MESURES PRISES CONTRE LES HÉRÉTIQUES
La tourmente qui ébranla si profondément l'Église d'Orient provoqua dans la discipline ecclésiastique un certain nombre de mesures d'exception qui no sont pas l'épisode lo moins curieux de riiistoire byzantine au ix« siècle.
Un évoque qui, après être tombé dans rbérésic, se repentait, ne pouvait être admis à la communion s'il conservait son siège.
D'après une règle déjA en vigueur, les prêtres qui s'étaient engagés dans l'hérésie, étaient suspens à vie, à moins qu'intervînt une décision canonique contraire, solennellement rendue, et sauf urgence grave. Le patriarche ne leur permettait môme pas de bénir solennellement la table. Celui qui donnait sa signature aux iconoclastes, était interdit et devait fniro pénitence, jusqu'Ace qu'un synode l'eiU réhabilité : s'il a communié chez eux, il sera un an ou deux privé de la communion. Le prôtre qui avait communiqué avec les hérétiques pouvait, en cas de nécessité seulement, « baptiser, enterrer, donner
> l'habit monastique, dire l'évangile au chœur pendant les matines,
> fîiire la bénédiction solennelle de l'eau A l'Epiphanie et donner les » sacrements consacrés par un prôlre fidèle. » Le saint îivoue que ce n'est lA que son avis personnel. Comme il n'a point élé rendu de décision épiscopale A laquelle tout le monde doive se soumettre; si d'autres ecclésiastiques, égaux ou supérieurs en dignité, en décident autrement, Théodore ne réclamera pas. Son sentiment n'en fut pas moins adopté par les confesseurs de la foi, les archiprôtres et les al)bés. Enfin, manger avec les hérétiques était pour les prêtres un motif de suspense; et ils ne pouvaient s'asseoir A la table des orthodoxes ni reprendre les fonctions sacrées, sans une pénitence de deux ou trois carêmes *.
Tant qu'aux moines, ceux qui, étant devenus inoclastes, s'étaient ensuite repentis, demeuraient privés de la communion jusqu'au rétablissement de la paix : que si elle tarde A se rétablir, un synode y
i Sirmoml, II, m», CO, r.'>, Wl, 20?, ?15j - Moï, ÎWI.
pourvoira Certains moines fréqucnlaient indifféremment les premiers venus, mangeaient ou priaient avec eux : ces religieux n'étaient plus ensuite admis il la table et A, Tomce do leur communaulé. Kufin, les apostats repentants pouvaient bénir la table en particulier et même en public '.
Le lecteur, devenu iconoclaste, ne pouvait pas plus que le prjtre exercer ses fonctions avant la tenue du concile. Théodore veut en outre qu'il soit bien arrêté qu'on n'entretiendra aucun rapport avec ceux qui auront donné leur nom h Thérésie. On pouvait enfin prier pour un déserteur de la foi orthodoxe qui s'était repenti à l'heure de la mort; mais non pas pour celui qui n'avait alors reçu que les sacrements des hérétiques '.
Quant aux églises, on ne pouvait naturellement enlrer dans celles des hérétiques. Et celles dont les catholiques se ressaisisr:e;it, après que les iconoclastes y ont fait leurs offrandes, ne sauraient servir au culte orthodoxe sans la permission de l'évéque. Il n'éUiit pas permis davantage aux catholiques de célébrer dans une chapelle non encore livrée au culle, mais faisant partie d'une église possédée par les hérétiques. Défense pareillement d*entrer dans les cimetières occupés par les iconoclastes, môme lorsqu'il s'y trouvait des corps saints, si ce n'est par nécessité, et uniquement pour vénérer leurs reliques'.
\ai porsécnlion autorisa les simples prêtre.-?, cl mémo â leur défaut les moines, à imposer la pénitence. Les prêtres ordonnés à Rome, à Naplos ou en TiOmbardie (ciiricîux témoignagcî do la fréciuencc des relations entre ces régions éloignées), sans proclamation (àxnpuxtfov) et qui n'étaient attachés à aucun diocèse, pouvaient être accueillis, à cause de la difflcuUé de ces temps de persécution, sauf le cas d'une condamnation manifeste. Cette décision s'applique aux prêtres ordonnés en Sicile*.
Terminons ces généralités par un détail qui rappelle que le faïatisme bj'zantin a toujours eu quelque chose de spécialement odieu.K. On ne s'y contenta pas en effet de tourmenter physiquement les fidèles, on les faisait encore communier de force. Plusieurs textes de notre saint concernent cette monstruosité, d'où résultaient d'affreuses
1 Sirmond, II, 11, 115; 139.
» /(/., 101, 197; — Maï,C5.
* Simion<l, ÎI, 215,
profanations. < La parlicipalion est involontaire, dit-il, si on ouvre de » force la bouche d'un catholique et qu'on y verse la communion > hérétique, ce qu'ont fait les hérétiques anciens et ce que font, à ce » que j'ai ouï dire, les ennemis actuels du Christ. > Il y en avait qui rejetaient en secret Thoslie des iconoclastes. Théodore leur applique ces paroles : Ils ont aimé la gloire des hommes j)lits que celle de Dieu '.
I Sirmond, II, 21, 32. Saiiil Tliéoilorc s*explii|iic aiUciirB^^/ar, lG5)siir le fuil ancien i\\\"i\ hidiquc soiilcnuMil ici. Il B'af^ji «runc sainte nonnnre Malnuie (ponl-cHre collo (l«* nyznnce <|ui fail parlic (l*inic caierva, iloiil les Hollan^lislos Irailonl houh le 8 mai). Comme re dt'iail poniTail bien mani|uor ailleurs, il esl h propos de le reproduire :
• Matrone, dit le Studite, vivait aussi h luie «^pocpie d*liérésie. <^oinnie plusieurs
• religieuses avaient résolu de s*abslenir de la communion, ainsi (pic vous le faites
• pri^scntemenl (la lettre est adressée h une aldicsse), ces abominables béiTtiques, » n*élant plus nmllres de leur fui*cur, leur ouvrii'Ciit la bouche de force, et y ver-
• sèrcnl leur communion. -