LA PERSÉCUTION DANS SES TRAITS PRINCIPAUX
« Notre témoignage, dit le saint, en cherchant à déterminer le
> caractère de la lutte qu'il soutenait si valeureusement, notre témoi-
> gnage est beaucoup plus manifcsle que ceux des âges prêccdonts.
> Car il ne s'agit plus des natures, des volontés ou des autres ques-
> lions controversées dans la personne du Sauveur, dont l'erreur » n'est que dans l'inlelligence, sans se traduire dans aucun objet
> sensible. Car maintenant, en môme temps que l'intelligence, les
> j^eux sont juges de la discussion et de Timpiélé. Nos adversaires,
> en eiïoL non seulement pensent a lorl et anirmcnt ([u'il ne faut pas » représenler le Clirist aussi bien quesa Mère ou ({uelqucautre saint; » mais môme ils en font disparailre les dessins, en prétendant que » ses traits divins sont l'égarement et la perle des âmes. » Il signale ailleurs Thérésie tzucaliqueou centucladique comme diamétralement opposée à l'erreur iconoclaste, expliquant en môme temps que l'image de Noire-Seigneur et des Saints ne reçoit pas un culle de latrie. Pour lui, participer aux mj^slères des hérétiques est la môme chose qu'ôlre en communion avec eux •.
Quant aux fails généraux de la persécution, le saint en a jeté çà et là les traits les plus saillants. En les réunissant, on a une vue d'ensemble plus complète et en môme temps plus Adèle que beaucoup d'autres récits.
Au début, la persécution ne fut pointsanglante, au moins en public, par ce calcul de no pas rehausser de l'auréole du martyre ceux qu'on poursuivait; mais on n'en menaçait pas moins ceux qui soutenaient les moines poursuivis. Au reste, les défections furent lamentables. A Conslantinople, tous les prêtres et les clercs des ordres mineurs cédèrent aux circonstances, hormis le clerc Grégoire, qui fut relégué dans une fie. Presque tous les abbés et les moines de la ville et des faubourgs, avec les religieuses et les chanoinesses, abandonnèrent la foi orthodoxe. Sont pourtant cités, parmi les abbés fldèles, ceux de
ï Maï, 279, p. 227 ; — Sirinond, II, 151, 161, 167 ; ir>t.
Calhara, de Picridius, de Paulopélrius, d'Agrau, de Delmate et de Pélécète».
La plupart des abbés s'honorèrent d'abord par quelque résistance ; et même celui des Céramëes, après un instant de défection, renouvela lalutte contre rhérésie. «Les divins autels sont profanés ; l'enlève-
> ment des images vénérées a fait perdre aux temples saints tout » leur éclat. Presque toutes les dmcs fixiblissont et donnent aux impics » des attestations d'hérésie. Il en est peu qui résistent, et ceux-là
> passent par le feu des afflictions. En Ire les évoques, ceux deSmyrne » et de Cherson sont tombés ; parmi les abbés, ceux de Chrysople, » de Dios et de Chara, avec presque tous ceux de la capitale. Kn » Rithynio, grâce à Dieu, on résiste. Personne chez les hxïquos n'est
> demeuré ferme, sauf Peximénile, qui a été fouetté, puis banni. Un » seul des clercs estcilé, l'admirable Grégoire; mais il y a jusqu'à six » abbesses détenues dans les monastères. » Le saint ajoute ailleurs, à deux reprises, mais sans détails malheureusement, que ces moines luttent courageusement. « Ceux qui refusent d'obéir, les iconoclastes les mettent en prison, les frappent, les étouflfent, les accablent, les tourmentent, les exilent, les enchaînent, et inventent contre eux toute sorte de mauvais traitements. » El lorsque Urégoire était encore le seul membre du clergé de la capitale que la persécution eût atteint, leStuditelui écrit : < Où est l'assemblée des prêtres? Où sont les » ordres moindres? ruine! Ils sont devenus des hommes de ce » temps I > Et dans sa lettre précédente il demande encore : < Reste-
> t-il à Byzance quelques lueurs d'orthodoxie? Ou tous ont-ils fléchi,
> et sont-ils devenus en môme temps des hommes inutiles ? » En présence de l'audace des persécuteurs, Théodore s'écrie : « Qu'arrivera-
> t-il de nous, si ayant pour roi le maître de toutes choses, nous » n'osons pas môme parler en secret aux hommes de môme foi 1 Aussi
> est-il dit par manière de grand reproche: La bouche des hommes » pieux garde le silence. (Cependant on nous ordonne de fuir la » tentation: il faut donc prendre un moyen terme. Et si, après cela, » la persécution nous atleint, bienheureux serons-nous. > Malgré cette sage réserve, la constance du Studite exaspéra tellement le gouvernement impérial que, dans une de ses phases, la persécution tomba exclusivement sur ses moines^.
