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MARTYRS DE LA CILICIE ET DE LA TURACE

présent observé intégralement ce précepte. Il ne me reste plus qu'à donner la préférence aux choses du ciel sur tous les attraits de ce monde. Retiens ce que j'ai déjà plusieurs fois répété, que je suis chrétien, et que je refuse de sacrifier à vos dieux (1). » Ces calmes paroles, empreintes de tout le <c loyalisme » d'un sujet fidèle, contrastent singulièrement avec les traits enflammés qui, presque à la même heure, sortaient de la bouche des trois martyrs de Cilicie. Les difiérences d'âge et de condition sociale expliquent celles du laugage. Ici, c'est le vieillard, c'est Tévéque, obligé de garder la dignité du rang et des années ; là-bas, c'est un soldat^ c'est un homme du peuple, c'est un adolescent, moins retenus par le devoir de l'exemple, moins maîtres de leur cœur et de leur langue. Sur les lèvres de Philippe on retrouve l'écho des docteurs et des apologistes des premiers siècles; sur celles de Tarachus et de ses compagnons résonne l'éloquente invective de Lactance. Deux esprits différents se rencontrent ici : tandis que les chefs, les prélats, conservent soigneusement le langage et les sentiments d'une époque où l'Église espérait encore parvenir à une entente avec l'Empire païen (2), le peuple, les laïques, entraînés par l'ardeur du combat, prévoient déjà le jour prochain où l'Empire païen croulera sous le poids de ses fautes. Ainsi la conscience

(1) Passio, 11.

(2) Voir Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles, 3* éd., p. 396-404.

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chrétienne, en cette crise décisive, tirait successivement de son trésor, selon le mot de TÉvangile, « les choses anciennes et les choses nouvelles, » tour à tour interprétant la tradition ou prophétisant Tavenir.

Le gouverneur, renonçant à persuader Philippe, se tourna vers Hermès : « Si la vieillesse, déjà proche de la mort, a dégoûté celui-ci des joies de ce monde, toi du moins sacrifie, pour ne pas perdre une vie heureuse. » Hais Hermès, loin de céder, confessa longuement sa foi, railla certaines cérémonies lugubres du paganisme, et, rappelant les grands exemples bibliques, parla de la colère divine. « Pour oser parler ainsi, dit Justin en colère, crois-tu donc pouvoir faire de moi un chrétien? — Ce n'est pas toi seulement, ce sont tous les assistants que je voudrais rendre chrétiens, » répondit le martyr. Le gouverneur, après avoir pris Favis de son assesseur et de ses conseillers, condamna Philippe et Hermès au feu pour avoir abjuré le nom romain par la désobéissance aux empereurs (1).

L*évêque et le diacre furent tout de suite menés au supplice. Philippe, épuisé par la torture, ne pouvait marcher : on était obligé de le porter. Hermès suivait en boitant. Il causait pieusement avecFévèque, ou, s*adressant au peuple, lui racontait un aimable présage, Tapparition d*une colombe, où il avait vu Tannonce de son martyre. Sur le lieu de l'exécution, une fosse était creusée, devant un poteau. On y descendit

(I) Passio. 11.

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Philippe, et, pendant que ses mains étaient clouées par derrière au bois, le bourreau comblait la fosse autour de ses genoux. Hermès eut ensuite à descendre dans le trou : comme ses pas étaient mal assurés, il dut s'appuyer de la main au poteau, et dit en riant : « Comment, diable, même ici tu ne peux me soutenir! » Après qu*on lui eut aussi enterré les jambes, et pendant que Texécuteur se préparait à mettre le feu aux sarments qui formaient comme une haie autour des martyrs (1), Hermès appela un chrétien nommé Velogius, et le chargea de porter à son fils ses dernières recommandations. Soit comme ancien magistrat, soit comme diacre, Hermès avait reçu de ses concitoyens chrétiens de nombreux dépôts d*argent : son fils devra les restituer à chacun, fidèlement et sans contestation. Puis, voulant récompenser Velogius par un bon conseil : « Tu es jeune, dit-il, aie soin de gagner ta vie par ton travail, comme a fait ton père, et de vivre honnêtement comme lui. » Il se laissa ensuite clouer les mains au poteau, et fut martyrisé avec Philippe (2).

Les détails donnés sur le supplice font comprendre comment leurs corps ne furent pas consumés, mais promptement étouffés par les flammes et la fumée d'un bûcher circulaire construit sur le sol à la hauteur de leurs genoux. Aussi trouva-t-on les cadavres tout entiers, gardant presque encore les couleurs de

fi) Cf. Terlullien, Apolog,, 50; Lactance, De mort, pers., 15. (2) Passio, 13.

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la vie : les mains de Philippe étaient étendues, dans l'attitude de la prière. Mais le gouverneur partageait la haine qui, dans cette persécution, porta tant de juges païens à suivre l'exemple de Dioclétien en refusant aux restes des martyrs les honneurs de la sépulture. Ceux de Philippe et d'Hermès furent, par l'ordre de Justin, jetés dans l'Hèbre. Les chrétiens d'Andrinople les en retirèrent secrètement, au moyen de filets, et leur donnèrent une sépulture temporaire à douze milles de la cité, dans une riante villa, abondante en sources, en bois, en champs fertiles et en vignobles (1).

Le lendemain, 23 octobre, le prêtre Sévère fut à son tour jugé, et souffrit comme ses deux compagnons le supplice du feu (2).

(1) Passio, 15. Cf. Histoire des persécutions pendant la première moitié du troisième siècle. Appendice B, 3« éd., p. 507«

(2) Passio, 12.

Z«es martyrs de la Galatie et de la Gappadoce.

Sous la cruelle administration de Théotecne (1), la Galatie, déjà si éprouvée par l'exécution des précédents édits, et où le fanatisme populaire avait chassé de leurs maisons beaucoup de familles chrétiennes (2) , vit appliquer dans toute sa rigueur Tordonnance concernant la persécution générale. Chrétiens traînés de force devant les autels des dieux, condamnations à mort, refus de sépulture, peine capitale prononcée contre quiconque rendrait aux martyrs les derniers devoirs, défense de vendre ou d'acheter du pain et du vin qui n'auraient pas été d abord offerts aux idoles, tel est le tableau présenté, en 304^, par la malheureuse province (3).

(1) Le texte latin delà Passio 5. Theodoti Ancyrani, 24, donne à Théotecne le titre inexact de proconsul; le texte grec lui donne pins exactement celui d vicstixéc, consularis, qui e«t en effet le vrai Utre du gOQTerneur de la Galatie au quatrième siècle (Marquardt, Rômische Staativerwaltung, 1. 1, p. 365).

(3) Voir plus haut, p. 238.

(3) Ce tableau se trouTe dans la Passion de saint Théodote d'Ancjre. Papebroch la publia an t. IV des Aeia SS, de mai, après l'avoir traduite d'après un ms. grec du Vatican ; Rninart (p. 853-371) a reprodoit cette traduction laUne; M. Franchi de' Cavaiieri a donné, d'après on ms. meilleur, une noufelle édition de la Passion de saint Théodote (/ martiri di S, Teodoto e di S. Àriadmey collection Studi e Testi, 6, Home, 1901). Avant de me serTir de ce document, Je dois indiquer quel est Fétat de la critique à son égard. Il se donne comme !• récit

332 LE QUATRTÈMB ÉDIT EN ORIEirT (304).

Les prêtres païens se tenaient à Taffût, épiant les propos qui pouvaient trahir les fidèles. Un de ceux-ci, Victor, fut dénoncé par les ministres de Diane pour

d'un contemporain et d'un témoin, compagnon de captifité du martyr, appelé Nil {Passio, 36). Comme Papebroch, Ruinart estime que, bien que ce Nil soit tout à fait inconnu, cependant le récit, le style, tous les caractères de la narration, montrent qu'on peut lui ajouter une foi entière. Tillemont (Mémoires, t. V, art. sur saint Théodole) est du même avis, bien que, dans sa note i sur ce saint, il indique les « diverses difficultés » qui se trouvent dans ces Actes. Le moderne éditeur de la Passion pense qn*elle a toales les apparences d*êlre la relation d'un témoin, quoiqu'elle paraisse avoir été écrite un certain nombre d'années après l'événement, à une époque où l'imagination populaire avait déjà embelli et dénaturé certaines circonstances. M. Hamack s'est rallié à ces conclusions {Theologiselte LUteratur'Zeitung, 1902, p. 358-361), et n'a pas hésité à se servir de la Passion de saint Théodote pour dépeindre la situation de l'Église d'Ancyre à Tépoque des persécutions (/)«« Mission und Ausbreitung des Christentums^ l'*éd., 1902, p. 48, 537). Mais ces conclusions ont été presque aussitôt ébranlées par le P. Delebaye {Anal. Bolland., t. XXU, 1903, p. 320-328). Celui-ci reconnaît que plusieurs épisodes de la Passion de Théodote sont habilement racontés, abondent en traits qui semblent pris sur le vif, et offrent une bonne couleur locale; mais il insiste sur les singularités et les invraisemblances, voit dans certains traits, comme celui de Tanneau, un des lieux communs du folklore, dans la ruse de Fronton pour s'emparer des reliques de Théodote l'adaptation d'un conte populaire qui remonte à la plus haute antiquité, et conclut que a la substance même du morceau est légendaire, et que le prétendu compagnon du martyr (Nil) n'est qu'un imposteur. » Il admet cependant que certains épisodes n n'étaient peul-élre pas sans valeur historique, peuvent avoir existé à Vétat de récits isolés, et formeraient sans doute des documents intéressants si nous parvenions à les reconstituer dans leur forme primitive, » Tels les détails concernant les martyrs Victor et Valens. L'épisode des sept vierges, « tout en ayant les apparences d'une bonne couleur locale, porte eo plusieurs endroits les traces d'une tradition légendaire et même mythologique bien marquée ; » à côté du groupe d'Ancyre, on peut citer {Synaxarium EccL Conslantinop., p. 546) uu autre groupe, à Amisos, dont les noms sont à peu près les mêmes. Le savant boUanlandiste rappelle qu'a aucun martyrologe ancien ne mentionne Théo*

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avoir outragé la déesse en racontant qu'elle avait été violée par son propre frère Apollon devant Tautel de Délos : on trouve dans quelques monuments antiques une allusion à ce mythe injurieux (1), qui n*est point

dote, et aucnn pèlerin, que nous sachions, n'a Tisilé sa basilique. » 11 est porté à croire que la Passion de ce martyr n'est autre chose qu'une parabole destinée à rendre sensible une vérité de l'ordre religieux, et ne correspond point à une réalité historique : à moins cependant qu'elle n'ait eu pour but (sans être pour cela plus historique dans les détails) « de renseigner les fidèles sur le sanctuaire de Halos, où l'on vénérait un corps saint, celui d'un Théodote. » Dans le tome II de sa Chronologie der chrisUischen Litteratur, 1904, et dans la seconde édition de Die Mission und Avsbreitung des Christentums, M. Harnack a donné son adhésion aux critiques du P. Delebaye. M. Franchi de' Cavalieri a consacré au même sujet plusieurs pages très intéressantes du Nuovo Bull, di arch. crisl, (1904, p. 27-37) : il déclare modestement se ranger aujourd'hui à l'avis du P. Delebaye, mais estime cependant que a la brillante attaque de celui-ci a été conduite un peu trop à fond, » et examine l'un après l'autre les points sur lesquels elle lui a paru excessive. Gela l'amène a conclure ainsi : « Si d'un côté la Passio TheodoH présente autant de marques d'antiquité que j'en ai relevé dans mon étude, et si d'autre part les difficultés qu^elle offre sont en partie moins graves qu'on ne l'a cru, il ne parait pas d'une suffisante prudence de faire d'elle simplement une parabole comme celles (qui lui sont bien inférieures) de saint Nicéphore et de saint Boniface. Le jugement d'Harnack, que la Passio Theodoti <c renfermeun noyau d'ancienne tradition, » s'écarte peut-être moinsdu vrai. » —Je n'ai pas cru devoir retrancher de cette nouvelle édition les pages sur le martyre de Théodote. J'aurais craint d'arraclier le bon grain en même temps que l'ivraie. Je viens d'avertir le lecteur de ce qui s'y rencontre vraisemblablement dejégendaire. Je m'efforcerai, dans les notes, de remettre au point chaque détail, afin que ce que la Passion de saint Théodote renferme vraisemblablement aussi d'historique conserve sa vaienr.

