‹ La persécution iconoclaste d'après la correspondance de Saint Théodore StuditeChapitre 7 sur 11 · TRIBULATIONS DES LAÏQUES · texte numérisé non relu

TRIBULATIONS DES LAÏQUES

Il était assez naturel que la violence atteignit les membres du clergé réfractaires aux Aintaisies doctrinales du pouvoir. Les laïques ne furent guère mieux ménagés, comme on va le voir.

Tout d'abord, (irégoire fut le seul laïque poursuivi ; on l'enferma dans le palais. Mais plus lard des laïques et mémo des sénateurs eurent à défendre leur croj'ance.

Le premier médecin Eustratius, en évitant de manger avec le chef de l'hérésie, perdit une partie de ses revenus. Thomas, deux fois consul, fut dépouillé de ses biens et banni. Le curateur Nicétas avait un instant suivi, par peur, le courant hérétique : il rétablit ensuite les images dans son oratoire'.

Un simple conseiller, nommé Klieimo, ne craignit pas de prendre devant l'empereur les intérêts de la foi orthodoxe, et de réclamer le rétablissement de la paix de l'Église. Mais un commandant d'armée obligeait ses hommes à psalmodier avec les hérétiques, et à manger ce qu'ils avaient béni d'un signe de croix. Sans rien décider, le saint engage un officier, du nom de Philothée, à conserver ses bons sentiments. — Par une de ces exceptions, qui consolent aux plus trisles époques, un chargé d'affaires de l'empereur en \}tiys étranger ne laissait pas d'être orthodoxe ^.

Deux frères, professeurs de grammaire, furent jetés en prison. Vu la dureté de leur geôlier, leur vie y était des plus tristes, n'aj^ant eux-mêmes aucuns parents ou amis pour apporter quelque agrémenta leur capli vile. — Etienne, cousin du Sludile, fut également arrêlé et emprisonné. — Pour un autre grand personnage (demeuré anonyme), illustre dans le monde, plus illustre encore dans le cloître, la persécution amena la perle de sa demeure, la privalion de ses amis, la séparation de ses enfants *.

I Maï, 185, 288; — Slimond, I, \2; H, 55, 71. s Sirmoml, II, 05, 171, 188.

niaï, 2<), 21,2'.».

Le dcspolismo bj'zanliii couronna toutes ses vexalionsen se donnant libre carrière dans cette « chasse aux femmes, » devant laquelle ont reculé naguère certains tyranneaux de bas lignage. Celte réserve est un réel progrès dans nos mœurs politiques. N*y faut-il pas voir un reste des habitudes chevaleresques du moyen-rige ?

€ Les femmes se montrent des hommes contre le diable, » avait dit notre abbé. Cette intrépidité leur coula cher. L'abbesse Anne, d abord séquestrée de sa communauté, fut mise en prison. "A Nicée, des religieuses furent flagellées et bannies avec leur abbesse. — La vraie doctrine fut confessée par Tabbessc et des religieuses de Saint-Phocas, dont la prison punit le zèlo. Le saint parle ailleurs d'une abbesse qui fut dépouillée de sa dignité, chassée de son monastère et mise en prison. Des chanoinesses furent menacées de mesures violentes ^

Tout un monastère, composé de trente religieuses, préalablement privées do leur abbesse, et séparées juômc les unes des autres, endura la prison et la flagellation, sans qu'une seule ait faibli, alors qu'un € polit nombre de moines étaient restés fidèles. » Des religieuses, notamment une abbesse avec plusieurs de ses filles, étaient sorties de leurs monastères, plutôt que de communier de la main des hérétiques. Par une de ces heureuses inconséquences qui se retrouvent dans tous les temps, il y eut cependant, à Conslantinople môme, un monastère do fonnncs c|ue la persécution respecta, gnîce a Irène, veuve d'un grand dignitaire de Tempire et Arménienne de naissance, qui s'y était consacrée A Dieu avec sa fille Euphrosyno, laquelle en fut abbesse après sa mère *.

Los femmes du monde eurent leur part dans les mauvais traitements qui honorèrent les vierges consacrées à Dieu. L'impératrice Irène, que Constantin Porphyrogénète avait chassée du palais pour contracter une alliance adultère, résista fortement aux iconoclastes. — Casia, une toute jeune fille, fut flagellée, ce qui n'arrêta point son zèle pour la foi. — Enfin, la patrice Irène, 1res généreuse pour les moines, avait donné dans riiérésic. Revenue a la saine doctrine, elle fut «arrachée à son mari, chassée de sa maison et de la ville, » séparée de ses parents et de ses amis, .et reléguée à la frontière avec > sa fille; » plus tard, séparée de sa fille, privée de lous ses biens, flagellée, elle fut déportée dans une tle lointaine. Le saint dut

» Mnï, 33, 2W; — Sinnoml, ir, 1)1 ; - Maï, 79, 71, 70.

