MARTYRS DE LÀ GILIGIE ET DE LÀ THRAGE
de triompher du chrétien; il lui fit, comme à Probns, mettre de force dans la bouche le pain et la viande du sacrifice : « Eh bien! dit-il, tu en as goûté! — Puissiez-vous être punis, répondit Andronicus, toi, tyran sanguinaire, et ceux qui Vont donné le pouvoir de me souiller par vos impies sacrifices : tu connaîtras un jour ce que tu as fait aux serviteurs de Dieu. — Tête scélérate, oses-tu maudire les empereurs qui ont donné au monde une si longue et une si profonde paix? » Parler de paix, quand le sang chrétien coulait dans toutes les provinces, parut au martyr une dérision. « Je les ai maudits et les maudirai, répondit-il, ces fléaux publics, ces buveurs de sang, qui ont bouleversé le monde. Puisse la main immortelle de Dieu, cessant de les tolérer, châtier leurs amusements cruels, afin qu'ils apprennent à connaître le mal qu'ils ont fait à ses serviteurs! » C'était plus qu'un juge païen ne pouvait entendre; Maxime, hors de lui, fit briser les dents et couper la langue de l'accusé, qu'on ramena ensuite dans la prison jusqu'au supplice du lendemain (1).
Les trois martyrs moururent dans lamphithé&tre d'Anazarbe. Malheureusement la dernière partie de leurs Actes est trop peu sûre pour qu'il soit prudent de lui demander autre chose que ce simple fait (2).
(1) Acta, 9.
(2) « V id. oct. in Anazobon Ciliciae nt (natale) Taraci, Probi et Andronici. » Martyrologe hiéronymien; De Rossi-Duchesne, p. 131. On lit, dans une note finale ajoutée aux Actes par quelques mannsrits, que les faits se passaient iv xî^ itp(0TC)> lxt\ to9 8t«»Y(tov, dans la
Digiti
322 LE QUATRIEME EDIT EN ORlEffT (304).
Pendant que ces sanglantes scènes se passaient en Cilicie, à Tautre extrémité des États de Dioclétien s'achevait un procès dont nous avons raconté la première partie. Le gouverneur favorable aux chrétiens, Bassus, avait quitté la Thrace, laissant Tévéque Philippe et le diacre Hermès dans la prison d'Héraclée, où, Ton s'en souvient, une secrète liberté leur avait été accordée par des geôliers bienveillants. Ils étaient détenus en vertu de Fédit relatif aux ecclésiastiques; mais le nouveau gouverneur, Justin, païen zélé, arrivait aussitôt après la promulgation de l'ordonnance sur la persécution générale, et son premier soin fut de l'appliquer aux deux captifs.
Le premier magistrat d'Héraclée présenta lui-même Philippe au tribunal. « Tu es l'évêque des chrétiens? » demanda le gouverneur. « Je le suis, et ne puis le nier, » répondit Philippe, a Nos seigneurs, reprit Justin, ont daigné ordonner que tous les chrétiens soient obligés de sacrifier, de gré ou de force, et punis en cas de refus. Aie donc pitié de ton âge, évite des souffrances que même des jeunes gens ne pourraient supporter. — Par crainte d'une souffrance passagère, vous observez les lois d'hommes semblables à vous; combien plus devons-nous garder celles de Dieu, qui
première année de la persécution. Tillemont a cherché l'explication de cette date dans une erreur de copiste, qui aurait mis le sigle numérique a pour le sigle p. Mais cette hypothèse n'est pas nécessaire. L'année 304 fut bien la première de la persécution, si l'on fait commencer celle-ci à l'édit obligeant à l'apostasie non plus les seuls ec« clésiastiques, mais TunÎTersalité des chrétiens.
Digiti