(1) « Il n'est pas impossible de faire remonter jusqu'à la poésie orphkiue l'idée de cette union incestueuse. Apollon aurait fait violence à Artémis près de son propre autel, à Délos. C'est ainsi, du moins, qu'on a voulu expliquer le caractère erotique de quelques représentations d'Apollon et d'Artémis, en particulier sur un miroir étrusque. )>

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incompatible avec le caractère impur souvent revêtu, en Asie, par le personnage de Diane (1). Victor fut arrêté ; mais on essaya par tous les moyens d'obtenir son abjuration. « Si tu obéis au gouverneur, lui disait-on, tu recevras le titre d'ami des empereurs (2), et un emploi dans le palais. Si tu n'obéi^ pas, des tourments atroces t'attendent, ta famille sera exterminée, tes biens adjugés au fisc, ton nom aboli à jamais, ton cadavre jeté aux chiens. » Ibis un dévoué fidèle, Théodote, parvint à s'introduire dans la prison, et à combattre par ses conseils d'aussi dangereuses insinuations. Victor supporta les premières tortures avec une telle fermeté, que les assistants manifestaient leur admiration. Cependant, au dernier moment, on le vit hésiter : il demanda au gouverneur un délai pour réfléchir. Les licteurs cessèrent alors de frapper, et Victor fut ramené en prison. Il y mou-

p. Paris, art. Diane, dans le Dictionnaire des antiquités, t. II, p. 132. Cf. Lenormant, Gazette archéologique, t. II, p. 20; Braun, Artemis Hymnia und Apollo mit dem Armband, Rome, 1842; Mon. ined. delV Inst, di corr, arch,, 1855, p. 20.

(1) Voir Histoire des persécutions pendant la première moitié du troisième siècle, 3* éd., p. 420, et Charles de Linas, les Origines de V orfèvrerie cloisonnée, t. II, p. 373-375; t. III, p. 201-203, 256. A Perge, en Parophylie, le culte de Diane avait de grandes analogies ayec celai de Vénus àPaphos;Waddington, Voyage en Asie Mineure, p. 92, 142; Mélanges de numismatique et de philologie, p. 577; Renan, Saint Paul, p. 31 ; Lanckorowski, les Villes de la Pamphylie et de la Pisidie, 1890, 1. 1, p. 50; Radet, Revue archéologique, sept.oct. 1890, p. 216.

(2) *i>4xai<Tap. Voir Corpus inscr. grxc, 2748, 2975, etc. M. Renan, Saint Paul, p. 26, constate que ce titre était recherché en Asie Mineure.

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rut de ses blessures, laissant, dit le narrateur, une mémoire douteuse (1).

Théodote, dont les paroles lui avaient d'abord donné du courage, était un homme de la plus humble condition, simple cabaretier. Mais, grâce à cette condition même, qui attirait peu les regards, il pouvait rendre de grands services à l'Église. Aux prêtres cachés par ses soins, il fournissait pour le saint sacrifice du pain et du vin purs de tout contact idolàtrique. Sa maison servait de rendez-vous aux fidèles dispersés, qui y trouvaient secours, renseignements et conseils : « elle était pour eux, dit Tauteur des Actes, comme Tarche dans ce nouveau déluge (2). » Une des œuvres de miséricorde exercées avec le plus de zèle par Théodote était la sépulture des martyrs. Ayant appris que Valens (3) avait été immolé pour la foi à quarante milles d'Ancyre, il parvint à retirer son corps du fleuve Halys, où les bourreaux l'avaient précipité (4).

Pendant ce voyage, il eut une curieuse aventure. Il fut abordé, près d'un affluent de THalys, par un

(1) Passio 5. TheodoU, 8, 9 ; dans Ruinart, p. 357.

(2) Passio, 6.

(3) « Les délaiis concernant les martyrs Victor et Valens sont d'autant moins sujets à caution qu'ils ne sont nullement amenés par le mouvement de la narration et n'ont aucune influence sur l'action. » Delehaye, Analecla BoUandiana, t. XXII, 1903, p. 329. De même que Théodote, Valens d'Ancyre n^est pas inscrit au Martyrologe hiéronymien. Puisque l'on admet, malgré ce silence du Martyrologe, « Ttiistoricité» de Valens, il û'y a pas de motif suffisant pour faire de ce silence un argument contre celle de Théodote.

(4) « In vorticosas aquas fluminis Halys. d Passio, 10. Le cours impétueux et les tourbillons de l'Halys ont été remarqués par Ovide, Pont., IV, X, 48 : « Crebro vortice torlus Halys. »

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groupe de chrétiens mis naguère en prison pour avoir, dans un accès de zèle téméraire, renversé un autel de Diane, et dont il avait, à prix d'argent, aidé Tévasion. Ces pauvres gens vivaient depuis lors dans les montagnes. Théodote les invita à partager son repas. On s'assit dans un frais vallon d'herbe, ombragé d'arbres fruitiers, égayé par le chant des cigales et le concert des oiseaux (1). Le village voisin, perdu dans la solitude, avait été oublié des persécuteurs (2) : le prêtre du lieu, qui sortait de l'église vers la sixième heure, fut appelé, et vint rejoindre les convives : il aida à repousser les chiens qui rôdaient autour d'eux, peut-être dressés à donner la chasse aux chrétiens errants comme aux esclaves fugitifs (3).

(1) <c Erat multum ibi gramen, et arbores circumstantes tam fructiferss quam silveslres, cam omnigena florum 8ua?eolentia, et cicadarum atque lasciniaram dalci subaurora concentu, Tariarumqoe avium modulatioDe, et ea denique omnia quibus natara potest solitarium aliqaem locum ornare. » Passio, 11. M. Perrot, qui cite comme l'un des traits du paysage de Galatie « les clairières des forêts et les pelouses alpestres, » décrit ainsi les euTirons d'Ancyre : « On trouve sur les pentes des ravins, où courent de clairs et rapides ruisseaux» de beaux arbres, de l'ombre et de la fraîcheur. Le climat est tempéré, les fruits sont abondants^ et plus parfumés que sur les rivages où le soleil est trop ardent.. » Exploration de la Galatie et de la Bi' thynie, p. 204.

(2) La Passion, 10, donne à ce village le nom de Malus. Sans y attacher plus d'importance qu'il ne convient, Je rappellerai que, dans le sud de l'Aquitaine et la région des Pyrénées, Mal ou Mail, comme nom de lieu, a le sens d'âpre, escarpé (Desjardins, Géographie historique de la Gaule romaine, t. 11, p. 408) : le nom de Mal, Malus, pour un village de montagne, dans une province asiatique anciennement conquise et colonisée par les Gaulois, mérite peut-être d*étre remarqué.

(3) a Videns eos infestari a canibus, continuo accurrit,... canes sub-

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Tbéodote et ses compagnons refusèrent, cependant, rbospitalité qu'il leur offrait dans sa maison : le premier avait hâte de retourner à Ancyre (1), où les frères avaient besoin de ses secours. Mais, lors du départ, il remit son anneau au prêtre (2), en lui promettant de lui envoyer bientôt des reliques : il prévoyait que tôt ou tard son dévouement le trahirait, et, sous cette forme ingénieuse, annonçait son prochain martyre.

movens. » Pcusio, 11. Sar les chiens de combat chez les Romains, ▼oir Dictionnaire des Antiquités, art. Canis, t. 1, p. 888-88 J. Les chiens spécialement dressés à la poursuite des fugitifs deraient être nombreux en Galalie, car c'était, dans les deux derniers siècles de l'Empire, le pays des marchands d'esclaves; Araroien Marcellinf XII, 7 ; Claudien, In Eutropium, I, 59. Dans les dernières persécutions de rBxtrême-Orient les chrétiens furent poursuivis de la sorte : «t ils ne pouvaient échapper à la mort qu'en fuyant sur les montagnes et là on les pourchassait avec des meutes de chiens. » Lettre de M. GelTroy, missionnaire dans la Cochinchine orientale, août 1888, dans Ann. de la Propagation de la Foi, 1888, p. 26.

(1) « Eo quod festinaret ad metropolim regredi. » Passio, 12. Ancyre avait le titre de métropole de la Galatie ; Ptolémée, Geogr.,V\ Bckhel, Doctr. numm, vet,, t. 111, p. 177; Corp. inscr, gscc, 4010, 4020, 4030, 4042, 5896; Perrot, De Galatia provincia romana, p. 145. Les Actes ne nomment Jamais Ancyre, mais son nom se lit dans leur titre : Passio S, Theodoti Ancyrani,

(2) <c Le trait de l'anneau est un des lieux communs du folklore qui se rencontre le plus souvent dans les contes et les légendes. Ordinafarement, l'anneau est un signe de reconnaissance; parfois c'est un bijou miraculeux qui a la propriété de se briser ou de se modifier, pour annoncer un événement malheureux... Ici, nous prenons sur le fait la gaucherie du narrateur, qui veut se servir du motif de l'anneau, mais ne sait trop comment s'y prendre. » Delehaye. Anal, BoU,, t. XXII, p. 325. Je crois qu'il ne faut pas chercher si loin, et que, s'il y a imitation, le narrateur se sera plutôt souvenu de l'anneau du soldat Pudens, que le martyr Saturus trempe dans son sang, et lui remet en souvenir et en gage, hereditatem pignoris relinquensei {Passio S. Perpetux, 16; voir Histoire des persécutions pendant la première moitié du troisième siècle, 3* éd., p. 134).