» Sirinond, II. 59, 132; —Maï, lOri; — Sirinond, II, 113, 177, clc\

insister à diverses reprises pour qu'elle menât un genre de vie moins austère *.

Cette Irène nous amène à étudier une autre galerie de personnages des plus attachants qui soient cités dans la correspondance de notre abbé, celle des bienraitcurs des persécutés: car ce n'est pas seulement en France, gritce à Dieu, que la vexation inique a la vertu de provoquer les sympathies des indifférents eux-mômes.

Le sacellairo Léon, < asile de Torthodoxie, recevait et soignait les

> grands et les petits, les prêtres et les évêques. » — Le laïque Grégoras avait assisté les moines emprisonnés pour la foi, les visitant, leur donnant à manger, pansant leurs plaies. Cette charité lui attira toule sorte de mauvais Iraitemenls et do dommages : il Tut frappé à coups de poing, et forcé d'errer çà et là, sans être néanmoins appréhendé. Le saint l'encouragea à continuer ses bonnes œuvres, et à assister les orthodoxes, hommes et femmes, détenus dans les prisons, puisque « Dieu l'a chargé de servir les martj'rs,

> d'exhorter les confesseurs et de secourir les faibles. » Plus tard, il fut détenu dans le palais et chargé de chaînes ^

Le laïque Moschus reçut dans sa maison voisine do Pruse le Sludilo qui parlait pour Texil, et il Tassista d*ailleurs malgré son éloignement. Il accueillit en outre de nombreux moines. Sa demeure était une véritable hôtellerie monacale et un orphelinat, où il nourrissait quarante enfants, après avoir fait entrer quelques-uns de leurs devanciers dans la cléricature, ou les avoir dotés. Il menait la vie de famille avec ses sœurs Irène et Calé, restées dans le célibat aussi bien que lui pour ne pas se séparer *.

Le domesticos Poli lien se signala aussi par ses bons ofllces envers les confesseurs de la foi, alors que leurs anciens amis les abandonnaient. — Parmi leurs protecteurs, les orthodoxes comptèrent le dromarchon, qui ménagea sans péril au « maître chéri » de noire saint une entrevue îivec l'empereur; et le mandator Nicélas, dont Théodore fait un grand éloge en lui demandant son appui pour Tabbé Ilypatius. — La demeure d'un spathaire fut le séjour et le refuge de ceux qui fuyaient l'épreuve \

1 Maï, 148, 270, 16; — Sirmond, H, G8.

« Sirmomi, II, 188, 55; Maï, 13, 117, 207.

3 Maï, 17, 137.

* Maï,21, 08, 110.

Les moines de Stude avaiciil des amis qui les assistaient particulièrement. La femme d'un consul, après avoir envoyé dos secours au saint, accueillit lo moine Prolôrius dans sa maison, lorsque, par crainte, beaucoup d'amis et de connaissances fermaient la leur.— Une patricienne « ne cessait de faire du bien à diiïôrents moines de

> Stude, qui jouissaient toujours de ses dons. >

Un comte qui, dans le premier exil de Théodore, l'avait aidé et protégé, se conduisit à Tégard de ses moines dispersés comme un autre lui-môme, « avertissant l'un, réconciliant l'autre, nourrissant » celui-ci, escortant celui-là, fiiisanl d'un solitaire un cénobite, four-

> nissant tanlùt des habits, tantôt des vivres *. >

Mais c'était l'éminent abbé lui-même que la vénération des peuples se plaisait à entourer de soins et de témoignages d'estime, dans un temps où on regardait comme une grande preuve d'amitié et de religion de saluer simplement les exilés pour la foi, ou do leur dire quelques mots. LUiôtelier Georges ouvrit au Studite sa maison quand rclTroi le faisait exclure de toits amis. Un marchand de cire lui envoie des présents dont Théodore tient à le remercier. La vierge Eudocos l'assiste dans sa prison, lui et Nicolas, « le nourrit, le » console, l'exhorte, avec un danger évident de mort, malgré les » gardes qui ne laissent approcher personne (elle les gagnait par des

> préscnls), malgré les dénonciations du voisinage et les exactions » des magistrats. » Des clianoinesses leur fournirsnt des vivres et des vêtements^.

Le patrice Léon, grand bienfaiteur de S. Théodore, ne put en être séparé < ni par le temps, ni par la tribulation, ni par les épreuves, ni par l'enlèvement de ses biens dont ses ennemis le dépouillèrent. » Le consul Zacharie se plaça aussi au nombredes principaux bienfaiteurs du Studite, < de l'archevôque » et des autres persécutés. Dans son exil au fond do l' Asie-Mineure, une aljbesse lui fait passer do Laodicée et de la Bithynie des secours et des provisions'.

• Maï, 72, 129, 128.

« Mnï, 22, 31 ; — Siimoiul, H, ÎM, 00.

n Mai, ir», 7, 20, 21 1; 70.

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