VIOLENCES CONTRE LE CLERGE
Après les souffrances de TÉglise, voj'ons mainlenanl les tribulations (les personnes, en nous bornant toujours aux renseignements les plus caractéristiques.
Différents évéïiucs, dont le nom n'est pas cité, furent exilés, notamment en Crimée, d'où ils dépulcrent le moine Agapet pour visiter i le cher divin et le plus élevé, > et aussi labbé de Slude. Saint Théodore leur envoya des secours. Parmi les renseignements anonymes figure encore la recommandation du saint de s'attacher au mélropolituin, « qui, parmi les évéques, a grandement lutté pour Dieu '.>
Joseph, archevêque de Thessalonique et frère du saint, souffrit trois fois Texil et la prison. Sans avoir autant d*influence que Théodore sur les affaires ecclésiastiques, il se montra digne d'un tel frère, à en juger par cette seule phrase de l'abbé de Stude : < Tandis » que beaucoup de pasteurs se sont follement égarés en ne cherchant » pas Dieu, lu as été, pour ainsi dire depuis ton épiscopat, dans les » prisons, dans les déserts, dans les pri valions, dans les gôncs, dans » les travaux, dans les larmes, dans les angoisser et dans toute sorte > de maux ^. »
L'évéque de Chio avait abandonné l'orthodoxie. Le saint n*avait pas voulu le recevoir, mais n'avait pas laissé de lui répondre. Cette fermeté môlée d'égards porta ses fruits. Le prélat repentant se démit iU son siège. Suivant les règles énoncées plus haut, il dut se tenir éloigné des saints mystères et faire pénitence jusqu'à la paix do l'Kglise'.
'J'héophile, évoque d'Ephèse, fut maltraité jusqu'au sang , puis battu et exilé. Celui de Milet, Ignace, fut arrêté, dépouillé de tous ses biens et envoyé en exil. Le premier qui affronta la persécution fut Euthyme, évoque de Sardes. Il subit un long exil et fut < renversé à
1 Sirmoiiil, II, 87, 92; Maî, 1, 63.
' MaT, 1, 40.
» Siriuond, 11, 183, lin ; Mai 282.
terro par une assemblée digne de Caïphe. » Jean, titulaire du mémo siège, traduit devant une assemblée hérétique, en fut moqué, frappé à coups de poing et accablé d'insultes et d*ignominies *.
L'archevêque de Durazzo ramena de l'hérésie le moine Denis. L'évoque Léon, dit Baleladôs, fut persécuté en Chersonèse ^.
Après les hommes dignes d'admiration, il faut bien monlionnerlos malheureux inlldôlos à leur devoir. De ce nombre fut l'évoque de Démétriade, imité en cela par celui de Chrysople, fort zélé, comme le prélat de Nicée, pour l'économe Joseph, qui avait béni l'union alultère de Constantin. Le métropolitain (îrégoire tomba aussi dans rhérésie. Enfin le saint appelle très impie l'évoque de Smyrne'.
L'état monastique est naturellement celui qui occupe la plus large place dans notre correspondance, mais il faut encore ici regretter le laconisme extrême de ses informations; elles méritent néanmoins d'élre recueillies, puisqu'elles font défaut ailleurs.
Quelques abbés saisis par l'empereur ne s'élevèrent pas contre la persécution ; ils s'engageront môme, par écrit signé, à ne pas avoir entre eux de conférences, et à ne pas enseigner. Dans une circulaire destinée à soutenir le courage des moines, Théodore apprécie sévèrement celte conduite *.
Après avoir d'abord « bien répondu, » l'abbé de Medicios avait hlchement trahi la foi. Il reconnut sa faute, et partit de lui-môme en exil. L'abbé lîasile avait communiqué avec les iconoclastes, laissé enlever les saintes images et souscrit ù, l'hérésie (ce que le Sludite dit qu'il ftiut entendre d'une simple croix apposée à la formule). Or, cet abbé, revenu aux bons sentiments, s'excuse de ne pouvoir accomplir entièrement la pénitence ordinaire. Le saint décide qu'il s'abstiendra encore un an des saints mj'stères, qu'il fera (non toutefois en maladie) les prières et les génuflexions accoutumées, et enfin une aumône convenable ; il se retirera en outre dans quelque lieu désert. Théodore fait ailleurs, en apprenant sa mort, un bel éloge de l'abbé Laurent, plusieurs fois persécuté et exilé pour la fui ^.