PBRSÉCCTIONS. — IV. 22

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Quand il rentra dans la ville, il la trouva, disent les Actes, bouleversée comme par un tremblement de terre. Un procès agitait tous les esprits. Sept vierges chrétiennes, femmes âgées et vénérables, avaient été arrêtées et traduites devant Théotecne. Trois d'entre elles, Tecusa, Alexandra et Phanie, menaient la vie ascétique (1); les quatre autres, Claudia, Euphrasia, Matrona et Julitta, servaient Dieu dans le monde. N'ayant pu obtenir leur apostasie par les tourments, l'odieux gouverneur les avait, à l'exemple de plusieurs de ses collègues, condamnées à être désohonorées. Mais la vieillesse et les larmes leur servirent de défense. L'aînée des vierges, Tecusa, s'était jetée aux pieds d'un des libertins, et l'avait supplié « d'épar-

(1 ) « Et has très apoclatit» dicunt esse suas, aicut reyera suQt. » Passio, 19. Cette expression peut causer quelque embarras ; car les apoctalites étaient une secte hérétique, apparentée à cell&des encratites, et condamnant le mariage, l'usage de la viande et du vin. Il y en avait dans ia Phrygie,laCiIicieet laPampliylie (saint Épipbane, Hxres., LXI,2): laGalatie dut en posséder, puisqu'on cite, sous Julien, Busiris, d'abord encratite, martyrisé à Ancyrc (Sozomène, V, 11; Acta SS., janvier, t. II, p. 364). Les apoctatiles forment encore une secte sous Tbéodose (loi de 381, Code Théodosien, XVI, x, 7, § 3). Mais ce nom, qui signifiait renonçants, a dû désigner aussi des ascètes orthodoxes. Les Actes disent que la vierge Tecusa, qu'ils qualifient d'apoctatite, avait fait l'éducation religieuse de Tbéodote; or celui-ci, cabaretier et aubergiste, pratiquait un commerce incompatible avec les idées d'une secte condamnant la viande et le vin. On le voit même fournir du pain et du vin aux prêtres pour le saint sacrifice; cela montre que le clergé avec lequel il était en relations n'apphrtenait pas à la secte encratite ou apoctatite, qui avait aussi le nom d'bydroparate parce qu'elle remplaçait le vin par Teau dans les saints mystères ; voir saint Épipbane, Hœres,, LXI, 1 ; saint Basile, Ep. 199, 47 ; Théodoret, HxreL fab,, I, 20; Pseudo-Augustin, Eseres., 64; Philastre, 77.

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gner des corps flétris par l'âge, le jeûne, la maladie, les tortures, une chair morte, destinée à être bientôt la proie des oiseaux et des bêtes fauves. » Montrant ses cheveux blanchis, elle ajoutait : « Jeune homme, respecte-les, pense à ta mère, dont les cheveux sont peut-être blancs comme les miens. Je ne sais si elle vit encore, mais je la prie d'intercéder pour moi. Laisse-nous pleurer tranquilles : Jésus-Christ te récompensera. » Émus, les jeunes gens fondirent en larmes, et laissèrent en paix les condamnées (1)«

Théotecne, abandonnant son premier dessein, condamna celles-ci à servir parmi les prêtresses de Diane (2) et de Minerve. Tous les ans, les statues de ces déesses étaient portées jusqu^à un étang voisin, pour y être baignées. Le bain sacré jouait un grand rôle dans le culte des divinités orientales (3). On ne s'étonnera pas de voir un tel rite appliqué à TArtémis asiatique. A première vue, il semble peu fait pour Minerve, cette divinité purement intellectuelle, cette tête pensive où se résume la sagesse hellénique. Mais le syncrétisme oriental a tout corrompu. Minerve, la chaste déesse, s'est identifiée avec Bérécynthe, la grossière Cybèle, l'amante d' Attis, la mère des dieux : en Italie même on l'adore, avec Attis, sous le nom de Minerve Bérécynthe (4). C'est elle que les prêtresses

(1) PassiOt 13.

(2) Sar le culte de Diane en GalaUe, voir Arrien, Cyneg., 33 ; Plutarque. De muliemm virtvUbv^, 20.

(3) Terlullien, De Baptismo, 6.

(4) Garrucci dans Cahier et Martin, Mélanges d'Archéologie, t. IV,

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3iO LE QUATRIEME EDIT EN ORIENT (301).

allaient baigner, jointe à Diane, dans Tétang d'Ancyre, de même que, le 27 mars, les Galls, suivis des grands et du peuplé, plongeaient près de Rome la pierre noire enchâssée d'argent, simulacre de Cybèle, dans les eaux de TAlmon (1). Quand le jour de la cérémonie fut venu, Théotecne fît monter les chrétiennes, dépouillées de leurs vêtements, sur des voitures précédant le char où étaient portées les images des déesses (2). La honteuse procession se mit en marche, escortée de joueurs de flûtes et de cymbales, au milieu des danses de femmes échevelées, vêtues en bacchan-

iSàC, p. 39, note 3; Wilmanns, Exempla inscr. lai,, 115, 116, 117, 1890, 1891 ; Corpus inscr. laL, t. X, 1538, 1540. Ces inscriptions rappellent des tauroboles en Thonneur de Minerye et d'Attis. Ne pas oublier que Pessinonte, à l'ouest de la Galatie, était un des principaux centres du culte de Cybèle. L'empereur Julien parle de a l'affinité de Minerve avec la Mère des dieux, n Tf|c 'AOfjvoc irpb; x^iv Mvirépa tûv 6eûv... rf^v ayjyyé^tiaLM. Oratio Y. Une curieuse mosaïque découverte à Rome montre l'oibeau symbolique de Minerve, la chouette, associé au culte de Cybèle ; vers la chouette, posée au centre sur une couronne de fleurs, convergent (merveilleusement dessinés) plusieurs animaux, qui semblent personnifier les divers grades des initiés aux mystères de la Mère des dieux. Voir Bull, delta commissione archeologica comunale di Jtoma, 1890, p. 24-25 et pi. I-U. Cependant, explication différente (et selon moi inacceptable) donnée de cette mosaïque, qui ornait l'entrée d'une salle destinée aux réunions d'une confrérie de dendrophores ; Bull, de la Soc, des Antiquaires de France, 1908, p. 165.

(1) Ovide, Fast., IV, 340; Silius Italiens, Theb,, VIII, 365; SUce, Silv., V, 1, 122; Lucain, Phars., I, 599; Valerius Flaccus, Argon,, VIII, 239; Claudien, De Bello Gildon., 119; Arnobe, Adv. nat., VU, 32,49; Ammien Marcellin, XXIII, 3, 7; saint Ambroise, Ep. 3, 48; Prudence, Péri Steph., X, 153-170; Corpus inscr, lat, 1. 1, p. 390; Servius, Ad Virg. Georg,, I, 163. Cf. Marquardt, BOmische Staalsverwallung, t. IIÏ, 357-369, 550.

(2) Passio, 14. Ce char, currus, est appelé dans les textes classiques carpentum ou lectica.

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tes et en ménades (1). Ces indécences, ces débordements de joie obscène, convenaient à une telle fête. Les Artemisiaj célébrées à Éphèse en Thonneur de Diane, montraient aux assistants des danses inconvenantes (2) : au cinquième siècle encore, « le jour où, à Cartbage, on baignait dans un fleuve la statue de la déesse de Bérécynthe, les plus vils histrions chan* taient en public, devant son char, de telles obscénités, qu*il eût été honteux de les entendre, non pas à la Mère des dieux, mais à la mère d'un sénateur quelconque, ou de n'importe quel citoyen honnête : que dis-je? ces bouffons en auraient rougi pour leur mère (3). » Telle était la cérémonie à laquelle des

(1) « Inter hœc audire erat et Tidere tibiarum ac cymbaloram sonum, choreasque mulieram solutis crinibus mœnadum instar bacchantium. Mnltus autem excitabatur strepitas pednin terram plaudentiuin, et musicoram instrumentorum concrepaUo, itaqae Tebebantar simulacre. » Passio, 14. Les joueuses de tambours, de cymbales, eo Thonneur de €^fbèIe étaient organisées en collèges, ainsi que les danseurs, sodales ballatores Cybelae; Corpus inscr. lat.y t. VI, 2261, 2265. Monument en l'honneur de Cybèle et d'Attis, élevé par une affranchie, Joueuse de cymbales en second, cymbalistria secundo loco; ibid., t. IX, 1538.

(2]Pollux, Onom.,IV, 164; Elien, HisL an.^ XII, 9; Aristophane, Nuées, 599 et sui?.; Scoliaste d'Euripide, Hécube, 915. Les danses indécentes en Thonneur d'Artémis firent quelquefois donner à la déesse elle-même l'épithète de ménade, (laivoda; Plutarque, De audac, poety 4. Voir Maury, Histoire des religions de la Grèce anti^ que, t. III, 1859, p. 158 et suiv.

(3) Saint Augustin, De civitaleDei, 4; cf. 5. Les « fils histrions » dont parle saint Augustin étaient probablement les chantres attitrés, les hymnologi, qui jouaient un grand rôle dans le culte de la Mère des dieux; voir Ser?ius, ad Virg, Georg., II, 394; Firmicus Maternus, Malhes,, III, 6; rinscription romaine publiée par Dessau, Bullettino delL InsUt. di corresp. archeoL, 1884, p. 155; De Rossi, Inscripliones christianx urbis Romx, t. II, p. 204.

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vierges chrétiennes devaient associer leur pudeur outragée. Malgré son fanatisme, le peuple ne put s'empêcher d'admirer la modestie et le courage des victimes, et de leur montrer quelque pitié. Il semble que dans cette fête impure, où la femme lui apparaissait ordinairement sous Taspect le plus dégradé, un nouveau type de femme se révélât tout à coup à ses yeux surpris. Pendant ce temps, Théodote, retiré daos la maison d'un pauvre chrétien, près d'une église maintenant fermée, priait Dieu avec ferveur d'assister jusqu'à la fin les condamnées. Vers trois heures, l'épouse de son hôte vint lui annoncer une heureuse nouvelle : les prêtresses avaient présenté aux vierges des robes blanches et des couronnes, insignes de la dignité sacerdotale, et, sur leur refus d'accepter ces parures sacrilègejs, Théotecne, blessé d'une réponse indignée de Tecusa, avait commandé de les jeter dans le lac, une pierre au cou. Tombant à genoux, et levant les mains au ciel : « Merci, Seigneur, s'écria Théodote, vous n'avez pas voulu que mes larmes fussent inutiles (1)! »

(i) Pamo, 15. — « Contre le martyre des sept vierges d'Ancyre, le P. Delehaye fait observer qu'un groupe de sept vierges, dont les noms (Alexandra, Claudia, Eupbrasia, Matrona, Juliana, Eaphemia, Theodosia) sont à peu près les mêmes, se retrouve à Amisos. Mais les noms des martyres d'Amisos (dont la légende, bien différente de celle qui a été conservée par la Passio Theodoti, nous est parvenue seulement dans un maigre résumé) n'auraient-ils pas été empruntés à ceux des vierges d*Ancyre? Ainsi avait d'abord pensé le P. Delebaye (Syncixarium Bcclesiae ConstantinopoUtanae, p. 999 : « Nomina, quae in nonnuUis codicibus desunt, desumpta videntur... ex Passione septem mulierura martyrum Ancyrae »)* En outre, l'observation de

LES MARTYRS DB LA GALATIB ET DE LA CAPPADOCE. 3i3

Un autre soin s'imposait à Théodote : retrouver les noyées et leur donner une honorable sépulture. Après avoir passé la nuit en prière, il se mit en route avec quelques compagnons. Mais, ayant appris que des gardes étaient apostés près de Tétang pour écarter les chrétiens, il attendit jusqu'au soir. Par une nuit sans lune, où les étoiles étaient voilées de nuages, Théodote et ses amis commencèrent leur recherche : traversant avec horreur le lieu accoutumé des exécutions, véritable charnier plein de tètes coupées et de débris humains, ils parvinrent enfin au bord de l'eau. Dieu les aidait manifestement : une croix lumineuse se dessinait pour eux dans le ciel noir, une lampe de feu semblait éclairer leurs pas, de saints personnages leur apparaissaient : au milieu d'un orage, pendant lequel les sentinelles avaient pris la fuite, ils crurent voir un militaire de haute taille, dont le

Tau leur de la Passio Theodoti, 19, que les apoctatites prétendaient que Tecusa, Alexandra et Pbanie avaient appartenu à leur secte, ne dépose-t-elle pas en fayeur de rhistoricité de ces personnages? D'autre pari, la coïncidence du nombre ne peut faire beaucoup de difficulté. Un groupe de sept vierges (probablement les sept vierges canonicae ou diaconesses; cf. Duchesne, Origines du culte chrétien, p. 329} se trouve aussi à Rome (De Rossi, Roma solterranea, t. I, p. 176-177; De Rossi-Duchesne, MartyroL hiéronym.^ p. xlviii). Et qui sait si les diaconesses n'étaient pas aussi au nombre de sept en d'autres villes? Que les sept vierges d'Ancyre aient été des diaconesses semble pouvoir non se prouver, mais se déduire de leur grand âge {P(usio, 13), comme aussi de l'idée du magistrat de les transformer en prêtresses païennes, en UpoSouXoi d'Artémis et d'Athéné {ibid.^ 14). Certes, les virgines canonicae étaient, à cause de leur ministère, très en vue, et par là très exposées au péril en temps de persécution. » P. Franchi de' Gavalierl, Nuovo Bull, di arch, crist,, 1904, p. 35.

