MARTYRS DE LA CILIGIE ET DE LA THRACE
punît les coupables d'un supplice éternel ! — Il faut, cependant, obéir aux empereurs. — Je suis chrétien. C'est pourquoi je ne puis faire ce que tu dis. Tu as ordre de me punir, non de me contraindre. — Tu ignores les tourments qui t'attendent. — Tu peux me torturer, mais non me vaincre. Jamais on ne me persuadera de sacrifier. — Tu vas être traîné par les pieds à travers la ville, et, si tu survis, on te remettra en prison pour de nouveaux supplices. — Puisses-tu accomplir tes menaces, et satisfaire à tes désirs impies ! » Le gouverneur tint parole : Philippe, les pieds liés, fut traîné sur les pavés de la ville : quand on le releva tout sanglant, des chrétiens le reportèrent dans leurs bras jusqu'à la prison (1).
Le prêtre Sévère, qui avait pu jusque-là se tenir caché, était depuis quelque temps recherché par la police : soudain il se présenta lui-même devant le tribunal. « Ne te laisse pas séduire par les folies qui ont porté malheur à ton maître Philippe, lui dit Justin; obéis plutôt à l'ordre des empereurs, aie pitié de ton corps, aime la vie, attache-toi joyeusement aux biens de ce monde. — Il me faut, répondit Sévère, garder les enseignements que j'ai reçus et rester fidèle à ma foi. — Réfléchis encore, reprit le gouverneur, et à la peine qui t'attend, et au moyen de l'éviter : tii verrats que le sacrifice est pour toi le meilleur parti. » Hais le prêtre, à ce mot de sacrifice, se récria vivement. Le juge le fit alors mener en prison. Her-
(1) Passio 5. Philippi, 8, dans Ruinart, p. 418.
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mes fut appelé à son tour. « Tu verras tout à Theure, lui dit Justin, la peine réservée à ceux qui ont méprisé les ordres impériaux. Ne partage pas leur supplice, songe à ton salut, souviens-toi de tes fils, échappe au péril en sacrifiant. » Et comme Hermès protestait ^ contre ces paroles le gouverneur ajoute : « Ton assurance vient de ce que tu ignores le mal qui t'attend. Mais quand tu l'auras éprouvé, ton repentir arrivera trop tard. — Quelles que soient les douleurs que tu m ^infliges, répondit Hermès, le Christ pour qui nous souffrons les adoucira par ses anges. » On le ramena en prison (1).
L'évèque, le prêtre et le diacre s'y trouvaient maintenant réunis. Le gouverneur, cependant, voulut essayer encore d'un traitement plus doux, et leur permit de sortir pour demeurer dans la demi-captivité d'une maison hospitalière. Puis, reconnaissant que l'indulgence n^ avait point d'effet sur la ferme résolution des martyrs, il les fit après deux jours réintégrer dans la prison. Ils y restèrent pendant sept mois. En octobre seulement l'ordre fut donné de les conduire à Andrînople, où devait se rendre le gouverneur (2). En Tattendant les captifs furent gardés dans la maison de campagne d'un nommé Semporius, aux environs de la ville. Dès son arrivée, Justin se les fit amener aux thermes : ces immenses et somptueux établissements jouaient un tel rôle dans la vie romaine, et
(1) Passio, 9, 10.
(2) Ibid.j 10.
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