LA PHILOSOPHIE DU CONCRET
Le respect de James pour la personnalité de l'individu n’est qu'un des aspects de son attachement plus général à la vie et au concret.
L'objet véritable de nos préoccupations étant l’homme dans ce qu'il a de plus insaisissable, il faut immédiatement laisser là les formules ou les déductions qui donnent l’orgueil. « La condition unique pour comprendre l’humanisme, c’est d'acquérir soi-même l'esprit inductif, de renoncer aux définitions rigoureuses, ef de suivre « en gros » la ligne de moindre résistance... L’humanisme concevant le plus « vrai » comme le plus « satisfaisant » (selon Dewey), doit renoncer sincèrement aux arguments rectilignes et aux idéals anciens de rigueur et de finalité. C’est précisément dans cet esprit de renoncement, si différent du scepticisme pyrrhonien, que consiste essentiellement l'esprit de l’humanisme. » (1). Pas de règles rigides, donc, mais le mouvement de la vie. « Les systèmes de philosophie nobles, aux arêtes nettes, fixes, éternels, rationnels, pareils à des temples... contredisent le caractère dramatique de la nature, lel que notre contact avec cette nature et nos habitudes de pensée nous ont amenés à le concevoir. » C’est en nous-mêmes que nous trouverons la vérité, « relalion de parties moins fixées de l'expérience à des parties relativement plus stables, sans qu'il soit nécessaire de la chercher dans le rapport de l'expérience comme telle avec quelque chose qui la dépasse » (2).
Concevoir ainsi la vérité, c’est donner à la personnalité humaine
(4) Humanism and Truth dans Mind., vol. XIII. N. $S., p. 457.
(2) « La seule garantie réelle que nous ayons contre le dérèglement de la pensée est l’expérience elle-même, qui nous presse de toutes parts, qui nous dégoûte des erreurs de fait, qu'il y ait ou non une réalité transcendante. » —
« Tontes les sanctions d’une loi de vérité se trouvent à l’intérieur du tissu même de l’expérience », etc. Ibid.
une richesse qu’elle n’a pas dans les systèmes « classiques » ou rationalistes qui lui enlèvent systématiquement tout son attrait pour en parer des objets transcendants. James reluse de laisser dépouiller l’homme, et son irritalion contre L’ « intellectualisme vicieux » (8) vient surtout de la sensation d’appauvrissement que lui donne l’indi- vidu ainsi vidé de son contenu. On traite l’homme comme le mathématicien, ses formules. On oublie le sens humain du mot vérité pour en faire une lointaine idole. Et si l’on objectait que l'expérience humaine est chose fragile, qu'elle périt à l'instant même où elle se produit, qu’on ne peut, par conséquent, fonder sur elle aucune relation logique, indépendante du temps : « En vérité, répondait James, voilà qui a l’air profond, mais je jette un défi à cette profondeur. Je somme qui que ce soit de faire voir ici aucune différence entre logique et psychologie. La relation logique est simplement à la relation psychologique existant entre l’idée et l’objet ce que l’abstraction saltatoire est à l’énoncé ambulatoire et concret. L'une et l’autre relations ont besoin d'un véhicule psychologique; et la relation « logique » est tout bonnement la relation « psychologique » dépouillée de sa plénitude et réduite à un pur schéme abstrait. » (4). Aïnsi se précise la différence entre la conception de James et la conception traditionnelle. Lui-même l’a heureusement et brièvement définie comme « la querelle du concret et de l’abstrait » 6). James était loin de nier l'utilité de l’abstraction, lui qui ne niait même pas celle de l’Absolu : seulement, il en niait la réalité, ce qui est bien différent. Il reprochait simplement aux partisans d’une philosophie par trop intellectualisée de perdre de vue le fait réel pour la pure logique des formules. « Le monde abstrait des mathématiques et de la logique pure est si familier à Mr. Russell, écrit-il d’un de ses plus intimes adversaires (6), qu'il croit que, nous qui décrivons les fonctions de faits concrets, nous voulons forcément parler, nous aussi, de termes et de fonctions mathématiques fixes. » Si l’on voulait donner à l’humanisme de James une consécration scientifique qu'il ne réclame pas, ce n’est pas aux mathématiques qu'il faudrait la demander, mais plutôt à la biologie. L’humanisme est comme l’histoire naturelle des idées humaines. Et ici nous voyons l'influence de la personnalité même de James, physiologiste, psychologue naturaliste des Principes, gagné
(3) Pturalistic Universe, 60. À Word More about Truth. (Journal of Philosophy, 48 juillet 1907).
(4) A Word More about Truth.
(3) The Pragmatist Account of Truth and its Misunderstanders (Philosophical Review, vol. XVII, p. 1, jan. 1908). |
(6) Two English Critics, Albany Review, janvier 1908.