344 LE QUATRIÈME ÉDIT EN ORIEiYT (304).

glaive, la cuirasse, le casque et la lance jetaient des éclairs, et reconnurent le soldat martyr Sosandre, immolé soit lors de la persécution contre les chrétiens de Tarrnée, soit dans la persécution générale. Au fond de Tétangy que le vent semblait avoir desséché, les sept vierges reposaient, liées ensemble : les chrétiens coupèrent les liens, et, chargeant les corps sur des chevaux, reprirent la route de la ville. Les reliques ainsi conquises furent déposées dans un tombeau, près de Téglise des Patriarches (1).

L'enlèvement fut bientôt connu : Théotecne, pressé d'en découvrir Fauteur, fit mettre k la question tous les chrétiens qu'on put saisir. Théodote voulait se livrer; mais ses compagnons le retinrent, et envoyèrent un des leurs, Polychrone, se mêler à la foule, déguisé en paysan, pour voir ce qui se passait. Reconnu, Polychrone fut à son tour appliqué à la torture : devant une menace de mort, il faiblit, et avoua tout. A celte nouvelle, Théodote se leva, et, quittant sa retraite, se dirigea vers le forum. Il rencontra en route deux amis, qui lui dirent que les prêtres de Diane et de Minerve l'accusaient, que Polychrone l'avait dénoncé, et le conjurèrent de s'enfuir. Mais lui, d'un pas plus rapide, vint au forum, et s'avança devant le tribunal, jetant un intrépide regard sur les feux, les chaudières, les roues, et tout l'appareil delà torture (2) . Théotecne vit tout de suite

(1) Passio, 16-19.

(2) Passio, 21, 22.

à qui il avait affaire, et, sans espoir d'effrayer un tel homme, tenta de le séduire. Dans Fardeur de son zèle, il lui promit tout, pour prix d'une apostasie (1) : et la faveur des empereurs, et les premières dignités municipales, et le sacerdoce d'Apollon, « le plus grand des dieux (2). » De telles promesses ne sont pas sans exemples (3) : probablement le gouverneur les jugeait d'un effet irrésistible sur un homme du peuple, qui de la condition la plus modeste était invité à passer aux premiers rangs de la cité. Hais Théodote repoussa en riant les offres de son juge, et prit lui-même l'offensive par une vive critique des légendes de la mythologie et une enthousiaste apologie de la religion chrétienne. Son discours, dont le rédacteur des Actes ne nous donne sans doute qu'une image incomplète et tracée après coup (4), dut être

(1) <t Tantum ejura Jesum, quem qui anle nos fuit Pilatus in Judaea crucifixit. » Passio, 28. Théotecne fait probablement allusion aux faux Actes de Pilate; voir plus haut, p. 320.

(2) PassiOf 23. Le culte d'Apollon était en honneur à Ancyre, où se célébraient des jeux pythiens; Robiou, Histoire des Gaulois (VOrieni, p. 289.

(3) Une lettre de l'empereur Julien le montre élevant à la dignité de prêtre des dieux un éréque apostat {Ep, 78; Hertiein, p. 603). Un pontificat est offert de même en 306 au simple soldat Théodore (saint Grégoire de Nysse, Oratio de magno martyre Tkeodoro, 4, dans Ruinart, p. 536). S'il y a dans ce passage de la Passio TheodoU une imitation et un anachronisme, le rédacteur, dont il ne faut pas exagérer la naïTeté, ne se sera pas « imaginé un grand prêtre sur le modèle de réyêque, » mais se sera souyenu plutôt de la réorganisaUon du clergé païen par MaximiA Daia en 311, ou, en admettant une rédaction plus tardife, de la réorganisation faite cinquante ans plus tard par Julien (Toir plus bas, t. Il, ch. ix, et Julien VAposlaty t. II,

(4) Passio, 24-25. M. Franchi fait observer à ce propos que les dis-

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singulièrement énergique, car un assistant dira que le peuple, « soulevé comme par un vent de tempête, » poussa des cris de fureur; les prêtres des dieux, dans leur indignation, déchirèrent leurs vêtements et brisèrent leurs couronnes (1). Un assistant dira plus tard que le martyr « avait parlé au gouverneur comme au dernier des esclaves (2). » Aussi le châtiment fut-il terrible. On étendit Théodote sur le chevalet, pour le torturer avec la cruauté la plus raffinée. Quand une ombre de souffrance passait sur son visage, le gouverneur s'imaginait triompher du patient; mais par ses actes de foi, ses reproches éloquents, ou d'ardentes prières au Christ, « espérance des désespérés, » Théodote dissipait vite Tillusion de son juge. La sentence fut enfin rendue en ces termes : « Théodote, qui protège les Galiléens (3), se montre l'encours de saint Pionius (voir Hist. des persécutions pendant la pre* mière moitié du troisième siècle, 3* éd., p. 406) sont aussi des reconstnictions faites après coup, ce qui n'empdche pas de reconnaître dans la Passion de Pionius un document de grande valeur, œuvre probablement d'un contemporain.

(1) Jbid., 24. — Ces démonstrations extérieures sont bien dans les habitudes antiques. Les Actes des Apôtres (XXII, 23) montrent, à la suite d'un discours de saint Paul, les Juifs poussant ainsi des clameurs, déchirant de même leurs véteraents, ramassant de la poussière pour la jeter au-dessus de leurs têtes. Tacite {Hist., II, 10) montre un général, pour apaiser ses soldats réyoltés» « se roulant à leurs pieds dans la poussière, déchirant ses vêtements, le visage en pleurs, la poitrine suffoquée de sanglots. » Après avoir cité d'autres traits semblables {Ann., III, 23; Suétone, Caesar, 33), M. Boissier ajoute : a II se peut que ce qui nous choque, ce qu'avec une nature plus posée, moins prompte aux expansions broyantes, nous trouvons exagéré et déclamatoire, soit pris sur la plus exacte réalité. » Tacite^ 1903, p. 87.

(2) /Wd. 34.

(3) Ce mot, comme synonyme de chrétiens, fut mis à la mode, et

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nemi des dieux, désobéît aux, commandements des invincibles empereurs, et me méprise moi-même, subira la peine du glaive : son corps décapité sera brûlé ensuite, afin que les chrétiens ne puissent lui donner la sépulture. » Quand on fut parvenu au lieu de l'exécution, Théodote pria tout haut, devant une foule immense : « Seigneur Jésus-Christ, qui as fait le ciel et la terre, et n'abandonnes pas ceux qui espèrent en toi, je te rends grâces d'avoir fait de moi un citoyen de la patrie céleste et un habitant de ion royaume. Je te rends grâces de m'avoir fait vaincre le dragon et écraser sa tête. Donne le repos à tes serviteurs : que la violence de leurs ennemis se termine à moi. Donne la paix à ton Église, affranchis-la

même rendu officiel, par Temperear Julien, Fragni. d'une lettre à un pontife; Ep. 7, 11, 12, 31, 63; cf. saint Gr^oire de Nazianze, Oratio IV, 74; saint Cyrille d'Alexandrie, Contra Julianum, II; Philopatris, 12 (dialogue attribué faussement à Lucien, qui est plutôt du temps de Julien); Théodoret, Hist. EccL, III, 4. Mais probablement n'attendit-on pas Julien pour l'appliquer aux chrétiens. Dodwell (IHss, Cypr.y 2) dit que Celse les nomme ainsi ; j'ai Tainement cherché le passage. H est question de « Galiléens » dans Ëpictète (Arrien, Dissert. y IV, yii, 0) et Marc Aurèle [Pensées , XI, 3), mais sans qu'on puisse Toir clairement s'ils désignent par ce root les chrétiens ou une secte de fanatiques juifs. N'oublions pas, comme le fait remarquer M. Franchi de' CaTalieri {Nuovo BulL, 1904, p. 3o), que la Passio Theodoti a été conseryée par un seul manuscrit (le 1667 du Vatican, du dixième siècle, dont le 665. auquel Papebroch avait emprunté son texte, n'est qu'une copie). 11 se peut que raXiXatbiv soit étranger au texte primitif, et représente une interpolation, postérieure au règne de Julien. On a un exemple semblable dans la Passion de saint Nestor, dont la rédaction latine, selon toute apparence meilleure et pins ancienne, ne contient pas le mot « Galiléens, » qui se lit une fois, au contraire, dans la rédaction grecque publiée par Aube (VÉglise. et l'État dans la seconde moitié du troisième siècle, 1885, p. 509;.

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de la tyrannie du diable. Amen. » Puis, apercevant des chrétiens qui pleuraient, il dit : « Frères, ne pleurez pas, mais glorifiez Notre-Seigneur Jésus- Christ, qui m'a permis d'achever ma course et de vaincre l'ennemi. Quand je serai au ciel, je prierai avec confiance pour vous. » Le martyr tendit ensuite la tête, et, joyeux, reçut le coup mortel (1).

Le corps fut placé sur un bûcher; mais on dit que, saisis d'une terreur surnaturelle, les bourreaux n osè> rent y mettre le feu. Théotecne chargea alors des soldats d'empêcher l'enlèvement des restes du martyr (2). A la tombée du jour, Fronton, le prêtre de village auquel Théodote avait naguère remis son anneau et promis des reliques, arrivait dans Ancyre. Ce bon homme {egregius iste vir)^ type curieux de curé de campagne agriculteur, apportait au marché, sur son ânesse, des outres pleines de vin. L'Ânesse s'arrêta près du lieu où était le cadavre, et se coucha. Les gardes, qui prenaient le prêtre pour un simple paysan, l'engagèrent à s'arrêter : « La nuit vient, lui direntils, reste avec nous : il y a ici près beaucoup d'herbe, que ton ânesse pourra paître : tu peux même la lâcher dans les champs, sans que personne t'en empêche. » Le prêtre se laissa convaincre, et entra dans

(1) Passio, 31.

(2) Les refus de sépullare aax condamnés, dont noas avons déjà vu de nombreux exemples, étaient depuis longtemps de tradition en Asie; Toir dans Plutarque, Vertus des femmes, 23, l'anecdote du Galate Porédorax, rois à mort par Mithridate, et laissé sans sépulture; une femme qu'il avait aimée parvient à enlever son corps, et est arrêtée par les gardes.