• Maï, 87, 117, 91, 127, IG5, 188.
3 Mal, 2, 3, n, 15, ICi, 72 ; IH, UO, 63, 121.
Néanmoins, la forlé orgariisalion .do son beau monaslerc résista très bien aux fureurs du deSpolismo b3'^zanlin. Fax règle générale, les moines jetés bors de Slude ne vivaient pas isolés les uns des autres, € ce qui n'eût été, remarque leur abbé, ni saint ni sans danger. » Un groupe de frères put même se réunir sous la conduite du frère Pbilippe, cboisi pour cette fonction par deux dignitaires, et approuvé par le saint. Les rapports entre les moines furent môme encore assez suivis pour que, à la demande de l'économe, le frère Eleutbëre, cordonnier, pourvût à la cbaussure de la communauté '.
Jusqu'ici nous avons vu surtout la condition des personnes. Voici maintenant la situation matérielle. On ne seira pas surpris d'y voir reproduites les répétitions, si naturelles dans une correspondance étendue : elles témoignent à merveille des calamités les plus sensibles. « Déjà tous les autels ont été souillés ; tous les édifices sacrés le » sont à leur tour. Toutes les réunions suivent Tbérésie. Notre temps » diiïère il peine du paganisme. — Autels souillés, églises ravagées. » — De la vient la détention du patriarcbe, l'exil et la déportation des » arcbevôques et des prêtres, les entraves et les cbàînes de fer des » religieux et des religieuses, leurs tortures et enfin leur mort. » parole afl'reusé ! La vénérable image du Dieu Sauveur, que les
> démons mômes redoutent, est couverte dinsultes et tournée
> en dérision , non bôulcmcnt dans la ville impériale , nuiis » encore par toute la contrée et dans toute bourgade. Les autels sont » détruits, les sanctuaires déslionorésjes clioses saintes profanées. » Ceux qui demeurent fidèles à l'Évangile ont versé leur sang, et le » versent encore ; et ceux qui restent sont poursuivis et exilés. » Tels sont les termes de la lettre au Souverain Pontife Pascal P'. Mettons en regard un fragment de la missive au patriarcbe d'Alexandrie :
« Les autels ont été sapés, les sanctuaires du Seigneur anéantiSf » et dans les maisons, et en général, et dans les appartements des » bommes et des femmes, les anciens comme les nouveaux. Spectacle » lamentable de voir ainsi les églises de Dieu dépouillées dé leur
> parure propre et demeurer défigurées. . . L'Arabe qui vous opprime » eût peut-ôtre agi avec plus de retenue. . . Les évoques et les prêtres, » les moines et les séculiers, tout sexe et tout Age, ont les tti>s fait y naufrage dans la foi, les autres, dont la pensée n'est pas encore-
I Maï, 157, 153, 138. .
