^ la suite d'i^ne communication de W' Duchesne à TAcadémie des inscriptions, 28 novembre 1890. Dans le même sens, J. A. Heizel, Eusebius Werke, t. I, Leipzig, 1902 (cf. Analecta Bollandiana, t. XXI, 1902, p. 425).
PERSÉCUTIONS. — IV, d
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