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la cabane de branchages que les gardes s'étaient construite (1). Pour reconnaître leur hospitalité, il les laissa boire abondamment de l'excellent vin qu'il apportait. Un jeune soldat, appelé Métrodore, la langue déliée par la boisson, lui conta alors longuement les faits qui avaient agité Ancyre, la mort des sept vierges, celle de Théodote, et le conduisit au lieu où gisait le cadavre du saint homme, sous un tas de foin. Dissimulant sa joie, Fronton laissa les gardes boire son vin jusqu'à ce que, tout à fait ivres, ils tombassent endormis. Il enleva alors le martyr, rétablit soigneusement le tas de foin, chargea le corps sur son ànesse, et laissa celle-ci s'en aller, sous la conduite de Dieu; puis, le matin venu, il attira l'attention des gardes, en feignant de chercher à grand bruit ranimai perdu. L'ànesse, cependant, suivant d'un pas tranquille les sentiers accoutumés dans la montagne (2), regagna seule le village écarté : Fronton se mit en route à son tour, sans que les gardes se fussent aperçus de son pieux larcin, et trouva en chemin des paysans chrétiens qui lui annoncèrent l'heureuse arrivée des reliques (3).

(1) Les Galates pastears étaient accoutumés à improviser des cabanes de bois, de feuilles d'argile, quand ils gardaient les troupeaux, l'été, dans les vallées berbeuses de l'Olympe, ou, rhi?er, dans les plaines. Penrot, De Galaiia provincia romana, p. 11.

(2) Les mules de Galatie étaient célèbres aussi pour leur vigueur et leur sûreté; cf. Plutarque, de rAmour des richesses^ 2.

(3) Passio, 32-35. Le P. Delebaye fait remarquer l'analogie de cet épisode final avec un récit d'Hérodote, II, 121. Dans Hérodote, le corps d'un voleur, que des soldats veillaient, est enlevé par son corn-

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Telle est la curieuse histoire, tantôt émouvante comme une tragédie, tantôt aimable comme une idylle, tantôt piquante comme un conte milésien, que Ton nous donne comme ayant été rédigée par un fidèle du nom de Nil, compagnon de captivité du martyr (1).

Nous devons à un écrivain plus illustre le récit d'un procès moins dramatique, mais oà parait dans tout son jour l'incapacité juridique résultant pour les chrétiens des édits de persécution. La scène que raconte saint Basile se passe non loin de la Galatie, à Gésarée, Tune des métropoles de la Cappadoce.

Dans cette ville habitait une veuve, Julitta, autrefois maîtresse de biens considérables. Abusant de sa faiblesse et de son inexpérience, un des premiers de la cité, homme injuste et cupide, lavait peu & peu dépouillée, par des moyens déloyaux, de la plus grande partie de sa fortune. Les terres, les maisons, les esclaves de la veuve étaient passés en la possession de cet usurpateur : il allait s'emparer de ce qui restait

plice, qai a chargé des outres de vin sur des ânes, et, pendant que les gardes, s'étant enivrés à boire, sur son inyitation, le Tin d'une de ces outres, dormaient profondément, a rois le cadavre sur un Âne, et l'a emporté. Il y a des ressemblances entre les deux récits, bien qu'il y ait aussi des différences essentielles, les ânes chargés d'outrés de yin étant une ruse du complice, tandis que Tânesse de Fronton porte réellement du yin au marché. Je suis tout disposé à admettre, cependant, que l'imagination du rédacteur, qui était certainement lettré, car il a un yéritable talent de narrateur, a dramatisé des circonstances que nous connaissons mal, a embelli une tradition populaire déjà formée, et y a même mêlé des réminiscences classiques, (t) Passio, 36.

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à Julitta de biens mobiliers, quand celle-ci crut prévenir une ruine complète en appelant le spoliateur en justice. Le jour fixé pour Taudience, le héraut fit rappel des témoins, en présence des avocats. La plaignante fut introduite, et entreprit d'exposer ses griefs : elle fit connaître l'origine de ses droits, la longue possession qui les avait confirmés : elle commençait le récit des manœuvres par lesquelles son adversaire était parvenu à la dépouiller, quand celui-ci, effrayé de rimpression produite par cette parole sincère, et perdant confiance dans les témoins qu'il avait surbornés, dans les juges mêmes que, dit-on, il avait achetés, s'élança au milieu du forum : « Cette femme, s'écriat-il, ne saurait ester en justice, ni intenter une action ; car ceux qui refusent d'adorer les dieux des empereurs et de renier le Christ ne jouissent plus d'aucun des droits des citoyens. » On se rappelle que cette mise des chrétiens hors la loi et hors la cité avait été prononcée par Fédit de 303, qui leur refusait même la faculté de demander réparation d'un dommage (1). L'exception invoquée par le défenseur était d'une stricte légalité, de cette légalité qui est parfois le comble de l'injustice. Aucune réponse ne pouvait être opposée k un tel moyen : aussi, retirant la parole à Julitta, le président fit apporter un autel, de l'encens, et rappela aux plaideurs que, d'après les édits, tous ceux qui n'abjuraient pas le Christ étaient frappés de mort civile.

(1) Voir plus haut, p. 155.

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La fierté de la chrétienne s'éveilla à ce mot. Elle avait eu le désir légitime de recouvrer le patrimoine de ses ancêtres; mais la foi et Thonneur lui étaient plus chers que cette fortune. *< Périsse la vie, s'écriat-elle, périssent les richesses de hasard, périsse mon corps, s'il le faut, avant que sorte de ma bouche aucune parole contre Dieu mon créateur! » Elle venait de comprendre que le procès, entrepris pour la revendication de biens terrestres, se terminerait par l'acquisition de « ce trésor que ni la rouille ni le ver ne détruisent, et que les voleurs ne peuvent emporter (1). » Aussi, à toutes les questions, à tous les conseils, ne répondit-elle plus que ce seul mot : « Je suis la servante du Christ. »

Le magistrat la condamna au bûcher. Elle y marcha en souriant. Chemin faisant, elle disait aux amies qui s'approchaient d'elle pour la consoler : « Ne laissez pas vos âmes s'amollir et devenir incapables de souffrir pour le Christ. La faiblesse de notre sexe serait une mauvaise excuse. Dieu nous a créées de la même matière que l'homme; nous reflétons aussi l'image divine. La femme est, autant que l'homme, capable de vertu. Elle n'est pas seulement chair de sa chair, mais os de ses os; aussi Dieu e^tige-t-il d'elle une foi aussi solide et une aussi ferme patience. » Parlant ainsi, Julitta s'élança sur le bûcher, « comme sur un lit glorieux ; » le feu étouffa son corps, sans le détruire.

(1) Saint Matthieu, VI, 20.

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Au temps de saint Basile, les pèlerins allaient visiter, à Césarée, Téglise où reposait ce corps, enveloppe d'une âme vaillante; puis se rendaient, de là, au lieu où avait été le bûcher, et d*où jaillissait maintenant une source pure, délice des voyageurs, quelquefois remède dos malades (1).

(1) Saint Basile, Homil. V, 1-2.

l'EnséCUTIONS. — IV. 23

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Les martyrs de la Ssrrie, ^e la Phéxxicie, de la Palestine, de l'Egypte, de la Thébaïde et du Pont.

La Syrie, la Phénicie et la Palestine ne furent pas moins agitées que la Galatie par la persécution.

Ântioche vit périr pour le Christ Tyrannio, évêque de Tyr, et le prêtre médecin (1) Zenobius, originaire de Sidon : le premier noyé dans la mer, le second déchiré jusqu'à ce qu'il expirât (2). Dans Tyr, veuve de son évêque, des chrétiens d'origine égyptienne furent condamnés aux bêtes. « J'assistais, dit Eusèbe, à leur combat. » Après avoir, selon l'usage, défilé sous les fouets des bestiaires, les martyrs furent exposés dans l'arène à l'attaque des animaux féroces. « J'ai vu alors, continue l'historien, la puis-

(i; Sur i'unioa fréquente, aux premiers siècles, du sacerdoce a?ec la profession médicale, voir De Rossi, Roma sotterranea, 1. 1, p. 342 ; mon livre sur les Esclaves chrétietis^ 3* éd., p. 236-236; les Acta SS., octobre, t. XII, p. 798. — Épitaphe à Rome, dans le cimetière de Calliste, de « Denys, prêtre et médecin, » AIONTIIGr lATPOr UPEI- BïTEPOY; Roma sotUrraneOy t. I, pi. XXXI, 9. — Sur la grande influence, à la fin du quatrième siècle, d'un diacre médecin, voir Sozomène, HisL EccL, VIII, 6.

(2) TupawCwv êic(<nto7co; tîîç xatà Tvpov ixxXçfnoç, TcpeaSurspdç tt tij? xaTà£i5(5vaZT]v66io;... xûv 8' in' 'Avnoxeia; &\i.^ tôv toO ©eoO Xéyov SiàTij; elc Oàvaxov v7co(j.ov^c iSo^aiadTi)v, ô |Jiàv OaXaTTioi; iropoMeUpv- 6oT;, ô èici<Jx(mo;, 6 81 laxpwv aptoro; ZvivdSto; taï; xaTà tûv nXtupûv iiciTtOet^ai; aOrw xapiepâ; èvairoOovôv p«<javoi€. Eusèbe, Hist. EccL, VUÏ, 13. 3, 4.

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sance de Notre-Seigneur Jésus-Christ se manifester en faveur de ceux qui lui rendaient témoignage. » Malgré les efforts des païens, malgré les gestes par lesquels les condamnés eux-mêmes étaient contraints d'exciter la fureur des bêtes fauves, celles-ci refusaient de leur faire aucun mal. Par trois fois elles furent lâchées contre les martyrs, par trois fois elles les épargnèrent, a Le courage des condamnés, la force d'âme qui éclatait jusque dans de faibles corps, faisaient l'admiration deë spectateurs. Vous auriez vu un jeune homme de vingt ans à peine, qui, n'étant point lié, les mains étendues en croix, priait avec un calme intrépide, et, sans reculer, sans faire un mouvement, attendait Tours et le léopard : ceux-ci paraissaient d'abord ne respirer que mort et carnage : ils semblaient sur le poiot de dévorer le chrétien : puis ils s'en allaient, comme si une force inconnue leur eût fermé la gueule. Les choses se sont passées comme je le dis. Vous en auriez vu d'autres (car ils étaient cinq) exposés à un taureau furieux : il avait déjà Uncé en l'air plusieurs païens, qu'on avait dû emporter inanimés : mais, au moment de se jeter sur les saints martyrs, il ne pouvait plus avancer : il frappait la terre du pied, secouait ses cornes, excité encore par la chaleur de la flamme et les piqûres d'un fer rouge (1) : puis il se détournait,

(1) Aià ToO; ành xûv xaunipo>v èpeOi<r(Lov;. £u8èbe« Hisl. EccLj VIll, 7, 5; cf. ibid.j mipl xal ai8iQp(f>. Une inscription de Carianda, au masée du LouTre, parle de même d'un taureau excité, lpeO(Co|uvoc, par le fer ou le feu ; Le Bas et Waddington, Inscriptions d'Asie Mi-

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comme repoussé par la main divine. Après ces bêtes, d'autres furent lancées, sans plus de succès. Enfin, sortis intacts de tant d'assauts, les martyrs furent décapités, et jetés ensuite à la mer (1). »

A Gaza, en Palestine, eut lieu aussi, dès 304, la condamnation de plusieurs chrétiens. « Timothée, après avoir souffert d'innombrables tourments, fut enfin brûlé, mais lentement et à petit feu, sans que ni sa piété envers Dieu, ni sa constance dans la douleur, se démentissent un seul instant (2). » Avec lui avaient été jugés Agapius et Thecla, qui montrèrent, quand on les mit à la torture, un courage égal. L'un et l'autre furent condamnés aux bètes (3). Thecla périt dans l'amphithéâtre ; Agapius, après y avoir été exposé, en fut retiré pour être remis en prison, où il restera pendant deux ans encore avant de consommer son martyre (4) .