» au fond de l'abîme, à moitié participé à la communion hérétique, » par crainte de la mort corporelle. Il en existe qin n'ont pas fléchi
> le genou devant Baal : d'abord, le premier de tous, notre Chef » sacré, puis les évoques et les prêtres du Seigneur, les moines et les » religieuses. Les uns ont éprouvé les insultes et les fustigations, les
> autres les liens et la prison, ne recevantqu'un peu de pain et d'eau. » Il y en a eu de relégués par le bannissement, de réduits A vivre
> dans les déserts, sur les montagnes, dans des cavernes et des
> grottes de la terre. Plusieurs, après avoir été fouettés, s'en sont » allés vers le Seigneur, comme des martyrs ; quelques autres, mis
> dans des sacs, ont été, durant l'obscurité, précipités à la mer,
> comme on Tu su de ceux qui Tavaient vu. Qu'y a-t-il encore? On » anatliématise les Saints Pères, on exalte les impies, les enfants » apprennent la doctrine de l'impiété, dont le volume est donné à » leurs maîtres. Plus de refuge pour le corps sur le globe. On ne peut » proférer une parole pieuse : car on est surveillé de près. Il faut que » l'homme se déde de sa femme. I^es dclatours et les rédacteurs de
> rapports sont payés tout exprès pour cela par le pouvoir, afin do » noter où et en quoi on ne parle pas selon le bon plaisir de Sa » Majesté, on ne participe point à l'impiété. On possède quelque » livre parlant des images, ou quelque image elle-môme; on a » accueilli un fugitif, ou on a servi ceux qui sont captifs pour Dieu: » est-on surpris ? Aussitôt on est enlevé, flagellé, banni : de hl des » maîtres qui se jettent aux pieds do leurs esclaves par crainte de la » délation *. » -
L'odieux du tableau s'achève par les faits que fournit d'abord la lettre au patriarche de Jérusalem : « L'empereur poursuit, dans
> leurs représentations , le Christ , sa Mère et ses serviteurs ; » partout oïl il les trouve, il les détruit et les brûle. De hl, les » autels ruinés, les saints lieux flétris, les vases sacrés consumés; » et il n'existe aucune partie de son empire ([ui demeure â lahri
> de ces ravages. Bien plus, s il se trouve quelqu'un qui ait » caché une vénérable image ou des tablettes qui portent quel- » que chose d'écrit à ce sujet, aussitôt on est arrêté, déchiré i\
> coups de fouet, et l'on endure toute sorte d'autres souffrances. De
> là Teffroi, l'épouvante et la stupeur pour tout homme; en sorte
> que le frère maudit son frère, et que Tami se détourne de son ami.
» Maï, 121 ; - Slrmoml, II, 4, \% M.
» Un synode a confirmé la suprême impiété du synode précédent et » frappé d'anathëme le concile orthodoxe. Les prêtres ont perdu
> Tesprit et n'ont point reclierchô le Seigneur ; à fort peu d'exceptions » près, composées d'évôques et de prêtres, de moines et de religieuses, » et par la grâce de Dieu, de Tarchevôque, notre chef suprême. Parmi » eux, les uns ont été fouettés, d'autres bannis, d'autres emprisonnés. » Quelques-uns, à la suite de ces ch&timents, sont sortis de ce monde,
> après avoir remporté la couronne du combat. . . On nous enlève, » dit-il un peu plus loin, les cantiques qu'une antique tradition nous
> a laisses, oii se chante quoique chose sur les images. Kt on chante
> en échange les nouveaux dogmes impies exposés en public ; il y en
> a d'autres que les maîtres trcinsmettent aux enfants *. »
« Les saints autels ont été souillés, mande le saint aux moines de
> saint Sabas, les temples du Seigneur flétris, offrant un objet do » deuil à qui les contemple en toute ville et région de celte obéissance,
> cl dépouillés de rornenicnl qui leur est propre, de la divine beauté.
> Les vases sacrés sont fondus, les vêtements sacrés livrés au feu, » avec les dessins sur les tableaux et les livres où se lit quelque chose » sur les images. Le grand m^'stère de l'Incarnation est tourné en » ridicule. II en résulte des perquisitions et des enquêtes, et par » individu et par demeure, des terreurs et des menaces, pour ne
> laisser hors de la saisie dos hcréli(|uos aucune image, et bien » moins encore toute sorlc d'image. Les prêtres s'écartent de la loi ; » les moines cosscnt de l'être par leurs violences contre leurs frères. » Les disciples s'élèvent contre leurs maîtres, et . obtiennent le » supériorat comme prix de leur défection. Quiconque se distingue » par ses fureurs contre le Christ, se rend ainsi digne de plus d'hon- » neurs ; pour ceux qui résistent, les fouets, les liens, les prisons,
> les tortures de la faim, l'exil, la mort. Le sacerdoce n'est point » respecte parles impies, la vieillesse n'est point pour eux un objet » de pitié, non plus que la pratique de la piété, ou ce qui d'ordinaire » mérite la compassion. 11 n'y a qu'une loi : la volonté du prince; un » souci : y contraindre tout le monde. Les déserts sont peuplés de
> ceux qui ont fui ; les rochers et les cavernes de ceux qui s'y sont » réfugiés -. »