L'abbé Antoine fut le seul fidèle entre presque tous les abbés de la
» Siimoml, II, 41, 70; — Maï, 4, 05; — Ibid,, 41, 85; — Sirmond, II, 108.
3 Maï, 101, 7U; — Siniioiul, I, 48; II, 215; — Mai, 2*J0.
* Simiond, II, 2.
•• SiimoHil, II,Ur), 188 ; — Mai, ()5, \Z\, 28(i; — ijiniioiid, 11, 133.
capiUile et des faubourgs. L'abbé Epipbane était détenu à Nicée. Théodore demande s'il reste encore des ortliodoxes dans celte ville. Un ancien pécheur, l'abbé llilarion, d'abord disciple du saint, fut proscrit et battu de verges. La persécution l'obligeait à pécher pour gagner sa vie, aussi bien que le moine Nil '.
Cent coups de fouet furent donnés à un abbé qui n'est pas nommé. L'abbé Ignace était tombé: mais il se releva par la pénitence que Naucrace lui imposa. Nous pouvons clore cette section abbatiale par un nom illustre entre tous, celui de saint Théophane, le célébra annalisle. Il fut également arrêté, malgré son grand âge et une maladie qui le faisait extrêmement souffrir, en le retenant au lit. Il fut arraché à sa communauté pour être jeté en prison, où il manqua des soins nécessaires. Rien ne put néanmoins le fléchir; mais il demeura ferme et répondit généreusement aux interrogatoires *.
La circulaire dont il vient d'être parlé, destinée à prévenir les suites de la hiche condescendance des abbés, contient plusieurs maximes et réflexions excellentes, dont voici quelques-unes :
« Ces abbés devaient édifier les orthodoxes, affermir les menas-
> tères, fortifier ceux qui souffrent dans l'exil. Qu'avons-nous donc à » préférer nos monastères à Dieu, et leurs agréments aux désagré-
> ments que nous souffrons pour la vertu? Où est la gloire etla force
> de l'ordre monastique? Mais les abbés allèguent, dit-on, pour leur » défense: Que sommcs-nous f D^^hord, ce sont des chrétiens, qui » mainteucint doivent absolument parler; puis des moines qui ne » doiventselaisser entraîner par quoi que ce soit, n'ayant aucune » attache au monde, ni aucune influence; enfin ce sont des abbés,
> qui doivent et faire disparaître les fautes des autres, et ne donner
> eux-mêmes aucun scandale. Or, si le silence est une partie du » consentement, de quelle gravité est-il de garantir par écrit ce
> silence devant toute l'Eglise ? Vienne quelqu'un, abbé ou autre,
> s'enquérant delà vérité, que répondra l'abbé? Sans doute: J*ai
> reçu des iusfrucfious pour ne pas parler. Plaise à Dieu qu'il s'en » tienne là, et n'ajoute pas : Même pour ne pas vous recevoir dans
> le monastère, ni manger avec vous '. »
Quantité de moines dissimulèrent leur costumes monastiques sous
> Mai, 127, 1U:J, 131, 135.
5 Sirmoiul, H, 17,07; — Maï, MO, m\
" Sirmondj II, 2.
-aides habits laïques. Dix autres se cachèrent, ce dont le saint les félicile. Huit moines furent flagellés en une seule fois, aussi bien que dix autres. Les tortures laissèrent inébranlables dans la foi un troisième groupe de religieux; mais quelques autres fixiblirent misérablement. Il y on eut plusieurs qui, tout en puraissanl orthodoxes, tenaient pour indifférent de recevoir la bénédiction ou la communion des iconoclastes, et de suivre leur psalmodie. < Ccux-IA, dit le saint, sont condamnés; leur enseignement est pervers *. »
Les moines de Stude furent bannis en certain nombrejusque dans la Grèce. L'abbé leur recommande la fldélitéaux devoirs monastiques, spécialement à la psalmodie. 11 ne veut point qu'ils amassent do l'argent, pour le distribuer plus tard aux parents et aux amis; car le couvent prendra soin d'eux. < Cette bote, disaient plusieurs (à ce » qu'on lui a rapporté), ce vêtement, cette autre chose, je veux la
> laisser à un tel. - pitié, ô folie ! s'écrie le saint. Un tel homme n'est
> pas de la communauté : c'est un étranger et un sacrilège! » D'autres avaient pu rester dans la ville on s'y dispersant. Or, par un usage lo'^al des plus remarquables, les familles pieuses les mandaient parfois pour psalmodier. Mais n^la n'allait pas toujtnirs sans dil'llcilté. € Tu m'as devancé, disait l'un (selon les termes mômes de Théodore, qui se fait l'écho de leurs contestations), et lu ne m'as pas » attendu ! — Tu «as mangé ton dhier, s'écriait un autre, et tu ne m'y » as pas appelé ! — Ce sera moi, protcsiait un troisième, qui forai
> maître chantre, et non pas toi.» Tout cela se passait dans l'église, et en présence de ceux qui les avaient appelés. Et cela retombait sur le siint. € Tels moines, ter abbé, » entendait-il dire, parmi d'autres plaintes sur les disputes de ses disciples et sur leurs excès de table *.