A ces récits d'un témoin, si sincères et si vrais, on hésite à joindre un épisode venu d une source beaucoup moins sûre. Cependant Thistoire de saint Cyprien d'Orient n'est pa^ seulement connue par des Actes où paraissent les amplifications habituelles à

neure^ n<> 499; Frôhner, Inscriptions grecques du Louvre, n" 45; Bearlier, les Courses de taureaux chez les Grecs et chez les Komains^ dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France^ 1887, p. 61-62, 80. Martial, De spectaculis, 19, montre aussi le taureau c flammis stimulatus. »

(1) Eusèbe, HUt. Ecct., VIII, 7, 1^.

(2) Eusèbe, De martyribns Palestinœ, 3.

(3) md.

(4) IHd.y 6, 3.

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Métaphraste (1). Elle nous a encore été racontée par des écrivains du quatrième siècle. Prudence y fait allusion ; saint Grégoire de Nazianze la résume dans sa XXIV* homélie (2). Des trois livres qui, au siècle suivant, composaient la rédaction grecque de la Vie de saint Cyprien (3), et eurent Thonneur d*ètre paraphrasés en vers par la femme de l'empereur Théodose II, la savante et romanesque Eudoxie (4>), Tun, sorte de confession ou d^autobiograpbie, forme un tout complet. On y doit voir une composition indépendante (5). Grégoire de Nazianze l'avait eu sous les yeux, et le crut écrit par le saint lui-même. « Celui-ci, dit-il, accuse dans un long discours les hontes de sa vie passée, afin d'offrir en présent à Dieu l'humble aveu de ses crimes, et de montrer la voie du retour et de l'espérance à ceux qui commencent à se

(1) Acta SS,, septembre» t. VII. p. 218; Surius» ViUxe SS., l. IX, p. 269; Métaphraste, dans Migne, Palrol, grxc, t. CXV, p. 847. Voir la critique de ces Actes dans Tillemont, Mémoires, t. V, note ii sur saint Cyprien d'Orient.

(2) Pradence, Péri Stephanôny XIII, 20-84; saint Grégoire de Nazianie, Oratio XXIV. Le poète, comme Torateur sacré, font d'étranges confusions entre Cyprien d'Antioclie et son homonyme de Car- Uiage : le premier donne à celui-ci des traits qni appartiennent à Toriental, auquel le second, au contraire, attribue l'érudition, les écrits, et même le siège de l'évéque africain.

(3) Th. Zahn, Cyprian von Antiochien, Erlangen, 1882, publie en appendice le texte grec, jusqu'ici inédit, du premier livre.

(4) Photius, Bibliothec, 183-184.

(5) 11 en existait au cinquième siècle une version latine; c'est probablement elle qui est mise an nombre des apocryphes par le décret gélasien : « liber qui appellatur pœnitentia sancti Cypriani, apocryphus. » Migne, PatroL lat., t. LIX, p. 163.

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repentir de leurs erreurs (1). » Quoi qu'il en soit de Texactitude de cette attribution, la source est certainement antique. Soixante-quinze ans séparent la date du martyre de Cyprien et celle de l'homélie de Grégoire, prononcée en 379; probablement un intervalle beaucoup moins long se place entre ce martyre et la rédaction de l'écrit dont Grégoire s'est inspiré.

Voici ce que Ton peut retenir des récits relatifs à saint Cyprien. Celui-ci était un magicien célèbre, qui vivait, au commencement du règne de Dioclétien, dans Antioche ; non la grande métropole syrienne (2), mais soit une des villes de la Décapole, Antioche de THippos (3) ou Gerasa, appelée aussi Antioche de Chrysoroas (4), soit une autre Antioche, entre la Syrie et l'Arabie, dont parle Etienne de Byzance (5). Après avoir reçu à Athènes les premiers principes de la philosophie, où la théurgie dominait alors (6), il étudia les arts occultes en Phrygie, foyer de religions

(1) Saint Grégoire de Naziaoze, Oratio XXIV, 8.

(2) Antioche, capitale de la Syrie, doit être écartée, car les récits relatifs à Cyprien donnent pour é?éque à la yille où il demeurait Ânthime, puis Cyprien Ini-méme, qui ne figurent pas sur la liste épis« copale de la grande Antioche.

(3) Josèphe, De Bello Judaico, 1, 7, 9. Cf. Eckhel, Doctr, num. vet,, t. III, p. 337, et Harquardt, Jlômische Staatsverwaltung, t. I, p. 395.

(4) Waddington, Inscriptions d'Asie Mineure^ n° 1722; cf. Marquardt, t. I, p. 396.

(5) Antioche, surnommée de Sémiramis. Etienne de Byzance, De Urbibus^ 1678, p. 87.

(6) Sur Taffluence des étrangers aux écoles d'Athènes pendant le quatrième siècle, voir Petit de Julleville, Histoire de la Grèce sous la domination romaine, 1875, p. 318.

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impures et de pratiques superstitieuses (1), eu Chaldée, terre classique des devins et des sorciers (â), et en Egypte, où nous avons vu Dioclétien sévir contre les fauteurs de maléfices (3). Les pratiques attribuées à Cyprien sont analogues à celles que rapportent, en de très nombreux passages, les écrivains païens des quatre premiers siècles (4.). Mais, ayant vu toute sa mauvaise science impuissante contre un cœur de jeune fille, que soutenait la grâce divine, il confessa ses erreurs et se convertit à la foi chrétienne. Pareil à un autre « mathématicien » que saint Augustin recevra à la pénitence (5), il apporta ses écritures magiques pour être brûlées (6). Bientôt il étonna les fidèles par ses austérités et sa ferveur. Après les avoir longtemps édifiés, le pénitent fut admis aux ordres sacrés, devint prêtre, puis évêque. Quand la persécution eut éclaté, on Tarrêta dans sa ville d'Antioche, en même temps qu'on incarcérait à Damas la vierge Justine, qui avait été la cause de sa conversion. Amenés tous deux devant le vicaire du diocèse

(1) Sur la magie inélée au culte de Cybèle, voir Plutarque, De superst., 12; Dion Chrysostome, Orat.l; cf. Marquardt, Rônu Staatsv.j t. 111, p. 107, note 7.

(2) Voir les nombreux textes littéraires et Juridiques où il est question des sorciers chaldéens, dans Marquardt, t. III, p. 90-92.

(3) Voir plus haut, p. 92.

(4) Cf. Marquardt, t. 111, p. 89-112.

(5) Saint Augustin, Enarr, in psalm., LXI.

(6) Les hommes d*État et les jurisconsultes païens professaient la même horreur des livres de magie; nous avons tu (p. 92) Dioclétien les faire brûler en Egypte : Paul {Sentent., V, 21, § 4) se montre effrayé de leur lecture.

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360 LE QUATRlËBfE EDIT EN ORIENT (304).

d'Orient (1), ils sortirent sains et saufs, comme naguère saint Jean, de Tépreuve de la chaudière ardente, et furent envoyés par leur juge à Nicomédie, devant Dioclétien lui-même, qui les fit décapiter le 26 septembre, ainsi qu'un autre chrétien nommé Théoctiste. Dioclétien était arrivé à Nicomédie vers la fin de Télé (2). Bien que toujours malade (3), il voulut, à la fin de sa vingtième année, c'est-à-dire après le 17 septembre, dédier le cirque qu'il avait fait construire dans la métropole de la Bithynie (&). Une condamnation capitale peut avoir été, à cette date, prononcée par lui contre les martyrs. On dit que les corps de Cyprien et de Justine, laissés sans sépulture selon r.usage impie adopté presque partout dans la dernière persécution, furent secrètement recueillis par des matelots chrétiens qui, au moment de partir pour l'Italie, les chargèrent sur leur navire (5).

(1) Les Actes de Métaphrasle, si mauvais qu'ils soient, contiennent une désignation digne d'être retenue : ils donnent à ce gouverneur le nom d'Eutolmîus, comte d'Orient (cf. Notitia Dignitaium, Or., 104; Code Thëodosien, I, xiii; Code Justinien, I, xxivi et xlix; Orelli, Inscript. y 31G2; Zosime, V, 24). Si le titre de cornes Orieniis ne fut peut-être point porté avant Constantin, la fonction de yicaire du diocèse d'Orient, qui lui équivaut, existait depuis 297. Deux accusés peuvent avoi r été arrêtés dans des provinces différentes, l'un en Palestine, Vautre à Damas, ville de Phénicie, par l'ordre d*un magistrat dont l'autorité supérieure s'étendait depuis l'Arabie jusqu'à la Mésopotamie.

(2) a i£state transacta... Nicomediam venit. » Lactance, De tnorL pers., 17.

(B) « Morbo jam gravi insurgenle. o Jbid,

(4) a Quodcumque se premi videret, probatus est tamen ut circum quem fecerat dedicaret anno post vicennalia replcto. » Laclance, De mort, pers,, 17.

(5) Sur le récit de cette trans lation, et l'absence de toute tradition

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La persécution sévit cruellement en Egypte dès Tannée SOi*. L'Egypte faisait alors partie du diocèse d'Orient, et comprenait plusieurs provinces, la Jovia et THerculia, au nord, la Thébaïde, au sud (1), ayant chacuue un gouverneur particulier, subordonné au préfet d'Egypte (2). Ces magistrats mirent un zèle sanguioaire à l'exécution des édits. Nulle part peutêtre les chrétiens ne furent plus durement tourmentés.

Dans les provinces du Nord, « d'innombrables fidèles, dit Eusèbe, avec leurs femmes et leurs enfants, souffrirent pour la foi divers genres de mort : après les ongles de fer, le chevalet, la flagellation la plus cruelle, des tourments dont la seule description ferait horreur, les uns périssaient dans les flammes, d'autres étaient noyés dans la mer, ou tendaient joyeusement la tète au glaive du bourreau. Quelques-ims expiraient pendant la torture, ou succombaient à la faim. Il y en eut de crucifiés, tantôt selon le mode habituellement suivi pour les malfaiteurs, tantôt d'une manière plus atroce, cloués la tète en bas : on les laissait vivants sur le gibet jusqu'à ce que la faim les eût tués (3). »

monumentale relative à la sépulture de Cyprien d'Aotioche, voir les observations de M«' Duchesne, Bulletin critique, 1882, p. 249.

(1) Mommsen, Mémoire sur les provinces romaines, trad. Picot, p. 29, 31, 39.

(2) Le préfet d'Egypte, après avoir été lui-même pendant quelque temps sous les ordres du yicaire d'Orient, reçut plus tard des fonctions équivalentes à celles de vicaire du préfet de prétoire; voir Mommsen, /. c, p. 31, et Marquardt, Rôm. Slaatsv., t. l, p. 356.

(3) Eusèbe, HUt. EccL, Vlll, 8.

Avec quel soulagement, parmi tant d'horreurs, nous respirons comme une fleur anticipée de la chevalerie chrétienne dans cette touchante histoire de Didyme et de Théodora (1), qu'avait admirée le grand Corneille, mais que sa muse fatiguée fut impuissante à reproduire!