à l’évolution et grand'explorateur du domaine de l'expérience. Plutôt que de placer la vérité dans un lointain abstrait, James voit tout de suite combien elle serait plus vivante, combien aussi l’homme gagnerait en richesse psychologique si on la prenait dans le tissu même de l'expérience humaine qui évolue de jour en jour. Le point de vue historique où James se place, c'est simplement le point de vue psychologique infiniment prolongé. « Les vérités nouvelles sont le résultat d'expériences nouvelles et de vieilles vérités combinées et qui se modifient l’une l’autre. C’est ainsi que se font aujourd'hui les changements d'opinion et il n’y a nulle raison de croire qu'il n’en à pas été ainsi de tout temps. » (1). D'ailleurs, abstractions et sciences abstraites sont créations purement humaines, et ce n’est pas tellement leur développement et leurs perfections qui intéressent James que le jour dont elles éclairent les progrès de l'esprit humain.
Cet amour du concret avait pour lui un sens plus positif, il était riche d’un contenu émotionnel. On parle volontiers de concret ef d’abstrait et bien peu se déclarent ennemis du concret et partisans exclusifs de l’abstrait. Mais, aux yeux de James, aimer le concret ce n’était pas seulement éviter de donner dans l’abstraction. L'’émotion du concret, James la ressentait en présence des spectacles de la nature aussi bien qu'aux prises avec les problèmes psychologiques. Un curieux exemple de cette émotion se rattache au tremblement de terre de San-Francisco, tel que James le ressentit. Son ami Bakewell l'avait bien prévenu que ce phénomène n’est pas rare en Californie. De fait, le 18 avril 1906 au matin, les premières secousses se font sentir. Enthousiasme de James, qui tient là une expérience. unique : « L’émotion était toute faite de joie et d’admiration : de joie à voir la vigueur avec laquelle une idée abstraite, purement verbale, celle du « tremblement de terre », se traduisait dans la réalité sensible et se vérifiait dans le concret; d’admiration à voir la façon dont la frêle petite maison de bois supportait les secousses. Je ne ressentais aucune trace de peur : qu’une pure jouissance à accueillir ce fait nouveau. « Encore! m'écriai-je presque à haute voix. Encore » plus fort! »... Dès que je pus réfléchir, je distinguai rétrospectivement certaines particularités dans la façon dont ma conscience avait accueilli le phénomène, d’une manière toute spontanée et, pour ainsi dire, inévitable et irrésistible.
» Tout d’abord, je personnifiai le tremblement de terre, j'y vis une entité individuelle permanente. Le voilà bien, me disais-je, ce tremblement de terre annoncé par l’ami B... S'il s’est tapi dans l’om-
(1) V. Pragmatism, V. Pragmatism and Common Sense, 169, passim
bre et tenu tant de mois à l'écart, c’est pour envahir ma chambre par ce lumineux matin d'avril et montrer — avec quelle intensité et quelle supériorité — ce dont il est capable. Puis, c’est à moi qu'il en voulait, directement. Il est entré furtivement derrière mon dos et, une fois dans la place, il m'avait en son pouvoir et me l’a bien fait voir. Jamais action humaine ne révéla tant de méchanceté ni d'acharnement, jamais acte humain ne parut plus clairement le fait d’une individualité vivante... Je m'explique maintenant mieux que jamais qu'il était inévitable que les premiers hommes donnassent de ces Catastrophes des interprétations mythologiques. Je vois en même temps combien les habitudes que nous inculque aujourd'hui la science sont artificielles et contraires à notre perception spontanée... » (8),
On peut noter chez tous les auteurs qui ont su rendre le mouvement et la coloration de la vie cette personnification des phénomènes naturels. On connaît le fameux passage de Dickens sur le vent qui rode autour des églises : « Le vent nocturne a une façon lugubre d’errer autour d’une église, de gémir, de courir à grands pas sur les has-côtés, de se glisser tout autour des piliers et de chércher quelque fente par où pénétrer. Et quand il a réussi à entrer, comme quelqu'un qui ne trouverait pas ce qu'il cherche, quoi que ce puisse être, — il se plaint et hurle pour ressortir : non content de parcourir à grands pas les bas-côtés, de se glisser tout autour des piliers et de faire vibrer l'orgue à la voix profonde, il prend son vol jusqu'au toit et lutte contre les solives pour les arracher, puis il se jette d’un effort désespéré contre les dalles du bas et s'enfonce en murmurant dans la érypte, ete... ». De même, lorsque Dickens dépeint l’acharnement du vent contre le pauvre Toby Veck, on voit qu'il a ressenti une émotion analogue à celle de James en présence du tremblement de terre et on peut se demander, dès lors, si ce qu'on juge chez l'écrivain « richesse d’imagination » ou « procédé littéraire » n'est pas plutôt fraîcheur de vision, naïveté voulue, eflort pour revenir à la perception primitive des choses moins rationnelle, mais combien plus pittoresque et plus vivante!
