Matth. xxviii
tion. Cette vocation souligne, en retour, la valeur que Dieu confère à la personne : Dieu veut associer l’homme à l’œuvre rédemptrice accomplie par Jésus. La personne n’a pas sa fin en elle-même : sa fin, c’est l’extension, la réalisation grandissante du royaume que Jésus a fondé sur la terre. Qui dit royaume dit société; le royaume commence par quelques personnes, mais il doit embrasser le monde, transformer les milieux au sein desquels il se développe. Jésus rattache la prédication initiale du royaume à la promesse prophétique de la restauration nationale d’Israël, et la fondation partielle du royaume a pour conséquence un renouvellement partiel des choses'. Le salut ne peut qu’être individuel, mais il est destiné à tous les individus.
Chacun des actes accomplis par Dieu ou par le Christ en faveur de la personne a une portée sociale, non seulement parce que les individus régénérés accroissent la proportion des membres du royaume, mais parce que chaque personne, objet du salut, est obligée vis-à-vis de ses semblables, par rapport à leur salut. Le fait premier qui inaugure la vie nouvelle et qui est le plus subjectif, le plus intime, le pardon, n’a pas pour seule condition une disposition à l’égard de Dieu : la repentance, mais aussi une disposition à l’égard des hommes : la charité. Ceux qui demandent au Père : « Pardonne-nous nos offenses » doivent eux-mêmes, pour que leur prière soit exaucée, être prêts à pardonner : « IJardonne-nous comme nous pardonnons1 2 », à pardonner sans compter, « non pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois3 ». L’homme peut tout demander au Père, tout obtenir de lui, mais il est inutile qu’il prie, Dieu se