Une jeune fille d'Alexandrie, Théodora, est amenée devant le tribunal du préfet d'Egypte. « De quelle condition es-tu? » lui demande le juge. « Je suis chrétienne. — Es-tu libre ou esclave? — » Je te l'ai déjà dit, je suis chrétienne : en venant sur la terre le Christ m'a rendue libre; du reste, je suis née de parents nobles. » Le curateur de la cité, appelé par le juge, confirme les paroles de Théodora, et proclame la noblesse de sa famille. « Si tu es libre, dit brusquement le juge, pourquoi ne veux-tu pas te marier? — Pour l'amour du Christ : j'ai embrassé sa foi, je crois qu'il est bon de demeurer vierge. — Les empereurs ont ordonné que les vierges eussent à choisir, ou de sacrifier aux dieux, ou d'être vouées au déshonneur. » La réponse de Théodora est admirable : « Je pense, dit-elle, que tu n'ignores pas ceci : Dieu voit nos cœurs, et considère en nous

(1) Acta SS, Didymi et Theodorx, dans Ruinart, p. 427. Tillemoat {Mémoires, t. V, art. sur saint Didyme) porte de ces Actes le jugement suivant : « Le commencement et la fin (c'est-à'dire les interrogatoires de Théodora et de Didyme) sont extraits mot à mot des registres publics, et le reste est écrit avec beaucoup d'esprit et de piété. » Le P. Deiehaye est beaucoup moins favorable, et range la Passion de Didyme et de Théodora dans « la classe des romans d'imagination. » Les Légendes hagiographiques, p. 135.

une seule chose, la ferme volonté de demeurer chastes. Si donc tu me contraius à subir un outrage, je ne commettrai point de faute volontaire, je souffrirai violence. Je suis prêle à livrer mon corps, sur lequel pouvoir t'a été donné; mais Dieu seul a pouvoir sur mon àme. » C'est, dans une situation plus délicate, le même bon sens supérieur avec lequel d'autres martyrs répondaient aux juges qui avaient prétendu les souiller en les faisant participer de force aux viandes immolées. Après avoir été ramenée en prison, puis soumise à un second interrogatoire, Théodora entendit enfin l'affreuse sentence. La jeune fille, désormais « assimilée à une esclave (1), » fut conduite dans un lieu de débauche.

En franchissant ce seuil honteux, elle leva les yeux au ciel, et pria Dieu de la garder san$ tache. <c Une foule nombreuse assiégeait la porte, dit l'auteur des Actes; ils semblaient autant de loups affamés, se disputant à qui outragerait le premier la brebis de Dieu (2). » Théodora écoutait avec effroi « ce hennissement des cœurs lascifs, » comme parle Bossuet. Tout à coup la porte s'ouvre, un soldat entre. La vierge essaie de fuir : « elle fait en courant le tour de la cellule, tremblant, et se demandant si Jésus

(1) « Coegisti me injuriam Ubi facere, mulieri ingenaœ... sopplan- Uri te tanquam ancillam. )» Acta, 2.

(2) Cette image rappelle une fresqae de la calacombe de Prétextât représentant une brebis entre deux loups; sur la tète de la brebis est écrit SVSANNA, sur eelles des loups SENIORES. Perret, Catacombes de Borne, t. I, pi. LXXVIII.

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Tavait abandonnée. » Le soldat la rejoint; d'une voix douce et respectueuse, il lui dit : « Je ne suis pas ce que cet habit semble indiquer : je suis votre frère dans la foi et dans la volonté de servir Dieu. Si je suis entré ici avec le costume des serviteurs du démon, c'est afin de vous délivrer. Je suis venu pour chercher et sauver le trésor de mon Dieu, car vous êtes la servante fidèle et la colombe chérie de mon Seigneur. Échangeons nos habits, et sortez d'ici sous la garde de Dieu. Ne craignez rien; je n'ai point oublié la parole de l'apôtre : « Soyez comme moi. » . La jeune fille accepta l'échange ; les yeux baissés, le visage caché par un grand chapeau, elle sortit du lieu infâme (1). « Elle agitait ses ailes, disent les Actes, comme un petit oiseau délivré des serres du vautour. » Le généreux soldat resta seul, couvert du voile de la vierge, et assis à la place qu'elle avait sanctifiée par sa présence. Découvert et dénoncé, il paya de sa vie son dévouement : il mourut fier et joyeux, remerciant Jésus-Christ de l'avoir choisi pour sauver la pureté de sa servante (2j, et pouvant se rendre à lui-même le beau témoignage que Corneille a mis dans la bouche de son Didyme :

J'ai soustrait Théodore à leur rage insensée

(1) Au milieu du quatrième siècle, le moine Abraham usa d'un stratagème semblable pour pénétrer près de sa nièce Marie, derenue courtisane, qu'il retira du péché et convertit. On retrouTe les mêmes détails, le déguisement du moine en soldat, le grand chapeau. Tillemont, Mémoires, t. YII, p. 591.

(2) ActQj 6.

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Sans blesser sa padeur de la moindre pensée. Elle fait, et sans tache, où l'inspire son Dieu (1).

Les chrétiens ne se montrèrent pas seuls capables de beaux dévouements. Bien qu'il y eût parfois péril à marquer de la pitié pour les victimes, beaucoup de païens d'Alexandrie furent sensibles aux souffrances des fidèles et tinrent à honneur de les soulager. Saint Athanase, qui n'avait que cinq ou six ans en 30i, mais qui grandit parmi les survivants de la persécution et trouva dans sa famille les souvenirs encore précis de cette terrible époque, rend témoignage de ce zèle charitable, si méritoire chez des ennemis de la foi. « J'ai entendu raconter à mes parents, dit-il, qu'au temps où, sous Maximien, grand-père de Constance (2), commença la persécution, des païens dérobèrent nos frères chrétiens aux recherches de leurs ennemis, sacrifièrent même leurs biens ou affrontèrent la prison plutôt que de les trahir : ils accueillaient ceux des nôtres qui se réfugiaient chez eux, et s'exposaient pour les protéger (3). »

(1) Théodore, acte IV, scène v.

(2) Maxiinien Hercule, dont la fille avait épousé Constantin, et qui se trouvait par conséquent le grand-père de l'empereur Constance, sous lequel écrit Athanase. 11 est vrai que, lors delà persécution de 304, TEgypte appartenait à Dioctétien, et qu'elle ne fut jamais gouvernée par Maximien Hercule; mais Athanase, poursuivi lui-même par Constance, fauteur déclaré de l'arlanisme, ne se refuse pas le plaisir de rappeler que l'empereur arien était le petit-fils d'un persécuteur.

(3) 'Eyà) yoCv Yjxoucra twv icxTÉpcov xai icktxov ifiyoufiot tàv éxsîvcov Xoyov, oit To Tcpûtov, ôxe ylyove xai iiiï MaÇijiiavcô xài 7iàiiîr(j> Koivtrcavxou ôiwytxôç, 'EXXrjveç ixsuwTov xoù; à5eXçoùç r^\LÎày xoù; '/pi(TXicfiO\ii Çijtov- (livov;, xat KoXXàxi; àTccoXevav aOrol xf^ji-axa SeapKoTripîcDv xe êneipâcyôr,.

On aime à recueillir de tels traits, qui font honneur à la nature humaine, et montrent le peuple se détachant de plus en plus de la cause mauvaise que ses chefs croyaient servir par des cruautés sans mesure. Entre toutes les parties de TOrient, l'Egypte méridionale est celle où ces cruautés semblent inspirées par rimagination la plus infernale, a Dans la Thébalde, nous apprend Eusèbe, les souffrances des martyrs dépassèrent encore ce qu'elles avaient été ailleurs. Quelquefois ils étaient déchirés jusqu'à la mort, non par des ongles de fer, mais au moyen de poteries brisées (1). On vit l'ignoble et cruel spectacle de femmes attachées par un pied, la tête en bas, sans vêtements et soulevées en l'air par des machines. Des hommes eurent les jambes liées à de fortes branches d'arbres, qu'on rapprochait l'une de l'autre au moyen de poulies, puis qu'on séparait violemment, de manière que, reprenant leur première position, elles déchiraient en deux les corps des martyrs (2). Tout cela se fit, non pendant quelques

aav, iva piovov twv çeuyôvTdiv pn^ yivfaivTat icpodâtac wç yàp êauTOÙ; èçuXatTov ToO; TcpoajsûyovTa; xal xivSuveveiv irpà avrtiv é^ouXeuovTO. Saint AUianase, Ad solit. vitam agenles,

(1) *0(rtç6iiMii. Ce mot veut dire à la fois coquilles et tessoos de pots. Valois traduit par acutis testis. Ce sens me parait le meilleur, à cause des exemples que nous avons déjà rencontrés de martyrs écorcbés avec des tessons de poteries.

(2) Si l'on en croit Socrate (HisL EccL, IV, 5), ce supplice fut renouvelé en 366 sous Valens, qui fit attacher le tyran Procope à deux arbres qu'on avait rapprochés l'un de l'autre, et qui, séparés ensuite, le déchirèrent en se redressant tout à coup (Ammien Harcellin, XXVI, 9, dit au contraire que Procope fut décapité).

jours OU quelques mois, mais durant plusieurs années. Tantôt dix victimes et davantage, quelquefois vingt, une autre fois non moins de trente, tantôt près de soixante, souvent même jusqu'à cent dans un seul jour, hommes, femmes et enfants, périssaient au milieu des supplices les plus variés (1). » Ceux qu'on épargnait étaient envoyés, sans distinction d'âge ni de sexe, aux carrières de porphyre, si célèbres dans la province (2), ou condamnés à la relégation (3).

(1) Eusèbe, NUL Eccl., VIU, 9, 1-3.

(2) Ibid., 8, 1. Les carrières de porphyre étaient situées sur le plateau qui domine Myos Hormos, près de la mer Rouge; Moromsen, Rômische Geschichte, t. V, p. 676.

(3) Un papyrus trouvé à Kysis (Dûoch-el-Kala), extrémité sud de la grande Oasis, parle probablement d'une chrétienne condamnée à la relégation. « Le prêtre Psenosiris au prêtre Apollon, son frère bienaimé dans le Seigneur, salut. Ayant tout, je vous salue beaucoup, TOUS et tous les frères en Dieu, qui sont auprès de vous. Je veux TOUS faire savoir, frères, que les fossoyeurs ont amené ici, dans l'inlérieur, Politikè, envoyée dans l'Oasis par l'adminisl ration. Je l'ai coniiée à la garde d'hommes bons et fidèles, pris parmi les fossoyeurs eux-mêmes, jusqu'à l'arrivée de son fils Nilos. Et lorsqu'il viendra, avec l'aide de Dieu, il vous informera de ce qu'ils ont fait pour elle. Faites-nous savoir de votre côté ce que vous désirez ici, je le ferai volonUers. Portez-vous bien, je vous le souhaite en Dieu. — A Apollon, prêtre, de la part de Psenosiris, prêtre, dans le Seigneur. » L'envoi dans rOasls était un des modes de relégation pratiqués en Egypte : « Est quoddam genus quasi in insulam relegationis in provincia Aegypto in Oasim relegare » (Digeste, XLVIII, xxii, 7). 11 est vraisemblablement question ici d'une chrétienne condamnée à la relégation dans l'Oasis : le prêtre du lieu de son exil donne de ses nouvelles à un prêtre qui s'intéressait à elle, probablement à celui de son pays d'origine. Elle avait été remise à la surveillance de la corporation des fossoyeurs, vexpotà^ot : Psenosiris l'a recommandée à a des hommes bons et fidèles » de cette corporation,. toT< xaXoTc xal 'kktxoXç éÇ aÙTûv Tûv vexpoxdlfcov, c'est-à-dire à des chrétiens qui en faisaient partie. Il y a encore bien des obscurités dans ce texte, mais le sens que nous

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Le gouverneur de la Thébaïde était probablement alors Arien ou Arrien (1), souvent nommé dans les Acfes des martyrs. On lui attribue le supplice de cinq cent quarante-six fidèles, convertis par Tanachorète Paphnuce (2), et la condamnation de celui-ci, mort sur la croix (3). Arrien parait encore dans Thistoire de Timothée et de sa femme Maura (4.), naïve et charmante comme un récit de Joinville.

