Luc xiii, i-s
des amis de Job, le bonheur comme une récompense, le mal comme une punition, commentent ces deux événements tragiques. Jésus ne nie pas qu’il y ait un rapport entre la douleur et le péché1; il affirme toutefois que les Galiléens massacrés n’étaient pas plus pécheurs que les autres Galiléens, que les victimes de Siloë n’étaient pas plus coupables que les autres habitants de Jérusalem. Leur mort n’est donc pas la conséquence de leurs fautes? Pourquoi ces habitants ont-ils péri, pourquoi ces Galiléens ont-ils été tués, eux et non d’autres? Jésus n’envisage pas les faits sous cet angle; il ne cherche pas une explication de ce qui a été, il en tire une indication pour ce qui doit être; de la culpabilité des victimes il passe à la culpabilité aussi grande de ses auditeurs, le problème théorique fournit une conclusion pratique : si vous ne vous repentez, vous périrez également2.
Un cas plus difficile du même problème se propose devant l’aveugle de naissance3. Lorsqu’ils le voient assis à la porte de la ville, les disciples demandent : Maître, qui a péché pour qu’il subisse un sort pareil? Lui? Est-ce possible, puisqu’il est né aveugle? Ses parents? Est-ce juste? Plus catégoriquement que dans l’entretien précédent, Jésus repousse la liaison de cause à effet établie entre le péché et la souffrance. « Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché... », répond-il ; ce qui ne signifie pas que ses parents et lui sont sans péché, mais que ses péchés personnels et les péchés de ses parents ne sont pas la raison de son infirmité. Quelle est cette raison? Ici encore, Jésus abandonne le côté spéculatif : la cause de la douleur, pour ne considérer que le côté pédagogique : le but de la douleur. Pédagogie stricte-
1. Cf. Bernhard Weiss, Die Evangelieti des Mar /eus und Lukas , 9te Auflage. Gdttingen, 1901.
2. F. Nosgen, op. cit. — H. -J. Holtzmann, op. cit. — F. Godet, op. cit.