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ombres et passe les fautes sous silence. Cependant le caractère de Constantin, tel qu'il se dégage de ce tableau, demeure vrai dans les grandes lignes : c'est ce qu'ont très bien établi M. Boissier dans l'article dont j'ai cité plus haut un fragment, M. le duc de Broglie dans son grand ouvrage sur l'Église et VEmpire romain au quatrième siècle et dans une étude plus récente (1) ; c'est ce que j'espère montrer moi-même dans les derniers chapitres de ce livre.
Eusèbe n'est pas le seul écrivain dont le récit, plus ou moins empreint du caractère de mémoires personnels, nous renseigne sur la dernière persécution, les incidents politiques qui en accélérèrent ou en retardèrent le cours, le caractère de ses auteurs et les souffrances héroïquement supportées de ses victimes. Le livre de Lactance sur. les Morts des persécuteurs (2) nous ouvre avec autant d'abondance et
(1) Deux Portraits de Constantin, dans Histoire et Diplomatie, Paris, 1889, p. 207-250.
(2) L'attribulion do De mortibus à Lactance est admise aujourd'hu i par les roeillears critiques; dans ce sens, Harnack, Die Chronologie lier altchristl. Litteratur, t. II, 1904, p. 423; Pichon, Lactance, 1901, p. 337-360; Monceaux, Histoire littéraire de V Afrique chré' tienne, t. HI, 1905, p. 340-353; Duchesne, Histoire ancienne de l'Église, t. Il, 1907, p. 55.
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je ne sais quoi de plus bouilloQuaDt et de plus impétueux, une source de valeur égale sur la suprême crise religieuse qui remplit les premières années du quatrième siècle.
Bien que cet ouvrage décrive successivement la fin tragique de tous les persécuteurs depuis Néron, il est cependant consacré pour la plus grande partie à l'histoire de la persécution de Dioclétien : celle-ci commence à être racontée au chapitre septième, et le livre en a cinquante-deux. La véracité de Lactance a été contestée plus encore que celle d'Eusèbe : avec raison, si Ton admet a priori que tout écrivain passionné est nécessairement inexact; à tort, si Ton croit que les haines vigoureuses et les vigoureuses amours peuvent se concilier avec la ferme résolution de rester vrai. Je ne prétends pas que, dans l'expression surtout, Lactance n'ait jamais excédé, et que l'ardente invective ne rappelle souvent, chez lui, le compatriote de Tertullien ; mais si l'on regarde l'un après l'autre ses jugements sur les principaux acteurs de la dernière persécution, on s'étonnera de reconnaître qu'ils sont le plus souvent conformes, dans l'ensemble, avec celui que portent des mêmes hommes les écrivains païens du quatrième siècle. Parlet-il de l'excessive timidité de Dioclétien, de sa peur de l'avenir, de son avarice, de son commerce peu sûr, de sa cruauté, Lactance s'exprime comme les Aure-
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lius Victor et Eutrope. L'inquiète ambition de Maximien Hercule, son influence mauvaise sur Dioctétien , son emportement, sa férocité, ses exactions fiscales, sont appréciés par les mêmes auteurs aussi sévèrement que par Lactance. Ce qu'il dit de la folie du premier, des débauches du second, est confirmé par le témoignage non suspect de l'empereur Julien. Aurelius Victor parle comme Lactance de Pignorance et de l'orgueil de Galère. Les qualités morales de Constance Chlore sont admirées par Eutrope autant que par lui. L^insolence de Maxence envers son père, la haine dont il était l'objet de la part de celui-ci et de Galère, sont rapportées par Aurelius Victor presque dans les mêmes termes que par le rhéteur chrétien. Sur les faits, l'accord est souvent aussi marqué quB dans la peinture des caractères; ainsi l'historien le plus passionné dans le sens païen, Zosime, raconte d'une manière toute semblable divers incidents de la lutte entre Maxence et Constantin : comme Lactance, il attribue, avec Aurelius Victor et Ammien Marcellin, la mort de Galère à un ulcère horrible; la part prise par Maximien Hercule à l'élection de Licinius, les démêlés de Maxence avec son père Hercule, et d'Hercule avec son gendre Constantin, sont l'objet de récits équivalents, qu'on lise Lactance ou Zosime, "Eutrope, Victor. La seule critique sérieuse, à mon sens, contre
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laquelle on ait à défendre l'auteur du traité des Morts des persécuteurs est celle-ci : comment peut-il avoir été aussi bien renseigné qu'il le prétend sur les délibérations secrètes des souverains, sur tel conseil privé, tel colloque entre Dioclétien et Galère, dont il parle avec les détails les plus précis, reproduisant non seulement les paroles, mais jusqu'aux gestes ou aux larmes des interlocuteurs? On pourrait sans doute répondre qu'en mettant en scène sous une forme aussi dramatique des délibérations qui ceitainement eurent lieu, Lactance n'a pas plus outrepassé le droit de l'historien que Tite-Live ou Tacite en prêtant aux héros de leurs Annales des discours qui sont vraiment des documents historiques et, à défaut des paroles textuelles, reproduisent les sentiments qui vraisemblablement les animaient. Cette réponse ne serait pas suffisante : car, au mo* ment où avaient lieu, dans le palais de Nicomédie, les délibérations qu'il rapporte, Lactance habitait cette ville, y occupait dans l'instruction publique d'importantes fonctions auxquelles Dioclétien luimême l'avait appelé, et fut en situation de recueillir les échos les plus intérieurs de ce palais impérial plein d'officiers et de serviteurs, où les murs gardaient sans doute mal les secrets. La réponse sera plus forte encore, si l'on fait réflexion que Lactance devint le précepteur du tils de Constantin et put re-
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