On a vu plus haut ®) quelle était la passion de James pour la vie dans sa plénitude el sa variété. Il avait bien essayé de la rendre en peintre, mais quand le talent ou la patience [ui manquèrent, ce fut à la philosophie qu'il demanda d'exprimer la richesse de ses sensations. Aussi, dans la pensée philosophique, aime-t-1l surtout retrou-
(8) Memories and Studies, ch. 1x, The Earthquake, 209. (9) Deuxième partie, ch. I, La Religion de W. James.
ver un compte rendu bien vivant des faits de la nature. Malheureusement, les auteurs s’oublient trop souvent dans l’abstraction, qui dispense de l’âpre corps-à-corps avec les faits. Derrière chaque idée James voudrait sentir ce qu'il a éprouvé ce matin d'avril où derrière le concept de « tremblement de terre », il a découvert l’implacable volonté de mal faire du mauvais génie qu'instinctivement il a personnifié. Or, que sont beaucoup d'idées philosophiques, sinon des décors sans réalité, de vastes toiles brossées sans relief et derrière lesquelles il n’y a rien? James voudrait qu’un livre de philosophie fût comme la notation personnelle des impressions recueillies par l’auteur. La technique philosophique lui est odieuse : un passage lui paraît-il obscur, il note nerveusement, en marge du volume, des observations de ce genre : Purement verbal! Ennuyeuse logomachie! Pourquoi couper les cheveux en quatre! Absurde chicane scolastique! Il supplie l’auteur à maintes reprises de lui donner des exemples, d'éclairer son texte. « Inutile d’être aussi technique, écrit-il sur un livre de Wundt. » Et ailleurs « R... s’abandonne à une infinité de distinctions verbales et se répand sur son sujet en contorsions innombrables, comme les multitudes de chenilles qui fourmillent en ce moment sur nos érables... »
Les discussions interminables que provoquèrent ses théories pragmatistes lui furent l’occasion de remarques piquantes sur les tendances de la philosophie contemporaine, en Amérique surtout. « Je commence à me fatiguer, écrit-il en 1905 à Dickinson $S. Miller (0), de voir nos philosophes américains obseurcir la vérité sous leur affreux rabâchage abstrait. Cela finira mal. Nous voilà revenus aux plus beaux jours de l’Hégélianisme. C’est l'indice du relächement total du devoir intellectuel, et Dieu nous punira. S'il y a quelque chose qu'il déteste, c’est bien cette sorte d’embourbement littéraire.. » Tout cela vient de ce que beaucoup pensent voir dans la philosophie un monde abstrait, hors du réel. Il aimait citer cet étudiant qui, dans la classe de philosophie, se croyait dans un univers totalement distinct de celui qu'il laissait derrière lui dans la rue, « monde fangeux, tout en broussailles, où tout est laborieux et confus », alors que le monde du philosophe est purement classique «€ On dirait un temple de marbre dont la blancheur resplendit sur une colline! » (11). La technique professionnelle subit de la part de James une véritable offensive. Il est peu de ses comptes rendus qui ne reproduisent quelques-uns de ses griefs, ses lettres s’en font très
(10) Letters, II, 237. À Dickinson $. Miller, 9 décembre 1905. (11) Pragmatism, ch. I, The Dilemma in Philosophy, 21.
souvent l’écho. Dans ses ouvrages, même, des pages entières sont consacrées à stigmatiser l’abus de la technique. « Puisse-t-on, s’écrie James (12), revenir à une tradition plus largement humaine! ».
IT écrit pour le livre de Paulsen, Introduction à la Philosophie, une préface très caractéristique. « Le péché mignon des philosophes, y lit-on, a toujours été l’absolutisme de l'intelligence. Cette affirmation qui est l’âme de la scolastique, à savoir que tout ce qu'il est nécessaire de croire se peut prouver en forme, se retrouve aussi absolu que jamais dans l’agnosticisme irréligieux d'aujourd'hui; il lui a même poussé des corollaires : une croyance sans preuves de ce genre est {tenue pour non scientifique, et ne pas être scientifique c'est, pour un penseur, la dernière des dégradations. Or, de telles affirmations rompent fatalement les liens qui unissent la philosophie à la vie car, du point de vue biologique, la vie humaine est faite surtout d'ajustements qui n’ont rien de scientifique, de probabilités et non de certitudes. Le professeur Paulsen renoue les liens qui unissent philosophie et vie; les pédants des deux camps s’entendront done pour condamner son ouvrage... » (13), Pour apprécier cette préface à sa juste valeur, il convient de remarquer qu’elle fut écrite au temps où certaine philosophie abstraite empruntée à l'Allemagne et déformée par des amateurs insuffisamment éclairés faisait fureur dans les universités américaines et où les Principes de Psychologie de James étaient fort discutés à cause de leur tendance empiriste (4. A titre de réaction, James avait tenu à préfacer la traduction d’une œuvre conçue dans un esprit plus largement humain et dont l’auteur déelarait ouvertement « ne pas écrire pour les connaisseurs » (13), raillant aussi les critiques du Gôttingen Gelehrten Anzeiger qui l’accusaient de n’avoir pas «fixé dans l'esprit des jeunes l’image de ce que doit être la philosophie en dehors de la simple philosophie populaire » (16). L'ambition de James fut de tout temps d’être « populaire » : il entendait par là de s’adresser à la masse des lecteurs qui n'avaient pas reçu d'éducation spéciale mais pouvaient comprendre les questions présentées de façon suffisamment concrète (17).
