MARTYRS DE LA CILICIE ET DE LA THRAGB
ce bavardage, dit Maxime, approche, et sacrifie. — Je ne bavarde pas, mais je dis la vérité. J'ai soixantecinq ans, et j'ai vieilli sans Tabandonner. )> Un centurion intervint : a Aie pitié de toi-même, et sacrifie.
— Retire-toi de moi, ministre de Satan, » répondit le martyr. Maxime le fit conduire en prison, chargé de chaînes (1).
Le second accusé fut introduit : « Quel est ton nom?
— Mon premier et plus noble nom, chrétien; mon second, qui m'est donné parmi les hommes, Probus.
— De quelle condition es-tu? — Mon père était de Thrace, mais je suis né à Side, en Pamphylie. Je suis homme du peuple,, et chrétien (2). — Tu ne tireras nul profit de ce nom. Sacrifie aux dieux, afin d'être honoré des princes et notre ami. — Je ne veux aucun honneur des princes, et ne convoite pas ton amitié. Car mes richesses n'étaient pas médiocres, et cependant je les ai abandonnées pour servir le Dieu vivant. » Maxime le fit dépouiller, et frapper à coups de nerf de bœuf. Puis, le martyr continuant à confesser sa foi, il commanda de le frapper sur le ventre. Le sang coulait à flots et rougissait le sol. Enfin, ne pouvant vaincre le courage de Probus, le gouverneur ordonna de le charger de chaînes, et de le mettre en
(1) Acla SS. Tarachi, Probi etAndronici, 1, dans Ruinart, p. 458.
(2) nayavèç ti (1(jli, xP^vriavo; Bï obv. AdOy 3. On Yoit quel était encore, au commencement du quatrième siècle, le sens du mot icaravôç, paganus : plébéien, simple particulier. C'est dans le même sens que Taracbus, pour exprimer qu'il avait renoncé au service militaire, dit : icaYsvcvftv ^pcTTi^|&v)v. Ibid., 1.
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prison, les pieds écartés jusqu'au quatrième trou : défense fut faite de panser ses plaies (1).
On amena le troisième accusé, qui, après s'être déclaré chrétien, donna son nom, Andronicus* « De quelle condition es-tu? — De noble race; mes parents sont parmi les premiers d'Éphèse. — Abandonne toute folle jactance, écoute-moi de bon gré, comme tu écouterais ton père. Ceux qui avant toi ont voulu faire les fous n'y ont rien gagné. Toi, honore nos princes et nos pères, en te soumettant aux dieux. — Vous les appelez bien vos pères, car vous êtes les fils de Satan, les fils du diable, dont vous faites les œuvres» — Ta jeunesse croit pouvoir me braver. Mais apprends que de grands tourments te sont préparés. — Je te parais jeune d'années, mais sache que mon àme est mûre, et prête à tout. — Cesse ces vaines paroles, sacrifie, afin d'éviter la souffrance. — Me croistu assez fou pour vouloir paraître inférieur à ceux qui m'ont précédé? Je suis préparé à tout souffrir. » On le dépouilla, et on le suspendit au chevalet. En vain le centurion, le greffier, le gouverneur luimême le suppliaient : Andronicus restait inébranlable. La torture commença par une violente torsion des jambes; ensuite on lui écorcha les flancs, d abord avec le fer, puis avec des poteries brisées. « Je te ferai périr en détail, » disait le gouverneur furieux. « Je méprise tes menaces et tes tourments, » répondit Andronicus. Les pieds liés, un carcan de fer au cou, il fut porté dans la prison (2).
(1) Acta, 2. — (2) Acta, 3.
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Dans ses tournées à travers la province, Maxime se fit suivre des trois prisonniers, dont il espérait triompher par la torture. A Hopsueste (1), il les soumit à une nouvelle épreuve. « La vieillesse, dit-il à Tarachus, est honorée en beaucoup d'hommes, parce qu'en eux sont Fexpérience et le bon sens : si tu as réfléchi, tu ne persisteras pas dans tes premières dispositions. Approche donc, et sacrifie en Thonneur des princes, de qui, à ton tour, tu obtiendras des honneurs. — Si les princes et ceux qui partagent leurs sentiments connaissaient le véritable honneur, ils abandonneraient de vaines et aveugles pensées, et se laisseraient vivifier par la foi au Dieu vivant. » Toutes les tortures furent essayées sur Tintrépide vieillard : sa bouche fut de nouveau frappée, au point de lui briser les mâchoires, on lui posa sur la main des charbons ardents, on le suspendit au-dessus d'une acre fumée, on lui mit dans les narines du sel, du vinaigre, de la moutarde; enfin, lassé, Maxime dit : « Je te réserve pour une prochaine audience de nouveaux tourments, car je veux dissiper ta folie. — Tu me trouveras prêt à tout ce que tu auras imaginé, » répondit Tarachus. La nouvelle comparution de Probus ne fut pas moins émouvante. Dans les paroles que lui adressa le juge, un mot est caractéristique des idées de ce temps; après Tavoir invité à sacrifier aux dieux et avoir entendu cette réponse du martyr : « Je ne sacrifie pas à plusieurs dieux, mais j'en adore un
(1} Sarle liea de ce second interrogatoire, Toir Ruinart, p. 455.
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seul, » Maxime lui dit : « Approche donc, et sacrifie, non à plusieurs, mais à Jupiter, le dieu grand. » C'est toujours le même effort pour concilier Tidolàtrie avec ridée monothéiste. Probus ne comprit pas, ou feignit de ne pas comprendre ; il répondit : « J*ai mon Dieu dans le ciel, et je crains lui seul ; quant à ceux que tu appelles dieux, je ne me soumets à eux ni ne les adore. — Je te répète, reprit Maxime, sacrifie à Jupiter, le dieu invaincu (1). » Cette qualification est aussi celle de Hithra : on a vu plus haut comment, à cette époque de syncrétisme, les cultes de Jupiter et de Mithra arrivaient parfois à se confondre (2). Probus répondit en se moquant de Jupiter. Furieux, le gouverneur commanda de lui appliquer un fer rouge, de le frapper sur le dos avec un nerf de bœuf, et enfin de poser des charbons ardents sur sa tête rasée (3) ; puis, lui montrant une foule d'apostats qui se pressaient au pied du tribunal : « Ne vois-tu pas ceux-ci, lui dit-il, honorés des dieux et des princes, tandis que toi, tout le monde te regarde avec mépris, comme un impie destiné au supplice? — Crois-moi, répondit Probus, tous ces malheureux sont morts, s'ils ne font point pénitence de leur péché, car c'est sciemment qu'ils
(1) a Immola Jo?i deo inficUssimo. )» Àcta, 5. Le texte grec est différent; il porte : àurr^xii» inâirm Ait, à l'indomptable surveillant Jupiter, mots empriiutés au vocabulaire des mystères, et signifiant un des degrés d'initiation.
(3) Voir plus haut, p. 70.
(3) Ce supplice était depuis longtemps en usage chez les Orientaux ; Toir le liTrc des Proverbesy XXV, 21, et saint Paul, ad RomanoSy VII, 20.
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