Luc xi
pouvoir de revenir à Dieu, cette volonté d’échapper à l’étreinte du mal, cette aspiration vers la pureté, Jésus les suppose dans la personne humaine. Tous ses appels à s’approcher de lui, l’envoyé du Père, pour avoir l’intelligence, le pardon, la paix, la force, l’amour, la vie, toutes ses exhortations à pratiquer le désintéressement, la miséricorde, la charité, les œuvres bonnes, impliquent, et impliquent d’une nécessité morale, c’est-à-direabsolue, la possibilité d’une réponse affirmative1. Si tous les hommes sont mauvais, tous peuvent être délivrés; le péché est puissant, il n’est pas souverain ; Jésus déclare : « Tous les péchés et tous les blasphèmes seront pardonnés aux hommes2. »
Et il n’ajoute qu’une réserve : « le blasphème contre le Saint-Esprit n’obtiendra jamais de pardon3.» Si l’on voulait fonder sur cette parole la doctrine de la corruption totale de la personne humaine, il faudrait se souvenir qu’elle mentionne une exception étroitement limitée, et donc que la dite doctrine ne saurait être étendue à l’humanité tout entière. Le contexte montre que ce péché consistait, pour les contemporains de Jésus, à attribuer à Béelzébul, prince des démons, les œuvres que Jésus accomplissait par la puissance de l’esprit de Dieu. Cette accusation des scribes et des pharisiens n’était pas une erreur due à leurs préjugés ou à leur ignorance; formulée pour sauvegarder leur situation de chefs, pour éviter l’obligation de la repentance et du renoncement, elle était l’argument le plus habilement imaginé pour
1. Cf. B. Weiss, Lehrbuch der biblischen Théologie des neuen Testaments , p. 71-75. Berlin, 1868. — Paul Wernle, Die Anfdnge /insérer Religion, p. 72 et s., 2te Ausgabe, 1904. — B. Weiss, Die Religion des neuen Testaments, p. 102 et s. Stuttgart und Berlin, 1903. — A. Schlatter, Die Théologie des neuen Testaments, I, p. 13 et s. 1909. — Paul Feine, Théologie des neuen Testaments, p. 87 et s. Leipzig, 1910.