Bien avant même qu'il ait pleinement reconnu que la vie dépasse la
(12) Pluralistic Universe, ch. T,, The Types of Thinking, 17.
(13) PauLzsen, fntroduction to Philosophy (traduction anglaise de F. Thilly), préface, VI.
(14) V. Collected Essays and Reviews, xxiv, Ladd’s Psychology, p. 342.
(15) Pauzsen, Introduction, etc., préface, 17° édition.
(16) Op. cit., préface, 2e édition.
(17) Cf. The Wäll to Believe and other Essays in popular philosophy, Pragmatism, popular lectures .on philosophy; V. préface des Talks to Teachets.
logique, il mettait en garde qui voulait l’entendre contre l'abus des spéculations hasardeuses. « Splendide est le vol de la raison conceptuelle dans les régions élevées de la vérité, écrit-il dès 188448), II n’est pas étonnant que les philosophes en soient encore tout éblouis, et qu'ils abaissent avec dédain leur regard vers la terre matérielle d'où la déesse à pris son essor. Mais malheur à elle si elle ne redescend pas y prendre contact. Ses pas incertains ne se fixeront nulle part, elle sera à la merci de toutes les brises folles, et comme une montgolfière qu’on a lancée le soir, elle ira se perdre dans les étoiles. » Dans sa correspondance, où il pouvait s'exprimer avec moins de retenue, James ne se fait pas faute de critiquer les abus de l’abstraction en termes énergiques (19). Il y a tout de même dans la philosophie autre chose que ce passe-temps intellectuel aux règles immuables. James aimait à donner l’impression qu'il n'avait pas joué dans les règles. Son jeu était fait de nuances, comme la réalité même qu'il avait constamment sous les yeux et dans la pensée. Il ne manquait jamais l’occasion de marquer toute la différence entre une théorie abstraite aux arêtes rigides et le subtil coloris de la réalité qu'elle essaie de rendre. Quant à prétendre que l’étude abstraite d’un sujet avait quelque chance d'en simplifier la réalisation pratique, c'était à ses yeux soutenir un paradoxe. Les deux domaines étaient nettement séparés (20). Les théories d’un Taine ou d’un Spinoza, si
(18) Collected Essays and Reviews, The Function of Cognition, #0.
(19) Cf. Letters, II, 164 : À F. C. $. Schiller, 20 avril 1902. « Il est encourageant de penser que la vérité va enfin être exprimée d’une manière radicale et qui forcera l'attention. Mais je ne sais que trop que beaucoup feront en sorte qu'on ne force pas leur attention : ceux-là sont les entêtés, les partisans des systèmes à exposé technique, artificiel, et professionnel, pour qui le langage du bon sens, qui est le vôtre, est aussi barbare et aussi peu digne d'attention que l’argot des gamins qu’on entend au passage dans la rue. On ne daigne pas s’y arrêter. Il faut attendre que l’ensemble de nos idées (c’est-à-dire les vôtres’"et les miennes) s'organise suffisamment pour constituer, dans les règles, un rouage de la bureaucratie philosophique; alors, on nous prendra au sérieux. En ce temps-là j'en ai la conviction intime, notre jour sera venu. Mais alors, direz-vous, plus de cerveau, plus d'homme. Enfin, vive l’amateur anglo-saxon, disciple de Locke et de Hume, et pereat le professionnel allemand! »
(20) Cf. Letters, Il, 86, février 1899. A H. R. Marshall. « Je crois que l’art pur ne tirera jamais aucun profit de l'étude analytique de l'esthétique, mais plutôt du mal, pour peu qu'on en vint à faire de l'abstraction la base de la pratique. On obtiendrait des œuvres figées et systématiques où manquerait cet impalpable je ne sçais quoy personnel. La différence entre l’œuvre de tout premier ordre et l’œuvre de premier ordre en matière d'art me paraît échapper à toute définition verbale; c'est l'affaire d’un cheveu, d’une nuance, une sorte de frémissement intérieur, et pourtant quelle distance les sépare au point de vue de