Timothée appartenait aux ordres inférieurs du clergé : il était lecteur. Traduit devant le tribunal comme chrétien, il confesse sa foi, et subit courageusement la torture. « C'est un nouveau marié, dit un soldat au président ; il y a vingt jours à peine qu'il a célébré ses noces ; sa femme est jeune. » Arrien

indiquons parait le plus probable. Voir Deissmann, Ein originaldokument aus der Diode tiçinischen Chris tenverfolgungefty Tabingoe et Leipzig, 1902 ; Pio Franchi de' Cayalieri, Una leitera del tiempo délia persecuzione Diocleziana, dans Nuovo Bull, di arch. crisi., 1902, p. 15-25. La traduction que nous donnons est empruntée aux Analecta Bollandiana, t. XXII, 1903, p. 209. Aucun mot dans le document ne fait allusion à la persécution de Dioclétien, mais l'existence de communautés chrétiennes bien constituées jusque dans ce point extrême de l'Oasis (voir sur la carte Y d'Harnack, Die Mission, etc., t. II, la position exacte de Kysis) paraît convenir mieux à cette époque qu'à une persécution antérieure, par exemple celle de Valérien, qui vit aussi des chrétiennes d'Égjpte condamnées à la relégation.

(1) Ruûn, Vitx Patrum, 19.

(2) Surins, Vitx SS., t. IV, p. 342.

(3) Ibid,; cf. Acta SS., septembre, t. VI, p. 682. Les Actes de saint Paphnuce racontent qu'Arrien l'envoya à Dioclétien pour être crucifié, ce qui n'est pas croyable; les Menées se contentent, avec plus de raison, de dire qu'il fut crucifié. Elles mettent au 25 septembre son martyre, placé par les Actes au 28 avril.

(4) Acta SS. Timothei et Maurx, dans Acta SS., mai, 1. 1, p. 376.

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fait venir celle-ci, lui orâonDe de se vêtir de sa plus belle robe, et l'envoie, ainsi parée, visiter son mari dans la prison. Comme elle lui conseillait de se soumettre, Timothée, voulant cacher ou combattre Fémotion que lui causent la vue de Tépousc, le parfum de ses vêtements, la reprend avec dureté. La naïve jeune femme lui répond : « Mon frère Timothée, pourquoi me charges-tu ainsi d'injures, sans que je t'aie offensé? Nous sommes mariés depuis vingt jours à peine, tu n*as pas encore eu le temps de me connaître : moi, de mon côté, je ne connais pas encore toutes les dépendances de ta maison... Aujourd'hui, te voyant souffrir, je suis pénétrée d'affliction, et, je te l'avoue, j'ai peur d'être veuve, moi si jeune... Peut-être as-tu été conduit en prison sur la poursuite d'un créancier, et, dans ton désespoir, veux-tu mourir. Courage, mon frère, lève-toi, allons à la maison, vendons nos meubles pour payer tes dettes. Peut-être as-tu été saisi par les licteurs à cause de l'impôt que tu ne peux acquitter : j'ai là mes parures de noces, prends-les, va les vendre. » La surprise de Maura s'explique aisément ; on avait déjà vu des chrétiens se faire volontairement arrêter, afin d'échapper aux poursuites de leurs créanciers (1); mais surtout daus ces régions égyptiennes, où l'on tenait à honneur de ne pas payer l'impôt (2), l'em-

(1) Saint Aagnstin, Brev, coll. cum donat, HI; voir pluA haut, p. 202.

(2) Ammien MarceUhi, XXIT, 16.

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370 LE QUATRIÈBfE ÉDIT EN ORIENT (304).

prisonnement et les plus cruelles tortures, subis avec un surprenant stoïcisme (1)^ étaient souvent le lot des contribuables (2). Maura dit encore : « Mon frère Timotbée, si je te cherche après cela, où te trouverai-je? Lorsque viendra le dimanche, qui est-ce qui fera la lecture des saints Livres? — Maura, répondit le martyr, viens avec moi confesser ta foi et recevoir la couronne. — Hélas I dit Maura, je désirais vivement être avec toi, mais je sentais de mauvaises pensées dans mon cœur. Tes paroles y font rentrer le Saint-Esprit. — Va trouver le président, reprend Timothée, et lui reprocher le honteux rôle qu'il a voulu te faire jouer. — J'ai peur, mon frère Timothée : si j'allais manquer de courage ! je suis si jeune! je n'ai que dix-sept ans. — Espère en Notre-Seigneur Jésus-Christ, » répond Timothée; et, levant les yeux au ciel, il s'écrie : « Seigneur, jetez les yeux sur votre servante Maura, et, après nous avoir unis dans le mariage, ne nous séparez pas dans le combat. » La prière fut exaucée : la tremblante jeune femme n'eut plus peur : elle supporta les plus cruels tourments ; elle eut de ces railleries héroïques qui piquaient si fort les bourreaux. Les deux époux furent, l'un en face de l'autre, attachés à des croix pour y mourir de faim, comme les martyrs égyptiens dont parle Eusèbe.

(1) Ibid,

(2) Cf. Lactance, De mort, pers.^ 31; Code Théodosien, XI, ru, 3. Voir Cmnptes rendus de l'Académie des inscriptions, 1880, p. 8f, et Edmond Le Blant, I^s Actes des martyrs, p. 107-108.

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On dit qu'ils y restèrent neuf jours avant d'expirer, s'exhortant mutuellement à la constance (1). Maura conjurait son mari de ne point céder au sommeil. « Veillons, disait-elle, de peur que le Seigneur, nous surprenant endormis, ne s'irrite contre nous; veillons donc et demeurons en prière, afin qu'il nous trouve sans cesse dans son attente et que l'ennemi ne vienne pas nous assaillir jusque sur la croix... Réveille-toi, mon frère, réveille-toi, car j'ai vu devant moi, comme dans une extase, un homme tenant un vase rempli de lait et de miel, et cet homme me dit : « Prends et bois. » Je lui répondis : « Qui es-tu? « — Un ange de Dieu, » reprit-il, et je répliquai : (( Lève-toi donc et prions. » Il poursuivit : « Je suis « venu plein de pitié pour toi, car tu as veillé jusqu'à « la neuvième heure et tu as faim. » Et je répondis : « Qui te fait parler ainsi et pourquoi t'émeus-tu de « ma constance et de mon jeûne? Ne sais-tu pas qu'à « ceux qui l'invoquent Dieu accorde même l'impos- « sible? » Et comme je me mettais en prière il se détourna de moi; je reconnus une ruse de l'ennemi qui voulait nous attaquer jusque sur la croix, et le démon s'évanouit aussitôt. Un autre apparut et me mena sur le bord d'un fleuve de lait et de miel, en

(1) Voir dans Plutarque, Periclès, 28, l'histoire des triérarqoes de Samos attachés à des poteaux (aavi8s<) et y TÎTant dix Jours : le dixième jour, on les acheTa à coups de massue. 11 semble que le plus souTent, en Egypte, on liait les condamnés à la croix, on ne les y clouait pas; ce qui explique leur longue surrie. Nuovo Bull, di arch, cristf 1907, p. 82-84.

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me disant : « Bois. » Et je répondis : « Je te l'ai déjà « dit, je ne prendrai ni eau, ni toute autre boisson « avant d'avoir goûté le breuvage du Christ que me « prépare la mort pour mon salut et Timmortalité a de la vie étemelle. » Il se mit à boire; à Tinstant le fleuve se transforma et le démon disparut (I). » Les paroles que la tradition prête à l'héroïque jeune femme n'ont pu être écrites qu'à une époque où l'on n'avait pas oublié les effets physiologiques du crucifiement, aboli avant la fin du règne de Constantin. Ce sommeil d'épuisement contre lequel luttent les crucifiés, ces visions de boissons douces et fraîches passant devant l'esprit de malheureux dévorés par la soif ardente qui arracha à Notre-Seigneur luimême un cri d'angoisse (1), sont, parait-ii, des faits d'expérience en ces pays de l'Orient où le supplice de la croix existe encore (3).

Dans cette universelle terreur, les fidèles, en bien des provinces, quittaient leurs maisons et se réfugiaient daus la solitude, comme nous l'avons vu faire dès l'année précédente à ceux de Galatie Le Pont est une des régions où cette fuite est signalée avec quelque détail. La persécution y était horrible. Les magistrats semblaient occupés à inventer tous les jours de nouveaux supplices. Roseaux enfoncés sous les on-

(1) Àcta, 16, 17.

(2) At4i6, HUo. Saint Jean, XIX, 28.

(8) Voir Revue germanique, 1864, t. XXX, p. 368; Dictionnaire des sciences médicales, 1821, t. Ll, art. Soif; cilés par Edmond Le Blant, Les Actes des martyrs, p. 243-244.

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LES MARTYRS DE LA SYRIE, DE LA PflÉNiaB, ETC. 373

gles, plomb liquide versé sur le dos, entrailles déchirées, tels étaient les tourments dans lesquels mouraient les chrétiens (1). Parmi ceux qui cherchèrent leur salut dans la fuite, furent le grand-père et la grand'mère paternels de saint Basile et de saint Grégoire de Nysse. Ces époux chrétiens ( nous connaissons seulement le nom de la femme, Hacrina) vivaient à Néocésarée, attentifs à recueillir les traditions laissées par Tapôtre de la province, Grégoire le Thaumaturge (2). Quand ils se virent menacés, ils abandonnèrent la ville et, avec quelques serviteurs, s'enfoncèrent dans les bois épais qui couvrent les montagnes du Pont. Ils vécurent dans d'inaccessibles retraites pendant sept années, confiants en la Providence, qui, aux heures d'extrême détresse, faisait passer à portée de leurs flèches quelque cerf de la forêt, dont la chair les nourrissait (3).

D'autres fugitifs poussèrent plus loin, et ne se crurent en sûreté qu'après avoir franchi les limites de l'Empire. La Perse, TArménie, les déserts de l'Arabie reçurent des chrétiens persécutés. Dans certains de ces pays, animés contre Rome de haines séculaires, le fait d'être proscrits par elle assurait un bon ac-

(1) Eusèbe, BUL EccL, VIII, 12, 6.

(2) Saint Baftile, Ep. 204, C. Voir Saint Basile, p. 2-3.

(3) Saint Grégoire de Nazianze, ùratio XLIII, 5-8. Saint Grégoire semble attribuer ces faits A la persécution de Maximin Daia, et non à celle de Galère. Mais TiUemont me paraît avoir démontré, par le rapprochement des dates, qu'ils ne peuvent s'être passés que sous celle de Galère; Mémoires, t. IX, note m et iv sur saint Basile.

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cueil aux émigrants. Les Barbares, ou les peuples de civilisation différente auxquels Torg^eil romain donnait ce nom, tinrent à honneur de les traiter généreusement et d'accorder à leur culte une entière liberté (1).

(1) Eusèbe, De vita ConttanHni, II, 53.

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