' Enfin, voici ce qu'il mande à la laure de saint Chariton : < On
1 Slrmond, II, 15. Palrol.y XCIX, 1161, Cj 1104, U. B Sirmoncl II, IG. Ibid, 11G5, D.
.'» exigé par écrit des atteBlaliôns d*impiété ; la participation à là
> comràunion impie est l'objet de grandes recherches et enquôlcs, » de façon à ce qu'aucun homme ne puisse s*en préserver. Car il faut
> de deux choses Tune : ou adorer une image d'or (sans doute le
> veau d'or, désignation méprisante de la puissance impériale), ou se .» soumettre à la flamme cruelle des tortures. Et d'ailleurs, ceux qui » n'ont pas fléchi sont aisés A compter... Quiconque est surpris
> cachant un seul fidèle, court un grand risque ; et encore quiconque,
> même en secret, fuit la communion détestable, ou garde une image
> ou un livre qui en traite. La bouche des liommes qui ont des senti-
> ments de piété est réduite au silence; la langue blasphématrice a
> toute liberté. C'est maintenant, dit-elle, qu'on a fait disparaître
> les abominations du 'polythéisme païen, qu'on a purifié V Église,
> qu'a brillé la lumière aux yeux des chrétiens, retenus dans les
> ténèbres de l'ignorance K »
. Chaque jour, on entendait dire : l'un vient d'être arrêté, l'autre d'être jeté en prison; cette religieuse a été flagellée, cette autre bannie, c Une partie des liérétiqucs brise, sape, brûle tout sanctuaire » do Dieu, toute construction votive où se rencontre quelque image
> pieuse. — On a relégué, on a amené, on a entraîné de force. Qui » pourra raconter les chaînes de fer, les tourments de la faim, la » réclusion î — Les offrandes sacrées ont été livrées aux flammes ; » en un mot, tout a été rempli de clameurs et de pillage. » Bien des gens et aussi des amis de saint Théodore évitaient môme de le saluer. Le Studite remarque que Dieu a permis la dispersion causée par la persécution, pour illuminer des lumières de la foi beaucoup d'hommes qui n'y étaient pas encore initiés *.
Les déserts et les cavernes sont pleins de confesseurs de la foi ; les montagnes et les vallées en sont remplies; mais ils n'y sont pas à l'abri des persécutions. Les chairs sont hachées par les fouets, le sang coule; notre pays retentit du bruit de la persécution^.
Léon l'Arménien (813-820) étendit ses recherches sur coux qui n'étaient pas ses sujets, les saisit, les tua, les extermina. Son traitement le plus doux fut de les jeter en prison, après les avoir cruellement flagellés. Quelques-uns néanmoins^ TabbéEustratc entre autres;
I Sirmond, II, 17; Pd/ro/., 1172, A.
« Sirmond, II, C7, 81, 203, 201 ; - Mai, 3, 177, 181.
» Siqnond, II, 89; - Mai, 291.
se vaiilaienl (l'avoir conservé leurs églises et leurs images, et d'ôlre restés en communion avec le patriarche. Le saint, remarquant qu'aucun de ceux qui ont hardiment conressé la foi, n a évité la prison ou du moins l'exil, conclut de ces avantages qu'ils ont vraiment trahi la honne cause. La mort de cet empereur ne Ht pas cesser tout d'un coup la persécution; aussi ne put-on faire les quôles accoulumées. Toutefois, Théodore trouva moyen d'envoyer de Targent à TÉglise de Jérusalem. Enfin, l'avènement de Michel le Bègue (820) amena un ralentissement de la perséculion < dans toutes les provinces et toutes les villes. » Le saint, « au su de rompcreur, » est auprès de Constanlinople, visite ses moines et en est visité '.
1 Sirmond, II, lOG, 121,90.
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