Une des coiiséquenc3s de la persécution fut de désorganiser la vie monastique. C'est ainsi, comme le saint l'apprend, que ses moines ne résident plus d'une façon stable qu'ils changent de séjour et de compagnon, ou vivent solitaires, ont leur cellule dans une maison que fréquentent des femmes, habitent un monastère de religieuses, se trouvent avec des jeunes filles; d'autres achètent des esclaves et les logent avec eux, ou acquièrent des champs. L'abbé n'a pas de p3ine à leur démontrer que tout cela est contraire à leur vocation. Il insiste ailleurs sur la pratique du jeûne, du carême et sur la
» Muï, 2r»0; — Sinnoiul, 11, 11, 31 ; — Mai, lOS, lOi»; — SinnomI, H, 172. i< Sirimuid, 11/AS, Vn.
nécessité d*èvi ter le sexe (tout en rappelant que saint Âtlianase" fut soigné sept ans par une femme), la solitude, l'amour de l'argent , rachat des esclaves, et l'intempérance •.
Hien qu'on voie de nombreux sludites abandonner le saint, l(»rsqu'il avait à craindre l'arrcslation de rnrchimandrite Ililarion, il atteste, d'autre part, que ses frères résistèrent courageusement à la persécution, et va môme ailleurs jusqu'à leur écrire: «Par la grâce de Dieu, vous êtes la lumière de Gonstantinople, pour ne pas dire du monde entier. » Aussi leur exemple soutenait-il les chrétiens du dehors '.
Les moines signalés nommément comme victimes de la persécution sont moins nombreux qu'on n'eût pu s'y attendre.
Pholin, père du saint, qui avait exercé un emploi dans les finances impériales, s'était ensuite fait moine. Une grave maladie le sépara de sa communauté. Emprisonné plus tard, deux ans et au-dehi, & Gonstantinople, il fut enfin exilé dans une île où il mourut. Timothée, di.sciple du Studite, bien qu'il piU fuir, se livra aux soldats et on reçut cent cinquante coups de fouet. La persécution s'acharna par trois fois sur le moine Théocliste. Tile et Philon, nés dans la condition la plus modeste, souffrirent la prison avec courage. Jacques et Bessarion ne moururent pas sous les fouets. Il en fut de môme de Dorothée , i|Moii|M'il ortl rlô rru(»ll(Miionl loiirmcMité. Thnddôi», nu contraire, expira le lendemain de sa llagcllalion, ayant enduré cent trente coups de fouet; le sniiil en pnrle à (Iivers(\s reprises avec des transports de vénération. A Thessalonique, le moine Théodule reçut deux cents coups de fouet. Siméon, moine habile en médecine, fut battu, enfermé et banni pour la foi. Théodore l'engage à ne pas exercer la médecine au dehors, ni en passant d'un lieu à un autre, vu les circonstances, et à ne point traiter les femmes '.
(*elui dont le martyre nous est des mieux connus dans ses détails est le moi ne Jacques. Au dernier rang parmi les moines, il soulîrit le premier. Daltu de verges sur le dos, la poitrine et les bras, sans proférer une plainte, il fut relevé de terre comme une masse sans vie et enveloppé d'une méchante éluITe par ses bourreaux. Loin de céder, il se prépara pour de nouvelles luttes. Il ne refusa pas de subir
t Sirmoiiil, II, 107, 131, 117.
- Mai', PJ. iri, Uî ; Siniioiul, II, Crfi.
^ Mai, '^1, Vie, ,V.>, TkS, 121, 113, III, U'I llC». 117, IGI. 250.
un traitement douloureux, mais ne laissa pas de disposer tout pour sa mort qu'il prédit. Ses funérailles furont honorées d'un grand concours de personnages ëminents *.
