MARTYRS DB LA GILICIE ET DE LA TURACE
renfermaient tant de salles, de cours et de portiques destinés à la promenade, aux jeux, aux réunions, que la justice y était quelquefois rendue comme dans un lieu public (1). « Qu*as-tu fait depuis si longtemps? demanda le gouverneur à Philippe. Je t*ai accordé un long délai, dans Tespoir que tu changerais de sentiments. Sacrifie donc, si tu veux être libre. — Si notre captivité avait été volontaire, répondit Philippe, tu pourrais représenter comme une grâce le temps qu'il ta plu nous y laisser; mais comme la prison était pour nous une peine, quelle indulgence as-tu montrée en nous gardant? Je l'ai déjà dit, je suis chrétien : ce sera ma réponse à toutes les questions : je n*adorerai
(1) Voir les Actes de saint Laarent, dans \esAcla 55., août, t. Il, p. 519. Cf. Jordan, Topographie der Stadt Rom in AUerthum, t. II, p. 232, 382. Les gouverneurs faisaient alors élever une estrade de planches, couverte ou non d'une étoffe, en guise de tribunal. Dans plusieurs textes, profanes (Suétone, Ccpsar, 84;CicéroD. In Vatinium, 14) et dans un grand nombre d'Actes de martyrs il est question de tribunaux mobiles érigés non seulement aux thermes, mais sur les places publiques, au bord de la mer, au théâtre, au cirque, etc. Voir Edmond Le Blant, Monuments antiques relatifs aux affaires criminelles, dans la Revue archéologique, 1889, p. 19. L'usage de se servir des thermes pour les services publics durait au quatrième siècle : Philippe, préfet du prétoire (sous Constance), se rend aux bains de Zeuxippe, à Constantinople, pour traiter des affaires publiques, icXaurd(uvoc 2iri|Aoo^cdv TcpoYiJATaiv, et y mande l'évéque Paul; Socrate, Hist. EccL, II, 16; Sozomène, 111, 9. Les thermes servaient aussi de prison, au moins temporaire: lors du concile de Milan, en 355, les évéques, ecclésiasUques, laïques, fidèles à la foi de Nicée. furent enfermés dans les thermes de Maximien Hercule par les officiers de Constance; Acta SS,^ mai, (• YI, p. 47. Les thermes servaient même à des usages pieux ; en 404, après la condamnation de saint Jean Chrysostome, ses partisans, abandonnant l'église, « célébrèrent la Pàque dans les thermes publics appelés Constantiens » (Socrate, VI, 18; Sozomène, VllI, 21).
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jamais de statues, mais je contiauercu de servir le Dieu étemel. » Le juge le fit dépouiller, puis, Tayant une seconde fois sommé vainement de sacrifier, commanda de le battre de verges. La flagellation fut si cruelle, que les entrailles se voyaient sous la chair déchirée. Hermès fut ensuite introduit. Tous les employés et les soldats de Yofficium le connaissaient, et, pendant Texercice de sa magistrature à Héraclée, il avait gagné leur affection : aussi eut-il à se défendre contre leurs conseils et leurs prières (1). Mais il se montra aussi inébranlable que son évèque, et fut comme lui ramené dans la prison. Malgré une com* plexion délicate, Philippe ne paraissait pas souffrir des blessures qu'il avait reçues (2).
Après trois jours ils comparurent de nouveau, non plus aux thermes, mais, nous dit-on, au lieu accoutumé des audiences publiques. Justin dit à Philippe : « Quelle est ta témérité, de mépriser le salut et de refuser l'obéissance aux empereurs? — Je ne suis pas téméraire, répondit Févèque, mais j'ai l'amour et la crainte de Dieu qui a tout créé et qui jugera les vivants et les morts. Je n'ose pas transgresser ses commandements. J'ai, durant toutes les années de ma vie, obéi aux empereurs, et, quand ils commandent des choses justes, je me hâte de les exécuter. Car l'Écriture sainte a ordonné de rendre à Dieu ce qui est à Dieu, à César ce qui est à César. J'ai jusqu'à
(1) Passio, 10.
(2) Passio, 10.
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