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résolu à ne tenir compte que des faits, considérant tout problème sous son aspect scientifique autant qu'il était possible, le philosophe français se rapprochait de l'américain sur plus d’un point. Mais surtout, Renouvier faisait toujours la part de la passion, du sentiment, expliquait que les théories ne sont que des hypothèses, que tout n'est qu’une question subjective de croyance et que Ta science, même expérimentale, est sujette à erreur. Il donnait à James des armes contre le dogmatisme et contre le déterminisme humiliant et froid sous lequel il avait plié jusqu'alors. « Repoussant à la fois le doute systématique et les systèmes, écrivait Renouvier, j'ai voulu conserver ce nom précieux (la certitude), plein d’une véritable signification humaine. Je n'ai point fait abstraction de tout élément de croyance, en le définissant. C'est dans l'assiette morale de la conscience affirmante que j'ai surtout envisagé l’état qu'il exprime... » Puis, repoussant énergiquement l’idée de nécessité : «Il est clair, ajoutait-il, que la solution du problème ne peut plus être demandée qu'à la raison pratique. C’est une affirmation morale qu'il nous faut; toute autre supposerait aussi celle-là. En d’autres termes, la raison pratique doit poser son propre fondement et celui de toute raison réelle, car la raison ne se scinde pas, la raison n'est, selon notre connaissance, autre chose que l’homme, et l’homme n’est jamais que l’homme pratique. » (7). Enfin, Renouvier affirmait catégoriquement son libre arbitre : « La première des lois pratiques, avant ce qu'on appelle un bon usage de la liberté, c’est l’usage même. Ce seul précepte : Exerce ta liberté, S'il est suivi, pose un premier fondement de la moralité des actes, appelle des motifs de tous ordres à intervenir au cours des délibérations, et, en éloignant tout vertige, assure dans beaucoup de cas la prépondérance de la raison. » (28).
C’est un écho de ce passage qu'on trouve dans le Journal de James. « Je veux admettre, y lit-on à cette même date du 30 avril 4870, pour le moment, mettons jusqu'à l’année prochaine, que (la liberté) n’est pas une illusion. Mon premier acte de libre arbitre sera de croire au libre arbitre. Jusqu'à la fin de l’année, je renonce à la pure spéculation et aux subtilités de l’analyse où ma nature se complait, pour cultiver de propos délibéré le sentiment de la liberté morale par la lecture d'ouvrages où elle est considérée avec sympathie, et par mes actes mêmes. » Et le besoin d'action reprenant le dessus, maintenant que l'énergie lui revient avec l'es-
(27) Renouvier, Essais de critique générale, 2e essai, 2 partie, 21, 78. (28) Ibid., 1e partie, 319.