Le moine Arcade, pour entrer en religion, avait abandonné « de
> très grandes dignités, des habilations princiôres et, j'ajouterai » volontiers, toutes sortes de délices. > Sans se scandaliser de la chute de ceux qui trahissaient la vérité, il s'était caché dans les montagnes, et y vivait dans des grottes avec des serviteurs : < Traîné une » première fois au tribunal, lui écrit le saint, vous n'y avez pas » tremblé. Amplement fouetté, vous avez été banni, et vous êtes
> exilé en quelque solitude écartée. Emmené de nouveau par les » bourreaux, vous n'avez pas renié la foi. Vous avez été une seconde
> fois déchiré de coups ; et vous êtes demeuré invincible. On vous a » classé parmi les tisserands, comme un esclave de l'empereur. Quoi » d'étonnant? c'est le sort des saints. D'ailleurs, sans le vouloir, ils
> ont vraiment montré au monde que vous êtes l'esclave du Roi du » ciel, un exemple du martyre, la confusion de l'impiété ^. »
Groupons cnfln les mentions fugitives jointes à quelques autres noms. Le moine Arsène fut élroiloment tenu on prison, Olédonius no put souffrir qu'un jour la captivité et les coups (ce dont le saint s'étonne fort). Le moine Nicolas, fidèle compagnon du saint, subit en même temps que lui une cruelle flagellation. Agapius, Aphthonius et Carterius confessèrent généreusement la foi. Dorothée, d'abord flagellé, fut ensuite enfermé *.
Mais, parce que dans toute persécution l'Église a toujours quelques défections à déplorer, le saint a nécessairement mentionné parmi les moines ces tristes scandales.
€ Nectaire, antique apostat, dit-il, s'est montré pire que Judas.
> Car loin de se repentir comme cet apôtre, il a consommé sa ruine » et celle de beaucoup d'autres, en exigeant des attestations d'hérésie » revêtues de signatures. » Un autre moine apostat et relaps, nommé Elle, persévère plus de douze ans dans son égarement, et bâtit des maisons. Tite et Philon, fidèles au début, devinrent ensuite hérétiques. Par une sorte de compensation, Evode et Ilypati us, après avoir cédé en paroles, refusèrent de communiquer avec les héré-
1 Muî, 115; — Simiomi, II, 100.
> Mal, 128 ; — Sirmond, II, 46.
» Siriiioiul, I, 13, 10; II, 38, r>8; - Maï\ HhS, I r^.
tiques. On ne connaît Taposlasic de Maxime que parce que son nom est accolé à celui de deux autres iconoclastes. Le Studile. après avoir rêrutù bon nombre dlnepties dans un écrit du moine Tbéodore, conclut ainsi la lettre qu'il envoie à son auteur : < Or, si nous deman- » dons pardon d'avoir inconsidérément irrité Dieu , déshonoré les » saints, accusé les confesseurs et diffamé l'Église, ce sera bien. » Autrement, dans notre bassesse, nous nous mettrons la main sur » la bouche, sans provoquer Votre Sainteté à un second appel par » écrit*. »
Nous connaissons mieux dans le détail les faiblesses du moine Kuprépien. Pris d'abord d'un beau zèle, il voulait être compris dans les mesures de rigueur édictées contre son abbé, qui l'en dissuada. Quand il se fut séparé de ses frères, le saint crut qu'il l'avait fait par amour de la solitude, et il se persuada qu'il vivait sur la montagne voisine de Pruse; mais il apprit que son disciple avait laissé croître ses cheveux, portait une robe blanche, et qu'aux ordres d'une abbesse & titre d*économe ou d'intendant, il allait et venait, achetant du bétail et exportant des marchandises.
€ Malheur à moi I s'écrie le saint. Qu'avez- vous fait, mon frère ? » Jadis confesseur de la foi, vous trafiquez maintenant du Christ. » Vous, jadis retenu, jusqu'à un simple regard, vous êtes le serviteur
> d'une femme, pour ne rien «lire de plus. Vous appcllorai-jo moine? » Mais vos cheveux ! — Je porte dans mon cœur, dites-vous, l'habit » monastique; et je n'ai point apostasie intérieurement. *- Tous ceux » qui participent à l'hérésie en disent autant. Mieux eût valu pour
> vous y tomber, et vous repentir, plutôt que de rejeter notre saint
> vêtement et de persévérer dans l'impénilencel » Pour l'engager plus efficacement à revenir à son devoir, le saint lui rappelle que jadis, pour pénétrer de nuit dans sa prison, il n'a pas hésité A en escalader la terrasse '.
> Maî, 10; — Sirmond, II, 109; — Maï, 110; — Sirmond, II, 22, 1G2. s Mal, 233.
H— -''Ç^was^-'-.^i-